‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 30 sur 350 · BIS · texte numérisé non relu

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Bellarmfo eut beau lui protester qu*il avait au fond plus de vigueur qu'il n*en paraissait sur son visage; rexpérlence qu*il en fit pendant quelques mois, et que le supérieur ne lui permit qu*è regret, et forcé par ses instantes sollicitations* le réduisit dans un abattement qui fil voir h VœW que ses forces 8*accordaîent mal avec son courage, et qu'il allait infailliblement succomber s'il contiouail cet exercice.

L'idée de l'impuissance nj!i il allait être réduit de travailler pour Dieu, fil dans son esprit une si vive impression que, sans al- . térer le moins du monde son parfait abandon aux volontés du Seigneur, elle alluma dans son âme un désir ardent de recouvrer la santé, dans l'unique vue de Templover h la gloire de son saint nom.

Pressé par ce mouvement intérieur comme par nne espèce d'instinct surnaturel, il s'en ▼a dans l'église, il se jclte au pied do l'autel, et, animé d'une confiance filiale, «Voici ma vie, Stiigneiir,vdiî-il,« elle esté vous, vous en êtes le maître, vous me l'avez donnée; vous pouvez la reprendre; mais aussi vous pouvez me la conserver, et, en me la conservant, me rendre capable de remplir les devoirs de ma vocation. Vous m'êtes témoin aue je ne la désire qu'à cotte fin, craignant également et de vivre oisif, et de mourir saus avoir travaillé pour vous. Non, divin Sauveur, vous ne faites pas les grâces h demi; puisque la santé m'est nécessaire pour uracquitter de mes obligations, vous mêla rendrez, je Pose dire è la gloire de votre puissaoce. » il n'avait pas achevé ces mois, qu'il entendit une voix intérieure qui lui répondait de l'effet de sa prièrt$; il se leva, sans en douler, aussi certain d'avoir obtenu la grâce qu'il avait demandée, que Jacob la bénédiction de Tange, après la lutle mystérieuse qu*il eut avec lui, pour l'obliger à la lui donner. {Gen. xxxii, 2h.) 11 disait hautement qu'il allait se bien porter, et il dit si vrai qu'il se trouva dans peu de jours tout autre qu'il n'était, avec des couleurs, un corps robuste et une vigueur qui ne lui laissa nul ressentiment de tous ses maux.

Cette grâce extraordinaire, qui surprit tout le monde, et qui fil avouer aux plus babilas médecins que, comme il y a des maladies, il y s aussi des remèdes nue leur art ne connaît pas, cette grâce qui ut un cban-

(;ement si subit dans Te corps du jeune Belarmiu, n'en fil pas un moins prompt dans son âme; elle y produisit une vive reronoaissance envers son bienfaiteur, une ferveur toute nouvelle dans son service. Prosterné au pied du même autel, où Notre- Beigneur lui avait accordé celte insigne fareur, il protesta que, ne lui ayant demandé le rétablissement de ses forces qu'à dessein de les consacrer à son honneur et au salut des ftmes, il s'engageait à n'en jamais faire d'autre usage. En elTet il vécut conformément è sa promesse, et il soutint, tous les jours de sa vie, le poids de sou engagement avec une si constante fidélité, qu'âgé de près de 80 aoS| pour animer le zèle et le courage

d*une troupe de Jésuites, qui étaient autour de son lit au temps de sa dernière maladie, il put leur avouer qu'il n'avait jamais cherché le repos, et que, depuis ses premières années de religion jusqu'à la dernière, où il était heureusement parvenu, il avait toujours travaillé.

Quelque zélé qu'il eût toujours été pour la régence, il le fut bien davantage après sa guérison ; il commença h regarder d'un tout autre œil cet important emploi ; sur l'estime qu'en fait la Compagnie, il forma la sienne, et, avec elle, il envisagea l'enseignement comme le moyen le plus eflicace de remplir non-seulement les Etals d'habiles gens pour les gouverner, mais toute l'Eglise de parfaits Chrétiens pour l'édifier, el de prélats éclairés pour la dédommager des pertes que venait de lui causer, en tant de provint:es de l'Europe, la profonde ignorance d(*s iiasteurs. Les âmes des jeunes gens, conhés à sa conduite, lui parurent aulant de dépôts sacrés que Jésus-Christ lui mettait entre les mains, et dont il lui faudrait rendre compte au jour du grand jugement. Il se persuada que c'étaient des ouailles dont il était constitué le berger, non pas comme un mercenaire, que l'intérêt attire au soin du troupeau, mais comme un gardien charitable, qui n'y est attaché que paramour, h l'exemple du souverain Pasteur des âmes. Il conçut par là que son obligation essentielle était de travaillera faire autant de saints qu'il avait d'élèves, et que, pour y réussir, son art de* vait être, en leur inculquant les principes des lettres, de leur inspirer les maximes de l'Evangile. C'est là ce qu'on appelle entrer dans le cœur par l'esprit, oour gas^ner l'un et l'autre à Jésus-Christ.

Ce n'était que pour être capable de lui faire ces précieuses conquêtes, et non par de vains retours sur lui-même, qu'il ne né-

f;!igeait rien de ce qui pouvail lui attirer 'estime et l'amour de la jeunesse qui lui était confiée. Il savait qu'à tout bon gouvernement le crédit est nécessaire, el qu'on n'en a jamais de véritable ni de solide sur les personnes dont on n'est ni estimé ni aimé. Il s'acquit l'affection de ses disciples par celle qu'il leur portait lui-même, et dont il leur donna des marques sincères par lo soin qu'il en prenait, leur téraoi{[oaol à tous tant de bonté, qu'il n'y en avait aucun qui ne crût avoir la meilleure place dans son cœur. Il avait, d'ailleurs, tout grave qu'il élair, des manières douces et polies, par lesauelles il les engageait au bien, sans avoir besoin de recourir à la sévérité. Il haussait naturellement les voies de rigueur, qu'il ne croyait bonnes qu'à faire des nypo* criles et à contenir des esclaves,

A une conduite si snge et si aimable, qui charmait tous les cœurs, se joignait une ca« pacilé (lui le faisait estimer de tous ceux qui écoutaient ses leçons, et qui entendaient la lecture de ses productions. C'étaient des poésies d'une délicatesse extrême, qu'il donnait au public, à l'occasion des solenni* tés, des harangues éloquentes, qu'il pronoa-

UCTlOiNNAIRB

çait avec grice, des questions philosophiques t qui! traiiait afec une netteté, une solidité qui surprenait les Florentins, et qui faisait avouer aux plus habiles de leur académie, qu'on ne pouvait ni penser plus finement I m s'exprimer plus élégamment, ni raisonner plus juste, que le faisait ce nouveau maître. Ils recherchaient sa conversation et l'admettaient dans leur société. Pour satisfaire à leur désir, il fit sur la sphère des leçons publiques, auxquelles ils assistaient avec assiduité; et, tout jeune qu*il était, ils le considéraient comme un membre de leur illustre corps.

