‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 39 sur 350 · CEL · texte numérisé non relu

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passât k ses proches, le flt résoudre à dc-^ mander k Clément VllI la permission d*en disposer purement en legs pieux. Le Ponlife lui en fit expédier un induit beaucoup plus ample qu'il ne l'avait demandé. Ce fut le 8 avril 1603, la douzième année du poulificat de Clément. Il y avait à peine un an que Bellarmin élait archevêque de Capoue, que regardant celle église comme son épouse, il l'institua son héritière universellR : mais depuis, obligé de la quilter, ce qu*il avait projeté de faire p()ur celle épouse, il le lit pour la Comftagniey qu*il aimait comme sa mère. Au reste, on ne trouva chez lui ni sommes considéraolest ni meubles précieux, ton intendant n'nyant jamais pu gagner sur lui qu'il conservât quelque chose de son revenu d'une année è raulre;à l'excoplion de co qu'une indispensable nécessité exi-* iV^ait dans son palais, il n'^ souffrit rien à son usage, que ce qu'un saint religieux se fût cru permis d'avoir dans sa cellule.

Ce dépouillement, rare dans un homme de son rang, étonna les Souverains Pontifes; Clément Vlll en fut plus d'une fois dans l'admiration. « Quel homme êtes-vous 1 » lui disait Paul V, « que vous ressemblez peu à une foule de gens dont je suis environné ! ils demandent sans cesse, et vous ne demandez jamais ; on ne saurait les contenter, quoi qu'on leur donne; je ne vous donne rien, et vous êtes toujours content. » Le Saint-Père pouvait ajouter que ce peu qu*il avait semblait être moins à lui qu'aux autres. Toute la réponse de Bellarmin était que Dieu ne l'avait pas fait pour être riche, « qu'il était né pauvre gentilhomme, qu'il avait été pauvre religieux, qu'il se contentait de vivre et de mourir pauvre cardinal, et que Sa Sainteté ne serait jamais importunée des demandes qu'il ferait pour lui. )»

Il ne se mettait guère en peine des biens de la terre; son trésor élait au ciel, et il no se plaisait k songer à la mort que parce qu'elle lui devait ouvrir cet heureux séjour, oill sont les véritables richesses. 11 ne parlait d*aulre chose que de ce passage fortuné, qui finit les misères du temps et commence le bonheur de l'éternité. Son ardeur se redoubla quand il apprit la mort do son cher ami Baronius; il lui porta une sainte envie, et ne fit plus que languir dans l'impatience de l'aller rejoindre dans la jouissance de celui dont l'amour consomme toutes les véritables amitiés. On l'entendit s*écrier avec l'Apôtre {Philip, i, 23) : Quand arri- Ttra Vhtureux jour de ma aiisolution el de mon élemelle union avec Jétus Christ ?

il avait prédit sa mort longtemps avant qu'elle arrivât, et il en discourait avec un sang-froid qui marquait bien son tranquille abandon entre les mains de Notre-Seigneur. Après la mort de Paul V, comme il fut question d'assembler les cardinaux pour lui choisir un successeur, Bellarmin dit au cardinal Monlalte : « Nous allons élire un Pape au cœur de l'hiver : celui qui le suivra sera élu au fort de l'éié; mais ni vous ni moi n'assisterons k son élection. » La prédiction

se vérifia dans toutes ses circonstances; car Grégoire XV, ayant commencé son pontifical le 9 février 1622, l'acheva le 6 juillet 1623, ayant donné au monde chrétien cinq illustres protecteurs par la canonisation des saints Isidore, Ignace, Fr. Xavier, Philippe de Néri, et.de sainte Thérèse ; de sorte que, pour remplir le siège vacant, le Sacré Collège fut obligé d^entrer au conclave dans le temps de la canicule, pendant laquelle fut proclamé Urbain VIII ; le cardinal de Monlalte et Bellarmin, selon sa prophétie, étant morts depuis près de deux a:i8. Il annonça encore plus explicitement sa mort à uu chanoine de Capoue, qui Tétait venu voir h Home en 1621 ; car il lui en marqua l'année, le mois et le jour, en lui disant en termes précis, qu'il mourrait celte même année, en septembre, un vendredi, jour où l'Eglise ferait la fête .des Stigmates de saint Françojs, et il ajouta encore a d'autres qu'il attendait cette grâce de Noire-Seigneur par Tintercession de ce grand saint, à qui il avait une dévotion particulière.

. Plein de ces pensées, à la mort de Paul V, il es|)éra qu'un nouveau Pape, le voyant en un si grand Age, el consumé de fatigues, Ib laisserait passer en repos le peu de jours qui lui restaient. S*il n'eut pas sitôt la con« solation dont son espéranci* l'avait flatlé pour son avantage partic'JIie^, il en eut une autre très-importante pour le bien commun de TËglise. Le cardinal Ludovisio, neveu du Ponlifequi venait d'être élu, ayant prié Bellarmin de contribuer par ses lumières et par ses conseils 5 rendre célèbre le pontificat de son oncle, celui-là s'ouvrit tout d'abord à lui, et lui représenta si clairement de quelle importance il élait que Télection des Papes se fit par des suffrages secrets, qu'il le fit convenir que ce serait une source de gloire immortelle à Grégoire, s'il en faisait une bulle expresse. Ludovisio s'engagea à Bellar- ^ min d'y porter Sa Sainteté; et il lui tint si bien * sa parole, que cette fameuse bulle fut dressée et publiée à l'édification de toute TBglise, telle que Tavaitdésirée*le.serviteur de Dieu, qui ne pouvait terminer sa vie par un service plus considérable è cette sajnte épouse de Jésus-Christ.

Il ne crut pas, après cela, que la Providence exigeât de son zèle rien autre chose, que d'cmplovHr ses derniers etforts è achever de remplir la mesure d*e perfection à laquelle elle Tavait destiné. Il résolut alors de presser sa retraite de la cour. Pour y réussir plus aisément, il ne proposa qu'une partie de ce qu'il avait envie d'obtenir; il demanda d'abord d'être déchargé de la congrégation du Saint-Ollice et de celle de l'examen des évêques, alléguant ses fréquentes incommodités, et surtout sa surdité, qu'avait augmentée beaucoup un violent catarrhe. Cette raison, qu'il conjura le cardinal Bandini de faire valoir aujirès du Souverain Ponlife, lui parut d'une lorce invincible pour persuader à Sa Sainteté qu'il ne lui restait plus que la bonne volonté de lui être utile, et que ses infirmités le mettaient daus

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rimpuissance de lui conlinuer ses services. En effet, il emporta enfin ce qu*il avait si vivement désiré depuis longtemps, et ce que le vicaire de Jésus-Christ eut tant de peine à lui accorder, de se retirer dans unemaisoi) de la Compagnie.

