‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 38 sur 350 · BE · texte numérisé non relu

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d*aTOir deiii archevêques, Tun k Home.

Tautre k Capoue , épttement affectionnés il leur service. Celte Icllro roula biun des pleurs k son cher troupeau : mais la tendre réponse du troupeau »flligé en fît bien répandre aussi à ce hon pasteur. Quelque instance que lui fit le Pape, de retenir ta plus forte partie des revenus de cette église, il n*on voulut rien conserver, et sacrifia de bon cœur nu servîtîe de Paul V un bénéfice de dii mille ducats de revenu.

Cependant il fallut envoyer en France un nonce extraordinaire, en reconnaissance des bons offices que Henri venait do rendre au Saint-Siège dans la réconciliation de Venise. Ubaldin, évérjue de Monte-Pulciano fut choisi pour celte mission, qui lui valut un chapeeu de cardinal b son retour. Il fallut, avant son voyage, prendre des mesures pour le gouvernement de son diocèse; il conçut que ses brebis ne perdraient rien à son absence, si Bellarmin voulait bien leur servir de pasteur, il l'en conjura par l'étroite amitié qui les unissait, et par le zôlequ*il avait toujours témoigné pour le salut de ses concitoyens. Le cardinal, toujours prêt è faire plaisir h ses amis, accepta, è condition qu'il aurait fagrément de Sa Sainteté pour aller résider dans le diocèse. Ubaldin en fit son rapport à Paul V, qui ne voulut rien entendre h la résidence à Monte-Pulciano, persuadé que Bellarmin, dont il savait TexpérieBce et Thabileté, ferait de loin par ses boRs règlements, autant que les autres font deprès par eui-mèmes. Celui-ci se conforma aux volontés du Pontife, et sans quitter !d eour, il mit si bon ordre au gouvernement de l'Eglise, qui lui était confiée, qu'on s'est souvenu longtemps des grands biens qu'il y fit. Un des principaux et qui lui coûta le plus de peines, fut l'annexion d'un bénéfice ooBsidérable à cette nouvelle éslise qui, de collégiale était devenue cathédrale par création de PielV. Les revenus du chapitre, toujours proportionnés à son ancien état, ne lui donnaient pas de quoi soutenir sa dignité, d'ailleurs le service divin y languis* M»t» les droits de présence étant trop faibles pour animer è une assistance exacte certain nombre de chanoines peu zélés, que les intérêts de Jésus-Clirist n'attachaient guère h l'Bglise, l'intérêt humain ne venant pas au accours de leur faible vertu. Le remède était J'union du bénéfice en question. Bellarmin n*y trouva pas d'opposition, ni de la part de ceux dont il avait dépendu jusqu'alors, ni de la part du Souverain Pontife, ni de celle du cardinal Dataire, ni du côté du duc de Florence. Mais les bulles ne furent pas plu- UU expédiées, qu'il fut obligé d'en suspendre l^xécution, par la cabale de certains esprits tnquiels, qui s'étaient liés ensemble pour y Vieltre obstacle. Il prit à son ordinaire le parti de la douceur» il aima mieux céder pour un temps que de troubler la paix du diocèse; et ayant donnée ces récalcitrants le loisir de réOéchir sur ses bonnes intentions»^ ils se rendirent d'eux-mêmes è tout ce <)u*il Youlaiti désarmés plus eilicacemoat

par son infatigable patience, que par toute son autorité.

Sa sagesse éclata merveilleusement dana la réconciliation des Lucquois avec AI.

Guidiccione, leur évèque; celui-ci sucoeaseur du cardinal, son oncle, dans l'évèché, ne le fut pas dans l'amitié de la république; il se brouilla avec elle dès son entrée à j'épiscopat. Les différends aliènent si loin, que le prélat fut obligé de s'absenter do son diocèse plus de quinze ans. Toute l'Italie tra« vailla à raccommoder le pasteur avec son troupeau; les princes voisins, les prélats les plus distingués, les Souverains Pontifes eux-mêmes y employèrent leurs bonsofliices, mais toujours sans succès; la plaie semblait s'aigrir par les appareils qu'on y mettait. Le sénat de Lucques demanda au Saint- Siège un autre évoque, celui qu'ils avaient ayant avec eux des antipathies trop invincibles. Leur ambassa<ieur s*en ouvrit aux cardinaux qu'il visita, et auxquels il expliqua les raisons de la république ; il en persuada plusieurs qui furent d'avis que le seul moyen de finir les querelles, était de faire consentir Guidiccione à changer d'évêché» et que, les esprits étant si agités de part et d'autre, on ne leur rendrait jamais la tranquillité qu'en les séparant. Il ne trouva pas Bellarmin dans la même opinion. Voici ce que lui dit le cardinal :

« Ce que Votre Seigneurie vient de me témoigner des dispositions du sénat, è pacifier les troubles soulevés depuis tant d'années entre lui et son évoque, est digne de la sagesse et de la piété de cet illustre corps: mais elle veut bien souffrir que je lui dise que ce qu'elle prétend demander h Sa Sainteté ne répond nullement h de si sages et si pieuses dispositions, que c^est augmenter les désordres, bien loin delesaliolir, et vouloir éterniser les inimitiés, au lieu de les finir. Je'nc disconviens qu'il n'y ait quelquefois des nécessités de chan'ger de ()asteur : mais il faut que le pasteur le veuille. U no f:onvient pas qu'il y soit forcé par les brebis ; ce serait même une tache honteuse à Vus Seigneuries d'avoir poussé leur évèque h cette extrémité; c'est une violence d'ailleurs que le Saint-Père n'appuiera jamais de son autorité. Voulez-vous qu'il consente au changement? Faites-y consentir votre évêgue lui-même, ou plutôt faites nu'il j puisse consentir avec honneur; cela se peut^il, quand vous êtes déterminés è l'y contrains dre? Le seul et infaillible moyen de l'y engager, c'est de le mettre en état de le faire librement. Pour cela il faut le rappeler dans son Eglise, le faire remonter sur le trêoe épiscopal, et l'en laisser descendre de bonne grAce ; s'il a le malheur de ne pouvoir y régner en paix, il est croyable qu il ne persistera pas dans la volonté d'y rester, et qu'il ira chercher ailleurs un troupeau dont il ait le bonheur d'être aimé. J*ose vous assurer que je l'y porterai moi-même, et que je joindrai pour celâmes oflices h ceux de tous ses amis et des vôtres, si cela est de la plus grande

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gloire de Dieu el du bien spiriltiel des âmes, »

L'atîs do cardinal fut trou? é si p!ein d*une solide sagesse par le roiiiislre de Lucques qu'il jugea loul d*abord que c'était là le bon parti» et il aurait sur-le-champ conclu le lraité,s*il en avait eu le pouvoir. Il dépêcha on courrier à Lucques avec une lettre contenant la conférence qu'il venait d'avoir avec le cardinal, dont il appuya le sentiment par de forfes raisons. Rellarmin lui-même y écrivit les siennes « tirées de l'Evangile, qui ordonne de pardonner à ses ennemis, et beaucoup plus à son père et à son pasteur; dn prix des flmes, rachetées du sang de Jésus-Christ 9 et qui sont en danger de se perdre, étant destituées de la conduite de leur évoque; de la Tolont4 expresse du Pape, qui n'a rien plus à cœur que le pacifique rétablissement du prélat en son siège; de la réputation, de l'honneur el de la conscience de toute la ville, à laquelle il offre ses services, en protestant qu'il a dans le cœur one parfaite neutralité; qu'il est ami commun des personnes intéressées, et qu'il n*éponse nul parti que celui de la charité. »

Les lettres lues en plein sénat, y Grent de rives impressions. L'espérance de terflsiner des contestations, dont on était fatigué» et qui ne laissaient pas d'inquiéter les gens de bien; l'idée d'un autre évéque, qu'on espérait obtenir par cette voie douce et honnête; le retour enGo de la paix et de la tranquillité publique, tout cela détermina les sénateurs à accepter la médiation du ssge cardinal, et d'abandonner tous leurs intérêts entre ses mains et entre celles du cardinal Farnèze, qui, se trouvant obligé de partir pour le Parmesan, laissa à Bellarmin tout Tacbèvement du traité qu*ils avaient concerté ensemble. En voici les principales cisposilions telles qu'elles furent envoyées au sénat de Lucques par Bellarmin : t Le cardinal Farnèze el moi, que vous avez choisis pour arbitres du différend qui, depuis tant d'années» divise Vos Seigneuries et Mgr Gnidiccione, votre évéque, après de sérieuses réQexions et de fréauenles confé* renées, avons arrêté qu'il fallait que ledit seigneur évêque retourn.1t au plus tôt en son ^lise : mais afin que ce retour se fasse avec la circonspection requise dans les conjonctures présentes, nous avons jugé qu'il était expédient que votre évêque, auquel il appartient, en matière de réconciliation, de donner lui-même l'exemple, fasse la première démarche, et vous écrive la sincère disposition où il est de retourner, quand vous voudrez, en son é}<lise, pour y servir en esprit de paix, Vos Seigneuries et ses concitoyens. Nous les supplions aussi ellesmêmes de lui répondre avec toute la courtoisie, qui leur estsi ordinaire, et qu'inspire la chanté en pareilles occasions, l'invitant de leur part k revenir dans son église et dans sa patrie, et lui promettant d'y trouver tout le respect dû è son caractère. »

