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son séjour à Rome qu*une bulle d*eipecla«* tire, pour être pourru de la première pré* bendequi Yaqueraît à son pays; de laquelle comme il se ? oulut ser? ir , sur la contesta* lion d*un autre qui en avait été pourvu par l'archevAque de Tolède , il gagna pour un bénéQce la disgrAce de son prélat, avec une prison, de laquelle il fit pour lors une école de patience, comme il en fit depuis qu'il fut arrivé k la dignité d*archev6que de Tolède , le lieu de son .trésor.
« H ne se rebuta point pour avoir reçu un si rude traitement, lo courage sembla lui en crottre, et tant d*épineux travaux qui entourent une glorieuse fortune, ne lui servirent que comme les épines que la nature a plantées pour faire haie h la rose , qui enflamment plus le désir de ceux qui la veulent cueillir. Son innocence et son droit trouvèrent enfin quelque faveur pour lui faire obtenir la liberté et la prébende con-* testée. Il réchangea néanmoins avec un autre petit bénéfice du diocèse de Siguenga, où il se retira, pour chercher dans ce changement quelque passade è sa fortune. Sa retraite lui donna le loisir de vaquera Té* tudedes langues orientales, et lui fournit iies sujets aux rencontres dé faire tenir son esprit en estime". Le cardinal Gonzalès Hendoce , évoque de Siguença , fort entendu au choix des personnes capables, ayant reconnu en quelque occasion, qu*il n'était pas moins homme de bien qu'hahile homme, le nomma son grand vicaire, et lui confia tout le soin de son diocèse ; et au même temps le comte de Cifuentes, l'administration de tout son domaine ; la fortune lui préparant en cette première réconciliation qu'elle fit avec sa vertu, dans de petits maniements, l'apprentissage d*un plus grand et glorieux ministère.
« Cependant, ayant assez éprouvé an changement de sa condition et dans Tacquit de ces négociations, que toute la fortune que les hommes courtisent avec tant de tra« vaux, n*est qu'une image de bonheur, sans corps et sans vérité effective, il se résolut de se rendre religieux en Tordre de Saint- François, è Tolède, oik il s*achemina sans délai, ramassant toutes les prétentions qui avaient jusqu'alors partagé son cœur, sous Tunique intention de servir fidèlement le Monarque du ciel et de la terre, qui fait valoir tous les services qu'on lui rend à un prix d'immortalité. Il goûta fort peu de temps la tranquillité h laquelle il avait rendu son esprit. Les fréquentes conversations des personnes les plus qualifiées de Tolède, de l'un et de l'autre sexe , attirées par l'odeur de sa vertu et par la réputation de sa suffi- 3ance, le dérobaient tous les jours è son cher repos, dont il délibéra de quitter Tolède, et alla chercher une plus retirée solitude dans un monastère appelé Caslanet , bâti au milieu d'un bois, où il demeura une année, menant une vie angéiique qui se consommait toute en prières et dans 1 étude des saintes Lettres. Mais une plus hante Providence Tayanl donné au bien commun
de la religion et de TEtat , afin qu'un soFeil capable créclairer tout un monde, ne demeurât point du tout caché ou ne fût que pour les yetix de peu de gens ; il fut appelé de sa solitude à la cour, par la reine Elisabeth de Castille, pour lui confier les secrets de sa conscience ; et qûelçiue temps après , sur Télroite recommandation du cardinal de Mendoce mourant* nommé par elle â Tarchevôcbé de Tolède , gui n'a pas moins de revenu que de dignité, étant la première charge de l*£tat, tant pour le temporel que pour le spirituel, et rapportant deut cent mille ducats de rente annuelle; et partant qui était un morceau capable d'affriander un appétit moins dégoûté que le sien.
« Mais Ximcnès, appréhendant comme il faut^e monter sur ce pinacle du temple t et de prendre la surintendance des tètes et du salut de tant de mortels, quitta, sans faire bruit, la cour, et s'enfuit à pied dans un couvent écarté de son ordre ; d'où il ne sortit que forcé par un exprès commande ment du Pape, et avec protestation de ne jamais consentir qu'il y eût un seul maravédis de pension sur ce bénéfice, dans lequel il voulait entrer non comme marchand, mais comme pasteur; non pour engraisser ses parents, ou les oiseaux et les chiens, mais pour avoir moyen de soulager toutes les nécessités des peuples, sans retenir autre chose pour soi que la peine et le fardeau de son ministère.
