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imprimées ensembtip, Roinf^« 1515, in-fol.; la première renferme l'histoire de In lana^ue latine, depuis sa fondation jusqn*^ sa complète décadence ; la seconde contient lus expressions et hs locutions les plus été- Nantes tirées des aHleurs classiques. L'une et l'autre partie attestent dans rauleur un habile et profond humaniste*
AGNÈS (AsTOBGo), h (]ui Si^onius donne le surnom de Spatinfacia ^ était de Naptes, et d'une famille noble et ancienne. — • Martin V le pourvut de TévAché d'Ancône et du gouvernement cic la provinre de la Marche. Eugène IV lui donna Tévèché de Bologne, puis Tarchevôché de Bt^névcni. Nicolas V le créa cardinal en \kh%^ pour reconnaître les grands services qu*il avnit ren« dus è l'Ëglise. il les continua avec zèle, et mourut le iO octobre 1450, è Rome, où se ?oit son tombeau dans le cloître de Tégiise de la Minerve. [Yoy. Onuphre, Cucothus^ Blondus.)
AGNIFILO (Amcio), né à Aquilée, étudia h Bologne, où il fut professeur de droit canon.-*- il eut ensuite un canonicat dans réalise de Sai'ito-Mnrie Majeure. Alphonse et FiTdinand, rois de Naples , le choisirent pour un de leurs conseillers. Pie II le nomma ôvéque d*Aqoila, dans le royaume de Naples, et P<aul il leflt cardinal en i46V. Après aroir travaillé utilement pour rEg)i>e, il mourut le 9 novembre 1476. (Yoy. Urba- Nius FiLiGius , S. Indicis congreg, censor.)
AGOSTINI (Etieune). né à Forli , dans la Romagne, archevôqued'Héraclée, fut nommé cardinal par le Pape Innocent XI, le 1" septembre 1681. Il mourut è Rome, le 21 mars 1683,.âgéde68ans.
AGDCCUIO (Jérôme), né è Bologne, prêtre cardinal du titre de Saint-Pierre es liens, calait neveu du cardinal Sega et frère du savant Jean-Baptisîe Agucchio, archevêque d'Amasie. Jérôme, créé cardinal par Clément VIII, en 1604, mourut peu après, lo 27 avril 1605, le même iour de la mort de Léon XI.
AGDILAR (AlonzoK cardinal de Cordone.
Nommé cardinal parle Pape Innocent XII, le 22 juillet 1697; il mourut è Madrid , le 19 septembre 1699, avant d'avoir reçu ses bulles, flgé de 46 ans.
AGUILAR (Pierre Manriquez d'), évoque de Cordoue, fut fait cardinal par Paul III, en 1538. — Il niourut en 1540.
AGUIRRI^ (Joseph Saenz d'), naquit à Logrono, le 24 mars 1630, et entra jeune encore dans l'ordre de Saint-Benoît. — Il y Ht de si grands progrès, non-seulemenl dans la piété , mais encore dons toutes les scien- ;5cs convenables à son état, qu'après avoir été |)lus d'une fois abbé du collège de Saint- Vincent h Snlamanquo, il fut nommé premier inlcrpièlo de l'Hcritiire dans cette fameuse université, puis censeur et secré-
taire du conseil suprême de Tinquisition en Espap-ne. Enfin le Pape Innocent XI lui donna le. chapeau de cardinal en 1686. Cette nouvelle dignité ne lui fit en rien interrompre ses études, et ne Tempècha pas de continuer les ouvrages qu'il avait commencés, ni de les donner au public. Sa vie fut toujours exemplaire; la pourpre, dont il se Tit revôtUy ne diminua rien de la modestie et de la simplicité qui lui était naturelle. Il mourut è Rome le 19 août 1609. Son premier ouvrage esl intitulé : Ludi Sabnanti^ censés ; ce sont des dissertations théologi* ques, qu'il composa selon I usfige de l'université do Salamanque, avant d'y recevoir le bonnet de docteur, et qu'il fit' imprimer en 1668. En 1671, il donna trois volumes de philosophie. En 1675, il publia un ouvrage sur les livres de la morale d'Aristole; et en 1677, un Traité des vertus et des vices. Dans les années suivantes, il publia trois forls volumes sur la théologie de saint Anselme ; on y voit qu'il avait étudié h fond les ouvrages de ce Père. Il composa aussi un livre, imprimé en 1683, contre la déclaration de l'assemblée du cliTgé do France, de 1682, touchant la puissance ecclésiastique et politique, sous le titre de : Defensio cathedrœ sancli Pelri, On lui en attribue un autre intitulé : Detiberialibus Ecclesim Gal^ licanœ. contre les quatre articles de la même assemblée : ce dernier n'est pas du cardinal d'Agiiirre ; il est de M. Charles , prêtre du diocèse de Pamiers, qui composa cet ouvrage à Home, où il s'était retiré lors do l'affaire de la regale. Enfin , après avoir donné, en 1686, une table, avec notice, d'une nouvelle C( Ifection de conciles d'Espagne, le cardinal d'Aguirre fit imprimer cette collection h R'>mo, en 1693 et 1694. (Voy. Mémoires du temps ; — Dupin , Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du xui* siicle.)
Voici l'épilaphe que ce cardinal composa pour lui-même peu de temps avant sa mon:
Jitsepli Saeiis de Agiiirre, nutioue
liispaïuis,
Pnlria Lucronensis, vila pcccntor,
Appetiuliune Monacliiis sancli Benedicli»
Sludîo ihcoloçiis;
Miseraiîone diviiia
S. R. E. CarJinalis litiil. S. Mari:c super Miiiervanir
Proteclor rrgni Siciliae.
Orale Deinii proeo.
Oliiil die 19 Aiiguslt, aiino Domini 1699.
Miserere luei, Domino, qiii:i peccavi super iiiiiiierum
Areiioî maris.
Air.REl EUIIJ.E (Ciuillaumk), premier de ce nom, l'i proche parent du Pape Clément VI, prit l'hahit de religii'ux parmi les Bénédictins de la congrégation de Clunj, et fut prieur de Saint-Pierre d'Abbeville. — Clément VI , ayant été élevé au pontificat , lui donna Tarchevôrhé de Saragosse, dans le royaume d'Aragon. Le môme Pape le fit cardinal en 1350, et l'employa en diverses affaires, urbain V, qu'il suivit 6 Rome, l'envoya h Naples on qualité de lé^at. Il mourut h ViltMbe, U' h octobre 1369. (Voy. Au- BEttT ; — Frizo^i clc.)
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AIGREFEDILLE(GuiLLAt:MB),dil/eJfURf,
élail iieffu du précédenl, el « commu lui , issu d*uiie famille noble du Limousin , de laquelle sont sortis les V»\yes Clément VI el ôr^^goîre XL — Ses manières distinguées , el surtout ses connaissances dans le droit civil et caDOoiqua le firent considérer h la cour de Rome. Le Pape Urbain Y, en considération de Tonde, dont il faisait grand cas« honora aussi de la pourpre le neveu « II* 12 mai 1367» bien qu'il ne fût Agé que de S&ans. Il s'attacha ensuite au parti du Pape Clément VU, auquel il rendit de grands services, futiégal en Allemagne^ el mourut h Avignon le 13 janvier 1M)1. {Voy. Frizon, GalL purpur.: — Bosquet, in Urbano V: — Aenocl WiO!f,in Lignovitœ^ liv.ii,c.9, etc.)
AIGRKFF.UILLE (Fatdit), frère et neveu dos précédents, évèque de Rliodez, puis d'Avignon, fut créé cardinal par Tanti-papo Clément VU, en 1383.-11 mourut en 1388.
AILLY (PiERRB d), né i Compiègne en 1350, était fils d'un boucher, mais qui prit grand soin de sou éducation. — Il acheva ses études à Paris, où il avait été reçu boursier au collège de Navarre, eu 1372. Reçu docteur dans l'université de cette ville , en 1380, il fut jHiurvu d'un canonicat à Nojon, la même année. Il ens(;igna la philosophie el la théologie, et devenu grand niaflre du colfége de Navarre, il fut choisi on 1387 par l'université pour poursuivre à Avignon, devant le Pape Clément VU , la condaninalion de quelques propositions (rop hardies que le Dominicain Jean de Monteson avait avancées sur la conceplion de la sainte Vierge , el sûr plusieurs autres points. L'université eut tant à se louer de son zèle, qu'à son retour il en fut élu chancelier. Le roi Charles Vf voulu! l'avoir pour confesseur et pour aumônier la même année 1389. Il fui uommé archidiacre de Cambrai, puis trésorier de la Sainte-Chapelle tle Paris, en 13% ; l'année suivante, évoque du Puy en Volai, el ^ntin évèque de Cambrai en 1396. Il se démit alors de la'chauceilerio de TUniversité de Paris en faveur du célèbre Gerson. Le roi remploya en diverses négociations , notamment à 1 occasion du schisme oui divisait rSglise, et l'envoya è Rome et à Avignon, où il parla avec une liberté chrétienne. En 1M)5 • il prêcha à Gônes sur lo mystère de la Trinité, dont la fôte fut alors instituée par Pierre de Lune, nommé Benoit XIII , et déposé au concile de Constance. On le nomma, avec les cardinaux des Drsins , d'Aquiiée et de Florence, pour rechercher les causes des hérésies de leur temps, el pour proposer ensuite les remèdes propres è en arrêter les progrès. Le cardinal d'Ailly mourut à Avignon, où il était légal de Martin V, en U20. Son corps fut porté & Cambrai et enterré dans la cathédrale. On l'appelait V Aigle des docteurs dé la Fronce ei te destructeur des hérésies, Jean Gerson, qui lui succéda conime elwtn- :;elier de funiversité Oe Paris, et de Ciéoiangis, avaient élé ses disciples.
Le cardinal, en mourant, laissa sa biblio-
thè<)ue au colk^ge do Navarre. On plaça cette épiUplie sur son tombeau:
Mors rapuil Petniiii ; petram siibiil paire; corpus ;
Sed petraiii Cliristnm sitiriius ipsc pecii. Qaisquis ades, precibiis fer opein, semper que me-
[metiio.
Qiiod praMer mores omnia morie caduiii.
Nninquid aiiior regiim.quidopes^quidgloria durent, Aspicis ; bxc aderant tune mihi, niinc abennl.
Il a laissé des manuscrits qui témoignent de son savoir el de l'étendue de ses connaissances. Le plus considénnlile est relui qui traite de la réfornii» de l'Eglise ; il s^y élève contre le grand nombre des ordres mendiants, contre le luxe des dignitairis ecclésiastiques , contre les excommunications et la multiplicité îles fêtes. 11 pensait que la puissance spiri(uellepeut,en certains cas, disposer dos trônes. Mais ce nrélal réformateur na^ra tribut aux erreurs ue son 5i<^cie. Il était un d»>s adei tes do Tastrologio judiriaire. Dans les traités intitulés : Concordantia astronomiœ cum theotogia^ et coneordanlia astronomiœ cum hisioriOf Vienne, 1490; Venise, 159i, in-i*; il fait coïncider les résolutions des empires avec les cou* jonctions des grandes p'anètes, et il prélenti que le déluge, la naissance de Jésus-Christ, et les miracles, ont pu être prédits par l'astronomie. Ses Traités et ses Sermons ont été imprimés h Vienne en 1490; sa Fie du pape Célestin Vf h Paris, en 1539, et ses Météores à Strasbourg, 1504. f Foir Frois- SART, l.iv; JuvENALDEsURSiNS,tnCaro/o 17; — MoNSïRELET,^»/.; — Tritheim, Dcêcript.
ecclts.; — DuBOULAY, Ilist. de l'univeisité de Paris : — DtPiN, Bibl. des aut. ecclis.) On trouve rénumération des OEuvres d'Ailly dans celles de Gerson , dans VHistoire du collège du Navarre^ nar Ladnoi , et dans la Bibliothèque nouvelle des manuscrits do Montfaucon. [Vou, la Notice sur te cardinal d^Ailly^ \\dv M. DlNAUX.)
