‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 151 sur 350 · IIS · texte numérisé non relu

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il dit , « abojer ce chien ; vous voyez bien qa*!! cherche quelque morceau. > Cesl Moréri qui rapporte celte petite liisloîre , fort peu vraisemblable ; aussi lui en laisse-t-on la responsabilité. Le cardinal Lorerio mourut le 17 septembre 15^2, âgé de qtiaranlecinq ans. Il était alors évoque d'Urbin, et léçat de la Campagne de Rome. Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Marcel , qui était son Utn\ et où Ton voit son épitaphe. (Foy. Paul Jovb, Bist.^ I. iv; — Sadolet, epist. 13, 14 et 15 ; — Pajivifi ; — Victorel. ;

— AUBERT

LORIS. — Voy. Fratiçois.

LORRAINE.— Voy, Gui^s (Jean).

LORRAINE (Nicolas-François de), créé en 1627 par le Pape Urbain Vlll, diacre-cardinal, remit son chapeau, fut duc de Lorraine, et épousa, en 1634, Claude de Lorraine, sa cousine.

LORRAINE.— Voy. Charles. — Nous donnons ici Téloge de Charles 1" de Lorraine par le P. Alby [1644].

« De toutes les belles vies, il n*en est point qui tiennent une place plus haute et plus honorable dans Testime de la postérité que celles qui se sont dédiées au service du prince et au bien de la patrie et du public. Et quoique parmi celles qui ont eu ce glorieux destin il s*en suit trouvé qui, pour a voir eu leurs opérations plus sombres et plus cachées, n*ont pas laissé d*ôtre extrêmement utiles aui Etals. Si est-ce que quand la solidité et Téclat ont paru en concours dans la vie de ces grands hommes, et que comme des astres du firmament qui obligent toutes les choses inférieures de leur lumière et de leurs influences, ils n'ont pas été moins éclatants qu'utiles au monde. C'est pour lors qu'une plus belle gloire s'est plu de couronner leur vertu, et que leur nom est demeuré en vénération dans la mémoire des hommes, comme une chose sacrée à laquelle le temps et l'envie n'ont osé toucher pour n'ôtre sacrilèges.

«Or y m'avouera -t-on aisément que le

J;rand cardinal de Lorraine tient un rang minent parmi ces illustres personnages qui sont le plus riche ornement de leur patrie , pour avoir été l'un des plus grands prélats que la France ait donné à l'Eglise, et à qui cet Etat est tenu de tout plein de prospérités et d'avantages qu'il recueillit de son temps, des signalés services qu'il lui rendit dans toutes sortes de grands emplois et d'honorables négociations, dedans et dehors le royaume ; ayant pour cela mérité de la postérité toutes les louanges d'un homme Dé pour le bien des autres, et le titre même de cardinal de France, qui lui fut donné par quelques écrivains de son temps, après avoir porté celui de Guise et de Lorraine. «Il esl vrai que pour se pousser è ce degré de mérite et d'honneur, il avait eu les principes qui viennent avec un sang généreux et avec une naissance illustre : étant issu par sa mère de la royale maison de Bourbon, et par son père de l'ancienne et très-illustre maison de Lorraiuo, alliée à celle d'Anjou»