« Ce fut sur cette haute prélalure qu'il parut avec toutes les dimensions de ses grandes vertus ; ne retenant de bassesse que ce que l'humilité lui suggérait pour son mépris, et la charité pour le soulagement de toutes les misères. Sa maison, sa famille, sa table, son vêtement, son ameublement tenait de Taustère pauvreté de sa ftrofessron. Il faisait ses visitesjk pied, sans suite, sans train, ou pour tout, monté sur un âne. Il prenait lui-môme la pi^iue de recoudre et rappiécer ses habits, ce qu'il pratiqua même étant cardinal, dont on trouva après sa mort, dans une cassette de laquelle lui seul tetiait la clef, un dé h coudre, des aiguilles el quelqut'S pièces de l'étoffe de sa robe. Et pour ce grand revenu de la primace d'Espagne, il ne l'employait qu'en œuvres de piété et à l'assistance des pauvres, qu'il appelait les seigneurs propriétaires de ses revenus, à qui il croyait de dérober tout ce qu'il appliquait k la splendeur de son entretien. Il déféra néanmoins quelaue chose aux avis qu'il reçut du Pape, sur la plainte que lui en avaient faite les évAques d'Espaçne, et, sans offenser la modestie et l'humilité de sa profession, maintint dans queU que lustre la' dignité de sa préfature
« Sa faveur, pour être moins avantageuse aux intérêts des particuliers qu'au bien du
Îiublic, rendit sa vertu criminelle, et tourna a cause de sa gloire en occasion d'ennui. Les religieux de son ordre, qu'il tenait par son autorité dans Tétroite observance do la discipline, sans leur procurer aucun avan« tagOy furent les premiers qui attaquèrent ,
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DICTIONNAIHE
Ear des fnjures scandaleuses, sa réputaiioD. n frère mêmei qu'il avait fait religieux dans t*ordre , fut si passionnément forcené pour n*avoir pu tirer de son crédit ce que son ambition s*en était promis, que le trouvant un jour seul et malade dedans le lit, il tAcba, dans sa rage, de Tétrangier. Le général, encore de Tordre, se porta conire lui d*une passion si aveugle» qu*il vint de Rome en Espagne, pour accuser son innocence aux Ijeux où elle était publique; Jusqu'à blâmer, avec beaucoup de hardiesse, la reine, de ce qu'elle souffrait dans son conseil et dans^a première dignité du roj^aume, un homme autant indigne pour ses vices qu'incapable pour son ignorance , des honneurs qu'elle lui avait faits. Mais la patience de Ximenès éluda ces malicieuses impostures» et sa vertu trop reconnue convertit en louanges les blimes qui lui furent donnés.
« Depuis, il employa tous les talents de son esprit et toute la puissance que la faveur des princes et sa dignité lui donnaient, à des desseins honorables et profitables au public. 11 commença par la réformaiion des religieux conventuels de son ordre, qu'il réduisit, nonobstant la séditieuse résistance de plusieurs couvents h la règle de l'observance; du peuple qu'il voyait oppressé d'un rude subside qui avait été im))Osé à l'occasion de la guerre des Maures, et duquel par ses avis le roi le déchargea : ce qui lui acc|uit l'estime et la bienveillance de tous, qui disaient publiquement qu'il n'entrait jamais dansleconseil que poury soulager le peuple. Il ajouta h la qualité de père du peuple celle de restaurateur des bonnes lettres, qui semblaient être bannies d'Espagne par le désordre des guerres passées, fondant et dotant richement l'université d'Alcala, et faisant comprendre à ceux qui taxaient son épargne qu'il ne sesouciait'desbiensqu'autantqu ils
Eouvaient être à la vertu des instruments de ien faire.