Il choisit le noviciat de Saint-André, où, ayant appris autrefois à vivre sainlemeni, il espéra qu'il apprendrait enfin è iuen mourir. Il y entra le 16 août 1621, avec un épanouissement de cœur qui parut sur son visage à tous ceux qui l'y reçurent, et qui leur fut un témoignage, et de l'aversion qu'il avait de la cour, è laquelle il renonçait, et de sa tendresse pour la chère maison qu'il avait prise pour le Heu de son repos.

Afin d'en goûter les douceurs, il s'interdit les fonctions publiques, ne s'étant réservé que la cause du bienheureux Philippe de Néri, qu'il avait entreprise, partie par l'estime qu*il faisait d'un homme si digne d'être mis au catiilogue des saints, partie en considération du cardinal Baronius, qui avait été disciple et compagnon de cet illustre fondateur de l'Oratoire. 11 ne put se défendre d'assister encore une fois à la congrégation de l'Index pour une affaire importante qu'il s'était chargé de rapporter. Il en fut si fatigué, qu'il en revintavec une grosso fièvre qui l'obligea, au retour, à se mettre au lit. L'accès fut très-violent.

Ces symptômes, dans un commencement de maladie, firent craindre qu'elle ne fût mortelle, surtout dans un homme de 79ans, encore plus usé par ses travaux et ses longues applications, que par un âge si avancé. Les médecins, gui ne purent en dissimuler le danger, jetèrent le trouble dans toute la maison. Le malade, revenu de son délire, porta le même jugement de son mal; mais, loin d'on être alarmé, voyant approcher le jour heureux qui le devait mettre eu possession du même Sauveur, c|uo Siniéon avait eu le bonheur de tenir entre ses bras, transporté comme lui d'une sainte joi»3. Cat main^enan^, dit-il, Seigneur que vout laisterex aller votre êervileur en paix êelon voire parole, {Luc. ii, 29.} Son mal, cependant, eut des alternatives qui firent croire qu'il n'était pas si près de quitter la terre, qu'il se le figurait : il se trouva mieux quelques jours après; et Amérigi, général des célestins, lui témoignant l'espérance Qu'il avait de son retour, sur les 'signes qu il en aperçut dans son air et dans sa couleur : « Ce sont des apparences fort équivoqucs,surlesquellesil ne fautpas compter, » lui répondit le cardinal ; « il y a quelquochosede plus solide en moi, qui m'ass ure d'une mort prochaine, et qui me fait ente ndreque je n'ai plus que très-peu detero^< k vivre. Et n'est-ce pas assez, » ajouta-t-il, « mon exil n'a-t-il pas été assez long, et n'estil pas temps que j'aille à ma patrie? »

La maladie dont il fut atteint , et qui 1% conduisit au port qu'il désirait, était singulière. C'était une fièvre aigué et ardente ; elle était proprement double-tierce-continue% les accès entrant d'ordinaire les uns

dans les autres avec redoublement. Ces accès faisaient en lui conrme deux fièvres toutes différentes, dont l'une, accompagnée de transports et de maux de'tête violents, lui causait le délire : l'autre lui allumait un feu dévorant dans les entrailles, mais lui laissait un plein jugement, afin qu'il ne perdit rien de ses douleurs, et qu'il en sentit toute la pointe. Dans cette diversité d'accès, il paraissait toujours le même, patient, doux, gracieux à tous ceux qui venaient le Tisiter, se découvrant la tête pour saluer, soit qu'il fût en délire ou non; ce qu'on n'apercevait que parce qu'il y avait moins de suite dans ses discours. Au reste, il y faisait toutes les mêmes choses qu'il aurait faites, s'il avait eu l'usage de la raison. Jamais on n'entendit sortir de sa bouche aucune parole qui touchAl les affaires publiques ou secrètes, qu'il venait de manier. Il ne parlait que de ce qu'il avait dans le cœur, c'est-h-dire de la grande, de l'unique affaire qu'il allait terminer. Co qui est étonnant, c'est que, sachant plusieurs langues* il parlait presque toujours la grecque pendant son délire, quoîq^ue l'usagé de l'italienne et de la latine lui fût beaucoup plus ordinaire en tout autre temps. A Kheure de la nuit, où il avait coutume de réciter les Matines, on le voyait, pour les commenceralever les yeux au ciel, faire le signe de la croix; et, poursuivre autant que la mémoire lui fournissait avec les inclinations de tête au Gloria Patrie et tous. les autres actes de piété, qui lui étaient ordinaires dans la r^ citation de l'Office divin.

L'ardeur de sa fièvre et l'extrême faî* blesse où il était réduit, ne rempéchèreni pas de se jeter à terre pour communier, s'anéantissant, autant qu il lui était possible, k la vue de son Seigneury qui lui faisait Thonneur de le visiter. Comme il le reconnafssnit et l'honorait dans la personne de son Vicaire; il reçut avec un respect religieux Grégoire XV, qui vint le voir dès les premiers jours de sa maladie. Dès qu'il Ta^erçut dans sa chambre, plein de confusion, la tête nue, il se courba profondément ; et, dans cette humble posture, pénétré d'un sincère sentiment de sa bassesse : « Qui suis« je, en vérité, Saint-Père, »s'écria-i-il, « pour que Votre Sainteté m'honore de sa visite? » — « Je voudrais vous la faire, » répondit le Pape , en une meilleure occasion ; « votre mal m'afllige, mais votre patience et votre résignation me consolent ; je prie le Seigneur de vous rendre une vio oui m'est si chère. » — « Elle n'a été que trop longue,> re* prit Bellarmin, « me voici sur la fin de ma soixante-dix-neuvième année; je ne désire plus de vivre, mais seulement de faire la volonté de Dieu jusqu'au dernier soupir de ma vie ; c'est è Votre Sainteté, si nécessaîne è l'Eglise, que conviennent mes années, el encore de plus longues. »— « Ce sont vos mérites et non pas vos années que je souhaite, » répartit obligeamment le Pontife, en lui tencfant les bras pour l'embrasser ; il le fit deux ou trois fois ; et demeurant quel-

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DES cardinaux:

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que temps serrés ensemble, iSs

ronsur raulrei et firent des vœux mutuels

de se reroir dans réternité.