Tout fut exécuté de part el d'autre avec Kpe mutuelle salisfaclioni Guidiccioue se

reo'iit & Lucques, et il y donna« en rentrant, toutes les marques d*une affection paternelle : il y fut reçu de même avec des démonstrations de joie et des cris d*allégress«», qui firent sentir au prélat, qu'on lui ouvrait les cœurs aussi bien que les portes de la ville. Ce fut enfin un spectacle, qui édifia toute l'Italie, qui charma Paul V, et qui attira mille liénédictions h Bellarmin, dont Dieu s'était servi pour opérer celte merveille, qu'on peut bien appeler le fruit de ses conseils, mais plus encore de ses prières, de ses pénitences et de ses larmes ;car c'étaient là ses moyens pour mériter les grâces du Ciel, sans lesquelles il était persuadé que toute la prudence de la terre aurait été iou« lile dans une réconciliation, c^ui avait épuisé toute la politique de l'Italie.

'■ A peine était-il sorti de cette affaire que le zèle de la religion l'engagea dans une autre. Depuis longtemps il gémissait du déplorable étal où elle élail réduite en Ecosse et en Angleterre, depuis le schisme de Henri VIII, et rien ne le consolait de la perte, que l'Eglise avait faite de ces royaumes autrefois si fidèles, que Tespérance de les lui vo>r un jour recouvrer par la conversion du roi d'Ecosse, qui paraissait devoir succéder aux couronnes d'Elisabeth, sans succéder k son schisme.

Ce prince était Jacques, fils de MarieSluart, dont il aurait sans doute hérité de la vraie croyance, s'il n*eûl eu le malheur, aussitêt après son baptême, d*étre arraché des bras de sa mère, pour être mis entre les mains des protestants, dont le premier soin fut de lui faire sucer l'erreur avec le lait, el de l'élever dans les principes du calvinisme, selon les désirs et sous les yeux du comte de Mnrray.

Malgré une éducation si opposée h In véritable religion , Jacques ne laissa pas de montrer quelque penchant pour elle. Dès qu'il fut monté sur le trône d'Ecosse, di»nt on venait de faire descendre 5a mère, il fit espérer, par la conduite qu'il y tint, qu'il pourrait bien un jour devenir Catholique. Cette espérance était fondée sur la douceur dont il usait envers ceux de ses sujets qui faisaient profession de la communion romaine, ne souffrant point qu'on les inquiétât, et encore plus sur la bonne intelligence qu'il entretenait avec la cour de Rome, où il avait un agent qui traitait des affaires en son nom, et qui sollicitait même de sa part, pour avoir un cardinal de la nation écossaise. Celle es» pérance fut beaucoup fortifiée par les avances qu'il fil auprès de Bellarmin, pour avoir des liaisons avec lui. Comme on savait le zèle et Thabileté du cardinal, on se flattait qu'il porterait le monarque à rentrer dans le sein de TEglise. On no douta presque plus de cet heureux retour, quand on y connut la lettre obligeante que Jacques lui écrivit [1600]. Dans celle lettre, il vantail Téminenle vertu el le profond savoir du canli^ nnl; et, pour exprimer reslimc qu'il faisait de ses talents, il disait qu'il trouvait plus do solidité daus uu seul cahier de «es çop(r<jl-

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Terses» quo dans tous les Tolumes qu*a- Taîenl composés pour les combattre ses ministres écossais; il lui demandait enfin son amitié en termes pleins de confiance et de considération.

Bellarmin, sensible aui marques de bonté que lui donnait le roi d'Ecosse, y répondit avec reconnaissance. Aux humbles actions de grâces (][u*il lui rendit, il niéla de salutaires instructions, que lui permettait de donner son Age à un jeune prince qui semblait ^tre dans de si favoriibles dispositions d*en ITofiter.

«Sire, »lui disait-il dans sa réponse, «j*ai reçu avec la plus respectueuse gratitude, la lettre dont il a plu à Votre Majesté de m'honorer. Je suis confus des sentiments d'estime qu'elle a la bonté de m'y exprimer, et comme je ne connais en moi ri(ïn qui les mérite, je les regarde comme des effets de sa royale bienveillance à mon égard. Ce que le porteur de sa lettre m'a ajouté de bouche, de la clémence avec laquelle elle traite les Catholiques, ses fidèles sujets, m'a rempli d*une très-douce consolation; l'en ai même conçu de fortes espérances de la voir un jourelle-niérae retourner, par son propre choix, h la religion de ses pères, dont elle n'a été éloignée que par une éducation étrangère. Vous savez. Sire, que vos parents do glorieuse mémoire, ont été Catholiques, et que ceux qui vous ont élevé étaient protestants. Ayant autant d*esprit, de lumières et de bon sens que le Ciel vous en a donné, vous discernerez sans peine lesquels , des uns ou des autres, étaient dans la véritable Eglise, si vous en considérez attentivement les traits, tels que les marque saint Augustin. Ces traits essentiels sont, entre les autres î^ consentement des peuples, la voix des miracles, l'antiquité de la croyance, la succession perpétuelle et jamais interrompue des évéques qui, depuis le temps de saint Pierre jusqu*è présent, ont constamment occupé le Siège apostolique; le titre enfin de Catholique, que nulle secte n'avait jamais osé prendre, et que l'Eglise a conservé inviolablement à travers les siècles. Votre Majesté est trop éclairée pour ne pas reconnatire que la secte dans laquelle ou Ta malheureusement engage, n*a nul de ces traits qui font le caractère de la vraie Eglise, et, par conséquent, que ceux qui la lui ont représentée comme véritable, sont gens de mauvaise foi. Elle en peut juger par les calomnies que répandent encore tous les jours * ses ministres pour déshonorer TEglise ro* maine et noircir la réputation de ceux qui ont l'honneur de la défendre. N'ont-ils pas publié hautement dans les chaires cjue j'ai enfin rétracté tout ce que j*avais enseigné de vive voix et par écrit, en faveur de l'Église; que je me suis fait calviniste, et que le Pape, irrité de mon changement, m'a fait exécuter par les mains du bourreau? Quand on ose supposer ainsi des faits, dont un million de témoins, qui sont encore en vie , savent et voient la fausseté, que n'est-on pas capable do supposer, lorsqu'il s*agit de produire des

choses d une antiquité reculée, dont on peut plus aisément altérer les témoignages 7 Je rapporte ceci è Votre Majesté, iion pas pour me plaindre de Tinjure que je reçois de quelques-uns de ses sujets, qui sont indignes da I ôtre, mais pour lui faire remarquer le peo d'honneur et de probité de ceux qui font profession de lui prêcher la vérité, et quelle estime elle doit avoir d*une religion gui apprend h débiter de tels mensonges. Grâce au Seigneur, je n'ai rien dit dans mes con* troverses, que je ne soutienne aujourd'hui; je vis et je vivrai toujours enfant de l'Elglise catholi(|ue, apostolique et romaine, qui m'a élevé beaucoup plus que je ne mérite et que je ne désirais; car le parti que j'avais choisi avec David, était d'être abject dans la maiion du Seigneur. {Psal. lxxxiii, 11.) Malgré ma répugnance h cette élévation, il a fallu me soumettre h la volonté du Seigneur, auquel il a plu de m'ordonner comme au convie de l'Evangile de monter plus haut. Je me suis ouvert à vous, Sire, avec toute la confiance que je vous dois, et j'espère de votre bonté que vous me pardonnerez la longueur de ma lettre ; je ne me suis étendu que par le désir ardent que j'ai de voir un monarque, d'un si rare mérite, devenu enfin Catholique, et réuni heureusement à l'Eglise, selon l'attente elles espérances de TEurope. J'offrirai pour cela tous les jours des vœux au Sei« gneur avec un zèle égal au respect avec lequel je suis. Sire, de Votre Majesté, etc. • : Le roi d*Ecosse reçut avec plaisir la réponse de Bellarmin ; elle parut faire impression sur son esprit; elle lui fit faire de sérieuses réflexions, il en redoubla son application è l'étude des livres oti l'on trouve infailliblement la vérité, quand on la cherche avec une humble soumission et un désintéressement sincère. Mais trois ans après [1603], étant monté sur le trône d'Angleterre , encore fumant du sans de sa mère, de roi d'Ecosse qu'il était, devenu maître des trois royaumes et roi de la Grande- Bretagne, comme il se fit appeler ; plus timide politique qu'ennemi dans le fond de la vraie religion, il marcha sur les traces d'Elisabeth, h laquelle il parut pardonner aisément la mort tr&gique de sa mère, en reconnaissance des couronnes qu'elle lui laissait. Comme Henri Vlil , premier auteur du schisme, il se porta pour chef de l'Eglise anglicane, au moins refusa-t-il de reconnaître Te pouvoir de celui qui l'est de l'Eglise universelle : ce qui fit dire h quelques*uns c^u*il y avait eu plus de calcul que de sincérité dans les démarches par lesquelles il avait fait espérer sa conversion, et qu*il ne s'était contrefait pour un temps qu'afin d'engager les Catholi-

