‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 5 sur 350 · IJ · texte numérisé non relu

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le plus lésé par Vavéïicmenl du ducd*Anjoii à U couronne d'EsjWKne; et si, d'une part, il Ujî fil parler en prince qui sentait parfaitement la peine que la maison d*Aulriche aurait à rien rabattre de ses prétentions et de aes droits; de Tautre, il agit en père commun qui aurait voulu qu'on suivit au moins les lois de la médiation: il lui représenta donc les suites d'une résolution qui pouvait embraser toute l'Europe, et le conjura devant Dieu d'examiner s'il n'était pas plus convenable à un empereur chrétien de recourir è des arbitres que d'employer des voies de fait si Funestes h l'humanité. .

Lorsque Charles II avait consulté Innrn crnt XII sur son testament. Clément XI, alors cardinal, avait opiné c^u'il fallait l'afiprouver; l'empereur ne l'ignorait pas, il croyait même plus, il était persuadé, non pas seulement que le testament deCharles II avait été approuvé à Rome, mais encore qu'il y avait été minuté, et qu'il était Pouvragedu cardinal Albani ; quelques preuves qu'on lui eût données du contraire, il ne revint jamais bien de cette prévention. Néanmoins l'empereur reconnaissait en lui tant de droiture que, même sur ce point délicat, il n'hésita pas un moment h remettre tous ses intérêts dans ses mains : il lui fit écrire par le nonce de Vienne et il lui fit dire )'ar son ambassadeur è Rome que très-volontiers il le prendrait lui-môme pour arbitre de tous les différends qu'il avait è démêler avec le roi d'Espagne; que, pour gage de sa parole, il retiendrait en Allemagne celles de ses troupes qui étaient prêtes à entrer en Italie, pourvu que, pendant la négociation, les troupes de France et d'Espagne demeurassent dans la même inaction ;et, quoiqu'il y apposât quelques autres conditions qu'on aurait eu de la peine à lui accorder, il est vrai de dire cependant que si les Espagnols avaient cru pouvoir consentir avec nonneur qu'on agitât seulement la question du démembrement dé leur monarchie par le seu I crédit de Clément XI, la discorde eût été étouffée dans son berceau.

Mais si la considération qu'on avait pour lui parut tout entière dans la conduite que l'emperea^ venait do tenir è son égard, sa gloire ne reçut pas moins d'éclat dans la conduite qu il tint lui-même enveis le roi d'Espagne. Le jeune monarc|ue n'omit rien pour l'attirer dans son parti ; il souhaitait que lePapese déclarât en sa faveur; qu'il lui accordât l'investiture desDeux-Siciles ; c|u'il lui laissât la nomination aui évêchés qui en dépendaient; qu'il le reconnût Roi Catholique 1>lus encore par le droit de succession que par a possession où il était de TEspagnCf et que, quand de Naples il irait à Rome, le Pape lui en déférât tous les honneurs. Pour l'y engager, le roi d'Espagne lui offrit de détacher du royaume de Naples une province entière et de l'ajouter aux domaines du Saint- Sié^e; d*abolir le tribunal de la monarchie et de lui laisser la décision de toutes les contestations qui y étaient élevées, tant sur la juridiction et les causes mixtes que sur

les droits des églises et des ecclésiastiques. Philippe V promettait de plus d'accorder h la famille du Pontife les principaux gouvernements dans les Deux-Siciles, la grandesse d Espagne, le collier de la Toison-d'Or, etc. Clément XI voulait la paix de l'Europe, c'est en cela seul qu'il faisait consister ses plus chers intérêts; il répondit constamment qu'un Pape ne doit jamais incliner pour un parti plus que pour un autre; qu*il était du devoir du père commun des fidèles de les regarder tous du même œil» d'assoupir leurs querelles s'il le pouvait; et, pour donner des preuves de cette neutralité qu'il était résolu d'observer, il fit des démarches qui lui méritèrent la confiance de tous. C'est un hommage dû au Saint-Siège par les rois des Deux-Siciles, que de farre présenter au Pape une haquenée. Philippe Vet son compétiteur, l'archiduc, s'y préparaient également chacun de son côté; il s'agissait de savoir auquel des deux le Pape donnerait la préférence : mais, pour éviter de se déclarer en faveur de l'un au préjudice de l'autre, et pour ne pas laisser non plus prescrire son propre droit, il fit publier une proclamation en vertu de laquelle, sans renoncer h ce tribut d'honneur et sans porter atteinte au droit qu'il avait de l'exiger, il en suspendait la cérémonie et la renvoyait à tel autre temps qu'il lui plairait de déterminer. Ferdinand, duc de Mantoue,lui ayant demandé des troupes pourl'aidoràse maintenir neutre au milieu des incursions que les deux par-

