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queiile$fitdtions(le rËcriturc,oij Inr/ippelle sans cesse par des allusions qui sont quelquefois heureuses. Son esprit élait vif, sn mémoiro ornée ; les langues grecque et A\HbeIui étaient familières; il écrit avec feu, et cependant sans trop de prolixité^avec une sorte de méthode dont il faut lui savoir d'au- Innt plus de gré, que les écrivains <le son siècle n*en connaissaient pas Tavanlage. »
VIZZARDKLLI (Charles), né au diocèse de Véroli, fui créé carcMnal en 1847, par Pie IX. Il mourut en 1851.
'le cardinal, pruf'rt de lu con^réf^alioii des Eludes, fil connaî.re au cardinal camerlirv* G^ue, archichancelier de l'nrchigymnase de Rome el (chargé du détail de l'érection, la décision du Saint-pèrede fonder une chaire d*agricuUure dans ce collège. Le mèmi^ cardinal douîia encore une preuve de son zèle, dans une circulaire où il invita tous les évoques h examiner soigneusement les liyros employés dans les écoles fuibiiques ou iiri-vées de leurs diocèses, el de n*en autoriser aucun qui ne fût irréprochable sous tous les rapports.
WARTENBERG (FiiA^çois-GritXAUMR dk) naquit, en 15^, d*une noble M ancienne famille do Bnrière. — Placé, en 1600» au collège des Jésuites d*lngolstadt , il se pro* nonça de bonne heure pour le ministère ecolesiastique « et» en 1605, fui nommé prévM de IV^lise collégiale de Sainle-Harie, h Alt-Altingeo. Ses éludes classiques terminées avanl sa seizième année, il alla passer neuf ans à Rome, dans le collège des Allemands. Rappelé par le duc de Bavière Maximilien, il obtint de ce prince différentes charges. L'élévation à la pourpre d*Eilel- Frédérie de Hohenzollern , créé cardinal par Paul V, en janvier 1621 , contribua à son avftDceoaent; il hérita de lous les emplois
aue remplissait le nouveau cardinal auprès e réIecleur-srchevèquedeCologne. L'année suivante le vit prendre une part active et brillante aux conférences de Ralisbonne, où fut arrêtée la Iranslalion de réiecloral palatin au duc de Bavière. En 1625, il fut élu évéque d*Osnabruck» en remplacement du cardinal de Hohenzollern , enlevé prématurément. On était alors entré dans la seconde )iériode de la guerre de trente ans , et les troupes danoises, qui enfahissaienl le pays, ne lui permirent pas de prendre possession de son évéehé; il en resta éloigné jusqu'à ce que les troupes impériales eussent repris l'avantage. Bienldl après, il se trouva comme représentant de l'électeur de Cologne à ras66mblée de Mulhauseo, et fut un des commissaires nommés par l'empereur Ferdiftand II, [>our l'exécution de l'édil relatif k la restitution des biens ecclésiastiques dans la basse Saxe. La droiture, Téquité, le désintéressement qu'il montra dans l'accomplissement de celle mission difficile, furenl appréciés de lous les partis. Le Pa(>e Urbain Vlli, sur la proposition de Ferdinand 11, le nomma aux deux évôchés de JUindcn el deVerden, momentanément ravis par le sort des armes à deux princes proloslanis, et le déclara son vicaire dans le Nord, spécialement dans le Hanovre. « Le comte de Warienberg rendit en cellequaliié de grands services à l'électeur de Cologne, dans ses efforts contre la réformation. Il signala aussi sen triple épiscopal par plusieurs fondations utiles , rendit tout son ^•i à l'uniYersité d'Osyabruck, bâtit divers
séminaires, éleva le collège anglais et uoe maison d'éducation pour les pauvres. Ces îitslitnlions louables n'empêchèrent point qu après la victoire remportée sur les Iml»ériaux, près d'Oldendorff, par le duc Georgo de Brunswick, il ne perdit ses trois évè« chés. » Ce nVsl même qu'à travers les plos grands dangers quUl parvint h échapper aux ennemis, et qu'il arriva k Cologne d'abord » eosuite cl Bruxelles. \Sais, en 163%, Tarmée proloslanle perdit, près de Nordiingen, en Bavière, une bataille décisive gagnée par les Impéridux ; el Tévèque rentra è Cologae, à la suite du cardinal-infant qui se rendait à Juliers. « Plusieurs voyagrs è Rome, à Loretle, roccupèrent ensuite : le premL^r n'a« vail pour objet que !a conclusion d'un nia^ riage entre une archiduchesse et l'él^ctenr de Bavière ; les autres furent entrepris par suite d'un vœu qu'il avait fait dans uoe maladie dangereuse. A peine revenu en Allemagne, il assista h la diète de Ralisbonne, où l'évèque, appuyé des suffrages du chapitre, demanda à Tavoir pour coad- .uteur, ce qui fut accordé sur-le-champ. » 76.) Il se trouva de même, au nom de 'électeur de Cologne el au sien, aux con» férences de Munster el d'Osnabruch , conférences qui précédèrent la conclusion du traité de Weslphalie, en 16U; mais, aux termes de ce traité, il fut obligé non-seulement de renoncer aux deux évèchés de Minden el de Verden , mais encore de consentir, pour rentrer dans son évèché d*Os'^ nabruck, à payer quatre-vingt mille nixdaters au duc Gustave, à qui la reioe de Suède» Christine, en avait conféré la possession. Toutefois, Tempereur Ferdinand lli l'indemnisa en lut donnant bientôt après le siège épiscopal de Ralisbonne, vacant par la mort du titulaire, el en le nommant, en 1658, chef de la dépulalion envoyée de Francfort h Ralisbonne. Bu 1660, le Pape Alexandre Vît le créa cardinal-prètre dans sa troisième promotion. Le cardinal de Wartenbei^ ne jouit pas longtemps d'une dignité qu'il méritait si bien, il mourut le 21 novembre 1661. 11 était Agé de soixante-buit ans.
W£iSPRiACH (BuAGHAED DB} , îssu a une famille noble dAilemagne, fut longtemps prévôt de la cathédrale de Sallzhourg, el, en celle qualité y fut un des ambassadeuis d o-.
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bédience de l'empereur Frédéric lil, auprès du Piir»e Pie 11. — Ces ambes^adeurs, arrivés è Florence , firent mine de ne pas touloir avancer duvaiitage , sous prétexte que le Souverain Pontife avait reçu \^s ambassadeurs de Matthias Corvin, comme roi de Songrie, bien que Si Sainteté sû^ queTeRiporeur Frédéric avait aussi été élu par plusieurs palatins hongrois. Le Pafie justifia «on procédé , en disant que ia eoutun>e de ses prédécesseurs avait toujours é<é de trai* ter de Majesté celui q^ii était en possoasion d'un Irène ; que, d'ailleurs , Caiiile Ul^eon prédécesseur, avait déjà donné le titre de roi è Matthias. Les ambassadeurs piarurent se contenter de cette raison , «t arrivèrent à Sienne, où ils frétèrent Tobédi^ce. Bur- «hard » qui était le chef de l'ambassade , fut élevé par le même Pontife^ en 14M| à la dignité de cardinal » sur ta présentation de rempereur-; et Ton reiBarqoa que 4e toutes les présentations faites pi^r les ^ou^erains pour la promotion à la poarpre* celle d« prév4t de fiaitzbourg fut le plus egréable à Sn Sainteté. Ifivesii , la même année , de Tarchevèché de Saltzbourg, le nouveau prinee de rCjdîse inatituja douze prèlres, ilont six sécuTieps et ait religieux, pour /Conduire le cheeur de sa cathédrale et y faire les fonctions de chantres. C^ étafblissèment ne subsista que pendacK sa vie, et le chaMtre l'abolit après sa mort. Les peuples, habitants ^es montagnes de aon dio- <>è$e, se trouvant trop chargés d'imp6ta par ie cardinal -archevêque , se rév-e4lèrent et se saisirent de plusieurs obéteaux et forteresses : l'affaire eût été loin sans l'intervention de Louis de Bavière , qui calma tout. Bur« chard de Weispriacfa fonda une colMgiato <ie douze chanoines , dans une des villes de son diocèse, il fit de riches présents à se cathédrale et mourut le i6 février U66.
WELD (TaoMAs) naquit à Londres, ie 22 janvier 1773, d'une famille* ancienne et honorable. Son père, zélé Oatholique, employa sa grande fortune au soutien de ta religion.— H établit les Jésuites dans son «hAteau de Stonvhurst, et les Trappistes dans son parc de Suiworlh. Thomas, zélé catholique comme son |ière, épousa, h 23 ans, une demoiselle Clifford. il accueillit avec empressement des prêtres français que la révolution obligeait de chercfaer un refuge en Angleterre. En 1815, il perdit sa femme dont il n'avait eu qu'une fille mariée en 1818 à lord Clifford. Weld résolut alors d'embrasser l'état ecclésiastique. Il vint è Paris en 18l9,chez l'abbé Carron et s*y prépara à la réception du sacerdoce que Mgr rarchevêque de Paris lui conféra, le 13 avril 1821. Revenu dans son pays, il abandonna ses biens à son frère puiné, ne se réservant qu'une rente. Il sattacfaa k la chapelle de Chelsea, il s'y livra aux soins du ministère ecclésiastique sous la direction de M. Tabbé Voyaux deFranaux, prêtre français. Il s'occupait en même temps de plusieurs bonnes œuvres dont la ville de Londres était le théâtre. Demandé pour
DlGTJOSn* MS CARDlffADX^
eoadjuteur par M. Ifaedonall, évèqne de Kingston dans le haut Canada, il fut sacré évêque d'Amyde le 6 août 1886; mais ce* dant aux instances de ses amis, il resta en Angleterre, s'occupent i la fois des intérêts religieui de la colonie et de ceux des Catholiques de Londres. Les médecins ayant ordonné à sa We Pair de l'Italie^ il raccompagna, se proposant de profiler d4) celte occasion pour visilerla ville éternelb. A peine fui-iJ arri'vé h Borne que Pie VIII le créa cardinal, le 15 mars 18^. Depuis, iJ fut à Rome le principal protecteur des Galholiques anglais; il les accueillait avec bonté et leurfacilitaît l'aceomplissement de leur pèlerinage. 11 établit dans son palais des conférences pour ia défense du catholicisme^ Une maladie grave dont il fut atteint en 1836 le conduisit rapidement aux portes du to'xibeau. il mourut le 16 avril de la m^SM année après avoir reçu les secours 4e la religion, en présence de ses petits-enfants^ et avec les sentiments de la plus vive piété.
