EL
DES CABDLXADI.
mieol lenrsYorrcs contre rentiemi commun.
Ita09 tontes les académies proiestantes, on ooUia tout antre ailtersaire, on n*; eut plus eo tête que Bellarmin, et on se persuada
Su*il serait aisé de Taincre tous les aulres Von nooTait Tenir è bout de celui-ci. Les plus zélés firent des Tœux pour obtenir liu Ciel qn'il suscitât une ronltitudede docteurs
SU se serrant de la logique comme d'une nde« ee sont les propres termes de Pisrator, jetassent avec adresse U pierre aiguë de la parole de Dieu au front de ce nouveau Goliath, et le reuTersassent par terre. (Pis- GATOft, Pr«r. in lîh. Dt intiit. contra Bell ) Les plus babilesse mirent en devoir de lui fâfre la guerre. C'est par les instances de David Parée qu^on érigea en Angleterre un collège tout exprès sous le litre de Collée antibellarminien. Outre la nouvelle leçon de controverse qui fut créée è Oxfort Elisabeth en fonda une autre è Carobridjje, destinée uniquement à combattre Bellarmni. Cette princesse n'épargna rien pour Oter font crédit aux livres du savant Jésuite, et ceminie elle vit par expérience que ce qu*i* maginait sa politique pour les décrier ne hisait qu*exciter ta curiosité de se^ sujets» elle publia un édit par lequel elle en défendit la lecture è tout autre qu'aux maîtres «Qiqiiels elle avait confié le soin de les réftater, elle condamna môme au dernier supplice ceux qui se trouveraient détenteurs de quelques exemplaires. Cette prohibition augmenta le débit, ce qui fit dire à un libraire de Londres tout béretique qu'il était : c Ce Jésuite seul, en parlant de Bellarmin, m'a plus fait gagner que tons nos théologiens et prédicants tous ensemble. »
Cette avidité de lire ces savantes expositions de la foi n'était pas stérile : on j reconnaissait la vraie croyance, onjr voyait les impostures des ministres, on était lionleux de s*ôtre laissé séduire par de si mauvais guides; on étoit ramené à la vérité
Sue le grand liomme nionlrait avec tant "évidence et qu'on trouvait altérée, dé!i- 5 urée dans les explications artificieuses onnées dans les écoles prolestantes. On désertait le parti pour se rejeter dens le sein de l*Eglise. Des troupes de luthériens et de ealTînistes, ayant quelquefois à leur tôle Isors ministres beureusemeol convertis, venaient se jeter aux pieds des nonces apostoliques pour y alnurer leurs erreurs. CVrst la témoignage qu en rendit Albergati au retour de m nonciature de Cologne.
GuiliaumCf duc de Bavière, témoin des cliangements qui se firent a ors en Allemagne et qui furent le fruit de ces Con^rover^M, •n écrivit à Tauteur avec des transports de joie : t Je vous porte une sainte envie, » lui siandait ce pieux prince, « quand je vois les nombreuses conquêtes que vous faites en ees contrées è la gloire de l'Eglise. Ah 1 si voas saviez combien vous avez engendré d'enfants spirituels à Jésus-Christ l » Pour avoir port su mérite d'un homme dont les QttTres opéraient ces merveilles, il entre-
prit lui même dVn faire une vers:on allemande.
Un tel succès déconcerta les chefs de la Réforme, et tandis que les plus savants et les plus modérés d'entre eux essayèrent en vain de mettre au jour deiionvelles réponses qui retinssent les esprits ébranlés, il y en eut d'autres moins habiles et beaucoupplùs passionnés qui, dé»esi>érés de no pouvoir rien gagner ôar leurs réfutations frivoles* recoururent a la calomnie comme au seul moyen qui leur restât, espérant quVu décriant la personne de Bellarmin, ils parviendraient à décrédiler ses ouvrages.