qui a commandé k Tune et h l'autre , comme celle de Lorraine k la Palestine. Ensuite la bonne nourriture' et les vives lumières de son esprit contribuèrent beaucoup à perfectionner les riches dispositions que la nature lui avait données. Il fut appliqué dès TâgB de six ans aux études au collège royal de Navarre, où il tit paraître dans tous les exercices des bonnes lettres une telle genlillesse d'esprit, une si prompte vivacité et rapacité d'entendement, une facilité et une grâce si exquises à expliquer ses conceptions, qu'il laissa tous les autres qui étaient entrés en même lice bien loin derrière lui. Il était naturellement éloquent, et il ne fut pas mal aisé do cultiver un si beau naturel, qui avait toutes les faveurs que la nature peut faire ^ un corps et à un esprit. Le maniement et l'inflexion de sa voix étaient trèsbien mesurés, et comme quand il s'exerçait sur un argument doux et paisible, sa parole en était si agréable, si remplie d'élégance , de douceur et de gaieté que l'on eût cru que c'était, non pas des |»aroles, mais du sucre et du miel qui lui coulaient de la bouche : aussi quand le sujet requérait de l'ardeur et de l'invective, il frappait les oreilles de ses auditeurs avec une parole si vive et si aiguë, que Taiguillon en demeurait dans l'âme, et eût-on dit que sa bouche lançait des foudres et faisait des tempêtes. Et ce fut aussi ce qui lui acquit communément la réputation du plus éloquent homme 2ui fût en France, qui donnât sujet aux cri vains et aux poètes de son temps de le comparer è Mercure, et aux premiers orateurs de Rome et de Grèce, et qui fit que le grand chancelier Olivier ayant mesuré cet esprit dès sa première jeunesse grand quasi jusqu'au prodige, l'appela unmonê" tre de nature et d'esprit, « Il perrectionna celte belle et ravissante

Jualité du bien dire par les connaissancea es hautes sciences auxquelles il se porta avec une ardeur si incroyable, qu'étant môme sorti du collège, et jeté dans un air plus libre, et dans la conversation de la cour où il était pour dissiper son esprit et le corrompre de molles habitudes, y ayant rencontré toutes sortes do flatteurs appâts k contenter ses jeunes désirs, il s*en laissa néanmoins si peu toucher, qu'après les pre« miers devoirs qui ne soutiraient point de dispense, il employait le temps qui lui restait à ouïr les plus excellents philosophes, légistes et théologiens; lescjuels il suivit, et pratiqua avec tant d'assiduité, qu'il en apprit le grand art de la vie, qui est tout k profiler au public et h être utile à soi-même. « Dès son jeune âge, il sembla être comme un Samuel formé pour le tabernacle, et tout dédié k l'Eglise : car ayant été désigné en l'âge de quatorze ans, évêque de Metz et archevêque de Keims, il fut k vinst-troisans, créé cardinal perle Pape Paul III, k la demande du roi François, qui, jugeant bien combien il valait, le donna k son fils Henri, lors dauphin, pour lui servir de conseil en ses affaires et d'appui en sa conduite ; «•&

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laquelle clinrgo, quelque difficile et imporfkinte qu'elle fût, il flt parattre que la vertu des grandes Ames ne suit pas la mesure du temps.

« Henri étant parvenu à la couronne par le décès du roi son père, ne diminua en rien de raffeclion qu'il lui portait, voire l'augmenta do beaucoup, le constituant chef de son conseil, et se reposant entièrement sur lui de toutes les affaires du royaume, fit il n*cut pas bien h peine pris possession de cette place, où le choix narticulicr de Sa Majesté, secondé de rapplaudissement de toute la Franco, venait de I appeler, qu'il s'en alla en amb/kssade solennelle devers le Pape Paul m pour rendre selon la coutume au nom du roi» pour son avènement h la couronne, \vs devoirs de son obéissance è l'Eglise en la personne de celui qui en représentait le chef; auquel voyage il traita de grandes affaires pour le bien de l'Etat, et conclut une ligue secrète du roi avec le Pape et les Vétitions; se montrant par tout aussi fidèle dépositaire des secrets de son inaftre, que puissant organe de ses volontés.