WINTERBURN (GAi]TniBR w), Anglais^ théologien de Tordre des Dominicains, confesseur du roi Edouard, fut fait cardinal en 1303, par Boniface VIIL II mourut en 1306*
WISfiMAN (Nicolas] , né l Sévilte en 1802, est sans contredit run des membres les plus illustres que compte aujourd'hui le Sacr4 Colléçe. Il fut lonKlemps l'ornement de la ville éternelle où il avait le bonheur, comme iJ le dit lui-mtème, dans la Préface de ses Discours sur les rmff^ris entre U science si la religion^ de présider ie collège anglais. Appelé ensuite par le coniance du Souverain Pontife à exercer dans sa patrie la charge pastorale, il fut sacré éréque de lléilpotamos, et vicaire apostolique du district de Loyndres^ La pénurie d'ouvriers évaiigéliquesTobligea à se prodiguer , et oo le voyait sans cesse annoncer la parole de Dieu sur tous les points de l'Angleterre. Nombreuses sout les conversions qu'il a déterminées fitr ses sermons, par $es écrits, et plus encore peoi-étre, par sa conversation remplie de cnarnie. U a eu la plus grande part au rétablissement de la hiérarchie «sthoiique en Angleterre ; et celte grande et utile mesure ayantété le prétexte d'une agitation dans laquelle les populations
trotestantesprodiguèreut mille outrages au ouverain Pontiie , Mgr Wiseman aQronta l'orage, et par un appsl qu'il adressa êJà peuple anglais, et qui est un chef d*cauvr^ il contribua à dissiper les préjugés, et A remeuer le t^lme. Fait cardinal en 181M), il est aujourd'hui archevêque de Westminster, ni son diocèse comprend la partie de Londres située au nord de la Tamise* --Nul n'ignore son éloquence, son talent d'écrivain, sâ science prodigieuse.Ses Discours sur les rapports entrejla science et la religian,et ses Conférences sur le protestantisme sont dsàs oovragesdtt premier ordre, ilssont ai^ourd'bui dans toutes les mains et forment une dne fiarties les plus précieuses Des déaionslradan^ éfoangéliques. Parmi les œuvres dn cardinal Wiseman qui ne se trouvent pas daos les
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'Démonstrations, iious cilerons Jm lampe du sanctuaire^ Fobiola, el un magnifique discours prononcé dans la cathédrale d'Amiens pour la fête do Sainte - Theudosie. Nous croyons faire plaisir è nos lecteurs en leur donnant ici ce discours,qu*ils pourraient difficilement se procurer.
Locutus est (Joseph) fratribus suisrPost mortem meain Deus visitabit'.vos... Asportate ossa mea vobiscum, de locoisto. {Gen,f l, 23.) ,
c Joseph a dit à ses fVères : Après ma mort Diea vous visitera... Trjinsportez mes ossements d*ici avec vous.
« Eminences, Messeigneurs, «Ce n*est pas certes la voix d'un étranger qui devrait retentir sous ces voûtes sacrées, è Toccasion d'une pareille solennité. Je suis confus de me voir en chaire^ aujourd*huiy au milieu d'une assemblée si nombreuse de vénérables prélats, en présence d*un concours si vaste de vénérables ecclésiastiques, entre lesquels il en est plusieurs dont l'éloquence fait une des gloires de la France religieuse Mais fai dû céder aui instances de mes illustres collègues, qui ont voulu donner aux Gdèles une nouvelle preuve que l'épiscopat catholique, soit qu*il prospère sous un gouvernement éminemment chrétien, soit qu'il se trouve encore aux prises avec l'erreur et le schisme, ne compose qu'un seul corps, ne possède qu'une seule âme et ne parle qu avec une seule voix... « Les paroles que je viens de citer du saint patriarche Joseph ne sont peut-être que l^xpressioo d'un instinct tout naturel. Il aimait sans doute cette terre d*Egypte qu'il avait tant illustrée par ses vertus, sa patience, sa chasteté, sa douceur; qu'il avait arrosée de ses larmes et sauvée par sa sagesse ; dont il avait habité les cachots et les palais... Et cependant son cœur reculait devant la pensée que ses cendres dussent reposer pour toujours dans cette terre; il se tournait vers une autre, plus ingrate que celle d'Ezypte, mais dont les souvenirs ne se pouvaient jamais effacer. C'était, vous l'avez compris, sa terre natale, la terre de sa jeunesse et de ses pères.
« Et quels attraits pouvait-elle avoir pour son âme ? Elle était encore couverte des ténèbres et de l'ombre de la mort... Etait-ce donc dans cette terre souillée et impie que le patriarche croyait trouver un séjour convenable pour ses restes mortels? Je ne le croîs pas, mes frères. Mais Dieu, à cette heure suprême, lui dévoilait un magnifique spectacle dans l'avenir de son paj^s. Il le voit entièrement assujetti à la loi du Dieu des dieux, et plein, du Jourdain è la mer et de Tyr jusqu'au torrent de TEgypte, de ses vraisadorateurs.il voit s'élever au milieu de ce peuple croyant un temple majestueux dans son dessin, riche dans ses décorations, qui retentit de leurs cantiques de joie et d'actions de grâces. Il y voit assemblée une foule immense de lévites, revêtus de leurs robes sans tache, qui parfument le ciel de leur encens, en le remplissant de leurs ch&nts harmonieux. Et plus loin dans le sanctuaire même, il admire le Pontife, couvert de ses
vêtements précieux et mystiques, et en* loijré de ses fidèles ministres, les prêtres de Dieu, qui, sur un somplueui autel, immole TAgncsu symbolique de l'offrande quotidienne. Et ce beau, ce consolant spectacle ravit son cœur, il tif^ssaille de joie ; il s'écrie : Quam puichra tabernocufatua^ Jacob, et ten^ toria tua^ Israël, « Que tes pavillons sont beaux^ 6 Jacob I Que tes tentes sont belles ! 6 Israël!» (Num. xxiv, 5.) C'est au milieu de vous, mon peuple, que je désire dormir le sommeil des justes, c'est en vue de cette scène sublime que je v* ux que reposent ' mes cendres, pour en partager le bonheur. Et puis, ne saurais-je espérer que la pré« sence de ce corps, qui, quoique mortel, a pu honorer Dieu par ses actions et par sen souffrances , puisse attirer nuelque regard de miséricorde sur le peuple qui le garde et le chérit, et écarter quelquefois les châtiments qu'il mérite. Et si tel pouvait facilement être, mes frères, le sentiment d'un patriarche éclairé par la lumière de Dieu^ n'est-il pas bien croyable que pareil a étô celui d'une martyre sur laquelle rayonnail dans ses derniers moments, la gloire de Jésus-Christ? Oui, je le crois, ou plutôt je m'en sens assuré. Il est vrai que le cœur du martyr doit avoir abandonné la terre avant que son âme ait abandonné son corps il est vrai qu'au milieu des souffrances ses regards se portent vers ces cieux ouverts, dont les beautés se déroulent devant lui et oJkyCommeEiienne, il voit le Fils derhomn;e debout h la droite de Dieu. {Act. vu, 35.) Mais n'est-il pas naturel de croire que, danscette charité qui n'a pas d'égale, la charité 3ui donne la vie pour Dieu, est comprise ans une juste mesure la charité envers le f prochain , cette charité qui prie pour 'homme? Et au moment du sacrifiée, au moment où sa prière trempait non dans les larmes, mais dans le sang, est-il possible que la 6lle d'Amiens ait oublié sa |»atrie et n'ait pas demandé pour elle les grâces les plus précieuses? Et Dieu .ne Taura-t-il pas consolée par l'assurance qu'elle était exaucée ? Je dis plus encore : voyez quelle est la destinée de notre sainte: elle revient après des siècles bénir son sol natal, au milieu de cette réunion merveilleuse de prélats illustres de toutes les parties du monde chrétien, accourus pour lui rendre honneur. Pouvons-nous croire que celte magnifique céréniDnie dont nous sommes les heureux témoins ne soit qu'un fait accidentel de l'histoire ou même qu'un trait delà Providence ordinaire? N'y devons-nous pas voir plutôt le fruit des vœux de Theudosie, prononcés sur la terre par ses lèvres mourantes, et prolongés dans le ciel par sa puissante intercession?
« El qui donc était-cilecette femme sainte et forte qui nous a procuré tant de bouheur 7 Allez, cherchez dans nos monuments, compulsez nos histoires. Vous y trouverez, sans doute, les noms enregistrés des empereurs, des préfets, des proconsuls qui oui prononcé un jugement de mort sur les^
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Chréliens, mais les noms de leurs viclimes innocentes ne s'y trouvent pns enregistrés. C'est dans les livres de la vie qu'il faudra les chercher. Quorum nomina scripta in tibro vitœ. {Philip, iv, 3.) De quelle condition» de quel âge était elle? Etait-ce une fleur transplantée dans le printemps de la jeunesse, ou un fruit déjà mûr qui aura peu* dant de longues années répandu son parfum dans la maison de Dieu? Appartenait-elle à une riche et noble famille de son pays, et s'était-elle alliée à une illustre maison de Rome, ou avait-elle été ravie à son pays par le sort de In guerre, et avait-elle trouvé un modeste asile dans In bourgeoisie romaine. Il est vrai que Tenfant déposé à côté d'elle dans la tomt)e, son nom, les soins prodigués à son tombeau, tout nous porte h croire qu'elfe était jeune, noble et riche, comme son épitaphe nous prouve qu'ellofutaussiaimableque vertueuse. Mais qu'importe? Ce n'est pas sa position sur la terre qui lui donne à nos yeux sa vraie gloire: Marlyrem dixif prœdicavi sa^ Us. Nous savons qu'elle était martjjre de Jésus-Christ; voilà son éloge. Qui a jamais pensé à réclamer pour sa patrie la poussière de ses empereurs ou de leurs persécuteurs subalternes. Mais les cendres d une de leurs victimes sans gloire sur la terre, inconnue, méprisée d'eux et des leurs, font tressaillir de joie une ville entière, et forment son plus riche trésor. Peut-être, quand la nouvelle de la mort cruelle de Theudosie arriva du centre de l'empire'à sa ville natale, où elle était sans doute connue par ses vertus et ses bonnes œuvres, quand cette nouvelle vint frapper de douleur sa famille, oCk elle était encore aimée pour ses admirables qualités, peut-être alors on aura entendu une plainte amère, des sanglots et des larmes. Mais cette Eglise encore naissante, qui gémissait elle-même sous le fléau d'une persécution atroce et qui perdait un de ses meilleurs soutiens, cette famille désolée qui sû sentait ravir l'objet de son amour, n'auront cessé de gémir devant l'autel caché du Seigneur. Elles étaient comme cette ancienne Racbel, qui refusait toute consolation à cause de ses enfants que l'ennemi lui avait enlevés, qui avaient péri, et dont elle ne pouvait plus espérer le retour h son sein maternel : Pioratus et ululatus muUus : Aachelplorans filios suoi et noluit coniolari^ quia nun sunt, {Jerem xxxi, 15 : Matth, ir, 18.) Mais, noble et généreuse Eglise d'Amiens ! Quel privilège est le vôtre, vous re« cevez cette consolation singulière, que Dieu donnait par son prophète a cette mère des Innocents, premiers martvrsde l'Agneau:
consolation refusée à tant d'autres qui peutêtre égalaient vos mérites. Entendez comment Dieu consolait cetie Rachel aiUigée: Hoc dicit Dominus : quiescat vox tua a pto' ratUf et oculi tui a lacrymis, quia est merces operi tuo^ ait Dominuif revertentur de terra inimici. Voici la parole, du Seigneur : « Que votre voix cesse ses plaintes et vos yeux leurs larmeSf parce qu'il est une récompense de vos œuvres, et vos enfants reviendront dp, la terre
des ennemis, ii (Jerem. xxxi, 16.) Oui, c'est la récompense de vos œuvres, ville pleine, au delà de tant d'autres, de ces vrais monuments de la grandeur de l'Eglise de nos jours, des institutions desa charité inépuisable; l'enfant chéri que vous croyez perdu viendra triomphant de la terre de sa captivité, de la terre de^ennemis cruels qui vous l'avaient révélé. Mais c'est une consolation réservée à des siècles éloignés. Continuez encore à pleurer et à souffrir, troupeau encore petit, et Dieu pour lequel, comme pour son Eglise, m'Ile ans ne sont que comme la journée d'hier, réserve cette consolation pour vos neveux des derniers temps quand la charité se sera refroidie et la foi affaiblie : Est spes novis^ simis tuis^ ait Dominus, et revertentur filiiad terminos tuos. ttCest V espérance réservée à vos derniers temps, dit le Seigneur, et vos fils re^ viendront dans votre enceinte.» (Ibid.,i^, 17.)