Ils s'avisèrent d'abord de débilrr que le fameux Bellarmin, par un roup dfi Providence extraordinaire, s'était enfin reconnu; que, touché de repentir d'avoir combaltii la vérité évangélique.nom dont ils décorent leurs erreurs, non-seulement il avait mis bas les armes et désavoué ce qu'il avait écrit, mais qu il en avait foit une rétractationpublique; que d'ennemi de Calvin il eh était devenu le sectateur, et que le Pape, dont il avait abandonné la cause, l'avait fait emprisonner à la vue de toute la ville de Romo pour réparer \\hv ce châtiment le scandale
fmblic qu'avait causé sa désertion, et que e ressentiment du Pontife était allé jusqu'à le faire exécuter dans la prison par la main du bour.«*eau. Cette belle invention se répandit dans les provinces où régnait la
prétendue Réforme; elle y fut publiée coinm» une vérité co.istante; on la fit sonner bien haut dans les proches, et tout extravagante qu'elle était, elle ne laissi \>ns d'avoir C(»urs parmi le peuple; on en tît des réjouissances publiques en Angleterre, elle passa* en Ecosse oJÉ elle fut reçue avec les mémos acclamations, comme elle y fut pu'bliée avec la môme impudence. Mais ce qui sur* prendra tout ce qu'il y a do personnes de bon sens et de probité dans le monde, c'est la noire et infAine calomnie qu'on fabriqu«i dans un libelle répandu è profusion en Allemagne, en Pologne, en Hollande, en Angleterre. Le titre du libelle était : Ln fidèU ei véritable histoire de la mort désefpé* rée de Robert Bellarmin^ Jésuite. La plume se refuse 1^ reproduire les calomnies infâmes, dégoûtantes, ridicules, articulées dans ce pamphlet. Les protestants honnêtes en rougiraient eux-roèines, et voilà ce qu'on jetait en pâture à de malheureuses populations I Comme on lisait en Pologne ce libelle à un Juif récemment arrivé de Rome et connaissant Bellarmin, il répondit : « Si tous les Catholiques vivaient comme Bellarmin, il n'y aurait plus de Juifs au inonde n'jr ayant pas un de nous qui ne dilt dès aujourd'hui se faire Chrétien. » Un hérétioue avait dt^jè fait un aveu tout pareil; I un et l'autre, racontés h Bellarmin, lui firent dire : « Voilà déjà deux témoitfiiages pour ma canonisation, l'un d*un Juif, l'autre d'un prolestant; il ne m'en maniiue plus qu'un troisième qui soit d'un Turc ou d'un gentil. »
Le dernier effort des novateurs contre
INCTlONNAmC
BEL
Bellariuin, doDl ils avaienl, avec h\ peu de succès « attaqué l'ouvrage et la personne, fiit d'essayer au moins de diminuer la gloire de FuD et de l'autre , en publiant que les gros volumes qu'il avait donnés au public n'étaient pas de lui seul, que c*était une vanité h lui de s'en être fait honneur, que toute la Société y avait mis la main, qu'elle
ir «fait employé tout ce qu'elle avait d*lia* )fles geils. G*est ce que Junius n'aurait pas défaite, €'il avait eu ou plus de bonne foi, ou de meilleures informations ; car il est incontestable que c^est le fruit des travaux du S! ul Bellarmiii. C'est une vérité si certaine que tout le collège romain en fut témoin, et qif*on conserve encore aujourd'hui, écrit de sa propre main , tout son ouvrage complet, excepté le 1*' livre déchiré imprudemment par un particuiier, qui ne .s*en aperçut que quand il n'y eut^ilus de remède.
