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VOUS entendiez di-re : les Maures ravagent nos c^tes» ils entraînenl en servitude nos enfants, nos frères, ils insultent au nom chrétien. 11 vous tardait de venger ces attentats» et je vous ai choisis au nom de l'Espagne, pour que vous donniez à la patrie ccftle consolation, que vous vous couvriez de cette gloire. Le jour que vous désiriez est arrivé; Tennemi que vous cherchez est devant vous. Montrez aujourd'hui h Tunivers que c'est, non point le courage, mais Toccasion qui vous manquait pour venger la patrie. Je veux courir vos dangers, et vaincre ou mourir avec vous. C'est à un prêtre du Seigneur à çuider des braves qui combattent pour la religion. Plusieurs de mes devanciers sur le siège de Tolôde m'ont ouvert la voie, et ont trouvé sur le champ de bataille une mort glorieuse. »
C'était un beau spectacle que celui d'un prélat septuagénaire, brisé par les veilles et les Ira vaut, et ranimant son ardeur à la flamme de la religion et du patriotisme. Les soldats étaient électrisés» et saisis de vénériition. Mais les chefs ne voulurent pas qu'il s'exposât aux hasards d'une mêlée, et ils le conjurèrent avec les plus vives instances de ménager une vie si précieuse. Il dut se rendre è leur vœu unanime, bénit l'armée et se relira dans la citadelle de Mazarquivir. Pierre de Navarre, persuadé que la cavalerie ne pouvait pas rendre de services dans ce pays accidenté, laissa de côté les quatre mille cavaliers, et ne destina aux opérations militaires que la flotte et l'infanterie. Le cardinal qui ne partageait pas cet avis, ne fut pas plutôt informé de la résolution de Navarre, qu'il sortit précipitamment de la citadelle, et envoya la cavalerie soutenir le reste de l'armée. Pour prévenir toute surprise, il fit aussi occuper les gorges qui sillonnaient les montagnes voisines d'Oran. Ces sages mesures contribuèrent beaucoup au succès de lajournée.Alflvuederimmense multitude de Maures répandus sur les hauteurs qu'il fallait occuper, Navarre, voyant le jour déjà avancé, et incertain s'il ne valait pas mieux remettre l'attaque au jour suivant, alla trouver Ximenès pour connatlre sa volonté. Le cardinal fuld'avis qu'il fallait profiter de Tenthousiasnie des soldais, et attaquer sur-lechamp. On sonne la charge ; les hauteurs sont occupés ; la place attaquée par terre etpar mer est emportée. Los Maures, voyant que les Espagnols en sont maîtres, dirigent confusément leur fuite vers TIemecen. C'est là que les attendait la cavalerie: ils furent presque tous taillés en pièces. Les vainqueurs massacraient sans pitié tout ce qui s'ollrait à leurs coups. En vain le signal de la retraite avait été donné, l'autorité du chef est méconnue; ils se précipitent de nouveau dans la ville pour piller, promènent par tout la rage et la mort, jusqu'à ;ce que, ivres pour la plupart, ils tombent et s endorment au milieu des rues. Mais Navarre, qui redoutait des surprises, s'était tenu sur ses gardes, et avait passé la nuit sous les armes avec un corps de troupes. Le lendemain» quand le
solpil eut éclairé celte scène de carnage, lo général poussa de tous côtés des reconnaissances, et somma de se rendre les Maures réfugiés dans les mosquées, atln que le cardinal, à son arrivée dans la ville, y vtt régner l'ordre et la sécurité. Il fallut emporter d*as« saut les mosquées, et l'on n*y parvint au'après bien des efforts. Alors seulement la conquête fut achevée. S'il faut en croire Jes historiens, quatre raille Maures furent tués, cinq mille furent faits prisonniers; les Espagnols n'auraient perdu que trente hommes. Le butin futestimé cinq cent mille ducats, et beaucoup de soldats rapportèrent en Espae^ne des richesses considérables.
Ximenès se rendit par mer à Oran, où il fit une entrée triomphale, précédé de la triple croix, et au milieu de son armée vi^ torieuse. Aux acclamations des soldats qui criaient : « Béni soit le vainqueur des Barbares 1 » 11 répondait à haute voix par ces paroles du psaume cxiii : Non no6t>. Domine^ non nobiSf sed nomini luo da gloriam. « Ce D'est pas à nous, Seigneur, ce n'est pas à nous, mais à votre nom que revient la gloire.» Il alla droitàlaforteressed*A1cazava,où ileut la joie de briser les fers de trois cents esc'aves chrétiens. En sa qualité de généralissime «le l'armée Qu'il soldait de ses deniers, on lui présenta le butin renfermant nn grand nombre d'objets précieux en or et en argent; il ne voulut rien prendre pour lui, se contentant de réserver la part du roi et de l'armée; puis il distribua des récompenses avec des éloges à ceux qui s'étaient les plus signalés, et, pour prévenir le danger d'une peste, il ordonna que les morts fussent aussitôt inhumés. La ville était pourvue de tant d'approvisionnements en tout genre, et d*un matériel d'artillerie si considérable, qu'on s'étonnait qu'elle eût été prise en quelques heures. Ximenès passaqueiquesjoursè Oran.
