‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 40 sur 350 · BEX · texte numérisé non relu

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Mre lever le sacré dépôt, pour le placer en un lieu plas convenable ; celui où avait été Mini Ignace lui-même, avant le transport qu*on en fil à sa canonisation, était vide, c'était au côté droit du grand autel; celte iépntlure convenait à un fils qui avait si parfailement retracé la sainteté de son père.

Le général le fit donc tirer du premier endroil, où il était depuis un an, pour le transférer au second , qui était plus digne de lui, après ravoir reconnu en présence des principaux de la maison, lui avoir trouvé la tête etioal le husie presque en son entier, l'avoir revêtu do sa dalmatique et de sa chasubre de taffetas, et l'avoir mis dans un cercueil de bois de cyprès couvert de plomb. C'est \i que repose le saint homme , sur leque^ le registre mortuaire des cardinaux s'exprime en ces termes: « Le 17 st>p(embre 1631, le révérendissime seigneur R. Bi*llarmin, prêtre cardinal, né à Monle-Pulciaiio, et qui 0 été profès de la vénérable Compagnie de Jésus, est passé aujourd'hui de la niraon des morts en la terre des vivants. C'élail un personnage très-illustre, un émineol théologien, un zélé défenseur de la foi catholique, Te marteau des hérétiques: égaleœenl pieux, sage, humble et souverainement aumônier. Tout le Sacré Collège des cardinaux et toute la cour de Rome pleurent la perte d'un si grand homme. »

Celui qui le pleura avec les larmes les pTus sincères et les plus tendres , fut le cardinal AI. Orsini, dont on vient do rapporter le témoignage. Il avait de tout temps fait profession d avoir pour Bellarmin un respect el une affection filiale; il fut si vive- Dent louché de sa mort, qu'on ne put le consoler qu'en lui accordant l'entrée de la Compagnie. Depuis bien des années, il soupirail pour elle: mais le duc de Bracciano, son père , et tous les princes de son illustre maison, y avaient mis des obstacles insurmontables. Après avoir passé les premières années de son enfance dans le palais du due , son père , il fut envoyé & la cour de Florence , comme dans une écolo de politesse. Elevé dans tous les beaux arts , avec les princes de Toscane et do Lorraine i qui y étaient réunis par la proximité du sang, sons la sage conduite de Christine de Lorraine, ducnesso de Toscane, il passa de là à Pise, où il devint en peu de temps très-habile dans le droit cap.on , de Pise à Rome , où il réussit également dans la philosophie et les mathématiques. C'est le qu'il Qt tous ses efforts pour être r.eçu parmi les Jésuites, préférant leur habit à la pourpre que sa naissance et son mérite ne pouvaient man*quer de lui faire porter, soit dans le monde, soit dans l'Eglise. Ces Pères n'ayant pu, malgré leur désir, lui accorder la satisfaction qu'il demandait avec instances , le jeune prince, convaincu de leur bonne volonté, ne •'offensa nullement de leur refus ; et , ne pouvant obtenir d'être admis en leur noviciat , il s'exerça dans toutes les vertus qu'on y pratique ; il fut novice de cœur et d*inclioalion, pour se dédimmager do Timpossi-

bilité, où il se trouvait, de l'être en effet

Il ne fut pas longtemps dans ces saints exercices, sans s'attirer les yeux de toute la cour de Rome , qui crut voir revivre Loois de Gouzague dans Al. des Ursins, quoique sous un habit différent. Paul V en fut charmé dès qu'il le vit ; c'était quelque chose en effet de surprenant de voir un jeune prince d'une beauté et d'une modestie angéliques , ayant, dans un corps admirablement bien fait, une âme encore plus belle, aussi modeste et aussi recueillie au milieu de la cour* qu'il aurait été dans la maison de Saint- André ; fait pour plaire parfaitement h Jésus- Christ, sans déplaire au monde, dans lequel on voulait l'obliger à rester. Le Souverain Pontife, lui voyant de si rares qualités, se bâta d*en faire un prince de l'Eglise , en lui donnant le chapeau ; il n'avait que vingt-deux ans ; et il ne laissa pas , dès qu'il fut entré dans le Sacré Collège, d'y paraître avec toute la maturité des cardinaux les plus consommés en âge et en sagesse.

Sa nouvelle dignité, qui l'approchait si fort du vicaire de Jésus-Christ, ne fit qu'augmenter en lui le désir de suivre de plus près Jésus-Christ lui-même; il en imita l'humble douceur, le tendre amour pour les pauvres el le zèle des âmes. Retiré dans un fprofqnd mépris de lui-même , il y était inaccessiblo è toutes les idées de grandeur et à toutes les tentations du siècle; il n'avait jamais plus de plaisir que quand il était aux pieds des pauvres pour les leur laver et pour les servir. Le soin qu'il avait de ces misérables, ne lui faisait pas oublier les personnes do naissance, dont le salut est si important pour le bien commun des Etats.

Pour engager à la piété la noblesse de Bracciano, il y établit une congrégation de gentilshommes et des personnes les plus notables, qu'il instruisit lui-même de tous les devoirs du christianisme, et auxquels il apprit tout ce que l'Evangile a de plus humiliant et de plus rude ; et, afin de leur en faciliter la pratique il se mita leur tête, soit qu'il fallût aller dans les hôpitaux soulager les malades, soit qu'il fût question de faire dans la chapelle de la congrégation quelque exercice de pénitence. Ce qu'il ne pouvait faire par lui-même, il le faisait par le ministère du P. Zucchi, auquel il avait donné toute sa confiance, et par les mains de qui il répandait ses finances sur une infinité .de malheureux. Agissant par les mains de cet homme apostolique , il lui semblait déjà qu'il fût è demi Jésuite : mais il n'eut pas de repos qu'il ne le fût tout è fait. Quand il apprit la mort de Bellarmin, qu'il avait toujours regardé comme son père et son maître en Jésus-Christ, il demanda instamment d'a- Toir sa place dans la Compagnie, résolu d'en remplir le's«devoir$, autant que lui permettrait sa dignité de cardinal, de laquelle ou ne voulait pas le décharger.

Le général de la Compagnie, forcé par les instances du cardinal, le reçut au nombre de ses enfants, el l'associa à la province romaine, après lui avoir nermis le faire les

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vœux de la Compàgiuey qu*il observa, sans sorlîr du monde, avec une régularité el une perfection, k'Iaquelleon a peine d*atteindre, après avoir vécu beaucoup d'années dnns la religion. Jamars dépendance ne fut égale è la sienne; il surpassa en soumission les plus humbles religieux ; et en matière de zèle, de piété» de mortification et des autres vertus propres d'un homme de la Compagnie, on poutdire que, quand il en eut obtenu-rentrée, il se surpassa lui-même. Cette idée, qu*il y était le successeur de Bellarmîn , le sollicitait vivement èson imitation; il s'était persuadé qu'il devait être l'héritier de son esprit; et qu'ayant été son fils spirituel, il avait une obligation particulière d'en exprimer dans sa personne toute la sainteté. Il aima, comme lui tendrement les règles de la Compagnie de Jésus, il les observa avec une exactitude qu*il sut accorder avec les bienséances de sa dignité ; et il les envisagea comme des nœuds sacrés qui l'unissaient à Jésus-Christ, La passion de ce divin Mettre, ft laquelle il avait toujours eu une dévotion singulière, s'imprima encore plus profondément dans son cœur, depuis qu'il se futconsacré par les vœux de la religion è Jésus crucifié. C'était sa chère pratique de porter nuit et jour sur sa poitrine une groix armée de cinq clous aigus, qu'il pressait de temps en temps avec la main, pour en faire entrer les pointes bien avant dans sa chair et pour en tirer le sang, ce qu'il faisait avec des sentiments de la plus douce piété et de l'amour le plus ardent.

Il ne se relAcha nullement de ses saintes pratiques quand, chargé de la légation de Ravenne et du gouvernement de toute la Romogne, il fut obligé de donner ses soins à cette partie de l'Etat ecclésiatique. Ce fut même pour lui un engagement de travailler encore avec plus de ferveur h sa sanctification, pour procurer efllcacement le bien spirituel des peuples qui lui étaient confies; il redoubla ses prières h Dieu, ses rigueurs envers lui-iâème et ses charités envers tout le monde.

Il fit surtout un acte héroïque envers ses plus implacables ennemis, qui avaient résolu de le perdre, parce qu'il n avait pas, à leur prière, épargné des scélérats, qui infestaient tout le pays de meurtres et de pillages. Une lettre des conjurés, contenant leurs noms et leurs intrigues, étant tombée entre les mains du légat, il la lut froidement, et sans en être ému, il la mit ft la flamme d'une bougie, qui était sur sa table, et la brûla en disant qu'il espérait qu'elle lui servirait de Î>asseport pour l'autre vie. Il ne resta pas ongtemps en celle-ci, après avoir donné à ritalie cet exemple admirable de charité. Comme il se préparait h partir pour l'Allemagne, en qualité de nonce extraordinaire du Saint-Siège auprès d« l'empereur Ferdinand, il fut arrêté à Bracciano par*une maladie, qui lui ouvrit les portes du ciel, où une action si chrétienne lui avait mérité une couronne immortelle. Tandis que son Ame, délivrée dos liens de son corps, prenait son

essor, pour s*y envoler, son cœur fut porté à Rome, selon ses ordres, et déposé, comme il l'avait souhaité, auprès du tombeau de Bellarmîn, pour n'être pas, après la mort, . séparé du saint cardinal, auquel il avait été ■ étroitement attaché pendant sa vie.

Quelque soin qu'oient les saints de cacher leur sainteté, le Seigneur prend plaisir à tirer le voile, dont ils la couvrent et de la donner en spectacle aux yeux des hommes, ' pour qu'elle leur serve de modèle, et pour qu'il en soit glorifié lui-même. Telle a été la conduite de la Providence envers Bellarmîn ; elle a fait briller ses actions vertueuses, malgré les ténèbres dont il aimait à les couvrir, et elle les a mises en un si grand jour, qu'il est peu d'hommes qui aient ou une si haute réputation, et dontles vertus aient été plus célèbres.

Celle que l'apôtre saint Paul élève au-dessus de toutes les autres, qu'il appelle le lien de la perfection , et qui fait effectivement les parfaits et les saints, c'est la charité. On peut dire qu'elle était en Bellarmin h un degré éminent, et qu'elle était comme l'âme qui donnait le mouvement k ses aottons et h ses paroles. Tout le fond de son état d'une part, un extrême attachement aa Créateur, attachement établi sur l'ineffable

?;randeur de son être, de l'autre une proonde indifférence pour tout être créé, dont il avait continuellement le néant devant les yeux. Son cœur, vide de toutes les créatures était ph*in de Dieu, et tout transporté de son amour. Quand il lui arrivait d'entendre des

fçens qui lui disaient, k l'occasion de ses ivres, qu'en donnant de la gloire è Dieu par son travail, il en avait été comblé lui-même; on le voyait, en ces occasions, répondre avec un certain feu , et une espèce d'émotion, qui ne lui était pas ordinaire : « Hélas! tout ce que j'ai fait, et tout ce que j*ai pu faire; tout ce que j'ai, et tout ce que je puis avoir de cette gloire prétendue, dont vous me parlez, je le changerai très-volontiers avec le plus petit degré de charité. Ah 1 si j'étais capable de le mériter, c'est alors que je m'estimerais bien heureux I » C'est le sen- * timent qu'il avait puisé dans le Prophète royal , en méditant ses çsaumes ; il av&lt, Gomme lui, pitié du vulgaire, qui' admire le bonheur frivole de ceux qui sont en poa* session des biens de la terre, au lieu que la vraie félicité consiste à posséder le Seigneur.

Ecrivant au cardinal Augustin Valier, gu'il regardait comme son père, et auquel il s ouvrait confidemment des dispositions les plus secrètes de son cœur : « Les grandeurs ae la terre, » lui disait-il, « les dignités éminentes, et, en particulier, celle de cardinal dont je me vois revêtu, tout cela paraît grand à qui est attaché à la terre, à qui oublie la céleste patrie ; mais à celui qui a goûté la vérité, et qui, élevé dans l'école de Jésus-Christ , a bien appris les maximes de son saint Evan» gile, hélas I que cela semble peu de chose I Jo vous l'avoue* franchement, très-cher Père, je n'ai iamais ai estimé ni aimé la

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DES CAROINAUI.

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pourpre, et je porle grande compassion i eeni qui se .aissent éblouir de son éclat. >»

Deax choses touchaient viTement ce saint homme» et alluroafenl toujours davantage Tamour extrême dont il brûlait pour Dieu. La première* qui le des'séchail comme David* c*est que ce grand et adroirablu Seigneur n*était ni aimé ni respecté dans le monde* qu*on n^ voyait que violation de ses lois, qu'oubli de ses grandeurs, que mépris de sa divine Majesté. Il en avait*le cœur percé de'la plus vive douleur, et son zèle ne s'expliquait des désordres si communs sur la terre» qu'en l'appelant elle-même un enfer anticipé» et comme le vestibule du s(^ jeur affreux où Dieu ne sera jamais aimé. La seconde» à laquelle il était dovenu*infinimenl sensible sur la fin de sa vie » c'est qu'il croyait être inutile à ce Dieu de bonté» au service duquel, dans tous les momenls de sa vie» il aurait voulu se prodiguer. Il lui semblait, quelque application qu il eût è lui plaire dans toutes ses actions, qu'il ne faisait plus rien pour sa gloire. « Je ne fais plus que vivre, «disait-il avec douleur. Cet état lui était plus pénible que la mort même; c'est ce qui le faisait soupirer après elle, avec saint Paul, et souhaiter comme lui d*aller h Jésus«Chrisl» de Tamour duquel il était si enflammé qu'il ne pensait qu'à lui» et ne soupirait qu'après lui.

Comme c'est dnns la solitude qu*il recevait plus intimement les impressions du Saini-Esprit» il avait pour elle une inclination singulière, et c'est peut-être la vraie cause qui avança sa mort. Tandis qu'il logeait au palais du Vaticjtn, tous ceux qui rhabitaient ne manquant jamais d'en sortir dans le temps des chaleurs, il se ()laisait à y rester seul, k cause de la pleine liberté qu*il avait a!ors d'y vaquer entièrement à Dieu. C'est la raison qu'il apporta au cardinal Crescence»qui le pressait d'aller ailleurs, et qui» |K>ur le persuaderde quitter ce palais en une saison, où l'on y respire un air malsain » lui disait qu'il n'y demeurait alors personne. « C'est parce que tout le monde en sort, que j'y demeure,» répondit-il en souriant ; « je n'y souffre l'imporlunité de personne» et j*y ai tout le loisir de m'entretenir tranquillement avec Dieu ; on est trop bien en sa compagnie* pour appréhender le mauvais air. » Il ne laissa pas de nuire notal>lementà sa santé» et on prétend qu'il ^ prit les germes de sa dernière maladfe : mais Il ne se mettait guère en peine de conserTer aa vie» lui qui souhaitait si fort d'en voir la fin, pour aller» dans le ciel» en commencer une meilleure.

Il ne voyait personne avant huit heures du matin» |K>ur donner h Dieu tout à loisir les prémices de la journée» et lui présenter» Niia distraction» le tribut de sa prière. Après uo repos d'environ quatre heures, pendant lequel on peut dire que son cœur veillait» |iar i'habitudequ'il avait contractée» de prier «t d'aimer continuellement» il se levait sans l'aide d'aucun valet de chambn*, et, ayant lui-même allumé sa lampe.il récitait dc'nuit

les Matines; elles étaient suivies de l'oraison mentale» à laquelle il donnait au moins une*heure entière.

Ainsi .préparé k la célébration des sacrés mystères, il s'approchait du saint autel, pour dire In Messe, h laquelle assistaient tous les jours les gens de la maison. Pendant le temps du sacrifice» comme il les ravissait par sa piété» il ne les ennuyait nullement par une longueur démesurée. 11 récitait toutes les houres de l'OOice h leur temps» avec une exactitude» digne d'éloges dans un ecclésiastique» qui n'aurait pas d'autre emploi, mais surprenante dan.« un homme aussi appliqué k l'étude» aussi régulier à se trouver aux consistoires et aux fonctions publiqups, et enfin aussi accablé d'affaires que Tétait le cardinal. Pour observer constamment une si sainte coutume» il réglait ses occupations ordinaires, et se donnait, auprès des hommes, toute la liberté nécessaire, pour ne manquer h aucune de ses obligations auprès de son Créateur. La haute estime qu'on avait de sa sainteté, l'avait mis en possession d'en user ainsi» sans que personne le trouvAt mauvais. Le cardinal Aldobrandin lui-même étant entré chez lui, dans lo temps

?iu'ii récitait une heure canoniale» ne s'ofensa nuHement de la lui voir poursuivre tranquillement jusqu'au fin; il attendit eu silence que le saint homme eût terminé sa prière, trouvant pnrfniteoient juste, qu'avant de lui oarler, il achevAt de parler à Dieu.