« Il reçut en don du roi pour récompense de sa négociation, la riche abbaye de Saint- Denis, vacante par le décès du cardinal Louis de Bourbon, son oncle maternel. Auquel temps ménageant h pronos le crédit qu'il avait auprès du roi, il lit en sorte que sa nièce Marie Stuart, reine d'Ecosse, fille do Marie de lorraine sa sœur, fut mariée au dauphin, qui depuis fut notre roi François 11, qui était une alliance non moins glorieuse pour la maison du cardinal» qu'avantageuse pour la France à qui le royaume d'Ecosse demeurait uni nar le mariage de l'héritière, et qui se rendait capable, si ces princes eussent eu des enfants, d'étendre sa domination dans les Etats de la Grande-BretagnCf sous un titre si juste et si innocent. On a encore attribué au crédit, comme au zèle du cardinal, ces rigoureux, mais justes édits que le roi Henri porta contre les blâmes, et principalement contre l'hérésie naissante, pour lui opposer de bonne heure la sévérité des lois et prévenir son débordement, auparavant qu'elle divisait les cœurs, avec la croyance du peuple français et q[u'elle ajoutât la rébellion au schisme. Et 81 on n'eût point relâché par une indulgence de la rigueur de ces premiers édits, il est è croire que l'on e&t élouifé dans le berceau ce monstre, qui a failli dans sa haute fureur è déchirer les fleurons de la première et plus noble couronne de la chrétienté.

« Or, cependant que l'hérésie couvaitdans le royaume les semences d'une funeste rébellion, et que cette cruelle bote [poussait les tôles et les cornes de sa félonie pour leur faire porter les diadèmes de tous les crimes, I esprit du cardinal se trouvait occupé pour les affaires du dehors en de très-importantes négociacicns. En Allema-

Sne où le roi avait été appelé sous le titre e protecteur du Saint-Empire; en Italie où ses armes étaient recherchées pour la défense du Saint-Siège, et sur nos frontières»

où les doux couronnes ennemies de la française pratiquaient sourdement des desseins- Et comme il n'avait autre repos, que la vicissitude des emplois laborieux qu'il prenait, il fit derechef un voyage en Italie avec le cardinal de Tournon, tant pour y maniei (]uelques affaires secrètes, que pour se conjouir au nom du roi avec le Pape Paul IV de sa promotion au pontificat, et pour promettre è Sa Sainteté tous les secours qii il pouvait désirer des armes de France; ce qu'il fit par une belle harangue qu'il prononça en présence de tous les cardinaux, égalant aux offres royales de son maître, la pompe et les richesses de son éloquence.

« C'était aussi à vrai dire la pièce principale, jointe à la vivacité de son esprit, qui le faisait suivre dans les conseils, régner dans les assemblées et admirer partout, et par laquelle il se rendait (pour parler ainsi) maître des hommes et des affaires. C'est encore en bonne partie pour celte excellente qualité qu'il eut la commission principale de tons les traités solennels d'accord que le roi fit avec les princes étrangers; avec l'empereur Charles entre Calais et Gravelines, le cardinal Polus au nom delà reine d'Angleterre, se portant pour entremetteur de la paix, et le cardinal de tiranvelle agissant pour Sa Majesté Impériale, et depuis par deux fois avec le roi d'Espagne au château Cambrésis, où il fut accompagné du connétable de Montmorency, du maréchal Saint-André, de Morvilliers, évèque d'Orléans, etd'aulres, maintenant aussi constamment de la langue dans ces combats d'esprit, les droits de Ta couronne, comme le roi les défendait généreusement de l'épée.

« Mais il ne produisit jamais avec nn plus glorieux effet cette puissante faculté, comme encore le zèle inviolable qu'il avait pour le bien et la manutention de l'Etat, qu'après la funeste journée de Saint-Laurens, qui moissonna à Saint-Quentin toute Télile de nos forces, et où plusieurs de nos princes avec le connétable furent faits prisonniers : car dans la générale consternation qui avait comme étourdi toute la France, et qui eut convié une résolution d*âme moins ferme que n'était la sienne, à lier le limon, et à laisser conduire le succès des affaires au destin de l'Etat , il se montra si fort d'esprit et si brave de cœur dans celte extrémité de péril, qu'il fut lui seul capable, en assemblée des Etats, par les efforts et la vigueur de son éloquence, de relever tous les courages et de les animer à la défense de la patrie, h la vengeance de l'affront reçu et au recouvrement de nos pertes. El lui-môme, contribuant h ce dessein tout ce que le courage a de généreuse activité et la prudence de conduite, fit de toutes parts amasser des troupes, repeupla de nouvelles levées les régiments rompus, mit Paris en armes, fit fortifier les porls, envoya du renfort aux places plus faibles, rassura les villes de nouveaux gouverneurs, et, h tout dire, il prdta si è propos sa langue et sa main, sou auto-

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rite ot son adresse au secours de sa patrie» en une occasion apparemment déplorée»

que la victoire des ennemis n'eut point de suite dangereuse, et s'ils eurent la gloire» ils n'eurent pas le profit de nous avoir vaincus.

