‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 202 sur 350 · UIS · texte numérisé non relu

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pouvoirs de légat, qu*ii fui bienlôl obligé de lui rendre sur les instances de la reine. Il est permis de croire que si cette princesse n'eût eu que des conseillers du caractère et de la vertu du cardinal, les, choses eussent tourné autrement. Mais elle était d'ailleurs en lîulte à la baine de ses sujets qui lui attribuaient la perte de Calais que l'Anglelerre avait possédé pendant plus de deux cents ans, et qui venait de leur ôtre repris par le duc de Guise. Elle en mourut de chagrin le 17 novembre 1558, après un règne de cinq ans. A cette nouvelle, le cardinal demanda jBon crucifix, et l'embrassant pieusement, il s'écria : Domine^ salva nos^ perimus (MaUk. viu, 25); Salvator mtindt, salva Ecdniam tuam. A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il tomba en agonie, et expira le lendemain, flgéde 59 ans, avec la réputation d'un des plus illustres prélats qu*eût produits l'Angleterre. Son corps, après avoir été exposé, suivant l'usage, pendant quarante jours, sur un lit de parade, fut porté è Cantorbery et déposé dans la chapelle de Saint- Thomas, qu'il avait fait bâtir, avec cette simple inscription : Depoiitum cardinalis PolL vivant au milieu des circonstances les plus difficiles, et qu'il n'était pas en son pouvoir de conjurer, il montra les talents d'ua homme d'Etat et les vertus d'un saint. Sa haute naissance, et ses rares qualités lui auraient ouvert de bonne heure la carrière de la fortune et des honneurs, si sa censcience lui avait permis de se prêter aux caprices de Henri VUI et des conseillers d'Edouard VI. Il était d'un accès facile, d'une conversation agréable et instructive, d*ua caractère ouvert, qui lui gagnait la confiance de ceux dont il croyait devoir combattre les opinions. 11 eut des adversaires, mais point d ennemis. Le supplice de sa mère, celui de son frère,'victimes de la férocité de Henri VIII, Taffeclèrént douloureusement , sans qu'il laissât échapper aucun sentiment de venl^eance contre le tj^ran. 11 pardonna chrétiennement aux trois Italiens et aux deux Anglais que le même tyran avait envoyés à Viterbe pour l'assassiner. Des écrivains anglicans 1 ont altagué; d'autres» plus justes, vantent son savoir et son humilité, et conviennent que, si tous les évAques avaient eu la môme modération, l'Angleterre restait catholique. Quoiaue simple dans ses goûts, il tenait à ce que les pomf)es religieuses fussent célébrées avec magniCcence. Désintéressé, généreux, charitable envers les pauvres, il défendait aux gens de sa maison de recevoir des présents, k Quelque titre que ce fût. Bien que, pour la latinité et le goût, ses écrits soient inférieurs à ceux de plusieurs de ses contemporains, ils sont loin d'être sans mérite. Voici les titres de quelques-uns de ses ouvrages : Pro uniiaU Ec" cleiiœ adHenricum VJII; De officia Summi Poniificiê^ de ejusdem polestate; Louvain, 1569, iu-8*;ilf/ormalto Angliœ^ Home, 1556, 1502, in-i*; Louvain, 1569, in-S'; Df cotieilio Tndeniino, Rome, 1561, \U'k* ; Louvain, 1567, ia-fol. ; De baplumo CorMantini iai"

peratoris, Rome, 1562; Louvain, 1569. Dtê^ cours prononcés devant Tempereur ou au parlement, ou adressés au Pape Jules III ; Vie de Chriêtophe de Longueil^ qu'il avait connu à Padoue, etc. La Vie du cardinal Polus, écrite d*abord en italien par Louis Beccadelli,a été traduite en latin parDuditb; l'un et l'autre, ses secrétaires, l'avaient an* compagne dans la plupart de ses légations. Le cardinal Quirini a donné une autre Vie de cet illustre, prince de l'Eglise; elle esl suivie de différents écrits de Polus, d'un grand nombre de ses lettres et d'autres lettres h lui adressées par Longueil, Rrasme, Bembo, Sadoict, Brescia, 17H-57, 5 vol.