Le lendemain de son entrée, il St, à cheval, le tour de la ville pour étudier l'assiette; il donna l'ordre de réparer les anciennes fortifications et d'en construire de nouvelles. Il visita ensuite les mosquées et les consacra au dieu des Chrétiens. Comme l'Eglise honorait ce jour-lè saint Bernardin, religieux de Saint-François, connu par son zèle pour le soulagement des malades et des pestiférés, il lui dédia l'hôpital qu'il fonda pour les malades. Il institua deux monastères, l'un de Saint-François, l'autre de Saint>Dominique; enfin dans la crainte que les Juib baptisés d'Espagne ne vinssent en foule à Oran pour retourner impunément à leurs anciennes erreurs,il établit Tinquisition dans sa nouvelle conquête. Ximenès en remit le commandement à Navarre; il lui laissait tous les approvisionnements de l'armée, lui donnant de sages avis pour s'en procurer de nouveaux; il lui recommandait de ne souffrir aucune fraude, aucune malversation dans ses subordonnés, et promettait d'envoyer prompiement d'Espagne tous les vivres oécessaires. Il mil à la voile le 23 noai, et, poussé par un vent fiâvorable, il aborda le même jour au port de Carthagèoe avec luui
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suite peu nombreuse. Il y séjourna uno semaine, pendant lanueHe, uniquement occupé de pourvoir aux besoins de son armée, il (Mablit un service do paquebots entre cette ville et Oran, et fit acheter une (quantité considérable de grains dans les provinces du sud. Dans yne lettre adressée è Ferdinand, il lui demanda d*envover à Carlhagène des commissaires royaux chargés d'approvisionner Oran et les iroupes qui y résident. Ayant appris de ses amis restés en Afrique
3ue les patrons, qu'il avait loués et payés 'avance pour deux mois, mettaient , avant Texpiralion de ce terme, leurs vaisseaux et leurs équipages au service des marchands, que plusieurs avaient même reçu frauduleusement, des magasins de Tarmée, des vivres en trop grande quantité, afm d*en nourrir les esclaves qu'ils comptaient ramener en Espagne par commission de personnes privées, il signale tous les désordres h Navarro, et lui conseille d'exiger des patrons le service convenu , ou même un plus long en punition de leur mauvaise foi, et de leur imposer des restitutions convenables, ïî recommande en tuôme temps au général de multiplier les expéditions. Enfin la lettre se termine par un reproche adressé à Navarro, qu'il blâme d être rentré dans 1rs murs d'Oran après la seule excursion qu'il eût encon' faite presque sans coup férir, et n'ayant rencontré que quelques centaines iie Numides. ^Ibidem,) Vers In fin de mai, le enrdinal partit pour Alcala. Par une attention pleine d'humanité, il avait pris soin qu'on renvoyât dans leurs foyers, pour le temf>s de la moisson, tous les paysans de son diocèse enrôlés dans son armée. Sa sollicitude s'étendit plus loin; dans son testament, il nomma deux chanoines de Tolède pour visiter tous ses sujets, en qualité de commissaires, s'informer des dommages que pou?ait leur avoir fait subir l'expédition d'Oran, et les indemniser avec les biens de sa succession. Les habitants et l'Université d'Alcala lui avaient préparé une réception magnifique ; un pan de mur avait été abattu pour offrir au conquérant une entrée plus solennelle; mais il se déroba à cet honneur, et entra par la porte accoutumée, précédé d'une troupe de captifs, et de chameaux chargés du butin qu'il destinait au roi. 11 offrit à sa chère Université des manuscrits arabes sur l'astrologie et sur la médecine. Les clefs des portes de la ville et de la citadelle d'Oran, ainsi que des drapeaux maures, furent suspendus dans l'église de Sainl-lldephonse. Pour perpétuer le souvenir de la conquête d'Oran, un tableau représentant les principales circonstances de ce brillant fait d'armes, fut placé dans la chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède. Au-dessous se trouvait une inscription laline,ldont voici le sens : « L'an du salut 1509, le sixième^du pontificat de Jules II, sous le règne de la sérénissime Bona Juana, reine de Castille, veuve de Philippe de Bourgogne, fils unique de l'empereur Maximilien, et pendant la régence de Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon et
des Deux-Sicîlcs, le très révérend Père et seigneur, frère F. Ximenès de Cisnero^, cardinal d'Espagne et archevêque de To'èie^ sorti du port de Carthagène sur une flotte chargée de soldats, d'artillerie et de munitions, aborda le lendemain 18 mai è Hazar-
quibir.
«r L*armée, après avoir passé la nuit à bord, débnrqua et livra bataille aux ennemis qu'elle balaya de devant les murs d'Oran. Les Espagnols, avant escaladé ces murs, y
Filantèrent l'étendard chrétien, et ouvrirent es portes au reste de l'armée qui, en quatre heures, se rendit maîtresse de la ville et de la citadelle, oti périrent quatre mille ennemis et seulement trente Espagnols, grâce à la protection de Dieu, » etc.. Ximenès avait le projet d'envoyer des colons dans sa nouvelle conquête pour défricher ce sol fertile et s'établir dans le pays. D'autres soins l'empêchèrent de réaliser ses projets. Le 5 janvier 1510, les Espagnols s'emparèrent de Bougie, en juillet de Tripoli; Alger et TIémecen leur étaient tributaires : puis vint leur décadence. Néanmoins ils conservèrent Oran jusqu*en 1790, où cette ville tomba au pouvoir du dey d'Alger. Aujourd'hui ces plafsces, devenues françaises par la conquête en 1830,. sont appelées a de nouvelles destinées.
Le roi Ferdinand voyait de mauvais œil tout ce qui lui portait ombrage et qui l'effpçait; aussi n'aimait-il point Ximenès, et il l'aurait volontiers payé d ingratitude, comme il avait payé Colomb et Gonzalve de Cordoue, si les services et les talents du cardinal ne lui eussent été nécessaires. Etant h Séville en janvier 1511, il manda auprès do lui le grand ministre qui était dans son diocèse. Dès qu'il fut instruit de son approche, plein de joie il partit avec toute sa cour, alla au-devanl de lui jusqu'à quatre lieues de Séville ; puis, l'apercevant, mit pied è terre et l'embrassa è la stupéfaction des courtisans,jaloux d'une distinction si grande. Peu après arrive à Séville une lettre du Pape Jules II, implorant le secours du roi d'Aragon contre le roi de France Louis Xll. Ximenez n'eut pas de peine h obtenir do Ferdinand une réponse favorable au Pontife, le rusé monarque étant toujours prêta défendre le Saint-Siège dès qu'il y trouvait son avantage,
Aj^ant célébré à Tolède, en 1512, les solennités pascales, Ximenès « fut touché des misères que le peuple avait è 'souffrir par suite de la cherté des vivres, misères qui frappaient surtout les pauvres laissés en proie à la cupidité de marchands avides. Pour remédier à ce désordre et mettre un frein è la cupidité des marchands, il résolut de fonder des greniers publics, sur le modèle de ceux des anciens Romains. Ce dessein communiqué au préfet de la ville fut accueilli avec faveur, et les nouveaux bAtiments reçurent en une seule fois 90,000 mesures de froment pour être distribuées pftr les magistrats selon les besoins. Ceux-ci» voulant témoigner leur reconnaissance h leur archevêque, fondèrent, après sa mort#
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un service annuel dsns la chapelle mozn^ rabe» après lequel un panégyrique en Thofineur du bienfaileur devait (ire prenoncé psr un Franciscain. Les provisions déposées <ians ces magasins fiar Ximonès durèrent jusqu'en 1522, et Gomez gémit qu'aucun 4e ses successeurs n*ait iinilé de *si beaux «leraples. Le cordinal gratifia des mêmes libéruiiiés Alcala, Cisneros et Terrclaguna. Celle dernière ville conservait encore celte «âge institution d.u temps de Gomez» auî voyait avec admirnlion les greniers fondés par Xioienès tour à tour se vider dans le sein des pauvres pendant les années de di- «etle, et ^e remplir facilement dans les années abondantes. » (Ibidem.) Des inscriptions 4)ubliques attestèrent la reconnaissance des peuples : Téioge du cardinal fut gravé syr iine (able de marbre placée dans la salle du sénat de Tolède^ et on lisait ces dji^ux vere ^u fronton de Tbôtel de ville d*A1cala :
ifiihcre sei largus. sev parvii3 dacidiU iniber^ Lar|[a esi coyipliMi leuipus jui oaifie etnts.