3ues à favoriser son élévation aux trônes ^Angleterre et d'Irlande : comme ils préteo« dent aussi que , dans la suite, il ne Qt la guerre aux Catholiques que pour gagner la coutiance des protestants. Quoi qu'il en aoil de ces mystères politiques, où nous n'avons point à entrer, nous racontons les faits < qui furent la cause de sa rupture avec Bel lanuin.

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DES CAnDINAUX.

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Ce que fil le roi eiccqiii nclAv^sa nul doute sur le parti auquel il s*élAit délorminé« fut le fatal édît par lequel il ordonnn, sous de fortes peines«h tous ses sujets, de lui prêter le serment qu*il appelait de fidélité; mais qui n'était rien autre chose qu*un renonceicentè la croyance du pouvoir spirituel du Vicaire de Jésus-Christi comme le démontra le saint cardinal.

On D*eut pas plutôt appris h lloroe Tcntre-

i irise du roi de la Grande-Brelagno, qu'on a regarda comme une décinraiion de la guerre qu*il allait faire i TEglise. Paul V, qui venait d'en prendre le gouvernement après la mort de Clément VUI, fit aussitôt expédier un bref aux Catholiques d'Angleterre, par lequel, après les avoir loués de leur invincible constance dans les persécutions passées. Il les exhorte à s*armer de courage pour soutenir celle que Tenfer leur prépare a Toccnsion du serment auquel on ▼eut les obliger; il leur déclare qu'ils ne peuvent obéir en ce point sans se rendre coupables devant Dieu et infidèles à l'Eglise, et qu'il espère de leur généreuse piété qu'à Texemple de tant de héros chrétiens, leurs compatriotes, ils souffriront plutôt la mort cjue de rien faire qui offense la divine Majesté.

Jacques vit avec chagrin la forte impression que faisait le bref du Saint Père sur Tesprit de ses peuples. Pour en neutraliser l'effet» il s'avisa de faire courir le bruit que ce bref était supposé, qu'il ne venait nullement de Rome, qu'il avait été conçu en Angleterre et publié par des rebelles dans le dessein de soulever ses fidèles sujets et de les détourner de l'obéissance qu'ils devaient è leur souverain.

A la première nouvelle qu'eut le Pape de Parlifice que le roi avait mis en œuvre pour rendre suspect son bref, il le confirma par un second encore plus formel, et qui futappujré par une lettre vive et touchunie qu'écrivit Bellarmin à l'archiprètre d'Angleterre, en voici l'occasion et le sujet.

Cet archinrêlre était Blackwell, de qui le DOœ seul était vénérable aux Catholiques anglais, dont il avait maintenu le courage et la foi sous les règnes précédents. Jacques comprit parfaitement que pour veniràtjout de son dessein il fallait rassurer les consciences, et que le seul moyen de les calmer était d'avoir pour lui un homme de cette aalorité, qui déclarât qu'on pouvait en conséijuence prêter son serment. Il l'en fit solliciter, il l'en pressa lui-môme, et n'ayant |iu rien obtenir de lui, il le fit jeter en pri-

Jusquelà, Blackwell avait soutenu son caractère* il allait sur les pas de Fisher et de Munis, et il aurait rendu sa gloire immortelle s'il n'eût enfin donné dans le piège que lui tendit la cour. On y répara en apparence la formule du serment ; on en retrancha le plus odieux; on la lui présenta ensuite avec ces relraucliemenls, qu'on feignit avoir été faits sur ses remontrances, et pour iui Ater tout sujet de plainte. Le faiiîle vieil-

lard, soit ennui de sa captivité, soit qu*il fût dupe de la ruse, condescendit aux volontés du prince et signa lAchement qu'on pouvait prêter le serment dans la nouvelle forme. Cette faiblesse qui scandalisa les Catholiques, lui fil sa réputation sans lui procurer la liberté. Jacques, mécontent de son premier refus, se servit de la si^ature et le laissa dans les fers. C'est ce qui arrive d'ordinaire h ceux qui trahissent leur devoir pour quelque intérêt temporel, de ne recueillir, pour prix de leur lâcheté que le mépris de ceux qu'ils ont servis aux dépens de leur honneur et de leur conscience.

Cependant ou sut h Rome cette chute déplorable, Bellarmin en fut vivemeut affligé, il en versa des larmes, et comme Blackwell était son ancien ami de plusdeouaranle ans, c'est pour relever son courage et I animera une généreuse rétractation de ce qu'il venait de signer, qu'il lui adressa (1607) la lettre dont nous venons de parler. Cette lettre, tout intéressante qu*elle est, est trop longue pour pouvoir être reproduite ici : on peut la lire dans l'ouvrage du P. Frizon, fidèlement traduite du latin.

Il paraît que cette lettre eut tout l'effet que désirait le saint cardinal, qu'elle dessilla les yeux de Blackwell et lui Ht révo- Siuer sa déclaration. Il est constant qu'elle ortifia les Catholiques, qu'elle alluma dans leur cœur le feu sacré dont elle était remplie, et qu'elle leur fit rejeter constamment les serments impies. Devenue publique, elle tomba entre les mains du roi qui en conçut contre Bellarmin un dépit extrême ; et, ce qui n'élait guère du caractère d'un roi^ il entreprit du faire une réfutation Ihéologique de celte lettre.

C'était là le génie de Jacques , élevé par des gens qui avaient plus d*intérêt d'en faire un bon protestant qu'un grand monarque, il avait plus appris la science de l'école quo les connaissances convenables à son rang. Cependant, comme il avait de l'esprit, suppléant À son éducation, il ne les avait pas tout à fait négligées ; et voulant soutenir en même temps le personnage de roi et celui de docteur, il donna occasion à ses flatteurs de l'appeler le roi du savoir^ et à ceux qni n'étaient pas d'humeur à le flatter, de dire qu'il n'était pas un habile docteur et qu'il n'était qu'un roi médiocre : Henri IV ne rappelait pas autrement que maître Jacquet.

Quoi qu'il en soit, s'étant engagé à donner cours a son serment, il prétendit n'en avoir pas le démenti, et, après l'avoir confirmé par ses édfls, il résolut de le soutenir par son érudition. Il fit un ouvrage auquel il donna pour titre : Le triple coin contre le triple nœud. Le triple nœud, dans sa pensée, étaient les deux brefs du Pape et la lettre de Bellarmin. Le prince voulait faire entendre que ces trois pièces étaient détruites par la sienne, du succès de laquelle il était si assuré, qu'au frontispice de l'ouvrage il avait mis ces mots qu'on lit au ///• livre d'Edras, IV, ki : Alors tout les peuple» se sont écriés et ont dit 4 haute voi^ : la vérité est grande et

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eUe prévaut, Bellarmîn ayant U\ ce, livre, qui n*étail rien autre chose qu'une apologie du serment schismalique , ordonné par les édîts, reprit aussitôt la plume pour y répondre» et dans sa réponse, il ne so crut pas ohligé d'user d'autre ménagement que ae celui que sa modestie ordinaire lui suggérait partout, le nom du roi d'Angleterre n'y paraissant point, et l'opinion publique l'attribuant d'ailleurs à ses chap(.*lain$.