€ Après la mort du roi Henri II» son bon mattre» qui attacha à son cœur le trait d'une poignante douleur que le temps ne put jamais arracber; le roi François .11» son fils atnë» lui succédant autant en la couronne» comme en l'affection et en l'estime du cardinal» le tint au même degré d'honneur et d'autorité que son père avait fait voir; y ajouta quelque chose» lui commettant fintendance de ses finances» et le reconnaissant I)ar effets comme oncle et proche parent de a reine Marie» son épouse» jusque-là que les murmures croissant de ceux qui aboyaient contre une faveur et un crédit si éclatants» le roi par ses lettres vérifiées en aa cour de parlement de Paris» déclara qu'il avait Commis la direction des affaires de son Etat et des finances au cardinal de Lorraine» comme celle de ses armées à François» duc de Guise» son frère : retevapt de glorieuses louanges les mérites de l'un et 1 autre. Ce qui ne fit point cesser la jalousie» mais la piqua davantage et l'élança à des conspirations ouvertes contre le cardinal et son frère» qui n'affaiblirent pas sa faveur auprès du prince» mais fortifièrent la perfection hérétique qui se montra ouvertement rebelle»

aussitôt qu'elle se sentit puissante et appuyée d*uo parti formé dans TEtat. Il ne laissa pas pourtant de la persécuter de tout son pouvoir» et de faire dresser des chambres ardentes en tous les parlements pour arrêter par le feu et le fer le progrès ue ce venin contagieux; mais s'étant déjà saisi de quelques membres principaux, le remède»

quoique appliqué de bon zèle» demeura inutile et le mal incurable.

« Cependant le trépas avancé du roi François II» qui passa comme un éclair dans un règne de dix-huit mois et trouva son couchant au plus bel ascendant de son courage et de sa gloire, ayant autant haussé le cœur aux partisans de la nouvelle erreur» comme il abaissa le crédit de ses plus puissants adversaires» le cardinal sans cesser au dessein de la combattre et de la contre-carror partout» fut contraint do relâcher de l'ardeur de ses zélées poursuites. L'habitude qu'il avait prise à posséder les bonnes grâces de la reine Catherine de Médiois» mère du feu roi et de son successeur Charles IX» l'ayant retenu en leur cour» et lui ayant conservé l*uùe des premières places du conseil qu'il éclairait des lumières de sa prudence et de sou esprit» il eut moven de servir en plusieurs rencontres à la juste défense et à la protection dA la vraie religion. Mais il ne put jamais parer à un coup dangereux qui lui fut porté dans le sein» et qui fil une grande plaie à l'Etat et à l'Eglise. C'est le colloque de Poissy» duquel le cardinal ne fut point le promoteur comme certains l'en ont accusé à

tort. Mais n'ayant pu rompre l'entreprise artificieuse de l'amiral de Châtillon » qui avait engagé l'intérêt de la reine mère par le moyen du roi de Navarre à accorder cette conférence» il opposa à l'insolence des ministres protestants qui s'y produisirent» les fortes et luisantes armes de son éloquence, avec lesquelles s'il ne put vaincre elfrois** ser la fierté de ces esprits orgueilleux» il demeura néanmoins vainqueur ue leur babil et do leurs erreurs.