Que le ciel êoil prodigue^ ou êvnre de pluie^ Attala poiêide en ioul lempe â^aboudanUi provi' êîont.
Ferdinand , roi d'Aragon ei des Doux- Siciles, roi de Castille par son mariage avec la reine, et de Grenade par conquête» con- •voitait encore la Navarre. Sûr d*un refus, il demanda au roi Jean d'Albret un libre passage , è travers la Navarre» pour ses troupes allant guerroyer contre Louis XJL II ne cherchait» au fond, qu'un prétexte pour «'emparer de l'obiet de sa convoi lise. Ximenez instruit des desseins nerOdes du foi 4 mais retenu dans son diocèse <, ne put <]ue lui écrire pour le détourner d'une injuste açressioB. De son côxéj Jean d'Albret temporisait ; il conclut entin avec Louis XU un traité d'alliance défensive. Ferdinand, prétendant ce traité dirigé contre lui, laissa 4IU roi de Navarre le choix de combattre avec les Espagnols contre la France ou d*ôtre attaqué lui-même. C'est alors que Ximenez sWh joindre Ferdinand è Logrono, atin de i'aidt^r de ses conseils et do son argent. Mais ses services furent peu nécessaires, la Navarre ayant été conquise en quelques jours 4)ar les Espagnols.
Le cardiual rendit toujours au% ?apes Jules 11 ei Léon %. tous les bons offices en «un pouvoir. 11 soutint le cinquième concile <ie Latran, convoqué par le prem-ier de ces Pontifes pour l'opposer au conciliabule de Pise, qu'appuyaient Tempercur Maximilien •et le rôi Louis XU, qui ne parlaient de riea moins que d'y foire déposer Jule3 II. Il fi*einpres3a do maître en vigueur dans so/i diocèse tous les décrets du concile à mesure qu'ils étaient rendus. Mais quand Léon X 4iut renouvelé Tindulgence accordée en 1506, |)ar Jules 11, à ceux qui contribueraient aux dépenses nécessitées par la construction de ia basilique de Saint- Pierre, Ximenez exprima librement au Pape son regret que ces libéralités fussent récompensées {tar des indulgences; Tauslère orélat vovait là un abus
et une grave atteinte portée k la discipline ecclésiasliqtte.
La santé du roi d*Aragon déclinait sefisiblement. Comme il était è Plasenoîa, arriva Adrien d'Ulrechl, depuis Pai>e sous le nom d*Adriea ¥L Précepteur ée i archiduc Charles d'Autriche, qui résidait dans êe% £tata des Pays-Bas, il était envoyé par ce princa BOUS différents prélexles, mais, en réalUéy pour observer ce qui se passait en Espa|;Qf, et pour en prendre possession, au nom de son royal élève, aussitôt que Ferdinaad aurait rendu le dernier soupir. Ce rprifice mourut le 23 janvier 1516, revêtu de Tbabil de Saint-Dominique, dans la 4i* aiinée de son Age, et la kV de son règne sur la Castille.
Lorsque Ximenès apprit, par la dépêche du conseil, que Ferdinand n'était pins, que lui-mAme était nommé adaiinistrateur el régent du royaume, le ^souvenir des bienfaits qu^il avait reçus de la famille royale^ la pensée de la fragilité des grandeurs btt<* maines ébranlèrent si vivement son Ame que, rémotion triomphant de soa anslërité naturelle, il ne put reteeir ses larmes. Afin de pourvoir aux besoins de l'Etat et au maintien de la paix, il se rendit h Guadalupe oft était rassemblé le grand ^sonseil, entoura des plus grands égards la reine veuve, Germaine, seconde femme du roi d'Aragon, et s'assura de la personne de l'infant ferdinand. Poussé par d'ambitieux conseillera, ee jeune prince avait essayé d'enlever au cai>* dinal les rênes du gouvernement pour les prendre lui-môme. Celte tenlative ayant échoué, Ximenès, voulant «n préveru* le retour. Jugea prudent de garder le prince sous ses yeux. Le cardinal était donc entré dans l'exercice de ses nouvelles fonctions, lorsqu'Adrien dlJtrechl se présenta avec des pouvoirs signés de la main deCbadea^et en vertu desquels il était dé^gné régent de Castille au nom du f»rince hépéditaire, ai le roi Catholique venait h aaourir. La question fut déférée aux jurisconsultes qui se f>rouoncèrent en faveur de Ximenès. Comme Guadalupe n*éiait pas une résidence convenable pour la régence et pour le conseil, on songea à choisir un autre siége^ Madrid» située à peu près au centre du royaume « parul au cardinal le lieu le \Àu6 favorable. Ce choix, adopté par le o<inseil, fut depuis confirmé par les souverains de TKspa^e ; mais Philippe II est le premier qui lui ait donné le titre de eapUale. Le jeune Ctiarles brûlait du désir d*êlre immédiatement pro* clamé roi d'Espagne; Ximenès déféra a ce vœu, et malgré une vive opposition de la noblesse et des grands^ celle proclaniatioa eut lieu solennellement le 31 mai IStô.