Le cardinal fait d'abord remarquer & l'auteur qu'il ne doit pas chanter triomphe avant la victoire; que ce n'est pas h lui, mnis aux lecteurs sages et judicieui h décider do quel cMéest l'avantage, qu'assurément les peuples s*éerieront : la vérUé est grande et prévaut^ mais en faveur de celui qui la défend et non pas de celui qui la combat; que l'apologiste s'efforce en vain de la détruire, qu'elle est partout invincible, mais surtout quand elle est attachée par le triple lien qui nn rompt pas aisément : Funiculus triplex difficile rum-* pitur. lEecle.iYj 12.) Entrant ensuite en matière, il montre les écarts, les fausses suppositions, les mauvais raisonnements dont le livre est rempli» et il conclut que la prétention de l'auteur est vaine, que ses Trois coins !oin de fendre les nœuds^ n'y ont pas seulement touché ; que les coups ont porté à faux et qu'il n'a pas sujet de triompher.

Jacques s'offensa de cette réfutation, il prétendit que le caractère royal en avait été déshonoré ; et pour témoigner" son ressentiment d'une manière éclatante, il fît réirofirimer son livre, y mit son nom en tôle et 'adressa à l'empereur Rodolphe et à tous les souverains de la cnrétienlé, les intéressant dans sa cause et se plaignant h eux de Bcllarmin, d'un homme qui, n'étant pas d'une naissance fort illustre, avait osé se mesurer avec un roi; qui avait manqué de resprci à la majesté royale et qui entreprenait d'ébranler les trôUAs, empochant les sujets de rendre obéissance à leurs souverains et de leur prêter le serment de fidélité.

La cardinal fut moins surpris des accusations portées contre lui dans toutes les cours chrétiennes, qu'affligé du scandale que causait dans l'Eglise le roi d'Angleterre. Le rang qu'il y tenait en qualité de cardinal et l'injustice que lui faisait le prince no l'auraient pas cependant déterminé h se défendre, si sa cause n'avait été celle de la religion, dont l'intérêt lui était bien plus cher que sa réputation. C'ost par ce motif de zèle pur et désintéressé qu'il entreprit Touvrage qu'on doit moins nommer l'apologie deBellarmin que celle de l'Eglise et du Siège apostolique; il l'adressa b toutes les puissances de l'Europe, auxquelles le prince irrité avait porté sa dénonciation. Rien n'est ni plus fort ni plus modeste que cette pièce, il y démêle nettement le point de la difficulté que Jacques avait embrouillé. Ce point, que le roi faisait sonner bien haut, qui lui servait du prétexte et par lequel il prétendait révolter les rois contre l'iiglisu romaine et les exaspérer contre Dellarmin, était le ^emiHnt auquel il voulait obliger les Ca-

tholiques de ses royaumes et que le Sainl- Siége condamnait comme contenant des erreurs contre la foi. Jacques, pour donner le change et engager les princes dans son parti, protestait que c'était un serment purement politique et qui n'avait nul rapport h la religion.

Bellnrmin découvre le piège, il fait voir l'artifice vi montre que, sons cette belle apparenre de pure f)olilique, ce sermentn tout le caractère d'un serment schismastiqne, inventé pour soustraire les Anglais à robéissancc qu'ils doivent au Saint-Siège, maintenir les rois de la Grande-Bretagne dans la sacrilège usurpationd'une primntiespirituelle et perpétuer le schisme en Angleterre. C'est ce qu'il îail voir non-seulement par le contenu du serment; mais le titre même de l'édif» porté pour y obliger les peuples et dont voici les termes iPour découvrir et réprimer les papistes; ce qui donne lieu à Bellarmîn de raisonner ainsi : « Si le serment était purement civil, en le prêtant on ne promettrait qu'une obéissance politique; et la fin de la cour d*Angleterre ne pourrait être que de distinguer les fidèles sujets de ceux qui ne le sont pas, et ainsi on devrait dire que pour découvrir et réprimer les rebelles qaa la cour ordonna aux Anglais de le faire. Quand on dit donc que c'est pour découvrir et réprimer les papistes, il est manifeste qu'on en veut h ceux qui font profession de croire que la primatie spirituelle réside dans le seul vicaire de Jésus-Christ, et qui re*. fusent par conséquent de la reconnaître dans le roi de la Grande-Bretagne, dont l'autorité est purement séculière et Hvile. Le Saint- Siège a donc eu raison de défendre aux Catholiques anglais de prêter le serment duul il s'agit.

C'est là proprement la justification det brefs apostoliques que le cardinal avait ap« pu^és dans sa lettre à Blackwell. Il fait ensuite une courte apologie de sa propre con-^ duite, en exposant ses motifs de répondre k un roi qui se déclarait l'ennemi de TEglise,

Îjui passait les bornes de son caractère eu aisant le controversiste, et cfui devait aumoins mettre son nom à son livre, s'il avail envie qu'on ménageât sa dignité; que c'était avec ce controversiste qu'il était entré. en lice, et non avec une tête couronnée i qu'il ne s'agit nullement ici de disputer de rang, de naissance et de noblesse, mais de soutenir les droits de l'Eglise; qu'ayani rhonneur d'en être cardinal, on ne peut trouver mauveis qu'il en ail pris la défenseï

3u'il n'a fait en cela mie suivre l'exemple onné par Hilairo de Poitiers, Lucifer de Cagliari, Grégoire deNazianze, Cyrille d*Alexandrie, tous prélats d'une sainteté et d'une réputation reconnue qui, quand Tintérêt de la foi l'a demandé, n'ont pas cru blesser l'honneur et le respect dus aux empereurs et aux rois, en écrivant contre leiim opinions: qu'au reste, pour n'être pas d'uno condition temporelle companible à colle de son auguste dénonciateur, il ne laisse pas d'être d'une famille en quelque consiiéra*

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lion dani la monde, depaîs surloat qu'elle a donné, dans Marcel 11, un Pape d*un mérile è forcer les /ennemis mêmes de I Eglise romaine 2é faire les éloges de sa verlu et de son saTOîr.

Le roi, qui ne gardait plus de mesure dans son ressentiment, en avait poussé les excès jusqu'à vouloir faire passer le cardinal pour eoroplice et même pour auteur des preiendaes conjuralions, qui firent tant de bruit tous le règne d'Elisabeth, et qui servirent de prétexte alors, comme il arriva depuis, pour traiter, avec la dernière barbarie, de saints personnages, dont tout le crime était d'être les ennemis déclarés du schisme. BellarcnlD ne se serait pas avisé qu'une accusation pareille pût venir d'un prince aussi modéré qu'il avait jusque-lk estimé le roi d*ADgleterre ; il ne s*en mit pas fort en peine, persuadé qu'elle ferait peu d*impression sur l'esprit des souverains, auxquels elle était portée. Aussi se contenta-t-il de se justifier auprès d'eux par la seule exposition da pitoyable fondement, sur lequel Jacques appuyait celte accusation. Ce n*élait rien autre chose, sinon, aue le célèbre Edmond Campian, discutant uans la tour de Londres avec des ministres anglicans* sur des matières de religion, avait cité Bcllarmin; comme si un auteur était coupable d*un attentat, dont il n*a jamais parlé , ni écrit, parce qu'en un, point de doctrine, qui n*a rien de commun avec le fait dont il s'agît, on prétendu criminel a rapporté quelque endroit de se9 écrits. Au reste, il uéclare que le prince lui fait honneur de lui donner des relations avec ce glorieux confesseur de Jeaus-Christ; il ajoute qu'il a eu le malheur de ne voir qu'une lois ce noble et généreux Eilmond Campian; qu'il aurait voulu vivre plusieurs années avec lui, pour profiter de ses admirables vertus; que ce saint homme n*a encouru la haine d^Elisabeth que parce <)U*il était prêtre et Jésuite, qu*il ne conjura jamais contre (personne, qu'il ne travailla qu'k la destruction du schisme et de Théréaie, et qu'il ne donna sa vie sur un échafand, que pour sisner de son sang la croyance catholique, qu on voulait abolir dans sa |*atrie. Il termine enfin sa défense, en témoignant, avec confiance, à l'empereur, aux rois, k toutes les autres puissances, aux-

Sielles l'avait dénoncé le monarque en core» qu'il se repose de sa réputation sur leur justice et sur leur bonté.

C'est ainsi que se passa cette fameuse affaire, qui fut plutôt une querelle religieuse, qu*00 démêlé particulier. Le cardinal, qui n'en eut jamais avec personne, se fût bien gardé d*en avoir avec un roi, dont il respectait le caractère, fiellarnjin eut pitié des égarements du prince ; il fit tous ses efforts pour l'empêcher de courir au précipice; et s'ij n*eut pas là consolation de Tarrêter et fie le remettre sur les voies de la vérité, il eut au moins celle de n*avoir rien négligé pour y parvenir.