« 11 était passé a Grenade k l'occasion de la nouvelle cunquétede ce royaume faite sur les Maures, pour aviser à sa conservation et disposer toutes choses è l'arrivée des rois Ferdinand et Elisabeth : mais cependant cet esprit de flammes, toujours agissant pour égaler les triomphes de U religion à ceux de l'Etat, répandit les incroyables ardeurs de son zèle sur ces Maurisques avec tant de succès qu'en un seul jour ( ensuite des amiables conférences qu'il pratiqua, tant avec eux comme avec leurs morabites et alfaquinsj, il en convertit trois mille à la foi chrétienne, et les baptisa par aspersion, qui furent suivis d'un nombre inestimable de peuples mécréants qui abjurèrent l'Alcoran et furent les glorieuses dépouilles remportées sur les démons, qu'il consacra aux autels du Dieu des armées. 11 ne se peut expliquer les travaux de l'esprit et du corps, e't les périls qu'il essuya durant son administration, les artiûces dont il se servit, les largesses et les grandes dépenses qu'il fit, pour dompter ou adoucir la trempe de ces
esprits farouches et intraitabicsk toute aoCre conduite qu'à la sienne. Et il suffit de dire qu'il obligea les rois à le remercier par lettres et à confesser qu'il avait déjà surmonté par son mérite ce qu'ils lui avaient donné par leurs libéralités.
« Toutes choses heureusement établies an royaumede Grenade,il revint en Espagne pour y saluer laprincesse Jeanne, fille et héritière de Ferdinand et d'Elisabeth : ensemble Philippe d'Autriche son mari, fils de l'empereur Maximillien, qui y étaient nouvellement arrivés : et, en passant, visiter le superbe bAti* ment de son collège d'Alcala pour qui il avait de grandes affections. Auquel temps il entreprit de faire travailler à ses dépens, dans la même ville» ces admirables Bibles en plusieurs langues, qui sont les trésors de toutes les bibliothèques du monde; dont la dépense fut comme immense par l'espace de quinte années qu'on travailla à cette œuvre : outre le prix des copies correctes qu'il y employa; sept exemplaires hébreux lui ayant eoûté quatre mille écus : et un nombre de manuscrits latins et grecs anciens de huit cenis ans, se montant à des sommes encore plus grandes. Mais il ne crut jamais avoir mieux employé son revenu qu'à dresser un monument honorable à la parole de Dieu el relever la recommandation de l'Ecriture sainte, oui est (comme parient les saints)» la muraille de diamani de VEgliee , Vartmok de la religion et la cité des vertus. Et il ne fut pas encore content, qu'il n'eût à la gloire des lettres, ennobli et orné la ville qui en était le domicile d'immunités et de grands privilèges, ménageant accortement l'occasion des couches de l'héritière d'Espagne et de la naissance de Ferdinand, son second fils, en faveur de laquelle il obtint pour Aicala exemption des tailles et de toutes sortes d'impositions. Dont les habitants de cette ville gardent encore aujourd'hui, en mémoire de celte grâce, le berceau et les Jauges de ce prince : sans pouvoir oublier le nom de Ximenès, qui a si affectionnément relevé les avantages el appuyé les intérêts de leur ville.
« 11 arriva après à la reine Elisabeth de mourir et d'aller échanger son sceptre, qui était un roseau du temps, avec la succession de l'éternité. Elle avait laissé l'archevêque Ximenès (pour témoignage de l'estime qu'elle faisait de sa vertu) exécuteur de son testament : Jeannesafjlle héritière, et Ferdinand son mari, qui n'était que roi d'Aragon, administrateur général du royaume deCastille. Ce qui apprêta quelaue sujet de division entre Ferdinand et Philippe son gendre, qui faisait difficulté de lui accorder l'administration, et avait dessein, avec l'appui de l'amitié et des armes de France, de le chasser de la Castiile. Mais Ximenès, là-dessus négociant prudemment et secrètement avec le roi de France Louis Xll le mariage de sa nièce, Germaine de Foy, avec Ferdinand, obligea Philippe pour se voir abandonné du côté d'où il espérait son assistance, è s'aecommoder avec son beau-{ière. Ximenèi
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DES CARDBfAUX.
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travailla couragensement à cet acconi» tant par l'éloignemenl d'un cerlain favori de Philippe, qui, pour avancer ses injustes ambitionst reculait les bonnes destinées d'Espagne, qui dépendaient de la bonne intelligence oes princes qui !a gouvernaient; «H>maie encore en faisant goûter au roi Philippe raffeclion désintéressée qu*il avait au bien et è la gloire de sa courotine.