Une i\es causes pour lesquelles le cardinal avait rencunir<^ une si grande résistance è la proclamation du jeune roi, c'est qu'elle était contraire aux usages espagnols, c'est que la mère de ce prince vivait encore* Maia la vraie cause, cest que la noblesse cherchait, toutes les occasions de traverser le ministre; depuis qu'il était au pouvoir, il n'avait n&s
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cessé d*è(re en butle ft leurs attaques. L'espèce d'interrègne où Ton se (roufait parut aux mécontents une excellente occasion pour renouveler leurs complots. Quoique méprisant ces menées, Ximenès ftt dire aux p\\xs remuants qu'il leur conseillait de ne pas troubler Tordre public. Bientôt le découragement se mit dans leurs rangs; chacun s'empressa de regagner ses bonnes grAces. Ximenès avait fait congédier les deux favoris du prince Ferdinand , frère du roi CharleSt qui lui étaient suspects : quelques officiers de ce prince vinrent demander insolemment au cardinal où était son pouvoir d'en user ainsi. Il les remit au lendemain, et quand ils furent revenus, il leur montra, de la fenèlrede son palais, deux mille vétérans rangés en bataille et une formidable artillerie : Voici mes pouvotri » leur dit-ii, Hœe est ratio ullima régis. Au milieu de tous ces embarras, il étendait sa vigilance à toutes les parties de l'administration de la vaste monarchie ; il donnait des règlements pour lâcher de remédier aux désordres qui s*étaient Introduits en Amérique. Il entreprenait une réforme dans l'armée. « Depuis longtemps le cardinal aimait à s'instruire de ce qui regarde l'art militaire. Dans des entretiens familiers avec les officiers de l'armée et avec Ferdinand, il s'informait des moyens de contenir les peuples dans l'obéissance, de lever des soldats, de les aguerrir, de la manière de caraf>er, d'attaquer et de prendre les places; 'expédition d'Afrique surtout l'avait obligé d'entrer dans tous les détails de la conduite et de la subsistance d'une armée. Il s'était donc convaincu que les levées de gens de guerre, comme elles se faisaient alors, étaient plus pernicieuses qu'utiles à l'Etat : la plupart, vagabonds et inconnus, sans vertu et sans honneur, prompts au pillage et au désordre, commettaient toutes sortes de crimes qu*il était impossible d'empôcher et même de punir. Aussi préférait-il à l'ancien système l'enrôlement, dans chaque ville, d*un certain nombre d'habitants qui fussent toujours prêts à marcher au secours de l'Etat, une sorte de milice permanente. Combattant pour leurs fovers, ces citoyens se montreraient plus fidèles et plus braves, en même temps que leur éducation pre« mière serait un gage de leur retenue et de leur moralité. Ferdinand avait lui-même Iracé autrefois de sa main le plan d'une organisation militaire de ce genre, mais que sa maladie et set* occupations ne lui laissèrent pas le temps de réaliser.Le cardinal résolut de le mettre à exécution, persuadé crue, dans les circonstances présentes, il produirait les meilleurs résulta ts,et, en avril 1516, il envoya solliciter Ta^rément de Charles. Son zèle impatient ne lui permit pas même d'attendre la réponse. Après avoir communiqué son dessein au grand conseil, il fit pujlier dans toutes les villes de Castiile que tes habitants, qui consentiraient à s'enrôler, jouiraient de grande privilèges : ils seraient exempts de loger le roi et sa suite, de tous
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subsides et autres charge^, et récompensés ensuite à proportion de leurs services ; les officiers et les musiciens seuls auraient une solde régulière. En quelques semaines plus de trente mille bourgeois s'étaient volontairement enrôlés. Ils s'exerçaient chaque jour sous les murs des villes au maniement des armes. » {Ibid.) La noblesse qui voyait dans cet armement une atteinte portée à se;; privilèges, se souleva sur plusieurs points; les mécontents attisaient le feu de la révolte. A Valladôlid surtout l'opposition fut vive; on décida qu'on résisterait au tyran. Le cardinal essaya d'abord de ramener par la douceur les habitants égarés; mais ils lui firent répondre insolemment qu'ils n'avaient rien à démêler avec lui, qu'ils sauraient bien défendre, jusqu*à l'arrivée du roi Charles, leur ville et leurs privilèges. Ximenès no voulant pas, sans l'agrément du roi, recourir h des mesures de rigueur, s'empressa de demander è ce prince de pleins pouvoirs. Ils ne se firent pas attendre. Charles enjoignait aux villes rebelles de rentrer immédiatement sous l'autorité du dépositaire de son pouvoir; et elles obéirent. Le cardinal porta aussi son attention sur la marine et sut faire respecter le pavillon espagnol. C'était le temps où l'audacieux Barberousse faisait trembler les rivages de la Méditerranée. Kn juillet 1516 une escadre espagnole rencontra cinq vaisseaux turcs, et, après un combat acharné, en coula deux et ramena les trois autres dans le port d'Alicanto. Les prévaricateurs ne trouvaient pas grêce devant Ximenès. Ceux qui s'étaient rendus coupables de malversations, il les faisait promener par les rues de la ville, escortés d'un héraut qui proclamait leurs méfaits, et d'un bourreau qui les frappait de verges.