Sa réputation fut égale h Mondovi , oik il fut envoyé pour faire la rhétorique. A son arrivée en cette ville, on avait déjà exposé la liste des livres qui devaient s'expliquer dans les classes. Kntre les auteurs qui lui étaient assignés, se trouvait Démosthènes. 11 en fut un peu surpris, mais non elTrayé : il s'appliqua si heureusement à la langue de cet orateur, dont il n'avait encore aucune teinture, qu'il devint capable en très-peu de temps de l'entendre, et d'en expliquer aisément les passages les plus difficiles. On est étonné de la multitude d'occupations que lui attirèrent son talent, son obéissance, sa facilité, partout oik il fut envoyé par son pro* vincial. Obligé par devoir de donner presque tout son temps a sa classe, il en avait encore de reste pour la prédication, qui cependant demande un homme tout entier; et, comme s'il n'eût eu rien à faire, il était toujours prêt h servir tout le monde, de surte qu'il se trouva assez souvent chargé tout à la fois du soin d'enseigner, de prêcher, de faire les exhortations domestiques, de lire. à table, d'éveiller les autres au matin, de les accom-

Eagner en ville, et d'être même, à certaines eures, le portier de la maison.

Qu'on nous permette , dans une histoire aussi sérieuse, de raconter une aventure assez plaisante. C'était dans les premières années de sa régence. Le supérieur le prit avec lui, un jour d'été, pour faire visite au prieur des Dominicains. Le révérend Père, les voyant l'un et l'autre en sueur, Gt venir quelques rafraîchissements, et pressa fortement le recteur d'en prendre avant de sortir. Mais, n'ayant pu rien gagner sur lui, il se tourna , la tasse è la main , vers le compa-

F;non, et la lui présentant, « Croyez-moi, » ui dlt-il en riant, « petit frère, videz-la •ans façon , et laissez la cérémonie à votre père recteur. — Je n'en ai pas plus besoin que lui, » répondit modestement Bellarmin, en s*excusant,« votre révérence me permettra bien do suivre son eiemple. » Le prieur, plus éditié de leur régularité que m^^content de leur refus, fut obligé, dès le lendemain, de venir au collège : c'était pour demander au Jésuite, qui faisait les prédications de la grande église, d'y publier une solennelle indulgence octroyée h leur ordre, à l'occasion du chapitre général , et d*y recommander è l'assemblée les nécessités de la maison, qui devait recevoir un grand nombre de religieux. Il avait entendu beau-

coup vanter ce Jésuite, et il ne le connaissait pas encore. Il n'avait g'irde d'imaginer que ce fût ce petit ftirt^ sur lequel il avait plaisanté la veille : ce fut iustcment lui qui parut à la porte, les clefs a la main, quand il sonna , et qui l'introduisit è la salle. Le jeune Bellarmin ayant su, du révérend Père» qu'il en voulait è celui qui devait monter en chaire, ne voulut pas avouer que ce fût lui , prévoyant bien que cet aveu ne manquerait pas de donner au prieur quelque confusion. Il lui dit que le prédicateur était un peu embarrassé pour le moment, mais que, s'il daignait lui conQer le sujet pour lequel il prenait la peine de le visiter, il lui en ferait un rapport fidèle. L'honnêteté du portier ne contenta pas parfaitement le siipérieur, et dans la crainte qu'un bon frère» tout poli qu'il paraissait, ne fit pas assez bien une commisi^ion qui lui était importante, il persista à demander le prédicateur. Bellarmin, en rougissant, fut bien obllj^é de déclarer que c'était lui-même. Si jamais homme fut surpris, ce fut le prieur, au souvenir de ce qui s'était passe la veille chez lui; honteux d'avoir si fort méconnu un si rare mérite, il lui en demanda pardon, et il lui en fit des réparations uni c^onfondirent beaucoup plus I humble religieux,

aue la pauvre idée qu'on avait eue de lui. fit, au reste, avec la publication de Tindulgeuce, tout ce qu'avait désiré le supérieur des Dominicains, avec un zèle, avec une affection qui marqua celle qu'il portait k tout l'ordre, et ciui attira également et la dévotion des peuples h leur église, et de grandes charités à leur monastère.

. Le succès de cette prédicatiou n'avait rien d'extraordinaire pour lui; c'était sa coutume de persuader à ses auditeurs tout ce qu'il voulait; et comme il voulait toujours leur persuader les importantes vérités de la religion et les maximes de l'Evangile, on ne sortaii jamais de ses sermons, qu'on ne fût convaincu des unes, et résolu a pratiquer les autres. Il était aussi touchant qu'il était persuasif; ce qu'il disait était solide, et il le disait d'un ton si pathétique, qu'il faisait aimer le joug de Jésus-Christ, en même temps qu'il enseignait l'obligation de le porter. Ce rare talent lui Ht de bonne heure une grande réputation. Il n'avait encore aue 32 ans, qu'il prêchait déjà dans les églises les plus considérables de la Tuscane.

Comme il savait parfaitement ses sermons avant de les prononcer, avant de les apprendre, il les composait avec un soin particulier, ne croyant pas qu'un homme, t|ue Dieu honore du ministère do sa parole, pût se dispenser de cette exactitude, surtout quand il en commence Tesercice. Cette pensée, dans laquelle il fut les premières années, fit employer tout le temps qui lui restait de libre, à travailler s^s discours; de sorte qu'il n'en produirait aucun en public, qui n offrit, avec la solidité du jugement, les pensées les f lus délicates et Te langage le plus élégant (^.olui qu'il fit le jour de Noël

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dans la cathédrale de Hondovi , charma tellement ses nombreux auditeurs , qu'ils ne lai permirent de descendre de chaire, qu*è la condition d'y remonter le lendemain, pour faire Tëloge de saint Etienne. La condition inquiéta d'abord Bellarmin; il n'avait rien de prêt sur le sujet qu'on lui donnait ft traiter; il était fatigué du travail ; la journée était presque passée; il ne lui paraissait pas possible de préparer, en si peu de temps, et dans l'état où il se trouvait, une préaication soignée comme d'habitude. Touché cependant do voir tant de (idètes aiïamés du pain céleste, il ne put se résoudre à le leur refuser; e(, plein d'espérance que celui qui s'est engagé à mettre des paroles dans la bouche de ses ministres en pareille occasion, lui ferait sentir en celle-ci la vérité de ses promesses, plus inspiré par le Saint- Esprit que disposé par l'élude, il traita de la foi et de la charité du premier martyr de I Eglise avec tant de facilité, tant de grftce et tant d'onction, que le chapitre de la cathédrale protesta qu'il avait prêché en habile homme toutes les autres fois , mais qu'en celle-ci, il venait de le faire en ange. Son recieur ne crut rien exagérer dans la lettre qu'il en écrivit au provincial , quand il employa, à la louange du serviteur, lt>s paroles dites autrefois en l'honneur du Mifiro, que jamais homme n^avaU ainei parlé. ( Joan.