« Eh bien ! mes frères, les voici donc arrivés ces derniers jours, les voici donc écoulés ces siècles prescrits 1 J'entends retentir le long de ces corridors obscurs, dans ces caveaux mystérieux descalacombes de Saint- Hernès, j entends retentir , mais avec des accents plus doux, cplte même voix puissante qui un jour ressuscitera les morts.du fond de leurs tombeaux : Consurge^ consurge^ exutere de pulvere, consurge^ solve vincula coin tui, captiva /S/ta Sion. Lève-toi , sors du milieu de celte poussière sacrée dans laquelle tu as reposé pendant quinze siècles entre les bras de cette mère affectueuse, dé* positaire éternelledu la foi et de ses témoins tidèles. Brise, Qlle d'Amiens, les fers de ta douce captivité dans la terre des anciens ennemis. Fais les adieux à tes bienheureuses compagnes dans les dortoirs des justes, car dos mains bénies viennent chercher et recueillir tes cendres sacrées, et les transporter avec joie et avec amour sur ton sol natal.
« Venez, Theudosie, venez nous rejouir de votre présence, mais venez aussi à notre aide pour que votre triomphe soit digne de vous. Montrez votre puissance, c'est-a-dire la puissance de Jésus-Christ, qui se manifeste même dans les cendres de ses martyrs. Convoquez donc en votre nom une assemblée de yénérables évoques qui fassent un majestueux cortège à vos saintes dépouilles. Faites-les accourir, non-seulement de notre chère France et de la Belgique, contrées si fertiles en vertus ecclésiastiques, mais aussi de l'Irlande toujours fidèle à son Dieu et à sa foi malgré des siècles de misères et d'oppression, et de l'Angleterre encore en lutte avec les puissances du monde, des plages occidentales de la Guadeloupe, du centre de l'Asie, des limites extrêmes de Poriental Siam, du fond de ce vaste Océan, qu6 les flottes de l'ancien monde n'avaient Jamais visité, et où cependant la bannière de la croix a été plantée par les intrépides missionnaires de la France sur les cimes de ses rochers les plus élevés. Appelez les pasteurs do l'Eglise, et ils obéiront à votre voix. Mais ce n'est pas assez. Rappelez-vous ces anciens temps où les confesseurs de la foi entou-
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raient elconduisaienlà la sépulture le corps de ses martyrs. Faites donc arriver ici des prélats vénérables qui de nos jours ont combattu le bon combat i failes-les venir, nooseulemenl des pays voisins, mais môme des régions torrides de l'Amérique méridionale.
« Ainsi, mes frères, Theudosie projeile sur nous un rayon de lumière puisé aux sources les plus pures. Elle nous fait connaître cette unité de TEglise, qui en fait le sceau et la gloire divine. Elle nous montre fta hiérarchie unie par les liens de la même foi et du môme amour. De quelque pays que nous sortions, nous tous qui sommes ici, nous faisons partie d*un même corps mystique ; la chAsse de la martyre du iir siècle réunit autour d'elle un cercle de près de trente évoques de toutes les parlîfs du monde, en parfait accord entre eux, et unis par ce centre commun de leur piété, comme un anneau syn)l)olique, auxsaiuls prélats de la primitive Eglise.
« Notre chère martyre est donc venue nous enseigner encore que cette unité de l'Eglise ainsi manifestée ne s'étend pas seulement sur tout Tespace de son vaste empire, mais qu'elle se prolonge également sur tout le cours de son existence immortelle. Theudosie nous démontre que la foi qui se professait secrètement dans les chapelles souterraines des catacombes est la môme qui «6 proche tous les jours dans ce temple majestueux. Le môme dogme, le môme culte » la môme vénération des saints et de leurs reliques, le môme sacerdoce, les mômes sacrements faisaient au iir siècle comme aujourd'hui le bonheur des fidèles, et le pain de vie, qui transforme ce bonheur en délices, est le môme que Theudosie reçut peut-ôtre des mains du Souverain Pontife,àun de ces autels, tombei^ui des martyrs, pour se forlifler contre son dernier combat. Et quoique -quinze cents ans vous séparent d'elle, vous la recevez aujourd'hui au milieu de vous, Don comme étrangère, mais comme une sœur atnée qui vous revient après une longue absence, et pour cela môme plus tendrement aimée. i
« Elle porte donc avec elle le flambeau de la foi primitive, non pouréclairer, mais pour îbrtifler la nôtre; que cette lumière céleste pénètre dans les cœurs non moins que dans l'intelligence des Gdèles. Oui Theudosie, vous Tavez déjà fait« Vos ossements humiliés pour Jésus-Christ ont tressailli aujourd'hui de joie, exsultabunt os$a humiliata^ et nous ont communiqué leurs transports d'allégresse. Et cette joie, cette fôie auront des résultats durables: elles jettent pour l'avenir les fondements d'une plus solide etd'une i»lus ferme piété. Ce qu'est Lucie pour Syracuse, Agathe pour Catane, Geneviève pour Paris, Agnès pourUome, Theudosie le sera, l'est déjà pour Amiens. Elle deviendra l'objet d'une dévotion chaque jour plus tendre, à laquelle cette vénération profonde qu'inspire la mémoire des saints Pontifes et martyrs des premiers temps donnera un carac-
tère particulier. Et si jusqu'à présont, inconnue des vôtres, vous avez cep^endaut prié pour eux, combien plus désormais invoquée par eux avec ferveur et conGance, ne redoublerez-vous pas vos puissantes intercessions auprès du Dieu des martyrs? Commencez donc dès aujourd'hui à bénir Totrc ville et votre peuple, au milieu desquels vous allez reposer jusau*à votre {glorieuse résurrection. Lorsque rémînentissime pré* Itit dont la doctrine et la piéié rayonnent avee tant de splendeur sur toute la France, lèvera sa main pour donner à ce troupeau sa béoédiction pastorale, étendez aussi sur lui la vôtre, et bénissez celte ville qui nous a tant édifiés dans cette occasion par sa générosité,
J)arson hospitalité, p^r sa piété et par sa bî.
« Bénissez aussi cette terre de France qui enrichit le monde entier par ses œuvres innombrables de charité et de zèle ; qui aujourd'hui comme autrefois, envoie ses apàtrès recueillir la palme du martvre aux extrémités de la terre, et qui fait briller dans les pays les plus barbares les vertus et l'égoïsme de ses filles dévouées. Bénissez aussi ces augustes souverains qui voulaient venir aujourd'hui vénérer en personne vos saintes reliques, mais qui ont été empochés par les difvoirs que leur haute position oppose quelquefois à leurs désirs. Que par votre intercession Dieu les conserve pour le bien de la religion et le bonheur de leureropire^et qu'il leur donne toujours un cœur droit et [larfait devant lui pour observer sa sainte loilQue de votre entrée triomphale dans votre ville natale puisse dater l'assurance de cette paix que toute Ame chrétienne aime et désire, et qui est le digne objet des intercessions de ceux qui, par leurs immortels combats, ont mérité de pouvoir obtenir la paix et la trauquillité de l'Eglise. »
WOLFGAND(Annibal), baron de Sirottenbach. Allemand, évoque d'Olmutz, créé cardinal du titre de Saint-Marcel, eu 1713, par Clément XI, Pape de 1700 à 1721, et qui créa soixante-dix cardinaux, fut vice-roi de Naples.
WOLSEY (TflOHAs) naquit en H71, non pas d'un boucher comme quelques-uns l'ont avancé, mais d'un gentilhomme dlpswicb»
dans le comté de SutTolk.— Envoyé de bonne heure à Oxford, il lit ses études dans cette université, avec tant de succès qu'à l'Age do 1^ ans il obtint les grades de bachelier et de mattre-ès-arts. Après avoir quitté le collège, et s'ôtre lié avec Erasme qui, du concert avec lui, travailla à ranimer en Angleterre l'étude de la langue grecque, il fut nommé recteur de Lymington, dans le comté de Somerset, par le marquis de Dosset, dont il avait instruit les enfants. Le chevalier Nanphan, receveur des deniers royaux, à Calai.«, étant hors d'état, à cause de son grand Age, de remplir ces fonctions, en cluirgeaWolsey. Celui-ci entra en rapport avec la cour et particulièrement avec Richard Fox, secrétaire d'Etat, qui le recommanda au roi Henri Vif» comme un liumiue inlelligent et qui pou-
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tait Atra utile. Henrr; qui i'était attaché Wolsey en Qualité de ehapelaîD, Parait chargé d*iine mission secrète auprès de Tem- Y;»ereur Maximilien » qui résidait ators à Bruxelles. Etonné de le voir se présenter de* vanllui troisjours après, il lui reprocha sa négligence. Mais il fut bfen surpris, quand Wolsey lui annonça qu'il arrirait de Bru* lelles, où il arait rempK av^e succès toutes fes instructions de Sa Majesté. Tant d*8Cti* vite lui valut ta charge d'aumônier du roi et le riche doyenné de Lincoln. Sa faveur allait bientôt grandir sous Henri VU! , qui» en 1509» succéda è son père. Il fui présenté k ce prince par Fox» evAque de Wrqchester» qui espérait le voir supplanter le comiedeSurry, le favori d'alors; et» en cela. Fox ne se trompa point. Après sa présentation h la cour, Wolsev, nomme conseiller privé, eut, en cette
Sualrte, de fréquentes occasions de s'insinuer ans les bonnes grâces du roi. Quoiqu'alors ftgë de [srès de 40 ans, et revêtu du caractère sacerdotal, il était souple, facile, entreprenant, d'une complaisance peu scrupuleuse.