« Ce fut lorsque le roi Ferdinand céda de son gré à Philippe Tentière administration de Castille, choisissant de se retirer pour quelque temps h sa nouvelle conquAte du royaume de Nnples, après lui avoir chèrement recommandé de se servir de la fidélité et des sages conseils de Tarchevèque Ximenès, qu*il lui laissait comme un autre père et comme le génie tuléiaire de la félicité de son Etal. Le parlement de Ferdinand fut bientôt suivi de la mort de Philippe, qui eût jeté de grands désordres dans l'Espagne, si Ximenès demeurant dans le vaisseau où le bonheurdu royaume Tavait embarqué, n'eût pris le timon des affaires; ayant été élu par le conseil royal seul gardien de l'Etat, de la reine et de l'infant Charles, qui fut depuis Charles le Quint. II eut d'entrée recours aux armes pour autoriser sa conduite, et pour arrêter les nouveautés des grands du rovaume, qui ne manquèrent pas de faire éclater è celle occasion leurs mécontentements. Me^ls il gagna par sa générosité un si grand avantage sur toutes les brouilleriesde rEtal, qu'il accoutuma ceux qui le méprisaient auparavantè le craindre; et les moins capables de raison apprirent è leurs di^pens, par force, que Tépée du prince est toujours et en toute main fatale aux factieux.
« Il fut plus puissant è apaiser les troubles du royaume que ceux de l'esprit de la reine Jeanne, qui, agitée du plus violent amour que jamais femme porta è mari, depuis la mort de Philippe, allait errante par les cam pagnes ne marchant que de nuit aux flambeaux, et n'habitant que dans les hameaux et les métairies, faisant partout porter avec elle le corps embaumé de son mari, pour qui elle avait encore une jalousie si éperdue qu'elle ne pouvait souffrir qu'aucune femme 1 approchAt, encore qu'il fût privé de vie. Ce qui apportait de grandes incommodités è la conduite publique, l'archevêque Ximenès étant obligé de la suivre souvent par la campagne, et s'accommoder par patience à des humeurs extravagantes, qu'il n'aurait pu vaincre par raison.
« Cependant le roi Ferdinand revint d*ltalie avec Germaine de Foix, sa nouvelle épouse, et apporta h Ximenès, tant pour récompenser ses services que pour l'obliger è les continuer, le bonnet rouge qu'il lui avait obtenu du Pape Jules II, avec la qualité qu'il y joignit de cardinal (VEspagnif et d'inquisiteur général de Castilte. Cette augmentation de splendeur et de fortune servie sa vertu, ce que servent le teint et l'enchâssure au diamant pour en' accroître l'éclat ; et la chaleur aux pommes de senteur, pour en éventer les douceurs. Il em-
f)ioya d'un noùreau courage la puissance et 'autorité que ces nouvelles dignités Ini avaient acquises k la manutention de l'Eglise et de l'Etat. Donc a^ant appris les courses et les ravages des pirates d'Afrique, qui venaient jusque dans les ports d'Espa-
!;ne enlever les vaisseaux, les hommes et es femmes; et d'ailleurs brûlant du désir d'étendre devers ces contrées les bornes de la religion chrétienne : il porta la guerre en Afriaue, nonobstant les contradictions de tous les granils du royaume, qui regardaient dans l'accroissement de la puissance souveveraine, l'affaiblissement de la leur; tint la main à l'exécution ; et pour décharger le
f peuple, fournit les montres et les vivres de 'armée six moisdurani, de l'épargne de ses revenus: voire en la suite ayant reconnu d'indignes lâchetés, des délais artificieux, des inexécutions affectées, qui produisaient de notables dommages au succès de cette guerre, il jr alla lui-même en personne à l'Age de soixante et dix ans, et convertit pas sa présence, les molles et les lAches j)rocédures des capitaines et des soldats, eo des résolutions mAles et courageuses, dignes de la réputation et de la gloire que les armes d'Espagne avaient acquises en ces pays.
« On vit alors le cardinal à la descente que fit l'armée navale en Afrique, vêtu du long habit de son ordre, ayant devant soi une croix d'argent, portée par un cordelier de la taille presque d'un géant, monté sur une jument blanche, l'épée au cOté ceint par dessus sa robe, accompagné d'un nom* bre d'ecclésiastiques : et n'était personne à
Î|ui il n'inspirAt une secrète ardeur, pour le aire voler au travers des périls, par cette montre de religion qui est un merveilleux instrument de toutes les grandes actions. Ensuite la fameuse ville d'Oran fut prise et saccagée; et le lendemain le cardinal reçu par les soldats en triomphe qui le saluèrent a cris de joie, et le proclamèrent dompteur des Barbares: tout le butin portée ses pieds, dont une partie fut destinée pour aider aux frais de l'armée, quelques pièces rares et de prix envoyées au roi Ferdinand, le reste distribué aux capitaines et aux soldats, à chacun selon son mérite : le cardinal ne réservant pour soi que ce qui est plus doux aux Ames généreuses, le plaisir de donner aux autres.