Grégoire était k peine sorti de Saint-André, qu*ODy iniroduisillecardinalMattei Barbarini, depuis Urbain VIII. Quand ce grand homme, qu une véritable estime et une sincère amitié araienl attaché h Bellarmin, apprit le danger où il était, vivement touché ^ il vint lui en témoigner sa douleur avec des manières si tendres et si honnêtes, que le serviteur de Dieu en resta confus. Il lui dit entre autres choses, « qu*ajanl été ici-bas si utile à PEglise, il était sûr qu'il n'aurait pas moins de zèle pour elle dans le ciel, et qu'il y soutiendrait, par ses intercessions, celle que, pendant sa vie, il avait édiSéo \iar ses exemples et défendue par son savoir. » — « Votre Seigneurie , » répondit l'humble malade, « estime trop ce que j'ai tâché de faire pour Tépouse de Jésus- Christ ; ce que Tai fait est si peu de chose, et réiat imparfait où je me trouve, étant près de paraître devant Dieu, est si peu digne de sa présence, que je n'ai guère lieu de présumer que je doive avoir assez de crédit pour lui servir, auprès de la divine Majesté, d*un fort puissant intercesseur.» C'était une succession continue de cardinaux et de personnages considérables, qu'une vénération sincère et non une vaine cérémonie, aUîrail au pied de son lit, pour y révérer sa haute vertu, être les témoins de son admirable tranquillité et recevoirsa bénédiction.

La Cèvredontil était brûlé lui avait causé une sécheresse de bouche insupportable;

Îuelque permission qu1i eût des médecins *user au moins de gargarismes, il ne put se résoudre à prendre ce soulagement, de peurd*ôlre & chargea ceux qui le servaient, et de perdre l'heureuse occasion que lui présentait Notre-Seigneur, de l'imiter dans la soif qu'il endura liii-mème sur la croix. il n*eut plus de pensée que de ce Dieu crucifiéf dès qu'on lui eût annoncé qu'il était près de sa On. C'est le neuvième jour du sa maladie, que son ancienhmi Mulio Vitelleschi, alors général de la Compagnie, lui rendit cet office d'amitié, sans aucune de ces précautions usitées dans le siècle. Quand un homme a bien méprisé le monde, il n'est pas besoin de ménagements pour l'avertir de le quitter. Dès que le malade eut entendu cette parole, il sembla reprendre ses forces et s'écria: «O la bonne nouvelle I » Deux jours après, il remit au général son testament ; il n'y Gt, quelques jours avant sa mort, que deux changements qu'il y ajouta en forme de codicille. Comme il avait chaneé de litre, et qu'il eût celui de Sainte-Praxiue

pleurèrent L'intérêt de son Ame lui tenait bien piua au

cœur, dans le temps surtout où il allait paraître devant Dieu. Il se fît lire la mort do saint Charles, pour en faire le modèle de la sienne, comme il avait tâché de conformer sa vie à celle de ce grand saint. Ce qu'on lui lut de l'humble et amoureuse ardeur du bienheureux prélat, dans la réception des derniers sacrements, ne contribua pas peu h augmenter la conGance qu'il avait en ces souverains secours, dont l'Eglise fortiGe ses enfants, quand ils sont près de faire le grand voyage de l'éternité. Il espéra le faire heureusement, quand il aurait reçu le saint viatique. Dès que le général de la Compagnie, qui lo lui apporta, eut mis le pied uans la chambre, le serviteur de Dieu n*écouta plus que sa foi, son respect et son amour. Quol-

aue prière qu'on lui Rt, dans l'extrémité où était, de n'en pas user comme il avait fait dans ses autres communions, on eut beau lui représenter qu'il ne pouvait sortir du lit sans un risque évident d'avancer sa mort : on ne put le retenir; il se leva de lui-même avec une vigueur que pouvait seule lui inspirer la présence de l'Auteur de la vie. Emporté par rimpétuosiié do son amour, il s'élanga par terre avec une promptitude qui surprit et effraya tous les assistants. Ses officiers lui jetèrent une simarresur les épaules, et ils le soutinrent. Cependant l'esprit anéantit le corps courbé et le cœur pénétré de la plus douce et de la plus teudre contrition, il reçut son Créateur, et, avec lui, les gages delà future gloire après laquelle il aspirait. Toujours prosterné, il continuait à lui rendre ses hommages, quand, épuisé par l'effort qu'il venait de faire, et peut-être encore plus par la violence do son amour, il demeura sans force entré les mains decoux qui le soutenaient et qui le remirent au lit; il parut revenir h lui dès qu'il y fut, et il prit tout le loisir de s'entrenir avec le divin hôte qui avait daigné le visiter.— Après en avoir ^oûlé la présence pendant quelques heures, il demanua l'extrême-onction ; rien ne pressait de la lui conférer que la sainte impatience qu'il en avait; il fallu! contenter sa dévotion.' On l'entendit répondre d'une voix ferme à toutes les prières, et on lo vil à chaque onction qu'on appliquait sur ses sens, s humilier de l'abus qu'il pensait en avoir fait, et en demander injstamment pardon à Dieu par les mérites de Jésus-Christ son Fils. Il ne voulut plus perdre de vue cet aimable Sauveur, en qui il avait mis ses espérances; il en Gt placer Timage aux pieds ae son lit« pour l'avoir toujours devant les yeux, pour demeurer en esprit dans ses plaies, pour y cacher sa vie mourante et y remettre enfin

au lieu de celui de Sainte-Marie du Chemin, ' son &me, quand il plairait au Seigneur delà

il voulut que la donation qu'il avait faito délivrer des liens de son corps mortel.

en faveur de la première éi^lise, fût trans- -^ Dans la profonde tranquillité dont jouis-*

féréeè l'autre. Le cardmal Fierre Âldobrandin étant mort, il lui substitua le cardinal Hippolyte Aldobrandiu» pour être exécuteur de son testament.