Avec ce caractère, il devint le favori par excellence du prince, dont il fut l'homme nécessaire, et qui lui abandonna l'entière administration du royaume. « Devenu l'arbitre de l'Europe par le rôle qu'il eut l'habileté de faire jouer k l'Angleterre, dans les querelles des puissances continentales, il fut recherché par l'empereur et par le roi de France ; et ces princes le prirent souvent pour médiateurde leurs difTérends.»Regardé comme pontife de la Grande-Bretagne, par l'extension qu' il donna à ses fonctions de légat, dignité çu'il rendit permanente dans sa personne, il aspira h Tèlre de toute l'Eglise. A la mort de Léon X, il envoya ledocteur Peace, son secrétaire conOdentiel, è Rome, pour lui gagner les suffrages des cardinaux; mais cet agent n'arrhra qu'après la ùiorl d'Adrien VL Ce pontificat n ayant duré (Ju'nn an, Wolsey reprit son projet ; mais les cardinaux frangais^qui le regardaient^comme le plus dangereux ennemi de leorr roi, le urent échouer... Persuadé cependant que c'était la faction impériale qui lui avait été la plus nuisible, il en conçut un vif ressentiment «contre l'empereur, qui l'avait flatté de faire réussir ses prétentions ; et il chercha à s'en venger, en ménageant une alliance entre son maître et François T', contre Charles-Ouinl. Wolsev, maître de disposer de tous les bénéfices du royaume, ne s'oublia pas dans cette distribution. En passant sur le sîégedTork, il conserva l'administration temporelle de celui de Lincoln* Il posséda en commende l'évêché de Barb, qu'il échangea pour celui de Durham, beaucoup plus riche, et auquel il Joignit l'abbaye de iSaint-Alban. Il donna les évècbés de Worcesler et d*Hereford à des Italiens qui, résidant à Rome, se contentaient d'une pension assez modique, et en laissaient le revenu à celui qui les leur avait procurés. En abandonnant l'administration temporelle de Tévôché de Tournai, lorsque celle ville retourna aux Français, il se réserva une pension de
doare mille francs. Le Pape Léon X, pour s'attacher un personnage si puissant t lui accoriia u^e pension de 7,500 ducats sur les évéehés de Tolède et de Plaeentia. En le créant légat a latercj dignité très-lucrative par elle-même^ il lui laissa la faculté d'en étendre les prérogatives ; et Wolsey en abusa
[»aur restreindre la juridiction priroatialede 'archevêque de Ganlorbéry. Le même Pape luidoTirm le droit de créer cinquante chevaliers, cinquante comtes palatins, quarante notaires apostoliques, avec les mêmes attributions que les siens propres, de légitimer les bâtards, de conférer des degréS dans toutes les facultés, d'aroorder toutes sortes de dispenses, de visiter, de réformer, de supprimer les monastères. Le roi y joignit le pouvoir d'expédier des lettres de naturalisation, de délivrer des congés et d*élire pour les ffrands bénéâces,^ de recevoir les serments de fidélité, etc. Comme grand chancelier et légat, il tirait des én>oluments considérables des ^ours qu'il présidait. Enfin l'empereur lui faisait une pension de dix mille ducats sur le duché de Milan, h laquelle il en joignit uneautre de neuf mille couronnes d'or. Par l'accumulation datant de bénéfices, de pensions et de prérogatives, les revenus de- Wolsey égalèrent presque ceux de la couronne. Son train répondait h ses immenses richesses... sa maison surpassait en faste celle des souverains eux-mêmes. Les prin« cipaui emplois eu étalent remplis par des comtes, des barons, des chevaliers^ des fils^ des familles les plusdistinguéels du royaume c|ui voulaient s'avancer par la faveur dont il jouissait. Le due de Northnmberland no dédaigna pas d'y faireenirer son fils, lord Perey. On y comptait iusqu*è huit cents personnes. Lorsque Wolsey alla en ambassade auprès de François I*% il avait une escorte de mille chevaux. La magnificence de ses habits, do ses équipages, le luxe de ses livrées, Téelat de tout ce qui l'entourait éblouissait les yeux. » (MicHAi;i>, Biog. univ., art. de M. Taharaud.) Wolsey, quiavail été créé cardi» nal en 1515 par le Pape Léon X,et qui, depuis plus de 15 ans, jouissait d'une prospérité loouie, allait bientôt tomber du faîte do sa grandeur. Henri VIII était marié depuis 18 ans è Catherine d'Aragon, qu'il avait é(iousée avec dispense du Pa|}e, alors qu'elle était veuve de son frère aîné. S'étant épris d'Anne Boleyn, il voulut lui faire rompre son mariage, sous le prétexte que sa conscience lui reprochait d'avoir mené si longtemps une*vie incestueuse avec la femme de son frère. Dans sa prétendue perplexité, il s'adressa au Pape Clément VU, qui lui avait des obligations, pour qu*ii voulût bien annuler la bulle de son prédécesseur, qui l'avait autorisé à épouser Catherine, et pour qu'il déclarât qu'il n'était pas au pouvoir, même du Saint-Siése, de dispenser d'une loi si^ strictement formulée dans l'Ecriture. Le^ Pontife, ne voulant pas accorder, et cependant craignant de refuser, promit d'examiner,, discuta, temporisa, espérant que la passion du fougueux monarque ne tiendrait jamais
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conu*e les fongueurs d'une affaire pendant en cour (la Rome. Pendant le cours d'une longue négociation, du succès de Saquelle semblait dépendre le bonheur de Henri, il s'était altenau è trouver un chaud défenseur dans Wolsey. Mais celui-ci était dans le même embarras que le Pape. D'un côlé, il Aurait voulu plaire au roi« qui l'avait comblé de tant de faveurs; de l'autre, il craignait de désobliger le Pape, dont il relevait plus immédiatement, et qui pouvait le punir de sa désobéissance. Il resta donc neutre dans toutes les conférences qui se tinrent pour cette grande affaire ; et, quoique de tous les hommes le i)lus hautain, il déférait en tons points è l'avis du cardinal Campegio, nonce de Sa Sainteté, sous prétexte que ce cardinal .était plus versé que lui dans la jurisprudence canonique.
La conduite de Wolsey en cette occasion irrita vivement Henri, qui d'abord dissimula son ressentiment, et qui s'occupa h chercher, en silence, un successeur h Wolsey. Dès qu*il l'eut trouvé dans la personne de Thomas Cranmer, il laissa éclater son ressentiment contre le cardinal. Le procureur général reçut Tordre d'informer contre lui. On dressa un acte d'accusation en quarantecinq articles. Il est aisé de trouver des crimes h un f'vori en disgrâce ;la tourbe des courtisans s'ameuta contre lui. Le grand sceau lui fut retiré. Son palais, ses meubles, son arg^enterie furent confisqués au pruGtdu roi. et il fut relégué dans son diocèse... Désabusé de ses grandeurs, il se montra digne des marques de respect qu'on lui prodigua sur la route et dans son diocèse. « il y vécut non plus en ministre dont la politique avait dirigé los intérêts de l'Europe, mais en pasteur tout occupé de ses devoirs, partageant sa modique fortune avec les pauvres, ayant une table frugale, exerçant la plus généreuse hospitalité, «'appliquante concilier amiableroent les différends des familles et de tous ses diocésains. Il faisait régulièrement des visites pastorales, prêchant comme le dernier de ses chapelains. Il s'était concilié l'estime et Tattacnement de tous ceux qui avaient recours à lui par sa douceur, ses libéralités et l'esprit de justice qui régnait dans ses conseils et dans ses jugements. Les personnes mêmes qui, au temps de sa prospérité, ne l'avaient vu qu'avec aversion, applaudirent à sa conduite dans l'adversité.» (ibtd.) Le cardinal se croyait oublié de ses ennemis, et vivait en paix dans sa retraite, lorsque se présenta inopinément son ancien courtisan, le duc de Norihumberland ; celuici lui déclara qu'il l'arrêtait, au nom du roi, comme coupable de haute trahison, et qu'il avait ordre de le conduire d'York h Londres, pour y comparaître devant ses juges. Le prélat, se retranchant derrière sa dignité de cardinal, refusa d'abord d'obéir, mais voyant le duc disposé à recourir à l'emploi de la violence» il se mit en route, à petites journées, pour Londres, où il devait paraître en eriminel, iprès y avoir régné en maître. Sur le chemin la foule accourait pour lui témoi-
gnait l'intérêt qu'on prenait^ cette nouvelle persécution. Attaqué d'une dyssenlerie, il s'arrêta quinze jours chez le comte Shrewsbury; on alla jusqu'à dire qu'il s'était empoisonné. Obligé de se remettre en route, il gagna avec peine l'abbaye de Leicester et rencontra les religieux qui venaient processionnellement à sa rencontre. « Père-abbé, » s'écria-t-il, «je viens déposer mes os au milieu de vous. » et il demanda qu'on lui préparât un lit, son a$(onie commençais Avant d'expirer, il dit è Kingston, lieutenant de la tour, et chargé de sa garde, comme celui-eî tâchait de le consoler : « Je supplie le roi de se rappeler de tout ce qui s'est passé entre nous; combien de fois je me suis jeté à st^s genoux, et sans succès, pour l'engagera contenir ses passions. Si j'avais servi Dieu avee autant de zèle que j'en ai mis à servir le roi» il eût pris en pitié mes cheveux gris. Je reçois ma récompense, moi qui n'ai pensé qu'au service de mon prince, au lieu de servir Dieu. » Ainsi finit le cardinal Wolsey, If^ 29 novembre 1530. Il était dans la 60* année de son êgo. « Il faut convenir que plusieurs des reproches que lui font les historiens trouvent leur excuse dans le caractère violent et capricieux de son maître. S'il abusa de sa faveur, s'il révolta la nation par Tinsolence de son faste; s'il irrita la noblesse et les grands par ses hauteurs, il eut aussi des qualités éminentes qui rachetèrent ses défauts. Habile et profond politique, il profita de toutes les circonstances pour augmenter la puissance de son maître, et pour donner une grande influencée l'Angleterre dans les affaires générales de l'Europe. Il tint ta balance entre François I" et Charles-Quint. Lorsqu'on réfléchit sur les événements malheureux de ce règne, après que les rênes du gouvernement ne furent plus dans ses mains, et que, Henri, oubliant ses conseils, eut abandonné le vrai rôle de l'Angleterre, celui de ne prendre aucune part active aux démêlés du continent, de n'ambitionner que le titre d'arbitre, de menacer tour è tour celui des deux rivaux qui se disputaient alors la prépondérance; lorsqu'on réfléchit sur toutes ces choses, on trouve que c'est avec injustice qu'on a révoqué en doute ses talents pour le gouvernement. Son administration fut en général uniforme, soutenue, vigoureuse, tandis qu'après lui tout fut capricieux, inconstant etdiflflcile. On convient 3u'il réforma plusieurs abus dans l'Eglise et ans l'Etat, qu'il obligea le clergé à mettre plus de régularité dans sa conduite; que dans l'exercice de sa charge de chancelier, il s'entoura des connaissances et de Texpé^ rience dos plus habiles furisconsulles, et que les sentences qui émanèrent «de son tribunal furent généralement justes; qu'afin que les pauvres pussent défendre plus facilement leurs droits, il établit des cours de requêtes, et introduisit dans l'administration de la justice di*s dispositions qui furent bien accueillies, et fit créer pour une plus |)roropto expédition des affaires, quatre cours inférieures qui subsistent encore. Comme tous
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les grands miaistres, il protégea les sciences el les lettres. » [Ibid.) La vie du cardinal Wphey^ écrite en anglais par G. Cavendish» ntiaohé à sa maison, a été réimprimée avec (les notes et des éclaircissements, 1827, in*8\ U e autre Vie du cardinal a élé publiée pair le D. Firides, 172^, in-fol. C'est une apologie d>i Wolsej. On a aussi en anglais, la Yie et V administration du cardinal Wolsey^ par Gall, 1812, in-4*; 1817, in-8*. On trouve un petit recueil de lettres du cardinal Wolsey, dans le tome 111 de la Collectio amplissima des Bénédictins Hartène et Durand, à com-
mencer à la page 1270. Elles sont utiles pour rhistoire ecclésiastique et civile de la France et de TAngFeterre. L'abbé de Longuerue a réfuté beaucoup d'accu.^tions dirigées contre le cardinal, dans de savantes et judicieuses remarques, insérées au tome VIII, ii* partie, des Mémoire» de littérature et dhiêtoire dn P. Desmolets. Le docteur Lingurd, dans son excellente Histoire d Angleterre^ donne, sur le règne de Henri VIII et sur les faits de cette époquet une foule de détails entière.'ment neufs.