Voici son éloge par le P. Alby (1644) : c L'honneur n'est qu'un accident de la vertu, et plutôt une enseigne pour la montrer, et pour la faire suivre, uu'un prix do ses yictoires, et qu'un juste salaire [tour la récompenser ; ce qui a rendu de toqt temps les vertueux et les sages aussi braves h mépriser ces livrées (le pompe , et ces accessoires du vrai mérite qu^ils ont été retenus h rechercher un bien, qui ne pouvait être ni le but de leurs intentions, ni la mesure do leurs devoirs. Outre que les dignités que la faveur humaine distribue, étant souvent le partage dos indignes, commode ceux qui les ont méritées; il semble que les bons souffrent quasi moins d'injure d en être reculés, que d'être comparés avec les méchants. Si faut-il encore avouer que la vertu tire cet avantage de la part qu'elle prend en cette distribution , que les honneurs qu'elle reçoit rendent quelque témoignage h Ceux qui la veulent chercher .de ce qu'elle vaut, et adoucissent l'amertume qui se trouve en sa recherche, par re>péraiice qu'ils font prendre, d'entrer par rimitation des vertueux dans le commerce
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DICnONNAlRIi:!
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(le ta gloire qui les a suivis, pour avoir suivi la verlu.
« Le cardinal Pierre d*Ailly servira entre les autres h rendre ce témoignage au mérite de la vertu ; qui étnnt né pauvrement dans une petite maison comme un limaçon dans sa coque, dépourvu de tous les moyens qui pouvaient aider à son avancement, en sortit pour éclore ses vertus dans la pourpre, et pour faire voir au monde que la vertu ne peut jamais être si pauvre, et si dénuée de commodités, qu'elle ne donne au monde plus d*ennui que de pitié, et qu'elle ne soit toujours un riche parti pour ceui qui la veulent épouser avec ses droits.
« Il est vrai que parmi les grandes stérilités de fortune qu*il trouva dans sa mai-» son, il apporta au monde de si généreuses semences de sagesse et de vertu, qu*il ne pouvait laisser de doute, qu'une médiocre culture n'en tirât des fruits excellents, s'il était api^liqué aux exercices qui en pouvaient aider, et avancer la production. Il sortit à cet effet deCompiègne, qui était le lieu de sa naissance, pour aller à Paris, et ouvrirquelque voie favorable à un meilleur destin. Il se présenta pour valet au collège de Navarre, où il servit un temps de sousportier ; et où il se prévalut si bien des moindres instants de son loisir, qu'il ménageait k son profit, qu'il en fit un trésor d'épargne , et une riche provision de science.
« Comme la nécessité Tavait endurci do bonne heure au travail ; ce qui donnait de la peine aux autres ne lui donnait que de Texercice. Il n'y eut rien de si haut, ni de si difficile dans tous le cercle des sciences qu'il n'emportât par la vigueur de son esprit; ni de présage si avantageux de ses avancements, qu'il ne surmontât par les effets; tellement que dans peu d*années il fut jugé digne de la maîtrise, et capable d'enseigner aux autres ce qu'il avait appris. De laquelle fonction il s'acquitta avec tant de succès et de satisfaction d'un chacun qu'il sembla par une heureuse rencontre avoir trouvé la clef d*or des sciences et du sanctuaire des muses, après avoir quitté eelle des portes du collège.
« Le mérite d'uu esprit si rare et d'un savoir si exquiSyayant été reconnu dans les filus hautes chaires et sur les bancs de l'Académie, où il les produisit avec un singulier éclat, et où il soutint la réputation du fremier savant et du plus subtil docteur de aris, il fut enfin honoré de la dignité do chancelier de l'université, dans laquelle il acquit une telle réputation de suffisance, de probité et de sagesse, qu'il ;fut nommé par le roi à Tévêché du Pujr en Velay, |>uis a celui de Viviers, et finalement à celui de Cambray, où il fit partout lev^r, dos semences de sa doctrine, et de ses exemples, une belle moisson de vertus, et où il ne laissa pas moins de marques honorables de sas travaux, que d'estime d'une si digne et précieuse conduite*
9 Que 5 il lui fut un honneur extrême, et un objet d'inestimable reconnaissance d'àvoir élé apoelé è ces ^charges, et incontl^ nent après a celle de grand aumônier do France, par l'affection du roi, et par le jugement qu'il faisait de son mérite extraordinaire : ce4iefut pas aussi un bonheur médiocre i Sa Majesté d'avoir trouvé en lui toutes les parties nécessaires pour en soutenir le ministère, et en remplir la dignité. Il no fut point dès lors d'importante affaire, dont il ne fut ou le promoteur, ou l'arbitre; ni de diiférent en matière de doctrine qu'il ne réglât comme le prince des esprits. Ce qui lui acquit les titres glorieux (Taigle de la France^ d'ange iutélaire de la virili, ei d'exlerminatetêr de l'erreur^ q\]i lui furent donnés par le suffrage des savants, et confirmés par la voix des peuples.
c De toutes ces preuves qu'il donna ab public de sa sagesse, et do sa probité singulière, on ne pouvait attendre sinon la juste et la légitime acquisition d'une gloire plus avantageuse. Donc il fut ensuite envoyée la cour de Rome pour les affaires du royaume, où il reçut l'honneur du chapeau, et le titre de cardinal de la faveur du Pape Jean XXII, qui dans les funestes divisions de l'Eglise, crut de ne pouvoir mieux appuyer l'autorité qui lui était contestée, que du poids d'une suffisance si universellement reconnue, qu'elle élait capable de régler toutes les opinions, et d*assurer les doutes du monde.
« Il assista en cette qualité au concile qui fut assemblé à Constance, pour terminer le différent du schisme le plus embrouillé qu'on eût encore vu dans l'Etat de la chrétienté, et qui tenait alors l'Eglise en larmes, le peuple en scandale, et tout le monde en inquiétude. Durant lequel deux Papes, qui tenaient alors le siège de Rome, s'étant volontairement déposés et dépouillés de leur dignité, l'un en présence, et l'autre par procu.'*eur, pendant que le troisième faisait mine, contre son serment, de vouloir retenir le pontificat, et décolorer son usurpation par la sûreté de sa conscience : la désolation ;de l'Eglise toucha lors si sensiblement tous les Pères assemblés, qu'il n'y en eut point de si intéressé qu'elle n'engageât dans son parti, ni de si froid è qui elle ne donnât de la passion, ni de si contraire qu'elle ne changeât, pour conspirer au dessein d'une nouvelle élection; pour laquelle le cardinal Pierre d'Ally agit si efficacement, tant par les livres qu'il compof^a, Dee pouvoirs du concile général^ el de iélection du Pape, comme par les mouvements qu'il imprima de vive voix dans les esprits en ses doctes résolutions ; que l'on peut dire sans mentir, que c'est i lui principalement qu'est due la louange d'avoir servi au Saint-Esprit d'un puissant instrument pour mener la nef de l'Eglise au port d'une heureuse tranquillité dans cette confusion d'esprits, et en dépit des vents contraires.
c Ce fut encore en ce temps et dans le
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DES CARDLNAUX.
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iitfiroe concile qu'il donna vogue (suivi de de son disciple Jean Gerson) à la dévolion envers saint Joseph le chaste époux de la Vierge : sur lequel sujet il avait écrit un livre intitulés Des douze honneurs de saint Joseph^ qui fut la première plume messagère de ses grandeurs, et la première trompette qui publia en France les singuliers avantages de sa dignité, de ses offices et de ses pouvoirs; et qui éveilla la dévotion des peuples, avec la mémoire et l'estime de ses incomparables vertus.
c 11 se Qt voir le reste de ses jours dans l'exercice de toutes les vertus actives qui concernent le bien du public; et toujours dans la lice des grandes occupations, tout couvert de sueur et de poudre, travaillaifit incessamment è chO(]uer les abus de l'Eglise, à venger les sciences des outrages de ceux qui abusaient d'elles, à protéger la vertu» à justifier les innocents, et à opérer par la puissance de son génie la gloire do la religion, et la félicité de l'Etat. Et il fit sentir particulièrement les pointes de son zèle k ceux qui attentèrent malicieusement de fomenter les divisions daii« l'Eglise, et qui, i>«r une licence peu catholique, ntcaquèrent de son temps la profession dos ordres mendiants, pour lesquels il écrivit une docte apologie, è laquelle il donna le titre de Bouclier de la pauvreté : fuisnnt voir en toutes occasions qu'il se sentait olfensé en quelque endroit on oiïensftt la justice et \à religion ; et que si la France portait quelque monstre qui les attaquât, elie avait aussi porté un libérateur pour leur défense.
«Sa vie, comme sa plume, étaient une leçon publique du genre humain. Ne se contentant pas d'avoir enrichi la théologie seolastique de ses itoctes commentaires, il orna la mystique de ses dévotes méditations, et de ses instructions spirituelles, qui le flreot connaître non moins pieux que savant, et lui donnèrent le titre de maître des mœurs, après avoir longuement possédé sans ennui celui de maître des écoles.
« I! fit bien paraître que la vraie roblesse, et la générosité des mœurs n'est pas toujours attachée au sang, et que plusieurs de ceux qui sont venus au monde Carmi les araignées, portent Tflme plus noie et plus magnanime , que d'autres qui ont été reçus dans la pourpre et le clinquant. Les grands biens qu il possédait du revenu de ses bénéOces, et des dons de nos rois, à qui il fut toujours aussi cher, comme il leur lut fidèle, servirent d'instruments b sa bonté et è sa charité, qui est la meilleure do toutes les vertus, d'ornements à sa dignité, et de semences à son mérite. Entre les autres fondations et célèbres monuments de sa piété, on voit au collège de Navarre un beau corps de logis qu'il Ht bâ- >tir en mémoire et en reconnaissance que c'avait été le berceau où la fortune le recueillit et le consigna aux soins de lu vertu
et des scionrcs, qui l'y élevèrent pour lo bien du monde.
« 11 conserva jusqu'à la fin une admirable vigueur d'esprit, et quoi qu'on ne vieillisse point d'ordinaire sans une notable diminution de soi-même, il fit assez voir dans les faiblesses de son âge avancé, que l'esprit était de Tbomme et non pas de l'âge, et que ses talents et ses perfections tenaient l'instinct et Téclat de leur durée, comme leur origine du ciel. Ses vertus aussi, qui n'ont d'ordinaire poini d'autres limites que celles que leur donnent nos hâchelés, l'accompagnèrent fidèlement jus* ques à la mort, qui termina ses longs et honorables mérites, et commença les bienheureuses récompenses dont son âme alla jouir au ciel, le 8 du mois d'août, en l'année it^25. Son corps fut enterré, comme il avait ordonné, en son église de Cambra j[, h qui il avait toujours f^rocuré autant de bien et de félicité, qu'aurait pu faire un ange tutélaire. »
TOMDEAD DU CinDINÂL B^AlLLY.
Hic jacet Rcvc^rendus Pater Domînus
Petrus (leÀliaco, Theologiâe
Docior , quondam Episcupiis
Caineracensis. Orale pro eo.
Hors rapuii Petruin, etc.
Voy. art. Sandbr, Thevet, Claude Robert, Jean Chenu, Possevin, Bbllarmin.
AIMERIC de Magnac , Français, évèqoe ne Paris , nommé en 1383 par l'antipape Clément Vli , prètre-cardinal du titre de Saint-Kufïèbe, mourut en 1385.
ALATRi (Hugues d'), ainsi nommé d'Alatri, ville de la campagne de Rome, fut cré^ cardinal par t(\ pane Pascal lil , et employé en dilTérenles négociations. — Il mourat sous le pontificat de Calixtell, au commencement du zii* siècle.
ALATRI (Gboffroi d'} , nommé cardinal
[»ar Urbain IV, en décembre 1261 , fonda 'église de Saint-Etienne d*A1atri, et fut emporté parla pesteen 1287, (Foy. Owuphre;— CiACONius; — AuBBRT, iHst. des cardinaux.) ALBANI (Jean Jérôme), néàfiergame, était fils du comte François Albani, qui la fit élever avec' soin dans l'étude des belleslettres , et dans la jurisprudence civile et canonique. — Après avoir servi dans les troupes de la république de Venise, il en reçut pour récompense la principale magistrature de Bergame, oh il se maria. Le car* dinal Alexandrin , qui était alors inquisiteur de la fui dans l'état de Venise, eut ocsion d'y connaître Albani. 11 admira son savoir et son zèle pour la religion , zèle qu'il fil éclater même contre un de ses plus proches parents , accusé d'hérésie. Lorsqu'Alexandrin eut été élevé sur le Saint- Siège, en 1566 , sous le nom de Pie Y, il appela à Rome Albani, qui avait perdu sa femme , et le fit cardinal en 1570. Après la mort de Grégoire Xlil , en 1585 , on l'eût promu au (lontificat , sans la crainte qu'on avait de voir régner avec lui les enfants qu'il avait eus de son mariage. Il mourut
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en 1591. On a de lui un IrAÎlé ^ De immunitate ecclesiarum ^ qu'il avait dédié su Pape Jules III, en 1553^ De polcstale Papœ et conciUif imprimé h Lyon en 155S, t^t à Venise» 1561; De donaiione Conslanlini; De eardi* nalibus , elc. ( Voy. Lemire , De script, sœ* cuit XVI ; — AuBERT, Hi9t. des cardinaux.)
