‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 34 sur 350 · SEL · texte numérisé non relu

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^giiréft k lOiirs devoirs, et elle înspiraît nnx plus liberlins les senlimenls d'une véritable

péailénee.

Il j avait cependant encore un désordre* dont la contagion s'était répandue dans la campagne, et qui, fortifié par rusaee, avait jirsqo^lk résisté au zèle aveclequel Bollarmin avait tâché de le décrier dans ses prédications. Toute la jeunesse de Capoue et des lieui voisins avait une espèce de fureur pour les jeus de hasard. On ne pouTait Ksser par les rues, qu'on n'y vît des joueurs* i dés ou les cartes è la main ; on en tenait des académies non-seulement dans les maisons, mais sur les places publiques. De cette licence*, qui était la source de beaucoup d'autres, naissait le mépris des lois divines et humaines, !es querelles, les jurements, les blasphèmes, la ruine des familles; sans compter la perte dii temps beaucoup plus précieui que l'argent môme. L'archevêque sentit bii'n qu'il risquerait l'honneur de sa dignité et celui de la divine parole, s'il se contentait de déclamer contre cette funeste coutume. Après y avoir réfléchi, il crut qu'il Y fallait, pour en venir è bout, appeler le bras séculier au secours de rE.;lise, et que rien ne pourrait tenir contre «:es deui puissances, quand elles seraient unies. U ne s'adressa |«as pour cela aux offir.iers particuliers, qui n'avaient peut être pas assez de crédit, pour s'opposer au torrent, ou qui auraient fait difficulté de l'arrêter, par l'intérêt qu'ils avaient eui-mêmes i lui laisser un libre cours, kcaii5e des -sommes considérables qu'ils en tiraient. Il alla droit au viceroi de Naples, auprès duquel il fit agir un bomme de confiance, estimant qu'il était d'une importance extrême qu'il ne parût pas dans Talfaire, pour ne pas aigrir les magistrats de la ville, avec lesquels il voulait toujours vivre en parfaite int*;lligence. Le viceroi fut heureux de trouver cette occasion d'obliger le cardinal, selon l'ordre qu'il en «vait reçu de Philippe 111 et de Marguerite d'Autriche ses*maitres. Les lettres patentes furent incontinent expédiées, par lesi^uelles ie Roi Catholique renouvelait les lois d^à portées contre les jeux de hasard, et les défendait sous de plus grièves peines; elles lurent adressées au gouverneur de Capoue, avee ordre de les faire exécuter dans toute leur rigueur, après les avoir communiquées lÉ son prélat, et avoir pris ses avis. Tout cela se ûi comme l'avait projeté Bellarmiu, avec an concert admirable Uc sa part et de celle des principaux de la ville; de sorte qu'en très-feu de temps, on ne vit plus de joueurs, ni dans les maisons, ni sur les places ; les académies furent fermées, et une passion dangereuse, qui semblait avoir acquis un droit de prescription dans le diocèse, en fut entièrement proscrite.

Quelque appliqué qn'il fût l» la réforme des laïques, il l'était encore plus à celle du clergé. Il avait appris chez le prophète que, iei 9$t le prêtre^ UX ai U peuple (/sa. xxiv, S), et qu'en vain on Irravailleli sanclitier les autres orires Ue l'Etat, si celui qui lait une

particulière profession de . jtainteté en néglige les devoirs. Il commcnga par prendre une connaissance exacte de sorr clefgé; il en voulait savoir les mœurs, les talents, la science et la conduite. Il appela.h Teiamen tous ceux que leur office* ou leur chanté occupait au bien des Ames; et, comme il jt emplHja volontiers les personnes mn i*q étaient capables, il en éloigna aussi les.autres, qn'il ne trouva pas doués dts qualités nécessnires pour exercer avec fruit et avec .édification un si saint ministère.