XATIÊRE (Jérôme), Espagnol, général de l'ordre des Frères prêcheurs, fait prêtrecardinal, en 1607, par le Pape Paul Y, mourut en 1608.
XIMENÈS (Doif-RoDEBic) ne fut point cardinal, comme l'avance M. Michaud j.
dans le 51* vol. delà Biographie universellCf p. 406. M. Michaud se trompe également, comme Moréri, en mettant Roderic Ximenés en rapport avec Innocent IX ; ils veulent dire, sans doute, Innocent IV. — Roderic Ximenès, archevêque de Tolède, vers 1243, écrivit une Histoire d* Espagne en neuf livres, laquelle se trouve dans le recueil des historiens de ce royaume, avec des remarques du P. André Schot. Il a laissé encore d'autres histoires. Il mourut, en 1247, sur le Rhône, comme il revenait d'une conférence qu'il venait d*avoir è Lyon avec le Pape Innocent IV. Sur son tombeau, qu'on voit à Huerta, entre la Castille et TAraçoo, se trouve Tépitaphe dont voici la traduction : « La Navarre est ma mère; la Castille ma nourrice ; Paris mon école ; Tolède ma demeure; Huerta ma sépulture; le ciel mon repos. »
XIMENÈS (François), né^ suivant les uns, en 1436 , en 1437, suivant les autres, à Torrelaguna, petite ville de la province de Tolède, dans la Vieille-Castille, n'appartenait point è la famille des comtes de Gisneros. — Il était le fils aîné d'Alphonse Ximenès, receveur royal des dîmes, tribut lové (ju consentement du Saint-Siège pour aider les rois d'Espagne dans les guerres contre les Maures. Sa famille avait reçu, de la ville qu'elle habitait, le surnom de Cisneros. Initié de bonne heure aux pratiques de la piétt^, et desiiné par ses parents au service des autel5, il fut envoyé d'abord à Alcala pour y étudier, puis à Salamanque, où il fit des progrès rapides dans la philosophie, la théologie, la jurisprudence civile et canonique. Il passa six années dans cette université, donnant, pour vivre, des leçons particulières, et, après avoir pris ses degrés, il revint dans sa patrie. En 1459, les conseils de son père le déterminèrent À partir pour Rome. Volé en chemin, dépouillé de son argent, de ses vêlements et de sa monture, lise trouvait dans le i>lus grand embarras,
quand la Providence lui fit rencontrer, U Âix en Provence, un de ses anciens condisciples de Salamanque, nommé Brunet, lequel allait également à Rome. Celui-ci vint généreusement au secours de son ami, ot tous deux arrivèrent dans la capitale du monde chrétien. Après un séjour de six années, Ximenès, qui'remplissait ToOice d*a^ vocat consistorial auprès des tribunaux ecclésiastiques, commençait h être remarqué,, lorsque la mort de son père le rappela oans sa ville natale, où il devait servir de soutien è sa famille dénuée de ressources. Il quitta donc Rome, n*emnortant avec lui qu'une bulle du Pape pour la première prébende qui viendrait à vaquer dans le diocèse de Tolède. Ce premier bénéfice vacant fut rarchiprêtré d*Dzeda. Quoique d'un revenu médiocre, il convenait beaucoup à Ximenès, parce que Torrelaçuna, lieu de sa naissance, en ressortissait.Mais tes prétentions de ce dernier furent accueillies fort mal par l'archevêque de Tolède, Alphonse Carillo, qui avait déjà disposé de ce bénéfice en faveur d*un occlé^ siastique de sa maison. Dans des circonstances analogues, des évoques plus traitables qne Carillo avaient lutté contre les Souverains Pontifes ; on devait donc s'attendre à une vive opposition de la part d*un prélat dont l'ambition et la ténacité étaient connues de toute l'Espagne. Longtemps tout puissant sous Henri IV de Castiire, il s'était mis plus . d'une fois à la tête des rebelles; on l'avait vu échanger la mitre contre le casque, guider l'insurrection et commander, en 1464. h. la sanglante bataille, livrée sous les murs de Médina del Campo, et dont le succès resta incertain. Nul n'avait osé résister è cet homme, que Mariane qualifiait : Magno vir anima^ turhido tamen et inquiéta. Ximenès montra alors le trait caractéristique qui fut le principal instrument de sa grandeur, on veut dire, cette fermeté inébranlable qui ne reculait devant aucune considération dès qu'il s'agissait de soutenir un droit. Fort de ce droit, il persista donc à exiger le bénéfice avec d'autant plus d'obstination que l'archevêque le revendiquait avec plus de hauteur. Le dénoûment fut gue Ximenjès, au lieu d'une prébende, obtint un cachot, où il fut étroitement enfermé. S'il faut en croire les*
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Anciens biographes, il Irouv», dffns la tour dîSlédêf un prôtre qoî y élait délemi depuîs longtemps, et qni hri prédit qu*il^ sferail un jour archevêque de Tolède. « lïon Père, » M répondilXinienès,«de tels comnvencemenls n'annoncent guère une ûu si heureuse. » -— « Vous ne seriez pas le prenu'er,r« reprit son compagnon de captivité» « oui seriez pa^^f^ de cette tour au trÀne de Téglise de Tolède, râi ru dans cette même prison, où nous sommes, Jean Pérévella, frère d'Alvarez de Luna, grand connétable de Caslille, el qui parvint à la dignité que je lui prédisais. » — Sollicité, h différentes reprises, de renoncer h son bénéHce, Ximenès demeura inébranlable. Après l'avoir tenu en captivité plus de srx ans, Carillo, fatigué, lui accorda «on bénéfice avec la liberté. — Le nouveau curé d'Uzéda jugea prudent de quitter l« diocèse de Tolèdîe. En 1480, il échangea son archi*
Êrètré contre un canonical de Sigueufzà. ^ans cetle nouvelle résidence, ses fe^lents et ses tertus lui gagnèrent bientôt tous les cœurs. L'évèque de Siguenzaf était alors Pedro Gonzalès de Mendoza, appelé à eiercer nne grande influence sur les destinées do l^pagne et sur celles de Ximenès. Elevé» en H73, par Sixte IV, è la dignité de eardif^al, et par Henri IV^ roi de Gasiille, à Parchevêche de Séville, il conservait encore le diocèse de Siguenz^t, par un abus trop ordinaire en ces temps. Voulant avoir un admi« nistraieur intelligent pour gouverner le diocèse qiril avait quitté, il crut ne pouvoir mieux faire que de choisir Ximenès. il le flt son grand vicaire, loi accorda toute sa confiance, et lui conféra plusieurs bénéfices.
Le diocèse de Siguenza était gouverné à la satisfaction générale; tous les vceux étaient unanimes pour demander la cpnservatioif de l'administrateur; celui-ci seul n'était pas content; les honneurs, l'embarras des affaires lui étaient à charge; il soupirait après hi retraite, l'étude, h» prière, la vie conrtem'platîve. Vers 11^84, car les historiens ne sont pas d^accord sur ce points il se démit de ses bénéfices, et alla s'enfermer dans un couvent de rObservanee de Saint-François; il choisit celui de Sainl-Jean de los tiejeSf h Tolèder parce qu'il était renommé par la figidité de la règle.
Dès qu'il eut fait profession, sa réputation de sainteté se répandit et s'accrut; unefoule de personnes venaient abandonner leurs consciences à sa direction ; on accourait de toutes parts lui demander des conseils, des consolations. Son but n'était pas atteint; il supplia ses supérieurs de le reléguer dans quelque couvent solitaire. On l'envoya alors au moh^istère isolé de Castanar. G est dans cette retraite que Ximenès affirme avoir passé les jours les plus heureux de sa vie, l^arlagé entre la prière et l'étude, le corps couvert d'un cilice. Dans la suite, au sein des grandeurs, il regrettait souvent cette tolitude, disant qu'il échangerait volontiers jontre elle la mttre de l'archevêque, le clia«
peau de cardinal et les
gtnce- Ses lumières étaient si bien appréciée» ^e^ dans lovfes tes ittiportantejr affaires de I Ordre, ses supérienrs ne marfqviaient paa de rappeler h Tolède ponr \e consulter. Transféré au couvent de Salzéda, il fol éla gkivdiefi par la voii unanime ée IcKrs tés religieux.'
Cependant une ère non veM& à^oifvraii pour i'Espagne. IPepuiaf la réunion de h Casiille k ^Aragon par le mariage de Ferdinand arvp« Isabelle, presque tous lefs rnyaomes de la péninstrie étaient aux rrlainsde^ deut époux. 1^ prise de Grenade, en fll9St, avait mis fiv è l'empire des Maures. Cest vers ce tempa qu'Isabelle demanda un nouveau directeur au cardinal Hendoza, primat de Tolède, et
?ui avait succédé aux dignités, comme k influence de Carillo d'Acunha. Le cardinal hii désigna Ximenès, qpt/il eoTNfiaissait capable de Men diriger là oonsi^ience de la reine, et de donner h cette prificesse de sb'^ ges conseils dans les affaires d'Etal, sur lesquelles elle consultait sotrvent ses confesseurs. Il n'y avait qo'uoe difficulté, c'était d'obtenir le consentement du pauvre j^ran-* ciscein. Le cardinal le manda donc k la cour sous un prétexte, et le conduisit, comnoe par hasard, dans l'appartement de la reine. L'ettérieur humble, recueilli et digne du retigienxr l'élévation de ses sentiments qui perçait dans ses discours, inspirèrent h Isabelle une profonde estime pour le Père.