ALBANI (Jean-FrançoiS'). — Voy. Clément XI.
ALBANI (ANmBAL), naquil à Urbain le 15 9oM 168d. — Le Pape Clément XI » son onde, le fil chanoine de la basilique de Saiot- Pierre, en 1702, le délégua en 1704, par intérim, pour exercer la charge de secrétaire des brefs aux princes, en Tabsence du titulaire de cette charge; le l'' août 1707, îl le déclara président de la chambre apostolique, et le 31 décembre suivant , clerc de la même chambre. Le 22 juillet 1709, il le nomma son nonce extraordinaire vers les r.oui*onncs , pour commencer sa nonciature par la cuurde Vienne; mais Tempereur ne rayant pas voulu recevoir en cette qualité, mais seulement comme neveu du Pape, sans autre caractère, de peur que les alliés ne prissent quelque ombrage s*il venait avec le titre de ministre (ce prince était alors engagé dans la guerre de la succession d*Espagne) , Albaui partit de Rome le 21 septembre, pour se rendre h Vienne comme fiarticulicr, chargé néanmoins d*y négocier, (.'ntre autres choses, lareslitution de Comachio. Il resta en cette cour jusqu'après la mort de l'empereur Joseph 1". L'impératrice régente lui Gt don du portrait de l'empereur son fils , portrait estimé vingt-cinq mille florins. Parti de Vienne le 20 juin 1711, Albani alla trouver le roi de Pologne, électeur de Saxe, aux bains de Carlsbad , puis arriva incognito h Cologne, le 25 juillet. De là il se rendit à Francfort, chargé particulièrement en ce qui regardait Comachic, de veiller aux intérêts du Saint-Siège, à la diète qui s'y tenait pour l'élection do l'empereur. Les élecleurs catholiques, qui s'y trouvaient en personne, ne le virent point à cause des contestations sur le cérémonial, ces princes ayant persisté dans leur refus de lui donner la main: ce à quoi il prétendait. Cela ne l'empôcha pas do paraître en public avec une nombreuse et ma^ gnifique livrée , en qualité de nonce extraordinaire. Toutefois, il ne put rien obtenir sur ses prétentions. Parti de Francfort le 19 octobre pour aller attendre à inspru< k le. nouvel empereur, Charles VL il en reçut une audience le 21 novembre, puis il retourna à Rome. Pendant qu'il était à Urbin, où il s'était arrêté au retour de ce voyage , le Pape son oncle le créa cardinal le 22 décembre , le nomma en même temps archifirétre de la basilique de Saint-Pierre, et ui donna l'abbaye de la Barbera , dans la Marche. Il confumaensa faveur, à la dignité d'archiprôtre de Saint - Pierre, la collation des cauonicats et de pluî»ieurs , autres bénéfices, avec toutes les prérogatives dont avaient joui autrefois les canliux neveux qui Tavaient possédée. Le
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nouveau cardinal qui re<;ut In barelto h Vrbin des mains du cardinal T^nara , légat de ce duché, le 1" janvier 1712, étant parti pour Rome, y fit son entrée, accompagné d'un nombreux cortège, le 10 suivant, et« le H du même mois, reçut )e chapeau dans un consistoire publie, auquel il s'était rendu en cavalcade, accompagné entre autres (le douze cardinaux gui montèrent à cheval fiour lui faire honneur. Le Pape,qui lui donna en même temfys la charge de secrétaire des mémoriaux, pour qu'il pût mieux s'instruire dans les affaires, lui assura lo titre diaconal de Saint-Eustache , .dont il prit posession dans l'église du ce nom , lo 19 septembre suivant, ayant été ordonné prêtre le jour précédent. Il fut déclaré camerlingue de TEglise de Rome, le 29 mars 1719, et prêta en cette qualité serment ta même jour. Passé dans l'ordre des prêtres, il prit le titre de saint Clément, le 6 juillet 1722, et deux ans après fut pourvu de l'abbaye de Sainle-So|>hie, dans le royaume de Naples. Ayant eu des démêlés avec lo cardinal Coscia , il se retira à Urbin. Il envoya même h Rome, en décembre 1728, son auditeur pour renoncer en son nom à sa charge de camerlingue, et présenter au pape Benoît XIII un mémoire dans lequel il le su(>pliait d'accepter sa renonciation , et de lui donner en échange l'archevêché d*(Jrbain , avec la légation de ce duché; mais le Pape ne voulut pas recevoir cette démission; il lui fit écri-re que sa demande ne serait point agréée, et qu'il eût à revenir bienlôt à Rome. Après une assez longue absence, il n'y retourna qu'en 1729. Benoît XIII étant mort, 1730, Il fit, pendant l'interrègne, les fonctions de sa charge de camerlingue, et assista au conclave où fut élu Clément XIII. Promu par ce nouveau Pontife h Tévêché de Sabine, il fut sacré dans la chapelle du chœur du chapitre de Saint-Pierre du Vaticain , par le cardinal Barberin , assisté des archevêques de Nicomédie et de Nicosie , tous les deux chanoines de cette basilique. Ce cardinal mourut en 1751. C'est à lui qu'on doit la collection des œuvres du Papo Clément XI, son oncle. Elle parut d'abord à Rome , en 2 vol. in-fol. , d'une très-belle exécution; elle a été réimprimée à Franfort, 1719, aussi en 2 vol. in-fol. Le cardinal Albani est auteur de l'Ej^ître dédicatoiro au collège des cardinaux, de la Préface qui précède les harangues, ainsi que do la Dédicace qui précède les homélies, et qui est adressée à Jean V, roi de Ptfrlugal. Pour la Vie de Clément XI , il est dit seulement qu'elle a été composée a prœsule quodam komano. C'est encore au cardinal Albani qu'on doit l'édition du Pontifical romain, Bruxelles, 1739, 3 vol. in-8".
Ce rapide aperçu, qui permet do considérer dans son ensemble la vie du cardinal Annibal Albani, est loin de suflire pour fairo connaître tous les événements dont cetio vie fut remplie. Heureusement un moyen s'est présenté «^ nous pour /«jouter de nouveaux détails. La vie du cardiirjl Albani cm
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tellement mêlée à celle de son oncle Clément XI, que rhistoîre de ce dernior par LjifilaQy évéque de Sisteron, es! Thisloire do nefeu en même temps que celle de l'onde. Nous allons donc résumer cet ouvrage, peu connu, quoique digne de Têtre. Nous De craindrons pas de nous étendre un peu, coiiTaincil que le lecteur sera bien aise de IrouTer un long et intéressant morceau dlitsioire, qni le dédommage un peu de la briè?eté nécessaire de tant de notices. D'ailleors les pages qui vont suivre complètent les erlicles relatifs & tous les cardinaux du nom d'Albani.
Les Albani éfôient originaires d*Epire, oi^ ils vécurent dans une splendeur conforme h leur naissance. Dans la suite, ils se transportèrent en Italie, et fixèrent leur séjour h Urbin. Le crédit quMls y acquirent auprès des princes de la Rovèrequi en étaient souverains, leur donna lieu, avec le temps de délivrer Tltalie de la crainte d*une guerre IXcbeuse. Horace Albani la prévint» eu engageant François-Marie de ta Rovère, dernier duc d*Urbin, h faire rentrer ses Etats sous Tancienne domination des Papes, qui en avaient été les premiers maîtres. En réoomnense, il fut fait sénateur romain, et, pendant Tespacede treize années Jl remplit cette charge avec dignité; mais, soupirant toujours après les douceurs d'une vie privée, il revint à Drbin, où il mourut quelques années après. Jean-François Albani éleva la gloire de sa maison jusqu'au 'comble de la grandeur humaine: U eut pour père Charles Annibal, et pour mère Hélène Mosca, d'une famille également noble et opulente. Ou le nomma Jean-François à son baptême; et, en venant au monde, il eut le bonheur de trouver dans sa famille de grands exemples pour le former à la vertu : son père était rempli de sentiments de religion, et sa mère ne connaissait de grand, uue ce qui l'est aux jreux de Dieu ; l'un et i autre ne pensèrent qu'à donner une sainte éducation k leur fils, et n'admirent auprès de lui, dès ses plus l«MiJres années, uue des personnes d'une vertu éprouvée. Jérôme Mosca, son oncle maternel, n'omit rien non plus pour le former à la piété : il était archevêque d'Drbin, et ses exemples seuls auraient suffi pour lui inspirer le goût de la vertu. Sous de si bons guides, Jean-François ne pouvait manquer de recevoir une éduc'dtion {larfaite; il était dotfx, soumis à ses parents, et docile aux leçons qu'on lui donnait : on craignit néanmoins qu'il n'eût autant de dégoût pour l'étude, qu'il témoignait d'ardeur et de goût pour la prière. Son père seul en jugea ditféremment : de ce m^me penchant qu'il apercevait en lui pour la vertu, il conclut qu'au moins par devoir il s'appliquerait à Télude, lorsqu'il en aurait bien compris l'importance; sa famille même fournissait des modèles de science, oui oe- Tttient on jour toi donner de rémulstion.
Charles Annibal avait deux frères ei ane sœur oui excellaient dans l'art de bien parler etde bien écrire : l'un se nommait An-
DiGTioim. DES Caruiiyaux.
nibnl. Urbain Vlll l'avait préposé au soin de la bibliothèque Vaticane : depuis longtemps Annibal avait entrepris de rédiger seul tous les' conciles; mais il succomba enfin sous le poids d'un si rude travail, et il mourut ft l'âge de H^Sans. L'autre, si connu sous le nom de Malatesta, était un jeune hoOime accompli sous tous les rapports. Jt parlait les langues savantes; il possédait le^s mathématique:!; il excellaitdans la peinture; il jouait de toutes sortes d'instruments : il n'avait encore que 25 ans lorsqu'il fut envoyé en France pour une négociation des plus difliclles. Là reine Mffrie de Médicis lui donna son portrait enrichi de diamants, et Urbain VIII se disposait è l'honorer de la ponrpre; mais la mort enleva pour lors [1623] ce Souverain Pontife, et Malatesta mourut lui-même peu de temps après dans un second voyage de Paris, âgé seulement de 38 ans: c'était un génie rare. Après sa mort, on fui fit les mêmes honneurs qu'à son aîné; mais c'est le neveu du Pape qui lui fitdresser un mausolée. Julie, leur sœur, depuis mère du cardinal Olivieri, s'était rendue si célèbre dans l'art de bien écrire en italien, qu'elle égalait les meilleurs écrivains de son temps : les lettres qu'on a d'elle renferment tant de force et de solidité dans le raisonnement, tant d'élégance dans le style, de délicatesse dans le« pensées, de noblesse dans les sentiments, de sagesse et de piété dans les maximes, qu'on ne saurait guère rien voir de plus accompli : c'est elle qui se chargea de remettre sans cesse devant les yeux de Jean-François les exemples de ses deux oncles; et dans ce dessein elle ne le perdit pas de vue.
Le neveu suivit toutes les impressions qu'il reçut de sa tante ; non-seulement on ne remarqua plus en lui celte espèce d'éloi-
Î;nement qu'il avait d'abord témoigné pour es livres, mais» au contraire, il montra un empressement et une avidité de Tes lire, qui dans la suite eut besoin de frein. Il se plaisait surtout à lire la vie i\es grands hommes; il dévora les premières difficultés des lettres humaines avec une facilité étour nante; il parut doué d'une mémoire heureuse, d'un jugement solide, de grands talents pour l'éloquence; et, ces dispositions se trouvant jointes è une application constante, il .fut aisé de juger qu'il excellerait un jour dans les belles lettres.