Bellarmin sentit bien lui-même que I esprit de Dieu l'avait soutenu dans cntte action; et ce même esprit, qui cnoisit et qui forme les ouvriers évangéliques pour les

!>orter k la perfection du ministère, lui fit aire à cette occasion des réflexions qui lui aervirent de règles tout le reste de sa vie, • qu'un prédicateur a bien sujet de s'humi- Mer, et de ne s'attribuer aucunement le fruit de ses sermons ; ce n*eit ni celui qui

J^lanie^ ni celui qui arrose, oui fait germer aiemence: c'est à Dieu quUl appartient de lui faire prendre racine et de lui donner de Faecroisêement. (/ Cor. m, 7.) Tout notre pouvoir se réduit à faire du bruit aux oreilles de nosauditeurs, et d'y faire retentir au dehors la divine parole : c'est h lui de la faire passer au dedans et de l'imprimer dans les Ames. Hélas I nous perdons bien du temps h tourner une phrase, à arranger des mots ; nous avançons bien moins par cette étude sèche, que nous ne ferions pas une fervente prière : l'expérience que je viens de faire, ne me rend-elle pas cette vérité sensible? J'ai souvent frappé l'air par des sermons bien étudiés , qui peut-être ont fait plus d'éclat que de profit; celui-ci,

3ui m'a coâté si peu, et auquel je n'ai guère 6 part, est entré plus avant dans les coours que les autres» è la compositiou desquels pai Unt sué. Tous les préceptes do 1 éloquence humaine, unis ensemble, ne convertirent jamais une Ame: c'est une conquête réservée A la grAce de Jésus-Christ et i l'eUicacité de sè i^arole. Celui qui est chargé de l'annoncer, doit,il est vrai, avoir du respect pour elle ; il ue faut pas ni qu'il

en affaiblisse la force par de mauvais rai» sonnements, ni qu'il la rende désagréable par une élocution barbare; mais il ne faut pas aussi qu'il en dessèche l'onction perdes manières trop recherchées, qu'il la charge d'ornements étrangers, et qu'il l'assujettisse à tant de règles. Elle est libre, ellen'aimo pas ces sortes de contraintes ; jalouse de sa céleste origine, elle ne veut dépendre que de celui dentelle est émanée; c'est A lui de lui donner cette majesté simple et auguste qu'elle avait autrefois dans la bouche des prophètes, et de la revêtir de cette vertu douce et impérieuse, qui persuade les plus incrédules, et qui triomphe des plus rebelles. En un mot, il faut bien nous persuader que le meilleur prédicateur n'est pas celui qui fait les sermons les plus travaillés, mais celui qui attire, aux discours qu*il prononce, plus de bénédiction par son humilité et par sa confiance. » C'est A quoi il s*attacha depuis beaucoup plus qu'A I élégance de ses compositions, se contentant d'en ieter sur le papier les principaux points, l'ordre et les preuves, s'abandonnent pour tout le reste A l'Esprit-Sainl, dont il tAchait, par une humble prière, d'allumer en lui le feu sacré, pour en enflammer ensuite les autres.

Cette nouvelle méthode, inspirée par celui de qui dépendent les succès, lui en attira d'extraordinaires A Florence, A Hondovi, A Padoue, A Venise, dans tous les lieux de l'Italie, oik le porta l'obéissance, où l'attira le désir des peuples. Il n'avait pas encore

auitté la Toscane, qu'allant, par la volonté e ses supérieurs, en des lieux siints, qui v sont révérés, il semait si heureusement le grain évangôlique dans les bourss et les villages qui se rencontraient sur la route, que Te prêtre qu'il avait mené avec lui pour en faire la récolte, se trouvait accablé par l'abondance de la moisson. C'était, chaque jour, une espèce de nouvelle mission, et, par conséquent, un nouveau sujet de consolation pour lui. Une des plus douces de sa vie fut celle dont il fut rempli sur la sainte montagne d'Alverne, si célèbre par la grAce miraculeuse qu'y fit Notre-Sei^neur A saint François d'Assise, en lui imprimant ses sacrés stigmates. La dévotion qu'il avait eue, dès son enfance, A ce grand patriarc'ne, l'attacha si tendrement A ce lieu saint, qu'il ne pouvait s'en arracher; il y laissa son cœur et ses larmes, et il en rapporta un amour plus ardent de Jésus crucifié, qu'il résolut de prendre pour modèle, A Texeinple de son saint patron

La solitude de Camaidoli n'eut guère moins de charmes pour lui ; c'est celle que choisit saint Romuald, sur la fin du x' siècle, dans une gorge de l'Apennin, appelée Val-d'Ombre. Il admira, dans cet affreux désert, une multitude de religieux qui vivaient comme des anges; et s'y ressouvenant de l'échelle mystérieuse qu'y vit le saint fondateur, comme un autre Jacob, il félicita ses heureux enfants d'être du nombre de ceux que leur père avait aperçus»

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montant oans le ciel Dans Tentretien particulier qu'il eiUafec eux, il leur dît tant de choses touchantes sur les avantages de leur vie péniienle et retirée^ quMIs Tobligèrenty en pleurant, do demeurer trois jours auprès d*eux, et de teur faire une exhortation publique. Quelque difficulté mfopposAt Beltarmin de parler devant ces nommes vénérables» qu*il regardait comme ses pères et comme ses maîtres, il ne put leur reiuser ce qu*iJs exigeaient de lui ; et dans le dis* cours qu*il leur adressa, moins pour les instruire que pour leur obéir, il leur donna une telle idée dTu bonheur et en même temps des obligations de leur état, c]ue ces saints religieux, transportés de joie et d*admiration, ne savaient comment lui témoigner leur estime et leur affection.

Il fut l'objet des mêmes manifestations à Pailoue, pendant le temps de ses éludes, qu*il dut très*souvent interrompre, pour satisfaire au désir de cette ville également savante et polie. Venise, dont elle dépendait, •e crut en droit d'entendre le jeune el éloquent prédicateur. Il y prêcha nu jour de jeudi gras, avec l'autorité (fun hnmme de 60 ans et le zèle d'un apôtre, invectivant contre les débauches du carnaval, si opposées à Tesprit du christianisme ; et Ton vit les sénateurs, les premiers hommes de l'époque par leur sagesse, bien loin de s'offenser de la liberté avec laquelle il avait parlé, l'en respecter davantage , et se mêler avec le peuple pour venir lui baiser la main.

Ces applaudissements lesuivirent h Gênes; il y fut appelé è l'occasion d'une congrégation (>rôvinciale qui s'y allait tenir, et qui)n Toulait rendre célèbre par des actes publics. C'est à lui qu'on en déféra tout l'hotmeur, et il le soutint avec tout l'éclat qu'on avait attendu de son talent. Il en donna des preuves signalées, pendant deux jours, danè des thèses d'une variété et d'une étendue qui surprirent les Pères assemblés ; il y avait compris ce qu'il y a de plus important et de plus curieux dans la rhétoric^ue, ]a logique, la physique et la métaphysique d'Aristote; mais surtout ce que les trois parties de la Somme de saint Thomas ont de plus remarquable et de plus digne d'être agité dans des conférences. Cette fouie de matières ne fit nulle confusion dans son esprit, il s'énonça avec une clarté, une précision, une fermeté, et en même temps un feu si sage et si modéré, qu'on admira également et la modestie du répondant, et la solidité de ses réponses. Celles de son président s'étant même trouvées diSTérentes en un point important, quelques dispositions qu'eût l'huQûible théologien de s'y conformer, le provincial, présent è la solennité, décida hautemeut en sa faveur, et lui ordonna do s'en tenir à sa inauière de répondre.