11 se promenait un jour lentement et sans bruit» recueilli h son ordinaire» dans un «corridor de la maison de Saint-André: un Jésuite, chargé de lui communiquer une affaire» l'étant venu chercher» et l'ayant aperçu marchant à petits pas et plein de Dieu, s'arnUa tout court. « Approchez, mon Père, » lui dit gracieusement le cardinal» en le prévenant et allant au-dovant de lui ; « qu'appréliendezvous? — Dlnterrompre Votre Seigneurie, qui me parait réciter quelque heure de TOfnce,» répond le Jésuite. — « Quoi ? me promenant et la tête couverte, je réciterais l'Office divin ?» repart Bellarmin avec étonnement ; « il faudrait que j'eusse bien peu de respect pour la souveraine majesté de Dieu de lui parler ainsi. »

Sa sainteté ét&it d'autant plus admirable» qu'elle avait pour fondement une humilité profonde. Il n'est pas fort extraordinaire d'être humble quand on n'a rien par où l'on soit digne d'être tiré de la poussière ; mais rien n'est plus rare, suivant saint Bernard» que d'élre élevé au-dessus des autres par ses grandes qualités, sans s'estimer digne de cette élévation ; que d'être seul à ignorer son propre mérite» et que de se mépriser au dedans» quand au dehors on est loué de tout le monde. C'était là proprement le caractère de Bellarmin; on ne vit jamais un homme unir tant de vertu, de capacité et de réputation avec une si basse estime de soi-même. C'est iMdée qu'en donna Tancien cardinal de Vérone à Pierre Valier» son neveu» deiuis cardinal comme lui: car, voulant lui faire

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liernmilîé avec Bellannin,pour lui en tracer une peinture en deux mots : « C*est peutèire.» lui dil-il, « le plus petit et le plus grand homme qui soit au monde. » Le cardinal de la Rochefoucauil, qui se glorifiait de l'avoir connu à Rome et aavoir été son ami particulier pendant quatre ans , protestait n avoir

Tien trouvé de plus prodigieux dans le cardînai Bellarmin, que cette rare humilité à l'épreuve d'une si grande gloire.

Il passait pour le premier homme de son siècle en science et en sagesse ; on le comparait aux plus grands docteurs de TEi^lise ;

■ il était le conseil -des Papes, Toxeinple du Sacré Collège, Tappui de la catholicité, le fléau des hérétiques. Il lui revenait de tous

' côtés que ses livres conTondaient les erreurs, et en désarmaient, les plus opiniâtres partisans, qu'ils affermissaient la foi des peuples et qu'ils faisaient triompher la religion. Il se voyait consulté comme un oracle, honoré des plus savants hommes de l'Europe, tiré do l'obscurité de son premier état, pour être revêtu de la pourpre et presque porté jusqu'à la suprême dignité de TEglise. Il ne pouvait 50 dissimuler cette estime qu'on faisait de lui. DhS hommes distingués venaient des extrémités de l'Europe à Rome, et, oubliant tout ce qui frappe les étrangers dans cette ville pompeuse, retournés dans leurs pays, ils ne se vantaient que d*avoir vu Bellarmin. Les Anglais se faisaient remarquer entre les autres par l'empressement qu'ils témoignaient de le voir et de lui parler. Des Kochelois de considération, que ses controverses avaient convertis, entreprenaient le voyage d'Italie, par le seul motif d'y venir honorer celui dont Dieu s*était servi pour les mettre sur les voies de la vérité. Rien n'était plus touchant et plus capable de flatter un nomme qui n'auraitpas été inaccessible à la vanité, que de voir ces illustres convertis, dès qu'ils étaient entrés dans la chambre du saint cardinal, sejeter à genoux et l'appeler le pèrede leur âme. «Je sais, »dit un historien,* qu'avant que Bellarmin lût cardinal, des iillramontains do qualité se sont présentés à la porte du collège romain, avec un notaire pulîlic, auquel ils faisaient dresser un acte dans les lormes, qui fit foi de l'honneur qu'ils avaient eu de voir et d'entretenir le célèbre autour des Conlrover"

Les lettres qu'il recevait lui-même d'Angletsrre et d'Allemagne étaient pleines de ces sentiments d'estime; c'étaient partout des éloges de sa personne et de ses ouvrages. Cependant, toujours vil et petit à ses yeux, il no trouvait en lui rien qui le démêlât de la foule. « Je ne sais de quels yeux on me regarde, quand on me trouve de la grandeur,» disait-il agréablement à ses amis ; « bien loin d'être de la grande taille, je n'ai

Îias même la médiocre. » Un de ses amis lui àisant un jour instance pour avoir son portrait, il répondit avec les termes, l'esprit et l'humilité de saint Paulin : « Quand vous me demandez mon portrait, je ne sais si c est celui du vieil homme, ou de riioinme nou-

veau ; je n'ai garde de vous envoyer le premier, il est trop difforme ; je ne puis vous envoyer l'autre, parce qu'il n'est pas encore achevé. »

Le silenre était toute sa réponse dans les outrages. S'étatit trouvé dans une dispute pul)li(iue, et ayant modestement fait signe de tinir h un docteur, qui Fatiguait l'assemblée par des arguments longs et inutîleSt auxquels le répondant avait.plusieurs fois satisfait, l'homme d'école oubliant ce qu*il était et ce qu'était le cardinal, s'emporta contre lui aune manière insolente, et lui dit en face: « Que je ne puisse jamais vous voir Papel » Toute^l'assistance en fut indignée* et surtout le cardinal vicaire HellinOt qui était présent : Bellarmin seul n'en fui nullement ému, il en sourit, et s'adressant gaiement au cardinal qu'il vit dans une extrême colère, et, sur k' point de jeter l'insolent dans un cachot : « Si je suis Pape, » dit-il, « il sera assez puni de son imprécation; car il faudra qu'il devienne aveugle pour ne. pas me voir. » Le mot pour rire valiit pQur cette fois le pardon au docteur : mais comme il avait plus de hardiesse que de science et de bon sens, la prison ne lui fut que différée: car, peu de temps après, ayant ma.nquâ de respect aux auditeurs de la Rote, dans un mauvais libelle, il y fut conQné sanai rémission. C'est alors qu'implorant le secours de Bellarmin, pour obtenir quelque modération de la sentence portée contre lui, il en éprouva encore les bontés; le saint homme ne s*étant souvenu de l'injure qu'il en avait reçue, que pour lui faire ressentir plus charitablement les effets de sa protection.

Le serviteur de Dieu en usait ainsi dans toutes les occasions où il n'était question quu de son honneur particulier, et la Providence, pour le perfectionner toujours davantage, lui en fournissait d'assez fréquentes. Il y avait un certain cardinal, qui s'opposait à lui dans tous les consistoires, et qui semblait fairo une profession ouverte de combattre ses sentiments en toute rencontre, sans que Bellarmin se préoccupât de les soutenir, et de détruire ceux du concurrent, qu'il trouvait toujours en son chemin. Les principaux du Sacré Collège en furent d'autant plus surpris qu'ilssavaientlacapHcitédeBcUarmin bien supérieure à celle de l'autre (le cardinal Bufalo). (Jn d'entre eux s'en plaignit è lui plus d*une fois ; il l'accusa de timidité, i! lui ail que son excessive modestie lui faisait tort; «et le voyant toujours dans les mêmes dispositions, il pressa le P. Vitellescbi, qui «lors gouvernait la province romaine, et qu'on savait tout-puissant sur l'esprit de Bellarmin, de l'engager à répondre et k ne pas so laisser fouler aux pieds. Le Père leGt,et lui représenta « qu'il y allait de sa réputation ; qu'elle était nécessaire à toute TEglise» i laquelle il deviendrait inutile, s'il laissait croire, en demeurant sans réplique, qu'il était déchu de sonaocien mérite» et que ses armes étaient usées. — Père Mutio, à répondit le cardinal, » il vaut mieux un peu de charité, i|ue beaucoup de réDUtaiion. > Le

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Bainl ami redoublant ses inslanees, ei lui lémoignanl- que son intention n^étail pas que Sa Seigneurie se défendit aux dépens de 1« charité: «Cela est trop dangereux, » répliqua Bellarmin ; « je suis résolu de ne jamais changer. » Le cardinal, qui atait fait agir le P. Vitelleschi, ayant su de lui cette réponse chrétienne, en fut charmé, et s'écria, plein d*admiralion : « Ahl voilà une philosophie que nous savons bien peu nous autres, et que nous pratiquons encore moins. »

Cette même réponse fut rapportée au cardinal, avec lequel il avait affaire, cl qui la traita de pieuse politique. C'était effectivement dans le saint homme, sagesse, non pas celle du siècle, réprouvée de Jésus«Christ; mais celle dont Jésus-Christ même a donné de si hautes leçons dans son Evangile et de si admirables exemples dans toute sa vie. Comme elle consiste principalement dans le mépris de la fausse gloire du monde, et qu'elle en sacrifie les vains égards aux in(éréts de la charité, Bellarmin, animé de son esfirit, aurait compté pour rien la manière désobligeante dont en usait avec lui un homme de cette considération, si le bruit,

3ui commençait à se répandre, de leur peu 'intelligence, ne lui eût fait appréhender du scandale. Pour Tcmpècher, le parti qu'il prit ne fut pas de résister à ce puissant adversaire* et de prendre l'asccnaant sur lui, comme il aurait pu aisément le faire par la SDpériorité de son savoir; mais de lui céder avec plus de condescendance encore, de lui témoigner toujours plus de respect, et, en lui prenant la main, quand il se trouvait avec lui, de lui demander son amitié. C'est ainsi qu*il désarmait ceux qui lui étaient les plus opposés, et qu'il les forçait d*avouer qife rien ne pouvait résister aux charmes de son admirable charité.

On se rendait d'autant plus volontiers h celle du saint cardinal, qu'on était persuadé que, s'il cédait, ce n'était nullement par impuissance de l'emporter, et qu'il ne s'abaissait devant les hommes, que pour être plus grand devant Dieu. L'expérience avait fait voir qu'il ne mollissait ainsi que auand il s*ag:ssait de sa personne ; qu'il n'en était pas de même quand il fallait appuyer le droit des faibles, ou soutenir ceux de 1 Eglise; c'était un tout autre homme en ces rencontres. Revêtu de la vertu d'en haut, il agissait alors avec vigueur et parlait avec hardiesse. On le vit, lui, un des hommes les plus mod«>stes et les plus réservés de son siècle, maintenir courageusement un religieux dans la possession d'une grflce qu'un cardinal lui contestait. On radmira plus d'une fois prendre un air d'intrépidité, et s'élever audessus des puissances séculières, au'il ho- Borail partout ailleurs, quand, dépassant leurs limites, elles entreprenaient de portor la main à l'encensoir, ou de violer les immunités ecclésiastiques. On se souvint longtemps de la constance avec laquelle il mamtiul l'honneur et les droits de la pourpre contre le vice-roi de Naples, quelque considération qu'il eût pour lui ; de la répouse

intrépide qu'il fit au duc de Lemos, et dil sang-froid avec lequel il reçut les menaces du fier Castillan. Personne ne sait moins, ni ramper, ni plier , qu'un homme humble, quand il s'agit des intérêts de Jésus-Christ ou de la gloire de son Eglise.

Bellarmin soutint bien des combats , et avec succès, pour l'honneur de ta Compagnie de Jésus, qu'il ne pouvait voiren butte i sb$ ennemis, sans prendre en main les armes pour la défendre. Son zèle, cependant, en Ces occasions, n'avait rien ni de rude , ni d^amcr ; c'était toujours la charité qui conduisait sa plume.

Les termes les plus durs qui en aient jamais coulé, furent ceux dont il se servit en écrivante un abbé, dont l'ordre entier lui avait les plus grandes obligations, jet qui cependant, en chaire, à Paris, ne cessait de déchirer la Compagnie : il lui manda « qu'il Taimerail à l'avenir, comme celui qui se déclarait son ennemi, et qu'il prierait pour lui comme pour un persécuteur et un calomniateur, ainsi que l'a ordonné Jésus-Christ.»

Il se serait cru bien coupable, si l'on avait congédié de chez lui de pauvres ultramontains, des Catholiques devenus, par leur grand âge, incapables de gagner leur vie, des hérétiques nouvellement convertis, des gens dépouillés pour la foi; il voulait qu'on les introduisit, qu'on leur donnât le moyen de s'expliquer de leurs besoins; et quand ils passaient son pouvoir, il recourait h celui dcsdalaires, du cardinal neveu, et du Saint- Père lui-même, auprès duquel il se faisait leur intercesseur, sans craindre, en ces occasions, ni d'essuyer des refus, ni de passer pour importun.

Il était à table, lorsqu'on vint lui dire, et c'est h quoi on n'aurait osé manquer, qu'un étranger. Anglais de nation, demandait à manger: « Nous partagerons ensemble, »'dit joyeusement Bellarmin ; et ayant coupé en deux portions égales ce qu'on venait de lui servir, il en fit porter une au nouveau venu,

?[uî no put comprendre, en la voyant, que ce ûl la moitié du repas d'un cardinal.

Il ne voulait pas que sa dépense excédât trois Jules (»ar jour pour sa perbonne,et sa passion pour les pauvres lui persuada qu'il en pouvait retrancher un pour l'amour d'eux. Poussant toujours plus loin son dépouillelement, il se défit encore d'un attelage de parusse, d'un aumônier, d'un valet de chambre et d'un palfrenier. se mettant peu en peine, ni d'être en moindre équipage, ni d*avoir un cortège moins nombreux, gue tout autre cardinal, dans les cérémonies. «Que m'importe tout cela,» disait-il, «pourvu que mes pauvres en soient mieux. »

Le cardinal Pierre Aldobrandin, pour raider à meubler son palais, quand il lut revêtu de la pourpre, lui avait l'ait présent de quelque argenterie, consistant en une aiguière, quatre tiambeaux, une écritoircet un poudrier. Ces pièces, trop précieuses è son gré| lui faisaient de la peine; il ne pouvait les regarder de bon œil, ayant envie de les convertir en paiuy -pour la nourriture de eejx

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quMl appelait ses enfants, et n*osant le faire en conaîdéralion du donateur. Sa ressource, fol de les engager les uns après les autres, pour avoir de quoi faire des aumônes; il en Ht de môme de son anneau; il vendit encore un de ses carosses, et ne se réserva presque rien. Son intendant, qui ne pouvait modérer ses profusions, était obligé, pour ne pas le laisser sans meubles, d'en aller retirer tantôt l'un, tanlôt l'autre, et jusqu'à son matelas, dont le saint cardinal s'était détait aussi bien que de tout le reste.

Ce même matelas étant rapporté à son lit, il ne l'aurait pas gardé trois jours, si son mattre d*hôtel ne se fût trouvé dans l'antichambre au moment où un pauvre malheureux l'emportait déjà par ordre du serviteur de Dieu qui, en le lui donnant, lui avait bien recommandé d'éviter la rencontre de cet oITicier : il ne fut pas assez heureux pour cela; car c'est le premier aux yeux duquel il parut avec sa charge, et qui l'obligea effectivement à la mettre bas, remplaçant toutefois l'aumône que son maître avait faite par quelque équivalent.

L'argent ne faisait que passer entre ses mains. Littéral jusqu'à la prodigalité, lors-

3u*il s'agissait de subvenir aux besoins 'autrui, il se rcfusnil tout à lui-même dans les nécessités les plus pressantes. 11 sortait d'une forte maladie; dans le temps de sa convalescence, on lui servit un poulet; le saint homme en témoigna son chagrin, en disant que c'était voler les pauvres. Il avait besoin pour se rétablir, de prendre le bon nir de Frascati; on le pressait de s'y faire transporter; il en sentait lui-même l'utilité dans l'état où il se trouvait; elle ne put ce-

f tendant l'emporter sur trois raisons, qui ui parurent plus fortes. La première était l'exemple de saint Charles, à qui ses extrêmes fatigues et la faiblesse de sa santé ne purent jamais persuader de prendre la moindre récréation. La seconde, c'est qu'il ne trouverait pas à Frascati le noviciiat de Saint-André, dont il faisait en celte saison son séjour ordinaire. La troisième enfin, qui lui paraissait invincible, c'est qu'il serait obligé de doubler sa dépense à la campagne, et d en diminuer ses aumônes, ce qu il n'avait pas le cœur de faire.

Il ne pouvait souffrir ni habit dans sa garde-rooe, ni chevaux dans son écurie, ni argent dans ses mains, dès qu'il voyait quolqirun dans le besoin. Sa tendresse s'augmentait à la vue des malades; en ayant rencontré un, qui devait faire pitié à tout le monde, et qui n'en faisait à personne, il le prit dans son carrosse, le mena lui-même à I hôpital ; et sa coutume était de payer libéralement la charité de ceux qui se char* geaient d'y en porter ou d'y en conduire quelqu'un.

On ne Unirait pas si l'on voulait rapporter ici tous les traits de sa charité. On ne citera plus que la réponse qu'il fit à son frère Thomast qui lui avait écrit, pour lesolliciter de faire élever à Honte-Pulciano, sa patrie, un mausolée à leur père et à leur mère, lui

représentant que c'était un acte de piété cl de gratitude auquel il ne pouvaitse refuser. ff Non, ie ne le refuse pas, » répondit le saint cardinal,c je l'accepte même avec plaisir, mais à condition que le monument sera réglé de :el1e manière que la vanité no lui fasse pas dépasser les bornes marquées par les vertus que vous me retracez. Car il serait mal à moi, qui ne prétends avoir que la simple sépulture des Pères de la Compagnie de Jésus, et qui ne suis d'ailleurs pourvu que des biens do l'Eglise, patrimoine des pauvres, de les employer à de pompeux ouvrages, préjudiciables à l'entretien des vivants, et inutiles à la mémoire des morts. »

C'était sa détermination invincible, dans l'usage de ces sortes de revenus, de suivre à la lettre les règles des saints canons, malgré la cupidité aeses proches, avec lesquels il fut pour cela en guerre pendant 2â ans. Dès qu'il fut élevé au cardinalat, ils se mirent dans l'esprit que la Providence leur avait ouvert une source, dans laouelle ils pourraient puiser de quoi rcleyer leur'élat. Les familles des Bellarmin et des Cervin étaient nobles Ma vérité; elles étaient même dos plus considérables de la Toscane: mais elles étaient plus illustres qu'elles n'étaient richos. A l'exaltation de Marcel II, elles prirent un certain air de grandeur; mais sa mort précipitée les ramena à leur première condition, et toutes leurs espérances, qui n'étaient fondées que sur lui, se trouvèrent bientôt ensevelies dans la poussière do son tombeau.

Ce n'est qu'au temps de l'élévation de Bellarmin qu'elles se réveillèrent ; le mérite, lecréditetla dignité du neveu leur paraissant une ressource capable de réparer la perte qu'elles avaient faite dans la personne de

I oncle. Il n'y eut presque personne nonseulement à Monte-Pulciano, mais dans tout le pays d'alentour, qui ne se dit ou soii parent ou son allié; il se vil assiégé de ces sangsues de l'Eglise, qui se persuadèrent

3u'elles auraient, dans les revenus du carinal,de quoi satisfaire leur cupidité. Bellarmin était dans bien d'autres sentiments.