Rappelé bientôt auprès delà reine, et instruit de ses désirs, il chercha vainement à se soustraire à la ^laute fonction dont on* voulait I investir. Isabeilo fut inflexible; tout ce qu'il put obtenir, c'est qu'il resterait danTs son couvent, et ne paraîtrait h la oonr que quand il y serait appelé. Mais plus Ximenès se dérobait aux affaires, plus la reine mettait d'empressement à rechercher ses conseils ; bientôt elle n'entreprit plus rien d'important avant de l'avoir consulté.
Peu de temps après, il fut élu, par le chapitre de son ordre, provincial des deux Castille». Il accepta volontiers le fardeau de cette digfûté, dont la durée était de trois an», parce qu'elle l'éloignait de la cour et parce qu'il pourrait travailler plus efficacement k rétablir la discipline et l'austérité monastiques. Suivi de son secrétaire, François RujSr il parcourait les diverses parties de sa vaste province, visitant tous les couvents de l'ordre, réformant les abus, et par sa parole, comme par ses exemples encourageant ses frères à tendre h la perfection chrétienne. Il voyageait à pied, il avait seulement une mule pour les temps de maladie; encore même la montait-il rarement. Fidèle è la règle de son ordre, le Provincial mendiait lui-même ce dont il avait besoin durant le voyage ; souvent 11 se contentait des racines qu'il trouvait sur la route.
En fiossession do places fortes, de vassaux
en grand nombre, d'immenses revenus,
puisqu'ils s'élevaient alors à 80,000ducals,
'archevêque du Tolède, tout à la fois primat
l'Espagne et grand chancelier de Castille»
insignes
delà Ré- élait, après le souverain, le premier et le
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pfas pofsmnl persoorva|)(e de i'Blat. Revêtu de celte doublé dignUé, le carrfiiyel Meridoza, fombé intllaclei »*étflpîl fail transporter h Guffdnlaiara* sfl^ palrfe. Vers ta fin de 149%, le ranl fatsaîit des progrès, Ferdinand et Isabelle allèreni' vrsiteF le miniâire qin\ pendant vingt ans» avait eiercé sur les affaîrèfs ime sf puissante mflaence (>u*on rappelait quelquefois le troisième roî d^s Espagne^. lY mourut eu jaiivief I4d5. FercN-nand eurtfit Toulu lui donner poiit successeur Alphonse d*Jlragon» son fils natuf el ; mais Isabelle qui, même depais son mariirge^, avait touj^ur^ voulu fesiet roi de Caetille, se décMet ponrr Ximenè^. LePafpe agréa la* oominetion^y et Tes bulles arrivèrent à Madrid enr afvrik Le Franciscain était loin^ de soupçonner quels projets s'^aionttrarn^^s contre son humilité, et quetfes dignités aHai^'nt rassaîllir. Comme îl se disposait à retôurBi*r II scfn convenrt^ ifprès êtù\f entéfndfi la eonfessk)n' de fa rBfiiéi M prince^e le faH srppeler et lui présente ïé Imlle pofiiificsle, portonc celte stis^ rriplien i « A notre vénérablefrèro François Xlménèsf de Cisneros,arehevèqtte de Tolède.» Il rend pré)6lpitammeni la'btille à la reine en disant : < Madame^ ces lettres ne s'adrojH sent pas }f mor#» el tï s^éleigne. Peu d'heures après, hi reine envoie après lui deux des seigneurs de la cour, pour lAcher de le fléchir, et de Ifi déterminer h accepter^ llsTatleignenl à trois lieues de Madrid, comme U se dirigeait vers le couvent d*Ocana. Ce n'est ptos sans peine qu'ils le ramenèrent à la cour, mais sans avoir rien gagné sur sa volonté, «llleur parlait^ dit Fiéchier, avec tant de fermeté, tl letfr parftissait de si bonne foi, que don Gultiefé de Cardenas, grand commandenf de Léon, se jeta à ses pieds, et lui dit, en lui prenant !» main poi/r la baiser:
• Notfs ne pouvons manquer, mon Père, en « vonsbaisani ainsi lés mains; car sivousjac- « ceple2 l'archevêché, noue devons cet homf-
• magô è votre dignité ; et si vous le refusez, « nous le ée^ott^ encore plus èr votre vertu. » Il ne resta pltts k \à reine d'aiifre parti è prendre que de reeosrir è la violentée et à Tinter médiaire do 9outerain Pontife. Quelques nH>is tfpfès, arrivait un bref pontifical qui, en vertu de l'obéisirance canonique, enjoi^aitau Provincial Tacceptation immédiate de l'archevêché. Xlmenèrs fut donc consacré le 11 octol>re 1^95. Après la cérémonie, tt dut, suivant l'usage, aller baiiser les mAins du roi el de la reine : < Je rends gràee h Vos Altesafes, dit-il, non ^e m*avoîr élevé ffu premiersiégê dorÉ^lised'Ë8p9gf>e; maisje leur Daise les mains dans I espoir quViles feront eervir ces mains puissantes a allégée le fardeau dont elles uni chargé mes épavries. » Ximenès ne crut pas sa nourelle élévation incompatible avec la pauvreté apostolique et Taustéritô religieuse du fondateur de sfKi ordre, et il entreprit d'allier en sa personne (a dignité de l'évêque à la simplicité du moine. Aucune argenterie ne brillait sur sa table, aucune parure u*ornait les murs de ses appartements; nulle part on n*eût aperçu la moindre trace de
luxe ou de richesse. Sa robe était toujours le froc du Franciscain, sa noorriluro, les paurres aliments du couvent le plu.^ rigide. Ses Yoyages indispensables, il les faisait à pied, OH bien il se servait d*une mule, monture ordinaire des paurres prêtres espagnols. Son palais était transformé en un yéritable moTiastére, el dix religieux de Saint-François composaient tout IVntolrra^A du primat grand-chancelier, ji {Le cardinal Ximenii par Hbfelb, traduit de MM. Sisson et Crampon.) Bientôt ce fut une exploçion de murmures contre le genre de vie de Tarehevêque. On Taecusait de manquer de grandeur; on le taxait d'hypocrisie et d*orgueil. Ces plaintes et bîen d*aulre^ arrivèrent jusqu'à Rome, et. dans un bref adressé è Parchevêque de Tofède, Alexandrel VI condamnait en ces termes la pauvreté et la simplicité apostoli(]uo d'un successeur des apôtres : « Rien-aimé fils, la sainte Eglise, comme tous savez, ressemble à la Jérusalem céleste : elle a, comme elle, sa parure et ses ornements, et, si Texcès est coupable, Tindigence peut devenir on défaut. Ot)server ce qui convient è chaque état, voilà ce oue Dieu aime et approuve. Ainsi, un ecclésiastique, mais surtout on évèque, doit tellement régler ses mœurs, ses vêtements et tout son extérieur, qu*on ne puisse l'accuser ni d'orgueil pour une trop grande magnîGcence, ni de superstition pour une trop grande simplicité: l'un et l'autre défaut affaiblissent Tautorité des ministres de Jésus-Christ. Le Saint-Siège vous a élevé d*un ordre inférieur au rang d*arehevêque, et nous ressentons une grande joie que vous meniez, selon votre conscience, un6 vie agréable à Dieu : nous vous avertissons qu*il convient aussi que vous vous conformiez dans vos vêtements, votre train et tout le reste, è la dignité de votre position. »
r L'ol)éis5ance fit alors à Ximenè^un devoir d'étaler le faste dans son palais, sur ses vêlements, sur sa table. Mais cette magnificence n*était qu'extérieure; quant à lui, il conserva toujours son austérité. Sous ses vêtements de soie, il cachait une bure grossière; à côté de lits somptueux où brillaient l'or et la pourpre, éiait la planche sur laquelle tl couchait. Quand il donnait des festins, rien n'en égalait h splendeur; mais la» variété, la délicatesse des mets étaient pour ses convives; il n^y prenait, suivant sa coutume, que le frugal repas d'un cénobite. Tout son temps se partageait entre le travail, \» prière et Tétude. Il offrait chaque jour I» saint sacrifice, assistait souvent au chœur dont la pieuse mélodie était pour lui pleine de charmes. Ses seuls délassements étaienè la promenade ou des conversations sérieuses et édifiantes avec des théologiens. De temp» à autre, pour se mieux recueillir, il ne cessa d'aller passer quelques jours dans une maison de son ordre, confondu avec ses frères, dont il suivait tous les exercices, comme le moindre d'entre eux. Il est constant que» dans une chambre secrète de son palais» it mour4rissait son corps par la discipline ; el
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ses rigupurs contre lui-môme furent telles que, dans la suite, le Pape Léon X crut devoir lui en faire des remontrances. Sa pauvreté 9 son humilité avaient soulevé des plaintes. Quand il eut été obligé de donner a Textérieur, les murmures devinrent plus violents. La médisance trouvera toujours des aliments. — Le domaine temporel de Tarchevôque de Tolède embrassait un vaste territoire où se trouvaient quinze villes populeuses et un grand nombre de tiourgs et de villages. Ximenès avait donc sous sa dépendance une multitude d*o(Sciers et de luges séculiers. Mu par l'amour du bien publicy il réprimait tous les abus qui lui étaient signalés, si son pouvoir allait jusque-lè» sinon il les déférait à la reine. Appui du pauvre et du faible contre l'oppression et l'injustice des puissants et des riches, il était surtout l'eiïroi des prévaricateurs qu'il poursuivait sans pitié, ou qu'il dénonçait à la reine.
Depuis un siècle , les guerres contre les Maures avaient nécessité en Castille des ïa^ pots eitraordinaires. Le plus onéreux était VAicavala qui consistait dans la dlme de toutes les choses vendues ou échangées. La perception en était devenue plus odieuse que l'impôt lui-même. Les exactions des agents du fisc, la répartition mal entendue, les tromperies des vendeurs et des acheteurs en avaient Tait une source d'abus criants. La suppression de l'impôt n'était pas possible alors, mais, grâce h Ximenès, il subit un notable adoucissement. On calcula le produit net de VAicavala^ et une répartition équitable en fut faite entre les districts et les communes, selon leur richesse et leur population ; on laissa les habitants euxmêmes faire la levée partielle du subside, et toute l'armée des vautours du fisc fut congédiée. Le trésor rojal et les contribuables gagnèrent à cette mesure, dont s'applaudirent les populations et qui ne mécontenta que les fri|)ons. En 11^99, Ferdinand et r«abelle se rendirent h Grenade, (|ue le surtdes armes avait mise en leurs mains depuis sept ans. Les habitants de cette riche et populeuse cité conservaient, aux termes des traités, leur culte, leurs mosquées, leurs biens, leurs lois et des privilèges étendus. Les ver* tus de leur archevêque Talavera en amenaient chaque jour un grand nombre à la foi chrétienne. Ximenès, appelé par ses souverains, se rendit aussi à Grenade et s'y asso* cia au zèle et aux efforts du pieux archevêque. Les voies de la douceur étaient seules mises en usage. Cependant, à la suite d'un malentendu, une révolte éclata parmi les Maures. Elle fut comprimée par la force ejl plus encore par le dévouement du vertueux Talavera. D'après les conseils de Ximenès, on ne laissa aux Maures d*autre alternative que le supplice des criminels de haule-trahkson et lu baptême. Presque tous If s Maures de Grenade et des environs embrassèrent le christianisme. Les autres se réfugièrent sur les montagnes ou en Afrique. Ces conversions, œuvre de la contrainte,
ne pouvaient guère être qu'extérieures; aussi furent-elles suivies de plusieurs insurrections qui se terminèrent par des traités qui n'imposaient plus le baptême. Ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre étaient libres de quitter l'Espagne; et bientôt, dans touto rétendue de l'ancien royaume de Grenade, il ne resta plus un seul Maure qui n*eût reçu le baptême. Toutefois l'islamisme fut toléré dans les autres parties de l'Espagne jusqu'au temps de Charles-Quînt.