Il est élonnailt de voir combien on fit jouer de ressorts pour décrédîter les ouvrages de Bellarmin, on épiait 1e6 occasions de ses absencrs pour les attaquer.On prit le temps qu'il était è Paris!, pour rendi-e à Home ses Conîrotinti suspectes ^ et [K)ih* les faire mettre au catalogue des livres défendus. Ou prie celui q^*ii était è Rome, pour faire condamner 4Jfi certain tr^ité^ qu*il avait fait contre G. Barclaî, 'ùu potHioird&B Fapes. On se plaignait en Italie qu'il avait donné à ee pouvoir des bornes trop étroites : on .prétendait en France qu'il les avait trop étendues. Mais il eut le bonheur, apiès s*6k*e eirpliqué de ses sentiments, et en deçà et au delà des monts, de les faire agréera l« eour de Rome, et d'obteui r en eetio de France, qu'on y arrêtât les effets de4a sentence qu'on y avait portée contre eux. tJne congrégation de cardinaux , assenrlilée sous Taulorilé du Souverain Pontife, fit effacer de la Usia des livres interdils cdui de Bellarmin, sans qu*il en fit aucune Instance ; et è la première lettre que« ap()uyé des oflices du nonce, il écrivit a la reine n)ère, Uarie de Médicis, «lors régente du royaume, elle M, assembler le conseil d*£tat, qui rendit un arrêt pour surseoir k la publication et à l'exécution de celui qu'avait porté le parlement, et cet av* gustc corps ne fut |)as lAciié de ce tem[)érament qui, sans blesser son honneur^ mettait h couvert celui do Bellarmin.
Ce fut un sujet analogue, où il s'*agissaii di'S iiilérBs du Saint-Siége, qui lui fit entreprendi^ Touvragu intitulé : De la tramlor (ion de CEmptre. Ay^ni su du célèbre Jésuite Possevin, au*un certain livre de Matthias lllyricus, répandu en Allemagne, y faisait lies impressions peu favorables à 1 autorité du Vicaire de Jé>us-Gbrist, qu*il était important de soutenir en des tem|ts où ton» les efforts des hérétiques tendaient à sé|iarer les membres du cnef , le zèle de la maison do Pieu, qui ranimait toujours, né lui l^ermil |*as de balancer un moment sur le )»arti gii'ÂJ ^vait è prendre. Il écrivit trois livres directement o^iposés aux trois parties principales de celui que faisait courir le doctei"* * * A i^remier était de la
translation du Tempire des Grecs aux Français ; le deuxième du passage de ce même empire de la famille dn Gharlemasne aux princes saxons; le troisième, de l^rection des sept électeurs. Il y suit pas à pas le novateur; et en le combattant partout avec une égale solidité, il fait voir la faiblesse des raisonnements de son adversaire. C*est le jugement qu*en ont porté tous les savants. Ge n*est pas cependant que Bellarmig, en certains points qu*il y a tnuchés, ait (K>ar lui tous les auteurs ultramontains : mais il n'est ni nouveau ni étonnant que des écrivains catholiques diffèrent quelquefois d'o-* pinion ; cette différente manière de penser, en des matières qui ne sont pas décidées, n*empèchant nullement la conformité de leur croyance. Ge qu'on peut dire, et c'est une justice qu*on doit rendre à Bellarmin^ c*est que dans les endroits où son dévouement au Saint Siège lui en fait soutenir cer^ tains intérêts contestés par des auteurs reconnus comme orthodoxes, le respect qn*il a pour les couronnes, et surtout pour celle de France, lui fait observer une modération qui lui a mérité l'estime de nos rois, qu'il a toujours considérés comme les fils atnés de l'Kglise, et les plus fermes appuis du Siège apostolique. La seule idée quM donne de Gharlcmagne, dans le traité dont il s'agit, en est un éclatant témoignage ; car, en même temps qu'il lui fait mettre sur le front le diadème impérial par les mains du Souverain Pontife, il trace de ce prince un si auguste caractère» il étale avec tant de pom^ie SOS grandes qualités, sa piété, sa grandeur d*Ame, ses faits héroïques , ses victoires el «urtout sa magnificence envers \*£glise»
qu'il est aisé de conclure que, de tous les 4>rinces de la terre, Gharlemagne lui paraissaM, sana contredit, le plus digne de l'em* fûne.