Au nom du roi Charles, en qui, comme héritier de Ferdinand, étflient réunies les trois grandes maîtrises d'Alcantara, de Cslatrava et de San-lago, il se fit rendre un compte exact de leurs revenus, de leurs commanderies, de leur gouvernement, et contraignit les chevaliers de restituer au trésor tout ce qui lui revenait. Le trésor public en Espagne fut pauvre è toutes les époques, même lorsque y affluaient les métaux précieux de l'Amérique. Au temps de Ximeuès, il avait été non-seulement épuisé, mais endetté pour subvenir aux guerres de Ferdinand. Néanmoins la cour de Bruxelles demandait sans cesse de l'argent sous le prétexte d'équiper la flotte qui devait amener le roi en Espagne : les Flamands qui formaient l'entourage de ce prince regardaient l'Espagne comme une proie qui leur appartenait. Ximenès crut ue son devoir de faire à ce siijet au prince des remontrances : « Depuis son avènement, en quatre mois, » disait le prélat, « Charles avait tiré du trésor plus d'argent que n'avaient fait ses aïeuls maternels durant un règne de quarante ans. Sans doute la libéralité était une vertu royale ; mais elle ne devait s'exercer que pour récompenser de vrais services. 1(
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lui recommandail trois choses comme les plus propres ft affermir la puissance (i*UD souverain: la première» d*étre juste envers tous ; la seconde, de reconnaître généreuse* ment les services et le dévouement des gens de guerre; la troisième de conserver toujours des finances prospères. »
Les troubles civils qui agitaient TE^pagne se prolongèrent jusqu'à la dernière année de la vie de Ximenès et jusqu'à Farrivée du roi. L'absence do ce prince« qui semblait calculée, indisposait gravement les Espa* gnols , et ce mécontentement éclata bientôt en plaintes et en reproches. Le cardinal eut besoin de tout son ascendant pour calmer les esprits. Gagné par les ennemis do Xime* nés, Adrien d'Utrecht, membre du conseil de régence, avait mandé au roi Charles que son autorité n*était pas un contre-poids suffisante rinfluence toujours croissante du cardinal, que ce dernier gouvernait en maître absolu. Le seigneur de ia Chaux, fa- ▼ori du jeune roi, fut donc envoyé en Castille pour soutenir Adrien, et les grands con* Ïurent c|uelque espoirde renverser Ximenès. ielui-ci fit recevoir la Chaux avec les plus pands honneurs ; à son entrée dans Madrid» il alla lui-même le complimenter. Les grands s*empressèrent de circonvenir le nouveau ministre royal, et mirent tout en œuvre pour Texciter contre le cardinal. Il voyait ces menées, mais il les méprisait; il consultait rarement la Chaux, ne I admettait aux affaires que dans les cas indispensables. Un jour pourtant, les deux iavoris du roi crurent avoir obtenu un triomphe ; ils s'étaient empressés de signer quelques décrets récemment adoptés, puis los a valent envoyés au cardinal qui aurait ainsi apposé sa signature eo troisième. Ximenès lut les papiers , les déchira, et donna Tordre qu'on en fit des copies nouvelles qu'il publia revêtues de sa seule signature. Dé» lors il expédia les affaires sans la signature de ses collègues. Ceux-ci conjurèrent le roi de leur envoyer un nouvel appui» et bientôt arriva en Castille le baron Armerstorf» qui joua dans la régence un rôle aussi nul que les autres. Enlin Charles fatigué des importunités des adversaires du cardinal, le contirma dans tous ses pleins pouvoirs. Toutefois ce ne fut là qu'un court moment de trêve pour le vieux cardinal» destiné à mourir en quelque sorte sur la brèche. 11 ne cessait de presser le futur Charles-Quint d'arriver en Espagne. 11 avait dirigé sur les Pays-Bas une flotte parfaitement équipée» et envoyé reconnaître sur les côtes de Galice et de Biscaye le lieu le plus sûr oik le roi pourrait aborder. Toutes les dispositions étaient l>rises pour le recevoir avec sa suite. Après avoir été de Madrid à Tolède où l'appelaient leê besoins de son diocèse» le cardinal partit à petites journées avec la cour et l'archiduc Ferdiuaud pourArandade Rouero» près de Burgos : il choisit cette ville» parce qu'il aimait à séjourner dans le monastère des Franciscains d*AKuilera» situé à peu de dislance. Adrien d Utrecht et Amerstorf fai-
saient partie de sa suite; la Chaux se di* riçeait au-devant du roi par un autre chemin. Il voulut passer par Torrelagune, lieu de sa naissance, et s'y arrêta un jour» comme pour dire le dernier adieu à sa patrie. Le lendemain, 13 août 1517» il arrivait au bourg de Rozeguillas dans les montagnes, el c'est là que, d après Topinion commuoe, il aurait été empoisonné. Pendant son séjour i Aranda,il montra aue ni Tâge ni la maladie n'avaient rien diminué de son énergie et de son activité. L'archiduc Ferdinand» né et élevé en Espagne» était préféré par les Espagnols à son frère Chartes qu'ils regardaient comme un étranger. Un (larti puissant voulait le porter au trône. Le jeune prince avait pour gouverneur Pedro NuSès de Gus* man, grand commandeur de l'ordre de Ca* latrava» et pour précepteur Osorio, évèque d'Astorga ; c'étaient les chefs de ce parti. Ximenès avait plusieurs fois représenté k Charles la nécessité d'éloigner du prince ces hommes dangereux. Enfin le roi, peu de temps avant Je s'embarquer, écrivit de llidelbourg à Ximenès de congédier Muiies el Osorio avec tous ceux qu'il jugerait cao* venable. Malgré la vive résistance de Ferdinand et de son entourage» le cardinal fil exécuter par la force cette mesure : NuSeï et ' Osorio avec trente officiers de la maison du prince furent renvoyés et remplacés par d'autres. En même temps il comprimait les révoltes qui avaient éclaté sur divers points de TEspa^ne» et faisait respecter sa conquête d'Oran. Cependant le roi Charles avait pris terre le 17 septembre sur la côte des Asturies. Accompagné de sa sœur Eléonore et d'un grand nombre de seigneurs flamands et espagnols, il se dirigea rers Villa viciosa pour s'y reposer des fatigues de la mer. Ximenès qui s'éteisnait» sembla se ranimer à la nouvelle de I arrivée du roi. Il se leva le 4 octobre» jour de la fête de saint François, célébra la Messe dans le monastère d'Aguiiera et voulut prendre son repas au réfectoire avec les religieux. Charles en témoigna une grande joie» et les courtisans l'entendirent plus d'une fois rappeler avec reconnaissance les services que lui avait rendus l'illustre cardinal. Aussi craigùant que le grand ministre, en s'abouchant avec le jeuue roi» ne se rendit mettre de lui» ils mirent tout en œuvre pour empêcher cette entrevue. Informés par leurs espions du dépérissement du cardinal» ils retardaient la marche de la cour, afin que celui-ci pût rendre le dernier soupir avant
au'elle fût arrivée en Castille. Pour lui» ne cessait d'instruire le roi de la situation de ses Etats, de lui tracer sa ligne de conduite ; comment il devait açir à regard des Espagnols avec tel ou telseigueur» quels soins réclamaient les possessions de NapleSt d'Afrique et d'Amérique.