in-4*. Le premier vol. porte re titre : EpUiO' larum Reginaldi ^oU 5. A. E. cardinatùf ei aliorum ad ipsum pars prima^ qua seriptm» complectUur ad anno 1520 usque ab ofiiiufii 1536, etc. La plus complète est celle qui- a pour auteur Thomas Phillips; elle est en anglais; la seconde édition esl de Londres» 1769, 2 vol. in-8% Voici son éloge par le P. Alby [1644] : ^ « Ceux qui ne produisent de glorieuses actions que par le dessein de la gloire, et par le mouvement de TambiDon, ressemblent proprement à ces acteurs qui jouent sur les théâtres, avec les ornemenis de la royauté, et avec la massue d'Hercule; mais celle-ci u'est ni pesante, ni massive , comme était celle de ce grand homme, ni ces robes de pourpre, et ces sceptres empruntés, ne font pas rois ceux qui les portent. Aussi est-il aisé à voir que la plupart des actions de ces gens-lè, comme ayant plus de montre que do mérite, font ordinairement plus d'illusion dans les yeux qu'elles ne laissent de bons exemples dans les mœurs des hommes. Mais, au contraire, ceux à qui la vertu s'est rendue familière dès le berceau, et h qui la gloire de la naissance a inspiré l'amour des actions

(glorieuses, les produisent comme des fruits éçitimes de leur condition, et qui germent onginairement de leurs fonds, d'où elles portent un certain rayon de beauté naturelle, et un caractère visible de majesté et d'autorité qui acquiert les premiers respects aux qualités généreuses du sang des imitateurs è la vertu , des louanges et des couronnes immortelles au mérite.

«Et c'est dans ce rang que la vie glorieuse du cardinal Polus a trouvé une place trèsillustre; qui étqnt venu au monde éclairé de la vertu de ses aïeux, et comme couronné de leur gloire, a fait voir par rincomparabla générosité de ses actions, que des rayons si vifs et si brillants ne pouvaient procéder que d'une source extrêmement noble, et que s'il avait hérité d'une succession avantageuse d*honneur, il l'avait conservée en son entier par ses soins, et augmentée par sa vertu. Certes, quoiqu'il fût issu du sang roval d'Angleterre, il montrait n'avoir autre nonlesse que celle qui se tire des bonnes mœurs et se forme des belles actions. 11 passa les premières années de son flge, jusqu'à la diX'Ueuvième, partie auprès de ses pa- •Hjnts, personnes illustres, et d'»»»» ••^^rite

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eilniordinaire, partie en rnnifersUé d'Oxone, dans des exercices si bien ménagés, qu'il prit en indme temps l'air de la bienséance et de la vertUt arec les principes des plus nobles sciences. Et comme sa belle nature se familiarisa h si bonne heure avec les vertus, qu*elles parurent en lui comme naturelles; aussi les belles connaissances s'habituôrent si aisément dans son esprit, qu'elles parurent lui avoir été infuses.

« Les premières preuves qu'il tira de son esprit dans Tacquisilion des arts de bien parler et de bien raisonner lui donnèrent renvie de passer en Italie et en France, pour achever de former celte excellente (lartie de son âme dans les hautes sciences divines et humaines qui s'y débitaient avec plus de réputation et d'éclat. Il demeura pour ce sujet cinq ans en l'université de Pavie, et depuis fréquenta celle dt^ Paris et d'Avignon, avec tant de succès et d*estlme, que cumro il no trouva point d'ombres si épaisses qu*il ne perçAt, ni de sein si profond et si reculé dans tout le cercle des sciences où il ne pénétrât par !a vigueur de son esprit; aussi nt-il paraître en toutes sortes d'essais et de rencontres, qu'il possédait tout ce que la nature et le travail peuvent donner d avan* tage h un homme parfait.

« Etant depuis retiré de France en Angleterre, il trouva à la première montre tant de belles qualités, de si douces et accueillantes faveurs dans tous les esprits, qu'il n'y eut personne qui ne voulAt lui être caution d'une grande et glorieuse fortune. Le roi môme, sur la connaissance qu'il avait» tant de son mérite particulier, que de celui de ses illustres aneèlres, qui detnanda en sa faveur les premiers avantages , son esprit si f irt d'affeclioii, qu'outre les présents et les grandes caresses qu*il lui fit, ayant reconnu que son inclination le portait à prendre parti dans l'Eglise, il lui offrit le premier évêché vacant avec l'archevôcbé d Yorck, dont jes revenus montaient è plus de soixante mille écus ; è dessein encore de lier par ces chatnés d'or le sentiment d'un homme de tel grade et de si haute estime à l'intérêt de ses sales amours.