Revenons aux actions de la vie religieuse do BtUlarmin. G'était un spectacle édifiant à tout le collège romain Je voir ce célèbre personiMige, dont la réputation jetait tant d*éclat dans le monde, renfermé dans Tobscu* rite d'une vie commune, travailler en secret au réellement de son intérieur, avec autant d'application que s'il n'en eût donné qu'une fort légère è l'instruction |)ub!inue; se dé* robant au grand jour, il se cachait dans la solitude, qui servait d'asile à son humilité. Là , |)lus occupé de la gratide affaire de sa sanctification que d'aucune autre, il se demandait souvent , h l'exemple de saint Bernard, pourquoi il était entré en religion ; et la ré|>onse qu'il se faisait à lui-même, était une espèce d'aiguillon qui le piquait d'un désir vif et ardent d'acquérir la perfection qu'il y était veuu chercher. Marchant, pour en venir à liout, comme un autre Abraham en présence du Seigneur, il veillait continuellement sur son propre cœur, toujours la lampe à la matn, pour en développer tous les replis, et pour en découvrir les mouvements les plus secrets; attentif et fidèle, soit h les prévenir ou à \e^ étouffer, pour peu qu'ils lui parussent faits j>our déni'»*.. ^
BEL
HkL
vn
Dîen, h la gloire el h Tamotir cinqiiel il s*é- Uiil tout à Mît déTon^. De cette chnste craiiile, •I de cet amour filial, dont il était animé, nai^Mtl Tineomparable pureté do cœur, qui ii*auraît pas souffert en lui la moindre taehis el gui le rendait si propre k Tintelli* geneede la dirine vérité.
Cette vie sombre et trnnqnille, tout occupée de la prière et de l'élude , était pour lui pleine de charmes; il ne s*était jamais ima* ginéqu*on dût Ton tinT, pour le produire •n des emplois éclatants, surtout dans les eourSt d^>nt le tumulte et les intrigtien étaient bien opposés à son fi^énie. Mais un homme de son caractère n'était p.is fait pour être toujours caché; cette lumière, que Dieu avait donnée k son Eglise, devait y luire h Tédiflcation et à Tavantage des nations. Ce fut la pensée de Siite V ; c'est ce qui le détermina k Tenvojrer en France avec le légat qn*i] y destinait , pour une des plus grandes affaires qu*eut jamais la chrétienté.
Henri III, roi de France, étant mort sans enfants, alors que le royaume était déjk fort agité perdes guerres intestines, Tafiilation y devint et plus violente et plus dangereuse après la mort du roonnrque. Celui qui devait aaturellement lui succéder par le droit de la naissance, et que le roi, en mourant, avait désigné pour son successeur, était Henri , roi de Navarre, que ses (][ualftés héroïques, auxquelles il ne man(]uait que celle de CathoKque, rendaient digne de porter la nremière couronne du monde. Hais ce défaut de religion, qui fut au peuple et au clergé le motif de le rejeter d*ahonJ , le fut aussi aut chefs de la ligue de prendre les armes. On prétend que ce ne fut k ceux-ci qu*un spécieux pr/*texte, pour couvrir leur ambition. Peut-être que ces divers ressorts, môles en* semMe, donnèrent le branle k la grande machine de la ligue, qui se forma contre Henn. Quoi qu*il en soit, on cria hautement qu*il était de Tintérèt de la religion et de l'honneur de la France, d*empècher qu'un hérétique, qu: mAme était le chef des protestants, ne fût élevé sur le trône de saint Louis. On ae mit donc en campagne de part et d'autre; Henri avec sa petite, mais invincible armée, pour soutenir ses droits, se faire justice k lui-même, et se mettre en possession du rovaume qui lui était échu par succession; fe'duc de Mayenne, k la tête de ses ligueurs, pour maintenir, comme il le fit entendre k toutes les provinces, la religion dans TElat, et l*Btat k celui auquel il prétendait, k l'exclusion (fo Henri, qu'appartenait la couronne; c^était le vieux eanlina> de Bourbon au'il fit proclamer roi sous le nom de Charles X,
Îiour avoir par ce moyen , comme en courut a bruit, tout le solide et tout le réel de la royauté, dont Tautre ne devait avoir que Tombre.