II leur déclara nettement qu*il était résolu d'observer inviolablcment le premier chapitre de la réformation, où le saint concile de Trente, dans sa dernière session, instruit les évoques et les ecclésisatiques de leurs obligations : « Lisez-le vous-mêmes, » leur dit-il, «Yous verrez la défense expresse qu*il leur fait d'enrichir leurs proches de leurs revenus, et la seute permission gu'il leur donne, s'ils sont pauvres, d'en soulager leur indigence. 11 ne leur permet pas d'augmenter leurs richesses.Voilàma loi, » leurajoutat-il, « prenez vos mesures là-dessus, les miennes sont prises; et n'allez pas m'allé-

f;uer sur cela la conduite des autres ; je vous e répète : ma loi sont les saints canons, et non pas les exemples d'autrui. »

Il ne laissa pas de soulager la nombreuse famille de Thomas Bellarmin, son frère, et il lui assigna dix écus par mois, pour aider k l'éducation de ses enfants. Il on avaii deux.

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entre Aii(re<, propres à servir TEglisc; ils STaient de l*espriu de !*éludp, de M piélé et de réloîgnemunt pour le monde. Ces rares

Junlités leur gagnèrent la tendresse du carinal; mais elle n*àPa pas jusqu'à leur procurer des lién<^*(ices. Ilsecojifenta de les leur faire mériter parle soinqull prit do les pcrfeclîonni'r. Il ne tenait qu*à lui de faire de Tun ou de l'autre son auccosseur h Tarchevècbé de Capoue, Paul V l'en ayant rendu le mntire. Oubliant cependant tout oe qu'ils aTaient de mérite, î) en nomma d'autres h Sa Saiiileté, f>our occuper le siège auquel il renonçait; et cVst sans doute |)0ur se venger obligeamment du désintéressement héroïque de Tonrle, que le Saint-Père f)rit plaisir ik pourvoir les deux neveui, en nommant Nicolas Bellarmin h Tabbaje de Saint- Benofl, et Angelo de la Caï i, ù l'évêché de Téano.

Celui-ci ayant pensé depuis» par la sollicilntion de ses amis, h passer, par échange, de son siège é()iscopal h l'archevêché de Chieti, que rarchevêque Voipi s'offrait volontairement à lui reinetre, à la seule condition de retenir mille écus, qui n'étaient qae le qnart des revenus de son église, BeN larmin, à qui la condition déplut encore plus que la permutation, refusa absolument d'y employer ses oflices auprès de Sa Sainli'té, et fit convenir Angelo de la Caïa, qui avait rame admirablement bien faite, et qui préférait les avis et les inclinations do Sun oncle aui avantages qu*on lui proposait, que celte espèce de tralic est (»eu oigne d^un ministre de I Eglise et d*un successeur des apôtres.

Il ne se mettait guère en peine de voir ses proches dans des rangs élevés; et comme il les appréhendait pour lui, il n'avait garde, Dîde les solliciter pour eux, ni de les leur procurer. Il ne regardait les dignités de TEglise que comme des charges ; et fermant les jeux à tontl'édat qui les environne, il ne les ouvrait que pour voir les terribles obligations qu'elles imposent. 11 en redoutait jiurlout la pluralité, comme contraire h l'es* pritde l'Eglise. A peine fut-il à Capoue que Clëment^Vlll lui envo^'a les bulles de la riche abbaye de Saint-Benoit. Le dessein do ce Pontife, en la lui conférant, n'était pas seulement d'augmenter ses revenus, mais de la retirer des mains d*une des premières familles deNaples, qui la tenait depuis longlcm(>s par droit de patronage, fondé sur un pur privilège, auquel Sa Sainteté voulait absolument déroger. C'était un procès h soutenir contre forte jiartie, et c'est pour cela qu'il fut bien aise d y engager Bullurmin sur le crédit et l'autorité duquel il crût avec raison les droits de 1 Eglise fort assurés. Le serviteur de Dieu s'en défendit autant qu'il put, il en écrivit fortement au Saint-Père en lui disant que « multiplier ses tilres, c*éU)it aggraver son fardeau, qii*tl suppliait Sa Sainteté d'avoir également égard et à la faiblesse de ses énaules, et à la sainteté des canons au eigelde la pluralité.— Je sais ce que vous pouvez, * répondit le Pontife, « et je sais ce que ie puif moi même: j'ai mes raisons, elles

DlCTlORN. DES Car 01-31 AUX.

sont Irès-iiHporlantes; c'est h vous ao porter le joug que je ju^e selon Dieu devoir vous imposer. »

Ce Pape, qui aurait vouiu combler de biens le saint cardinal, fut aussi inlloxiblo* aux instances qu*ii lui fit de rer.cvoir sa démissio*) d*unc autre abbaye qu'ill'avait déjà obligé de prendre, c'était celle deSainl-.VJichelde Procida.Tt)uti'eX|)édient qu'il trouva, ce fut de lui pennctire d'y nommer u'n vicaire perpétuel, à qui il donnerait une bonne pension, en le chargeant du soin dos âmes et de la résidence, deux points sur lesquels Bellarmin ne croyait jamais devoir passer. Le saint iiomme, lout obéissant qu'il fût au vicaire de Jésu.s•Ch^i^t, ne laissa ()as de gémir sons le poids du ces bénéfices, pendant la vie do Clément; et le Pontife n'eut pas pinlôl les yeux fermés, qu'il s'en déchargea aux piuds do Paul V, au^juel il remit les deux abbayes aussi bien que Tarchevèché de Capoue, n'acceptant qu'h cette condition Phonneur qu'il lui faisait de le retenir k Borne pour son service et pour celui do l'Eglise.

Dans le temps qu'il se vit en danger d'être porté malgré lui sur ie trône de Saint-Pierre, il protesta au P. André Grec, son intime ami, que, si cette redoutable couronne tombait sur sa tôtis avant de la prendre, h Tinstant où on déclarerait son élection, il était résolu, en présence de tout le Sacré Collège, de faire hautement vœu, de ne se revêtir jamais de la pourpre, et de n'agrandir en aucune manière aucun de ses parents. S*é:aiit cependant rendu à sa retraile ordinaire do septembre, et ayant fait réiloxion sur I inconstance humaine, il craignit que, s'il attendait h s'engager, que le motnent do son élévation fût venu, la lueur éblouissante do cette éminento dignité, lui faisant peut-être apercevoir les choses tout auiremenl, il ne vint h changer de volonté, il crut qu'il était de la sagesse de prévenir le danger en prenant rengagement en un temps où n'ayant que Dieu seul devant les jeux, il avait tout le sang-froid nécessaire è un vœu de cette nature. Il laissa par écrit la pièce suivantOf traduite liJèlement du latin: « Le 26 septembre IGl^, vaquant aux exercices spiri* luels dans la maison du noviciat de Saint- André, après une mûre délibération, étant sur le point de prendre le sacré corps de Notro-Seigneur,jelui fais vœu en ces termes: Je Robert, cardinal Bellarmin, religieux

Èrofès de la Compagnie de Jésus, promets a ieu Tout-Puissant, en présence do la trèssainte Vierge et de toute la cour céleste, si par hasard il arrivait que je fusse fait Pape (ce que je ne désire nullement, et ce que jo supplie très-instamment le Seigneur de ne pas permettre), que je n'élèverai aucun «le mus f)arents ou alliés, ni au cardinalat, ni k aucune principauté temfiorelle, ni à titre de duché, de comté, ou de (juch^ue autre seigneurie que ce puisse être; je m'engage de même è n'en enrichir aucun, me contentant de les aidor à vivre dans leur étal. Ce n'est uas que ie oréleude parla condanner le*

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Souverains Poulifes, qui en onl usé aulre* meut, donnant le chapeau i ceux (le leurs parents ou de leurs alliés qu'ils ont trou« Tés capables de le porter dignement ; mais c*est que j*ai cru , devant Dteu , que les temps» où nous sommes, exigent cela pour avancer sa gloire, faciliter la réforme de TEgliic« et contribuer i la propagation do la aaiote foi. *

Bellarroîn nVut jamais d*anlros intérêts qxifi ceux de TEglise, et il cherrha partout k les procurer, sans se soucier de toutes les considérations humaines, auxquelles il n*eut d*égard qu'autant que le prescrivait la loi de Dieu. Uien n'est plus admirable que la conduite du saint cardinal dans les conclaves. Sa dignité l'obligea de s'y trouver trois fois, et il y fut toujours le môme, fermant 1*oreille au bruit des sollicitations, de quel- -que côté qu'elles vinssent, et donnant toute "Son attention 5 écouter le Seigneur, pour tipprendre de lui auel était l^homme qui mérilaîl le mîetix d être son vicaire sur la terre. On ne put ni ébranler la résolution

3u*il avait prise, de n'en nommer jamais 'autre, ni le détourner le moins du monde de cette ligne d'équité que lui avaient tracée les saints canons. Ce que Tauteur de la Vie ilu cardinal de la llochefoucauld raconte h '-€9 propos, est une preuve éclatante, et du mérite de celui dont il écrit rhistoire» et de 9'infloxibiefermctéde Vellarmin à suivre les règles et l'esprit de TËglise. Ce prélat français, dont la haute naissance fut la moindre qualité, était sous-doyen du Sacré Collège et grand aiMntoier de Franco ; il avait signalé son zèle, en travaillant à faire recevoir le concile de Trente dans sa patrie, à y détruire Thérésie, et à y former deux grands ordres. Bellarroin le cimnaissait à fond, et il n'en jugeait point déplus capable de gouverner l'Eglise : aussi lui donna-t-il constamment sa voix, dans tous les scrutins, ju troisième conclave, auquel il assista pour élire un successeur ë Paul V. Le cardinal Bi^)po1yte Aldobrandin, son ami, et celui qui fut, après sa mort, l'exécuteur de son testament, s'étaut apergu de cette détermination de Bellarmin h nommer toujours le cnêine, et sactiant d'ailleurs la dis(>osition •du conclave, qui n^était nullement pour le 4;ardinal français, qu'il portait. « Que vous ^erl, 9 lui dit-il| «4e fierdre tant de fois votre •^ulTrage? — Cela me sert extrêmement, répondit le serviteur de Dieu, et voulez-vous savoir h quoi 7 Jlousa vous tous juré de choisir'le plus digne; je n'en connais pas qui la •oit idtts que le cardinal de la Uochefoucauki ; ainsi je satisfais et à mon serment et ft^ma conscience, en lui donnant toujours ma voix. Qu'elle soit perdue, si vous vouleft,;06lon Jes vues que vous avez; elle ua Test Bulksment selon les luienues. »

C*est ainsi qu'attentif uniquement k ses devoirs, il suivait lidèlemei4 les lumières de la vérité, qui éclairait ses pas, et qui le coor duisait infailliblement à la justice. On le Mjoii au travers des iutrigucs^Ues cours»

qu'il se faisait honneur d'ignorer, aller droit son chemin, et parvenir heureusement où les autres avaient bien de la peine d'arriver après tous les détours que la politique leur faisait prendre. Ce qu'il avait sur les lèvres, il l'avait dans le cœur; et il était si connu h Rome pour ce caractère de sincérité, qu'urr complaît plus sur sa simple parole que sur le serment de toutaulre. Un notaire du Sainl- OnTice en donna une preuve fort singulièrot et qui lit un grand éclat. Accusé d'infidélité dans son emploi, il fut jugé et condamné h mourir sur un gibet. Lorsqu'oA vint à lui lire sa sentence, il entra en fureur, il se récria contre l'ir^ustice prétendue de ses juges. «Ce n'est pas,c disaitil, en criant comme un désespéré, • que je n'aie mérité la mort pour mes péchés; pour y satisfaire, je la souffrirais patiemment en toute conjoncture, soit par le glaive, soit l-ar la corde: mais je n'en ferai rien ici; jo sais le Tait dont on me charge; il n'y a pas de fjuoi me condamner; il ne sera pas dit que je meure pour si peu de chose, comme un infâinc^On eut beau lui représuuler qu'il ne s'agissait plus de justifier des chefs d'accusation, dont il était atteint al convaincu; qu'il ne lui restait plus que le temps de songer au salut de son âme; il n'entendit rien à ce langai^e, et toutes les personnes de \*\é{6 qui re&hortèreiil, ne jiurent rien gagner sur son esprit. Comme il perdait la temps, et quecelui de l'exécution était venu, on se mettait en devoir de le trûfner au su|vplice, malgré les cris lamentables dont il taisait retentir la prison, lorsqu'inspiré subiteii:enl, il demanda à voir un moment la cardinal Bellarmiiu protestant qu'il était résolu do s'en tenir i son jugement, et qua, s'il lui déclarait qu'il fût digne de mort, il Taeceplerait h l'instant méiue. On court au cardinal : on n'avait que faire de le prier, il s'agissait du salut éternel d'une Âme; iiour 4Hfla il aurait volé d'un pôle è l'autre. Il no perd pas un moment, il se transporte où on l'appelle, il se rnid au()rès de ce ualheureux, il kii parle avec une bonté de |)ère^il l'écoutu avec douceur, cl, après avoir entendu s^s raisons, se penchant sur son cou et l'em* brassant tendrement : « Voulez-vous savoir de moi,« lui dit-il, « mon très-cher frère, ce que je pense de votre affaire? je la connais parfaitement; comme chef de la congrégation du Saint-Oflice, je me suis trouvé dans la nécessité d'examiner toutes les pièces du procès; je ne voudrais ni mentir, ni vous tromper: en vérité la sentence portée contre vous est juste. — Votre Suigneurie dit qu'elle est juste, » répond sur-la-cbamp le coupable ; je le crois, je m y soumets, je ii*ai pas de réplique. — Il faut donc employer i gagner l'éternité ce qui vous reste de iemps,»ajoule affectueusement Bellarmio. Il n'en fallut pas davantage : le criminel entrant dans la pensée du saint homme profita de ses avis, et, aprè» une exacte et vive confession de ses fautes, il alla tranquillement les expier au lii-u du supplice, oà il mourut eu vrai pénitcuti ayant entendu de

DES CAHMNAUX.

iaboudie de Bcllarniin qu'il était vraiiiiont eriminel.

Il fallait que le serTÎlcur 4e Dieu en fât bien persuadé, pour Fen aToir assuré si positiireroeiit ; ear il lui fallait des évidonco-s pour juger que quelqu'un fût coupable. Il ne pouvait croire dans les autres le mnl qn'il n'aurait |»as voulu faire luî-niéme, et il aiiBaittiifouc se tromper dans ie jug^Miient qu*il faisait de leur innocenccy que de donner la moindre atteinte à la cfiariié qu'il iMait pour eux. Cette vertu ehrétienue ajoutée à la bonté de son naturel, avait élevé <ûns son cœur une espèce de tribunal, oà il trouvait toujours de quoi se condamner et juitiBer le prochain. Cela paraissait quel- «juefois simplicité aux personnes de la cour, dont la pofitioue n'a guèr« coutume de prendre pour règles les pures maximes do l*Evaiigile. Son attachement h la morale do Jésus-Christ^ sa lidélilé inviolable h suivre Icssaints^Mnous, son eiactihide dans ladis- |sensaiion des biens de TEglise, It^ refus ^u'il fit do les releniren quittant Capoue^ «t mille autres traits de sa v Le pasM^ient «(uelquefoia» che2 de faux sages, |)Our de scrupuleux excès d*une âme simple : maïs Jes plus habiles et les plus pieux du Sacré Collège et de Kome les regardaieul comme des effets solides d'une véritable sagesse, et Tadmiraient lui-même comme un modèle 4la conduite donné par la divine Providence h tous les prélats de son temps. Les cardijjaux les plus cocsidérables convenaient tous qu'ils ne connaissaient point d*homme en X|ui l'on vit une plus parfaite alliance de la «imidicité avec .a pruiience. Rien ne prouve mieux cet «heureux accord , nue la manière sage et modeste avec laquelle il se conduisit en franco dans les conjonctures les plus ilifliciles, que l'expédient qu'il trouva pour réconcilier Ja république de Lucques avec son évÊque» contre respérance de toute ntalie,^ui regardait cette réunion comme iiiipossit>ie;que les ménagements avec Itts-

3uels il sut remédier aux |Jus grautlsdésorrcs» sans offenser ceux qui semblaient être ^en possession de les commettre; réduire à la docilité chrétienne les esiirils les plus in- Irattables, faire servir à l'Iionneur de l'Eglise rautorilé des grands de la terre, et se conci* lierai souvjerainement les vice-rois de Nanles «1 les officiers du rui 4;atiiolique que, dans Jcs différeoJs presque inévitables entre les deux puissances, Tecclésiastitiue et la sécu^ liera, les ministres d'Espague s'en rap|>oriaieut à lui , persuadés qu'il était incapable de rien prétendre qui ne fût juste.