« L'éclat d'une si glorieuse fortune et le désespoir de la partager, acquirent au cardinal des envieux en Afrique et en Espagne, qui disaient être une chose insupportable, que le grand capitaine (ainsi appelaiton Gonsalve), fit le moine à Valladoliu, pendant qu'un moine faisait le capitaine vers Oran. Hais il eut toujours ce bonheur particulier de servir des maîtres qui, parmi tant d'injustes passions et de murmures sansfon* dément, lui conservèrent en leur protection, et crurent plutôt ce qu'il faisait pour eux.
Sue ce qu'on leur disait de lui. 11 revint en spaxne, pendant que l'armée qu'il avait laissée sous le commandement de Pierre de
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DICnOMNAIRB
Tlffrarrey continua ses progrès: et la première aciioa qu'il 6t, y élan! arrifé, fut qn*il répara de ses biens» aux lieux qu'il jugea èKre nécessaire» le dommage que la guerre d'Afrique avait apporté aux fillages du diocèse de Tolède* h cause du grand nombre de paysans qu'il ena?ait emmenés» ne trouvant rien de plus pressant que de se réconcilier aven la justice qui est l'unique défense des pauvrei. Le roi Ferdinnnd pour Ronorer son arrivée fut quatre lieues au« devant de lui, avec toute sa cour, comme il avait accoutumé de faire lorsc|u*il venait de loin, et è la rencontre mit pied ft terre et l'embrassa, obligeant tous les envieux de sa fortune à se plier» malgré eui» sous la vertu qu'il révérait.
«El il ne se laissa pas pourtant tellement éblouir de ces grands honneurs, qu*il oubliât de redemander les sommes qu*il avait avancées en cette çuerre; lesquelles il obtint enfin de la raison et de la justice, sans vouloir relâcher de son droit; nonobstant les contestations du conseil du roi» et les noires pratiques de ses ennemis qui avaient entrepris en cette occasion chatouilleuse de le ruiner de faveur. Peu do temps après le Pape Jules II ayant envoyé ses nonces en Espagne prier Ferdinand de le secourir oonire le concile de Pise, ou les cardinaux avaient élu un autre Pape; le cardinal Ximenès montra bien comment il était non moins détaché de riniérêt que généreux, etreconnaissaut envers ce Pape de gui il avait reçu l'honneur du chapeau, lui écri- Tantquil lui ferait tenir h Rome quatre cent mille écus quand il voudrait, lèverait une armée h ses dépens, s*il en avait besoin, et la mènerait lui-même en Italie contre ses ennemis.Et néanmoins quelques années après le Pape Léon X, successeur de Jules, ayant entrepris le superbe bâtiment de Saint-Pierre de Rome» et à celte fin envoyé des bulles en E9pagne pour y Aire fait quelque levée de deniers, le roi^ consentant, le cardinal pour de bonnes raisons en empêcha l'exécution do toute sa puissance/se montrant aussi brave et généreux h refuser comme h donner.
« Cependant le roi Ferdinand sentanldéjà par les faiblesses d'une longue maladie» les assignations de la dernière heure, institua Charles, fils atné de Philippe, gouverneur durant la vie de la reine sa mère, seule héritière de Castille, et avec ce déclarant le cardinal Ximenès régent, et administrateur général des Espagiies, comme l'hotiimo qu'il jugeait le plus fidèle et le plus gênéreux^pour Ja conduite de ses Etats. Sou administration dura re8|>ace de deux années, pendant lesquelles il soutint avec le faix de ce grand Etat, les partialités de Ferdinand, frère de Charles, les pratiques séditieuses des grands» les soulèvements et la mutinerie des peuples ; et dans une si notable révolulion» où la mauvaise fortune du royaume iouait h le perdre» il mil les affaires dans a meilleure situation, où on les eût jamais vues. A cet effet il tint toujours sur pied
trente mille hommes de guerre qu'il arail levés des villes et des bourgades d'Bspa^^ne, leur donnant autre solde que les franchises et les immunités» fit faire grand nombre de canons, dont il remplit les arsenaux en quatre divers endroits du royaume ; réiablil les affaires de la marine, et mit en étal un grand nombre de vaisseaux de guerre, opposant avec tant d*adresse et de courage les forces publiques, aux révoltes des particuliers, qu'il fit en peu de temps, partout espérer les bons» craindre lesmécbantSt et sentir à tous que le Ciel est toujours en amour et en armes pour les puissances qu'il a établies.