C'est dans l'église cathédrale que se célébra cet acte solennel, que Bellarmin ne Onit que pour en commencer un autre qui

ce qu'il y avait d'hommes instruits dans cette grande et superbe ville ; car descen* danl (Tu siège, où il venait de soutenir ses thèses, il ne fit que prendre le surplis pour monter en chaire, et porter h la pratique de la doctrine de Jésus-Christ ceux que sa science spéculative avait charmés dans les disputes. Le discours vif et affectueux qu'il prononça sur l'unique et importante affaire du salut, leur persuada d'y apporter tous leurs soins; et le ton humble et modeste avec lequel il parla, en achevant de lesoon* vaincre, leur fit également admirer en lui le profond théologien, l'éloquent prédicateur et le saint religieux.

Une si haute réputation faisait trop de bruit pour ne pas arriver Jusqu'à Rome} les lettres qu'on y écrivait de toutes parts, y firent des portraits si avantageux du serviteur de Dieu, que le général ne jugea pas è propos d'attendre que Bellarmin eût achevé sa théologie , pour l'envoyer en Flandre. Ce général était François Borgia qui, de duc de Candie, de vice-roi de Catalogne, de grand d'Espagne et de favori de Charles V, s'était fait Jésuite, conduit par l'amour de l'humilité évangélique dans la Compagnie, pour y fouler aux pieds les grandeurs du monde, qu'il possédait, et pour s'y mettre h l'abri de celles de l'Eglise, qu'il craignait de posséder ; plus grand incomparablement par le renoncement aux unes et aux autres, qu'il ne l'aurait été en retenant les premières , ou en acceptant les secondes. Ce saint homme, selon la prédiction de saint Ignace, lui ayant suo^ cédé, après Laynez,au gouvernement de son ordre, digne héritier de son esprit et de son zèle, ne songeait, comme lui, qu'à procurer la çloire de Dieu, qu'à porter ou à soutenir la loi de l'Eglise en toutes les provinces du monde. Il cherchait les moyens d'en empêcher l'altération dans la Flandre, quand il apprit les succès de Bellarmin et les rares talents que Dieu lui avait départis; il ne douta point que ce ne fût l'homme choisi du Seigneur, pour conserver la vraie foi en cette contrée catholique, il l'y destina sans balancer; et, sans s'expliquer sur ses raisons, il en écrivit l'ordre en termes précis au recteur de Padoue. Celui-ci fut saisi d'une vive douleur à cette nouvelle : il chercha à parer le coup, objecta la mauvalae santé de Bellarmin, qui ne pourrait, disaitil, supporter le voyage; les médecins s'y opposaient , le collège de Padoue serait perdu. Bellarmin, qui finit par être instruit de cette négociation, écrivit au général qu'il était prêt à obéir, et que Dieu lui donnerait les forces nécessaires aux emplois qui (ui seraient confiés. 11 se mit donc en route, ayant entre autres compagnons de voyage le célèbre Guillaume Alleu, à qui songraud savoir, sa piéié, son zèle pour la religion ont fait plus iPéclat que la pourpre dont le revêtit Sixte V. Anglais de nation, il s'exila voloinaii'cmeiit de sa patrie, quand il en vit la vraie foi proscrite. Retiré pour quelque

passa pour un prodige dans l'estime de tout temps à Reims, qui servit souvent d'asile

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DES CARDINAUk.

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k ces glorieux fogilifs d'Angleterre, dTcosse et d'Irlande, il y fut le protecleur de ses

«mes compatriotes quif persécutés par isabeth, s'étaient comme lui rendus dans cette fille, et il y consacra à leur éducation les reyenus du canonicat, qui lui fut con- ISré dans l'église métropolitaine, une des plus célèbres de l'Europe, è laauelle l'ordre des Chartreux est redefsble de son saint fondateur, et qui, entre plusieurs Papes ( Sylfestre H , Urbain II , Adrien IV , Affrien V), qu'elle a donnés è rE<;lise uniferselle, ne compte pas moins d'onze de ses prélats, et quinze de ses chanoines, éle* Tés au cardinalat. Entre ceux-ci est Allen dont on peut dire sans contredit qu'il fut un des plus dignes.

Ce fut un bonheur inappréciable pour Bell^rmin d'accompagner ce grand homme, dont les bontés lui flrent oublier les fatigues du vojrage; il se jeta amoureusement dans ton sein, el s'abandonna sans réserve h sa conduite. Porté, si l'on ose ainsi parler, sur les ailes de son aimable Providence, il arriva heureusement à Louvain en 1569, pour achever ses études en une ville qui a mérité d*6tre appelée le siège des muses, et pour prAcber en même temps en latin dans l'église des Jésuites, où l'on vit avec élonncment un prédicateur qui, n'ayant pas encore les ordres sacrés, avait déjà toute la sainteté d'un prêtre et loui le zèle d*un apôtre. Ces grandes qualités, qui le rendirent si digne du sacercloce, otîligèrent les Pères flamands I le lui procurer, lis en écrivirent è Rome, où Ton y donna les mains d'autant plus volontiers, que son mérite y était parfaitement connu. On y trouva cependant d'abord de la difficulté sur son défaut d'flge pour la profession. Mais le général s'avisa d*un biais et toutes les ditlicultés furent levées.

On lui envoya donc, en mars 1570, toutes les permissions nécessaires; tout le monde en (ut rempli de joie : fiellarmin en eut de la confusion, il craignait une dignité, dont le poids |)araissait redoutable à sa faiblesse, el qui exige une si grande sainteté en celui qui en est honoré.

Obligé d'accepter le sacerdoce, Beliarmîn s*y prépara par une retraite de plusieurs jours, pendant lesquels, dégagé de tout ce qui n'était pas Dieu, il médita en sa présence la grandeur des mystères où il allait entrer, la divine alliance qu'il allait contracter avec Jésus-Christ, l'obligation qu'il avait, pour en être le digne prêtre, d*en devenir la victime et de s'immoler lui-môme en esprit au pied du même autel, où il devait dans peu offrir au Père éternel le sacriflce de son Fils. Plein de ces grandes pensées, il passa les saints jours de la solitude plal6t en ange qu'en homme, étant de cœur au ciel : oubliant tout être créé, pour ne songer qu'au Créateur; et ne se nourrissant presque que de la divine parole. C'est dans ees saintes dispositions qu'il reçut à Liège les premiers ordres, et qu*il fut fait prêtre à Gand par Cornélius Jansénius, nui en fut •e premier évêque à son retour au concile

de Trente, où sa modestie lui avait fait autant d'honneur que sa capacité. Il fut heureux, en imposant les mains à Bellarroin, de communiquer le Saint-Esprit à un homme qui devait le répandre sur tant d'autres.