Le souvenir de l'ancienne bienveillance, dont l'avait honoré le roi de la Grande-Bre-

tagne, lui inspira un vif intérêt pour ses su« jets, quand surtout, proscrits pour la foi, ils venaient se réfugiera Rome, l'asile universel des Catholiques persécutés ; car alors, la charité se joignant à l'affection au'il avait déjà pour eux, il les recevait chez lui, comme un père aurait reçu ses enfants, et versait sur eux les trésors de sa miséricorde.

]| avait les mêmes sentiments de tendresse pour les évoques étrangers, qui recouraient h lui dans leurs malheurs. Il n'y en avait aucun dont il ne fût le protecteur; c'est en ces sortes d*occasions qu'il se félicitait d'avoir du crédit auprès des Papes.

Il se trouva un de ces successeurs des apôtres, lequel héritier de leur dignité, l'était aussi des persécutions qu'ils avaient souffertes pour le norti du Sauveur; c*était un vénérable vieillard, que les Turcs avaient chassé de son diocèse, après s*être emparés des biens de son Eglise. Il eut recours au cardinal, dont il fut accueilli comme un confesseur de Jésus^Christ, et qui lui procura, par des pensions sur des bénéfices, de quoi se consoler d*avoir perdu le sien. L*exrlé, pleurant de joie, publiait hautement que la seule amitié de Bellarmin lui valait mieui qu'un évêché.

Il ne lui arriva jamais de renvoyer aucun de ces infortunés, sans lui faire oublier les misères de sa position; et, quand les sommes assignées au Vatican pour de telles nécessités, se trouvaient épuisées, sa pauvreté même lui fournissait des ressources pour y subvenir. Tout réduit gu'il était à des rentes modiques, n*ayant jamais voulu retenir les revenus de Capoue, il trouvait dans son admirable charité, de quoi donner. Ce qu'il avait, il le partageait avec ces ministres de Jésus-Christ; et, pour avoir le moyen do faire leur part plus grosse, il retranchait de la sienne tout ce qu il pouvait, n'en conservant que ce qui lui était strictement nécessaire.

Tout le monde avait accès chez lui ; les plus pauvres y étaient reçus comme les plus riches : on lui remarquait même pour ceuxlà une certaine prédilection, qui leur donnait pleine liberté de lui exposer leurs affaires, ou de lui en demander l'expédition. Quelque occupé qu'il fût à la composition d*un ouvrage, il aurait quitté, pour les entendre, la période commencée, et il ne l'aurait pas reprise, pour les congédier, sans les avoir satisfaits. Il donnait une attention infatigable aux ennuyeux récils, C|ue des malheureux lui faisaient de leurs disgrâces, sur lesquelles ces sortes de gens sont toujours éloquents, et ne tarissent jamais. Il n'aurait pas cru être en droit de les exhorter è Ijb patience, s'il n'avait eu au moins celle die les écouter. Si Ton excepte les heures de la prière et de la Messe, il n'v en avait point qui ne fût chez lui heure d audience. Il estimait que le vicaire de Jésus-Christ ne Tavait arrêté à sa cour, que pourTaideren particulier de ses conseils, et pour être le médiateur universel de tous ceux qu* avaient besoin de recourir 5 Sa Sainteté. Il salisfai-

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sait an premier de ces devoirs par la sago ot pruiiHUt! libcrlé, avec laquelle II s'ouvrait au Sainl-Père de tout co qui lui paraissait important pour le bien de sa personne, ou pour Tutilité de rEglise;il s*acquiUait du second, en recevant toutes les demandes avec facilité, les démêlant avec saj^esse, et faisant valoir celles que Tobligeait d'appuyer la justice ou la chanté.

Le reste de son temps il allait aux fonctions publiques, aux chapelles, aux consistoires, aux congrégations : il était de celles des Rites, de Tlndex, du Saint-Oflice, et presque de toutes les autres, et rien ne Tempéchait de s*y trouver; cette asàiduité, selon lui, étant essentielle à un cardinal de la sainib Eglise, de laquelle les affaires se traitent dans la plupart de ces saintes assemblées* Son Age et ses incommodités ne lui parurent jamais de valables raisons pour s'en dispenser; et, quelques prières que lui fissent ses amis du Sacré Collège de se relâcher de cette exactitude si préjudiciable à sa 8anté>il fut toujours inflexible sur ce point : « C^est notre » obligation, leur disait-il,« c'est pour cela qu'on nous a fait cardinaux. »

S*il prévoyait qu'on dût traiter de quelque affaire importante, il en faisait les jours précédents une étude sérieuse ; à Tétude il ajoutait ses réflexions, et mettait par écrit son suffrage et les principales raisons qui le déterminaient à le porter. Delà la justesse et la solidité de Tavis qu'il proposait, l'attention avec laquelle il était écouté de tous les cardinaux, et cette espèce d'aveugle conformité de tous leurs sentiments aux siens. Le cardinal François*Marie Honti, doyen du Sacré Collège, écrivait en 1623, au P.Carettonie : « Je me faisais honneur d'ôtre de son avis dans toutes nos décisions; car c'était toujours le parti le plus sage et le plus assuré. Je n'étais pas seul à le suivre, nous marchions presque tous sur les voies qu'il nous avait ouvertes. Il est arrivé plus d'une fois que la Congrégation tout entière, composée de quatorze cardinaux, a changé d'opinion, après avoir entendu celle do Bellarroin, tant son savoir, sa droiture et son autorité avaient de poids dans nos esprits. Le souvenir de ce qu'il a pensé pendant sa vie, fait encore sur nous le même effet après sa mort, nous revenons k ses décisions dès qu*on les cite, et elles passent dans nosconsaltations pour des oracles, contre lesquels il D*est pas permis de contester. Telle a tou* jours été notre estime pour le saint cardinal,dont rous faisons gloire d'ôtre les disciples, et que nous honorions comme notre jière et notre maître. Ce sentiment de révérence, cette espèce de soumission de tout le Sacré Collège pour Bellarmin, était fondé non-seulement sur l'estime qu'on avait de son'bon sens et de sa grande expérience dans les affaires, mais encore sur les grAces surnaturelles, dont Dieu l'avait comblé; les unes et les autres de ces qualités le faisant regarder comme un des plus saints et des |»lus éclairés de son siècle.

Sa réimtatiou lui attirait une foule d'affai-

res qui, s ajoutant h ses antres emplois, Tauraient accablé, si sa facilité à les traiter ne lui avait donné le moyen do faire sans ena* barras ce qui aurait demandé plusieurs hommes ensemble.

Il était consulté de tontes les parties de l'Europe; il était le conseil des cardinaux} on lui écrivait de mille endroits, et on recevait ses réponses comme des oracles. Il lui fallait écrire des lettres sans fin, pour satisfaire à tout le mon<lc, et il s'acquittait de cette espèce de devoir importun avec tant de patience et d'honnêteté, que personne no se plaignit jamais qu'il manquât ni d'exactitude à répondre, ni de condescendance et de bonté dans la manière avec laquelle il répondait.

Il avait un certain noml>re d'amis choisis, surtout entre les cardinaux et les prélats, avec lesquels il était étroitement lié en Jésii<«« Christ; il entretenait avec eux, quand iJs étaient absents, un commerce de lettres.dont le sujet était toujours Timportante affaire de leur mutuelle perfection, et l'obligation étroite où ils étaient de servir TEglise. On ne peut omettre quelques traits de la sainte amitié qui l'unissait à saint François de Sales. C'étaient deux hommes qui semblaient faits l'un pourl'autre; la grâce et la nature les avaient doués de qualités si semblables qu*il ne leur fallut que .^e connaître, pour s'entr'aimer tendrement. Ils furent recont"* mandables par leur pureté, leur innocence, et surtout par leur inaltérable douceur, qu'ils portèrent l'un et l'autre jus<ju'au degré suprême, et qui les rendit aimables ft Dieu et aux hommes. « C'est une disposition miraculeuse de la Providence, «disait Bellarmin en parlant de saint François de Sales, «de ravoir fait naître en Savoie pour le bien de sa patrie, et de l'avoir donné pour évoque hiÏQS peuples, qui avaient un si pressant nesoin de son zè'e apostolique. C'est un ange en innocence, répétait-il en toute occasion ; ses mœurs sont si pures, qu'il ne parait pas qu'Adam ait péché en lui. » François l'appelait : « Le grand cardinal, et il avait coutume de dire de son ami, que c'était un homme qui savait tout, et qui ne savait pas faire du mal. » Il était entliousiasto des ouvrages du saint cardinal (dont il ne faut juger, soit dit en passant, que sur de mauvaises traductions); il admirait lantAt l'étendue infinie du savoir, qui y est contenut tantôt la sainte onction, qu'on y sent répan* due partout; il le pressait d^achever ses commentaires sur saint Paul, prétendant en faire la nourriture ordinaire de son ftmé: il admirait, ce sont ses termes, les moniagnes de livres q\i"\\ lui avaitfallu creuser pour y découvrir et pour étouffer les monstres en» gendres par l'hérésie depuis le commencement des siècles* 11 ne pouvait assez goûter la douce piété qu*i! rencontrait dans ses pi> tits traités de dévotion ; Le Gémissemeni de la colombe lui attendrissait le cœur : c'est le titre de celui que Bellarmin a composé de l'utilité des larmes qu'on rénand sur ses pé* cbés ou sur ceux d'aulrui. Celui qui eusui-