« Après avoir appliqué le feu et le fer aux plaies les plus dangereuses de l'Etat, il tourna ses pensées k le décharger dsa bameurs peccântes qui opprimaient sa vigueur» et h lui procurer un entier embonpoint. Il commença par les gouverneurs ûes villes, et par les officiers de justice qui malversaient en leurs charges, desquels il découvrit et châtia les corruptions ; fil une exacte recherche des rapines et des pécnlats commis aux finances ; régla les juridictions, les ordres militaires, le conseil d^tat ; supprima bon nombre d'offices su-
Grflus ; retrancha les pensions inutiles, et I dons excessif^ du feu roi ; fit uo fonds important d'épargne pour n'être jamais forcé en la nécessité de faire des levées violentes ; et avec ce mit h chef toutes sortes de grands et glorieux desseins ; calma tous les mouvements de l'Etat ; assura la Navarre sous la domination d'Espagne ; réduisit Malaca» Valladolid, Burgos» Léon h l'obéissance ; entretint de puissantfS garnisons sur la frontière ; assura les cdtes de mer ; fil des courses sur l'Afrique ; envoya une armée navale contre Alger : délivra Pignon, Bu^ié, àlélillé de l'entreprise des Turcs, et bt de si grandes choses durant son administration, qu'il contraignit l'envie de reconnaître» qu'il y a un degré do mérite si élevé» que sa fureur n'y oeut atteindre.
« Il lui arriva en ce temps une commission fâcheuse de la part du roi Charles qui fit paraître son courage indomptable a nul autre qu'à la raison ; c'était d'éloigner de la personne de l'inrant Ferdinand» le graml prieur de Calatrava Gusman son (couverueur, et l'évêque d'Asturie, Osorio, son précepteur. A quoi le prince résista vivement, ojoutant de baules menaces qu'il porta au cardinal s'il attentait d'eiécuter sa. commission. Mais le cjirdinal, homme entier et courageux à soutenir les intérêts de son maître» lui protesta qu'avant que le soleil du lendemain fût couché, quand toute l'Espagne s'y opposerait» le roi serait obéi, et lui obéirait le premier ; le Qt incontinent suivre de ses troupes au lieu où il se retira, lui empêcha toute commuoication, et congédia le lendemain ceux dont Charles jugeait l'éloignement nécessaire h son service. Sur quoi quelques grands du royaume lut ayaui demandé bardiiD60(
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DBS CMDRIAUX.
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réformation, dans un discours qu'il pm^ noriç^i pour appuyer ropinlon de ses oollèqu'il fit apparoir du pouvoir qu'il avait d'oser d*une autorité si absolue, il leur montra les troupes de sa garde or.iinaire; pois prenant è la main le cordon de son ordre Gont il était ceint, et le branlant des doigts, ajouta, qu*avec cela il mettrait h la raison, et chAtierail les Tasseaux superbes; et peu de temps après Ht tirer quelques coups de canon, et décharger une salve de mousquelerie pour réponse i leurs rodomontades.
« Tant de Iravani, de traverses et de méconnaissance de Vhonneur que le cardinal avait acquis è TEspagne, le firent enfin soupirer après sa retraite, el presser instamment le roi Charles de venir jouir delà couronne. Il y vint avec la princesse Eléonore sa sœur, après avoir demandé au cardinal ses conseils, pour y être reçu et reconnu de ses peu r>les selon ses désirs et sa dignité. Le cardinal sortit avec toute la cour, et le conseil pour lui aller au-devant. Mais faisant chemin il dîna k un village oi^ il fut empoisonné d*un venin lent, qui succéda è un autre qu'il avait pris par les yeui en lisant une lettre de Flandre. Cela n'empêcha pas pourtant qu'il n'emi)loyAt le peu de vie languissante qu'on lui laissa au service de l'Etat. Il donna aux rencontres des conseils salutaires nu roi ; ,et le mépris qu'on Ut de l'un de ses avis sur l'assemblée des états K^néraux, mit la cour en trouble, et tout l'Etat en péril.