Les Etals de Cnstille étaient réunis à To« lède; le 7 mai 1502, rarchevêque y reçut Ferdinand et Isabelle , l'archiduc Philippe le Beau, fils de l'empereur Maximilien et de M.irie de Bourgogne, et l'épouse de ce jeune prince, doua Juana, connue dans l'histoire sous le nom de Jeanne la Folle. De ce mariage, sortirent les deux empereurs Charles- Quirit et Ferdinand V\ Ce dernier, né en Espagne le 10 mars 1503, fut baptisé par Ximenez. Après l'abdication de son frère Charles V en 1556, il lui succéda sur le trône impérial, pendant que les autres Etats de la monarchie espagnole étaient dévolus à Philippe IL— Le 26 novembre 150^, la grande Isanelle mourut à Médina del Campo, dans la 5V année de son âge, et la 30* de son ri^gne. En apprenant cette triste nouvelle, Ximenès, retenu par ses devoirs dans son diocèse, ne put s'empêcher de s'écrier:
« Jamais le monde ne verra une reine d'un esprit si élevé, d'un cœur si pur, d'une piété si ardente et d'un zèle si éclairé pour la justice.» Le nom d'Isabelle vivra dans l'histoire, il est inséparable des noms de Christophe Colomb, de Gonzalve de Cordoue, de Ximenès. — L'Espagne n'était pas restée étrangère au grand mouvement de la Renaissance. L'université de Salamanque florissait avec ses sept mille étudiants. Xime» nés, zélé pour le progrès des sciences et des lettres, voulut aussi leur donner un asile qui effaçât la gloire des universités de Salamanque, de Tolède, de Séville, de Grenade. En 1500, il posa à Aicala la première pierre du collège deSaint^Ildefonse. Trois ans après, arrivèrent de Rome les lettres d'érection de la nouvelle université, è laquelle les Papes Jules II et Léon X se plurent à conférer les
Eriviléges les plus étendus. Un grand nom* re de collèges furent successivement éle* vés, où d'habiles professeurs enseignaient toutes les branches des connaissances humaines. On y enseignait les langues latine, grecque, hébraïque, la théologie, la jurisprudence canonique, la médecine, l'anatomie, la chirurgie, la philosophie, les mathématiques. Il y avait quarante-deux chaires remplies par des savants appelés de toutes parts à grands frais. Le fondateur venait quelquefois assister lui-même aux leçons des professeurs, et présider les argumentai ions et les autres exercices académiques. L'universiKi d'Alcala, ouverte le 18 octobre 1508, vit bientôt accourir une foule d'étudiants, venus de tous les points, et elle compta une population aussi nombreuse qu'aucune de ses sœurs aînées de TEspague. Les boursiers
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ouïs Cardinaux.
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y conquéraient successivement les diplômr>s de bnrheticr, de licencié, et de maître esarts libéraux. On y conférait aussi les grades en philosophie, en médecine et en théologie. Celte université, dotée par Ximenès de revenus considérables y auxquels d*aiilres s'ajoutèrent dans ta suite, regut, en 15U, la YJsite du roi Ferdinand. Le recteur vint à sa rencontre, suivi des docteurs des facultés revêtus de leurs robes fourrées d*hermine, et précédé des appariteurs qui portaient leurs masses avec solennité. A cette vue, les courtisans leur crièrent de déposer devant le roi ces symboles du commandement. Mais Ferdinand, arrêtant leur zèle, leur ordonna de respecter les usages de l'université : « C'est ici, dit-il, le royaume des sciences, les savants y sont rois.» En 1526, un autre visiteur non moins illustre« et à qui l'histoire a donné le nom de père des lettres, alla, en sortant de sa prison de Madrid» parcourir fes divers instituts d'Alcala. François I*' exprima son admiration en ces termes: «Ximenès a exécuté une œuvre que j'aurais à peine osé entreprendre. L'université de Paris» la gloire do mon royaume» est Touvrago lie plusieurs rois » Ximenès seul a créé une œuvre semblable. »
Une œuvre scienliGque remarquat)le, sortie d'Alcala, est la célèbre Bible polyglotte, fruit du génie persévérant de l'archevôque de Tolède, et dite de Compiute^ ancien nom d'Alcala. Le Prologue do cette polyglotte indique quel était le dessein de Ximenès, et à quoi il voulait porter remède : « Aucune traduction ne saurait rendre exactement et pleinement le sens de Toriginal.... D'ailleurs les manuscrits de la Vulgate diffèrent tellement les uns des autres, qu'il est impossible de ne pas soupçonner des altérations amenées au moins par la négligence et l'ignorance des copistes. 11 faut donc, comme le désiraient déjà saint Jérôme et saint Augustin qui» remontant à l'origine des saintes Ecritures» ont corrigé les livres de l'Ancien Testament sur le texte hébreu, et ceux du Nouveau sur le texte grec; il faut que tout théologien soit capable de puiser lui-même à la source du texte primitif Wau qui jaillit pour la vie éternelle, (Joan, ir, i^.) il a donc fait imprimer la Bible dans la langue originale avec les diverses traductions... Pour accomplir cette t&che, il a eu recours à la science de philologues distingués » et il a fait rechercher partout les manuscrits grecs et hébreux les plus anciens et les plus estimés. Son but, c'est que l'étude i\es lettres divines» morte, en quelque sorte» jusqu'ici, reprenne une nouvelle vie. » La bible polyglotte d'Alcala est en langues latine, grecque» hébraïque et chaldaïque. Pour l'exécuter, il fallait le concours d'un grand nombre de savants. Ximenès de son côté» n'épargna ni soins» ni dépenses. Sept manuscrits hébreux seulement coûtèrent quatre mille ducats; des manuscrits latins et grecs, anciens de huit cents ans montèrent à des sommes considérables; Touvrage entier ccûta plus de ciniiuanle mille ducats.
somme énorme pour le temps, et que pouvait seul fournir un homme dont les rev^jnus égalaient ceux d'un roi, et dont les besoins personnels ne dépassaient pas ceux d'un anachorète. L'achat des manuscrits, les indemnités de ceux qu'on envoyait à leur recherche, les pensions des savants, i\es copistes et autres employé.*, les frais- des caractères nouveaux qu'il fallut fondre à Alcala, les gages des habiles imprimeurs appelés de toutes parts, tout cela avait exigé de prodigieuses dépenses que les résultais matériels furent loin de couvrir, car on no tira que six cents exemplaires, dont chacun, composé de 6 vol. in-lol., no se vendit que six ducats et demi. Le produit, Ximenès, dans son testament, le destina h des œuvres de charité. Le petit nombre d'exemplaires qui furent tirés explique la rareté de la Polyglotte et son prix élevé. L'ouvrage complet coûte aujourdhui plus do cinq cents ducats. On en connaît à peine quinze exemplaires en Allemagne. Les travaux préparatoires de la Polyglotte d'Alcala commencèrent ou 1502. Lf3 premier volume parut le 10 janvier 15H, tt le dernier parut le
10 juillet 1517» quatre mois avant la mort de Ximenès. Cet ouvrage, plusieurs fois réimprimé depuis, a reçu de grandes améliorations; mais la gloire d avoir, conçu l'entreprise n'en reste pas moins h l'archevêque de Tolède. Lh ne se bornèrent pas ]os encouragements qu'il donna aux lettres.
11 fit préparer par Vergara une édition nouvelle d'Aristote qui, outre le texte grec et la traduction latine d'Aide Manuce» contiendrait une nouvelle version Ititine, destinée è corriger les erreurs, à éclaircir les obscurités de la première. Le travail était prêt, mais comme l'impression n'en devait venir qu'après celle de la Polyglotte, la mort de Ximenès vint arrêter la publication. D'autres œuvres eurent un sort plus heureux. Ce grand homme Ht imprimer à ses frais et distribuer une foule de bons livres traitant de sujets religieux» historiques» d'agriculture même; il ût présenta toutes les églises de son diocèse» de livres nouveaux, imprimés sur parchemin, et renfermant toute la suite de TOffice de l'Eglise avec les notes et autres signes de musique, aOn de répandre le goût du chant grégorien» qu'il estimait beaucoup.
Un des premiers soins deXimenès, nommé l l'archevêché de Tolède» avait été de s'attacher è la réforme des mœurs , d'abord dans le clergé. Plusieurs causes concouraient à Tafifaiblissement moral où était tombé le clergé espagnol. Possédant d'immenses revenus, princes à la fois spirituels et temporels, et, en cette dernière qualité» accoutumés à se mêler aux affaires politiques, et même à prendre pari aux combats» les hauts prélats avaient perdu l'esprit do leur vocation, ou n'exerçaient pas sur leur clergé une surveillance elFicace. —Les membres de la milice sacerdotale, trop nombreux, et, par le, trop peu occupés, se ressentaient des dangers moraux du désœuvrement. —
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Des Ix^néGces nombreux, ncheincnl doh^s, f^faîent un appât qui atlirait dans le snccrdoceMiiie foule de sujets sans vocation ou sans instruction, ces deux éléments Indispensables de la vie sacer.ioiale. Pierre , martyr, rapporte qu'alors un ecclésiastique noble, capable de prêcher, était plus rare qu'un corbeau blanc. Les plus grands désordres s'étaient donc introduits dans le cl* rgé séculier, comme dans le clergé régulier, et il était temps qu'un homme, comme Ximenès, vînt combattre h»s abus. Après avoir réformé los plus criants, il tint un premier synode à Alcala. Voici les dispositions principales qui en émanèrent. Le prélat accordait aux prêtres le droit de s'absoudre les uns les autres, même des cas qui lui étaient réservés, afin qu'aucun d*eux ne trouvât d'obstacle 5 l'oblation du saint sacrifice. 11 enjoignait aux curés d'expliquer l'Evangile, au prône, les dimanches et les jours de fête, et le soir, après complies, de réunir, au son de la ciochf*, les enfants de la paroisse, pour les instruire par eux-mêmes, ou par un délégué, sur tous les points de la doctrine chrétienne. Aân d'emnêcher la ruine des familles par h»s frais des procès, et d'abréger la durée des actions judiciaires, il ordonna à tous les juges ecclésiastiques et laïques, dans toute l'étendue de son diocèse, de prononcer surle-champ, sans écrit et sans frais, dans los causes de peu d'importance, et décida que, pour les autres affaires, on n'eût recours aux écritures que quand il y avait nécessité. Dans les causes ecclésiastiques, si TaÛTaire était légère, la sentence était rendue, sans procédure, par le vicaire général ; si les fautes étaient graves et la procédure inévitable, la plus grande prudence était recommandée aux juges. Un règlement ordonnait l'institution des registres de baptême dans toutes les paroisses, institution destinée à trancher bien des difUcultés, et à prévenir bien des abus. Los curés devaient aussi dénoncer sur-le-champ à l'évêque les fautes graves et publiques, commises dans leurs paroisses, afin que celui-ci pût aussitôt porter remède au mal. Toutefois, pour la réforme du clergé régulier, Ximenès rencontra une vive opposition, dont il finit par triompher, grâce à l'appui d'Isabelle. En même temps qu'il poursuivait ses réformes, il étendait sa sollicitude h toutes les œuvres de charité, visitant les hôpitaux, dotant des niies pauvres, nourrissant chaque jour trente indigents, rachetant des captifs. H fonda quatre hôpitaux, huit monastères et douze églises.