Dans cet espoir, on ju^ea plus convenable de l'envoyer à Rome achever ses études, que de le retenir plus longtemps à Urbin : son propre père le chargea de Ty conduira |1660], et résolut d'y fixer lui-même sa demeure, une merveille, à peu près semblable à celle qu'on raconte dans la vie de saint Ambroise, lit d'abord bienaugurerdu jeune Jean-François. La même nuii qu'il entra dans Rome, un essaim d'abeilles alla, pondant son sommeil, s'attacher à la fenêtre de sa chambre : l'événement parut singulier dans une grande ville.
Jean-François iilétait encore que dans sa onzième année : les sciences. s' enseignaient
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au Coll<^ge romain avec cet éclat qu'on j a toujours vu dopuis. Il fit de rapides progrès dans ses éludes. Dès Tâge de treize ans, il possédait assez parfaitement le grec, pour lier, en cette langue, un commerce de lettres avec le P. Poussinet, Jésuite célèbre dans toute TEurope par son érudition.
C'est Jean-François qui, à l'Age do 17 ans, déterra dans la bibliotbèauedu monastère de Grotta-Ferratn, près de Frascatî, celle partie du Ménologe fait par les ordres de l'empereur Basile Porph^rogénète, que les savants regrettaient depuis plus de sept cents ans, et qu'ils regardaient comme un monument de l'antiquilé totalement perdu : c'est lui qui, dans le même temps, traduisit en latin la célèbre homélie (|ue Sophrone, évoque de Jérusalem, écrivit en grec sur les apôtres saint Pierre et saint Paul , et qui, y joignant une dissertation sur les deux Sophrones, nous a appris auquel des deux doit être attribuée l'homélie. C'est lui encore qui, toujours vers le môme temps, rendit, rians une élégante latinité, le magniOque éloge que le diacre Procope a fait de saint Marc 1 fivangéliste ; et il le donna tel que nous le lisons aujourd'hui dans le Ur tome de Bollandus. au 25 avril.
11 est peu de passages remarquables dans les bons auteurs, qui, à la fin de sa rhétorique, ne lui fussent -devenus familiers ; la philosophie n'eut rien d'épineux pour lui. Son professeur dé tïiéologie, l'un des plus saints -ei des pjus habiles hommes de son temps, n'en parlait que comme d'un ange également estimable par la beauté de son génie, et par la pureté de ses mœurs. Dans l'un et l'autre droit il prit une connaissance exacte des lois civiles et canoniques; et quand le temps fut venu de rendre compte au public des progrès qu'il avait faits dans ses études, il le fit dans une thèse universelle avec un succès qui lui attira les plus grands éloges. Tous avouaient n'avoir jamais vu ni plus de dispositions pour les sciences, ni tant d'acquis pour un Age si peu avancé.
Après avoir été passer quelque temps dans sa patrie, à Urbin, il reçut à Rome des honneurs peu communs b ceux de son A^e. Le savant de Luca, depuis cardinal, scm« blait .n'avoir attendu son retour que ()0ur soumettre à sa critique les ouvrages qu'ilavait composés; et il ne les Ût en effet imprimer qu'après que Jean-François les eut |ugés dignes d'être mis au jour. L'évêque de Vaison, Suarcz, qui pour lors était à Rome comme l'âme des académies littéraires qu'on y avait si utilement établies, Qt quelque chose de plus : jl parla de Jean- François, dans une disseptalion publique, comme d'un génie qui, en grecei en/a/iM, excMait pour ta prose et pour Ut rert , et H n'hésita pas à annoncer aux Romains qu'ils allaient le voir s'élever d'unvoi ra^ pide jusqu^au faite de toutes les grandeurs humaines.
Des témoignages si honorables commcn« cèrent à attirer sur lui tous les regards. Frd|)|iée de tout le bien que la reoomuiée en
publiait, la reine do Suède, Christine, parut souhaiter qu'il fût du nombre de ses académiciens. Celte princesse qui, après son abdication volontaire s'était retirée h Rome, rassemblait chez elle régulièrement chaque semaine ce qui s'v trouvait d'esprits distingués de toutes les nations. C'était un composé de tout ce que l'Italie, la France, l'Espagne, l'Allemagne avaient do plus éminenl par le rang et la science dans cette capitale du monde chrétien. Les cardinaux et les prélats, les princes et les seigneurs romains, les ambassadeurs et les ministres étrangers se faisaient un honneur et un plaisir d'y assister; quelques-uns même s'en faisaient an devoir, et ils auraient cru perdre beaucoup que de manquer à une seule séance. Là on traitait de ce quo les langues, l'antiquité sacrée et profane ont de plus savant ; d^ ce que l'histoire a de plus remarquable, la Fable de plus curieux ; de ce que les poêles* et les prosateurs ont écrit de plus éloquent; de ce que Téioquence elle-même a de plus noble et de plus élevé. On y réglait les matières qui devaient être disculées ; on assignait à chacun le sujet de sa dissertation, et, aujourmar« que, chacun venait, selon son rang, soumettre au jugement do l'assemblée les productions de son esprit.
Dès les premiers discours que Jean-François y prononça» il fut arrêté au'à son égarl on dérogerait a l'ordre qu'on s était prescrit de produire chaque académicien à son tour, et de ne jamais faire revenir le même sur les rangs qu'après que tous les autres y auraient paru. Jean-François fut excepté de la lui. On résolut de l'entendre le plus souvent qu'il se pourrait. Bientôt après, ces sortes d'assemblées devinrent comme des spectacles publics par le grand nomLire qui y accourait pour l'entendre. Dans la suite, on ne se gêna plus sur les Spplaudissements qu'on lui donnati, et on riuterroin)>ait pour lui faire répéter les plus beaux endroits de ses ouvrages. C'est ce qui arriva un jour è l'occasion suivante, Jean-François avait déjà commencé son discours; il avait' même exposé la division de sou sujet, et il était oocupé à le traiter, lorsque se présenta poui entrer le cardinal d^Estrées. LadilHcullé fut d'abord de savoir où le placer; tout était plein dans le lieu de l'assemblée. Cependant le cardinal parvint à pénétrer jusqu'à la reine; et, dans cet inlervallede temps Toraleur s'arrêta ; mais dès que la tranquillité fut rétablie, au lieu de reprendre son discours au point où il l'avait interrompu, par respect pour le cardinal qui n'en avait pas entendu le plan qu'il en avait d'abord tracé, il fit une récapitulation exacte de ce qu'il avait déjà dit, mais en des termes si énergiques^ et en même temps si différents de ceux dont il s'était d'abord servi; il s'énonça avec tant de justesse et de précision ; il [uitui manier son sujet avec tant de supériorité; il glissa dans son analyse des traits si'obtigeanls, et néanmoins si bien placés pour le carciinal d'Eslrées, qu'il ne lui fut
DES CÂRIHNAUX.
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presque plus possible de poursuivre son discours, tant il fut applaudi. C'est h ce trait dé sa ?îe que Jean-François faisait allusion» lorsqu'il disait dans la suite n'avoir jamais bien éprouvé qu'une seule fois tout ce que peut sur l'acteur l'applaudisseraent du théâtre. .Pour lors on ignorait encore à quelle carrière il se destinait ; on le pressa souvent de s'expliquer* mais il répondit toujours qu'il lui fallait encore un an pour achever de se déterminer. Ce n*est pas que depuis longtemps il ne se sentit appelé à Tétât ecclésiastique, et qu'intérieurement il ne. fût tout disposé h s'y engager; mais il croyait ne p«)uvoir bien se décider qu'il n'eût atteint l'âge de 21 ans. L'année révolue [1670], et après les plus mûres réflexions, il parut enfin en habit d'abbé. D'abord on le pourvut d'un canonîcat dans la basilique de saint Laurent in Damaso; puis on lui assigna une pension viagère sur un des évécnés qui vinrent k vaquer ; et, à cette occasion, il donna une preuve de ce désintéressement qu'on admira en lui tout le reste de ses jours. Averti par nés amis que, pour la sûreté d^ sa pension, les règles du droit exigeaient de lui quelques précautions, et qu'il pourrait même y avoir du danger dans le retardement, de dessein prémédité il négligea si fort de recourir aux formalités requises que, quand on l'y força enfin, il s en fallut peu qu'il ne fût plus temps de les remplir. Ce seul trait acheva de persuader au cardinal Barl)erin, qui l'affectionnait beau* coup, que Jean-François était appelé de Dieu à tout ce que les dignités de l'Eglise ont de plus élevé; et dans cette persuasion, se trouvant aiorsau lit de la mort, il fit un testament authentique dans lequel il le choisis- Mit pour être l'appui et le soutien de ses propres parents.
Dans ce môme temps la maison Barberin avait encore un cardinal dans urt neveu de celui qui venait de mourir. Celui-ci hérita de l'estime et de la tendresse que son oncle avait toujours eues pour Jean-François. Il résolut de ne plus se conduire que par ses conseils. Dans cette vue, pourvu de l'évéché cze Subiaco, il le prit avec lui pour en faire la visite. L'état auquel ils le trouvèrent demandait qu'ils fissent des règlements pour remédier aux abus qui s'y étaient glissés. Il importait surtout qu'on prit de justes mesures pour les faire observer, quand ils seraient une fois doimés. Jean-François se chargea de tout. Il s'appliqua d'abord à découvrir la source du mal pour pouvoir ^ afH pNquer le remède. Il s'attacha ensuite a ménager les esprits, et à tirer d'eux-mêmes Taveu de leurs fautes pour les engager plus sûrement k les ré|)arer ; et comme rien n'échappait à sa pénétration, rien ne résista non plus aux charmes de sa douceur. Il eut la consolation de tout régler pour la décoration des églises, pour le service divin, MUT l'administration des sacrements, \to\ir l'édification des peuples ; il réussit môme si parfaitement dans ce premier coup d'essai, que de ce diocèse on le conduisit dans un
autre où il eut le même succès. Ce qu'il y eut de plus remarquable dans ses travaux apostoliques, ce furent les statuts synodaux quMI dressa sur \\ discipline et sur les mœurs. A son retour à Rome, on les trouva si beaux et si remplis de l'esprit de Dieu, qu'on les jugea dignes d'être connus dans tous les diocèses. On les fit en effet imprimer, et il n'était personne qui ne les regardât comme un prélude des magnifiques do* cuments qu'il nous a laissés.
Six à sept années s'étant écoulées depuis qu'il avait pris l'habit ecclésiastique* sans qu'il eût encore songé à entrer dans la prélature, ses parents et ses amis n'omirent rien pour lui en inspirer la pensée; mais son père seul put le déterminer è y donner quelque attention. Ce qu'on appelle la prélature romaine est un corps nombreux d'ecclésiastiques spécialement dévoués au Saint- Siège, et appliqués k lui consacrer tous leurs soins. Quoique ce corps soit, en grande partie, composé do tout ce que l'Italie a de plus distingué par la naissance, le défaut de noblesse n'est pas cependant un obstacle pour y. être admis, elle seul mérite a toujours suffi pour pouvoir y être agrégé; il n'est pas nécessaire non plus, pour y être reçu, qu'on ait déjk été promu k quelque ordre sacré ; on y peut passer tout le temps de sa yie dans la simple cléricature. Ce qu'on exige, comme an préalable nécessaire, c'est qu'avec une réputation sans tache, une probité reconnue, un esprit orné et des dispositions au maniement des affaires de l'Eglise, on ait au moins un certain revenu pour pouvoir se produire avec la décence convenable Les prélats portent tous l'habit long violet : mais, k moins qu'ils ne soient évêques, il n*est permis de porter le rochet qu'k ceux qui parmi eux remplissent les premières charges de la prélature. C'est de ce corps respectable que les Papes ont coutume de tirer ceux qu'ils emploient dans le gouvernement des villes appartenant au Saint-Siége« et ceux qu'ils envoient, en qualité de nonces, auprès des princes catholiques. Tous les autres, sans exception , sont employés dans Rome même, et ils sont répandus dans toutes les congrégations*
Aucune des qualités requises ne manquait k Jean*François pour monter k ce nouveau rang. Outre qu'il n'était pas moins distingué par son mérite que par sa naissance, il était assez opulent pour en soutenir la dignité. Mais, comme dans la prélature, le grand nombre s'élevait par degrés jusqu'au cardinalat, d'oCà quelques-uns parvienneùt enfin k la papauté ; la prélature est k Rome comme la porte qui donne entrée k toutes les dignités ecclésiastiques : pour cette raison, Jean- Fraoçois élâit persuadé que cette position, dans laquelle on voulait l'engager , demandait une vocation particulière. Plus en effet les charges sont grandes , surtout dans. l'Eglise, plus aussi elles deviennent pesantes devant Dieu. Cependant, comme on applique généralement tous les prélats aux fonctions t|ui sont i>ropresk leur état piu'on les exerce
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continuellement h en remplir les devoirs ; qu'on éprouve longtemps le caroctère de lenr esprit et de leurs mœurs; qu'on connaît bientôt la portée et la <liversité de leurs talents; qu'on les choisit avec soin pour les emplois auiquels on les d«?stine,et qu'on ne les. avance d'ordinaire qu'è proportion '"'âe leur mérite; Jean-François se laissa rassurer sur cette longue suite d'épreuves par lesquelles il lui faudrait nécessairement passer ; et dans une entière confiance qu'il suivait en cela les desseins de la Providence, il entra dans la prélalure.