Il passa de là h la visite de la cathédrale. qu1l regarde comme le centre d'où la piéle se devait répamlre dans toutes les parties de son diocèse. Il eut à la vérité la douleur de rencontrer (luelques a'>us qui s'y étaient glissés : maisiieutbiontût la consolation de les voir changés en de saints usages, teli que les avait réglés le concile de Trente. Rien n'y était plus opposé que le peti» nombre de prêtres qu'il trouva dans son Eglise; de quarante chanoines qu'il y avait, on n'en comptait que six qui «'usseiil le sacerdoce. Il n'eut pas besoin de leur faire violence; il ne leur eut pas plutôt rofirésenlé Thonneur et la sainteté di* ce degré supiéme, les inestimables trésors de grÂres, que penlenl ceux qui négligent de s'en rendre capablea; les avanta^fes que tire un chapitre du grand nombre dé prêtres ; le décret dii concile» qui voulait qu'il y en eût au moins la moitié qui le fussent, que tous se rendirent sans résistance; de sorte qu*en moins d'une année, de quarante chanoines, il y en eut vingt prêtres, dix diacres et dix autres, auxquels il conféra le sous-diaconat. Tous persuadés par les raisons, et encore pi us parla manière engageante avec laquelle il les proposait, se laissèrent former de sa main, selon Tidée des saints canons ; toute son église parui en un nouveau lustre; le service divin s'ycélè* bra avec dévotion etdignité;le8 cérémonica s'y observèrent avec exactitude; les louanges du Seigneur s*y chantèrent avec mode»tie, et il y mêla une musique grave et majestueuse, qui inspirait des sentiments de piété, sans distraie les esprits.

Oji faisait de ce lieu saint comme une espèce de place publique; et la proximité du marché, qui se tenait vis-à-vis, était cause qu'on y passait continuellement avec des charges de marchandises, ot qu'on y troublait, par un bruit continuel, la tranquillité des divins Oflices. U fit murer la porte qui était l'occasion de ces désordres, résistant avec une vigueur inflexible & quiconque osa s'y opposer; et, à l'imitation du Fils de Dieu, il rétablit dans un calme religieux la maison du Seigneur, qu'on avait si peu respectée, et il en fit une maison de sacrifice et d'oraison. Il empêcha même qu'aucun lai-

S|ua plaçAt sa chaise dans le cnœur. (.a décnse en ayant été publiée par ses ordres, un homme constitué en dignité ne laissa pas d'y faire porter son siège : mais le saint archevêque, animé du même zèle %vec lequel saint Ambroiae avait autrefois refusé I entrée do son église à Théodose, arrêta

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OESCARDIllVUX.

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c«'lin-ci« en lui bisant dire par un dp ses oflifiers, que le sanctuaire élail desliné è ceiii qui en sont les ministres ; qu'il n*apparJienf ^ nul autre de s*j ingérer» et que le reste de Téglite ^tàit assez grand pour ceux qui tenaient offrir leurs rœux au Seigneur. liais rien ne maintenait plus efFicacement les s.*«ges règlements quM avait faits pour r4ifinneur des autels, que son assiduité aux prières publiques ; il s*.y rendait régulièrement par un escalier dérobé, qu*il avait fait fuire h ce dessein» pour aller commodément h réélise en toutes les saisons. Après avoir récité les Matines à genoux dans sa chambre. Il ne manquait jamais de se trouver encore Il celles qui se chanlaîent toutes les nuits dans sa cathédrale; et quelque usée que fût M santé par ses veilles» sps pénitences et ses étudeSf on ne put lui persuader d'interrompre, même au cœur de l'hiver, cet exercice auquel il se croyait obligé» et comme archetèque» pour y engager les autres par son exemple, et comme chanoine» Tarchevëché fie Ca|K)ue ayant une prébende qui lui était annexée.

Ayant donné ses principaux soins è Tédifice spirituel de son Eglise, il n'en négligea pas les bâtiments matériels; il pouvait dire -avec le Roi -Prophète : Seiffneur^ fat aimé ta beauté de votre maison. {Psal. xxiii» 8.) Il n'épargna rien pour Tembellir; il changea in disposition du chœur; et du milieu» ou il #Iaît» il le fit reculer au bout de la nef, pour donner et plus d'étendue à Tune, et plus de tnajesté h rautre. La chaire du prédicateur, oâ il paraissait si souvent avec un zèle d^ap6lre, fut construite par ses ordres. C*est lui

Si acheva, i grands frais» la magnifique spelledeSainte-Agathe» incrustée de jaspe. II ne trouvait rien, ni d'assez beau, ni d'asaei riche, pour honorer la divine majesté dans les lieux qui lui sont consacrés : mais fl ne souffrait rien de sunerhe dans son palais archiépiscopal ; il n y rechercha qu un nécessaire nonnêle; il le rebâtit presque à neuf, et y fit faire assez de chambres pour y exercer l'hospitalité si recommandée, par iaintPaul. {Hebr. xiii, 2.)