Un témoignage de la sollicitude que Ximenès conserva jusqu'à la fin pour tes affaires publiques éclate dans^une lettre que Charles lui adressait, le 37 septembre tïll» de Villaviciosa : « Il avait reçu, » écrivait le
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jeone roi h son vieux ministre, «sa lettre du 90 précédent. Il regrette le mauvais état de la santé du cardinal et le remercie de Téner* gle et de l'activité qu'il a déployées pour tout aplanir, de sorte qu'à son arrivée aucune affaire importante ne lui resterait plus à régler; il lui annonce qu'il se propose do se rendre avec sa suite h Santander, où tout était préparé pour recevoir la cour, que le cardinal avecl infant et le grand conseil devra attendre à Aranda qu*un lieu soit fixé pour leur entrevue. » Sentant sa fin prochaine, Ximenès voulut réviser son testament qu'il avait fait quelques années auparavant avec Tautorisation du Sainl-Siége. L'université d*Alcaia était toujours son principal héritier; des legs considérables étaient réservés aux monastères, aux tiApitaux créés par lui, de fortes sommes destinées h doter des filles pauvres, à racheter des prisonniers, A embellir les églises. Le 17 octobre, enveloppé de fourrures h cause du froid, il quitta le monastère d'Aguilera avec Tinfant et le grand conseil, et partit pour Roa, se dirigeant sur Valladolid où devait se trouver le roi et où étaient convoquées les certes. A peine fut-il arrivé dans cette dernière ville que son agonie commença. Entouré de ses serviteurs, il leur parlait avec une grande luci« dite d'esprit de la vanité des choses humaines, oe la miséricorde de Dieu. Il implorait le pardon de ses fautes, déclarant que son intention avait toujours été de ne faire lt)rt à personne, d'agir selon l'équité, sans prévention ni d*amitié ni de haine ; il reçut avec ioie les consolations de l'Eglise. Quel-
aues neures auparavant il avait commencé 2^ icter une lettre au roi'pour lui recommander son université d'Aicala et les établissements qu'il avait fondés, mais sa main, glacée par la mort, ne put la signer. Il rendit è Dieu sa grande âme en prononçant ces paroles du psaume xxx, 2 : in U^ Domine^ iperavif le 9 novembre 1517, dans la 82* année de son Age, après avoir gouverné TEspagne vingt-deux ans sous les rois Ferdinand, Isabelle, Jeanne, Philippe et Charles, Ainsi finit Ximenès, ministre austère, politique habile dans ses rapports avec les puissances voisines, administrateur ferme, juste, éclairé, plein d'égards pour les droits de la noblesse, plein de bienveillance pour le peuple; protecteur zélé de tous les talents, de toutes les entreprises utiles, il contribua puissamment, par la fondation de Tuniversité d'Aicala, au progrès des lumières et de la civilisation. Il avait un courage à toute épreuve, une connaissance profonde des hommes et des choses de l'Espagne, l'esprit le plus vaste, le dévouement le plus vrai è ses maîtres. Son corps fut inhumé dans Téglise de Saint-Ildefonse d'Aicala, qu'il avait fondée. Sur son tombeau de marbre on lisait cette inscription :
Coudideram musis Franciscus grande lycseom,
Condor in eiigiio nunc ego sarcophage.
Praeiexiam jonxi sacco, galeamque galero
Fraier, dux, prsaiil. cardineusque patar. Quin viriuie mea juncium esi diadema cucuiio,
Cummilii regiiaoii paniii Uesperia.
ravàii élevé aux muên «n vnêtê lifcée^ mujvnr^ (Thul je iuls enfermé data un étroit êare&phuge.rai uni la prétexte au eilice^ le eaiqmeà labarreite^ Irère^ générât^ étêquê et cardinal. Ma vertu a cm aliter le diadème à la eape^ quand Je gouvemaie VEepa§ne.
« Avec une taille mince et élancée, Ximenez était doué d*une constitution lorte et vigoureuse. Il avait la figure allongé», le nez aquilin, les narines ouvertes, les yeux moyens, plutôt enfoncés que proéminents, et perçants malgré le voile humide qui semblait souvent en ternir l'éclat... Son tom* beau ayant été ouvert en 15tô,on remarqua que son crâne était sans suture, et on at« tribue à cette particularité ses violents maux de tètes qui le ielaient parfois dans une profonde mélancolie. Il s expliquait nettement et en peu de mots sans s'écarter jamais de son sujet ; il donnait plus c|u'il ne promettait, ne parlait qu*après avoir réfléchi quelque temps et ne plaisantait que rarement dans un cercle d'amis. 11 consacrait à I étude un temps considérable, avait souvent des entretiens scientifiques avec les savants qui t'entouraient, et prenait plaisir à assister aux thèses ot aux argumentations des étudiants, a (Ibid.)
On a souvent mis ce grand ministre on parallèle avec Richelieu ; ils oflTrenl en effet des points de comparaison. L'un et l'autre, princes de TEglise, ont été les arbitres des destinées do leurs pays ; mais Ximenès ne dut qu'à son mérite son élévation : Richelieu y fut porté nar sa naissance. Tous les deux ils allèrent a Rome dans leur jeu* nesse, l'un pour y recevoir une mitre, rau* tre n'en rapportait qu'une bulle pour la première prébende. Le prélat français, plein d'ardeur et de génie, ayant l'esprit et le cœur à la hauteur de sn position, voit tout lui sourire ; le prêtre espagnol est jeté dans un cachot par son évèque, parce qu^il réclame son droit. Rendu après six ans à la liberté» il commençait è ôtre connu et pouvait prétendre aux dignités, lorsqu'il va s'enfermer dans un monastère de Franciscains. Riches lieu quitta aussi son diocèse au bout de quelques années, mais ce fut pour aller briller aux états généraux, puis à la cour. Il sait plaire au tout-puissant Concini, qui disposait de tout, et a la reine régente, Marie de Médicis. N >mmé aumônier de la jeune reine Anne d'Autriche, il est bientôt secrétaire d*£tat pour la guerre et Tintérieur. Ximenès, coniesseur d'Isabelle et consulté sur toutes les affaires publiques, conserva pour sa bienfaitrice un respect et un attachement inaltérables. Quand le duc de Luynes eut succédé au crédit de Concini, revécue de Luçon, fidèle è la reine mère, la suivit dans son exil de Blois, et si plus tard [1642] elle alla mourir sur la terre étrangère, ce ne fut pas la faute de Richelieu. C^st à la reconnaissance de cette princesse qu'il dut le cardinalat, comme Ximenès y fut élevé par les recommandations de Ferdinand. Revêtu de la pourpre, l'ambiteux évèque de Luçon entre au conseil par la protection de la reinot
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presque malgré Louis XIII qui avail contre im une répugnance in?incible; bientôt il se fait nommer premier ministre. Il fallut un ordre du Pape pour faire accepter à Thurable Franciscain la dignité d'archevêque et de grand chancelier. Hais, une fois investi de raulorité, comme Richelieu il la gardera pendant tout le reste de sa vie» non pas toutefois sans avoir eu Tun et Tautre h soutenir de rudes assauts. En vain Ferdinand pressera Tarchevèque de Tolède de résigner le siège primatial en faveur de rarcbeveque deSaragossc, Alphonse d*Aragon, son flis naturel ; en vain les grands mellront tout en œuvre pour le renverser, Ximenès repoussera toutes les attaques pour conserver un pouvoir qui lui pèse, mais qu*il veut garder dans rintérét public.