Tel était l'état de« choses, quand S'xte craignant que la France ne tombAt «ous la doniiiuiiion d'un prince qu'il croyait obstiné calvinii^te, choisit le cardinal Cajetan, son camerlingue, pour aller s*v opimser de sa ftart, lo Jttg**ant de tous les cardinaux le
plus capable de réussir dans une légation de cette importance ; et comme personne ne lui parut avoir ni plus de lumières, pour Tassister de ses conseils, ni plus de zèle pour la religion, dont il s'agissait de soutenir la cause, que Bellarmin , il le lui donna an qualité de son théologien , avec ordre de ne rien régler en matière de doctrine, sans l'aviiir consulté. Quelque répugnance qa'eût le serviteur de Dieu de quitter sa retraite» il s'empressa d'obéir.
Il ne fut pas plutôt au delk des monts, qu'il eut, malgré lui, beaucoup de part aux honneurs qu'on rendit au cardinal; dès qu*on s'était acmiitté des devoirs ordinaires envers le légat, on courait en foule k son théologien, et chacun voulait voir le célèhro auteur, dont les écrits faisaient tant de bruit dans le monde. Les magnifiques réceptions qu'on fit au cardinal n'cmpêchèreot pas qu'il ne courût bien des risques sur sa route, les provinces par lesquelles il passait étant pleines de soldais, et souvent de sol-^ dats héréliques,furicusement animés contre les prêtres, et surtout contre Cajetan, que le parti huguenot baissait, comme un envoyé du Pape pour la ruine du calvinisme; et que les Catholiques eux<*mêmes, attachés au roi de Navarre, regardaient comme le plus opposé aux droits du légitime successeur. Bellarmin, dont le seul nom était eu une espèce d'exécration chez tous les protestants, ne courait pas moins de danger que le légat. Enfin, après être passés par Dijon, et avoir échappé aux embuscades^ qui leur avaient été dressées, ils arrivèrent^ le 20 janvier 1590, k Paris, où ils étaient attendues avec impatience. Ils furent reçus k la porte par un grand nombre de personnes* de marque, avec un concours exlraoniinairo de peuple, sous un dais magnifique, et do \k conduits avec pompe jusqu'à l'hotdqui leur était préparé. Bientôt cette grande ville fut^ investie par le roi, dont l'armée Victorieuse avait renversé tout ce qui s'était opposé h" sa marche. Cette espèce de blocus*; qui ne* différait guère d'un siège, réduisit bientôt Paris, etle peuple infini, qui était renfermer dans ses murs, aux dernières extrémités de^ la famine. Dans ce temps déplorable, qui dura depuis avril jusqu'à la fin d*aoâ.t, toulo* l'application du légat fut de répandre s<'S lar-^ gesses sur la populace atfamée; sa piété et sa magnificence furent égales; il n'épargna ni argent, ni meubles, ni vaisselle : il' con-^ vertit touj en pain, pour nourrir une infinité de misérables qui mouraient de fairm. Bellarmin entrait aans ses sentiments, il état t le canal par lequel Cajetan faisait couler ses miséricordes; et, après s'être acquitté de ces devoirs de charité, il se jetait aux pieds de celui qui se pfatt d'être spyelé le Père des pauvres;;, il lui représentait l'extrême désolation dont il venait d'être témoin, er le conjurait d'y mettre fin par la conversion d'un grand prince.
Le blocus étant levé, et le prince, touché des maux de son peuple, ayant ouvert par sa retraita tCualas passages des vivres, ^ir
BFL
MCTIONNAIU
BRL
comiuença h resfjîrer» et h leiiir les conseils av6C(raiii|uîllitô. Comme Dollanuiii y assislait, selon les ordres du légal, il y remplis* aaît avec dignité sa mission, mais n*en dépassa jamais les bornes. S'il y avait quelque point de doclrine è établir, quel(|uo usage de l'Eglise à produire,quel(|ue dogme à éclaircir dans les cont'érences, il y f)arlaît en homme »l*une éruiiilion consommée, et Ton s'en tenait à s^s décidions comme h des oracles : nuiis ûès qu'on venait aux affaires politiques, quelque consulté qu'il fût, il ne ré|)on(Jait ri^n, sinon que ces matières n'étaient pas de sa compétence, et jamais il ne sortit de cette léserve.