En effet, les premiers sermons que flt k Louvain le nouveau prêtre, après sa première Messe, eurent a peu près les mêmes effets, que celui que fil saint Pierre è Jérusalem le jour de la Pentecôte ; des milliers de personnes en furent touchées des plus vifs sentiments de pénitence; on les voyait courir en foule au sacrement de réconciliation, demander avec larmes la rémission de leurs péchés, et donner toutes les marques d'une véritable conversion. C'était un concours de peuple si extraordinaire dans Téglise Saint-Michel, où il prêchait alors, que pour y entrer et être à portée de sa voix, il fallait arriver de bonne heure. tJn des notables de la ville, instruit sur cela par son expérience, parti le matin d'un quartier fort éloigné de l'église, en y allant, rencontra dans la rue Beltarmin, sans le reconnaître; il se joignit à lui, il l'entretint du nouveau prédicateur venu dltalie, lui en fil mille éloges, lui raconta ce qu'il en avait entendu dire aux plus habiles de l'université, lui en demanda le nom, l'âge, la qualité; h quoi l'homme apostolique, qui prêchait l'huoiilité par ses exemples, en même temps qu'il enseignait la vérité par ses paroles, sans se donner à connaître, satisfit par des réponses sages et modestes, également éloignées du mensonge et de la vanité. Après quoi, le gentilhomme le voyant marcher d'un pas grave et mesuré, « Souffrez aue je vous quitte,» lui dit-il,« mon révérenaPère,il faut me hêter pour avoir ()lace au sermon. — Allez, Monsieur, » répondit Bellarmin en souriant, «je vous en sais bon gré: poui moi, « je suis binn assuré d'y trouver la mienne. » On accourait à ses sermons des pays d'alentour et des Etats circonvoisins. Les protestants d'Angleterre et de Hollande s y rendaient en grand nombre ; i^s étaient charmés. Pendant l'octave du Saint-Sacrement, il eut le bonheur d'en convertir plusieurs par ses discours publics et par ses entretiens particuliers, et de les guérir des fausses préventions qu'on leur avait inspirées, dès leur bas âge, contre la présence de Jésus- Christ sous les espèces sacrées.

C*était le talent particulier de Beliarmîn, de gagner par sa douceur ceux qu'il avait convaincus perses raisons; d'épargner l'hérétique, on décriant l'hérésie; de corriger l'égarement, sans quereller l'égaré, et de le remettre sur les voies de la vérité, par les mains de la charité même. Il pensait qu'en user autrement, c'est le rappeler d'une main, et le repousser de l'autre; opérer et détruire en même temps l'œuvre de sa conversion, el qu'en un mot, le grand et l'eflScace moyen de laire, d'un sujet rebelle k l'Eglise, un enfant soumis, c'est de loi faire aimer sa Mère. Ce qu'il pensait avec sagesse, il le pratiquait avec tact; et on peut dire avec vérité que, s'il combattait les sectaires

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par son éloquence» il en ^(riompheit par les charmes de sa bonté.

Après avoir, en une année, achevé Tétude de la théologie en parliculier, il eut ordre de l'enseigner en public, et il fut, le premier de la Compagnie, chargé de cet emploi k Louvain. 11 le remplit avec un éclat qui attira des disciples de toutes parts, et avec tine modestie qui lui mérita Testime et IV mitié des plus nabiles professeurs de l'uni* Tersité. Bien loin d^avoir avec ceux-ci des difficultés peu édiOanles et si communes entre des personnes d'études, que la jalousie divise souvent encore plus que la diversité des opinions, il eut toujours avec eui des liaisons très-étroites : et quand il se trouva obligé de s'opposer à leurs Sf^ntiments, il le Qt avec tant de modération, qu'en établissant la vérité sur les fondements d'un raisonnement ferme et solide, il ne lui échappa jamais la moindre parole contraire h la charité.

Cette conduite parut admirablement dans l'affaire de Michel de Bay (Bains), qui fit tant d*éclat en Flandre. Ce docteur s'était acquis une grande réputation; il était surfout très^versé dans la connaissance des écrits de saint Augustin, qu'il avait lus, diton, neuf fois. Mais il crut y voir ce que l'Eglise n'y rencontre nullement; de sorte qu'il lui arriva, comme è ceux qui, s'opi-^ DiAtrant à regarder trop flnemenl le soleil, sont aveuglés par sa lumière. Sa capacité lui avait mérité les premières chaires de l'université de Louvain, qui le respectait comme son chancelier et l'écoutait comme son oracle. 11 avait été un des trois choisis par le roi d'Espagne Philippe 11, pour être théologiens de Sa Majesté Catholique au concile de Trente, où il soutint, comme les ' deux autres , sou caractère avec dignité, contribuant avec eux h édaircir la vérité dans les conférences. Moins fidèle cependant à son retour, à en suivre les voies, que l'un et l'autre do ses collègues, il s'en éloigna si fort dans ses ouvrages, qu'après un mûr examen, ordonné par Pie V, dès le com« mencementdeson pontificat, ce saint Pape y trouva soixante et dii-neuf propositions condamnables, et il les condamna en cllel partie comme hérétiques, partie comme etrunét^s, suspectes, téméraires, scandaleuses et capables de blesser les oreilles des personnes pieuses.

La censure, qui en fut faite è Rome dès 1567, ne passa pas sitôt les monts, et ne tut signifiée à Louvain que trois ans après , c'est-à-dire l'année même que Bellarmin commença d'enseigner la théologie au collège des Jésuites. Son nouvel emploi, son zèle, son respect pour les décisions du Saint- Siège ne lui permirent pas de se taire dans cette conjoncture importante et délicate; car il ne pouvait s'élever directement contre Baiui, sans s'attirer sur les bras toute l'uni* versité, qui se trouvait blessée par le coup que venait de recevoir son chancelier, et sans aigrir peut-Aire Ja plaie du chancelier iu6me, tu lieu de la guérir. Le parti qu'il

