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DES CARDIiNAUX.
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•fait nommé quelques jours auparavant piur Tambassade extraordinaire de Rome.
La république, voulant encore donner au Pape des marques de son respect , et Ten-
Eger par là h prendre des résolutions plus rorables, avait jeté les yeux sur lui comme sur l'homme le plus capable de Tadoucir, ayant été sept fois ambassadeur h la cour de Rome, dont il s'était acquis Testime et la considération par sa sagesse. Il avait même eu des liaisons particulières avec Paul V» D*étant encore que le cardinal Camille Borghëse; et Piasecki f dans sa chronique, rapporte que, dans une conversation familière qu'eurent ensemble le cardinal et l'ambassadeur* Borghèse dit h Donat que, si jamais il était Pape» il ne s'amuserait pas, comme Clément VIII , à contester avec la républi*
aoe, et qu'il irait droit à l'excommunicaon ; que Donal , de son côté , répondit sur le même ton h Borghèse que , si jamais il était doge, il se mettrait peu en peine de ses excommunications. Ce tut là comme une espèce de prédiction, qui ne se vérifla que trop dans la suite; car Donat, étant élu et proclamé doge de Venise, et ayant comnoeDcé les fonctions de sa dignité par l'ou- Terture des brefs dans lesquels le cardinal, devenu Paul V, venait déjà à Texécution de sa parole, se mit en devoir de tenir la sienne. Après avoir pris les avis des Sages-Grands, il flt ri^ponse au Pape, « que le sénat était très-affligé des dispositions où il voyait Sa Sainteté, et des plaintes amères qu'il faisait des lois de la république; qu'il les avait fait examiner par les plus savants hommes de ritalie, oui n*jr avaient rien trouvé de contraire à raatorité du Saint-Siège, et qui ne fût de droit naturel à tout souverain, auquel il appartenait de réprimer les factieux, de réglementer les édifices publics et d'empêcher l'aliénation des biens temporels; qu'ainsi il ne croyait pas, ni avoir dépassé les bornes de son pouvoir, ni mériter aucune censure; qu'il espérait au con* traire aue Sa Sainteté, mieux informée du sa conduite, la trouverait digne de son approt)ation. »
Le Pape, indigné de ce rerus constant, qae faisait la république, de lui donner satisfaction, composa lui-même le monitoire au*il était résolu à fulminer contre elle; et, I ayant communiqué dans un consistoire, malgré les remontrances des cardinaux de Vérone et de Vicence , l'un et l'autre Vénitiens, il le publia le 17 avril 1606.
Dès que la nouvelle en fut venue à Venise, ce fut comme la déclaration de la guerre. Le sénat fit un acte public adressé â tons les supérieurs ecclésiastiques, par lequel il protestait, devant Dieu et devant les nommes, qu'il n'avait rien omis de tout ce
3ui lui avait été possible pour faire entenre au Saint-Père les invincibles raisons qu*on avait eues de faire les lois , dont la révocation était demandée, au préjudice do la souveraine autorité, qui ne dépend que de Dieu seul; qu'ainsi le bref publié devait être tenu pour illégitime et do nulle valeur,
et qu'en conséquence de celte nullité , la seigneurie se promettait que tous , tant qu'ils étaient, ils continueraient les soins
au'ils avaient toujours donnés à la conduite es Ames qui leur étaient confiées ; qu'au reste cela n'empêchait pas que la république ne fût dans la volonté constante de persévérer dans Tobéissance du» au Siège apostolique. La protestation, affichée dans tous les carrefours de Venise et dans tout l'Etat, fut envoyée par des courriers extraordinaires dans toutes les cours de l'Europe»
Cependant, pour en exposer les motifs et pour rassurer les consciences dans un interdit général , capable d'effrayer les peuples, le sénat ordonna à ses théologiens de rédiger des pièces bien raison nées, qui exposassent la justice de sa cause et l'irrégularité du monitoire. Celui que la république fit entrer sur le champ de bataille avec le plus de confiance , et auquel Paul V opposa le cardinal Bellarmin, celui-là, dis-je, fut le célèbre Fra-Paolo, religieux de Tordre des Servîtes; il fut mis à la tète des six autres docteurs que la seigneurie fit travailler. On no peut disconvenir que ce ne fût un savant homme; mais il a fait tort à sa réputation par ses trop grandes liaisons avec les protestants, aux sentiments desquels il ne parait pas assez contraire dans ses lettres , et aussi par Tusage qu'il a fiit de sa plume: on voit percer dans ses écrits un caractère de malignité toujours soutenu, et un dessein formé de porter atteinte, en toutes les occasions, à l'autorité des Souverains Pontifes. C'est ce qu'on ne peut s'empêcher de remarquer dans son Histoire du concili de Trente 9 si vantée par les hérétiques. Ce fut donc le plus vif et le plus habile des écrivains de Venise qui travailla sur- l'interdit. Il fut pour cela cité à Rome , où, ayant refusé de comparaître , le Pape l'excommunia comme rebelle à ses ordres , et comme un ennemi déclaré du Siège apostolique.