« Mais l'excellente capacité de son esprit et la force de son éloquence n'ont jamais paru sur un théâtre plus éminenl et tout ensemble plus résonnant, que quand il fut envoyé au sacré Concile de Trente, dont l'ouverturet après qu'il eût été sursis par l'espace de dix ans, avait été faite de nouveau sous le Pape Pie IV» et où avaient été déjà envoyé Louis de Saint-Gelais» sieur de Lansac» comme chef de Tambassade française» avec Arnaud Ferrier» président de Paris» et Gni Faure, sieur de Pibrac» comme associés. Sa venue fut grandement appréhendée des Espagnols pour le débat de la séance des ambassadeurs et du Pape même» sur le bruit qui courait » qu'il voulait poursuivre la réformation de l'élection du Pape, afin que les ultramontains eussent aussi leur part de la dignité souveraine. Mais le sujet de lo principale appréhension était la grande ques* tion qui était pour lors âprement débattue, de la réêidence et de la puiseance de la jiirtdiclion det évéquet^ qui avait été déjà examinée à la première convocation du concile» par dix mois consécutifs ; la partie des evéques la plus considérable travaillant puissamment pour faire conclure et l'une et l'autre de droit divin. Toutefois le cardinal de Lorraine se démêla de cette difliculté avec tant do souplesse» en une belle haran-

!;ue qu'il prononça de ce sujet» que sans ofenser ni l'un ni l'autre des partis» il tira la question de la presse où on l'avait engagée» et porta les plus échauffés à ne loucner plus à une question qui n'avait pas moins d'épines à piquer les esprits que les affections de ceux qui la maniaient. De quoi le Pape lui sut extrêmement bon gré» le louant hautement en plein consistoire» pour avoir prudemment concilié les esprits des prélats que la chaleur d'une dispute opiniâlrée avait divisés.

« Durant la tenue du concile il fil un voyage à Rome, où le Pnpe l'accueillit avec: toutes sortes d*houneurs» lui donnant espérance de le faire son successeur à sa dignité» pour les grandes obligations que l'Eglise lui avait; et depuis encore il en fit un autre de* vers l'empereur qui donna de grands ombrages ; et se trouva à temps à l'assemblée pour y maintenir courageusement la trèsancienne prérogative et la perpétuelle pos* session de préséance des ambassadeurs de France sur ceux d'Espagne, à qui la faveur des légats du concile» au lieu de les réduire à l'ancien ordre» avait donné un *ieu à pari aux congrégations» au milieu de la séanco.

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hors du ranz des ambassadeurs, et voulnit encore en la session les traiter d*égalité tl*honneur avec ceux de France, pour la paii «t lencensement, si notre cardinal ne s*j fût vivement opposé, et eût bien fait comprendre que la jalousie d'bonneur est une passion si impérieuse dans Tesprit des Français, qn*elle ne isoufTre pcnnt, dans ses justes prétentions, de rival ni de concurrent. II se trouva h rbeureuse clôture de ce grand concile, cl lui fut déféré Thonneur (quoiqu'il ne fftt point du nombre des légats) de composer et d'entonner les solennelles acclamations à l'honneur et h la mémoire immortelle des Papes qui l'avaient assemblé, et des monarques et princes chrétiens qui l'avaient favorisé et protégé de leur pouvoir.

f La particulière connaissance qu'il prit au concile, du mérite et de la doctrine des Pères de la Compagnie de Jésus qui s'}trouvèrent, fit qu'il les appela pour leur commettre la direction tant des séminaires cpi'il institua le premier en France, comme du collège de Reims et de l'université qu'il fonda h Ponl-è-Mousson; croyant de ne pouvoir opposer de plus puissant remnart aux violents dégâts que Thérésie faisait alors en loute l'Europe, qu'en dressant des académies où la jeunesse fût imbue des véritables sentiments de la créance et de la piété chrétienne. Et il avait déjà, par Tinstinct d'une rare bonté et du zèle inviolable qui te portait à favoriser tous les pieux desseins, offert à saint Ignace, quelques années auparavant, toute retendue de son crédit pour l'établissement de la Compagnie en France, de laquelle il se disait et voulait être reconnu protecteur; dont ensuite il lui impéira du roi les lettres et les droits do naturalité ; et pour faire agréer sa réception à tous les ordres, la proposa et la recommanda avantageusement en l'assemblée des états généraux, comme celle qui venait par entreprise cho(}uer les nouvelles erreurs et I élever l'ancien lustre des lettres.