prit ne fut ni celui d'un silence lAche et intéressé, par lequel il se serait rendu cou« Eable devant Dieu, en voulant flatter lesi ommes; ni celui d'une invective indiscrète, qui aurait choqué les hommes, sans avancer la cause de Dieu. Il jugea que le meilleur était d'aller son chemin, de faire des actes publics à l'ordinaire, d'y proposer des thèses de difTérents traités, pour avoir i s'expliquer, sans affectation, sur les points censurés. 11 te fit avec un succès qui justifia sa conduite; sans nommer le docteur, il ed renversa la doctrine, il en sapa les fondements, en prouvant invinciblement les opi-* nions contraires par l'autorité de l'Ecriture et des Pères, principalement de saint Augu»* tin, pris et entendu dans son vrai sens;et« afin qu'il ne manquât rien à la réfutation des erreurs en question, il les fit voir h la lettre dans les anciens hérésiarques : sans même remonter si haut, il les fit reconnaître évi« demment dans Luther et dans Calvin, sur lesquels il faisait tomber tout le poids de la querelle. L'assemblée, composée de gêné habiles, comprenait parfaitement qu'il en voulait aux opinions de Baïus, dont il ménageait la personne ; que c'était indirecte* ment sur lui que portaient tous les coups qu'il déchargeait sur les hérésiarques; el tous ceux qui n'étaient pas prévenus ea faveur du chancelier, convaincus par les démonstrations de Bellarmin , tombaieni d'accord que les articles principaux, contenus et condamnés dans la bulle, n'étaient autre chose qu'un luthéranisme et qu'un calvinisme mitigé. Baïus eut le bon esprit de se rétracter solennellement le 2i mars 1580. L'ouvrage de son retour fut celui do Saint-Esprit : mais on peut dire que Bellarmin et Tolet en furent les instruments, l'un, au commencement, par la sagesse et la solidité de ses discussions, l'autre, à la fin, par la force invincible de ses discours. Ce fut ]k le commencement des services que ces deux Jésuites ont rendus À l'Eglise, c|ui les honora de sa pourpre sous le pontificat de Clément VUl.

La Flandre écoutait Bellarmin comme un oracle, soit qu'il expliquât les mystères de la religion dans l'école, soit qu'il développât dans les chaires la morale de r£vangile« C'était partout une égale avidité de TenteDdre. Pendant qu'il firêchait, les copistes, à l'envi, écrivaient ce qu'ils pouvaient de ses sermons; quelque infidèles qu'en fussent les copies, elles étaient précieuses; on les faisait courir dans toutes les provinces; il eut même le déplaisir de les voir imprimées, longtemps afirès, d'une manière si intidèie que, tout patient qu'il était, il ne put s*eni« nècber de se plaindre du toit que lui avaieul fait les im|)rimeurs de Cologne en le défigurant ainsi.

La théologie ne lui faisait pas moint d'honneur que la prédication ; tandis que le saint archevêque de Milan, Charles Bori-omée le demandait pour prédicateur dans son église , qu'on lAcnait de l'attirer à Paria ta lui offrant les chaires les plus considérables ,

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DtS CARMNAUl.

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OD aurait voulu Tavoir en beaucoup d'autres Tilles« où la renommée Tavait fait connat- Ire. On parlait de lui è Rome comme d*uD des premiers hommes du siècle. Le cardinal Commendon , dont i'eslime était un grand éloge» voyant le jeune cardinal Bandini sur le point de partir pour aller faire ses études en France» Texhorta h aller jus« qD*k Louvain » où il entendrait le meilleur maître de l'Europe. Il est étonnant de voir ee qu^îl fit en sept ans qu'il fut en Flandre. Il employa la première année h prêcher el ft étudier en particulier les traités Ihéo* logiques qu*on ne lui avait pas donné le temps de voir dans la classe de Padoue. Au travail de la chaire, qu*il soutint sans reiflcbe jusqu'à la dernière année, il aioula, six ans entiers , celui de la régence de (héolo-

!(ie. On ne compte fioint parmi ses travaux a lecture et la méditation constante de l'Ecriture; cette étude lui était comme une manne délicieuse qui le délassait de ses fatigues. Pour en puiser l'intelligence dans la source, il étudia l'hébreu , aidé d'abord du savant Jésuite Arlemius , et bientôt après, sans autre aide que de ses propres lumières , il s'y rendit si capable , qu'il dressa lui-même une grammaire, avec des règles de cette langue plus faciles et plus méthodiques que toutes celles qui avaient paru jusqu'alors. Il s*en servit comme d'une elef pour ouvrir aux autres les trésors dont il s'était enrichi , et la facilité qu'apporta le nouvel ouvrage à cette étude fit naître h toute sa classe de théologie l'envie de l'entreprendre. 11 souffrit publiquement à un jeune Jésuite , son élève, de le mettre en état , avec le seul secours d*un dictionnaire, de lire de lui-même, et d'entendre la sainte Ecriture en cette langue» s*il voulait seulement , en suivant sa méthode» y donner une application de huit jours; et la parole qu'il lui tint , rend croyable ce que saint Jérôme écrit de Biésille, cette illustre Romaine, sa fille spirituelle, qu'elle avait si promptement appris Thébreu • qu'en fort peu de jours elle fut aussi habile que sainte Paule » sa mère> dans l'élude des Pêaumes,

Il ne se contenta pas de ces laborieux emplois; el» ) endant qu'il ne songeait qu'à s'armer pour combattre les erreurs de Biiïtjs» la Providence le disposant» h son insu, au grand ouvrage qui devait abattre tous les novateurs, il entreprit la lecture do tout ce

3u*ll put trouver de livres écrits en matière a religion, depuis trois mille ans; il se mit à lire l'hisioire do l'Eglise el des conciles » celle des hérésies anciennes et nouvelles » loat le droit canonique» les Pères grecs et latins; à les lire» non pas superficiellement» mais è fond» y distinguant» par un admirable diaeernement des styles» ce qui é[ait de leur plume d*avec ce qui n'en était pas » et oui passait cependant sous leurs noms.

On nu conçoit pas qu'à cette immense leïBfure» il ait trouvé le loisir de joindre celle d'un grand nombre d'auteurs scolastiques ; que de cens-ci » aussi bien que des autres»

il ait fait un examen eiacl» et qu'il ait porté son jugement sur plus de kW auteurs considérables, comme on le voit dans son livre imprimé sous le titre : Ecrivains ecclésia$» tiques; que» pour ranger ses connaissances avec nn plus grand ordre, et distinguer plus nettement les temps où se sont passés les événements les plus considérables de la religion » il se soit dressé une chronologie exacte et solide. Mais ce qu'il y a encore de plus surprenant, c'est qu'au milieu de ces §[randes occupations» dont chacune en particulier demandait un homme tout entier, celle de se sanctifier par les exercices continuels de la plus tendre et de la plus fervente dévotion ait toujours été en lui la principale. Il y donnait les heures les plus solides de la journée; et, tout grand maître

Su'il était en tant de sciences» humble et dèle disciple en celle du Saint - Esprit . il en écoutait les leçons avec une docilité d'enfant; il y conformait sa conduite; et . pour s'en faire une habitude constante» il se traçait des plans de piété » qu'il suivait avec une exactitude de novice. En voici un» extrait de ses papiers : « A mon réveil » après avoir adoré le Seigneur, je me pénétrerai de la pensée que je ne suis au monde 3 n'en qualité de voyageur» obligé de tenre à mon terme» et d*y tendre par tous les mouvements dont je suis capable : que ce terme est mon Dieu , à qui j'ofi'rirai pour cela mes pensées » mes paroles et mes actions, les considérant toutes comme les pas par lesquels je dois aller à lui. Plein do cette pensée » je me prosternerai devant le Seigneur» pour le prier et pour répandre mon cœur en sa présence. Je porterai les mêmes dispositions de respect et d'amour h la sainte Messe» et dans l'une et dans l'autre de ces actions saintes » que je ne commencerai jamais sans préparation » je demanderai instamment à Notre -Seigneur qu'il daigne me décharger du poids dangereux de moi-même» pour que \e vole plus tranquillement à lui » el m'y unisse comme au centre de mes afl'ections.