Celle disposition de son temporel ne loi fit pasgrand embarras ; il avait si peu dechosel

sait cette Amo pure en allant aux noces de l'Agneau, une pensée le préoccupait, c'est que le titre de son héritière universelle serait onéreux à la Compagnie, par l'obligation qu'il lui laissait do faire ses funérailles. Mais, outre qu*il avait pris soin d'en diini-

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niier les frais, on ordonnant quVIles se fissent sans pdmpe et suivant Tusagedes Jésuites, sa tenture amitié lui GX trouver encore un eipédient : ce fut d*ohtenirdu Souverain Pontife la remise des cinq cents écus d*or que doivent pa^'or ^es héritiers d'un cnrdil nal, quand on leur remet l*anncau qui lui a été donné avec la pourpre, en la cérémonie do la promotion. Ayant obtenu celte grAce, il en tut extrêmement consolé et n'en attendit plus qu'une, qui devait mettre le comble h toutes tes autres, c'était In bénédiction du Saint -Père, que Sa Sainteté lui envoya, comme il l'avait souhaitée, avec une indulgence plénière, qu'il reçut tête découverte, en prononçnnt le CoD/!reor, avec les démonstrations les plus touchantes de sa piété en* vers Dieu, et de sa reconnaissance envers celui qui tient sa place sur la terre.

Le tiruit s'élaiit répandu h Rome qu'il nn« prochait de sa fin, le deuil y fut* général ; on y pleura partout la perte du saint cnniiiial. C'était, en la maison (2e Saint -André, un concours de cardinaux, de seigneurs romains, de tout ce qu*il y avait d'hommes distingués ; tous admiraient cette paix sainte qui paraissait sur son visage. Les uns, lui prenant la main pour la porter à leur cœur et à leur bouche, les autres, lui demandant sa dernière bénéiliction, lui donnaient les marques d'une estime qu'on n'a que pour les saints. Comme il avait toujours été naturellement bon, et que sa bonté augmentait k mesurequ'il était plusprès de celui qui en est la source, il fut contraint do bénir ceux qui l'en pressaient ; et c'est ce qu'il ne put refuâeraux prières qui lui furent faites par les ambassadeurs Jes princes étrangers pour leurs matircs.

Le ik septembre, sur le soir, dix-septième jour de sa maladie, il parut si mal aux médecins, qu'ils le jugèrent h l'extrémité, et tous prononcèrent qu'il n'irait pas jusqu'à la matinée suivante. Cet arrêt ne se réalisa point ; le Seigneur, qui voulait consoler son serviteur, et accomplir le désir qu'il avait eu depuis longtemps de mourir le jour consacré à la mémoire des Stigmates de saint François, opéra en lui un changement si prompt et si inespéré, que sa mort sembla miraculeusement reculée de quatre jours, pour lui faire atteindre le 17 septembre, auquel il souhaitait passer de cette vie en l'autre. Il se livra aux exercices de la j^lus pure religion jusqu'au soir qui précédait immédiatement la fête dos Stigmates de saint François, et, comme il avait prédit que son dernier jour serait celui do cette solennité, il le regarda avec la complaisance d'un voyageur fatigué de la longueur du chemin, et qui se voit près de son terme; il redoubla sa ferveur, pour se hAter d'y arriver heureusement; et il employa, sans relâche, ce qui lui restait de temps, pour mériter l'éternité. Quelques heures avant minuit, il entra dans l'agonie. Tout innocent qu'il avait vécu, il voulut mourir en pénitent; il récita le Miserere tout entier d une voix faible, mais affectueuse et entrecoupée de soupirs; il

prononça de même toutes Ijbs paroles da l'Oraison dorainiC'ile, de la Salutation angelique et du Symbole des apôtres, pour eiprimer la joie qu'il avait de mourir enfant tie Dieu, de la sainte Vierge et de l'Eglise, Les doux noms de Jésus et de Marie étaient toute la consolation de son cœur; il répéta plusieurs fois avec tendresse cette prière si propre h fortifier un fidèle dans ses demie* res faiblesses : Sainte Marie, mère de DieWf priez pour nous qui sommes pécheurs , ifuiiii* tenant et à l heure de notre mort. A ces» mnts« tous ses domestiques, percés de la plus vive douleur, jetaient des cris lamentables, et il n'y en avait pas un qui ne semblât devoir mourir avec un si bon mattre. On avait fait venir autour de son lit tous les novices^ pour les animer h la vie sainte, par le speetacle consolant do la bonne mort, qui eu est d'ordinaire la suite et le couronnement. Il eut de la joie de voir cette troupe tendre et affectionnée de chers enfants ; il leur accorda volontiers la grâce qu'ils désiraient, de lui baiser la main, et il leur donna sa bénédiction paternelle, comme le ga^o qui lui restait h leur donner, de la vraie amitié qu'il avait toujours eue pour eux. Plus do cent Jésuites s'étaient rendus des maisons de Rome en celle de Saint-André, pour être témoins de la fin du saint homme; tous è genoux dans sa chambre, sans excepter le général lui-même, iondaient en larmes aux pieds de son lit. Mais c'était moins la tristesse, qui les faisait couler de leurs yeus« que la dévotion dont ils étaient pénétrés ft la vue du vénérable vieillard, qui commençait, comme l'aigle, à renouveler sa jeunesse dans la ferme espérance de la vie future. Rien ne les toucha plus vivement que le dernier effort de l'heureux mourant qui, ayant perdu la parole, prit encore d'une main le crucifix , et de l'autre se découvrant la tête, Ql tout ce qu'il put pour Vj portert en signe do l'hommage qu'il rendait au souverain domaine du Créateur sur lui; eU l'ayant plusieurs fois baisé, il l'appliqua sur son cœur, afin qu'il en fût le défenseur et qu'il en reçût les derniers soupirs. Il rendit heureusement son esprit, après avoir* d'une voix basse mais tendre, prononcé jusqu'à trente fois l'adorable nom de Jésus.

Ainsi mourut, collé a Jésus crucifié, celui qui avait vécu uni à lui par amour et par imitation. C'est le matin du vendredi 17 septembre 1621 qu'il sortit do cette vie, chargé . de bénédictions par les pauvres, dont il avait toujours fait profession d'être le père, pleuré par les Jésuites, qu'il avait aimés et protégés jusqu'à la mort; regretté de toute la ville de Rome, qu'il avait édifiée par ses exemples; révéré des cardinaux , qui avouaient Ions qu'il avait fait l'honneur du Sacré Collège et qui tous mêlèrent leurs larmes è celles des Pères de la Compagnie; respecté comme un saint par le Souverain Pontife lui-môme.