« C'est merveille des soins qu'il apporta à son retour du concile en France, pour bien régler son diocèse, et pour y faire inviolableinenl observer les décrets de ce grand concile, duquel il avait fait une partie. 11 se rendit depuis fort exact è donner les ordres, à tenir les synodes, à faire ses visites, à distribuer à ses diocésains le pain sacré de l'Eucharistie et de la parole de Dieu ; autorisant ses fréquentes prédications et les autres fonctions de son ministère, du sceau de ses bons et vertueux exemples. Tous les pas de sa vie, comme ceux du grand Pontife hébreu, étaient |iarlants au monde, et toutes ses actions sortant comme des lignes du centre de la piété, ne se produisaient qu'avec la réputation de sa dignité et avec I édilication des peuples. Il était assidu à chanter avec les prêtres au chœur ; tendre aux actions de piété, fort h soutenir les intérêts Oo l'honneur de Dieu ; séquestré des entretiens profanes , faisant toujours tire des

livres spirituels à sa table ; répandu au soulagement de tons les misérables, à qui il distribuait les charités et servait de sa propre main ; doux, accueillant et communicatifètous; sévère et rigoureux aux seulii ennemis de l'Eglise, et à son propre corps qu'il traitait comme un ennemi domesti(|ue, le matant d'abstinences et d'austérités, jeûnant tous les vendredis et tes samedis de l'année, et portant souvent sous la pourpre» la haire et le cilice. Bref il entassa de si vertueuses actions dans les glorieux restes de ses années, qu'elles pourraient honorer le cours de plusieurs belles vies.

« Cependant il portait dans Pâme un tréssensible déplaisir des grands troubles qui affligeaient la France; la guerre étant cruellement échauffée quasi par toutes les provinces entre l'un et l'autre parti : de sorte qu'il y eut en môme temps en divers endroits du royaume jusqu'à quatorze armées formées, les enfants combattant contre les pères, et les frères contre les frères pour la défense de la religion. Donc outre les autres puissants secours q^u'il rendit à sa patrie, il tourna ses soins les plus ardents à apaiser la colère de Dieu par des pénitences, par des prières et par des processions publiques, où il se trouvait marcnant les pieds nus, avec le reste du peuple. Auquel temps il forma un pieux dessein de l'institution des chevaliers de la Passion du Sauveur, qui eût eu plus de suite, si le parti de la vertu ne se fût alors trouvé extrêmement affaibli dans la corruption du siècle et dans la révolte de la religion.

t 11 porta encore la main è réparer les brèches ouvertes de l'étal ecclésiastique» oui attiraient une partie des désordres que I Eglise de France souffrait en ce lemps; donna de salutaires conseils pour réprimer le commerce simoniaque des bénéfices : réforma de l'autorité du roi l'université de Paris dont il était le conservateur: désarma l'insolence de quelques docteurs qui combattaient ouvertement la religion : démasqua les hérétiques couverts qui la trahissaient : el quoique ses mérites fussent si obligeants et si nécessaires h tout l'Etnt, ils ne furent pas néanmoins en sûreté chez lui, et comme si l'abondance et l'excès eussent rendu la vertu qui les produisait criminelle, il fut outrageusement attaqué en son honneur et en sa vie, et reçut toutes sortes d'indignes traitements, ou il ne pouvait recevoir de digne récompense.

« Ces cruelles persécutions que ses ennemis ou ses envieux lui suscitèrent, déla« chèrent bien fort ses affections du monde, où la malignité exerçait une tyrannie si solennelle en impudence, et si violente en eicès, et lui apprirent k bon escient que tant de belles années, qu'il semblait avoir jusqu'alors heureusement dévidées, n'étalent au vrai qu'un Olet pourri qui devait rompre à la rencontre de la moindre épine. Et il se lit encore une nouvelle leçon de sa mortalité, sur le trépas avancé du roi Char-

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