Il étaitcontinuellement occupé des moyens de satisfaire h ses obligations, et la visite de set brebis disj'crsées dans les différents tudroits du diocè«<e , étant une des plus easentielles h un évèque, il ne manqua jamais de la faire une fuis chaque année. A Texemple du vrai modèle des pasteurs, qui envoyait devant lui deux de ses disciples pour disposer les peuples h recevoir sa parole, iJ se faisai: précéder par deux Jésuites, afin qu'ils annonçassent la visite dans les lieux où il avait déterminé de la foire» et qu*i's j préparassent les esprits par Tins- Iruction. Le champ ainsi défriché, le cardinal j entrait pour v jeter lui-même la divine semence. Dès qu'il était arrivé, il se rendait k l'église avec les ecclésiastiques qui étaient k sa suite; et, après y avoir iait sa prière, il célébrait la sainte Messe avec une dévotion

2ui se faisait sentir h tous ceux qui en taient les spectateurs; de l'autel il montait

en chaire, pour expliquer an peuple assemblé les mystères e( les vérités de la religion, mais surtout le bon usage des grâces que le Sauveur leur allait conférer par son ministère. Les églises étant souvent trop petites pour contenir le grand peuple, qu: accourait de tous les lieux voisins pour le voir et pour l'entendre, il allait en pleine campagne à rimîK^tion du Sauveur, qui avait instruit ses apdtres sur la monlajzne : de quelque lieu éminent, ou du haut d'une colline, il enseignait la doctrine évangéliqué à ses pauvres diocésains» avec uneforçe et une étendue de voix que la charité seule lui pouvait fournir. De lè» sans se donner le moindre repos, il retournait ^ l'autel, pour y distribuer aux fidèles saintement affamés le pain eucharistique, et pour administrer le sarrement de confirmation h ceux qui ne ravalent pas encore rë(u. Il fallait le presser de quitter ses pieux exercices, peur prendre un mauvais renas» que ses gens lui apprêtaient dans un Rameau. Hais le serviteur de pieu» qui se rassasiait de fatigues, le trouvait toujours trop bon, dans la pensée que Notre-Seigneor n'avait pas été si bien traité dans les courses que lui faisait faire son amour pour les pauvre*;. Ui morceau de pain et un pTat d'herbes dans leurs cabanes avaient pour lui un goût plus délicieux que les mets les plus exquis; il les préférait aux festins que la noblesse de la campagne et les curés auraient bien voulu lui faire. Pour ne manger chez personne, il faisait apporter deCapoue ce qui était nécessaire et a lui et h ses domestiques; et il leur défendit si ex-

f>ressémenl de recevoir aucun présent»qu'il allul lui obéir, ou cesser d'être à son ser^ vice.

La fierté était loin d'avoir aucune part dans les refus qu'il faisait de la table des personnes qui le pressaient de raccc|)ter;il s'en excusait d'une manière si douce et si honnête» que tout le monde était convaincu que l'éroinente vertu du pasteur était le seul princifiequi l'empêchait <lo rion prendre de ses brebis. On le voyait avec une bonté paternelle visiter les plus pauvres dans leurs maisons, les consoler dans !eurs misères, les soulager dans leurs besoin!^, et leur apprendre À mériter les biens de l'autre vie, en souffrant patiemment les maux de celle-ci. Ces bonnes gens étaient charmés de cette admirable condescendance» et surpris qu'un homme de son mérite et de sa dignité s'abaissât jusqu'à leur rendre les offices de la plus humble et de la plus compatissante charité ; ils le considéraient comme un ange venu du ciel ; ils l'appelaient leur saint ; ils récoutaient comme un apêtre ; ils Taimaient comme leur père ; et on les voyait fondre en larmes quand il était sur le poifit de les quitter, pour aller en d'autres lieux pratiquer les mêmes exercices de zèle et de miséricorde.