Le Pape le mit aussitôt è l'œuvre. [16T7] ; et presque en un même jour il lui conféra deui emplois dont chacun semblait le de« mander tout entier. Il le fit d'abord référendaire de l'une et de l'autre signature, et ensuite consutteur de la congrégation consistoriale. En moins de six années il se trouva avoir rempli trois des plus beaux gouvernements qu'il y ait aui environs de Rome; celui de Rieti, celui de Civita-Vecchia et celui de Sabine. Diflicilemeot on pourrait comprendre le bien qu'il opéra dans ces trois différents postes, et la réputation d*intégrilé qu'il y acquit. Son zèle pour la religion allait toujours avant tout le reste, et il ne fallait pas qu'on manquât à l'honneur dû aux autels, ni à l'édification due au peuple. Après le culte de Dieu , il avait surtout h cœur les \o\s de la justice. Chez lui il n'était point d'heures marquées pour écouter les clients ; il les recevait en tout temps ; il leur donnait tout le loisir de bien exposer leurs plaintes ; il les approfondissait avec eux. 11 démêlait aussi leurs artifices, et, après avoir mûrement pesé toutes leurs raisons, il prononçait avec tant de douceur et d'équité, que tous se montraient contents de ses décidions. Aussi, dans ses jugements, il ne connaissait ni sollicitations, ni acception de personnes; il n'avait d'autre intérêt que l'intérêt public, et dans les mêmes postas où quelques autres s'enrichissaient» il trouva le moyen de s'appauvrir.
Rien n'était au-dessus de son amour pour les pauvres; il les aimait par prédilection : il se plaisait à converser avec eux, è s'informer de leurs besoins, à leur ménager des ressources et èle's soulager dans leurs misères : mais sa tendresse pour eux ne se connut jamais mieux que par la douleur qu'ils manifestèrent partout au temps de son départ. C'était un spectacle des plus louchants, quand il sortait de charge, que de voir les pauvres grossir son cortège et le conduire jusqu'aux limites de* leur province; les uns avec des sanglots et des larmes, les autres avec des protestations de respect et de reconnaissance; tous avec des regrets et des bénédictions. Tels furent notamment les adieux qu'il reçut chez les Sabios, avec des démonstrations si vives et si touchantes que, même sur le trône de saint Pierre* Jean-François témoigna plus d'une fois qu'il en serait volontiers descendu pour retourner à leur tête.
Touché de tout le bien qu'on en disait,
Innocent XI le rappela è Rome [1683], et dès lors il Teût placé 'dans une de ces premières charges qui touchent de près au cardinalat, s'il y en eût eu une de v/tcante. Pour y suppléer, le cardinal Charles Barberin, qui était archiprêtre de Saint-Pierre, et qui , en cette qualité, avait une juridiction très-éiendue« mit Jean-Francois a la tête de tout le clergé de celle basilique , et il lui soumit en même temps tout ce qui en dépendait au dehors. Charmé de cette disposition, le Pape dérogea à une loi qu'il avait faite, lui-même, et, en .faveur de Jean-François, il voulut r]ue celui-ci conservât son canonicat de Saint- Laurent in Damaso^ avec la nouvelle dignité 3ui venait de lui être conférée dans l'église e Saint-Pierre. Si l'emploi était honorable, il 'était aussi des plus pénibles. Mais Jean- François trouva toujours le temps de remplir tous ses devoirs avec exactitude, et encore de revenir à ces savantes académies 3ui se tenaient dans Rome. Le long du jour discufait tant de matières,. il jugeait tant de procès, tant de gens allaient à lui, ou
fiour le consulter, ou pour Tinstruire <ie eurs causes, que, pour tenir ses audiences, il fallut lui assigner une salle plus vaste encore que ne l'était celle où il avait coutume de présider, et le soir il se montrait aux savants avec la même liberté d'esprit que s'il n*avait rien fait dans la journée.
Depuis quoique temps la santé de son père était fort chancelante: persuadé que l'air natal pourrait la rétablir, Charles Albani alla i tJrbin, et Jean-François l'y suivit avec Horace, son fi ère ; mais ils eurent la douleur de le perdre dès qu'ils y furent arrivés. Il avait toujours tendrement aimé ses enfants: quoique sa femme fût murte h.
l'àgede vingt et un ans, il n'avait jamais voulu passer è de secondes noces; il s était surtout attaché è suivre Jean-François, pour se livrer tout eittier è le cultiver; il ne l'avait pas même perdu de vue dans les différents gouvernements qui lui avaient été confiés. Par son testament, il lui laisi^aii la plus grande partie de ses biens, et ils lui étaient dévolus par droit d'atnesse ; mais Jean-François déclara que, si, d*une part, il acquiesçait au testament dans toutes les parties favorables à son frère, de l'autre, il y dérogeait dans tous les avantages qui lui étaient faits à lui-même,
A peine arrivé è Rome, il lui fallut parler en public dans une occasion d'éclat, dont la reine de Suède avait le succès extrêmement à cœur. Jacques II, roi d'Angleterre, venait d'envoyer au Pape une solennelle ambassade [168<k.]. Touché du zèle de ce monarque alors l'appui et depuis la victime de. la religion, chacun s'empressa dan^Rome de lui donner des marques de sa vénération et do son respect dans la personne de son ambassadeur ; mais la reine Christine de Suède voulut l'emporter sur tous. Elle résolut donc de donner une fête au public, et de rx)uvu*ir
Ear un de ces exercices littéraires qui semlaient réunir chez elle le Parnasse. Jean- François eut beau s*excuser sur la doi>leur
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qirn ressentait de la mort de son père; il fut contraint de céder aux volontés de In reine, et chargé de la harangue. Il la fil avec tant d*art, dans une latinité si exquise; il la prononça avec tant de grâce, que dès qu*il eut tini« la reine dit tout haut : Nous venons deniendre Cicéron. On ne pouvait comprendre comment dans sa douleur il avait en, et assez de liberté d*esprit pour composer son discours , et assez de fermeté pour le prononcer.
Innocent XI lui conféra la charge de secrétaire des brefs que venait de laisser vacante par sa mort le cardinal Slusius. Dès que la reine de Suède en apprit la nouvelle, elle lui écrivit de sa propre main , pour lui exprimer que sa joie n'était pa$ tant de le voir revêtu d'une ii grande charge^ aue de voir cette même grande charge remplie par un ffi grand homme. Pour compenser ensuite la perte qu'il devait au désintéressement avec lequel il avait si généreusement renoncé aux avantages qui lui étaient faits par \«*. testament de son pèrp, le Pape le pourvut d*un canonicat dans Téglise de Saint -Pierre; et, comme il avait p\ac6 en lui toute son estime, il y mil aussi toute sa confiance.
Rome vit bientôt à qgel haut point Jean- François portait déjk son crédit : ce fut à Toccasion de quelques valets de pied de la reine de Suède, qui, la voyant en danger de mort, songèrent h se dérober au péril dont ils étaient eux mêmes menacés. Dans le grand nombre de domestiques qui composaient la maison de cette princesse, il s*en trouvait qui avaient commis autrefois des assassinats; la reine n'en avait aucune connaissance, mais les officiers du Pape en étaient informés; et, si par respect pour elle, ils n'avaient pas voulu pendant sa vie, les faire prendre sous ses livrées, il y avait lieo de présumer quo, n'ayant plus les mômes raisons après sa mon, ils n'auraient pas non plus les mômes ménagements. Les coupables le pressentaient; ils lui firent exposer le sujet de leur crainte, et demandèrent Qu'elle voulût bien intercéder pour obtenir leur grâce. La reine fut d'abord bien sui^irise d*apprendre que son palais abritait de pareilles gens; elle parut pendant quelques moments vouloir les abandonner à leur mauvaise destinée ; mais la |>ilié prenant le dessus dans son cœur, elle promit d'intervenir pour eux. Ladlfllculté était de savoir à qui recourir. Innocent XI était rigide, et il voulait que les criminels fussent traités selon la rigueur des lois : on connaissait sur cela son inflexibilité, et peu de gens auraient osé entreprendre de le fléchir. La reine, atteinte de la maladie dont elle mourut, ne IHiuvait agir par elle-môme: elle jeta les yeux sur le secrétaire des brefs ; mais on lui fit appréhender qu'une telle médiation ne fût point encore assez forte, et on lui con-^ seîlia de s'adresser au cardinal de Médicis, frère du grand-duc de Toscane. Après y avoir mûrement réfléchi, elle s'en tint à sou firemier projet , et elle chiîrgea Jean-François d'une interveritiou si délicate : sa coa-
fiance ne fut pas trompée. Le prélat agit avec tant de prudence; il porta cette affaire au Pape avec tant de circonspection ; il lui parla en termes si convenables au rang, au mérite, à la situation présente de la princesse, qu*il obtint sur-le-champ tout ce qu'elle désirait : par là il mérita qu'en mourant elle dit de lui que, comme illui avait été très-agréable pendant sa vie, il lai était d'une grande consolation à sa mort.
Le cardinal Ottobon! avait déjà dit que bientôt Jean-François honorerait la pourpre alitant que la pourpre en honore d autres; le présage était heureux. Ce cardinal fut fait Pape sous le nom d'Alexandre Vlll [1689] : dès le jour môme de son exaltation, il confirma Jean-François dans le haut poste oi!l il était placé : peu après il le fit cardinal, et In manière dont il s'y prit pour lui apprendre qu'il allait en effet lui donner le chapeau eut quelque chose d'aussi flatteur pour le secrétaire des brefs que le chapeau môme.
Il y avait dans le sacré collège douze chapeaux vaiuints, lorsque le Pape Alexandre Vlll 'résolut de les conférer tous dans une môme promotion. Trois jours avant de tenir son consistoire, il manda son secrétaire des brefs pour écrire le discours qu'il y voulait prononcer : dans ce môme discours devaient être compris les noms de ceux qu'il allait faire cardinaux. Après lui avoir imposé le plus profond secret, le Pape les lui dicta; mais quand, à la suite des dix premiers, il eut nommé le onzième, le Pape s*arrôta tout court, et, continuant à se promener dans sa chambre, feignant môme de chercher dans sa tôle le nom de celui qui devait ôtre la dernier, il parut trouver mauvais que le secrétaire eût arrêté sa plume, et qu'il ne l'écrivît pas. Continuez aouc, lui dit-il, écrivez le douzième. Mais son nom, repartit le secrétaire. Quoi donc, reprit le Pape« Est-ce que vous ne savez pas écrire votre nom? A ces mots, pénétré de la plus vive reconnaissance, mais en môme temps confus des honneurs que le Pontife lui décernait, Jean- François laissant tomber la plume, et tombant lui-môme h genoux, se prosterna à ses pieds, et les embrassant avec respect, il le conjura de faire choix de Quelque autre qui le mérilAt mieux que lui. Non, lui répondit le Pape : j'ai môme dans le choix que j'ai fait de vous une consolation que je n'ai pas à l'égard do presque tous les autres, ceit au après avoir plusieurs fois changé dans ma liste les noms de ceux que f avais d abord deisein de faire cardinaux^ il ne m*est jamais venu dans la pensée de changer le vôtre [ 1690 ].