« C'était lors le temps auquel le roi Henri VIII cherchait partout, dans les Académies et parmi les savants, de l'appui pour soutenir une fausse opinion, mais favorable h sa passion déshonnôte, que le Pape Jules 11 ne l'avait pas pu dispenser, pour épouser Catherine, infante d*Ëspagne, après avoir été mariée en premières noces è Arlus, prince de Galles, et son frère afné; voulant en quelque façon que ce fût, que le divorce trouvât place au nœud de mariage, que Dieu avait noué de ses mains ; fallût- il se séparer de l'Eglise, pour se séparer d'avec Catherine, confondre toutes les puissances du monde, et mêler les étoiles du ciel avec la poussière de la terre, pour venir à bout de sa prétention déréglée.

9 El il ne manqua pas de personnes, qui laissant , lier ieiK conscience aux charmes (ies présents, qui comme des chaînes de

i);cTioxN. DES Caudipiaux.

Médée brûlent les âmes faibles; la plièrent lâchement au gré do la faveur. Mais Poius, qui avait toujours eu le ciel pour objet de SOS prétentions, et toutes les grandeurs do la terre à uiépris, refusa courageusement d'accorder h la passion du roi le témoignage qu'il devait h la vérité , montrant en ce brave refus un cœur plus grand que tout Tempire de la fortune , puisqu'il ne tenait ni ses rigueurs à infortune» ni ses dons è prospérité.

« Le courage qn'il témoigna h cette occasion* engagea, par son exemple, ses plus proches parents à se lier de résolution et d'intelligence avec lui pour le soutien de la vérité. Ce qui piqua tellement l'esprit du roi de dépit, qu*il délibéra, ou de les rompre, ou de les plier à ses sentiments. Il donna néanmoins quelque trêve à sa colère, tant qu*il se flatta d*espérance, que le nonce que lo Pape Clément avait envoyé devers lui, pro« noncerait sur son mariage avec Catherine. Mais le Pape depuis ayant évoqué la cause à soi, il commença è machiner en son cœur la raj^e qu'il devait hientêl faire éclater en pu* blic. Car par impatience de la longueur du jugement, s'étant marié avec Anne de Boulen, et ajant fait jouer à sa noce une comédie au diffame du Papp, qui attira sur lui une première sentence d'excommunication, il se porta è une résolution sanglante de se défaire de tous ceux qui s étaient déclarés contre ses plaisirs : entre lesquels ayant failli do se saisir de la personne de Polus,

3ui s'était retiré en Italie pour se détourner e l'orage qui le menaçait, il fit mourir sa mère en prison, sans que If'S respects du sexe et du sang pussent adoucir ses sauvages humeurs; et ola de même par la main du bourreau ta vie à son frère et à son neveu* jeune prince de belle esin^raiice, croyant éteindre dans leur sang les semences du feu qui brûlait sous leurs généreuses poitrines.

« Mais ce fut plutêt dans ne sang qu'il noya les restes de sa réputation, cl toutes les lumières de sa conduite, avant depuis attiré une plaie horrible de ténèbres sur tous ses Etats, ott le soleil de l'autorité du Saint- Siège fut éclipsé durant son règne, de même qu'autrefois celui du monde le fui dans l'Egypte. Cependant le courageux Polus porta la. mort des siens et la désolation de sa famille avec une si grande constance, qu'elle mériiala louange des plus illustres plumer de ce temps-là , et l'admiration de toutt l'Europe. Et quoique la persécution acharnée du roi le vint encore chercher à Pavie,à Venise, et en tous les lieux de son bannissement , il témoigna néanmoins tantde liberté et de générosité d*âme, qu'on reconnaissait bien qu'il tenait aussi peu à son corps qu'a sa chemise, et (comme il Tavail toujours assuré) qu'il était aussi prêt pour fa défense de la vérité, h se dépouiller de la vie, qu*îl ferait d*un habit, et d'entrer au tombeau, que d*aller au lit pour dormir.

« Entin, quoique une si rare vertu , et élevée au-dessus des orages de sa foriti*

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