Il prévenait les fautes de ses ecclésiasti* ques, pour n'être pas dans la nécessité d'en âiire justice; et sn maiHèrc de tes prévenir^ était deJeur en insinrer une grande bor-

S9I BFX DICTIONNAïaE

iviir clans »t^8 ns^cnihlées synodales ;<le leur intprimer une haute. iJée de leur saint ministère, el une tire crainte d'en profaner la sainteté. C*esl là quMnfornié d««s abus deâ mroisses, il enseignait h ceux qui enafaient a conduite, le^ moyens efficaces de les réformer; c*est le qu'il dressait h l'exemple de saint Charles, son modèle, des règlements pleins de sagesse pour aider i la sanctification du pasteur et h l'innocence du troupeau; et comme il avait reconnu que le dérèglement le plus commun dans la campagne, était la négligence des peuples à se faire instruire, el celle des prêtres à faii-e lesinstruclion<; pour altadier ceux-ci h cette |iartie si essentielle de leur ministère, il voulut lui-même leur en donner l'exemple dans sa cathédrale ; il descendit en leur présence, comme il avait coutume en d'autres temps, jusqu'aux plus familières explications du catéchisme ; il y donna, comme une inère» le lait de la céleste doctrine aux petits enfants, les animant par l'attrait des récompenses à le recevoir avec proût; montrant h ceux qui en sont les pères nourriciers par leur emploi, de quelle manière il faut leur administrer la nourriture spirituelle, el les engageant ainsi à faire dans leurs paroisses ce qu'ils lui voyaient faire dans son église métropolitaine.

Il exhorta surtout ceux à qui Dieu avait donné te talent de la prédication, de l'employer avec fidélité ; el il mit entre les mains de tous une exacte déclaration au Symbole des apôtres en langue vulgaire, avec ordre ï coux qui avaient peine à prêcher, d*en lire publiquement au moins un chapitre les fêles et les dimanches : après quoi, il les renvoyait chez eux pleins de joie d'avoir vu et entendu un si saint prélat; résolus de garder les règles qu'il leur avait doublées pour leur salut et celui de leurs paroisses, et y rapporiant, comme un précieux trésor, cette exposition dfi la foi. Il l'avait composite dans le temps même de ses visites, où après avoir travaillé tout le iour» au lieu de reposer la nuit, il en employait une bonne partie h prier pour son fieuple, et h lui tracer des instructions. Ce Catéthisme^ qui ne comprend que les articles du Syiub*>le, dilfère du celui dans lequel il explique complètement toute la doctrine chrétienne, et qu'il publia par ordre de Clément VIII, Sii Sainteté l'ayant fait revoir et approuver daits les formes, alin de le répandre dans tout le monde chrétien, où il souhaitait que les élém.ents de In foi fussent enseignés d'une manière uniforme.

Ce qui fit aiiuer de tout temps k Bellarmin ces sortes d'ouvrages, c'est la pnd'unde ignorance, qu'il trouva non-seulement dans la camjpagne, mais encore dans les villes, qtielquerois même dans les personnes les plus avancées en Âge, donX voici, entre autres, un exemple qui lui perça le cœur. C'était un jeudi saint ou la pratique ordinaire était. de laveries pieds à douze pauvres, qu'il faisait ensuite habiller à neuf. A leur tète se rencontra un homme d'environ cent ans : le cardinal eut d'abord de la joie du le voir, il