Richelieu est en butte à non moins d'orages. La journée des dupes [11 novembre 1630] faillit le voir renversé. Avertie temps, il court trouver le roi h Versailles, reprend tout son pouvoir et fait subir à ses ennemis lé sort qu'ils lui destinaient. Des deux Marillnc, le garde des sceaux est exilé, le maréchal condamné à mort; Bassompierre est enfermé h la Bastille pour n*en sortir qu'a* près la mort du cardinal. Plus tard Montmorency, Cinq-Mars et de Thou ont la tête tranchée. Il est juste d*observer que de telles sévérités servirent le pouvoir royal et la tranquillité publique. Mais Richelieu était implacable et en servant TEtat il servait sa haine. Ce sentiment était étranger à Ximenès, qui pardonna à ceux qui travaillèrent h sa raine et jamais ne tira vengeance d*ane in ure personnelle. Sur son lit de mort il vit la puissance de l'Espagne près d'atteindre son plus haut point de développement sons le sceptre d'un jeune prince, héritier d'ailleurs de la maison d'Autriche. Richelieu laissa la France tranquille, puissante et respectée ; il avait préparé le règne glorieux de Louis XIV. Après la mort d Isabelle» les souverains de l'Espagne conservèrent le pouvoir h l'archevêque de Tolède, moins par alTection que parce qu'ils sentaient la nécessité de sa présence aux alfaires. De même Louis XIII, qui n'aimait pas son ministre, eut le bon esprit de le conserver et le mérite de sentir que celte main puissante était indispensable au repos et à la gloire du royaume. Il ne cessa d'entourer de considération et d*égards le grand cardinal, qui mourut en quelque sorte entre ses bras. Charles, au contraire, après son arrivée en Castille, chercha À se dérober à une entrevue avec son vieux ministre et se préparait è le disgracier quand la mort vint prévenir cette injustice. Les deux cardinaux moururent en Chrétiens fervents, pardonnant à leurs ennemis. « Je n'ai jamais eu d'autres ennemis que ceux de l'Ëlat, » disait révoque de Luçon à cette heure solennelle. Sa dernière prière. In manus tuaSf Domine^ commendo spirilum meum^ exprime le même sentiment que celle de Ximenès, In /e, /)otntfif, speravi. Chacun tremblait devant Ri.. cbelieu, dont la mort excita une joie uni»
verselle. La mort de Ximenès fat suÎTîe d'un deuil public. Le ministre de Louis XJll mourut le k décembre 1642, dans sa 58* année; Ximenès à cet Age n*élait rien encore; il gouverna l*Espagne pendant vingt-deux ans, et le premier régna dix-huit ans sur la France. L*ua et l'autre se Grent rennarquer par un génie aussi vaste que leur actiriié était infatigable; ils y joignaient une fermeté que rien ne pouvaitébranler.« Jen'eatreprendsjamaisrien,»disaitRichelieu»«sans y avoir bien réfléchi. Mais, ma réaoluUon prise, je vais droit au but ; je renverse tout» je fauche tout, et je couvre tout-de ma soutane rouge« » Dans son testament politique, il signala encore le courage, Tintrépidité, comme la qualité la plus indispensable à un homme politiaue. Une différence dans la po* sitiou de ces Jeux grands hommes, c'est que Ximenès avait pour maîtres des princes oabiles eui-mêmes dans l'art du gouvernemeni, et sachant tenir les rênes' d une Daain ferme, tandis que Richelieu servait un roi n'ayant que de bons instincts, il est Traî, mais faible et tremblant devant son ministre dont il n'était guère que le servile instrument. Richelieu était donc mattre absolu, tandis que Ximenès avait à compter, tantôt avec le roi d*Aragon, tantôt avec les rois Philippe et Charles et leur entourage. Il fallait à celui-ci plus que de la fermeté; il avait è ménager une foule d'intérôts saoa avoir la même puissance que le cardinal français, qui disposait à son gré de toutes lea charges ecclésiastiques, civiles et militaires. Néanmoins, malgré ces causesqui exigeaieol plus d'habileté dans le ministre espagnol, il semble que son nom soit effacé |jar celui de Richelieu. Serait-ce parce que Richelieu fui
f»armi sqs contemporains le seul grand poitique (car Mazarin n'est pas h mettre ea première ligne pour la hauteur des vues); tandis que la génération de Ximenès avâil à lui opposer d'autres cardinaux miiiistrea.