Les règlements qu'il Ql à Capoue dans les «yuodes qu'il assembla chaque année parurent à son successeur comme des oracles de sagesse. L'ouverture nue lui faisaient de leurs cœurs tant de prélats et ta.it de cardinaux; les avis que lui demandaient les firlnces non-seulement sur des points de conscience, mais dans les affaires les plus délicates du gouvernement, seront h jamais dastéinoignagesde sa profonde sa^^esse; mais quaud il n*y en aurait point d'autre que la

constante confiance qui détermina trois os quatre des plus grands Papes à vouloir le retenir auprès de leurs personnes, cette eonfiance peut nous dispenser de rien ajouter. Nous nous bornerons à rapporter encore une lettre que le grand-duc de Toscane écriWt de Florence k Dellarmin, le ik mai 1612, l>our Pattirer à sa cour^ au moins pendant quelques jours : « J^apprends que Votre Seigneurie illustrissime, ayant fini le chapitre général des Céleslins, vient fahre un touri Assise; ainsi on peut dire qu'elle va passer fort près de mes Etats. A cette nouvelle, je n'ai pu retenir ma joie, et je vous ai déjà de cœur baisé très-affectueusement les mains. Je ne vous dirai pas que je vous invite ici: c'est ainsi qu'en en use envers un étranger, et non pas avec une personne -que j'aime, que j*honore, et que j'ai toujours désiré de servir, comme vous. Tout mou dessein est de vous faire ressouvenir que vous pouves disposer do mon palais comme d'un hMel qui est à vous, et où je souhaite de vous posséder, pour vous y rendre tout Thonneur qui vous est dû, et vous mieux mar-

3ucr de vive voix l'affectueuse et sincère is{)0siii3u de mon cœur à tout ce qui esl de votre service. Si vous m'accordez ce que je vous demande, et qui vous est si aisé, vous Irouvant hors de Home et è deux fias de mes Etats, j'aurai une saiisfaclion toute particulière de m*eiUrelenir avec vous, comme avec mon père. Votre Soigneurie illustrissime trouvera, selon les ordres que j*en ai donnés ^ toutes Jes commoilités propres à lui faciliter ce voyage. Je puis presque dire qu'elle est môme obligée en conscience de ne pas refuser cette consolatiou à mes désirs. Je b lise encore une fois les mains do Vutrc Seigueurie illustrissime, avec la plus vive affection de mon cœur. vCosme, grandduc de Toscane. »

Dans la congrégation où il fut traité de la béatiticatioii du vénérable serviteur de Dieu« le cardinal Bellarmiu, le 27 juillet 1077, il j eut (dus des deux tiers dessuifrag»^s en faveur du saiiU homme. On peut dire qu'il les aurait eu 4ous, si cette assemblée se fût ienue aussitôt après sa mort, ei qu'elle n'eût éié com|)Osée que des cardinaux qui venaient d'être les témoins oculaires, et tes admirati*ur$ de ses verlus : c'est de quoi on tombera aisément d'accord pour peu qu'on se souvienne des témoignages que lui rendit alors tout le Sacré Collège.

Tel était le cardinal Bellarmiu. Neveu d'un grand Pape« il aurait égalé son oncle, s'il était monté, comme lui, sur le trône pontiQcai, auquel il méritait d'autautplut d'être élevé, qu'il s'en croyait moins digne, et qu'il en redoutait plus sincèrement les devoirs, dont il connaissait le poids mieux que tout autre. La Providence cependaul 1 ayant fait nattre pour l'houneur et l'avan* tage de l'E^^lise, on peut dire qu'rl lui fut aussi utile en l'illustrant et en la défeodaui f)ar ses ouvrages, qu'il l'aurait été en la gouvernant par sa sagesse, et qu*îl était d'un égal iuiérôt au Saint-Siège qu'il lllll

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DICTKfNNAIRE

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ou le conseil des Soaverams Pontifes , ou SouTerain Pontife luî-roême. Religieui, théologien des Papes et de leurs légats, cardinal , archevêque , et partout le :nême, il changea souvent d'état, et jamais de conduite; ayant toujours porté la piété la plus tendre dans les études les plus sèches, dans rembarras des alfaires le recuoiilenienl le plus profond, une innocence d*ange dans le commerce du monde, ^humilité dans les grandeurs y le même dégagement dans la possession et dans la perte de ses revenus, ne les ayant possédés que pour en nourrir les membres de Jésus-Christ, et les ayant perdus sans chagrin pour redevenir plus semblable h Jésus-Christ môme; ayant uni surtout, dans sa personne, une simplicité d'enfant avec la plus haute prudence, la modestie d'un disciple avec la science d*un «xceilenl maitre et ayant mérité, par une union si merveilleuse, d'être estimé de tous les sages comme un miracle contî- ^nuel.

Nous ajouterons ici un compte rendu qui a été fait h l'occasion de la traduction des Sermons et des Coniroversei de Rellarmin; nous donnerons aussi quelques citations du premier ouvrage.

Parmi les grands hommes qui, au xvr siècle, furent suscités pour défendre lEglise contre l'invasion du protestantisme, l'un des plus admirables est sans doulo Robert Bel* tannin, de la Compagnie de Jésus et cardinal. Il a été donné à peu d'écrivains de présenter une telle réunion de qualités rares. 'Erudition vaste, logique irrésistible, pensées sublimes, éloquence entraînante , tout cela couronné par une sainteté dont il y a .peu d'exemptes; tels sont les principaux traits qui rayonnent de cette grande figure. Ajoutons que Bellarmin mena de front et avec un égal succès l'action et l'étude.

Nous avons sur la vie de Bellarmin des documents autenthiqucs, émanés de lui-même «et adressés ë l'un de ses confrères dans la -Compagnie de Jésus, Eudémon Jean. Nous savons par Ih qu'il naquit h Monlepulciano, en Toscane, le k octobre 15^2. Il était âgé de treize ans lorsc|ue son oncle monta sur le trône de saint Pierre, sous le nom de Mar- •cel 11: cette élévation faisait déjà concevoir les plus brillantes espérances 5 la famille de Bellarmin, pauvre quoique noble, lorsque Marcel II mourut le vingt-deuxième jour de son pontilicat, au moment où il se préparait à réaliser d'importantes réformes, dont la conception sulUt pour révéler en lui une hauteur de vues et une fermeté des plus remarquables. Dieu permit sans doute cette mort inopinée pour une foule de motifs que nous ignorerons toujours, parce que nous ne pouvons sonder les abîmes do sa sagesse. Mais u'est-il pas permis de penser qu'une de ces raisons fut rintérôt du jeune Bellarmin, ou plutôt l'intérêt qu'avait I Eglise à ce qu'il |)ût, dans la retraite, préparer les armes qui devaient plus tard frapper de si grands coups sur l'hérésie. Si Marcel II eût vécu, Bellarmin, élevé aux honneurs dis son

jeune Age, n'eût pas sans doute été entièranionl perdu pour la science; un génie comme le sien eût toujours trouvé sa roie; naif on peut croire que ce génie n'eût pas élé fécondé au degré où il le fut par la vie de prière et d'étude que Dieu lui ût la grâce d'embrasser.

A fû^e de dix-huit ans, Bellarmin entra & Rome dans le noviciat de la Comf)agnie de Jésus, non sans avoir eu à lutter coolra Topposition do sa famille qui • tout en la destinant k l'état ecclésiastique, ne le vo^rall pas sans répugnance embrasser une carrière qui lui fermait la route des honneurs. Après avoir étudié quelque temps la théologie au collège Romain , il fut envoyé successive* ment h Florence et è Mondovi , où il se fli également remarquer comme prédicateur et comme professeur de littérature. Ayant ensuite h Padoue achevé ses études en théologie, prêché h Venise et h Gènes, et visité les trois célèbres sanctuaires de l'Apenniiit consacrés à Saint-François, h Sainl-Romnald et h Saint - Jean Gualberi, il fut envoyé en Flandre par François de Borgia, qui venait de succéder à Layrsez dans le gouvernemeat de la Compagnie de Jésus.

Arrivé è Louvain, il remplit aussitôt la Flandre du bruit de son nom. Tous les récils du temps sont des témoignasses de riiii« pression profcmde que produisait son éloquence. Une foule de protestants se convertirent à sa voix, et la Flandre, aujourd'hui fii catholique, lui doit en grande partie d'avoir pu résister aux assauts de l'hérésie.

Bellarmin resta sept ans en Flandre ; il fut ordonné prêtre en 1570, et occupa longtemps une chaire h l'université de Louvain. Il contribua grandement à faire reconnaître à Baius, chancelier de cette université, la fausseté des opinions qu'il soutenait, malgré la condamnation de saint Pie V ; il se livra, en ou tre, pcndan t ces sept années, à d*immenses études dont M. Daras parle ainsi, dans une intéressante iVo/iC4? : « Pour mieux saisir le sens de la sainte Ecriture, il avait d'abord appris l'hébreu; un savant Jésuite, le P. Arlémius, lui en avait enseigné les premiers éléments, et bientôt Bellarmin avait si bieii deviné le génie de cette langue, qu'il avait pu composer une grammaire k l'aide de la-

2uelle il mettait en huit jours ses élèves en tat de traduire la Bible. Il voulut ensuite étudier les Pères, et non -seulement les saints docteurs, mais tous ceux qui ont écrit sur la religion, tant avant qu'après Jésus-Christ. L'immense étendue des opinions humaines et des doctrines diverses , fui ainsi (parcourue par un seul homme dans l'espace de six années. Il lisait lentement, et annotait avec soin, et sa vaste mémoire retenait tout ce qu'elle saisissait une fois.

« Les philosophes de l'antiquité, la collection des saints Pores, tes histoires, la jurisprudence sacrée, rien ne lui échappa. Ifs*était fait une chronologie que les savants orti admirée, pour relier dans son esprit tout l'ensemble des faits historiques. Un menament nous est resté de ses giganlesquee

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DES GAIIDINALX.

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IrftTAui; c'est un livre Des écrivains ectlé" Hartiques^ où«il norte son jugeimsnl sur filus de quatre cents auteurs. »

Quand Bellarmin (|uitta Lonvain» Tunîversiié de Pans et saint (Iharles Borroméo se l« disputaient; maïs Grégoire XIII le chargea de faire au collège Romain un cours (te controverses contre les erreurs du temps, •t cette mission que Ini confiait un des plus graniU Papes du xvi* siècle, fut, pour le savant et éloquent Jésuite, Poccasion de la composition de son elief-d'œuvre : Disputa^ iianes de conlroversiis fidei adversus hujus iemporis hœretieo^t k volumes in-folio, Parts, 1688.

Dans notre siècle positif et pro5aik]ue, nous ne pouvons nous^fbtre une idée du releiitissemefil que ce livre eut en Europe. La lutte entre le protestantisme et le catholirîsm^ étflit alors dans toute sa force, f.o livre && Bdiarmin fut comme un coup de foudre qui fit tremtder les dojcteurs et les partisans rouronnés du protestantisme, et qui ranima lit confiance dans les rangs catholiques. £11* sabeth en défendît la lecture sous peine de nort. Le cardinal du Perron le fit traduire •B français; Théodore de Bèze s*écria : Nous sommes perdus! Mais c'est en Allemagne tnriont que les résultats de cette publication IVirtMit immenses, et nombreuses les conversions des protestants. Cette pof)ularité d'un livre latin au xvi* siècle, d'un livre si feérieux et si considérable, nous révèle la vigueur des esprits à cette époque, et nous r»ffpelte rinfliieiice étonnante que saint Bernard a'vait conquise par sa parole quatre cents ans plus tôt. De nos jours la voix des «pétres et la plume des docteurs, lors môme qu'elfes arrivent à ce qu*on appelle le suc* ces, n'ont plus d'action que sur uee partie fort restreinte de la société. Le don dopassionner les multitudes n'appartient |)lus Kuire qu*à des feuilles volantes, surtout h celles qui se font les organes d*i l'irréligion «1 de l'ignorance.

Après avoir dirigé les novivcs, parmi lesquels se trouvait saint Louis de Gonz«ngup, Bellarmin dut aC(M>mpagncr eti France le cardinal Cajelan, envoyé par Siile- Quint ponr diriger la liij;ue.

La ligue, dit ÀK l'abbé Daras, qtie nous nous plaisons encore à citer, a valu à la FVance l'abjuration de Henri iV. Sans la résistance qu'elle lui opposa, jamais ce grand homme, tout occupé de sa gloire et de S(*s plaisirs, n'eût voulu afiprufondir les questions de religion. La jiaf)aulé qui soutint et«ppit)uva la ligue déifudait donc en cela les'vrais intérêts de la France et du calliolieisme. Aucune nassion personnelle ne s'y mêla. Du jour ou l'on put espérer le retour lu roi, Sixte-Quint se montra disposé à la paix. Malgré les intrigues de l'Espagne, Clément VIII accomplit bientôt cette grande réconciliation. Bellarmin n*alla pas aussi loin-que le.carditial Cajetan dans l'opposition è' Henri IV; il comprenait que la lutte ne pouvait finir que |)ar la conversion du roi.

De refour à Uume, il travailla h l'éditiou de

la Bible qui fut publiée sous Clément VtIL Puis il fut successivement recteur du collège Romain, provincial de Naples, théologien de Clément VllI, et enfin, en 1509, cardinal. Sa promotion h cette dernière dignité fut approuvée de tout le monde, excepté de lui-même. En 1601, il devint archevêque de Capoue, et il lui suffit de trois ans fiour opérer ilans son diocèse les réformes es plus utiles. Après la mort de Cléroenl VllI, il fut plusieurs fois sur le point de parvenir à la papauté. Ecarté par TRs* pagne, il fut nommé, en 1605, bibliothécaire du Vatican, ce qui le décida à donner sa démission d*arcbevêque de Capoue. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, qui arriva le 16 août 1621, sa vie ne fut pas moins bien remplie que jiar le passé. Malgré le temps que lui prenaient les travaui des congrégations dont il était membre, ses études particulières, ]e soin des pauvres, les longues heures données h la prière, il trouvale moyen de mener h bonne fin un grand mmibre dMmportantcs affaires, dont les princifiales furent le différend occasionné

Car les empiéiemenis de la république de enise sur les droits du Sainl-Siége, et celui que fit naître la perséciHion que Jacques I", roi d'Angleterre, dirigea contra ses sujets catholiques, en exigeant d'aux le serment du test, il réfuta successivement fra Paolo Sarpi, qui prétendait justifier la révolte de Venise contre l'interdit de Paul V, et Jacques 1" lui même qui avait fait un livre pour déff*ndre le serment du lest. Li première réfutation facilita h V^enise le succès do la mission du cardinal de Joyeuse envoyé par Henri IV, et la seconde produisit UQe profonde impression en Angleterre, où l*on avait déjà une si hante idée de l'auteur dos Controverses.

L'infl.uenco de Bellarmin au xvi* siècle fut donc im*nc:ise, mais cette influence lui a survécu. Ses écrits ont été pendant deux siècles l'arsenal où les défenseurs de la vérité allaient puiser les armes les plus efllcaces contre le protestantisme. Aujourd'hui, cependant, les écrits de ce grand docteur sont [Kiu connus à cau$e de la lan-^uo dans laquelle ils ont été composés. Les sermons Îue Bellarmin publia à Louvain, comme ses ontroverses^ comnHî son fameux Catéchisme et son ouvrage Sur ^autorité du Souverain Pontife^ sont également en latin. Or, si les sermons latins sont aujourd'hui impossibles» les livres latins sont insuffisants. C'est donc une bonne pensée que d'avoir traduit eu notre langue les principaux ouvrages de Bdiarmin. UrAce à ses traducteurs rilluslre cardinal va inaugurer comme une nouvelle série de prédications et de lonlroverses, et verser sur le xix' siècle une partie des bienfaits que lui dut le xvi*. C est ce dont se convaincra quiconque voudra jeter un coup d'œil sur ceux de ses ouvrages qui ont été traduits en dernier lieu.

Les sermons do Bellarmin, traduits par M. £lie Berlon, en k vol. in-8% sont divisés en douze séries cumurcnant ensoiuble 87 dis-

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ou le conseil d^s Souverains Ponlires , ou Souverain Ponlife Ini-roême. Religieui, théologien des Papes et de leurs légats, cardinal , archevêque , et partout le niême, il changea souvent d^état, et jamais de conduite; ayant toujours porté la piété la plus tendre dans les éludes les plus sèches, dans rembarras des alfaires le recueilleincnt le plus profond, une innocence d*ange dans le commerce du monde, rhumiiité dans les grandeurs, le même dégagement dans la possession et dans la perle de ses revenus, ne les ayant possédés que pour en nourrir les membres de Jésus-Christ, et les ayant perdus sans chagrin pour redevenir plus semblable à Jésus-Christ môme ; ayant uni surtout, dans sa personne, une simplicité d*enfanl avec la plus haute prudence, la modestie d*un disciple avec la science d'un «xceilent maître et ayant mérité, par une union si merveilleuse, d*èlre estimé de tous les sages comme un miracle conli- ^nuel.

Nous ajouterons ici un compte rendu qui a élé fait h Toccasion de la traduction ues Sermons et des Coniroverses de Rellarmin; nous donnerons aussi quelques citations du premier ouvrage.

Parmi les grands hommes qui, au xvr siècle, furent suscités pour défendre I Eglise contre l'invasion du protestantisme, Tun des plus admiraliles est sans doute Robert Bellarmin, de la Compagnie de Jésus et cardinal. Il a été donné à peu d'écrivains de présenter une telle réunion de qualités rares. 'Erudition vaste, logique irrésistible, pen* sées sublimes, éloquence entraînante , tout cela couronné par une sainteté dont il y a j)eu d'exemptes; tels sont les principaux traits qui rayonnent de cette grande figure. Ajoutons que Bellarmin mena do front et avec un égal succès Taction et l'élude.

Nous avons sur la vie deBellarmiiidi.'S documents autenthiques, émanés de lui-même «et adressés ë l'un de ses confrères dans la -Compagnie de Jésus, Eudémon Jean. Nous savons par \h qu'il naquit ëMonlepulciano, en Toscane, le k octobre 15^2. Il était âgé de treize ans lorsque son oncle monta sur le trône de saint Pierre, sous le nom de Mar- 'Cel II: cette élévation faisait déjà concevoir les plus brillantes espérances à la famille de Bellarmin, pauvre quoique noble, lorsque Marcel 11 mourut le vingt-deuxième jour de son pontilicat, au moment où il se préparait à réaliser d*imporlantes réformes, dont la conception sulht pour révéler en lui une hauteur du vues et une fermeté des plus remarquables. Dieu permit sans doute cette mort inopinée pour une foule de motifs que nous ignorerons toujours, parce que nous ne pouvons sonder les abîmes do sa sagesse. Mais n'est-il pas permis de penser qu'une de ces raisons fut hntérèt du jeune Bellarmin, ou plutôt l'intérêt qu'avait 1 Eglise à ce qu'il pût, dans la retrnile, préparer les armes qui devaient plus tard frapper de si grands coups sur l'hérésie. Si Marcel II eût vécu, Bellarmin, élevé aux honneurs dès son

jeune Age, n'eût pas sans doute été entièreinonl perdu pour la science; un géuiecomiae le sien eût toujours trouvé sa voie ; naïf on peut croire que ce génie n'eût pas éié fécondé au degré où il le fut par la vie de prière et d'étude que Dieu lui Gt la grâce dVmbrnsser.