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|{iie è élerer son esprit è Dîeu, ne lui donfiaii pas moins de plaisir. Il était en cela du goût de Bellarmip lui-même qui» malgré le |veud*esliroe qu'il faisait pour ses composi* lions» avait du penchant pour celle-ci: « Je iielîs guère mes autres livres»» disait-il» «que je n*y sois contraint par la nécessité : nia'is pour celui de l'élévation du cœur à Dieu» je mV porte de moi-même» sans y être oblige; je l'ai déjà lu trois ou quatre fois» et je me suis proposé de le relire encore sourenl; ce n'est peut*6tre pas qu'il ait plus de mérite qu'un autre : mais enGn je l'aime» parce que c'est mon Benjamin^ le fruit de mon extrême vieillesse. » C'est lo nom que lui donne aussi le saint évêque de Genève dans une lettre qu'il écrit au cardinal, pour lui recommander ses chères filles de la Visilalion.

Tout le monde sait que François de Sales n'institua pas d'abord cette sainte congrégation sous la forme exacte et précise de religion. Sa pensée était qu'il y en avait déjà assez dans l'Eglise» sans qu'on en établit de nouvelles. Son premier projet fut de faire une assemblée de veuves et de filles pieuses qui ne fussent, ni liées par des vœux» au moins solennels» ni retenues à la maison par la clôture; mais qui pussent» après avoir Taqoé au dedans a l'exercice de l'oraison» pratiquer encore au dehors les oflices de la charité et de la miséricorde. Cela se fit quelques années h Tédificalion du public et h la consolation du saint prélat. Mais un essaim de eu dbtilUs ayant volé d'Annecy à Lyon^ rarchevêque de celte grande ville » depuiscardinal ae Marquemont, fit tant d*instanco aaprès de H. de Genève» pour l'obliger de les réunir et d'en faire un ordre de religieuseSt que le saint homme, actjuiesçant à ses raisons» en écrivit à Bellarmin» sur le crédit et Tamilié duquel il comptait pour l'exécution de ce nouveau dessein : « Je m'adresse  TOUS» Monseigneur» comme ï un cardinal connu et aimé» non-seulement à Rome, mais |iar tout le monde» pour obtenir du Saiul- Père» par le crédit que vous avpz auprès do Sa Sainteté» qu'il dais^ne admettre» entre les autres religions de l'Église» les communaulés naissantes de la Visitation» et agréer 1* qu*on n'y récite que le petit Ofllce de la sainte Vierge; 2* qu'on y puisse recevoir des veuves en habit séculier» qui demeurent arec les autres» sans faire les vœux comme elles» et qui poissent sortir» quand le demande la nécessité de leurs ailaires; enfin que les dames mariées y puissent entrer et j faire leur séjour pendant uuelque temps 9vec la permission de leur époux» pour y Mre occupées d'exercices spirituels et du rteiement de leur conscience. L'expérience n^pprend que ces trois choses sont d'une sziréme utilité» et c'est ce qui me fait les proposer au Saint-Siège par votre médiation : yest ft vous que je recours» très-illustre cariiual» comme h mon unique intercesseur» au seul du Sacré Collège avec qui j'aie des relations particulières» et comme è celui dont je vois sensiblement la compassion pour mon

diocèse désolé» dans le grand ouvrage des controverses» et la grande affection pour les âmes dévotis dans Vaimablt Benjamin qui vient de paraître. Je vous conjure donc» par le zèle que vous avez pour l'avancement des bons desseins» de m*aider à l'accomplissement de celui-ci par votre sagesse et par votre autorité. Pardonnez-moi ma liberté» et honorez toujours de votre amitié» très-grand» très-illustre et très-excellent firélat» votre très-humble et très -obéissant serviteur, François, évêque de Genève» d'Anneci» 10 juillet J616. » Il ne faut pas demanderai lo cardinal s'empressa d'accéder aux désirs du saint prélat.

Il aurait bien voulu que lo saint instituteur fût appelé à Rome pour y recevoir la pourpre dont le rendaient digne ses rares qualités. Bellarmin, dans une de se's lettres, proteste à Tévôque de Genève « qu'il ne reçoit jamais des siennes» sans être pénétré d'une ioie sensible» et sans être presque tenté d'être Pape» pour être en pouvoir do lui rendre justice, en iui envoyant aussitôt le chapeau de cardinal. » C est ainsi que l'homme de Dieu désirait èson saint ami une dignité» dont il aurait bien voulu se décharger lui-même, ne se trouvant pas» pour en soutenir le poids, les épaules aussi fortes qu'il les reconnaissait dans François de Sales : mais il était seul au monde » qui eût de si bas sentiments de son mérite; et c'était la pensée de tout le Sacré Collège» qu'il en faisait l'honneur par son éminente science et qu'il en était Texemple par son admirable vertu.

Cependant au dehors il n'affectait rien qui pût le faire estimer» ni saint ni savant : content de plaire aux yeux de Dieu» il se dérobait autant qu'il pouvait h ceux des hommes qui l'auraieut à peine connu» si ses livres n'avaient porté au loin la réputation de sa science» et si ses emplois ne l'avaient mis dans la nécessité de donner» dans les occasions» des marques éclatantes de sa vertu. Toujours respectable et toujours modeste» il était admiré dans les consistoires» quoiqu'il y parlât peu» surtout en présence du Pape» devant qui il ne prit jamais la liberté de haranguer : mais il prit touiours celle de dire nettement son opinion» dût-elle ne pas être suivie. Cette sainte liberté se fit sentir toutes les fois qu'il s'agissait de quelques points réglés par le concile de Trente; son avis était constamment qu'on n'en accordftt jamais de dispense» que dans une extrême nécessité. S'il voyait cependant qu'on se relâchât quei(]uefois» malgré lui» de cette sévérité; satisfait devant Dieu de s'être acquitté de son devoir» il n'accusait pas ses collègues d'y avoir manqué; et un iour le cardinal Crescentio l'ayant forcé de s expliquer sur eux et sur leur facilité : « Ce sont mes maîtres»» lui dit-il, « il ne m'appartient pas de les juger. »

Quelque resnect qu'il eût pour eux» il ne laissait pas» de temps en temps» do leur faire sentir agréablement ce qui lui paraissait ou moins régulier eu leurs iicrsonues,

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OC moins modeste dans leurs palais. Ayant (rouYé chez un des plus distingués, quMI était «lié visiter, des flgurcs découvertes et peu séantes, après Tavoir entretenu du sujet qui Pavait amené : « Je viens de voir,» lui dit-il d'une manière gaie et honnêle, «en entrant chez Votre Seigneurie, des pauvres tout nus dans votre galerie; au nom de Dieu faites les revêtir, sans quoi ils sont en danger de mourir de froid pendant Thiver.— Jeles connais, «reprend le cardinal, entendant le mot pour rire; «je leur ferai donner des habits, ils vous en auront obligation. «N^ayant pu eOTâctivcment faire enlever ces fresques de dessus la muraille, il ordonna au peintre de les couvrir.