Jamais le nouveau cardinal ne se montra plus digne de cette éminente position^ que lorsqu'il l'occupa. 11 se prescrivit d'abord de ne rien changer à sa vie ordinaire; on le fit toujours également réglé dans ses mœurs, assidu à la prière, adonna au travail , frugal sur sa table, accessible h tout le monde : il fut, comme il i'avait toujours été, propre, mais simple dans ses vèleineuls, dans ses meubles, dans sus équipages, attentif sur
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son domestique, modéré dan4 sa dépense^ eitrèmemenl rangé dans ses affaires.
Son premier soin fut d'aller yîsiter Tabbaye de Casamara, que le Pape venait de lui donner. Le temps en avait presque entièrement ruiné les édifices, et TAmasène, qui Tarrose, en ayait considérablement endommagé les domaines. Il commença par rétablir réglise dans son premier état; il l'embellit de riches ornements, lui (it présent de ? ases sacrés; il releva les murs du monastère; il opposa de nouvelles digues au débordement des eaux, et, après avoir pris une connaissance exacte des droits et des revenus qui lui appartenaient, il en appliqua une grande partie è Tentrelien des choses nécessaires pour le service divin et au soulagemeut des pauvres.
Rentré dans Rome, il trouva que le Pape l'avait déjk placé dans plusieurs congrégations, et qu'il Tattcndait avec impatience pour recourir à ses conseils : sa modestie eut beau lui suggérer des pr^'^texles pour se dérober à des travaux si honorables. Irmocent XII , qui succéda [1691] h Alexandre VIII, lui montra aussi la haute idée qu'il avait de ses talents; il le plaça dans son conseil d'Etat, en l'admettant dans la congrégation du Saint-Office, et, pour avoir toujours présent le secours de ses lumières, il le fit loger dans son propre palais. Innocent XII nt plus : h son avènement au souverain pontifical, il ne consulta que le seul cardinal Albani sur le choix de ses ministres, et ils demeurèrent trois jours entiers renfermés ensemble, occupés h pourvoir des meilleurs sujets toutes les charges auxquelles il 7 avait è nommer.
L'usage que fit de son autorité le cardinal Albani, fut de l'employer à remédier aux besoins des pauvres. Leur misère ne cessait pas d'exciter sa compassion; mais leur pauvreté avait è ses yeux quelque chose de plus triste et de plus touchant lorsqu'elle n'était pas née avec eux. De ce nombre sont ceux qui, élevés dans le sein de l'hérésie, se trouvent chassés de leur héritage au moment où ils viennent se soumettre à l'Eglise; ceux qui, déchus de leur fortune, rougissent, dans leur extrême détresse, de la noblesse même de leur origine; il ne pouvait, sans attendrissement, entendre le récit de leurs malheurs.
Rempli de ces grands sentiments qu'inspire la religion sur les disgrâces d'aulrui, il se constitua dans Rome comme le père commun de tous les pauvres. Il y prit sous sa protection l'hôpital des pèlerins et des convalescents; il se montra continuellement dans celui des incurables, et, par les secours abondants qu'il leur procura, il en devint bientôt le restaurateur : il suOisait qu*un nouveau converti se présentât k lui pour être assuré de sa subsistance. Tel était son zèle à cet égard que, par une commission expresse, le Pape le chargea de yeiller aux besoins de ceux qui avaient abjuré leurs erreurs, et sa tendresse pour eux était si connue, qu'elle amena une des plus écla-
tantes conversions. Léopold-Gustave , des comtes palatins du Rhin, se trouvant pour lors ï Rome, voulut connaître le cardinal Albani , et voir par lui-même jusqu'k quel point étaient fondés les éloges que lui en avaient faits des luthériens convertis : ce fut pour lui un coup de grâce et de salut. Le cardinal Albani lui ouvrit les yeux sur les
. erreurs de sa secte; il le convertit k la foi de l'Eglise, il reçut lui-même son abjuration publique, et cette conversion devint, dans la suite, d'autant plus utile à la foi orthodoxe que, quand ce prince entra en possession du duché de ueux- Ponts, il Tie Ty étendit pas mnins par l'assiduité de ses soins que par la force de ses exemples.
S'il aimait è donner, il n'aimait guère à recevoir : jamais homme, peut-être, ne fut plus éloigné du désir d'accumuler; jamais même il ne voulut faire un pas pour conserver ce qui lui apf>artenait, quand il se trouvait en danger de le penire. C'est ainsi que« lorsqu'il fut fait cardinal, il perdit 12,000 écus d'or placés sur sin tête è la chancellerie. Instruit de sa prochaine promotion, il lui aurait été facile ou de transporter cette somme à sa famille, ou de s'en assurer au moins le revenu h lui-même. Mais, désintéressé comme il l'était, il la laissa totalement éteindre. En vain le cardinal Charles Barberin lui offrit une abbaye; il eut beau lui dire que le Pape y consentait; aucune considération ne put déterminer Albani h l'accepter. Le cardinal Oltoboni • neveu d'Alexandre VIII, craignant que les créatures de son oncle n'eussent pas éié assi*/. bien pourvue^, voulut y suppléer; dans ce but, il leur offrit des pensions sur si^s revenus annuels; presque tous acceptèrent, le cardinal Albani rerusa.
Par testament un archevêque lui laissa, en mourant, tout son bien, et le constitua son héritier universel. C'était un de ceux qu'il avait ailles dans leurs besoins, et que la plus respectueuse reconnaissance avait accompagné jusqu'au tombeau. L'emploi que le cardinal fit de cet héritage fut de le partager en deux portions éçales; de consacrer l'une à de pieuses fondations pour le repos de l'âme du testateur, et de distribuer l'autre h tous ceux qui, en qualité de domestiques, l'avaient servi de son vivant; il ne s'en réserva que l'argent nécessaire pour faire graver une épitaphe qu'il composa lui-même en l'honneur du prélat, et dans laauelle il déclarait que c'était assez pour lui Je se trouver Vhéritier de son amour.
Les souverains eux-mêmes ne purent jamais l'engager è rien accepter de leur part : instruits, par leurs ambassadeurs, de son crédit auprès d'Innocent Xli, et de son
.attention è leur procurer les grâces qu'ils attendaient du Saint-Siège, la plupart auraient été bien aises de lui en témoigner leur satisfaction; du moins auraient-ils souhaité {mouvoir le faire dans la personne de son rère, ou dans celle de aueiqu'un de ses neveux. Mai} h cet égarJ le cardinal Albani fut toujours inflexible à toutes les instances.
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Il arail si bien pris ses mesures aufirès de ses pareols, oo*il n*y avail |>as danger qa*îls prisseDi d'autres" seotiinenls: Il u'élaît pas jusqiiVses doioesliques qui ne craignîsseol de lui -tfépfaîre,, s'ils yenaieulè recevoir le moindre présent de ceux qui pour leurs affaires ayaieol eu des rapports a?ec lui : mais il accompagnait ses refus de tant de protestations de reconnaissance et de bon vouloirt on le savait si vrai dans tous ses «liscoor$, que chacun restait convaincu qu*il n*en serait (fue plus porté à le servir. Presque tous les princes catholiques ressentirent les effets de ee zèle sage et prudent qui, sans l'attacher à aucune cour étrangère en particulier» Teicitaitk les servir toutes avec une égale affection.
La cour de Rome, comme il était juste» appela la première toute son attention.
Depuis longtemps, ceux des cardinaux qui étaient neveux des Papes» étaient dans Rome» sous le pontificat de leurs oncles» les maîtres absolus de toutes les grAces» e't ils y étaient frresque aussi despotiques que si le gouvernement eût résidé dans lei^rs personnes. Do là pottvaieni naître des abus» qu'il était désirable dâprévi^nir. Ce qui est certain» c'est que» dans les mini^tères^ousemblait n'avoir retenu que le seul nom de ministres ; et les fonctions s'y trouvaient réduites à si peu de cbosequ'è peine y avait-on conservé l'ombre du crédit.
Les hommes sensés croyaient donc qu'il était plus convenable d'abolir ce qu'on appelait le népotiime des Papes» que de le laisser subsister; plusieurs s'en expliquaient ouvertement et sans respect humain : mais ce que nul n*avait osé entreprendre depuis dos siècles» le cardinal Albani le termina avec succès; il obtint (l'Innocent XII tout ce qu'il lui proposa sur ce sujet; il dressa. luimême la bulle qui interdisait è jamais le népotiimi: le P&pe la publia» et» quand. le cardinal Albani lui eut succédé sur le trône de saint Pierre» il disait avec raison que c'était son prédécesseur qui avait porté la loi» et que c'était lui qui I exécutait. Depuis ce temps«là les cardina'ui neveux ont cessé d*avoîr cette 'autorité absolue qui avait paru souveraine dans leurs mains.
Rome fut bien le premier objet de l'attention du cardinal Albani ; mais elle ne fit pas le seul : presque toijs les Etats catholiques se ressentirent», pendant son cardinalat d^ oOets de son zèle» et la France en eut les prémices. Depuis plus de douze ans il ne s'expédiait plus» en cour de Rome» de bulles pour nos évèchés» et tout commerce était interrompu «entre les deux cours; le cardinal Albani entreprit de le faire revivre» il en concerta les moyens avec le cardinal de Janson» alors chargé des affaires de France auprès du Saint-Siège» et avec son habileté firdinaîre il aplanit tous les différends [1692]. Le roi et les évèques écrivirent au Pape» qui se déclara satisfait; l'expédition des bulles reprit son ancien cours» et la division cessa au moment où l'on s'y attendait le moins. *
L'Angleterre éprouva aussi qu'elle avait
h Rome un puissant appui dans le cardinal Albani : les Anglais catholiques» qui s'y étaient réfugiés» trouvèrent en lui les plus grands secours; il pourvut, avec la môme générosité, aux besoins des Ecossais et des Irlandais qui y étaient dénués de tout; il prit tant de peine pour les placer tous d'une manière convenable» que Jacques 11, leur roi légitime» le tit assurer plusieurs fois de sa reconnaissance.
L'Espagne lui doit, du moins en partie» d'avoir possédé un des plus religieux monarques qui Paient 'jamais gouvernée : Phi« lippe y. Le cardinal Albani ne fut pas» il est vrai» l'auteur du testament qui»par les droits du sang» appela ce prince sur le trdne» mais c'est d'après son conseil que le Pape l'ai)prouva. Six mois avant sa mort, Charles II» roi d'Espagne» consulta Innocent XII sur le choix de son successeur à la couronne [16991; dans sa. lettre» il l'informait que» d'une part, les Anglais voulaient démemorer la monarchie» et que» de l'autre» les grands de son royaume le pressaient de la laisser tout entière à un seul prince en état par luimôme de se maintenir sur le tr6ne;il lui confiait en môme temps que ce prince était le duc d'Anjou» un des trois petits-fils de Louis XIV» et il le conjurait de lui donner son avis. Innocent XII consulta secrètement» sur une affaire de cette importance» les quatre meilleures tôles de son conseil; c'étaient les cardinaux Albani» Spada, Pauciatici et Spinola : l'avis du premier entraîna tous les autres ; il lui naraissait également dur pour les Espagnols de voir diviser leur monarchie» et pour le roi d'aller contre le vœu de la nation.
Dessujets-déjà^igrispar un si douloureux
f Partage» et irrités par le mépris qu'on aurait ait de leurs- conseils» lui semblaient disposés à exciter des soulèvements» et h porter toijt aux dernières extrémités. |Dn plan formé par les Anglais lui était suspect» tandis qu'il ne trouvait que des avantages pour la religion dans le projet d'appeler ua prince orthodoxe sur le trône des rois catholiques. Son opinion fut donc» comme celle des trois autres^ que la conservation de la monarchie entière était» non-seulement pour les Espagnols», mais pour l'Eglise môme».préférable au partage que les Anglais en voulaiieot faire, et c'est dans ce sens que lèi Pape répondit au roi d'Espagne,
Ce n'est pas que le cardinal Albani ignor&t combien il est dangereux» en général» d'avoir à prononcer sur les différents intérêts des princes, ni môme combien» dans cette occasion particulière», il était épineux de donner un conseil qui ne pouvait être dxi goûl de l'empereur» lequel avait des vues et des droits sur l'Espagne; mais il se dirigeait d'après un principe d'honneur et de conscience, qu'il répétait souvent : C'est que son devoir était de bien faire^ et non pa$ de songer à ce qu^on en dirait, ou même à ce quon en penserait^ quand il aurait fait de son mieux.