Tel est sur Fra-Paolo le témoignage de plusieurs écrivains; mais il en est d'autres qui en font un portrait bien différent. C'est chez eux un homme d'esprit et de savoir, habile philosophe, excellent théologien, très-versé dans les langues, l'histoire, le droit, les mathématiques; un homme aussi vertueux que savant, et relevant son mérite par une rare modestie; auquel on ne peut rien reprocher que de s'être trouvé dans la nécessité de soutenir les intérêts politiques de sa patrie, dont il était le théologien et le conseiller. Suivant ces auteurs, on a en tort de rendre sa religion suspecte, parce qu'il avait entretenu des rapports avec des protestants. C'étaient d'habiles gens qu'il considérait , comme ont fait tant d'autres, pour leur esprit , et non pas pour leur croyance; et s ils se sont vantés qu'il ne fut
fas trop éloigné de la leur, ils ont fait tort sa réputation en voulant faire honneur à leur secte. Lus mêmes écrivains prétendent que son Histoire du concile de Trente a Hé altérée par des faussaires : il en est uïéw
DIGTIONNAIRE
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i|ui assurenl qu'elle est de Mnrc-Antoine de Dominis qui, de son archcvôclié de S()alairo» s*étanl relire è Londres, y Hl imprimer l'ouvrage en question : Que sait-on, ajou* lenUils, si ce mauvais esprit « qui n'était pas fflché de faire plaisir aui Anglais, dont il avait une bonne pension, n'a pas mis du aien dans Touvrage irétendu de Fra-Paolo, et s'il n'y a pas môle certains traits peu favorables au Saint Sié^^c? Quoi qu'il en soit, on soutient fortement que Fra-PaoIo n'eut jamais, en matière de rcligioni des sentiments contraires à la vraie croyance, et qu'il avait trop de solide piété dans le cœur
fiour avoir des erreurs dans l'esprit. Un r?igieui Servite , son confrère et son ami, Fra-Fulgencio, qui a écrit sa vie, rapporte qn*avanl les différends do Romo et de Venise, il était fort estimé des Papes, At lié trës-élroitemcnt d*aniitié avec le cardinal Bellarmin; que celui-ci. depuis le combat do plumes qu'ils curent ensemble, ne cessa de lui rendre justice dans les occasions; et qud Paul Y lui ayant mis en main un écrit où Fra-Paolo était chargé de fort fâcheuses accusations, le cardin^il Pavant lu, en rendit compte à Sa Sainteté, et l'assura que le li« belle était un tissu dn calomnies.