Ainsi il n'otTensa ni le monarque que Dieu destinait h la France, ni ceux qui lui faisaient la guerre, ni Sixte V lui-même, quelque mécontent qu*il fût de son légat. Ce grand Pape découvrit enûn les vrais ressorts quela politique deTEspagne et lesdiverses passions de q uelques ligueurs faisaient jouer contre le véritable liéritier de la couronne. Ayant reconnu son vrai mérite, malgré les fausses peintures qu'on lui an avait faites, au lieu de la bulle foudroyante qu'il avait fait publier d'abord contre Iu4 et le prince de Coudé, il ne songea sur la un qu'à prendre les voies de la douceur, pour le gagner h l'Eglise, prévoyant bien qu'il en se* rait dans la suite le plus puissant protecteur* L'illustre Pontife mourut trop tôt pour voir la vérité, (|ue lui avaient fait apercevoir ses nouvelles lumières, et voir le succès de la nouvelle ligne de conduite (|u'il avait commencé à tenir, car il mourut celte aonée-ià uiAme.
Celle mort, qui affligea le monde chrétien, tira de peine Cajetan, et le mit en état de retourner tranquillement à Rome, où il ramena Bellarmin fort atfaibli du voyage et encore plus d'une violente dyssenlerie qu'il prit è Metx, en y passant, et avec laquelle il ne laissa pasde continuer sa route avec le cardinal, dont les soins lui sauvèrent la vie. Ce qui Taurait consolé, s'il l'eût perdue, c'e>t qu'il s'était efforcé de la rendre utile à l'Eglise, à laquelle il venait de xen'dre de véritables services, non-seulement en assistant le légat de ses conseils, mais surtout en lui prêtant sa plume, pour écrire à tous les pré-* tats cette lettre fiersuasive, qui leur Ot quitter le dessein d'assembler h Tours un conrile national qui, dans les conjonctures où l'on était alors, pouvait amener un schisme dans le royaume.
A peine Bellarmin fut-il à Rome, y reprenant un peu de santé, qu*il y trouva une nouvelle occasion de l'employerà l'avantage de l'Eglise, à laquelle il était dévoué. Le concile de Trente, dont le but principal était d'affermir l'ancienne croyance contre les en* treprises des novateurs, ne crut jpas qu'il y aûide moyen plus convenable, que de mettre au jour l'édition Vulgate des saiutes Ecricritures, scellée et conurmée par un décret inviolable; c'est pour cela, qu'entre toutes les autres éditions latines, il la déclara seule iutbeutique, pour les raisons qu'où en peut
voir dans la bell<^ Préface qui est en tAtedi la Bible de Sixte V, et que tout le monde sait être piincipalement de Bellarmin. f^ mérne concile laissa aux Souverains Pontife9 le soin de donner une nouvelle édition do la Vulgi^o, éditioq exacte et correcte. Pie I Vf le premier, entreprit cette grande œuvres Pie V la poursuivit; d'autres affaires impor» tantes en détournèrent Grégoire XIU. Sixte V y mit elTicacement la main et l'acheva. Maî# des fautes furent découvertes ( c'était h recommencer. La mort surprit Sixte V. Un règne de dotize jours ne donna pas letenifHi è Urbain Vil, son successeur, de sot»gerà cet ouvrage; mais Grégoire XIV ne fut pas plutôt élu en sa place, qu'il n'épargna rien pour lui donner sa dernière perfection. Qu'il sufllise de dire que Bellarmin eut la plus grande part è la correction. C'est lui égale» ment qui revit et corrigea la grande Bit>ie polyglolte d'Anvers , qui retrancha de»
paraphrases chaldaïques les impiétés et les inepties qu'y avaient mêlées les rab« bins.