Bellarmin ne perdit aucune occasion de faire du bien, et d'établir partout où il pouvait le royaume de Jésus-Christ, dont il sentait bien qu*il approchait lui-même. Et comme il savait qu'on ne peut y travailler plus efficacement, qu'en le faisant régner dans le cœur des rois, dont la piété, quand elle est solide et véritable, se répand dans le cœur de leurs sujets, qui ne résistent ni h leur autorité, ni à leur exemple» il entrait volontiers dans la pensée de leurs amis oui le portaient h donner aux têtes couronnées une espèce de miroir, où ils vissent (racés clairement et en raccourci tous le» devoirs d'un prince chrétien. Il y fut déterminé par la venue du jeune Ladislas à Rome. H était Gis de Sigismond 111, roi de Suède et de Pologne, è qui Charles, prince de Sudermanie, enleva la première de ses couronnes, s*étant servi, pour Pusurper du méoontenlemenl des Suédois qui déjà presque tous engagés dans le parti protestant ne voyaient qu avec chagrin un roi catholique sur le trône. Ladislas eut autant de piété que son père, et s'il n*eût pas plus de valeur que lui, au moins sa valeur fut plus heureuse. Dès qu'il fui capable de porter les armes, habile général il défit les Moscovites, il battit plusieurs fois les Turcs en baiaille rangée, et on peut dire qu'il fil périr à Osman, leur sultan, plus de cent cinquante mille hommes en divers combats. Ayant pacifie les Ktals de son père, il prit le temps favorable pour faire le voyage d'Italie, et déposer ses lauriers aux pieds des saints apôtres. Ce fut un spectacle qui fil plaisir k la capilalu du monae, et qui fit ré- |)andre des larmes à Bellarmin. La saint vieillard fut heureux de contribuer à la perfection de ce jeune héros, en lui mettant en main le livre dont on vient de parler. C'est ft lui-même qu'il le dédie, comme on le voit dans r£pltre, qui est en tête de l'ouvrage ; il y apporte les raisons particulières qu'il a de Te lui offrir, et qui sont autant d'éloges, par lesquels il gagne le cœur du prince, pour y faire ensuite passer plus aisément l'amour de la justice.

Il trace d'abord, dans la préface, le plan de son livre, qu'il partage en quatre parties, selon les quatre raftports qu'ont nécessairement tous les princes. Ce sont des maîtres sur la terre : mais ils ne laissent pas d'y afoir des supérieurs. Celui qui l'est absolu-

ment, c'est le roi des rois^ dont ils ont une dépendance essentielle en toutes choses. Ils dépendent aussi pour le spirituel du Sootorain Pontife, de leur évèque particulier, et de leur confesseur. Bellarmin, dans la première partie, leur montre quelle doit dira leur conduite, 1* envers Dieu, et ensuite k l'égard des trois autres, qni ont, en quelque chose, une espèce de supériorité sur eut.

Le deuxième rapport quMIs ont regarde leurs inférieurs, leurs peuples, leurs domet» tiques, leurs officiers, leurs soldats, leurs magistrats, répandus dans toute l'étendue de leurs Etats, et auxquels ils communiquent leur autorité, pour rendre la justice. Ce sont divers sujets, qu'ils doivent gouverner diversement, selon leurs différents caractères; c'est ce qu'il leur apprend dans la seconde partie.

Quelque éievé que soit le monarque «il a des égaux, et ce sont les souverains qui ont des Etats, comme il a les siens; il fait remarquer, dans la troisième partie, de quelle importance il est, qu'il conserve avec eux la bonne intelligence, le droit des gens, et toutes les lois de la justice et de la charité chrétienne.

Il se faut dire enfin que le prince a rap* port h hii-^même, et que c'est le premier état qu'il doit régir. Pour le faire avec sagesset il doit avoir surtout devant les yeux sa der-> nière fin; se bien persuader qu'il est né pour un royaume infiniment plus grand et plue durable, que celui dont il est le mettre, et choisir par conséquent les moyens les plus propres, pour y parvenir, en domptant ses passions, qui sont ses vrais ennemis. Telle est la sainte politique, dont il fait des leçons h Ladislas dans la quatrième partie ; et, rien n'étant plus persuasif que les exemples, sur la fin de son livre qu'on peut intituler : Var^ de régner, il lui étale les plus illustres et les plus éclatantes de l'un et de l'autre Testament, dans la vie des plus grands et des plus saints princes qui aient paru dans tous les siècles; il lui propose les Josué, les David, les Jonathas, -les Veiiceslas, les Henri, les Léopold, les Louis, les Casimir, comme des modèles héroïques, qu'il doit copier dans sa personne.

Mais quelque zèle qu'eût le saint cardinal pour former les princes de la terre à la piété chrétienne, il en avait encore davantage pour porter les princes de l'Eglise è la perfectiou de leur état, surtout quand il avait des relations avec eux. L'évêque de Théano, son neveu, ne fut pas plutôt élevé à l'épiscopat^ qu'il lui en traga les devoirs dans toute 1 exactitude avec laquelle il souhaitait qu'il les remplit. Cette pièce courte et solide, où il lui parle avec l'autorité que lui donnait son Age, et avec toute la tendresse que lui inspiraient les liens du sang, fui imprimée à Paris, à l'insu du cardinal, qui ne croyait pas qu'elle dût jamais sortir des mains de son parent; et elle devint ainsi publique par une disposition particulière de la Providence, qui voulait qu'elle fût commune ft tous les prélats de l'Eglise, qui y irouvesit.

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DES CAKUliXAUX.

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en raceourci* tout ce qui leur est nécessaire pour s'acquitter dignement de leur important ministère. EHe contient neuf questions, OQ» comme il les appelle, neuf conlroverseSi sur lesquelles il eiborte son neveu à s'instruire è fond, et h régler sa conduite sur la Téritét sans avoir égard, ni è ce que disent, ni k ce que font plusieurs; et, quand cette vérité, qui doit être sa règle, ne paniit pas dans un assez grand jour, à s'âtlacner constamment au parti le plus sâr, qu'il lui conseille de n'abandonner jamais, principalement quand il s'agil du salut éternel.

Ces instructions salutaires tirent d'autant plus d'impression sur révoque de Théano qu'il les vit beaucoup mieux exprimées dans la conduite de son oncle que dans ses écrits ; car le saint cardinal avait appris de TapAlre saint Paul è faire attention sur lui-môme avant d'instruire les autres. C*csl ce qui le fit résoudre, quand il fut chargé de l'arche- Tftché de Capoue, h consacrer une partie de la nuit k la méditation des saints Livres et surtout des Psaumes pour lesquels il avait un goût singulier. L'application nu'il y donnait était plus du cœur que de I esprit, et, bien loin de le fatiguer, elle le délassait des fatigues inséparables du ministère apostolique, quand on s'en acq[uitle avec autant de conscience que le faisait Bellarmin. Il y trouvait, comme il l'avoue h Paul Y, une satisfaction merveilleuse, et, dans l'épîlre

Bir laquelle il lui dédie son Exposition des saumesy lui rendant compte de son ouvrage» il dit que le pontife y rencontrera par* tout de la clarté, mais non pas en tous les endroits la môme abondance de sentiments de piété; et la raison (|u'il lui en apporte, c'est qu'ayant moins écrit ce qu'il a recherché par son étude que ce qui lui a été inspiré dans la contemplation de la divine l»arole, le Saint-Esprit ne lui communiquait pas toujours ni la même dévotion, ni la même fécondilé. 11 ajoute qu'il ne laisse |)as de l'offrir à Sa Sainteté tel qu'il est, ponr lui faire connaître, comme à son père et è son matlre, quelles ont éié non-seulement ses occupations publiques, mais encore les plus secrètes, et afin qu'il ait la bonté d y corriger ce qu'elle jugera défectueux. Ce qu'on y trouve quand on la lie, c'est l'esprit de Dieu qui animait le saint homme, et qui le remplissait également de ses lumières et de son amour. 11 y parait aussi dégagé delà terre que s'il eût d<^jà été au ciel; et, ce qui est rare, c'est qu'aussi attaché h Dieu que l'anachorèle le plus retiré, il était d'une exactitude infinie à remplir an dehors tous les devoirs publics auxi|ucls l'engageaient sa pourpre et le Saint Père. Telles furent ses saintes et fructueuses occupations pendant les quinze années que Paul V gouverna l'Eglise. Ce Pape, après avoir étendu le royaume de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde, avoir envoyé des évéques aux Indes, des prédicalaurs au Japon, des nonces dans presque Coules les cours de TEurope, après avoir paeillé l'Italie, en obHgeant les ducs d«)

DlCTIO!llf. DIS CARDINAUX.

Savoie et de Mantoue à mettre bas les armrs qu'ils avaient prises an sujet du Monferrar, après avoir canonisé saint Charles et béatifié les saints Ignace et Xavier, alla recevoir dans le cietdes couronnes plus durables que celle qu'il avait portée sur la terre.