C'était, sans contredit, un dos plus savants, des plus saints rU des plus aimables hommes do son temps ; et on peut dire avec justice que ces trois traits, de sainteté, de science

cl im boulé rfsament son Tériiab'.e e^nic- 1ère. Il afiit Tesprit éleré, facile « solîJe, pfr>élriDlt cultîTé par rétude consiAn!e de traies les scîeoeps ; le cœur droit et sincère. fnneinî des înlricues des cours, ei des artîflcieuses fooii>er?es du siècle: uu naturel charmant, une humeur arable, des inciinatioos bienfaisantfS « qui le portaient i obliger tout le monde, et une é^'o atc^rsion è faire de la peine à qui que ce fût. Reconnaissent, autant qu'on le peut être, des plus petits serfices qu*on lui renJait.ii n*eiigeiil nulle reconnaissance des p'us considcrables qu'il rendait Uii-rôèni'? aui autres. Content de faire du bien, il ne cherchait, en la faisant, d*autre satisfaction que do plaire è lésos-Christ. La charité semblait éire née avec lui ; et le Dieu de la charité, rayant formé dès son enfance aux exercices* de cette divine yerlu , qui est la maîtresse de toutes les autres, lui avait donné toutes les qualités quVxige en elle saint Paul dans sa

Bemière épltre aux Chrétiens do Corinthe. le était douce, patiente, inaltérable, sans eOTiey sans enflure, sans ambition, sans aigreur, établissant, pour ainsi dire, dans son cmar un port tranquille, où les passions humaines n*excitaieni aucune tempête. Cette excellente vertu avait éleré autour de lui une espèce de rempart, qui le rendait inaccessible h la malignité, et qui empêchait d'arriver jusqu'à lui les jalousies, les soupçons, les idées peu favorables au prochain. Persuadé avec un Père de TEgiise et un grand Pape (saint Léon), qu'il est peu do bien préférable h celui de ne nouvoir et de ne savoir nuire à personne, il jouissait de cette heureuse impuissance, qu'une constante habitude, avec un grand fond de bonté, lui avait rendue comme naturelle. On avait beau lui faire du mal, il ne pouvait se persuader qu'on eût dessein de lui en faire ; et quand la mauvaise volonté d*autrai avait paru évidenle, quelque pouvoir qu*il eût de se venger, on lui trouvait toujours le cœur désarmé. Toutes ces admirables qualités faisaient en sa personne un mérite peu ordinaire, que lui seul ignorait, et qu*admirait la capitale du monde chrétien. C'était un seiitiment commun, qu'il o*j avait pas de dignité dans TEglise, sans excepter la souveraine, à laquelle il ne pût faire honneur. Seul il se croyait indigne des moindres rangs ; et quand il fallait que malgré lui il y montât, on voyait sa modestie dans une violence qui le faisait autant admirer que le reste de ses vertus. Ce qui parut en rui une espèce de simplicité à des esprits imbus des fausses maximes d'une politique mondaine, était aux yeux de ceux qui jugent des choses selon les règles do rEvangile, reffel d'une véritable sagesse. Dans cet esprit, il pratiqua à la lettre le haut enseignement de l'Apôtre saint Pdul : il fut MUS malice comme un enfant ; et l'esprit de lumière, qui éclaire les parfaits fut toujours l'Ame de sa conduite. Dans le temps de sa jeunesse, ou dans celui d'un âge trèsavancé» il se conforma à l'avis que donne

DES CIlUtCVAIX. tCL «s

saint Augustin, de joindre Penfanoe aiec

la vieillesse, de sorte quVtant enfant . i; eut unv> humilité sans imnruJen.^ , et devenu vifiîlard, il eut la pru.1 nce sans oryiiei; et sans présomption : telle fut la grande âme de Bellannin.

Elle animait un corps, qui ne rt^ponîait pas tout à fait k sa grandeur : sa taille était un peu au-dessous de U mv\renne ; il ét.iit aisi^ déjuger que son Age et sVs travaux Pavaient mémo un tvu courtv. Il ne laissait j>as d'être bien pris dans sa stature, et dV vor une certaine majesté , 3i laquelle sa douceur et sa modestie ajoutaient une jîrAco p.irticulière. Sa tête, comme sa principale p.irlie, paraissait bîon être celle d'un homme au-dessus de lorilinaire; il avait lo fnv)t large et élevé, le nez long, les veux vifs et brillants et toute la physionotnie d'un grand esprit. Il avait au reste lo tour du visage agréable, l'air gracieux, la bouche proportionnée, et, tant qu'il fut jeune, un teint vermeil,dont quatre-vingts ansde fatigues purent il peine effacer les agréments. La vieillesse avait blanchi ses cheveux qu'il avait naturellement tirant sur le noir; mais elle ne lui avait rien 6té de son humeur enjouée , qu'il conserva jusqu*k la tîn, et qu'il sut parfaitement nccoriler avec tout le sérieux d'un homme sage, et toute la gravité d'un graïul prélat. Celte vieillesse, qiiolquo extrAuui qu'elle fût, ne lui eût pas mAme encore ruiné entièrement les forces, si Téludu et la pénitence n'avaient travaillé de concert aveu elle, pour achever de les atfaiblir. Car depuis cette espèce do guérison miraculeuse, qu*il obtint dans sa jeunesse parla ferveur de sa prière, quoiqu'il se trouvât de temns on temps épuisé par ses applications continues, il se rétablissait aisément (lar la bonté do son tempérament, et il était pour vivre uu siècle, comme il en menaça agréablement les cardinaux pour leur ôter ronvio do Télever à la papauté. Enfln on peut dire qu'il sarriOa vingt ans do sa vie, en s'accoutumant du bonne heure h la prodiguer h la gloire do Dieu, au salut des flmos et à l'utilité du l'Uglise.