Malgré ses grandes occupations, il se trouvait en repos parmi ses frères, lorsq^u'il en fut nommé supérieur par le P. Aquavifa, qui l'était nouvellement de toute la Compagnie. Ce grand homme, qui était fils du duo. d'Atri, qui tout jeune avait été camérier de Pie V, que son rare mérite aurait bientôt élevé aux premières charges de l'Eglise, s'était fait Jésuite à Tâge de 25 ans, et à peine avait-il passé par toutes les épreuves de la Compagnie, qu'il en fut fait général. Il ne fut pas plutôt en place, qu'il jeta les yeus sur Bellarmin ; et, voulant le tirer de saTîe privée, il le fil recteur du collège romain. Cette nomination remplit de joie toute la maison. Bellarmin seul en futafUigé; rien ne le consola du fardeau qu'on mettait sur ses épaules, que le témoignage secret, que lui rendait sa conscience, de ne se l'être pas attiré, et la confiance qu'il eut que la mâme Providence qui l'eu chargeait lui aiderail à le porter.
11 n'avait pas encore achevé les trois années de sa supériorité, qu'on l'obligea de passer provincial de la province deNaplest où il se peut dire, en un mot, que, dans toutes les maisons de sa province, il fit loul le bien qu'il avait fait au collège romain. En les visitant, il y déploya le môme zèle ; il y exerça la même charité ; il y donna les mômes exemples des plus héroïques vertus. Comme il était de sa charge, après avoir mis le t>on ordre au dedans, de voir au dehors les personnes les plus distinguées par leur position, il y satisfit de telle sorte, qu'on en fut charmé partout, et que partout on s'estima heureux de recevoir un homme d'une si haute réputation. Elle lui attira malgré lui de grands honneurs en beaucoup d'endroiU, mais surtout à Taverne, petite ville de la Calabre où on l'avait invité à passer. Joule la jeunesse monta è cheval, et alla au-devani de lui, en bon ordre, k un kilomètre de la villo. Dès qu'il fut joint par la troupe, celui qui était à la tète lu complimenta au nom du
BEL
Des CARDINAUX.
beL
eonciiojens. Beilarmin surpris d*un fiMlnear dont il 8>stîniail si fort indigne» aprë9 en avoir témoigné son humble reconnaissance, fit en Tain tout ce qu'il put pour obliger ces jeunes cavaliers è se séparer de lai» en les suppliant de lui épargner la confusion de les voira ses c6lés, ils voulurent raccompagner jusqu'à la porte delà Ville, où le magiMral, qui ralton^lait avec sa bourgeoisie, le reçut au bruit des trompettes, le fit salner par une décharge de mousqueterie» et» au milieu des acclamations du f>euple» lecondnisU au palais qu'on lui avait préparé. Il eut beau se récrier contre une ré* ception si imprévue, et si peu convenable à son état, et demander» les larmes lux yeux» qu'on lui lals.^At prendre un togis plus en hnrmonie avec sa profession » conjurant
2u'on le traitât en simple religieux; on n'eut garil qu'A son mérite et nullement h son hnmiiilé; il fut contraint de céder h la violence» et de souffrir Tbonneurdont il ne lui était pas possible de se défendre : mais il se hâ^a de sortir d'un lieu, où il prétendait qu'on l'avait si fort méconnu. La Pro* vidence lui fit rencontrer ailleurs de quoi dédommager son amour de rabjectioii et Je la pauvreté. Ce fut à la sortie de Tarenle, en un village» où étant arrivé sur le soir, et ne trouvant personne qui voulût le recevoir, il se retira dans une méchante cabane» assez dépourvue de toutes choses pour lui retracer l'idée de l'étable de Bethléem» et pour lui donner cette nuit-là le plaisir d'avoir un peut de part à rétat pauvre et humilié du Vert>e incarné dans sa naissance.
La province de Naples recueillait les fruits (le ces vertus, quand Beilarmin lui fut Inopinément eidevé par un ordre exprès de Clément VIII, qui l'appela h Rome en janvier 159î»è l'occasion de la mort du car- •dînal Tolet,dont il voulut qu'il vint prendre la place auprès do sa personne.