A fâ^e de dix-huit ans, Bellarmin enira & Rome dans le noviciat de la Compagnie de Jésus, non sans avoir eu à lutter cootne Topposition do sa famille qui , tout en la destinant h l'état ecclésiastique, ne le voirait pas sans répugnance embrasser une carrière qui lui fermait la route des honneurs. Après avoir étudié quelque temps la théologie au collège Romain , il fut envoyé successive* ment à Florence et h Mondovi, où il se fli également remarquer comme prédicateur et comme professeur do littérature. Ayant ensuite h Padoue achevé ses études en théologie, prêché h Venise et h Gènes, et visité les trois célèbres sanctuaires de l'Apenniilf consacrés à Saint-François, h Saint-Romuald et h Saintr Jean Gualbert, il fut envoyé en Flandre par François de Borgia, qui venait de succéder à Laynez dans le gouvernemeat de la Compagnie de Jésus.

Arrivé è Louvain, il remplît aussitôt la Flandre du bruit de son nom. Tous les récits du temps sont des témoignasses de Tinipression profcmde que produisait son éloquence. Une foule de prolestants se convertirent à sa voix, et la Flandre, aujourd'hui fii ratholique, lui doit en grande partie d'avoir pu résister aux assauts deThérésie.

Bellarmin resta sept ans en Flandre; il fut ordonné prêtro en 1570, et occupa longtemps une chaire à Tuniversité do Louvain. Il contribua grandement à faire reconnaître à Bains, chancelier de cette université, la faui* seté des opinions qu'il soutenait, malgré la condamnation de saint Pie V ; il se livra, en outre, pendant ces sept années, à d'immensea études dont M. Daras parle ainsi, dans une intéressante Notice. : « Pour mieux saisir le sens de la sainte Ecriture, il avait d'abord appris Thébreu; un savant Jésuite, le P. Arlémius, lui en avait enseigné les premiers éléments, et bientôt Bellarmin avait si bieii deviné le génie de cette langue, qu'il avall pu composer une grammaire à l'aide de la-

2uellc il mettait en huit jours ses élèves eo tat de traduire la Bible. Il voulut ensuite étudier les Pères, et non -seulement les saints docteurs, mais tous ceux qui ont écrit sur la religion, tant avant qu'après Je* sus-Christ. L'immense étendue des opinions humaines et des doctrines diverses , fui ainsi parcourue par un seul homme dans l'espace de six années. Il lisait lentement, et annotait avec soin, et sa vaste mémoire retenait tout ce qu'elle saisissait une fois.

« Les philosophes de l'antiquité, la colleotion des saints Pères, les histoires, la jurisprudence sacrée, rien ne lui échappa. If s'était fait une chronologie que les savants ont admirée, pour relier dans son esprit toul l'ensemble des faits historiques. Un mooa« ment nous est resté de ses gigantesques

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IrftTaui; c'est un livre Dei écrivaîng eeeié* Hartiques^ où*il porle son jugeioent sur |)lus de quatre cents auteurs. »

Quand Beilarmîn quitta Lonvain, Tunîversiié de Paris et saint (liiarles Borromée se l« disputaient; mais Grégoire XIII le ehargea de faire au collège Romain un cours dîa controverses contre les erreurs du temps, •t cette mission que lui ronflait un des plus graniU Papes du xvi* siècle, fut, pour le sauvant et éloquent Jésuite, Toccasion de la composition de son ciief-d'œuvre : Diiputaiianes de conlroversiis pdti adversus hujus temporiM hmretieo^^ k volumes in-folio, Parfs, 1688.

Dans notre siècle positif et prosalp^ue, flous ne pouvons nous fuiru une idée du re* lentîssemetit que ce livre eut en Europe. La lutte entre le protestantisme et le caiholirisme était alors dans toute sa force. Le livre dB Bellarniin fut comme un coup do foudre qui fit treinLder les dojcteurs et les partisans couronnés du protestantisme, et qui ranima lit confiance dans les rangs catholiques. Elisabeth en défendît la lerture sous peine de mort. Le cardinal i\\i Perron le fit traduire •B français; Théodore de Bèze s*écria : Nous sommes perdus! Mais c'est en Allemagne snrtont que les résultats de cette publîeation IVirent immenses, et nombreuses les conversions dos prolestants. Cette popularité d'un livre latin au xvi* siècle, d'un livre si feérieux et si considérable, nous révèle la vigueur des esprits à celte époque, et nous rsffpelte rinflueuce étonnante que saint Bernard a^ait conquise par sa parole quatre cents ans fdus tôt. De nos jours la voix des apètres et la plume des docteurs, lors môme ^relfes arrivent à ce qu*on appelle le succès, n*ont plus d'action que sur une partie fort restreinte de la société. Le don de passionner les multitudes n'appartient plus guère qu*à dos feuilles volantes, surtout è celles qui se font les organes d«i I irréligion «t de l'ignorance.

Après avoir dirigé les novives, ftarmi lesquels se trouvait saint Louis de Gonzngiip, Bettarniin dut aci^impugner eft France le cardinal Cajetan, envoyé par Siite-Quint pour diriger la li'^up.

La ligue, dit ÀK rabbé Daras, que nous nous plaisons encore à citer, a valu à la ffraoee Tabjuration de Henri iV. Sans la résistance qu'elle lui opposa, jamais ce grand homme, tout occupé de sa gloire lit de si*s plaisirs, n'ifût voulu afiprofonilir les qut^slions de religion. La j)af)aulé qui soutint olr approuva la ligue dérendait donc en cela les'vrais intérêts de la France et du catiioli'eisme. Aucune nassion personnelle ne s'y mêla. Du jour ou l'on put espérer le retour lu roi, Sixte-Quint se montra disposé à la paix* Malgré les intrigues de l'Espagne, Ctémenl VIU accomplit bientôt cette grande réconciliation. Bellarmin n'alla pas aussi loin- que lo.cardiualCajetandans l'opposition è' Beuri IV; il comprenait que la lutte ne pouvait finir que f)ar la conversion du roi.

De retour à Hume, il travailla à l'éditiou de

la Bible qui fut publiée sous Clément VHi^ Puis il fut successivement recteur du collège Romain, provincial de Naples, théologien de Clément YIII, et enfin, en 159&, cardinal. Sa promotion à cotte dernière dignité fut approuvée de tout le monde, excepté de lu4-nième. En 1601, il devint archevêque de Capoue, et il lui suiïit de trois ans pour opérer dans son diocèse les réformes les plus utiles. Après la mort de Clément VllI, il fut plusieurs r^vis sur le point de parvenir à la papauté. Ecarté par TEs* pagne, il fut nommé, en 1605, bibliothécaire du Vatican, ce qui le décida à donner sa démission d'arcbevèque de Capoue. Depui< ce moment jusqu*k sa mort, qui arriva le 16 août 162!, sa vie ne fut pas moins bien remplie que par le passé. Malgré le temps que lui prenaient les travaux des congrégations dont il était membre, ses études particulières, ]e soin A^s pauvres, les longues heures données h la prière, il trou vale moyen d» mener à bonne fin un grand nombre d'importantes affaires, dont les principales furent le ditférend occasionné

Car les empiétements de la république de enise sur les droits du Saint-Siège, et celui que fit naître la perséciHion que Jacques 1", roi d'Angleterre, dirigea contra ses sujets catholiques, en exigeant d'aux le serment du te$t. Il réfuta successivement fra JPaolo Sarpi, qui prétendait Justifier la révolte de Venise contre l'interdit de Paul V, et Jacques 1" lui-même qui avait fait wn livre pour déft;ndre le serment du test. La première réfutation facilita à Venise le succès do la luission du cardinal do Joyeuse envoyé par Henri IV, et la seconde produisit use profonde impression en Angleterre, où l'on avait déjà une si haute idée de l'auteur dos Controverse».

L'influence de Bellarmin au xvi* siècle fut donc im*ncnse, mais cette influence lui a survécu. Ses écrits ont été pendant deux siècles l'arsenal où les défenseurs de la vérité allaient puiser les armes les plus efficaces contre le |)rotestantisiiie. Aujourd'hui, cependant, les écrits de ce grand docteur sont peu connus è caujse de la lani;uo dans laquelle ils ont été composés. Les sermons Îue Bellarmin publia à Louvain, comme ses ontrover$e$^ comme son fameux Catéchisme et son ouvrage Sur Vautorité du Souverain Pontife^ sont également en latin. Or, si les sermons latins sont aujourd'hui impossibles, les livres latins sont insuinsants. C'est doue une bonne pensée que d*avoir traduit eu notre langue les principaux ouvrages de Bellarmin. Urdce h ses traducteurs Tillustre cardinal va inaugurer comme une nouvelle série de prédications et de controverses, et verser sur le xix' siècle une partie des bienfaits que lui dut le xvi*. C'ust ce dont se convaincra quiconque voudra jeter un coup d*œil sur ceux de ses ouvrages qui ont été traduits en dernier lieu.

Les sermons dt} Bellarmin, traduits par M. £lie Berton, en k vol. in-8", sont divisés en douze séries cuuiurcQant ensoiuble 87 dis-

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eonfs. Ln f" série roule gur la fim dermièfet^ ta 2' «tir h saiMe' Vierge, la 3' sur le» motifs de erédibUitéf la h* sur les tribulations^ la 6*'f«r le psixume xc. la 6* sur les fêtes des saints^ l'a V sur tes fêles de Notre-Seigneur^ Naliriré, Epiphahle, Résarrection, Ascension, Pentecôte, S)ihi(-<Sarrement; la 8^ et la 0* snnt detsx Âtents\ la 10' une Dominieate de Noël au Carime,- \H f 1* est un Carême, et la 12* est une Dominicale de Pâques à FAtent, Le cadre, comme on le voit, est très- Tri rgii\ La manière dont W est rempli ne tffisse rii*n \ désirer. Nous n*opprendrons rien k personne en disant que la doctrine de ces ser-* mons est irr^prochnbliv i\no 1» logique en est irrésistible; ce sont des qualilés que Ton s'attend è trouTor dans tous l'rs^ outrages de Bellarmin; mais ce qui étonnera pins d'un de nos contemporains, ce sora d*c'ntendre parler non-seulement du pathétique, mars de l'imagination vive, hardie, varier, quelquefois même eicentriquo, qui anime la jifopart de sos sermons. Ce no sont que paraboles ingénieuses, métaphores inatlendues, expressions pittoresques, apostrophes véhémentes; il faut mémo avouer que Ton trouve çk et là i\çi peintures un peu cruesr, qui paraîtraient aujourd'hui indignes de la rhaire,quoiau'elle$ ajoutent beaucoup h Tintérêl de la lecture et qu'elles expliquent, jointes aux autres qualités dont nous avons parlé, comment ses sermons, l)1«.'n que prononcés en latin, attiraient à Louvaiu tant d'auditeurs.

Nous croyons qu'on lira avec plaisir quelques citations i\os Sermons de Kellarmin. Nous empruntons, pour les eitrails qui suivent la traduction de M. Elie Berlon. Le preon'er morceau est extrait d'un Sermon sur le jugement, qui fait partie du tome 1" :

«Los hommes séclicront dans la terreur qui s'emparera de Tunivers. Quelle emphase I Les hommes sèehiTontl que nous veulent ces prodiges, diront-ils, ces monstres?

que va-t-il sortir do cet enfantement du inonde? quelle sera la fin de ces révolulions inconnues? Et, parlant de In sorte, ils se regarderont les uns les autres; et leur face bléuio oonimo le linceul multi|)liera leurs terreurs, les fera sécher d'épouvante. Alors, plus d'olFices publics; personne au forum, au fiortique, nu sénat ; plus de passion des honneurs, de désir de ta richesse, do chasse i la volupté. Si immenses seront ces terreurs, qu'oublieux d'un pèrB, d'une é|)0use, d'un ami, d*un roi,de la faim qui consume, delà soif qui brûle, les hommes ne songeront plus qu'h chercher un asile rentre Tes goutfresde la terre et le débordement des eaux. Que vont engendrer les monstres? que Horlira-t-il de cet ébranlement universel ? crieront-ils, et lYpouranto présente servant de me.sure aux épouvantes prochaines, leur désolation ne connaîtra plus de bornes.

«Mais une voix d'homme ne peut tracer dignement ce tableau. J'en appelle au matelot que la tempèto a l>allotté sur l'Océan. Qui pourrait exprimer ses angoisses, quand

le navire était lejpoaet du (lot iiiaviiair, de fréquent» éclairs déchiraient le ciel iHiir aux lugubres rouïenronts delà fctrdrev «if sifflement du feni q:iii' fbuHItfit liTmerr el que, tantôt sur le sommet ifximr vagtM, tm* tôt au fond d'un abîme, fé^ipmjcr liviito^ tremblant, criait miséricorde, mullipliaif ses vœux, implorait le temi)s de ftrirv péat^ lence, songeait entin à châtier sar vie el i suivre lesvoics meilleures 1 Imaginez doM ^e tumulte de TAme au milieu des éléineiiis excitant leur propre tempête. Le soleil* plus* hrorrrtrie qite )a nuit, et la tune sanglante inspireront la terreur eomme Ta prédit le prophète; les étoiles, ébranlées dt leurs hases, tomlieront sifr le sol eomino une grérid serrée, et le crel ne sera plus qu'un cadavre immense prrvé de ses yeiiit tandirque des serpents de feu se troiseront dans les airs, que des mugissements se répondront dans l'espace, que I» mer féroce» secouant sa crinière décume, s'eielters» se dressera comme une montagne, ri que }a terre, stupéfaite aur fracas de ses colKoas croulantes, se précipitera follement dans las flots pour y achever le suicide des rooiH

des Qai pourra songer 5 ses besoins

et à scn repos apu milieu de pareilles tourmc-ntfîs? O pécheurs infortunés-, h qiiï ces présages annoncent la mort I O juste», mille fois heureux, que votro conscience rnssurcra contre l'ouragan ; les pronostics d*hiver et de tempête pour I impie sont pour vous les courriers du bonheur et du prin* temps: ce début de toutes les infortunet pour les pervers, c'est pour vous raurore des plus douces joies

«Je ne blâme pas la science on les études liltérairos sans doute, mais pourquoi 8*j absorber aux dépens de la vertu I Oui» replions-nous sur nous-mêmes, disons-nous sérieusement qu'il faut délaisser les vains jouets, et appliquer toutes nos puissances nt)x œuvres qui seront discutées devant notre juge. Si le monde nous convie h ses faux honneurs, si la chair nous appelle à ses trompeuses délices, répontlons fière* nient <]ue nous n'avons pas le loisir de nous att<irder h des misères, qu'un jugeroeni sévère menace, el que nous ne sommes pas jaloux de perdre les plaisirs éternels pour une jouissance d*un jour. Si nous le faisons, la mort nous trouvera sereins et tranquillei et notre jugement tout préparés à ré;)ondre à celui qui est le béni des siècles. »

Dans le tome quatrième nous lisons s

« Il faut imiter les I rétendants au prix dans la carrière : nous «bstenir de tout ce qui est nuisible à la course, d'autant plus que cfMix-ci ne prétendent qu*& une couronne mortelle, tandis que nous espérons la couronne do rimmorliilité.

« C*est toujours le conseil de l'Apêtre : il continue la même comparaison pour rester plus clairet plus saisissable. Que foui doDO les prétendants au prix de la course? ils s'abstiennent do la fornication qui débilite les forces, des viandes tendres qui rendent les chairs trop délicates, des vêlements trop

DES CARDNAVX.

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ebauils qui énerYcnl, dn vfn trop sbonrfAnt

2 ni attarde les yeui, tes pieds el resprit, tomme un i?rogiie coorrait avec succès au bnlf h IVitréme carrière I si ce l)ut se dressait h l*Orienl« vous les verriez incliner peu h peu el se diriger bientôt vers TOccident. Imitons donc le coureur habile; lui n*aspire qu*à nne couronne de venfure; et,

Cur mériter ce reuiMage«M se prîvodetous I plaisirs; ne soyons pas moinrs généreux que le coureur antique, nousqiii o^ons élever notre espoir jusqu*à Dieu. Je comprends la confusion immense qui couvrira la face des mauvais Chrétiens au dernier jour, en présence de ces païens de la Grèce, qui, pour nn branchage de farbre do Vénus, ou de Tolivierde Minerve, ou du inurier d*A-

Eollon, «^ les déesses el les dieui du lugureabtme,— s'imposaient sans murmure loulesles privations évangéliques. Que leur servait ce myrlefané après quelques soleils, tandis que, suus sa couronne de gloin*, rime se couvrira de fleurs immortelles? Tout nous invite, d'ailleurs, h j songer sérieusement; la foudre gronde k Thorizon sombre, les peuples sont émus, l'Europe s*ébraiilo ; que de calamités peul-élre, dans cet orage aux flancs noirsl que je redoute si nous renouvelons les folies des saturnales anciennes, Toxplosion fies colères qu'il rccèlcl Qui a détroit la Grèce, sinon les crimes que nous prodiguons dans ces jours? Lisez saint Basile, saint Chrysnstome : c'était une terre perdue, pnirie de l'ivresse chancelante, delà danse effrontée, de la luxure aux jreux luigards. Lisfz saint Basile, sainl Jérôme : c*était un peuple ind fféront nu milieu de toutes les sectes puilulnnt h leur gré, sans entraves salutaires ; il ne haïssait queUomo, Ifl reine des nations fidèles ; il grandissait |ieti k peu son pntriarchfî, le dernier nafçnèredpsévèquos, à la taille de notre Sou- ^«•rain Poniife, dauiisa jalousie dévoraiilu. Que fit alors Dieu? il donna pour mattrcs, h ce peuple buveur, les Turcs destructeurs superstitieux de la vigne de Noé. Il t'onna pour roi à ce peuple danseur un sultan, Ijran terrible qui courbait jusqu'à terre les tètes gémissinlcs sous son juug; il enleva la ^raiefoi à ce peuple tiède. 11 soumit ce révolté h un imposteur, à Mahomet le faux pro* Îtaète.Tel fut le sort desGrecs du l>as empire. c ne voudrais pas vous prédire iles infortunes pareilles, mai<. je vous en conjure, lie provoquons pas leCiel;cn fait d^vresse, le Germanie est bien sœur delà Grèce, c'est évident. On commence tout avec !•) vin, on Ouït de mCme. Visitez quelqu*un, il vous salue avec la coup^, et vous devez répondre avec la coupe. On ne sait pas honorer autrement les amis, on ne peut leur témoigner son affectiiin f]^*à table, et Ton ne sait les Inviter à sa table que pour les congédier ivres-morts. Quels usages ! je bois deux ou tioisfois dans mon repas et je me sens bien d*esnrit et de corps : vous me conviez à un festin, sans doute pour m'èlre agréable, et v^us Toulcz que je vide dix coupes, que je ruine mon cslouiac eu épuisant vutre cave»

el, si Je refuse, vous entrez en colère ? quelle sotlisp, permettez-moi de rappeler par son nom. La sobriété est mère de la santé, bu* vez pour éteindre votre soif; peu sndit h la nature, la passion seule est iuiatiable...