Dès qu'on lui eut fermé les yeux, h poino avait-on nui les prières de TEglisu pour lo repos do son âme, que tout ce qui était do personnes dans la chambre, s'empressa de rendre à son corps, que le grand honuun avait si fort méprisé, tous les honneurs qu'on ne rend (J*urdinairo qu'A celui des saints. On le baisait, on l'arrosait do Inrnin.H, on lui faisait loucher des chapelets et dei médailles ; on enlevait tout ce qui avait été à l'usage du serviteur de Dieu; ou n'avait

(las môme attendu sa mort pour ledépouilcr do tout par une dévotion précifulén ; co qu'il avait, linge, habits, images do piété, livres do dévotion, instruments du pénitence, tout avait été exposé h ce pieux pillage. Les premiers cardinaux, les prélats 1i*h plus distingués avaient demandé avec mistances quelques-unes de ses dépouilles. Lu cardinal Farnèse qui, par la haute idée qu'il avait de la sainteie de Bollarmini avait voulu

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eire sacré par ses oinins évAque de Sabine, ayant été obligé, pendant la maladie do celui-ci» de partir de Rome pour Caprarola, écrivit de la au Jésuite Minutoli, confesseur du saint homme, « qu'il espérait bien qu'on lui garderait quelqu'une de ses reliques. » Ayant appris du môme Père qu'on lui destinait le bréviaire du regrettable défunt, il récrivit fi Minutoli en des termes qui mar-

!|uaient en môme temps, et l'estime qu'il aisait de ce pieux monument, et la tendre reconnaissance qu'il avait pour le Père qui le lui avait conservé. Il ajoute» « qu'afln que rien ne manque h sa consolation, il attend de l'amitié du Père, quMI l'aura recommandé aux prières du saint cardinal, qu'il lui fera un récit fidèle de sa bienheureuse mort et dos héroïques vertus qu'il y aura pratiquées, et que le recueil qu'il se donnera la peine de lui envoyer, sera de toutes les reliques de l'homme de Dieu la plus estimable eu elle-même et la plus utile pour lui. » C'est le le précis de la lettre qu'il écrivit de sa propre main dans son palais enchanté, dont les délices et les beautés n'avaient pas assez de charmes, pour lui faire oublier la perle que faisait I Eglise et qu'il faisait lui-môme en particulier à la mort de Bellarmin.

Dès la matinée môme, son corps, placé dans un de ses carrosses, fut porté en secret,.ainsi qu'il l'avait ordonné, du noviciat de Saint-André on la maison professe, accompagné seulement de Guidotti, maîtred'hôtel du cardinal, et de trois Pères do la Compagnie. Aussitôt qu*il y fut, une foule de personnes considérables, dos cardinaux, de8 princes, des prélats vinrent donner au saint homme toutes les marques de la plus religieuse vénération ; les uns lui baisant les pieds, les autres, entre lesquels surtout les seigneurs Celsi et Merlini avaient une dévotion singulière fi lui baiser les doigts de la main droite, qui avaient rendu tant de gloire à Dieu, en écrivant de si savants ouvrages au service de son Eglise; tous demandaient avec instances de ses reliques; on voulait avoir quelques-uns des objets dont il s'était servi. Pour contenter la dévotion de ces personnes illustres, auxquelles on ne pouvait rien refuser, il Tallut mettre ses habits en pièces; ce qui n'était pas diflicile : car l'amour qu'il avait nour la

Eauvreté, les lui avait fait user jusqu à tomer en morceaux dès qu'on y touchait. La nuit seule mit fin & ces empressements, et ce temps-là fut pris pour ouvrir le corps du serviteur de Dieu, malgré la défense qu*il en avait faite, et l'opposition qu'y formèrent les Jésuites, fidèles à observer, autant qu'ils purent, cet article de son testament. Caslellan, médecin du Pape, en ayant obtenu permission de Sa Sainteté, en fit l'ouverture, et laissant recueillir aux autres le sang et les humeurs qui en coulèrent, il se partagea le mieux, emportant avec lui la partie du crâne qu'il avait sciée. Le lendemain, on le revêtit de ses habits poniitii'aux, pour l'exposer à la façon ordinaire, avantja

cérémonie do son enterrement. Messieurs de la Congrégation de l'Assomption le Tinrent prendre en ia chapelle de la maison, et le portèrent eux-mômes & leur oratoirej afin d'y faire TOOice pour lui, comme pour un de leurs confrères; car le fidèle et zélé serri* teurde Marie s'était fait honneur d'ôtre de cette illustre assemblée, toute dévouée an culte de la Reine des anges. La foule fut si gran le b celte première exposition du cardinal, que quatre seigneurs des plus considérables, qui s'étaient chargés (l'empêcher qu'on n'en approchât, eurent bien de la peine avec toute leur autorité à se faire obéir. Ce fut bien un autre embarras l'aprèsmidi en l'église delà Compagnie, quand on sut qu'on y devait chanter l'OOlce des morts avec solennité; car le Pape no crut pas devoir écouter tout à fait Thumilité de Bellarmin au préjudice de sa pourpre; et s'il consentit qu'il fftt mis au tombeau commun des Jésuites, il voulut au moins qu'il y fût mis en cardinal et que le Sacré Collège, suivi du nombreux cortège qui en est inséparable, vengeât en quelque manière l'obscurité de la sépulture, par l'éclat Je sa présence.

C'est là que le concours du monde fut incroyable ; on y était accouru de toutes parts. L*église fut trop étroite pour contenir la multitude infinie, qui se pressait d'y entrer par les cinq portes, qui en étaient si occupées, que les maîtres des cérémonies désespéraient de pouvoir faire entrer le corps. Il fallut recourir aux suisses et aux massiers du Pape, et ce n'est qu'à force de menaces, de coups, qu'ils purent obtenir, en écartant la foule, un e$pai:e étroit, pour y faire passer la pompe funèbre, jusqu'à la chapelle ardente, où le corps devait être exposé pendant l'Office. Il ne put se célébrer avec la tranquillité qu'exigeait la sainteté de la cérémonie; le chant des psaumes fut interrompu par les soupirs eC par les cris des assistants : < Ah le saint cardinal I » s*écriait-on. On ne s'en tint pas à ces voix tumultueuses.On approcha de la représention malgré la carde. La garde, tout armée qu'elle était, allait être forcée par la foule, qui croissait toujours, si, pour en contenter la dévotion, les Suisses ne s'étaient avisés de prendre continuellement au bout de leurs hallebardes et les massiers au bout de leurs masses, des trousseaux do chapelets, pour les faire toucher au corps du saint homme. On y en fit toucher plus de vingt mille. La foule gagna eu* core du terrain à la fin de TOffice, et, lorsqu'il fut achevé, elle se crut tout permis; on enleva tout ce qu'on put prendre autour du saint corps, la mitre sur sa tôle, le chapeau sous ses pieds ; tout ce qui renaît è la main, était mis d*abord en pièces, et chacun emportait sa part. Enfin, il allait être dépouillé, si les suisses, de vive force, n'avaient contraint la populace à sortir de l'église.