Paul y, cependant; informé des écrits que Venise faisait courir par le monde, chargea le cardinal Bellarmin d'y répondre; et, comme il le savait également solide et modéré, il se reposa sur lui, fort persuadé qu'il traiterait è fond cette matière h Thonneur de l'Eglise et sans aigrir la république. C'était là le génie du cardinal; toujours droit, mais pacifique et porté h la douceur, se contentant de réfuter ses adversaires sans mêler à ses réfutations des traits piquants qui, loin de guérir les plaies ne font que les envenimer. 11 ne tint pas à lui quo le Souverain Pontife ne suspendît ses foudres; on D*a qu'à s'instruire de tout ce qui se passa dans le fameux consistoire qui se tint avant la publication de la bulle : on y lira des paroles un peu dures sorties de la bouche de certains cardinaux , mais pas une seule de celle do Bellarmin. Il se tint toujours dans les bornes de sa modération ordinaire; et, en écrivant, il trouva le moyen d'accorder l'obéissance que son devoir l'obligeait de rendre au Saint-Siège, avec tout le respect qne méritait la seigneurie de Venise, il lui montra « que les théologiens, sur la décision desquels elle se croyait en droit de négliger les censures, étaient trèsmal fondés; qu'ils abusaient de l'autorité de FEcriture mal expliquée; que leurs sentiments étaient expressément contraires aux canons et aux anciens usages de l'Eglise; qu'ils avaient tort d'invoquer quelques ouvrages de Gerson , qui ne pouvaient leur être d'aucun usage, ayant été écrits dans un temps de schisme , où la pluralité des Pontifes avait fait dire è cet auteur ce qu'il n'aurait jamais dit en d'autres conjonctures; que rien n'était plus sacré que les droits de rE^lise et que l'immunité de ses ministres, gui serdtcnt dans une condition pire que les
plus vils sujets de la république, si les lois; qu'elle a portées demeuraient dans leur vi-' gueur. » C'est à pou près ce qu'on trouve dans les Mémoires que produisit Bellarmin contre les sept docteurs , et, en particulier, contre Fra-Paolo , « conjurant , a la Bu de son principal ouvrage, le sérénissime doge et les illustrissimes sénateurs, si renommes dans le monde par leur sagesse, de réfléchir sur l'importance du différend qu'ils ont avec le Souverain Pontife; de ne pas se fler tf^llement aux écrits de leurs auteurs, qu'ils ne jettent les yeux sur les siens; de mettre les uns et les autres dans la balance, et d'en juger avec toute l'équité qui leur fait tant d'honneur en d'autres occasions. Il ajoute qu'il espère des bontés du Seigneur qu'il los éclairera de ses lumières, pour leur faire connaître les vrais sentiers de la Justice, et, leur ayant apporté l'exemple du roi d'Israël , qui fut battu par ses ennemis, en punition de la faute qu'il avait commise, en méprisant les avis du Prophète qui lui annonçait la vérité, et en écoutant des flatteurs qui l'assuraient vainement de la victoire , il leur proteste qu'il n'a garde de leur appliquer ce trait de 1 Ecriture, et qu'il les supplie seulement avec humilité, d'avoir pitié des maux de TEgiise , et de ne pas permettre que ceux qui en ^ont les ennemis triomphent de ses disgrâces. »
L'affaire était trop engagée pour se terminer par la plume; on voulut, ou au moins on parut vouloir en venir aux armes; on leva des troupes de part et d'autre, et sur terre et sur mer. Les Espagnols, è ce qu'on disait, jaloux des offres que la France avait faites aux deux parties, de travailler k leur accommodement, flattèrent le Pape de la protection de leur maître, en disant qu'il avait dos moyens d'obliger les Vénitiens A demander miséricorde. S. M. Catholique écrivit en effet àSa Sainteté une lettre,où illui promettait de l'assister de toutes ses forces. Cela pensa rompre les négociations que les ministres de Franco avaient déjà ouvertes et à Rome et à Venise. Hais le Saint-Père, ayant mieux reconnu ses vrais intérêts, re*. commença à écouter les propositions que lui faisait d'Alincourt, pendant que du Fresne faisait les siennes è Venise ; c'étaient les deux ambassadeurs de Henri IV, qui leur avait envoyé ses instructions sur cette affaire dont le succès lui tenait si fort au cœur, qu'il s'était offert è venir lui* même en Italie, pour servir de médiateur en personne.
On paraissait à Rome en disposition d*aocomuiodement, si Venise se mettait en devoir de donner quelque marque d'obéissance filiide : Venise ne refusait pas de la donner, si Home voulait se résoudre à lever ses censures. Les médiateurs furent d'avis qu'on flt un mouvement de part et d'autre ; qu'on suspendît en même temps et les censures d'un côté, et de l'autre l'exécution des lois contestées. Ce biais et beaucoup d'autres, suggérés parla France , trouvaient toujours de côté ou d'autre de nouvelles difDt*ult4^«
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DES CARDlNAtX.