Pur une vive crainte de nos saints mystô-
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DICTIONNAIUE
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TPS el par les plus bas scnlimenls de luînii^me, il n'avait encore pu se délerrainer è prendre la prôlrise; il savait arec quelle préparation de cœur un prôlre doit monter à rautel» el, dans la multitude de ses occupations, il ayait toujours craint de n'avoir pas le temps de s'y bion préparer; Dieu vainquit cette résistance de rbumilité du cardinal. Celui-ci, qui n'élaîl encore que diacre, se rendit aux sollicitations de la grâce; il fixa un jour auquel il serait ordonné prêtre; et, voyant approcher le temps de son ordination, il se retira chez les prêtres de la Mission,
!>our ne s'occuper que de Dieu ; sa retraite ùt longue; il reçut la prêtrise aux Quatre- Temps de septembre; et la mort même d'Innocent XII, qui arriva 8 à 10 jours après, no le tira paS de sa solituJe ; il n'en sortit que le jour de saint Bruno pour aller dire sa première Messe dans l'église des Chartreux ; et, dès le mois suivnnt. Dieu lui donna toute la plénitude du même sacerdoce qu'il venait de recevoir.
De Tautel, oh il venait pour la première fois de célébrer nos saints mystères, il alla se renfermer dans le conclave. Il y Irouva les cardinaux occupés à discuter une affaire qui n'eut pas de suites fâcheuses, grâce è la sagesse de ses conseils. Le prince Vaïnî élail ou'vertement attaché è la France, et le roi lui avait envoyé le cordon bleu sans autre caractère; cependant il s'élail prétendu en droit de poster des gardes è la porte de son palais, et d'empêcher que les troupes, chargées de la garde de la ville, en approchassent >eiour ou la nuit. Ce fait parut au Sacré Collège un attentat dans un simple [particulier; il ordonna aux troupes de faire leur ronde sans égard pour le palais du prince Vaïni, de conduire en prison ceux ue ses prétendus gardes ou de ses domestiques qui feraient résistance, et de le saisir lui-même, s'il s'opposait à Texéculion de leurs ordres. Le démêlé alla ptus loin qu'on ne l'avait prévu. Le prince Vaïni avait prescrit à ses gens de repousser la force par la force : et dès que se présenta la garde pontificale, ils tâchèrent de l'écarter : mais , accablés par le nombre, ils se retranchèrent dans fe palais du prince; ils firent feu de toutes les fenêtres, et il y eut de» victimes de part et d'autre : cependant la grande porte fut forcée; on prit quelques dcAiesiiques du prince, qui dit au commandant qu'il allait parler aux cardinaux assemblés en conclave, pour se conduire ensuite selon la réponse qu'il en aurait reçue; mais„au lieu de se rendre au conclave, il alla se cacher dans le lieu le plus retiré de son palais, et envoya secrètement avertir le prince de Monaco de tout ce qui se* passait.
Grimaldl, prince de Monaco, était à Rome e*i qualité d'ambassadeur de Louis XIV.
Informé du désordre, il monta précipitamment dans son carrosse, et, sans autre réflexion, il se rendit en hâte au palais Vaïni : le tumulte et les coups de feu continuaient lorsqu'il y arriva. Pendant la mêlée et les ténèbres de la nuit on ne le reconnut pas ;
peu même s'en fallut qu'il ne fût tué. Outré de dépit, il demanda au Sacré Collège une réparation éclatante. Mais les cardinaux se bornant h déplorer son sort, et è blâmer son imprudence , il prit le parti de sortir de Rome, et il se retira à San-<}uiHeo, dans les Etats du grand-duc de Toscane. Sa retraite ne laissa pas que d'inquiéter le Sacré Collège. Les cardinaux craignirent que le roi, mal informé, ne se tint offensé dans la personne de son ambassadeur, que le conclave n'en devint que plus orageux. Les sages conseils du cardinal Albani furent d'un grand secours pour rétablir le calme. Choisi avec quelc^ues autres afin d'imaginer quelque expédient qui pût assoupir cette alTaire, il fut d'avis d'écrire au roi, de lui exposer le fait tel qu'il venait de se passer; de mander è Sa Hineslé combien tout le Sacré Collège était aOligé de l'accident, d'implorer sa protection pour tout le conclave et de s'en remettre a son équité : ce plan fut suivi. La lettre, minutée par le cardinal Albani, fut écrite au nom de tous les cardinaux, signée par les trois chefs d'ordre du Sacré Collège, et envoyée au roi par un exprès. Louis XIV, satisfait, enjoignit à son ambassadeur de rentrer dans Rome, où il mourut peu de jours après la création d'un nouveau Pape.
Cependant on apprit h Rome que Charles II venait de mourir à Madrid [1700]; que, par son testament, il avait appelé le duc d'Anjou à la succession d*Ëspa^ne, et que le nouveau monarque se disposait à partir de Paris pour aller prendre possession de ses Etats. A celte nouvelle il fut aisé de prévoir, vu les prétentions de l'empereur, tant sur l'Espagne que sur les Deux-Siciles, que l'Eurone entière alhiit être déchirée par de nou^ velles dissensions, et qu'une partie du poidi de la guerre tomberait sur l'Italie. L'événement fit voir combien était fondée cette crainte du Sacré Collège: dans leur vive appréhension, les cardinaux, en conclave, ne* songèrent |)his qu'à placer sur le trAne de saint Pierre un prince dont l'âge et les forces corporelles, jointes à un grand courage, pussent soutenir les fatigues dont se trouvait menacé le Pontife qu'ils allaieoC élever. Parmi les plus âgés, il y en eut peu qui, dans ces circonstances, se crussent en état de supporter un si pesant fardeau ; tous convinrent unanimement qti'il n'j^ avait pas de temps à perdre pour se déterminer : les sentiments furent bientôt réunis sur un même sujet; tous les regards étaient déjà fixés sur le cardinal Albani, et, en moins de quatre heures, il fut résolu qu'on lui déférerait le souverain pontificaL
Au premier avis qu'il en eut, il fit bien voir que sa modestie et son humilité ne lui avaient jamais permis de s*y attendre. Le trouble s'empara de ses sens, et, dans la confusion de ses pensées, il fut d'abord quelques moments sans pouvoirarlicuJer un mot; puis, revenu à lui, il dit avec émotion : « Qu'il.^e reconnaissait trop indigne du trône apostolique, nour souffrir jamais qu*on l'y élevât;, que le Sacré Collège ne manquait
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pas (lesnjets propres è le remplir incompArj^blement mieux quo lui* el que si ses col* lègues foulaient faire leur deTOÎr, comme il confenaît ^Jans une action si sainte, ils se hAteraient de faire un meilleur choix. »
On ne fut pas surpris de ces sentiments : on se flatta néanmoins qu'après les premiers moments de trouble» il acquiescerait è ce que Dieu semblait si visiblement exiger de lai. Mais on fut bien étonné» lorsqu*au lieu de ?oir cette première émotion se calmer, on apprit que, plus il se livrait à ses réflexions, plus sa douleur devenait amère; que la fièvre Tavail saisi, avec de violents vomissemenis; qu'on était obligé de lui (aire garder le lit, et qu'il ne paraissait capable d'aucune consolation. A cette nouvelle, tout s'agita dans Rome pour obtenir de lui son consentement ; amis, parents, grands et petits, riches et pauvres, tous accoururent, partie aux portes du conelave, et partie dans les églises, pour drmander è Dieu et aux hommes de le fléchir. 11 7 avait alors cinquantehuit cardinaux dans le conclave, qui tour à tour se rendaient dans sa cellule, pour s'efforcer de vaincre sa résistance ; mais il se montrait ingénieux pour tâcberde lesattirer eux-mêmes k son sentiment.
Pour dernier etfort, le cardinal le Camus ae proposa de le convaincre qu'il ne pouvait leur résister plus longtemps, sans résister h Dieu même. Portant donc dans ses mains le Pastoral dt) saint Grégoire, il alla se présenter è sa cellule ; mais le cardinal All>ani, déjh fatigué de lant d'instances, et accablé de tant de retours amers sur luimême, se trouvait trop épuisé de forces, pour pouvoir suffire à tant d'attaques: ainsi le cardinal le Camus ne put être admis à loi parler.
Mais l'abhé de Tencin, depuis cardinal et ministre d'Etat, alors conclaviste du cardinal le Camus, entreprit d'exécuter le même projet; il épia le moment favorable : la cardinal Albani le reçut ; il ne put d'abord, tout malade et affligé qu'il était, s'empêcher de sourire lorsqu'il le vit entrer, muni d'un livre, pour le prêcher k son tour. Cel>eiidaot, frappé de voirque, jeunes et vieux, tous s'empressaient ainsi k le fléchir, il écouta paisiblement l'endroit du Pastoral, où saint Grégoire enseigne que, lorsque par humilité 00 refuse le comble des honneurs, on cesserait d'être humble si l'on n'obéissait k la voix de Dieu, manifestée par l'unanimité des sufl'rases: mais se rejetant tou- {ours sur le peu d%$stimequ'il faisait de luimême, il répondit : « Ce serait bon, si j*avais les qualités requises. »
Désolé de ne pouvoir, par la«voie de la persuasion, réussir k dissuader les cardinaux, il entreprit de les intimider par la crainte des jugements de Dieu. 11 leur envoya dire, « Qu'il les citait tous k son redoutable tribunal ; que, s'ils ne se désistaient de leurs poursuites, ils lui répondraient un jour deB fautes que son insuflisance lui aurait fait commettre dans un si haut (K)ste, et qu'ils seraient comptables k l'Eglise même
des suites déplorables que ces fautes pour* raient avoir. »
Tout étant inutile, il passa dans les pleurs deux jours et deux nuits; enOn, prenant une dernière résolution, il choisit quatre des plus habiles et des plus vertu^;ux docteurs qu'il connût k Rome; c'étaient le P. Massoulié, Dominicain : le P. Alfaro, Jésuiîe; le P. de Varèse, Obscrvanlin ; et le P. Thomassi.Théatin, depuis cardinal : il leurenvova demander si, en sûreté de conscience, il pouvait accepter la tiare» malgré son indigmté, et si, par cette raison aussi do son indif^nité, il ne pouvait pas, en sûreté de conscience, la refuser. Celte double question fut sérieusement agitée ; les quatre docteurs lui en donnèrent l'assurance; mais ils étaient si convaincus qu'un meilleur choix n'avait pu être fait, et leur avis fut si unanime k cet égard, qu'ils lui firent appréhender k son tour les jugements de Dieu, s'il se refusait plus longtemps k ce qu'on exigeait de lui.
Forcé de se rendre, el, sa fièvre ayant cessé, il admit, selon l'usage, tous les cardinaux à venir lui baiser la main dans sa cellule. Cet acte do bienséance devint pour eux tous une cérémonie des plus toucliantes : il ne lui fut pas possible de retenir ses larmes, tout le temps qu'elle dura. 11 leur parla ensuite avec tant de modestie et d'humilité de lui-même, des égards qu'il leur devait et qu'il aurait toujours pour eux, du secours abondant qu'il espérait trouver dans leurs lumières, et du besoin pressant qu'il en avait, qu'ils sortirent tous, attendris jusqu'aux larmes, pénétrés pour lui de respect et remrilis d'admiration.
C'était le quatrième jour après leur résolut'on prise de lui donne^ tous leurs suffrages. 1 s le conduisirent alors k la chapelle Sixline, où se devait faire l'élection : après le scrutin, on trouva qu'il ne lui manquait que sa voii : il y eut même ceci de singulier, c'est qu(% quoique celui qui doit être élu ait coutume, par un usage immémorial, de donner sa voix au do^n du Sacré Collège, le cardinal Ai* bani l'avait donnée au cardinal Panciatici ; el, quand le cardinal de Bouillon, qui se trouvait doj^en, en eut témoigné quelque surprise, le nouveau Pape répondit simplement que sa conscience était en lui au-dessus de tous les usages.