Quand elle fut vide, on introduisit en paix et sans trouble les princesses et les dames les plus illustres qui, étant venues révérer le saint homme, et n'ayant pu se mêler avec cette foule tumultueuse, avaient altenda

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eonstammenl une bonne parlie de la journée; elles furent récompensées de leur patience par la consolation qu'elles eurent de contenter à loisir leur piété» et par les fruits qu'elles recueillirent du spectacle édifiant aun homme qui avait conservé Thumililé chrétienne au milieu des plus hautes dignités. On le rapporta ensuite è la sacristie, pour lui ôter les ornements de sa dignité, auiquels il avait été, pendant sa vie aussi insensible qu'il Télait après sa mort ; on le mit comme un simple Jésuite, ainsi qu'il l'aTait ordonné, dans' un cercueil ordinaire et OD Tenterra dans le caveau commun aux rares de la Compagnie. Dix jours après, on loi fit un service solennel, mais sans éclat, pour ne pas contrevenir tout & fait à sos ordres, et on ne put se dispenser, toute la eonrs de Rome attendant ceUe reconnaissance publique des Jésuites, d'y faire prononcer son oraison funèbre, qui fut depuis imprimée .et dédiée au cardinal Farnèse, eeiurme à un de ceux qui témoignèrent le

8 las de zèle pour l'honneur de l'homme de 4eu* C'est lui-même qui depuis lui a fait construire le magnifique mausolée, ouvrage de Bernini, qui se voit encore aujourd'hui en l'église du Jésus : on y lit l'épitaphe suivante, simple et sans éloge, et qui éternisera la mémoire du généreux et magnifique Farnèse, aussi bien que celle du saint cardinal :

Rotierio Card. Bel la nu î 110,

Politiaiio, E Socieiaie Jesu,

Murcclli II, P. M. sororis Filio, OiJoanl canl. Fariiesius Sni erga virum Qucin Pairis loco scniper coltiil, Ainoris nniiqiiam iiioriluri Moiiiiiiiciiluiii Posuit.

Olidnrinivii in Domino Amio salulis 16ii, aeiaii»79.

Robert Betlarmîn, cardinal.

Né à Monte-Pulciano,

hi la Compagnie de Jeun»,

Neren du Pape MarcM 11,

Oioard f amène, cardinal,

A [ait élever ce tombeau.

Pour être un monument

De $on amour éternel enven Ini,

L'ayant toujours honoré

Comme ton père,

il fVsf endormi dam le Seigneur,

Van du salut 1021,

De son âge le 79*.

C*est ainsi que Dieu se plaît à glorifier les bumbles, et à leur rendre avec usure tout réclat qu'ils ont éclipsé. Bellarmiii prélundit en vain, par les ordres qu'il avait laissés dans son testament, perpétuer encore, après M mort, l'obscurité qu'il avait aimée pendant sa vie; ni lui, ni sqs héritiers n'en furent les maîtres. La Providence, à laquelle il appartient de passer souverainement sur it% disoositions numaines, lui procura des

funérailles si éclatantes par le concours, le zèle et la dévotion des personnes do tous les ordres, qu'elles furent jugées par lescai^ dinaux mêmes plus glorieuses è Bellarmin que le souverain pontificat. Ils ont préféré sa pompe funèbre aux triomphes des Césars, et ils n'ont point fait difficulté de dire, à la vue d'un si rare spectncle, qu*après les exemples de vertus dont ils avaient été les témoins, et tes suffrages publics qu'ils avaient alors sous les yeux, il ne lallait qu'un miracle pour le canoniser.

Les membres du Sacré Collège ne furent pas les seuls admirateurs des éminentes vertus du serviteur de Dieu, et de sa manière éclatante dont il plut à Noire-Seigneur de le glorifier. Jamai? homme n'eut ni de plus sincères éloges, ni de plus illustres panégyristes que lui. Il n'y eut presque point de (êtes couronnées qui ne l'honorassent de leurs louanges; son mérite en arracha de la bouche môme des plus habiles

Ïirotestants, quoiqu'ils le regardassent comme eur plus dangereux adversaire : mais rien n'est comparable à celles que publièrent» comme h Tenvi, presque tous les cardinaux qui vivaient alors. Tous s'accordent k protester que c'est un saint, mais un des saints les plus savants qu'ait eus l'Eglise, et des plus fidèles à faire un saint usage de la science h l'avantage de la religion. Qu'il nous suffise de citer les témoignages de quatorze d'entre eux :

1. « C'est le cardinal que la cour de Rome a le plus admiré pendant sa vie, et qu'elle a le plus vénéré après sa mort. » (Card. Fr.- Marie Monti.)

2. « 11 est comparable aux anciens docteurs de l'Eglise par 1 éminence de son savoir et de sa vertu. » (Card. Oclav. Bandini.)

3. « Sa pourpre inspirait moins de respect que la sainteté qui brillait sur son visage, et qui se faisait sentir dans ses discours. On ne pouvait ni le rencontrer sans le regarder cl l'honorer comme un saint, ni l'entretenir sans être pénétré de la dévotion la plus tendre. » (Card. Alex. d'Est.)

k. « On no peut imaj^iner dans un prélat ni plus de zèle pour le bien de l'Eglise, ni plus d'attachement à Dieu et d'assiduité \ la prière, ni plus de charité envers les pauvres, ni plus de douceur envers tout le monde. » (Card. Fabr. Veral.)

5. « H a conservé dans les dignités de l'Eglise toute l'humilité de la religion; aussi pauvre, aussi mortifié sous la pourpre, (]u'il l'avait été sous l'habit de Jésuite; se faisant honneur de la simplicité de son premier état , et ayant toujours rendu, tout cardinal qu'il était, une obéissance de novice au géirénéral do la Compagnie. » (C. Pierre-Paul Crescentio.)

6. « L'Eglise n'a pas eu dans les derniers siècles un plus célèbre défenseur ; et , chez les nations les plus éclairées de l'Europe il passe avec justice pour l'Augustin et l'Athanase de son temps, suscité par une Providence particulière pogr la défaite et la confusion de l'hérésie. sfCard. Robert Ubàld.)