La mort d'Isabelle avait amené une foule de complications. La reine de Castille avait pour héritiers dona Juana, et l'époux de cette princesse, l'archiduc Philippe le Beau. La malheureuse Juana était devenue folle des déportemenls de son frivole époux, qu'elle ne cessait pas d'aimer. Celui-ci était antipalhiqueavec le roi d'Aragon, Ferdinand, son beau-père. Vu l'éclat d'esprit de sa fille, Isabelle avait nommé son époux Ferdinand régent de Castille; car la Castille et TAragon étaient toujours administrés séparément :
il devait remettre les rênes du goirvernoment h leur petit-tils, le futur Charlis-Quint, quand cplui-ci aurait atteint sa 20* année. Ximenès était un des exécuteurs du testament. Lors de la mort d'Isabelle, les jeunes époux étaient dans leurs Etatsdes Pays-Bâs, A[»rès de longues négociations, Philippe aborda au port de la Corogne, en Galice, le 28 avril 1506. La prudence du primat grand chancelier ménagea une espèce d'accommodement entre les deux rois. Néanmoins Philippe obligea son beau-père à quitter au plus tôt la Castille, sans laisser h ce père infortuné b consola-* tion devoir sa llîle, Philippe, le premier des six princes autrichiens qui régnèrent sur l'Espagne, ne resta pas longiomps sur ce trône. Il mourut h Burgos, le 25 septembre 1506, âgé de 28 ans. Son corps, embaumé, fut porté dans la chapelle royale de Grc»nade, pour reposer auprès des restes d'habelle. Le roi avait légué son cœur h la Flandre, sa patrie. En effet, par sa mèro, Marie, fille de Charles le Téméri*ire, il était Théritier des anciens duc de Bourgogne.
Ximenès s'empressa de dépêcher un courrier vers le roi Ferdinand, parti pour ses Etats de Napics; il le pressait de revenir au plus tôt en Castille. Mais le rusé polies tique jugea que lo parti le plus prmlent était de laisser quelque temps la noblesse castillane se débattre dans l'anarchie, pour n'apparatlre au milieu d'elle qu'en libérateur. Nous n'avons pas à entrer ici dans l'exposé des troubles qui agitèrent alors la Castille; ces faits appartiennent à l'histoire générale. Nous ne dirons pas non plus les embarras do Ximenès ayant h calmer une relue en démence, è lutter contre une noblesse factieuse, ni tous ses efforts pour soutenir les intérêts et les droits de Ferdinand. Enfin ce prince débarqua à Valence, dans ses Etals héréditaires, le 20 juillet 1507. Le 2L août il mit le pied sur le territoire de la Castille, è l'entrée do laauetle il fut solennellement reçu par leducd'infantaJo, l'amirante, et une loule de seigneurs. Ximenès, et U reine Jeanne, toujours accompagnée du corps de son éf)0ui, l'attendaient à Tortolès. C'est là que Ferdinand revit sa fille et qu'il l'embrassa en pleurant Quoique le cœur de Jeanne fût ému, sa joie se trahit h peine sur son visage resté impassible. Après un long entretien entre le roi et le ministre, ils décidèrent que les deux cours se rendraient à Santa -Maria del Campo. Ferdinand saisit d'une main ferme les rênes du gouvcrneroent;. fort de son droit, il ne prit pas la peine de se soumettre à la ratification des Etats, et ne convoqua les Cortès que trois ans après, le 6 octobre iSiO. Ferdinand n'avait pas attendu jusque-là pour récom* penser le fidèle et grand ministre. Etant à Naples, il sollicita pour Tarchevêque do Tolède la pourpre sacrée que lui conféra le Pape Jules II par un bref ainsi conçu : « A notre vénérab'e frère, François, prêtre-cardinal de la S. Ë. B. Jules 11, Souverain Pontife, Déterminés f)ar vos mérites et par vos vertus, et en considération de notre cher
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fils en Jésus-Christ le roi Catholique d'Aragon et de Sicile* qui nous en a instamment f)riés par ses lettres et par ses envoyés, auourd'hui, dans notre consistoire secret, nous TOUS avons agrégé au collège des cardinaux de la S. E. R., espérant que vous serez utile «t glorieux è cette même E. R., dont vous ^tes un membre si distingué, que vous conserverez et augmenterez, selon vos forces, son autorité. Donné à Rome, etc., le 17 mai 1507. » Ferdinand rapporta avec lui le chapeau rouge, qui fut imposé solennellement è Ximenes en septembre 1507. En mAme temps que celui-ci était élevé au cardinalat, il recevait du roi Ferdinand sa nomination h la dignité de grand inquisiteur de Castille et de Legn.Ce quiassura, en Espagne, le triomphe du pouvoir royal, ce l'ut rétablissement de l'inquisition, qui fut dans le pays plus politique que religieuse. Le judaïsme etTislamisme menaçaient d'étouffer dans la péninsule Télément chrétien. FerdiU/ond n'imagina rien de mieux, pour sauver TEspagne, que l'inquisition, dont Tesprit de parti a bien exagéré les prétendues cruautés. Elle prononça, il est vrai, beaucoup de condamnations ; mais les exécutions furent très-rares. Isabelle répugna d*abord à cet établissement; mais enfin son époux l'emporta, et Sixte IV expédia, en 1(^78, les tulles d^institution. Dans ses fonctions de grand inquisiteur , Ximenès se montra ce qu'il avait toujours été. ferme et austère, mais, avant tout^ droit et loyal, et n'oubliant jamais sa mission de charité.
On a beaucoup déclamé contre l'inquisition. Nous ne la demandons pas; personne ne la demande : elle a donne lieu è beaucoup d'abus. Cependant , si elle avait existé en Allemagne, elle eût préservé cette contrée des plus grandes calamités publi- Ques. L'Allemagne n'eût pas vu la guerre des anabaptistes» allumée par les prédications des disciples de Luther, et où plus de cent mille paysans furent en une seule fois exterminés par la cavalerie des nobles* Elle n'eût pas vu la guerre de trente ans, entre protestants et catholiques, et dont une seule année fit dix fois plus de victimes que n*en firent iamais toutes les inquisitions pendant tonte la durée de leur établissement. Depuis longtemps Ximenès avait formé le projet de fonder en Afrique un établissement stable, destiné à contenir les Maures et leurs pirates. Il désirait aussi replanter la croix sur ces plages où jadis avait fleuri TEglise, sur ces plages illustrées par les Cyprien et les Augustin. Après avoir, de concert avec Ferdinand, consolidé, entre les mains de ce prince, la régence de Castille, et abattu tous les grands vassaux rebelles, il pensa à la réalisation de son projet. Il eut à vaincre bien des oppositions, la mauvaise volonté des chefs, la révolte des soldats qui voulaient être payés avant rembarquement, et qu*avec raison il ne voulait payer qu*après. Parti de Tolède le mercredi des Cendres 1509, il arriva k Garthaçène le 6 mars, sa flotte, jusqu'alors liiouHlée dans les eaux de Malagn, vint lo
rejoindre ; elle portait quatre mille cavaliers et dix mille fantassins. Enfin, le 16 mai 1509, les ancres furent levées, et le lendemain, la flotte, composée de dix galères, de quatrevingts b&timents de transport et d'un grand nombre d*eml)arca4ion8 , toucha le rivage africain. « Tant de travaux et de sollicitudes ne pouvaient être sans influenc43 sur la santé du cardinal ; il était devenu d'une maigreur extrême, mais son esprit conservait une vigueur inaUérable ; le courage qui ranimait lui-même, il savait le faire passer dans ses troupes, et les éleclriser par Tespérance de la victoire. On débarqua sous les yeux d'une multitude de Maures rassemblés près du riyage ; et de9 feux subitement allumé^ sur toutes les hauteurs signalèrent au loin Tarrivée des espagnols et ap|[>e4èrent aux armes les infitlèles. Tous les vaisseaux entrèrent, sans avoir éprouvé d*avarie, dans le vaste port de Mazarquivir dont les Espagnols 8*étalent rendus maîtres dès 1505. Ximenès passa la nuit entière sur son vaisseau à donner des instructions et des ordres pour la journée suivante. Il appela auprès de lui Navarro, qui commandait sous sa direction, et lui déclara, en présence de tous les cliefe, que la gloire de cette expédition lui revenait tout entière; que pour lui, il ne prétendait qu*à fournir aux frais de la guerre, è encourager les troupes, et à instruire le roi des exploits de ceux qui se signaleraient. D'après son avis, il fut résolu qu'on se rendrait maître le plus promptement possible d'une colline située entre Mazarquivir et Oran, et donnant accès yers cette dernière ville; il ne fallait pas attendre que les signaux eussent averti les Maures d accourir au secours de la place ; mais, dès le matin même, après avoir fait avancer les galères sons les murs d'Oran, la ville devait être attaquée è la fois par terre et par mer. L*armée mit un temps assez long à sortir des vaisseaux, et h se ranger en ordre de bataille. Au lever du jour, Ximenès sortit de la citadelle, revêtu de ses habits pontificaux, monté sur une mule et environné d'une troupe de prêtres et de religieux. Devant lui s'avançait sur une blanche baquenée frère Fernand, Franciscain d*une taille colossale, portant pour étendard la croix d'argend du primat, et ceint comme les autres ecclésiastiques du sabre espagnol : ainsi l'avait ordonné Ximenès. Comme c'était un vendredi» le prélat dispensa ses soldats de la loi de l'Eglise relative à l'abstinence. » (Héfile.^ tr. de MM. Sisson et Crampon.) Le repas du matin terminé, il leur parla ainsi : « Braves Espagnols, si je croyais que votre courage eût besoin d'être excité par une harangue, ce n'est pas moi qui entreprendrais de vous parler. Je laisserais ce soin è quelqu'un do ces vaillants capitaines dont la voix vous a souvent conduTis à la victoire, et qui oui gagné votre confiance par une longue communauté defaligues etd'exploits. Mais voyant votre ardeur pour celte guerre saiute« j'ai voulu, au moment où lesort en est jeté, être témoin de votre bravoure. Depuis longtemps
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