‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 200 sur 350 · UIS · texte numérisé non relu

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chacun de mille à treize cents vers. C'est un poëme didactique , puisqu'il a pour but d'enseigner des vérités importantes, et il est écrit en vers héroïques. Les lacunes ont été heureusement comblées par Lebeau et par l'abbé Rolhelin. Voici ce qui en flt nattre Tidée à l'abbé de Polignac. A son retour de Pologne, s'élant arrêté en Hollande, il avait eu plusieurs entretiens avec Bnyle, dont le Dictionnaire critique venait de paraître. On sait de quelle manière les arguments d'Epicure, de Lucrèce et des sceptiques, contre les vérités les pins importantes de la religion et de la morale, ont été célébrés et mis en œuvre dans ce Dictionnaire. Ils furent le principal objet de ces entretiens. C'est dans l'un de ces entretiens que Tabbé demandait à Bayle à laquelle des sectes se disant réformées il appartenait. Le sceptique répondit, d'une manière évasive, qu'il était protestant. Comme son interlocuteur le pressait, avec l'exquise politesse qui faisait le fond de son caractère, de préciser cette réponse : « Oui , Monsieur, » dit brusquement Bayle, « je suis bon protestant, et aans toute la force du terme; je proteste contre tout ce oui se dit et contre tout ce qui se fait. » Dès lors Tabbé de Polignac fbrma le projet de réfuter ces arguments, et i\ l'exécuta pendant son exil à l'abbaye de Bon-Port. Le poème annoncé fut recherché de tout le monde savant : on s'empressait d'en solliciter la lecture, d'en tirer des copies, de le traduire. L'auteur le traduisit luï-mème verbalement pour la duchesse du Maine. Le duc du Maine traduisit le i" livre, et l'offrit à cette princesse avec une belle épltre dédicatoire. Le duc do Bourgogne, après avoir lu l'ouvrage, voulut avoir des conférences réglées avec Polignac sur son Anii'Lucriee. Louis XIV lui en entendit parler avec tant d*éh>ges, ou'il parut désirer en connaître plus particulièrement les beautés, ce qui engagea le duc de Bourgogne i le traduire, du moins en partie. S*iT est ▼rai que VAnti^-Lucrice soit quelquefois diffus et roonotonct dans certains passages il unit la force à l'élégance. C'est è l'occasion de ce poème que le cardinal de Polignac écrivait à Louis Racine la lettre où il expose le parti qu'il a pris pour répondre à l'objection tirée de la question de l'Ame des bètes contre la spiritualité de l'âme. (Journal des savants 9 17^7, p. 213.) « L'auteur de VAnti* Lucrèce ne devait pas accueillir les hommes irréligieux. Un étranger, attaché au service de l'Angleterre, et oui vivait à Rome sous la protection de la France, se permit un jour, è la table de l'ambassadeur, des propos peu mesurés sur la religion et sur le caractère du roi Jacques. Le cardinal, qui professait hautement sa reconnaissance pour ce monarque, dite l'étranger, d'un ton sérieux, mêlé de douceur : « Monsieur, j'ai l'ordre de protéger votre personne, mais non pas ▼os discours... » Il s'occupait encore avec succès de physique, de mathématiques et d'antiquités. Les arts lui étaient chers autant qoe les sciences. Pendant qu*il habitait

Rome, il apprit qu'un particulier, qui bfttis* sait une ferme entre Frascati et Grotte-- Ferrata, s'était vu arrêté, en creusant des fondations, par des restes d'anciens murs fort épais, et qu'il semblait presque impos* sible de détruire. Le cardinal so persuada, en examinant l'emplacement, que c'était celui de la maison de campagne de Marius : il ordonna des fouilles; et sa conjecture fut justiGée par un fragment d'inscription du cinquième consulat de cet homme fameux.

On continua de fouiller; et à l'ouverture da plus gros mur, se présenta un magnifique salon orné, entre autres, de six statues de grandeur naturelle, qui étaient du plus beau marbre, d'un excellent travail, et qui formaient ensemble l'histoire d'Achille reconnu par Ulysse à la cour de Lycomède. C'est encore sous les yeux du prélat, que se fit la découverte du palais des Césars, dans la vigne Farnèse, sur le mont Palatin. Il excita et aidi Blanchini à en publier la description. Le duc de Parme, qui avait ordonné les tra* vaux, voulut que le cardinal acceptât un bas* relief de quatorze figures, qui représentait une fête d Ariane et de Bacchus. Ce bas-relief était enchâssé dans la plus haute marche de l'estrade sur laquelle se plaçaient les empereurs dans leurs audiences publiques. Le cardinal eut aussi les plus belles urnes du columbarium des affranchis de Livie, trouvées en 1730. Il aurait souhaité, disait-il, être le maître de Rome, uniquement pour détourner, pendant quinze jours, le cours du Tibre, et en retirer les statues, les trophées, enfin tout ee qu'on y avait jeté de précieux dans les temps de factions et de guerres civiles, et pendant les incursions des barbares. Il aurait également désiré qu'on creusât les ruines du temple de la Paix» brûlé en 191, sous l'empire de Commode; il croyait qu'on devait y retrouver le chandelier à sept branches, la mer d'airain et tooa les vases que Titus y avait déposés après avoirtriomphé de la Judée. »(Michavd, magracie,) Le roi de Prusse flt acheter la collection de cet illustre prince ;de l*Eglise, les antiques, marbres, porphyres, bronzes, statues, bustes, bas-retiers, qu'il avait fait revivre, et dont il avait orné son palais, après les avoir retirés de dessous les ruines de Rome. VAnti'Lucréce^ plusieurs fois réim^ primé; a été traduit, en 17ii^9, par Rougainville, secrétaire de l'Académie des belleslettres, et en vers italiens par Ricci, Vérone, 1767, 3 vol. in-4-. L'éloge du cardinal fut prononcé dans les diverses sociétés savantes dont il était membre. De Roze, de l'Académie des belles-lettres, dit qu'il réunissait tous les genres de séduction; qu'à son aspect, ou du moins dès qu'il avait ait un mot, les inimitiés, les différends cessaient; qu'il semblait n'être fait que pour aimer et pour être aimé : Mairan, de l'Académie des sciences, vante plusieurs fragments qu'avait écrits le cardinal sur des matières philosophiques, des harangues, des mémoires, et surtout un nombre prodigieux de lettres et de dépêches, parmi lesquelles 'Is s'f*n trnajn

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