« Le but do mes désirs doit être d*arriver à cette parfaite union ; et le moyen d'y parvenir» c est de m*exercer souvent à la connaissance de mon néant et des grandeurs de Dieu; de me bien persuader qu'an vain je prétends être à lui , si je ne cesse d'être à moi. Dans cette pensée » qui ne doit jamais s*effacer de mon esprit» renonçant continuellement à moi-même» j'en ferai l'entière consécration au Seigneur. Afin do voir si celle otli ando est effective, je rechercherai dans mes examens quelles en sont les suites dans toute ma conduite. Quelque soin cependant que j'apporte en cette discussion» après avoir employé une partie du temps à reconnaître mes fautes » j'en donnerai la meiricure et la plus longue à les pleurer aux pieds de Jésus-Christ, pour me plonger ensuite dans son sang précieux » et m'y purifier de mes souillures.

c Je lui demanderai souvent ce qu'il exige de ma fidélité ; je songerai ensuite à

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ce que je désire obtenir de ses bontés ; et , aprè<( avoir vu ce qui peut de ma part mettre obstacle à Taccomplissement de mes devoirs, le prendrai • en nrésence de Notre-

snns vouloir le paraître à la souveraine autorité, en abaissant celle du souverain, en décriant ses ministres , en blâmant ses opi donnances • en lui débauchant se» fidèles

Seigneur, la résolution (vy mettre ordre sujets, et levant des armées contre lui. Celte

- Enfin le jour étant Tmi , après mon exercice du soir, je comparerai le lit oà je Tais reposer, avec la dure croix de mon Sauveur, et je tâcherai de m*endormir sur le côté de ce Dieu d'amour» en pensant h celui qu'il nous a témoigné sur cette san* glante couche« »

Telles étaient les pensées de ce saint homme, encore plus versé dans les prati* ques tendres et affectueuses de la théologie mystique, que dans les connaissances sèches et abstraites do la spéculative : aussi sa science et sa sainteté le rendaient cher è toute la Flandre.

Cependant il reçut l'ordre Je la quitter. Sa santé était notablement affaiblie; quoique celte altération fût causée principalement par un travail excessif, on jugea que I air natal lui était nécessaire. Son départ sembla an £9icheux contre-temps dans les coi^onctures où se trouvait la Flandre.

Depuis quelques années la guerre s*élait allumée dans les Pays-Bas , partie par Tamonr des peuples pour leur liberté (ils étaient en effet sous le joug de la domination espagnole), partie par l'ambition des grands, qui se lassaient d'obéir k des gouverneurs étrangers , dont ils espéraient prendre la place : cette guerre était attisée par rhérésie qui inspirait aux uns et aux autres Tespril de cabale et de division.

Des extrémités où elle avait pris naissance, elle était déjà passée au coBur de la Flandre. Elle était dirigée par Guillaume de Nassau , prince d'Orange, lustement nommé le Taeiturnef que les rebelles avaient choisi pour leur chef. Jamais homme ne fut plus capable d*ima(çiner et de conduire un

Srand dessein. Il était d'une naissance à isputer de noblesse avec les plus grands princes du monde. Tiré dès son bas âge des mains d*un père luthérien par Charles V, qui \t) fit son page|et son favori, il fut Catholique tant que vécut son protecteur et son maître , et parut l'être encore depuis , tant que le demanda sa fortune : mais celle-ci lui semblant trop bornée, et la mort de Charles , dont la présence était un frein pour lui , l'aj^ant mis en liberté , il chercha dans le ca/vifiisme, dont il fit au moins une apparente profession , les moyens de s'élever, moyens que ne lui permettait pas de prendre la vraie religion. Il avait appris à se revêtir, selon ses différents intérêts, de ces masaues différents de religion , aujourd'hui lulhériin, demain Catholique, calviniste ensuite, et peut-être dans le fond sans aucune croyance.

Dans une lettre écrite au duc d'AIengon , il ne t'ait pas difficulté de lui mander que, quand il s'agit de régner, il ne faut pas y regarder de si près en fait de religion. Sur ces principes , il ne ménagea nen qu'autant qu'il était convenable k ses desseins ; il aspira

h la tête de laquelle il étaiti ravageait les campagnes, enlevant les villes, désolant les provinces; et comme elle était en grande

fiartie composée de calvinistes, elle en vouait aux églises, aussi bien qu'aut citadelles) dès qu*on avait forcé les unes, on profanait les autres; les ministres de Jésus-Cbrist n'étaient pas Plus épargnés que les soldats de Philippe. L alarme était extrême dans toutes les villes fidèles, surtout dans Louvain, nft il n'y avait ni munitions ni soldats pour soutenir un siège.

C'est dans ces circonstances où la présence de Bellarmin pouvait être d'un xî grand secours, qu'il dut obéir & l'ordre qu'il avait reçu. Il ne fut pas à une journée de Louvain , qu'il faillit plusieurs fois tomber entre les mains des rebelles. Dans la suite de son voyagje , il courut de grands dangers dont il fut miraculeusement délivré. Comme il avait à traverser des provinces infe tée4 d'hérésie , où c'était assez d'être prêtre , et surtout Jésuite , pour n'être pas trop sAr de sa vie; quelque glorieux qu'il estini&t de In perdre en ces deux qualités, il prit, selon l'ordre de ses supérieurs , un habit de cava« lier, qui fut l'occasion d'une aventure.

Après quelques jours de marche , il fut joint par des gentilshommes protestants ^ que la curiosité conduisait en Italie, et qui# sans savoir de quelle religion il était , furent heureux d'avoir sa compagnie, charmés, dès le premier entrelien qu ils eurent avec lui « de ses manières , de son esprit , de sa complaisance. Comme chacun dit son nom, il se fit connaître sous celui de Romulus, l'an des trois Qu'il avait reçus au baptême, d'où ils l'appelèrent leur prince tout le temps de leur voyage. Cette qualité , qu'il accepta de bonne grâce, ne lui fut pas inutile; il s'ei servait agréablement , toutes les fois qu'k voulait être seul pour vaquer à la prière» et réciter l'Office divin ; car, alors, donnant un coup d'éperon h son cheval : « C'est k moî| • leur disait-il en riant, « h aller à la décou verte , à vous rendre les chemins assurés* allez au petit pas, en attendant que je re** vienne h vous. » S'étant ainsi dérobé^ & lenr ▼ue,il prenait son bréviaire et s'acquittait de ses obligations; après quoi, tournant bride, il revenait au-devant d'eux , et rejoi* gnait gaiement la compagnie. Il continua ainsi sa roule jusqu'à Gênes , où . sous pré^ texte de ne pouvoir se défendre d'aller loger chez un de ses amis, il prit congé de ses compagnons de voyage, qui, par hasard f étant entrés le lendemain dans l'église des Jésuites, furent stupéfaits d'jr voir è Paulel leur excellent ami si promptement méta« morphosé en Jésuite.