« On sait aussi que beaucoup viennent k Louvain pour prendre leurs grades et s'occuper de passer mattros dans la danse et aux salles d*armes. Combien pourraient répondre aux interrogations de leur» parents, une fois de retour dans la famille: Tai a|>pris à errer des nuits entières sur les places publiques, h combattre vaillamment contre les murailles avec Tépée; je sais danser de mille façons. Je vide (fun trail mon nacon, et jo dissipe dans une heure ma pension du mois. Science admirable F sans doute. Que de maux pourtant elle enfante l Si telle est la conduite des lumières futures des hommes ; si telles sont les mœurs qu'ils pratiquent au sein de cette docte et pieuse cité, que fera le vulgaire, hi foule? Us deviendront docteurs, magistrats; ils gouverneront leurs villes natales : qu'euseigneronl*ils? ce qu'ils ont appris. Veillez » veillez, jo vous conjure, vous h qui est commise la garde de la jeunesse, sur cette espérance ou cette ruine prochaine delà ré« publi(pie des hommes. •

Parlant ailleurs des causes de la prétendue réforme, il dit : « Ils ne se souvenaient plus de Texemfile laissé par les apôtres; ils ne se déchargeaient point sur dos ministres inférieurs des soins matériels de leur vie , pour prêcher la parole divine* sans entrave. L'usage contraire, un usage infâme, prévalait dans TEglise, et plûtau Ciel qu'il n'exislftt plus dans cesjourslOn administrait ses revenus soi-même, et on abandonnait à un vicaire obscur la tâche do patlro spirituellement ses brebis pour un modique salaire. Voilà lorigine , la source de tous iU)s maux. »

Nous ne pouvons dire qu*un mol des Controverses. Heureusement cet ouvrage est beauc«>up plus connu que celui dont nous venons de parler. Ce chefHl'œuvro de Bellarmin, malgré sa haute valeur intrinsèque, est trop considérable pour être d*un usage facile ; il forme quatre volumes infolio. Aussi depuis longtemps il en existe un abrégé latin, abrégé fort bien fait, d'une forme un peu sèche sans doute, si on le compare aux sermons , mais très-complet , et offrant en trois volumes in-8*, non-seu-lement une discussion solide sur les ques* tiens controversées entre TEglise et les protestants , mais eccorc, on peut le dire, une véritable théologie. C'est cet abrégé qoj vient d*ôtro traduit par M. Tabbé Ducruet ^ €t qui nous parait appelé h rendre de grands services. La sécheresse dont nous venons.de parler et qui vient uniquement de la masse des notions qui sont accumulées dans cet ouvrage , n*empôche pas la lecture d'en être fort agréable. On retrouve toujours dans le ton de la pensée, dans la vivaeJté de l'èx- |»ression I uue empreinte du génie si orig^-

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DiCTlONNAlIiE

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Dal (ie Bellarmin. Il fait de fréquents appels à l*hisloirH« ainsi qu'à la discipline, à !*£criture sainte, à la liturgie t etc. La variété de ses discussions n'en est pas le moindre charme.

— Quelques- imcs dos fases qui précèdent ont paru dans VUnivrrs. Elles ont éié complétées plus tard par rarticte suivant:

Explication de» P$aumt$^ par le cardinal Bei.larvi!^ t de la Compagnie de Jésus; précédée d*un Es$ai historique sur le cardifiai Bellarmin ^ parM.rabUé Ë. Daras. (Trois vol. in-S*". Paris, chez Vives, rue Cassette , 28.)— Nous avons fait connaître dt*rnièreinent deui publications qui ont pour i)ul de mettre è la porté» de tous le» lecteurs les sermons et les controverses du cardinal Bellarmin. Nous compléterons notre œuvre un disant quelques mots d'un travail simulilabie entrepris sur rexplication des Psau^ mes du môme auteur.

Tout lo monde sait que la partie de notre Vulgate, qui s'éloigne le plus du texte hébreu , est celle qui a les Psaumes pour objet. La cause n'en est pas difficile h indiquer. Dès le commenremont de l'ère chrétienne, il était difficile du traduire l'Ancien Testament sur l'original. L'hébreu avait cessé dej)uis plusieurs siècles d'être une langue vulgaire. « Les Juifs eux-mônie8,»dit M. l'abbé Crampon, «dans un excellent travail exégétique sur le Psaume Exur* gai Deus^ inséré dans \ Université catholique de juin 1853, les Juifs eux-mêmes, du temps de Motre-Seigneur, ne parlaient plus le langage de leurs pères , 1rs patriarches et les f>ronhètes; l'ancien hébreu était tombé dans e (lomaino de la science et devenu l'apanage de quelques rabbins instruits. Ainsi, de nos jours , les sons majestueux de la belle langue sanscrite ne parlent plus h Toreille du l'Indien ; il faut que la science de quelqt:es bralimes lui traduise, dans un idiome dégénéré , les Védas et leurs mystères. »

Il en résulta que la première version latine des Psaumes fut faite sur le texte grec, très-dét'cclueux pour cette pai tiède ta Bible. Cette version , faite au premier siècle f ou au commencement du second par des auteurs inconnus, et dont les fragments (^ui restent ont été recueillis par dom Sabatier et t)ar le P. Bianchini, s'étant altérée peu h peu , saint Jérôme , à la prière du Pape Damase» la corrigfa assez rapidement. Cette version est le Psautier romain , supprimé par saint Pie V.

Une seconde révision de la version latine des Psaumes , révision faite par saint Jérôme avec plus de soin sur le texte grec des Hexaples^ à Bethléem, à la demande de mainte Paule et de sainte Eustochie, fut a|)l^ortée au viii* siècle par saint Boniface dans les Gaules , d'où lui vient le nom de Psautier gallican. C'est cette seconde révi« vision de \*Ancienne Italique^ qui forme notre Vulgate pour les Psaumes, et ^ui a été déclarée authentique par le concile de Trente. Dans un troisième travail » saiiU

Jérôme traduisit le Psautier de l'hébreu 60 latin, à la demande de Sophronius: mais cette version, qui est bien préférable aux précédentes, et que l'on trouve dans les OEuvres de Bossue!^ ne put jamais prévaloir dans la liturgie, tant les ndéles s'étaient fail nnd habitude do réciter et de chanter les Psaumes dans leur ancienne forme.

Au XVI* siècle, les Papes Sixte-Quint et Clément VIII firent encore une tentative pour rapprocher du texte original le Psautier de la Vulgate. Bellarmin fut du nombre des savants qui s'occupèrent de ce travail ; mais il nous apprend lui-même, dans une lettre h Jean de Lurques, que beau*» coup do fautes avaient été laissées i des^ sein par lui et par ses collaborateurs, pour les mômes raisons qui avnient empêché le troisième t-ravail du saint Jérôme de devenir po> pu la ire : Multa enim de industria jusiis d% cousis pertransivimus.

La conclusion a tirer de tous ces faits , c'est que le Livre des Psaumes étant celui de la Vulgate qui s'éloigne le plus du sons de l'hébreu, est celui f]ui a le plus beso'in d*ua commentaire. Bellarmin le sentit. N'ajaal pu corriger lu texte latin aussi complâtement qu'il l'aurait voulu , il entreprit de rexr>liquer, et il apporta dans ce travail ses deux qualités ordinaires : l'exactitudu el l'onction. Son explication contient la moelle des réflexions pieuses que le JLîrrt été Psaumes a suggérées aux Pères de l'Eglise; mais là n'en est pas le seul mérite. Au point de vue de l'étude de TEcrilure saisie , elle olfre l'immense avantage de s'appuyer tou« jours sur te sens du texte hébreu , et elle ouvre ainsi h la fuis une source d'édifiealiou et de science.

Nous ne tomberons pas dans la ridicule exagération de prétendre que \ Explicaiiom des Psaumes de Bellarmin peut dispenser de recourir, sur lu même sujet , aux travaux des savants modernes. Nul n'ignore que la connaissance de la langue hébraïque a fail des progrès depuis Cénebrard , Buxtorf, Sanctus Pngnini, Arias Montanus et Houbi* gant. Nous pouvons avouer avec d'autant plus de sincérité cette insuffisance des anciens commentateurs, (|Uo du nos jours le clergé catholique, emporté par la noble ardeur de la scii'Uce, s'est maintenu à la hauteur des développements de l'exégèse. On connaît dans nos séminaires les travaux de Rosenmuller, de Michaélis, de Hody, d'Hilzig, de Bottcher, d'Amyrahius , et surtout du Hengstemberg , qui a relevé les erreurs de plusieurs des autres. Mais enfin s'il est certain que, pour les Psaumes, Bellarmin n'est pas suffisant , il n*est |ie8 moins certain que Bellarmin est nécessaire, d'autant plus que Cornélius a Lapide D*e

Sas commenté cette partie de la Bible. Si ellarmin n*a pas pu devancer son époque et deviner toutes les ressources que de* valent trouver ses successeurs dans une science plus profondede la langue hébraïque^ il est incontestable qu'il a été à même de remarquer un grand nombre des défauts de

DES CARMNALX.

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la Viil(snle« el de les signaler dans son Coro- Dentaire.

Noos n*avons pa« Uesoin de dire que l.i IraducUon qu*on offre au public ne laisse rien k désirer. M. Pabbé Dams a prouvé surabondammeni qu*il esl capable de mener à bonne On de plus difficiles entreprises. Mais il pourrait s*élever quelques doutes sur Tulilité ou sur Topporlunité de traduire un Commeniaire des Psaumes^ Quelque excellent qu'il soit. Noos sommes de ceui, il faut 1 avouer, qui aiment mieux lire dans l'origfoal crs Sf>rtcs de livres. Mais tous les goûts ne sont pas Ws mêmes, et il faut bien que les traductions que nous voyons surgir en foule répondent à un besoin réel ; autrement on no a*eipiiqu4 rait pas leur succès. Ce qu*il y a d» certain, c'est ()ue, grâce au trailurleur, rouvra*r;e de Bellarmin sera lu par des hommes qi.*i n*aiiraient jnmais affronté les in-folios poudreux qui recèlent Toriginal. El ce qu*il y a de probable, |>ouvoiis-nous ajouter, c'est que Toriginal lui-mèma devra plus d'une réimpression au soin qu*on a pris de le rappeler par une traduction au aouTenir de la génération actuelle.

Noublions pas, en terminant, de reme**eier M. l'abbé Daras de rinléressaiile Notire hiùgraphique dont il a fait précéder VExpUtalion des Psaumes. Peut-être le commen* faire, quoique traduit, quoique si drgne de I être, rebutera-t-il certains lecteurs qui ne denoandeni aux écrivains qu'un seul mérite» celui d'auiuser. Mais ces lecteurs, que nous sommes bien obligés d'appeler frivoles, aimeront eux-mêmes à suivre dans tous ses délailaia vie si accidentée du cardinal Bellarmin. Et peut-être le plaisir qu'ils auront éprouvé & lire la préraco les décidern-l-il h aller plus loin; peut-être Timpulsion qu'ils recevront de ce récit attrayant, dont Bellarmin est le héros, lesentratnera-t-elln jus- <|a*a» milieu de ces pages où c'est Bellarmin qui parle et où il s'agit des merveilles de l'amour divin.

Voici enfin l'éloge historique de Bellarmin, car le P. Alby (16W).

« Ce qui n'arrive pas au monde sans un mirade de vertu et comme la naissance d'un phénix dans la révolution de plusieurs siècles, qu'il se puisse heureusement accoupler ensemble et atremper dans une âmo une doeirine en tout relevée avec une profontlc humilité; une exquise prudence, avec une simplicité innocenle; une accnitise déliée, arec une blanche sincérité; une intégrité incorruptible, avec une douceur extrêmement pliante, un recueillement d'esprit continuel et un lenJre mouvement de dévotion, avec de perpétuelles occupations et des foins tendus h toutes sortes de grandes et importantes affaires; une vie commune éloignée de paraJo et de singularité, avec une vertu rare el sin^^ulièrement parfaite. C est ce qui fait le sujet principal ue l'inoomparable louange du cardinal Bellurmin, dont la gloire portée au-devant de la postérité, garJée do l'éternité demeurera toiijour? TiTe eu la mémoire des siècles à venir.

« Il naquii a Hontpulcian, villn da Tos* cene, de parents recommandables tant pour la noblesse du sang que pour leurs vertus chrétiennes. Sa mère était de rillnsire famille iies Cervins, sœur de Marcel II, Pape vraiment très-grand et très-saint, qui ayant donné en sa création de grandes esfiérahces au monde par la rare prudence et la cens* tance qu'il avait montrée au concile de Trente, et pour les fondements que cet esprit si capable de choses grandes avait dé\h jetés de l'honneur et delà grandeur de TEglise, laissa des regrets immortels de la

S^erfe trop soudaine et non attendue qui ut f.iite d'une personne digne de voir les soleils des siècles entiers. Il laissa néanmoins après lui, poursoulag«^r le rejcrot de sa perte, un neveu digne de lui è qui le Ciel voulant départir largement ses faveurs, lui fit présent d'une belle et riche nature, qui servit de fonds et d'assiette k tous les beaut ornements de la grâce et des venus qui le rendirent singulièrement aimable aux hom* mes et aux anges. On ne vit jamais un esprit plus doux, plus tempéré, plus traitable, plus porté aux inclinations de Thonnêtelé,

Elus ployable à la vertu qu'était notre Roert. En l'âge même de six ans, il ne prenait plaisir qu'à imiter ce qu'il voyait laini aux prêtres i l'autel et aux prédicateurs à la chaire; et depuis que la raison se fût déployée en lui, on ne le vil jamais jouer, courir et folâtrer comme fontonlinniroment les autres enfants; mais se comporter toujours dans une sévère retenue et dans une composition si ajustée comme s'il portait déjà la pourpre sur l'épaule; de sorte qu'en ce bas âge il servait déjà non-seulement de pédagogue pour réduire au devoir dA la modestie l'humeur frétillante et éparpillée de SOS compagnons, m.iis encore d'exemplaire aux plus grands qui voulaient jeter les yeux sur lui pour y prendre les règle* ments do l'honnêieté.

« Aussitôt qu'il fut appliqué à l'étude dos lettres il fit paraître, avec les qualités émi« nentes d'e$f»rit, de jugement et do mémoire dont Dieu l'avait avantagé pour le rendre capable de toutes les hautes sciences, une ardeur incroyable d'apprendre, qui le faisait lever la nuit tant pour prier, que pour étudier, et allumer lui-même la chandelle pour cet elfet. Et ce ne fut pas sans Tinstinct particulier de l'amour qu'il avait à Id^ pureté, que les premiers vers qui sortîrenf /^ de sa plume innocenle, furent dédiés à la louange do la virginité. Avec les progrès avantageux qu'il faisait aux sciences humaines, il conduisait de même pas ses avancements à la dévotion , et à l'oxcrcica de . tontes les vertus propres do sa condition, sans qu'il omît jamais d*emplover tous les jours un bon espace do temps à la médita* tion, et iï^en faire te sceau do toutes ses actions journalières. Dont réussissait un eonteiitement singulier à ses bons parents, el k tous ceux qui avaient charge de son iiis* truction, de voir ainsi lever et croître à J'œil cette niante de bénédiction, qui attî-

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raft à soi rnmour et l'iiflmirAlion do tons rem qui le considéraient, ei faisaient déjà des nrésages do quelque glorieuse fortune que le Ciel lui tenait préparée. Il lui arriva même quelquefois en ce temps, comme il était saintement saisi de Tesprit de Dieu, de monter sur un chêne pour prêcher i quelques villageois d'auprès de Montpulcian, et ee atec une telle eflScace qu'il faisait do grnndes impressions en tous ceui qui redoutaient. D*où il passa h faire des eihortattons dans les principales confréries de la ville, se faisant admirer de tous comme un antre Daniel, et coiiiine un petit oracle embouché de Tesprit de Dieu.

« Il était déjà mûr pour les plus hautes sciences, ouand, sur le projet que son père svait fait de renvoyer h Tuniversité de Padoue, et de rappli(|uer è des études plus sérieuseSf pour lui ouvrir par \h un plus large chemin aui grandeurs du monde, il en flt lui un autre, de se retirer du monde, et de porter la visée de ses ambitions où les grâces divines, et la foi assignaient ses plus certaines espérances.