3ui jetèrent plus ou moins d*éclat,en France *Amboise, Mendoza et Granvelle dans les Etats espagnols , Wolsey en Angleterre»
Béatounn en Ecosse 7 Le but commun des deux ministres fut d'accrottre le pouvoir royal; et ils poursuivirent ce but par le même moyen, l'abaissement delà noblesse* Mais il est juste de remarquer que Ximenès est venu le premier, que les événemeuti avalent marché, et que Richelieu a pu proûter des leçons de son devancier. « ^al^ ment attentifs à ne laisser impunie aucune révolte de la noblesse, à protéger le peuple contre l'oppression et la violence des grands* Ximenès, dans ces circonstances, se montrait plutôt Tami du peuple, et Richelieu rbomme de la cour : » ce qui explique rimpo[>ularité de Tun et Taffection publique dont l'autre était l'objet. Ils avaient, chacun de leor côté-, le désir d'élever leurnatrie au premier rang des puissances de 1 Europe, et ils y parvinrent par des moyens qui diffèrent soSr vent dans i un et dans fautre. S'appliquer au maintien deia justice, raviver le crédit, introduire un ordre plus sévère dans lei
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finances, par une surfeillance active sur les comptables et par la suppression des dépenses inutiles, Teilleraux intérêts des colonies, imprimer une forte impulsion au commerce et è Pindustrie, développer la marine..., voilà ce qu'ils surent faire également; mais tandis que Ximenès ne connut jamais d'autre justice que celle des tribunaux ordinaires, on vit Richelieu créer pour les crimes politiques des commissions ou chambres placées sous la dépendance de la cour; des abns criants et immoraux, tels que la vénalité des charges et d*autres encore que Ximenès n'aurait pas soufferts un seul jour, Richelieu les laissait subsister quand il les jugeait utiles au bien du royaume; en un mot, peu scrupuleux sur le choix des moyens, il lui arriva plus d'une fois de sacrifier sa conscience à la raison d'Etat^ et on sait qu'il aimait à tourner en dérision Itt hommes tunt morale itroile et fnéticuieuie. B llbid,)
C*esl Richelieu qui, pour abaisser la maison d*Autriche, appela dans l'empire et solda Gustave-Adolple, qui, après la mort de ce roi protestant, y ralluma la guerre religieuse; c'est lui qui excita les puritains contre le malheureux Charles 1*' d'Angleterre; lui qui fil soulever la Catalogne contre son roi Philippe IV; qui tenta de détacher de la cause catholique l'électeur Maximilien de Bavière : politique égoïsle, pour laquelle tous les moyens étaient bons, et que la droiture de Ximenès aurait repoussée avec horreur. Ce n'est pas lui qui se fût allié avec les sectes prolestantes contre les Catholiques, si Liilber avait eu prêché plus tôt sa prétendue Réforme. Les deux ministres poursuivirent aussi le môme but en cherchante établir Punité religieuse dans les Etats qu'ils gou- Ternaient. Ximenès ne transigea point avec las Maures de Grenade; Richelieu se contenta d'abattre les calvinistes comme parti politique, mais leur laissa la liberté religieuse. Les temps n'étaient plus les mômes; plus d'un siècle s'était écoulé depuis Ximenès. Les mœurs publiques, les opinions s'étaient modifiées. Pareilles transactions s'étaient déjà vues en Allemagne; en France môme, Henri IV en avait donné l'exemple è Richelieu. Les deux cardinaux parurent aussi chacun è la tôle d'une armée, 1 un pour conquérir Oran, repaire de pirates musulmans [12M)9], l'autre pour conduire avec sa vigueur ordinaire le siège de la Rochelle, boulevard de Thérésie [1628]. Mais tandis que Ximenès se montre è ses soldats révolu de ses babils pontificaux et monté sur une mule, Richelieu paratt fièrement sur un cheval de bataille, le casque en tôle et répée au côté. Du reste, à jlexemple de la pieuse Isabelle, il s'intéresse à la moralité des soldats et appelle les Jésuites pour donner ooe mission a son armée. Ajoutons encore que la prise de la Rochelle valut è Richeliea la reconnaissance de son souverain, tandis que laconauAle d'Qran ne fit qu'accroître la jalouse défiance de Ferdinand pour son mi- Aiitre«
Ximenès et Richelieu eurent l'un et l'autre un ami dévoué, un confident intime.
Valier ego de Ximenès était François Rqyz, le compagnon fidèle d'une grande partie de sa vie, qu'il fil évoque d'Avila, qu'il nomma son exécuteur teslamenlaire , et è qui il confia le soin de sa sépulture et la puulicalion de la Polyglotte. Le conseiller, le confident de Richelieu , était le P. Joseph , Leclerc du Tremblay, qui, après avoir servi dans Tarmée avec distinction , s'était fait Capucin. Il entreprit des missions en diverses provinces de France , et parvint aux premières dignités de son ordre. Tenu en
(;rande estime auprès du Saint-Siège et à a cour, c*est lui qui parvint à faire rappeler Richelieu de son exil à Avignon.
Depuis lors le ministre ne s'en sépara plus!; il le fit entrer au conseil d*Elat, et souvent se trouva bien, môme dans les affaires les plus difBciles,d*avoirprisravisdu P.Joseph. Dans les derniers moments de son ami, en 1638, Richelieu le soigna lui-môme, et è sa mort il s'écria: « J'ai perdu mon bras droit.j»ll avait voulu lefairenommercardinal. Les courtisans appelaient le P. Joseph Véminence griee^ parce 3u'il garda toujours à la cour môme et Jusque ans xiis camps son habit de religieux.^Les deux grands ministres accordèrent une égale protection aux lettres et aux sciences, ximenès avait fondé l'université d'Ascala sur la plus grande échelle. Richelieu institua l'Académie, construisit le collège du Plessis, et répara la Sorbonne. L'un et l'autre répandirent' de bons livres ; recueillirent des manuscrits précieux ; ils recherchaient l'entretien des savants. Mais, ce qu'on ne peut pas dire de l'archevôaue de Tolède, Richeliea estimait et protégeait aussi la littérature légère , et s'occupait de questions frivoles : ce qui n'était pas trop la mission d'un cardinal. — Voici, sur sa manière de vivre, quelques détails empruntés aux contemporains : « Il se mettait au lit è onze heures. Après avoir dormi trois à quatre heures, il se faisait apporter les dépêches, et minutait ou dictait les réponses. Vers six heures il se rendormait, puis se levait à huit. Lorsqu'il avait dit sa prière, les secrétaires venaient prendre les minutes. Il s'habillait ensuite, recevait les ministres, avec lesquels il s*occupail jusqu'à dix ou onze heures, et allait à la Messe. Si la saison le permettait, il faisait une promenade dans les jardins, en donnant des audiences.... Après le dtner, il s'entretenait une heure ou deux avec ses familiers et des gens de lettres. Le reste du Jour était employé au travail, ou à des conférences avec les ambassadeurs et des grands. Le soir, il faisaii une seconde promenade en donnant encore des audiences.
Puis il rentrait , et ne s'occupait plus d'affaires d'Etat, mais do musique, de lectures ou de libres entretiens, disant qu'avant do dormir, il ne fallait s'occuper de choses ni trop gaies ni trop tristes. 11 ne disait guère la Messe qu'aux jours de grandes fôles ; mais il ae confessait toutes les semaines, et su faisait donner la communion le diinanchei^datis aa