C'est dans le collège de cette ville qu'il reprit avec joie l'haJiit religieux, et qu'il parut tel qu il était. Il y fut reçu h bras ouverts par tous les Pères , et surtout par hs

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DES CARDINALI

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Provincial» François Ailoroe« personnaffo d'une vertu rare et d*un mérite distingue : il élaii lie Fillustre famille des Adorne, qui • donné k la répuliliiiue de Gènes plua^it^ui s d«>ge8 f et beaucoup de grands hommes à sa patrie. François» pour avoir renoncé nux grandeurs du monde » auiquelles il pouvait prétentirev aussi bien que tant d^autres de sa maison » n'en devint pas moins un per« s:>nnage considérable; il le fut surtout par snn savoir et par sa piété, qui lui méritèrent» avec les premières charges de son ordre, la confiance de Charles Borromée, dont il fut le confesseur.

Après avoir été è Monie-Pulciano» passer quelque temps au sein de sa famille, pour qui il fut un grand suj«jt de consolation » B'ilarminse rendit k Rome, où la Provi« Uence l'appelait pour seconder les desseins d*un grand Pape. Celait Grégoire XIII , Bolonais, que son seul mérite éleva sur le trôna ponlifiral, qui venait de vaquer par la mort de Pie V. Dès qu'il y fut monté, digne héritier du zèle de son saint prédécesseur, il ne songea qu*è ramener au bercail , dont il était constitué le pasteur, les brebis qu*a va it égarées le luthéranisme. Pour j iraTaillereflicaccment, il acheva, avec une nagoificenco digne d*un puissant prince et d'uu zélé Pontife, la construction du collège dasAilemands,qu*avait commencée Jules m, selon l'idée qu'en avait conçue saint Ignace, el dont cet homme ardent pour la gloire de Dieu, aollicita instamment Texécution parle crédit des cardinaui Moron et Sainte-Croix, las ayant persuadés , comme il Tétait lui- Dième, qu'il n'y avait [>as de plus sûr luoyen d*arrAler le torrent de Thérésie , qui ravageait l'Allemagne, que de lui opposer de savants hommes de la même nation, qui désabusassent les peuples séduits , el qui confondisseiU les séducîeurs.

Cette grande œuvre étant donc terminée par Grégoire, la Compagnie de Jésus , à laquelle il confia ce séminaire, n'oublia rien Kur justifier la confiance du Vicaire de fUS-Cbrist; et, pour suivre l'esprit de son fondateur, elle fit choix d'eicellonts iiiiittres iiropres k former la jeunesse allemanJe. liais rien ne lut parut plus nécessaire , et

8 lus conforme au desseiu du Souverain ontife, que d'établir un coutroversiste au collège romain, comme au centre des collèges, qui sont sous ladirection des Jésuites, «lin que les séminaristes allemands • aussi bien que ceuz des autres nations , s'y rendissent pnury entendre la leçon de controf erses; ainsi elle s'appliqua à chercher un habile homme, qui n*ignoràt rien en cette ttictière, et uui fût capable d'apprendre à ces jeunes soldats l'art de manier jes armes, dODt ils devaient se servir pour la défaite de rbéresie et pour le triomphe de la reli- Siuo.

li n'était pas aisé de rencontrer un génie ireete et protond, qui eût utie lecture infinie, une capacité incontestable, qui fût également consommé dans la connaissance de U Ibèulogte, de rEcrifture et des Pères » qui

DiCTtoea. nas Cabdiuj^us.

sût parfaitement les tangues, la chronologie universelle , les erreurs de tous les siècles; et qui eût, pour les détruir*^, plus de vraie et de solide science , que les fauteurs des hérésies n'ont eu de Tain<^s subtilités fiour les défendre. C*était en un mot un homme universel , dont on avait besoin , pour être le premier controversi.^te d'un collège dont leSnint^^Siéi^e prétendait faire une pépinière de docteurs et d'apôtres capables de rétablir dans tout le Nord la vraie croyance. Un dos pins éclatants éloges qu'on puisse faire de Bellarmin, c'est que la Compaj^nie ait cru trouver en lui cet homme extraordinaire. Le Souverain Pontife , qui se connaissait en habiles gens rnieui que tout autre, approuva ce choix; et on peut ajouter qun jamais maître en controverses n'égala Bellarmin, et queje grand ouvrage qu il nous a laissé est un*chef-d*œuvre, qu'on ne louera jamais assez.

Dès qu'il commença k parler dans l'uni* versité romaine , appelée aussi grégorienne du nom du Pape, son fondateur, on écoula ses leçons avec avidité, on en admira la solidité, l'ordre et la clarté; on en fit des copies qui se répandirent par toute l'Europe, où elles étaient lues avec applaudissements. On jugea par ces premiers essais que TEglise allait avoir en i>ji un invincible défenseur, el toutes les sectes, qui font la guerre à cette Epouse de Jésus-Christ , un redoutable ennemi, il y avait peu d'années qu'il dirtait Ses doctes écrits, lorsque Everard Meracrien^ général de la Compagnie , fut sollicité de toutes parts de donner au public les leçons de Bellarmin. Le général le pressa comme son ami, et lui ordonna comme son su- (>érieur de mettre la main è cette grande oeuvre. Si jamais homme fut surpris et' confus, ce fut le saint religieux, qui était encoru plus modeste qu'il netait savant ; ce qu'il faisait ne lui semblait pas di;;ne de voir le jour. La rougeur de son visage fut d'ab«)rd toute sa réponse: mais, voyant Tordre précis de son général, il ne lui dit rien autre chose sinon que ce qu*il aurait peine d'accorder è sou amitié, il ne pouvait le refuser à sca commandement.

Il se mit à revoir ses papiers , et k leur donner la forme dans laquelle ils devaient narallre; le 1** tome, qui en renferme deui, fut imprimé et otferl à Sixte V [1581], comme à celui qui méritait préférablement & tous, qu'un tel ouvrage lui fût offert, étant, en qualité de chef de TEglise, le juge souverain de toutes les controverses de la foi. Le 11* tome , qui est le lit*, 8:ipf>oséii la division du T', fut encore dédié deux ans après au môme Pape, qui reçut et Tauieur et l'ouvrage avec un accueil qui répondait, au mérite de l'un et de l'autre, et qui était digne d'un Pontife, un des hommes les plus extraordinaires qui fussent jamais, et qui, quand il voulait, marquait mieux que tout autre son estime et sa couaidératiofi. Les affaires, dont Sa Sainteté et la Compagnie chargèrent bientôt après Bellarmin, retardèrent rim|)ression du dernier tome, qui ne

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