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7. c Le Sflcré Collège a fait dans sa personne une perte irréparable, et Ton doit dire à sa mort que la couronne de notre tôte est tombée; car il était le modèle et Thonneur des cardinaux, qui ne se consolent de I^avoir perdu sur la terre , que parce qu*iis ont en lui un puissant intercesseur dans le ciel, où Ton ne peut douter qu'il ne soit fort élevé, puisque, selon la parole de Jésus- Christ , celui-là sera grand dans le royaume des cieux, qui aura pratiqué ce qu'il a enseigné. » (Gard, de Sainte-Sdsanne.}

8. c $11 a été grand sur la terre, ce n*est pas qu'il en ait aimé ou recherché les grandeurs: Tobscurité de la retraite lui plaisait beaucoup plus que l'éclat de la cour ; les livres lui étaient plus chers que son chapeau de cardinal, et il l'aurait mis bas mille fois plus volontiers qu'il n'aurait reçu la tiare pontiflcale.» (Gard. Fr. Dibtrichstein.)

9. «Tout ce qui brille aux yeux des hommes lui semblait digne de mépris; ce qu'il estimait uniquement, c'était l'humilité, la soumission , la bonté\ la modestie et les autres vertus religieuses, qui ne reçurent jamais aucune altération du changement de son état.» (Card. Pierre Valier.)

10. «Sou humilité était aussi profonde que la science; il n'avait de sévérité qu'envers lui-môme : et comme étant religieux, il mérita les premières dignités de l'Eglise ; quand il fut obligé de les accepter, il se souvint toujours, qu'il avait été religieux, et il en remplit les devoirs avec une constante fldélité.» (Card. François de laRochet.)

11. «Jamais on ne vit plusde science avec plus de vertu ; de là vient qu'il est didicile de décider s'il y a plus d'érudition que de dévotion dans ses ouvrages spirituels. InQnimeot éloigné de faire une vaine ostentation de celle-là, il avait continuellement celle-ci dans le cœur, où le feu de l'amour do Dieu brûlait sans cesse. » (CarJ. de Cré-

UOKB.)

12. c Le zèle, qui est comme la flamme de la charité, était l'âme de ses actions; c'est lui, qui lui a fait écrire tant de volumes si utiles è la religion et qui le font appeler avec justice le marteau des hérétiques , le boulevard de l'Ëj^lise, une des plus fermes colonnes de la foi, et l'invincible défenseur de la vérité. )» (Card. Félix d'Ascoli.)

13. 9 J'ai souvent entendu Son Altesse le duc mon père, parler de Bellarmin , en public et en particulier, comme d'un saint et savant cardinal de qui la religion catholique a reçu de grands et importants services. Je Tai toujours beaucoup estimé : mais, dès que je le connus à Rome, j'ajoutai la tendresse à l'estime, et je trouvai tant d'affabilité dans sa personne, tant d'onction dans ses discours, qu'il ne m'était pas possible de me défendre, ni d'aimer un nomme si vertueux, ni d'affectionner la vertu, qu'il rendait si aimable. » (Card. Maurice de Savoie.)

ih. « Je l'ai toujours regardé comme mon nère, » ajoute un autre, d'une naissance illustre et d'une piété qui le fut encore davantai;e,« avant eu le uonheur de converser

avec lui plus familièrement que beaucoup d'autres , je dois ce témoignage à sa m^ moire , de protester que les trois martyres sans effusion de sang, ^\\e reconnaît saini Bernard , se rencontrent parfaitement dans le cardinal Bellarmin , la chasteté dans la Jeunesse, la pauvreté dans les richesses, 61 une espèce de prodigalité dans Tindigence: je puis dire encore qu'il a uni la solitude intérieure avec le bruit et le tumulte des affaires extérieures , le mépris de lui-même avec l'estime générale qu'en avait tout Tunivers, et avec les égaras qu'il faut observer dans les cours, la liberté d'un Jean-Baptisle.« (Card, Alex. Orsini.)

Tels sont les témoignages rendus à Bellarmin par les cardinaux. C'est ainsi qu'on en pensait , et qu'on en parlait publiquement dans Rome. Sa sainteté fît on ce temp»-!à l'entretien des consistoires ; quelque affaire qu'on eût à y traiter, on retombait tout naturellement sur l'éloge de ses vertus.

Cette haute réputation, qu'avait auçmentée la mort du saint cardinal , passa bientôt au delà des monts ; elle se répandit dans toutes les cours de l'Europe; on y voulut avoir de ses reliques, aussi bien qu'en Ita« lie; les princes et les princesses en firent demander au général de la Compagnie. Guillaume V, duc de Bavière, en obtint un portrait du cardinal, pour avoir devant les yev s un modèle de sainteté h suivre dans la soli« tude , où il s'était retiré après un heureux règne de dix-huit ans. Maximilien, héritier de sa couronne et de sa piété , eut quelque autre pièce , que le saint homme avait consacrée par son usage. Une petite partie du cerveau, embaumée, comme la chose la plus considérable, fut accordée aux vœux de Marie de Médicjs, veuve de Henri IV et mère de Louis Xlïl. Cette reino la reçut avec une vénération religieuse, et elle honora ce reste précieux d'un des hommes les plus sages de son siècle. £ile ne manqua pas de témoigner son affectueuse reconnaissance au général.

C'était encore Mutio Vilellcschi, aussi sensible aux honneurs qu'on rendait au saint cardinal après sa mort , qu'il l'avait été Mià douceur de son amitié pendant sa vie. Oh* servateur, à son gré trop fîdèle de' la promesse qu'il lui avait faite, de placer son corps avec celui des autres Jésuites, il souffrait avec peine de le voir ainsi confondu dans la même tombe. Il est vrai qu'on no laissait pas de l'y révérer, d'y invoquer son crédit auprès de Dieu , d'y répandre des neurs , d'y allumer des cierges, et d'y apporter des offrandes ; c'est cela môme qui donnait sujet au sage et tendre ami de se reprocher son peu de zèle , comme s*il eût semblé oublier celui que toute l'Europe s'empressait d'honorer. 11 n'avait garde d'approuver qu'on lui rendît un culte religieux, avant que l'Eglise se prononçât sur sa sainteté ; il en empêchait, autant qu'il pouvait* les marques publiques; et il les faisait por^ ter de la chapelle en la sacristie, où avait été placé par ses soins le tableau du serviteur de Dieu. Mais il se crot au moins obligé de

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