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s'imagina que c'iUait li comme nn autre saint Pierre, auquel il rendrait, A Texemp^e de Jésus-Christ, ce* ofB(*e d'une bumuie charité. Afin de commencer selon sa cou« tume par une œuvre de miséricorde spirituelle, il l'exhorta en peu de mots^ mais d'une manière tendre et pleine d'onctioni à bien employer ce qui lui restait d'une al longue vie, pour en mériler une éternelle. Puis lui ayant dit qu'il désirait lui entendre réciter le Symbole des apôtres, le bon vieillard lui confessa ingénument qu'il ne le savait pas, ajoutant que ce n'était |ias st^ti grand Âge qui le lui eût fait oublier, mais qu'il ne l'avait jamais su. Bellarmin, k ces mois, fut saisi d'une espèce d'horreur, dont le f»auvre homme s'apercevant lui alléffua pour excuse que, s'il ne l'avait. pas su, c^sl qu'un ne le lui avait iamais enseigné. Cette excuse mit le comble è la surprise et k la douleur du saint archevêque : « Quoi!» s'écria-t-il, « dans Capoue, qu'an cent ans il ne se soit pas trouvé un homme oui enseignât b un Chrétien les articles de la foi I eombien y a-t-il peut-être de vieillards aussi peuins^ truits de ce qui est nécessaire è leur salut I En quelle conscience peuvint être tant de pasteurs négligents? quel compte rendront* ils un jour des Âmes qui leur sont confiées, et qui périssent faule d'instruction 7 » Voilk ce qui animait le zèle de l'homme de Diea ; c'est ce qui lui donnait une sainte |>assîon de prêcher, d'exhorter, de catéchiser; el, pour animer les curés eux-mêmes k cet exercice évangélique, il ne se contentait pas deleMf en donner l'exemple dans sa cathédrale, il allait dans les paroisses, il y faisait assembler les enfants, et il montrait aux pasteurs de quelie manière il fallait iioui*rir ces tendres brebis; les grands y accoiiranl avec les petits, il pro|K)rtionnait 4 chacun sa nourriture, et en instruisant les paroissiens, c'était une belle leçon qu'il faisait aux prêtres chargés du gou.vernement des paroi>ses. Il les appelait même quelquefois en son palaia arrl.iépiscopal pour leur recoinniander instamment cet imponanl miniàière, et pour leur apprendre en particulier, coiumeul ils devaient s'en acquitter en public. Ce qu'il avait remarqué de défauts dans ses prêtres lui faisait connaître toujours davanta,;e de quelle importance il était de n'en consacrer aucun qui ne fût digne de Têtre. Aussi ajiporlail-il un soin extrême dans ses choix.

Fidèle imitateur d«) Jésus-Christ, dont il est dit, dans le psaume lxxi, « qu'il sera le prolecteur des pauvies, qu'il leur sauvera la vie, qu'il les arrachera des mains de l'usure el de l'iniquité, et que leur nom sera pré* cieux devant ses yeux, » il regardait ces malheureux comme ses enfants, il se plaisait k en être environné, quand il sortait pour quelque œuvre de piété ; il voulait qu'on les laissÂl venir à lui, qu'on leur permît dii lui parler, et qu'on leur donnât la consolation de recevoir, de la même main dont il les bénissait, les aumônes qu'il distribuait k chacun.

JUais comme il était persuadé que les plus

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oécessileoT ne soDt pas ccqx qui crient i la tiofte des riches, el qoi fuat» dans les places poblîqueSt aneespè^ d'ostentation de leurs ioisères« il arait chez lui la liste de toutes lesbmilles paarres de la ville. Son aumAnier, accompagné de deux chanoines de la cathédrale, était, par lui, chargé de les Tisîleretde leur porter ri^gulièrement, une fois le mois, le tribut oriinaire de sa charité. Il le leur porlaH souvent lui-même, se IrooTant honoré de rendre visite à Jésus- Christ affligé dans ses membres. On le voyait tantôt dans un hôpital aller, de lit en lit, consolant les malades, et ajoutant aux douceurs au*il leur distribuait, celle d*une tendre eziiortalion , nui leur faisait oublier leurs maux, ou qui les leur faisait supporter avec patience; tantôt dans les maisons des l>auvres abandonnés, v ranimant leur con- Gance, et leur faisant sentir par le prompt secours que leur fournissait la Providence, qu*elle assiste infailliblement ceux qui recourent à elle, et qui se jettent entre ses hras* Les prisonniers, tout séparés qu'ils sont du reste des hommes, n'échappaient pas à sa miséricorde ; elle pénétrait ces sombres demeures, où sont réunies toutes les peines, et elle y répandait sur eux, avec les assislances temporelles, une onction toute céleste. SU j en avait qui fussent détenus par la dureté de leurs créanciers, et par Timpuissance où ils étaient de les payer, il satisfaisait lui'-môme à leurs dettes; et c'était un vraitriomohe pour lui, quand il les avait ainsi rendus a la liberté.