« Ce jeune cœur lout en fleur était souvent piqué de quelque belle et glorieuse f«»rtune que raffection de ses parents lui promettait! mais ce fut par tè même qu*il entra bien avant dans la haine et dans lo mépris du monde pour qui on sollicithil si pressamment ses amours ; s*étant sérieusement représenté, que toute la pompe des honneurs dont on le tenait en attente élait eilrêmement fuyante et passagère, et comme l'éclat d*uno rose do mai qui tombe lors« quVlle a pris son plus l)eau jour, v\ ne laisse en la main que de poignantes épines. Vniro il prit de là occasion do demander d*êlre rocd en la Compagnie de Jésus» où il savait que Ton faisait vœu particulier de fuir toutes sortes de dignités, se figurant de se préparer un obstac:le éternel à ce qu'il avait le plus en aversion.

« Il fit donc de si pressantes instances l>our son entrée à la religion qu*il y fut reçu, et retiré en peu de temps du noviciat de Rome où il était, [>our les notables avancements ou'il y avait faits à la mortification et h I oraison, pour être appliqué aux études de la philosophie el de la théologie. Mais il arriva dans les premières années qu*il fut travaillé de si fortes et do si dange- ^ reuses maladies, qu'un chacun coninionca à Si craindre que Robert en qui le Ciel semblait avoir caché un trésor de belles espérnnces, ne fiU bientôt enlevé du mondo. Ce mauvais jugement que Ton faisait de sa santé no put lui être caché, dont ressentant d*un côté en son âme de vifs aiguillons de travailler pour la gloire de Diou7 et de Tautre n*igno- . raiit pas qu*il se pouvait tout promettre do la favorable bonté de Dieu, h qui il se sentait chèrement recommandé, il se résolut

un jour (|u*il élait devant le Saint-Sacrement de lui faire une douce force, protestant avei grande alTection, qu*il ne voulait point mourir sitôt mais quM demandait confidemment la santép seulement pour pouvoir travailler

au service de U gloire • k laquelle il la dévouait pffr une consécration toute pnre, toute stncère et lOiTte dégagée. Et il n*ent pas achevé son offrande et sa [ rière, qn*il ouït une voii intérieure qui Tassura de la grtce obtenue , dont Tes elTûls parurent en peu de temps, avec Tétonnemcnt de Ions, en Tembonpoint de son visAge, et en la gaillarde dispositi<irr de tout son corps. Cette faveur singulière arusst ToMigea tonte sa vie de conlribirer de toute sa puissance ses travaux h Tavancement de la gloire de Dieu, ne s*épargnant en chnse qui fftt pour remplir toute l*étendue de son obrig^lon. D*où venait, nu*enseignant même h réthorique è Monaoni et h Florence, H m so contentait pas d'ajouter au travail rfe h classe celui des exhortations et des prédications fréauentes, auxquelles ilfulffppnqné avec une réputation incroyable depuis Tage de vingt«deux ans; mais il suppléait encore i la plupart des vils office» des coatijuteani temporels, infatigable qifil était à rendre l« mesure comblée des fruits de sa santé k celui qui la lui avait donnée.

« Il avait seulement étudié deux années en théologie en Tuniversité de Padoue, quand pour les rares preuves qu'il donna do sa capacité, et do réminenve de son esprit, il fut envoyé h Tuniversité de Loo* vain pour y prêcher en latin f où il fut oui avec une telle afiluence d'auditeurs que l'Eglise ne les pouvait pas contenir occupant les deux places joignantes. Et sa manière do prêcher élait accompagnée de tant d*éclairs de doctrine, et de feux de dévotion, avec lesquels il foudroyait omoureirsem^nt los cœurs des écoutants, qu'il opéra un nombre inestimable de conversions d'hé» rétiques, qui venaient jusquo d'Angleterre et de Hollande expressément pour Touir.

On assure même qu'il a été vu quelquefois en la cliairo la face resplendissante comme d*un ange, et comme celle du premier martyr, les lumières de son âme passant à travers la nue blanche do son corps, pour attester la pureté de sa vie et de sa doctrine. Il continua six ans de suite en co saint ministère, quoique pour la même Wn il fût de» mandé pour Paris, et par saint Charles Borroméepour Milan: joignant après la (première année au travail de la prédication, celui de la lecture scolastique do la théologie: enseignant les mnlières qu'il n'avak jamais apprises è Técolo, avec uno si extraordinaire réputation do gninJ savoir, qu*il passait pour un oracle, et pour un parangon du siècle. El ceux-là même qui éclairaient do plus près ses actions, jugeaieni qu'il y avait du surnaturel, considéré qu*îl n'était point autrement possible^ qu'un homme tie ses forces, outre l'emploi des prédications et des confessions, s'appHquêt tout ensemble, comme il faisait, k apprendre el à enseigjier la tl>éologiQ, et la langue hébraïque, et vaquât do idus k la lecture de tous les Pères grecs et latins, de la plus grando part des docteurs schotastiques, de toute fiiistoire ecclésiastique, des

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Mficil0S et du droit ration ; et ce avec tant 4e diligence et d*attention, que ce fut pour Inm qirîl composa le livre Des éerivaim €f9iésia$iiqmt§^ où il fait une exacte censure de la doctrine et du mérite de quAtr« ct^nts •nivurit^ Et encore d<ins ces occupations, et res étndi-s si empresséesi il n*en avait |K)int qni le pres.«Atplus (comme il disait) et posritrie qui Toccupât davantage* que celle de $tm salut et de sa propre perfection, pour laqnHIe il semblait toujours avoir vacation d'eflaireSf ne communiquant pas moins avec ftîpu qu*avec Jes liommes, et comme un brave soldat du vrai Gédéon, portant en niAme temps la trompette de la doctrine à la touche^ et le Oambcau de Texemple h J.i nain.

« Eo ce même temps furent semées dans eefle université certaines propositions du docteur Michel Bajus, condamnées par le hpe Pie Vg auxquelles fiellarmin s*opposa eoorageosement avec les armes do son esprit: mais if ne put pas se servir des mômes armes contre la violence des hérétiques hollandais qui combattaient le fer à la main, et étaient aux approches de la ville de Louvain« qui pour n*ôire pas bien munie, ne donnait point d'assurance h se^ habilants, doot tous les religieux se résolurent de Tabandonner, et Bollarmin avec eux. Lequel après avoir échappé h plusieurs dangereuses rencontres dans le chemin qu*il entroprit à pied,6tsans escorte» pourse retirer h Douay, trouva enfin dans celln ville la pesie, en fojanl la guerre, ou plutôt une nouvelle couronne que son courage et sa ch/irité lui /dièrent des branches do la mort, à laqucllo I fut pour un temps glorieusement exposé. m Quelque temps après lo pnys étant dé- KTrédes armes, et la paix faite, il sVn alla reprendre h Louvain ses travaux orditiaires. Mais il avait fait un tel déchet de sa sauté, qn*il fut contraint pour recouvrer ses forces <x>rporellos de retourner h Rome par ordonnance de ses supc^rieurs, et conrormément «u jugement des médecins. C*était aussi h ce grand théâtre que la providence de Dieu Je rappelait, pour y faire dignement paraître les orneroenis d*un savoir si exquis et si relevé, et de là même, comme du bel orient d*où se lève lo jour do la religion, donner cours h Touvrage immortel des traités de ses Controverses^ qui comme autant de chariots de lumière ont porté les éclairs des vérités catholiques par toute la terre. ^

« L*ocra5ion qui lui fit enlroprondre cet onTrage fut que le Pape Grégciire XIII de

Sorieuso mémoire, ayant pnr un grand zèJo ) la réduction des hérétiques fondé divers collèges et séminaires h Rome comme dans la capitale et première forteresse do la reli-

{ion, |K)ur y élever des personne; capables comlMittre les nouvelles hérésies qui, eomme furies sorties des enfers, marchaient la (orche au poing pour mettre en feu la chrétienté, les supérieurs do la Compagnie, qu'il avait choisis pour exécuteurs de ce irand dessein, voulant avancer Tœuvre do

tout leur poufoir, se ré<oluren( d'établir dans le collège Romain foidè magnifiquement par le même Pape, une noiiveHo leçon de controverse, où toute la jeunesse élevée dans les séminaires se pAt instrurre i ma-* nier ces armes de lumière et de vérilér pour choquer le mensonge et Terreur^ Le P.

Bellariuîn fut jugé seul capaliie do cet emploi si profitable et si glorieux h TEglise romaine: lequel après avoir mis sa confiance au secours du Dieu des armées, et après ravoir chaudement firié de vouloir façonner ses mains h la guerre, et roidir ses doigts aux combats, s étudia d*abord h ramasser tout ce qu*il put trouver épars q^ et le d*opinions et d'erreurs, pour mettro en quelque ordre celte grande et incroyable masse do points controversés, qu'il voulait par après traiter plus amplement, et développer en ses leçons. Ce fut sur la fin d'octobre de Tannée 1576 qu'il entra en champ clos, et engagea le combat par ses premières lectures contre les ennemis de TEglisc, avec tant de succès et d'applaudissement, que le bruit et la réputation en retentît du Capitôle au delà des monts, où il y avait peu do personnes de qualité qui ne voulussent avoir copio des écrits qu il dictait : oiï chacun admirait, et depuis a toujours admiré la vérité soUdo, la piété, la fidélité, la doctrine universelle, mêlées avec une telle clarté^ que parlant même dos ténèbres il semble les peindre avec un ra^on de cristal. Les ennemis même de l'Eglise, à la vue de ses premiers écrits, en prirent l'alarme et dès lors établirent en l'université de Cantorbéry et ailleurs une nouvelle leçon pour parer aux coups, et répondre à Bollarmin, assuré (disaient-ils) que c'était la modllo de la religion des papistes, et tout lo nerf do leurs forces.

« Celte grande réputation des premiers écrits de Bellarniin fil entrer en es|>éraiice tons les gens de bien des grands fruits que cette œuvre api>orierait si elle était imprimée. Dont ils tirent instance h ses supérieurs do lui commander qu'il les rott sous la presse, et les donnAt au public. A quoi il travailla aussitôt après en avoir reçu le commandement; faisant voir en moins de trois ans les doux premiers tomes, et les autres ensuite, qui ont emporté Testime, comme chacun sait, del'ouvrago le plus accompli qui ait été mis en lumière depuis plusieurs siècles en çh, pour la défense de TEglise catholique, eu semblable sujet, qui ost l'élogn qui leur donne le savant cardinal du Perron, assurant qu'il a toujours fait plus d'elatdes Controverses de Bellarmin que de tout ce qui a été écrit en TEi^liso do mille ans en çh. A quoi encore se rapporte la louange que plusieurs leur ont diuinéo après le grand cardinal Baronnius, les nommant l'arsenal de l'Eglise militante, et comme la tour de David, garnie de toutes sortes d'armes pour défendre et assaillir. Ce qui n*a pas empêché que cette œuvre incomparable en sou genre n'ait été regardée de mauvais œil par quelques esprits traversés , comme

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DICTH^NAIRE

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il arrire h toutes les choses qui sont d/ins quelmin émincnce, par une secrète aniltitioii ae la nature corromptie qtûà'oflTense de ce qui In passe : sans parler ifune troupe de grenouilles criardes crui^s d*une brouée, qui ont vainement attaqué ces écrits, et n*oot ga^né autre chose à crier contre que de crever.

« Il t'tait afrès les laborieux enfantements de ses beaux ouvrages, quand le Pape Sixte V, pour l'estime qu*il faisait de son savoir, et pour la pratique nu*il avait des controverses do la foi, le bailla au cardinal Henri Gaëlaio, qu'il envoyait légat en France h Toccasion des grands troubles qui y étaient émus après la mort de Henri III , pour rassister en qualité de théologien et de conseiller en tout ce qui concernait les affaires de la religion. En laquelle légation» il lui rendit, et h l'Eglise, de signalés services : et quoiqu'il reçût de grands honneurs, pour l'opinion qu'un cliacun avait conçue de sa grande capacité, il ne laissa pas d'y trouver force occasions de pâtir, parmi plusieurs dangers qu'il encourut de sa vie, et particulièrement lors du siège de la ville de Paris, où il se trouva enfermé avec le légat, et où il fut contraint d'endurer tout ce qu'on lit aux histoires des sièges les plus cruels et les plus opiniâtres, excepté de manger de la chair humaine. Il en sortit enfin, les troubles un peu apaisés» h l'occasion de la mort survenue du Papa Sixte, qu'il avait assurément prédite et déclarée auparavant que la nouvelle en vînt, et que l'on eût ouï aucune chose de son indisposition : ce qui obligea le cardinal légat à hâter son retour pour se trouver è Uome k la création du nouveau Pape, où ils se rendirent au travers de beaucoup d'accidents,

au'il trouva tous bons comme assaisonnés es aimables volontés de la Providence divine.

« Et il ne fut pas longtemps h Rome sans être chargé d*un nouveau travail pour le blende l'Eglise , qui fut la révision et la correcUon de lu Bible; sur laquelle il avait encore dessein, s'il eût eu quelques années de repos, de dresser une nouvelle glose ; mais le loisir semblait avoir juré divorco avec sa vie. Il fut ensuite appliqué dans la religion au gouvernement du collège Roniain, et deux ans après h celui de la province de Naples : de laquelle, comme Je ce grand collège, il tit par sa prudente et exemplaire conduite, un modèle de bien obéir, et de bien commander, et une lice de toutes les vertus religieuses, dans laquelle il courait le premier, montrant h tous à bien foire , en mieux faisant.

« Pendant qu'il était si utilement occupé au bien de sa province, le Pape Clément Vill l'appela è Rome pour lui servir de théoiogieo à la place du cardinal Tolet décédé, de laquelle il le jugea seul digue, et par la commune réputation , et par l'expérience quM avait faite de sa doctrine en diverses rencontres. Et en moins d'un mois après il l'honora de la charge do coubulteur du Saint*

OfTîce, lui confiant la plupart des dispensi en matière de conscience, comme a celoi qu'il savait être aussi inflexible dans les règles de la science et dans les lois de la conscience, que le soleil l'est dans sa ligne. Et l'estime qu'il faisait de ses mérites ne s'arrètant pas là, il le déclara cardinal en plein consistoire avec cet éloge d'honneur qui lui était beaucoup plus avantageux que la dignité à laquelle il le nommait : Nom choisissons celui-ci , parce que dans l'Eglise de Dieu il n'a point de pareil en doctrine^ et parce qn^il est neveu du tres^bon et tris^saiAt Fape Marcel.

« La déclaration faite il lui fut quant et quant fait commandement de la part de Sa Sainteté de ne point sortir du collège de la péoitencerie où il était. Ce qui le mit en des transes extrêmes , se voyant forclos dii moyen ou de fuir, ou d'agir eflicaeemoDl pour secouer de dessus ses épaules cet honneur qui était un fardeau insupportable è sa modestie. Il s'essaya bien par diverses voies d'impétrer audience de Sa Sainteté, mais toujours en vain, sa résolution étant prise; en suite de laquelle il fut conduit selon la coutume au palais du Pape pour prendre le bonnet : où étant arrivé, comme il ouvrait la bouche pour dire ce qu'il avait préparé h la décharge de sa conscience^ Sa Sainteté lui imposa silence d'autorité, et lai commanda en vertu de la sainte obéissance* sous peine de péohé mortel et d'excommunication , d'accepter incontinent ce qu'il lut baillait: et il n'en fallait pas dire moins pour charger cette dignité sur les épaules de celui qui redoutait l'éclat de la pourpre comme de la foudre.

« La morne contenance qu'il prit, les larmes qu'il répandit, et les tristes paroles qu'il répéta à ceux qui entreprenaient cii) lui faire les compliments pour sa nouvelle dignité, que saint Grégoire le Grand avait autrefois dites en semblable occasion : Ne m appelez pas Nnëm^ mais appelez-moi Ifara, parce que le Seigneur m*a rempli d'amer^^ lume^ faisaient bien comprendre la profonde aversion que son esprit avait formée de ces dignités éclatantes d'un faux jour, et dont la gloire, disait-il , passe comme la fleur du foin, et comme la vapeur du parfum qui , en s'èlevant, se défait. Il avait certes son âme tellement saisie de ce sentiment, aiie quelques jours après, étaat invité au collège Romain, et prié d'agréer quelques applaudisseiuenis de la jeunesse qui j^ est élevée, il protesta qu'il ne les écoiip lerait point, s'ils touchaient h ses louanges, et s'ils parlaient d'autre sujet que de celuici : Que toute chair est foin^ et toute sa gloire comme la fleur du foin (Isa, xl, 6), qui doil tomber sous la faux.

« Rien no changea en lui, que la condi« tion et la couleur do i'habii, -mi lui passa souvent sur le visage pour lis honneurs qu'il recevaiL L'humilité, la mo' ^^ie, l'affabilité, ces vertus douces qui étt*. * eo lui, et qui alliraient, mais plutôt qui t^ • saicnt les cœurs, lui demeurèrent : et tsL»

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DES CARDINAUI.

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pins il se vovail élevé, tant plus se tonnit-îl dans le rabnis de sa personne, ne voulant souffrir d*aucun religieux de la Compagnie les termes du respect exlraordînaire qui lui api>artenait; ajoutant que les accoutrements qo il portail étaient sur lui, ni plus ni moins que s*ils eussent été sur une perche, qoi en porterait le poids et la charge, sans en tirer pour elle aucun profit, ni tant soit peu d*honneur, et qu*au reste il ne s'é^ tait point déchargé de Tobligation d*obser- Ter les vœux et les règles et coutumes do la Compagnie, quand les exercices et les fonctions de cardinal ne Ten empêcheraient point. Qui fut l'occasion qu'il vint demeurer auprès du collège, pour pouvoir régler ses actions au son de la cloche, comme quand il y demeurait, gardant toutes les observances régulières, voire y ajoutant de nouvelles rigueurs. Il ne se contonta pas de la dépense frugale de sa table qu'il avait réglée è quinze sols, il en retrancha depuis cinq ; et durant un espace de temps il se réduisit aux herbes et aux légumes. Il jrûnait rigoureusement trois jours de la semaine, et macérait son corps de grandes et longues mortifications. Il ne prit jamais des commodités de son état de cardinal que celles qui étaient purement et sini- Clément nécessaires, rejetant même les ienséantps. Il ne soulTrait point le service d*8ucun valet, où il pouvait se servir lui-même. Il se levait sans nide, allumait lui«roème sa lampe, et no voulait jamais, TOireau cœur de l'hiver, qu*on fit du feu en sa chambre devant Theure de l'audience.