£e sage Pontife avait toujours est-imé Tole!»è cause de son rare savoir et des emplois considérables qu'il avait remplis sous six doses prédécesseurs; mais son estime pour loi s'était beaucoup augmentée, quand il vit la droiture de son cœur, la fermeté de son esprit dans la grande affaire de la réunion de Henri IV è l'Eglise. Ce prince avait fait» de la meilleure foi du monde» l'abjuration solennelle du calvinisme à la fac^ de foute TEurope. 11 demandait nu Vicaire de Jésus-Christ son absolution dans les formes ordinaires de l'Ëglise. Clément ne demandait pas mieux que de la lui acc«»rder; il la croyait juste et nécessaire; rien ne l'arrêtait dcns la dispensation de cette l^râce» que les oppositions et les intrigues des ennemis de la Fraice. Ce qui le deterinina è ne la plus différer, fut l'avis désintéressé du cardinal Tolet qui, tout Espagnol qu'il était» et malgré les sollicitations- pressantes de l'ambassadeur de son prince» conseilla constamment à Sa Sainteté d'ouvrir les portes de l'Eglise h celui oui Aait destiné de Dieu pour eu être le fiU aioé» el de don*-
ner de bonne grâce et sans délai sa oenéjintion à un grand roi» dont la sincère conversion et la soumission filiale en allaient attirer d'abondantes sur tout son rojaurtie. Le roi averti, par ses ministres en cour de RomOy âe$ généreux oflices du cardinal» chercha tous les moyens de lui en témoigner sa reconnaissance, et» quand il apprit sa mori» il l'honora de ses regrets el de ses larmes» et lui fonda un service qui se célébrait tous les ans à Paris avec solennité.
Clément sut bon gré» et au cardinal d'avoir appuyé le bon droit du monarque et au monarque d^avoir donné au cardinal un témoignage si éclatant de sa gratitude: mi^is comme il se vit privé d'un homme de si bon conseil, qu'il avait toujours reconnu droit» judicieux et dégagé de toutes les considérations de ta terre, il jeta les yeux sur Beilarmin, qu'il jugea digne de le remplacer; il voulut môme qu'il prit un appartement dans son palais, pour l'avoir plus près de sa peiirsrmno : et le serviteur de Dieu aurait été obligé de s'y transporter, si le Pontife» touché de Kaflliction où il le vit, n'avait révoqué ses premiers ordres» et ne lui avait pas permis de demeurer» comme il le souhaitait, (fins la maison de la Compagnie la plus voisine du Vatican.
Les appartements richement meublés de ce somptueux édiflce ne lui valaient pas la plus étroite et la plus pauvre chambre» ^u'il eût jamais eue dans la religion. On lui en donna alors une do cette nature» si petite qu'à peine il pouvait s'y remuer, incommode» malsaine et fort éloignée de la bibliothèque» où il était obligé d'aller, la nuit, la lampe h la main, consulter les livres dont il avait besoin, pour la composition de quelques ouvrages dont l'avait chargé Sa Sainteté. Le P. Spinelli, supérieur, à qui on se plaignit de celte espèce, ou d'oubli» oade manque de considération à l'égard d'un homme comme Beilarmin, fit la réponse suivante : « le sais de quoi il est capable ; il a tout le mérite que vous me représentez; mais son principal mérite consiste dans la solidité de sa vertu: une pareille épreuve est nécessaire, et pour servir d'exemple aux autres» et pour lui donner à lui-môme de quoi mettre sa patience en exercice.» En effet, il ne lui arriva jamais d'en témoigner le moindre déplaisir» ni d'en faire la moindre plainte : interrogé môme par le Saint-Père, qui avait la bonté de descendre jusqu'au détail de ses besoins, si on l'avait commodément logé» il lui répondit qu'il était parfaitement bien.
Clément VIII ne tarda guère h connaUre par lui-môme le mérite de Beilarmin, et il ne manquait aucune occasion de lui témoigner SOI] estime. Ce fut là le commencement de l'élévation du serviteur de IMeu ; il était passé du Collège romain à la maison de Ift Pénilencerie» où on le regardait comme t)Q rare exemple d'humilité; il n'en sortait que rarement» et jamais sans nécessité» pour aller à la cour» çu'on savait tcès-bien n'être pas son élément) el> quand il y était» il j