Une des charités qu*il avait le plus i cœur, c*était de revêtir les nus, et, quoiqu*il eût soin de la pratiquer en toutes les saisons, il y apportait en hiver un soin particulier. Son camérier était employé à cette œuvre de miséricorde : «Allez,» lui disait-il, «cherchez flans ma garde-robe, tircz-en tout ce que TOUS pourrez ; voyez dans toute ma maison ce qui peut servir aux misérables pour les couvrir. » Outre cela, il y avait des familles entières qu'il faisait habiller depuis les pieds jusqu*àla tôte. Une de distinction, entre autres, était, parsuitede malheurs, réduite è la dernière extrémité. A la première nouvelle qu'il en eut, il lui envoya dix écus qu*il avait entre U*s mains: mais ayant appris que Taumône n'était pas proportionnée à la détresse, que non-seulement les garçons, mais deux filles et la mère même ne pouvaient aller, les fêles et les dimanches, au divin service faute d*habits, le charitable arche- Têque ordonna sur-le-champ qu*on leur en lit» qui fussent convenables à leur rang ; il y ajouta une pension tixe à toucher chaque mois, et re/commanda au père de Tavenir, ai elle n*était pas suffisante.

Il apprend, par un des curés, qu*un paroissien malade h Textrémilé, éiail encore en plus grand danger pour l'Âme que pour le corps, par le désespoir dans lequel il était, laissant trois filles sans biens, sans appui et aans aucun moyen de pourvoira leur subsistance. Le cardinal ne perd pas de temps, il aa rend auprès do ce malheureux , il le cou-

DtCTiomi, DES Cardinaux.

sole, il le rassure; il lui proteste qu'il veut être le père de ses enfants, qu'il se charge de la dot de ses filles, ot qu'il prend sur lui le soin de leur trouver è chacune un parti sortable à leur rang, ce qu'il fil dans la suite avec la libéralité d'un grand seigneur et avec nne bonté de père. Ayant ramené la confiance dans le cœvir du malheureux, il eniendit lui* môme sa confession, il lui fit administrer les derniers sacrements en sa présence et la laissa, plein de paix et de joie,expirer entre les mains de sa iarnihe.

Tel était le cœur tendre et magnifique de Bellarmin. Ce n*esl pas seulement à Capoiie qu'il faisait couler la source de ses miséri* cordes ; il les répandait avec nne abondance proportionnée dans Ttle de Procida et à Turin, quand il y eut quelque bénétice; à Rome même dans la paroisse de Sainte-Marie du Chemin, qui était Téglise de son titre, et enfin dans tous les lieux où il avait quelque relation. Cette sainte prodigalité, qui épuisait ses finances, obligeait de temps en temps l'intendant de sa maison h lui représenter que ses revenus no sufiisaient pas à sa cha« rite : « Ils ne sont pas à moi, » répondait-il, « ils sont aux pauvres; c'est une restitution que je leur fais ; donnez toujours, et vous aurez toujours de quoi donner. »

Quand il s'agissait de quelque contestarion entre les juges ecclésiastiques et les olficiors du Roi Catholique, si l'affaire était douteuse, il s'en remettait au jugement des personnes désintéressées dont on convenait île part et d'autre : si elle était sûre, avant d'entrer en des procédures, il mettait ses raisons dans un jour qui obligeait les parties adverses h se désister do leurs prétentions ; et il arriva plus d'une fois à celui que Philippe III avait chargé de maintenir les juridictions du royaume, de dire hautement qu'il voulait ôlre du cdté du cardinal, persuadé que la justice en était toujours. Le cardinal se la faisait lui-même tout le premier de la meil* leure foi du monde; et comme il soutenait avec vigueur les droits de son église contre toutes tes entreprises séculière^, aussi aban* donnait-il sans résistance ceux que sou église avait usurpés sur les puissances temporelles. Mais il n*y eut point d'autorité do la terre qui le pût empêcher de rentrer en possession de quatre terres considérables, dont quelques personnes do marque avaient joui longtemps, les ayant injustement dé« membrées de sa métropole. Touterois il y procéda avec des ménagements si pleins de douceur et de prudence, que ces seigneurs voyant ses titres furent obligés d'avouer qu'il avait Tait son devoir; que de leur part ils n'avaient pas droit de se plaindre, pourvu qu'ils ne perdissent pas Taiiiitié de leur archevêque.

Il était depuis trois ans à Canouo, lorsque Clément VIII mourut; il lui fallut retourner è Rome, nour l'éleclion de celui qui devait succédera ce Pontife. C'est alors qu'il sentit la tendresse qu*il avait pour son Eglise, au moment où il se vit dans la nécessité de la quitter; sachant d'ailleurs, par dos vues plus

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