Il ne se plaignait jamais, ni ne faisait parai- Ire par aucun signe extérieur qu*il fût mal lervtj ou qu'il souiïrtt quelque chose ; ne faisant rien pour rejeter ou se défaire des incommodités qui lui arrivaient des créatureêf ne voulant [tas même chasser tes mouches, moucherons, et les autres bestioles, qui lui donnaient quelquefois do grandes l^eines, et disant avec une grande douceur à ceux qui s'en émerveillaient, qu'il ne follait fias incommoder le contentement do ces petîies bestioles qui n'avaient autre paradis f|ae la liberté de voleter, et de se reposer où Imid leur semblait.

m Pendant qu'il cultivait avec tant de soin «es Tertus privées, son zèle et sa charité lui «uTraient des emplois publics, en toutes sortes de grandes et importantes affaires. Il déploya premièrement son zèle surtout ce qui regarde le gouvernement et la police «eclésiastique : représentant au Saint-Père ^TOC une sainte liberté tout ce qui était de mes devoirs en qualité de pasteur de l'Ëglise xiniverselle, d'évêque particulier de la ville ^e Rome et de prince temporel en l'Etat ecclésiastique; et Taidant grandement de ses Mges conseils touchant I administration de la justice dislributive, et touchant la pleine et entière observation du concile de Trente, il combattit avec ardeur tant les longues absences des prélats hors de leurs Eglises, comme la polygamie spirituelle (ainsi qu'il rappelait) qui se fait en tinant plusieurs

Eglises ensemble et en un même temps. Il poursuivit la promotion des bons prélats^ et surtout qu'ils fussent capables de prêcher, qu*il disait être leprincipalofTicede l'évêque; et s'opposa en toutes occasions, romme un mur d'airain et un rempart de fou, h tous ceux qui entreprirent de heurter l'honneur et les pouvoirs de TEglise; honorant en tout la pourpre que le Saint-Siège lui avait l>aillée par les grands fruits et par les mérites de sa science et de son zèle. * '

« Il s'était dëjth passé trois ans qu*il s'entretenait du seul plat que le Pape a coutume de donner aux pauvres cardinaux, ne demandant aucune sorte de revenu pour l'entretien et la bienséancede sa digrdté , quand le Pape, étonné de son admirable retenue, le pourvut de Tévêché deCnpoue, et le voulut consacrer lui-même archevêque de sa propre main, sans qu*il y apportât aucune répugnance, nonobstant la pesanteur de semblables charges, pour ce qu*il jugeait être beaucoup meilleur, et plus conforme è l'esprit de sa vocation de s*employer immédiatemontàraidedos âmes pour la plus grande gloire de Dieu, faisant, par la générosité de ses intonlious, courber toutes ses craintes au service du divin amour. Et ce fut ici qu'il eut occasion do montrer en pratique cequ*il jugeait des obligations des prélats è la résidence. Il partit trois jours après sa consécration, et dès le même jour qu'il arriva è son évêché, il se dédia si entièrement h tous les devoirs delà professiou, et les exerça si ponctuellement, et avec tant de soin et d'assiduité, que l'on peut dire qu'il exprima dans le zèle Je son ministère, dans la pureté de sa vie, dans la prudence et la force de sa conduite, la parfaite idée d'un très-saint et trèsaccouipli prélat. Il dédia les prémices de ses travaux à la prédication infatigable de l'Evangile, qui fut suivie quasi d'une réfonuation générale en tous les orJres. Il extermina de tout son pouvoir les jeux défendus, avec les débauchés et les dissolutions qu'ils traînent, retrancha les liberlinases et lesabusdu clergé, désarma l'insolence de ceux qui voulaient opprimer les libertés do l'Eglise, releva l'honneur et la bienséance du service divin dans les églises, cultiva la piété des monastères, planta la dévotion partout. En trois ans qu'il lit résidence en son archevêché, il ne s'en alisenta que trois jours, et pour grande raison il le visita trois fois, assembla trois synodes, soulagea toutes nécessi-. tés. Ht desaumAnes par-dessus ses forces, et beaucoup de miracles par-dessus le cours de la nature: faisant estimer en tout, qu'il n'étailinférieur que de temps è ces grandes lumières de l'Ej^lise, les Basile, les Auibroise, les Augustin, desquels il représenta les précieuses qualités, en l'éminence de la doctrine, au zèle de son ministère et en la sainteté de sa vie.

«C'est bien merveille (ju'ayant dressé aux premiers jours qu'il arriva h Capoue le catalogue de tous ses prédécesseurs, depuis saint Prisquo, disciple de saint Pierre, jusqu'à lui, il marqua avec assurance, qu il

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DICTiaNN\mE

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avait tenu le siège trois ans. Co qui nrriva comme il Tavail prédil, ayant éié oliligé trAis années après de relournor h Uoiue, i|*,OLi il ne revint plus» h Toccasion de la mort du ra(>e Clément, pour rélectiûnd*un nouveau Pape • h laquelle il emporta au premier scrutin plus de voix que pas un des autres cardinaui. Ce qui lui donna de grandes appréhensions, et lui Gt ajouter depuis à SOS litanies, que Dieu le délivrât du pnpal^ et s'obliger par vœu eiprès, si d*aventure cela arrivait, de n'élfvcr pas un de ses parents au cardinalat, ni è aucune principauté ou autre dignité teniporeile. Mais la bonne atTection cl finiilination des cardinaux envers lui se uionlra bien plus au conclave suivant, auquel il fut prfiposé avec tant de faveur au Sacré Collège, ei porté si ardemment par les poursuites du cardinal Baronnius, qui criait hautement par le conclave: Faisons Bellarmin Pape qui est un #atnf , qu*il tint à peu <ju*il ne fut choisi. L'élection néanmoins fût conclue. Dieu le disposant ainsi, en faveur du Pape Paul V, qui ne voulut point résolument qu*il s'éloignât désormais de Rome pour le bien universel de l*Eglise«Et quoiqu'il lui déclarât qu'il le dispc^nsait de sa résidence h Capoue, il ne put néanmoins jamais lui faireaccepler la dispense^ disant qu'il ne pouvait en conscience demeurer à Kome, et retenir son Eglise, tellement qu'il se résolut de la résigner. Et encore que Sa Sainteté lui permit de retenir quasi toutes les rentes, laissant seulement teille écus h son successeur, il rejota néanmoins ce conseil, et résigna purententson ifdievéché qui était de neuf mille ducats et {ilus de revenu, sans en rien réserver h son |>rofit; disant qu'il n*élait {)as permis de répudier une femme, et retenir son douaire* Ainsi après avoir écrasé d'un pied ferme ce Ter du propre intérêt né dans la nature corrompue qui ronge Jusqu'aux cèdres du Liban, il maintint, jusqu'à la fin de ses jours, son cœur et ses mains blanches, sans autre avarice que de mettre au ciel pour l'éternité des mérites i rente : répondant à ceux qui le menaçaient de la nécessité, qu'il était né imuvre gentilhomme, qu*il. avait vécu pauvre reiigieux^et qu'il voulait mourir iiauvre car^ dinaL

€ Il coula sa vie glorieuse, pendant tout le Cemim que le Pape Paul V gouverna l'EcSli- •e« eo toutes sortes de srands emplois» soutenant comme sur ses épaules toute la gloire de son pontificat , travaillant infatigablement pour l'honneur du Saint-Siège, et n'ayant autre re(>os que la vicissitude de ses travaux, qui lui firent enfin désirer ardemment le repos éternel , principalement depuis qu*il eut vu déloger son cher cotlé-

gue et ami le cardinal Baronius: car depuis ré|)était souvent qu'il voulait aller a sa maison, c'est-à-dire au ciel, où il volait sans eease de toutes les ailes do ses désirs, comme une simple colombe qui a toujours les yeux et le cœur k son nid , où est tout ce qu'elle aime. Dieu le réserva néainiioins encore [lour servir d'aide et du conseil au

Pape Grégoire XV , qui depuis son entrée au |)ontihcat le tira en son palais, où il ne fit pas toutefois long séjour, car il importuna tant Sa Sainteté qii elle lui accorda de se retirer en quelque maison île la Com|)agnio pour s'y préparer h la mort : non [tas toutefois de quitter la |»oiirpre,et de^renoncer à sa dignité, comme il l'avait suplié.ll vint donc àson grand contentement, dn Vatican où il demeurait au noviciat de Saint- André, è ûessein de finir sa religieuse vie, an lieu ménie où il l'avait commencée, désirant d'avoir un a-i pour s'approctier au voyage de l'éternité : mais il n'eut |\a8 ai long terme; aussi n'en avait-il pas besoin, ayant mené une vie extrôn'iement pure et innocente, déchargée des ordures et des impressions do la terre, et (ce qui est rare et .idrairable) sans conscience de faute même légère qu'il eut commise volonlairorneiit et de propos délibéré, comme plusieurs ont attesté. Il s'alita donc bientôt après* étant atla;|ué d'une fièvre double tierce, qu'il sentit incontinent être la messagère de aa dernière heure, après laquelle il commençai soupirer avec des désirs incroyables, appelant sa mort comme sa bien -aimée; se plaignant amoureusement au crucifix, si quelquefois l'ardeur de !a fièvre qui eonau* mailles restes de sa vie, s'allenlissait , ei se fâchant contre les médecins qui lui parlaient d'espérance d'amendement, pour ce (disait-il) qu'ils le voulaient rejeter en liante mer, comme il pensait être arrivé ao port. Cela Ot qu'il reçut avec les témoignages d'une exlrémo joie ta nouvelle de sa mort, s'écriant (lar trois fois : Bonne non» velle, oh 1 que celte nouvelle est heureuse pour moil Les cardinaux vinrent è la file le visiter, et ne pouvant impétrer de lui la bénédiction, se bénissaient eux-mêmes avec la main du malade qu'ils élevaient sur lenra tètes, protestant d'être venus voir un miracle d'un homme qui se réjouissait h la mort, et la bravait sur la frontière de son empire. Le Pai^e même lui fit l'honneur de le visiter en personne, h qui le malade ajenl dit qu'il désirait pour une grâce particulière d^éire emporté comme un iHlids inutile de la terre, et qu'il lui souhaitait les aiinéea qu'il avait vécu pour le bien el le service de l'Eglise. Le Pape répliqua qu'il déairail plus ses vertus et ses mérites que sna au* nées. Il reçut le viatique prosterné en terre, ayant impétré par ses importunes prières qu'on le tirât du lit {tour recevoir son Sauveur, entre les mains duquel il expirt doucement sa bénite âme , le dix^eptièuia jour de septembre, dédié aux sacrés stigmates de saint François, comme il Tavail prédit et désiré, en l'anuée 1021, lui niaoquant seulement dix-sept jours |>our entrer en l'octaiitième de sou âge.

TOHBEiC au CiRDINAL SELLAEIlllf.

Itol>erlo C ird. fii'Uarmiiio Poliliaiio, e Soc. Jase Ujrcdli 11. I*. M. sororis ttliu. Oiluanlus Gard,

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DES CiiRDINAUI.

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FanM^sÎHS, »ui crga viniin qiiAiii palri& lueo tcmper coluU aiiioris nuiiquaiii uiorituri iiioiiu- *

nieiiluin pos.

ObdunniTJi in Doniîiio anno Sal. M. DCXXI, —

acl. suas LXXIX.

€ T^ P. Jean Fiiligali, e( le P. Hilnrion de Co^le nni écril sa Vie. Antoine Sandere dans ises EtogeSfP'iene Uibadaneîra» AnloinePoss«*viiu l«; cardinal du Perron en fout honorable mention. »

BELLAY (jRA!f du), né en U92, fît de brillantes études; il écrivait en latin, en prose t comme en vers, avec un'.' rare élégaocp. — François !•' lui confia des emplois eoDsîdérables, et plusieurs ambassades. Il se servit de sa faveur pour Tavancemont des letlrcs* ely de concert avec le savant Budée, il persuada au roi de fonder le collé^^o royal, conseil que suivit ce prince en 1529. Du Bellay, qui était alors évèque de Bayonne, fui, en 1532, transféré sur le $iége de Paris. I! avait été, en 15*27, ambassadeur en Angleterre, auprès de Henii VIII; il y retourna en ii33 : voici h quelle occasion. Le Pape Clément Vil et Frangois V se trouvaient alors i Marseille où ils s'étaient donné rendez-vous, et où ils conclurent le mariage de Henri, duc d'Orléans, depuis Henri II, avec Catherine de Médicis, nièce (!u Pape. Guillaume Poyet, pré>ident au parlement de Paris, depuis cbancelier de France, devait haranguer Clément; mais ayant reçu ordre de changer sa harançno le jour même qu'il la devait prononcer, il en fut si déconcerté,

Ïo'il aupi>lia le roi de le dispenser de ce irdeau. On en chargea du Bellay, qui parla aiii applaudissements de l'assemblée, bien qu'il ne fût nullement préparé. Dans cette entrevue, le roi s'entretint avec le Pape des affaires de l'Angleterre, et lui conseilla de Dieltre tout en œuvre pour étouiïer les semences du schisme qui commençaient h germer dans cet £tal. On résolut d'y envoyer révèque de Paris, qui se chargea volontiers d'une mission, qui pouvait conjurer un événement si préjudiciable à l'Eglise. 11 passa donc en Angleterre, où il engagea le roi à un •ccommodement raisonnable. Celui-ci promit à Du Bellay de ne pas rompre avec la •oor de Rome, pourvu qu'elle lui donnât le temps de se défendre par procureur. Du Bellaj refiassa la mer, et alla è Rome pendant rfiif er, bravant les intempéries et les incommodités de la saison. Il obtint du Pontife le délai que demandait Henri VIII, et dépêcha i ee prince un courrier pour avoir la procuration qu'il avait promise. Mais le courrier a'ayaot pu être de retour auprès du ?apû pour le jour qu'on lui avait Gxé, les agents de Temperear Charles V ne manquèrent pas Koccasion, et flrent si bien que I excommu- Dication fut jirononcée contre Henri VIU, et ses Etats mis en interdit, malgré les protestations de revécue de Pans. C*est du moins la version qui a j)révalu chez les derniers historiens français. Hais nous ne dcfODS pasjoaclÀtTque Tiiistoire du courrier

a été traité de fable par des hommes graves. Quoi qu'il en soit de cette question, dans laquelle nous ne voulons pas entrer ici, révôjue de Paris fut au désespoir de voir le schisme accompli, et l'Angleterre détachée de l'Eglise romaine. Après ce grand événement, il continua è être chargé des affaires de France sous le pontiticat de Paul 111, successeur de Clément, et qui lui donna le chapeau de cardinal le 21 niai 1535. L'année suivante, il se trouva dans un consistoire, où l'empereur Charles V se répandit en invectives contre le roi François 1". Le cardinal eut beaucoup de peine è se contenir : mais sa mémoire était si fidèle, qu*il retint, mot pour mot, la harangun étudiée de l'empereur; et comme il importait beaucoup au roi de France de connattro les desseins de Charles Y, Du Bellay se rendit eu toute diligence auprès de ce monnr que, pour l'en avertir. C*est alors, en 1536, que Charles V envahit la Provence, pendant

3u'il faisait entrer en Champagne le comte e Nassau avec une autre armée. Franj^ois 1" marcha è la rencontre de son ennemi, laissant à Paris le cardinal Du Bellay, en qualité de lieutenant général , chargé de conjurer les dangers qui menaç«iieHt la Picardie et la Champagne. Le cardinal, en ces circonstances, montra autant d'intelligence des affaires de la guerre qu'il en avait inonlré dans les négociations du cabinet. Lf*s impériaui ayant mis le siège devant Péronne, Du Bellay, pour calmer la fermentation qui régnait dans Paris, le fortifia d'un rempart et do boulevards qui furent élevés en peu de temps. Il pourvut avec le môme soin à la défense des autres villes. Pour récompenser sa fidélité et ses services, François !** lui donna, en 1541, révèché de Limoges; en 15H, i'arcliovéché de Bordeaux ; en 15V6, Tévêché du Mans; il le fit aussi coitseiller de son conseil privé. Biais, en 15V7, après la mort de ce prince, le cardinal Du Bellay perdit son rang et son crédit par suite des intrigues de quelques favoris, et particulièrement par celles du cardinal de Lorraine. Il se retira à Rome, où, par le privilège de son Age, il fut fait évèque d'Oitie, et tint rang de doyen des cardinaux , pendant l'absence des cardinaux de Tournon et de Bourbon, plus anciens que lui. Il s'était démis de l'évèché de Paris et de l'archevêché de Bordeaux. Son mérite était si reconnu è Rome, qu'il fut question de l'élever è la papauté, après la mort tie Marcel II. Il mourut dins cette ville le 16 février 1660, tgé de 68 ans. t Le cardinal du Bellay, » dit Brantôme» i fut un des fdus sa vants, éloquents, sages et avisés de son temps; il était pour tout, et un des plus grands personnages en tout et de lettres ef d'armes qui fût. » Il nous reste de c^ savant nrélat : I. Trois livres de Poésies latints^ imprimés à la suite de trois livres d'Odss de Salmon Macrin, Paris, IlobertEstienne, 15M, in 8' ; le T' de ces livres coudent des Elé* aies ; le u*, des Epiurammes ; le m' i\es Odss; II. Frnncisei /, hrancorum régis . episloia apulogêlica, imprimée avec d'autres pièccst

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