« Enfin le roi ayant lAcbé aux sollicitations el aux surprises que les haineux du cardinal avaient dressées sur son esprit, il lui écrivit une lettre par laquelle, après l'avoir parfumé de belles louantes, après beaucoup de tendres et de soumises reconnaissances, et après mille prolesfations de vouloir toujours lui rendre les mêmes respects, que doit un enfant bien né aux soins et aux bienfaits de son père, il lui
accordait le repoii qu'avaient mérité seê longs et laborieux services, et que demandait la caducité de sou Age. liais <:ett« lettre le trouva dans le lit grièvement malade; el comme il n'est pas que les plus forts esprilt en semblables accidents ne payent quelque tribut k la passion humaine, il fut troublé et frappé d'une perçante indignation de cet honnête congé. Et néanmoins après avoir dissipé cette agitation de son cœur par la vivacité de son courage» et par les préjugée qu'il avait souvent faits k son Ame de nnconstance du monde, et de la vanité de la cour, il assembla toutes les forces de son esprit pour achever chrétiennement et religieusement la dernier acte de sa vie. On le vit un long temps adorant et baisant ayec honneur l'image du crucifix, mêlant ses larmes avec le sang de son Rédempteur»
l'embrassant, et le mettant sur sa poitrine comme pour servir d'entre-deux entre ses péchés et la justice de Dieu. On l'ouït protestant des sincères intentions qu'il aifait toujours apportées au bien de l'Etat ; et de n'avoir jamais employé la valeur d'un réal du revenu de ses bénéfices k ravancemeni de ses parents. Et au bout, après avoir reçu le sacré viatique , redisant souvent ces |niroles de David : Mon Dieu^fai mit en tou9 mon tipérance {Psal xxx, S), il congédia sa belle Ame, et passa, comme il est k esi^érer do son excellente probité, k la cour triom-
E hante des bienheureux. Ce fut le 9novenire de Tan 1517, Agé de quatre-vingts ans, après avoir gouverné vingt-deux ans l'Espa-
Sne sous les rois Ferdinand,Elisabetli,Jeanne, hilippe et Charles, et jeté par ses sages conseils les semences de toute cette grandeur, où la race d'Autriche est depuis montée.
(Foy. Alvarez Gombz; — Michel Gaudieb; — Hilar deCostb; — Tossiniaii ; — Fr. DB Gonzague; — Marc db Lisbornb.)
YORK (HenbiBbnoîI STUART, dit le Cardinal d'), était le petit-ttls de Jacques II, qui
Serdit la couronne d*Angleterre en 1688, le Isdu Préiendani f quQ Louis XIV appelait Jacques 111, et le frère puîné du prince Charles-Edouard, qui remplit le xviii* siècle du bruit de ses aventures, de ses succès et de ses malheurs. Sa mère était la princesse Sobieska , petite-fille du grand Sobieski. — Né k Rome le 6 mars 1725, il y fut baptisé par le Pape Benotl Xni. Il changea son nom de duc d'York en celui de cardinal d'York, quand le Pape Benott XIV l'eut revêtu de la pourpre sacrée en 1747. Le nouveau cardinal n'avait alors que 22 ans. I^uis XV lui donna bientôt les riches- abbayes d*Ancbin et de Saint-Amand, dans le diocèse de Ganibrai« Le cardinal dToric ne prit aucune part
aux agitations qui remplirent la vie de son frère. Mais dès qu'il eut éié informé de la mort de ce frère, arrivée k Florence en 1788, juste un siècle après que leur aïeul était descendu du IrCne de la Grande-Breta^e, il se regarda comme le souverain légitime de l'Angleterre , et il eiigoait , dans sou intérieur, qu'on le qualifiai de Majesté. On rapporte qu'un des fils de George lll, voyageant en Italie , manifesta le désir d'être présenté au cardinal, et qu'il ne fit aucune difliculté de se conformer k l'usage , en suivant chei le descendant de tant de rois, Téliquette observée dans les cours. Le cardinal d'York mourut k Rome en 1807, dans la quatreviogl- deuxième année de son Age et la soixantième de son cardinalat. En lui s*étei-gnail celte illuatre maison , qui avait eisujé