Le scrutin terminé, le même cardinal do Bouillon lui ayant demandé tout haut, en qualité de doyen du Sacré Collège, s'il acceptait le souverain pontificat, selon les règles prescrites par les anciens canons, l'élu demanda qu'avant de répondre, il lui fût donné du temps pour consulter Dieu de nouveau dans la prière. Il se leva de son siège, il alla se prosterner au pied de l'autel, et il y demeura quplques moments comme absorbé en Dieu. Sa prière finie, il alla reprendre sa place, et fit aux cardinaux un discours latin, où il déclara qu'il subis« sait avec |>eine le joug qu'on venait de lui imposer, et où il acheva, |>ar son humilité uiêm<i,dc mériter leurs apulaudissoments
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DICTM>NNAmB
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yiirPheureui choii qu'ils fenaîenl défaire. Il était alors dans sa 52* année ; il prit le nom de Clément XI, et il fut proclamé Pape h la manière accoutumée.
La joie qu*on eut à Rome de son eialtation répondit à Tempressement avec leanel on Tavait désirée. Il fut porté dans Téglise df Saint-Pierre au milieu des acclamations, liais tous les hommages publics ne pouvaient soulager sa douleur; au contraire» on vit ses premières frayeurs se renouveler, dès qu'il eut Rome à ses pieds. Alors il paru t'sentir le poids du faraean dont on venait de le charger» et ne s*en expliquant plus que par ses pleurs» il retraçait en sa personne le magnifique portrait de saint Grégoire le Grand qui» dans une semblable occasion»
avait fait admirer en lui les mêmes sentiments. Clément XI demeura encore les trois jours siîivants livré à sa douleur» incapable de toute action; il ne voulut pas même voir ses parents : ce n'est que le quatrième jour après sa création qu'il les admit en sa présence.
Horace» son frère» avait pour épouse Marie-Bernardine Honded^î» 1 une des femmes de son srècle qui eussent le plus de goût pour la retraite et le plus d'élôignement pour les grandeurs du monde. De leur mariage ils avaient trois garçons et une fille. Le Pape leur dit» « Qu'en sa personne ils venaient de perdre un parent» pour n'avoir plus en lui» comme le reste des fidèles» qu'un Père commun. » Il leur défendit de se mêler, en aucune manière» des affaires publiques» de recevoir aucun présent» de quelque part
3u*il pût Tenir; d'intercéder Jamais auprès e lui pour l'avancement de qui que ce fût; d'aspirer eux-mêmes è aucune charge; de prendre le titre de princes» accordé précédemment aux familles des Papes» d*en exiger ni même d'en recevoir les honneurs» et de franchir les bornes que leur prescrivait l'état de simples particuliers. La loi imposée s'exécuta avec rigueur» et elle ne contribua pas l>eu h confirmer l'Europe dans la vénération dont on était déjà rempli pour celui qui l'avait portée.
Dès que la nouvelle de son exaltation au souverain pontificat se (ut répandue» on en conçut partout les plus grandes espérances. Le marehal de Villars, alors ambassadeur de France h la cour de Vienne» écrivait dans ses Uémoire$ : « Le k d<^cembre on apprit par un. courrier du cardinal Lamberg l'élévation du cardinal Albani à la papauté : depuis longtemps on n'avait fait de Pape si jeune.... Mais, dans ce temps de guerre» il fallait un Pontife d'un mérite décidé» etd*un génie è pouvoir se concilier la confiance des I rinces de TEurope : on trouvait toutes ces choses au cardinal Albani. »
Clément XI mit tout on œuvre pour attirer sur son pontificat toutes les bénédictions que Dieu y répandit. 11 se confessait régulièrement tous les jours» et tous les jours aussi il disait la Messe; son temps étaitdistribué de manière à ne laisser aucun vide dans la journée : il dormait» il mangeait pou.
Si quelquefois il interrom^mit ses pénibles occupations» c'était ou pour reprendre la lecture d'un saint livre» ou pour retourner è la prière» et pour obtenir de Dieu le succès de ses travaux ; s'il avait besoin de prendre l'air» toute sa promenade se bornait à aller dans quelque église de Rome» et on remarquait en lui une attention singulière à chercher Dieu jusque dans ses délassements.
Le 30 novembre» peu de jours après son exaltation» il se fit sacrer évêque dans l'église de Saint-Pierre» par le cardinal de Bouillon» et le jour de l'Immaculée Conception de la Vierge» il fut couronné dans la même basilique. On était alors sur la fin de Vannée sainte. Le Jubilé universel avait attiré è Rome» selon la coutume» une grande quantité d'étrangers; le conclave y en avait aussi attiré plusieurs et presque tous y étaient demeurés pour voir l'élection d'un nouveau Pape. Par là les hôpitaux se trouvaient remplis de pèlerins ou de malades. Pourgagner lui-même le Jubilé» le Pape les visita tous; il secourut les pauvres; il consola les malades; il écouta leurs confessions: il leur administra les sacrements; il rassembla en un même jour et en un même lieu tous les pèlerins» et» après leur avoir fait distribuer quatre mille écus d'or»il leur lava les pieds» il les essuya» il les baisa» il les fit asseoir devant lui auprès de plusieurs tables ; et» pendant le repas» il les servit de ses propres mains avec une joie» une bonté qui tiraient les larmes des yeux de tous les spectateurs. Il ferma ensuite la porte sainte» et il alla» comme évêque de Rome» prendre possession de son église de Saint-Jean de Latran. Cette cérémonie se fait d'ordinaire avec une grande pompe, et, par cette raison, elle n*étaituasdeson goût ^ mais» pour avoir voulu la faire avec plus de simplicité, il contribua lui-même à la rendre plus éclatante. L'ancien usage étaiLque ce jour-lft les Papes se produisaient montés sur une mule blanche» et que toute leur cour les suivait è cheval : soit que leur grand Ige» ou leurs infirmités ne leur eussent plus permis l'usage du cheval» depuis longtemps ils allaient, dans leurs équipages, se mettre eu possession de leur église. Pour faire revivre l'ancienne coutume» Clément XI parut monté sur une mule blanche ; et» comme il était de haute taille» bien fait» d'une figure agréable» et IrèS'bien è cheval» il fut accueilli par des acclamations qui» s'il eût été sensible à la gloire» ne lui auraient laissé rien à désirer en ce monde [1701].
Dès ce jour», le Pape ne songea plus q\x'h mettre la main è Tœuvre pour répondre aux vues que Dieu avait eues sur lui. Comme il avait un esprit d'ordre» il y procéda avec méthode ; en qualité de Pape» il se considén comme évêque particulier de TE^lise do Rome» comme souverain de TEtat ecclésiastique et comme pasteur universel de tous les fidèles. La qualité d'évêque de Rome nVsl pas seulement une prérogative inséparable do la tiare» elle est encore un fardeau
DES CARDIN AtK.
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ponr celui ooi en esir pour? u. c:iénienl XI s'Attacha d*ab^rd à bien connaître son clei^é; il fil une Tî^ife de toutes les églises: rien n'échappait h ses n'cherches; il alla fouiller jusque dans les statuts des chapitres pour saroîr sHIs étaient régulièrement observés ; il voulut voir si la règle et la clôture ne souffraient po*nl d'atteinte dans les monastères et les communautés; Il se fit apporter les registres de toutes les sacristies pour examiner par lui-même si les fondations' et les Messes y étaient eiactement acquittées. Etonné deroir dans Rome quelques évêques titulaires qui y menaient une vie désœuvrée, ou qui» sous prétexte de leurs afi'aires, y faisaient un trop long séjour, il leur enjoignit d*avoir h en sortir dans le terme de douze jours, de retourner dans leurs Eglises» de ne plus quitter leurs sièges sans une indispensable nécessité, et il étendit le même ordre h tous ceux des ecclésiastiques qui, à. titre de liénéfice ou de quelque supériorité locale, étaient obligés de faire ailleurs leur résidence. Pour leur apprendre comment ils devaient s'acquitter de leurs devoirs, il commença \mr leur en donner Texemnle; il déclara qu*il prétendait qu'on vécût dans son palais comme dans une maison religieuse, et il y. tint la main; il assista constamment aux prières publiques qui étaient onlonnées dans Rome, et aux prédications qui se faisaient dans son palais aux princi-
Sales fêtes de l'année ; il prêchait ces célèbres omélies que nous avons de lui et qu'on a comparées k celles de saint Grégoire et de saint Léon. Dans la semaine sainte. Il passait une partie de la journée dans Téglisede Saint-Pierre è distribuer la communion aux fidèles et k écouter leurs confessions. Par là il mérita que les hérétiques convertissent en éloges leurs anciennes invectives contre les Papes, et que, du fond de rAllemagnc, un ministre luthérien s'écriât que l'Eglise de Rome avait un chef digne du plus long règne par son application infatigable h la réiorroation des mœurs et an salut des Ames.
Il ne s'acquit pas moins de gloire h gouverner son Etat : convaincu que les plus grands maux ne parviennent pas toujours à la connaissance du prince, et que les avenues dutrdne sont souvent fermées aux plus Justes plaintes, il voulut en faciliter l'accès 1 tous ses sujets. Il fixa donc, chaque mois, un jour où il donnerait audience publique indifféremment è quiconque se présenterait. A Fexception d'un très -petit nombre de gardes qui y étaient, moins par distinction pour le souverain que pour contenir la foule, le reste était un assemblage de personnes de toutes conditions. Les plus pauvres y étaient admis sans difficulté, et ils étaient écoutés avec une patience incroyable. Afin'de leur inspirer la plus entière confiance. Clément Xi ne se montrait jamais plus content ni plus populaire que ces ]ours-lè. Loin de paraître ennuyé ou fatigué de la longueur de la séance, il la poussait quelquefois si avant dans la journée,, que, l'heure de son repas s'étant écoulée depuis
longtemps, il se contentait jusqu'au lendr. main de la plus cliétive nourriture. Par m moyen il apprenait comment la police s'observait dans ses Etats et comment se rendait la justice sur les tribunaux; par \h aussi il lui fut plus facile de remédier aux abus.
Tout ce qui se trouva contraire h l'ordre public fut retranché ou réformé : il élçit entré de la négligence dans la manière dont se conduisaient ceux qu'on avait chargés de l'achat et du traus^Mirt des blés, le Pape les chassa de leurs emplois; quelques personnes en place avait faibli dans l'exercice de leurs charges, il les destitua ;des crimineiss'élaient procuré divors>siles où iis se croyaient à l'abri de la sévérité des lois, il sut l 'S atteindre avec une fermeté qui n'admit aucune excep* tion. Comme il s'était aperçu que les divertissements du carnaval occasionnaient une infinité de querelles, il les suspendit jusqu'à ce qu'il eût. trouvé les moyens d'y apporter plus de règle ; l'argent qui y était affecté pour prix de la course fut consacré è des prix pour ceux des jeunes élèves qui se distingueraient le plus dans l'étude des beauxarts. Il en forma une Académie qu'il affermit depuis sur des revenus solides. Enfin pour donner de l'émulation aux hibiles mattres que produit l'Italie, il créa chevalier romain Charles Maratti, qui excellait parmi les peintres de son temps.
Après avoir ainsi réglé toutes choses au dedans de ses Etats, il tacha de pacifier tout au dehors. Le midi de l'Europe était devenu l'objet d'une guerre qui menaçai! de Tembraser tout eutière. Quand les Anglais avaient formé le traité de partage, en vertu duquel on devait, è la mort du roi d'Espagne Charles II, démembrer la monarchie espagnole, ils avaient dessein d'affaiblir ainsi cette puissance pour se rendre plus facilement les maîtres du commerce des deux mers. Par ce projet ils prétendaient enlever aux rois d'Espagne tout ce qui était de leur dépendance en Italie, et leur ôter tout espoir de recouvrer jamais les Pays- Bas catholiques.
Les Espagnols en avaient senti toutes les conséquences, et le cardinal Portocarrero avait réuni la plupart des grands, des ministres et des conseillers d*Etat pour empêcher la division de la monarchie. Tous s'étaient offerts è donner les appointements de leurs charges et à taxer eux-mêmes leurs propres biens dans un but si patriotique. Tous les conseillers d'Etat è Madrid, hors un seul, avaient été d'avis de demander h Louis XIV un do ses petits-fils pour successeur du roi d'Espagne. La démarche avait était faite : Charies II l'avait ainsi réglé par son testament, et le duc d'Anjou était déjà à Madrid assis sur son trône. Les Anglais en avaient congu trop de dépit pour n'en pas montrer leur ressentiment, et l'empereur Léopold s'y trouvait trop intéressé pour ne pas les engager dans la guerre qu'il cherchait à allumer de tous côtés : c'est cette guerre que Clément XI voulut prévenir.
Il s*adressa à l'empereur, qui se croyait