Des gens d'un zèle louable peut-être, mais qui n'était pas prophétique, l'avaient flatté que la grande œuvre de son pontificat devait ôlro la consommation de l'importante affaire qu'avait entamée Clément VIII, et à laquelle il n'avait pu mettre la dernière main, que c'était à lui que la Providence avait réservé l'honneur de finir les questions agitées depuis tant de temps entre les Dominicains et les Jésuites. Il les remit effectivement sur le tapis, il fit recommencer les disputes, il rassembla les congrégations gui en devaient faire la discussion, il prit sur cela l'avis des plus pieux et des plus savants hommes de TEurope. Le cardinal Arrigon eut ordre d'en écrire à l'évoque de Genève, François de Sales, pour en avoir son opinion. La réponse du saint prélat fut « qu'il avait étudié exactement les matières sur lesquelles Sa Sainteté lui ordonnait de s'expliquer, et qu'après les avoir examinées à fond, ii avait trouvé de«part et d'autre des difficultés qui l'avaient effrayé; que, dans sa pensée, le temps n'était pas encore venu de prononcer sur des «points si difGciles et si importants, qui avaient d'ailleurs de cAté et d'autre de si grands génies et de si habiles hommes pour défenseurs ; enfin que, s'il était cru, on travaillerait beaucoup plus h faire un bon usage de la grâce qu'à faire sur cette grâce des disputes qui sont en danger d'altérer la charité. » Il parut par l'événement que le sage pontife préféra le conseil pacifique de François de Sales è celui de quelques zélés inquiets et empressés, qui le portaient à précipiter sa décision.

Ce gui est certain, c'est que si Clément vlll, au moins en un certain temps a voulu décider la cause, la mort lui en a ôté le pouvoir, et que si Paul Y a pu, comme on n'en saurait douter, prononcer sur celte affaire, il faut qu'il ne fait pas voulu, puisqu'il vécut encore plus de treize ans depuis la dernière congrégation où parlèrent si efficacement les cardinaux Bellarmin et du Perron. Le Saint-Père se contenta donc de laisser les Jésuites et les Dominicains dans une pleine liberté de conserver leurs sentiments, leur permettant de les défendre à l'ordinaire, et menaçant les uns et les autres de sa disgrâce si, en les défendant, ils osaient, contre ses ordres, censurer les opinions contraires ou atlaquor contre la charité les auteurs qui les soutiennent. Ainsi finirent ces fameuses disputes dont il vaut mieux ensevelir la mémoire que de la réveiller.

Dans cette affaire, Bellarmin déploya son éminent savoir; toujours modeste néanmoins et cherchante s*effacer, il disait qu'il faisait plus de cas d'un degré de charité devant Dieu que de la plus haute répulalion devant les hommes. Ce mépris do la gloire

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du momie semblait Être né avec lui; il l'avail beaucoup augmenté dans la religion, et ce qui n'est guère ordinaire, il l'avait perreclionné dans la cour même, principaii>ment à la mon des Souverains Pontifes. En les voyant, ces hommes révérés do l'uiiivcrs, du faite des grandeurs où ils étaient auparavant, descendre dans l'obscurité du tombeau pêle-mêle avec le reste des mortels, il concluait qu*il faut peu compter sur tout ce qui flatte ici-bas l'ambilion ; que toute la terre est un point qui disparaît a la vue du cieiy et qu'à des Chrétiens» instruits des principes de la foi, rien ne doit paraître estimable que les biens éternels. Ces solides pensées le dégoûtaient da son eii4 et le faisaient soupirer après la céleste patrie. 11 parlait des divers événements de la vie, des révolutions des Etats, des vicissitudes de la fortune et de tout ce qui se passe dans le monde, d*une manière h désabuser ceux qui s'en laissent enchanter. Il ne pouvait concevoir que des hommes raisonnables courussent après des ombres qui leur échappent des mains au moment où ils pensent les embrasser, et que des Chrétiens, nés pour lo fiel, au lieu d'y élever continuellement leurs yeux et leurs désirs, les eussent toujours attachés à la terre. Tout ce qui s'y appelle grandeur ne lui paraissait qu'un néant; il en avait un profond mépris, il nVstimait rien que ce qui est éternel, et c'est ce qui lui faisait regarder avec une espèce d'impatience la lin de sa vie qui devait être le commencement de son éternité. « J'ai assez vécu, » disait-il, « il est temps do terminer une si longue carrière. »

CVst un sentiment dont il aimait è s'ouvrir avec ses amis, et il le fit surtout d'uno manière singulière au P. Bernardin Realin, avec lequel il avait depuis longtemps contracté une étroite amitié. C'était ùq homme, selon le cœur de Dieu, aussi vide de toute la fausse prudence du siècle, qu'il était rempli de la vraie sagesse évangéliaue ; se méprisant lui-même, autant qu'il était estimé de tout le monde; aimé des pauvres, dont il était le père, recherché des grands, dont il avait mérité la confiance ; révéré des peuples, au salut desquels il était dévoué. La ville de Lecce, dans le royaume deNaples, è 26 kilomètres de l'Adriatique, l'a pris pour sou prolecteur, après avoir, dans les besoins Us plus pressants, éprouvé, pendant k2 ans qu'il y fil son s^our, le crédit qu'il avait auprès de Dieu. Lorsque Bellarmin fut provincial de la province napolitaine, il avait déjà pour ce serviteur de Dieu une vénération profonde, et il lui en donna des mar- Ïues dès qu'il mil le pied dans le collège de ecce pour le visiter. Car, dès qu'il parut, il alla avec empressement au-devant de lui, et se jeta à ses genoux pour Tembrasser. L'humble religieux s'y jeta de même, plein de confusion de voir son supérieur à ses pieds, et ils se tinrent longtemps serrés en teite posture. Ces deux saints personnages éiaieot enfin parvenus à une extrême vieillesse, et ils attendaient, avec une égale sol-

licitude, lejour du Seigneur, lorsque Antoine Beatillo, Jésuite assez connu en Italie par les histoires sacrées qu'il y a publiées» allant prendre congé du cardinal, et lui demander ses ordres pour Lecce, où il défait passer : « Père Antoine,» lui dit-il, « vousallei voir le saint vieillard B. Réalin; c'est uu homme aussi consumé par ses fatigues que par ses années; il est heureux d*être au Lout d'une vie qu'il a si glorieusement employée au service du Seigneur; la terre n'est plus pour lui, puisqu'il n'est plus en étatd*y travailler selon ses désirs : dites-lui de ma part que le ciel l'attend pour le couronner. Qu'il aille a la bonne heure dans ce bienheureux séjour; qu'il ^ aille sans délai. Si Dieu écoute mes soupirs et s'il me fait miséricorde, je l'y suivrai bientôt. » Beatillo s'acquitta udèlemenl de sa commission, el il fut chargé par l'homme de Dieu de répondre de sa part au cardinal, « qu'étant h l'âge de 86 ans, il ne lui était pas mal aisé de lui obéir, qu'il prétendait bien partir bientôt pour le grand voyage de l'éternité, et que Sa Seigneurie ne devant pas lui survivre de beaucoup d'années, il l'assurait de la part de Jésus-Christ des récompenses qui lui étaient préparées au même terme. » La léponse fit tout le plaisir imaginable h Bellarmin, et, peu de temps après, ayant appris l'heureux trépas de son ami, il espéra que les jours de son pèlerinage allaient finir. C'est vers ce temps qu'il composa son Art de bien mourir^ qu'il pratiqua lui-même le prenner.

Selon le saint cardinal, dans son traité De la bonne morl^ les dispositions qu'on y doit apporter sont de deux sortes : les unes sont éloignées, les autres sont prochaines. Les premières, qui toutes se réduisent h la bonne vie, se sont fait voir avec éclat dans la vie de Bellarmin. C'est ici le lieu d'exposer les autres que lui-même fait consistc^r dans de fréquentes pensées de la mort et de ses suites, dans l'usage des derniers sacrements, et dans la manière de te défendre des ennemis du salut, qui redoublent tous leurs cITorts pour dépouiller un mourant do tout ce qu'il a amassé de biens spirituels pendant sa vie.

Bellarmin n'attendit pas pour songer h la mort qu'elle vint se présenter à ses yeui; il sut se la rapprocher par la pensée, alors même qu'il avait sujet de s'un croire encore éloigné. Hais, quand il eut passé l'Age do 60 ans, on peut dire qu'il en fit l'objet continuel de ses méditations; il se familiarisait avec elle, et, pour apprendre è bien mourir une fois, il s'exerçait a mourir tous les jours. Son étude principale était d'examiner son cœur, et, dès qu*il y trouvait le moindre attachement à la créature, il en faisait aussitôt le sacrifice au Créateur.

Il délibéra s'il ferait un testament ; il avait si peu de choses, qu'il pencha à n'en poini faire, à l'exemple de saint Augustin, dont il est écrit, « qu'étant pauvre de Jésus-Gbrisl, il n'eut rien a léguer. » L'appréhension gu'ij cut,cependant,quelepeu qui luiresteraitue

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bCS CARDINAUX.

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