3ue son oessein etaiioe s opposer uc et de se joindre à Philippe Y, il les lui refusa. Ayant su également que dans le royaume de Naples on travaillait 5 ourdir des complots contre Philippe V et qu'on cherchait è y engager dos seigneurs de sa cour, il défendit, sous les plus rigoureuses peines, à tous ses sujets de sortir des limites de ses Etats et d'envoyer des armes au dehors sous quelque prétexte que cefCt. Ce qui résulte d'une conduite si sage, c'est

Sue les deux antagonistes lui promirent gaiement de ne pas souffrir que leurs troupes violassent le territoire du Saint-Siège.

Les ordres de l'empereur furent néanmoins très-mal exécutés: comme ses troupes étaient répandues dans toute la Lombardie, qu'il s*y trouvait un grand nombre de soldats luthériens^ et que beaucoup de vagabonds tant des Etats pontificaux que de l'Etat vénitien s'étaient joints à ces hérétiques, ils faisaient de fréquentes incursions dans le Ferrarais, où ils causaient de grands dommages. Mais, quand le Pape vit que, malgré les défensds réitérées de l'empereuri ils continuaient h exercer leurs brigandages et qu'à peine sortis de ses Etats ils y rentraient pour commettre de nouveaux méfaits, il leva un corps de troupe dont il donna le commandement au comte Paulucci, et par ce moyen il mit fiii à leurs hostilités.

Pour une cause futile, des difiieullés étaient survenues entre la cour de Rome et

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celle de Tarin» don! Tambassadeur h Rome av^iteii des prétentions déraisonnables. Clé* ment XI voulait rétablir la bonne harmonie; le mariage d'une des filles du duc de Savoie avec le roi d'Espagne lui procura une occa* sion dont il s'empressa de profiler. Cette princesse était sur son départ de Turin pour se rendre à Madrid; le Pape lui envoya le cardinal Arcbinto, archevêque de Milan, en qualité de légal a latere^ pour la complimenler de sa part sur son avènement h la couronne. Le légat la joignit à Nice et il en arriva ce que ba Sainteté avait prévu. La nouvelle reine fui si charmée de Fattention et des sentiments du Pontife, tant pour elle que pour le duc de Savoie, qu'elle lui envoya le prince de Santobuono pour lui en faire les remerclments, et qu'elle interposa ses bons offices pour rétablir la concorde entre les cours de Kome et de Turin.

La mort de Jacques II, roi d'Angleterre, fut pour le Pape un nouveau sujet de douleur [1701]; ce monarque lui avait toujours été très attaché; souvent on lui avait entende! dire qu'il regardait Taroitié de Clément XI comme un de ses principaux soutiens, dans ses disgrAces ; aussi, dès qu'il eut appris son exaltation, il lui avail envoyé le duc de Berwick pour lui en témoigner $a joie. Le Pape ne pouvait se consoler de sa mort; ce qui le touchait le plus, c'étaient les grands exemples de religion qu'on venait de perdre en lui: il parla en plein consistoire, dans l'oraison funèbre qu'il fit lui-même, du zèle de ce prince pour la religion, et de sa constance dans les épreuves de la vie ; il le représenta comme un de ces premiers héros de la foi, dont l'Eglise se faisait honneur au temps de ses plus violentes persécutions. Il offrit plusieurs fois le sacriGce de nos autels, pour achever de puriOer une si belle âme, et tout le reste de ses jours il reporta sur le Gis toute la tendresse qu'il avait eue pour le père : ce jeune prince était auprès de la reine, sa mère, h Saint -Germain en Laye, oîi, depuis la perte de leur royaume, Louis XIV leur avait donné un asile digne de leur rang et de sa générosité.Cléoient XI écrivit à celle vertueuse princesse de coulinuer toiij<7urs h l'élevir dans la foi catholique, et è Iq former à la piété par la saintelé de SOS exemples. Il la consolait souvent elle-même dans ses malheurs par les senti» menls héroïques dont ses brefs étaient remplis ; il l'aidait même par ses largesses ft eu adoucir la rigueur, et il ne discontinuait point d'animer h la vertu toute cette royale iamiile.

On peut dire que son zèle ne connaissait

ris de bornes : il y avait dans la Daliuatie, Raguse,une petite république qui, par son ardeur h répandre la foi orthodoxe cnez les intldèles de son voisinage, y a toujours fait des biens intlnis. Tributaire du Grand Seigneur, elle avait toujours mieux aimé s'ex* poser aux plus mauvais traitements, que de rien perdre de son ancienne liberté à professer la religion catholique, et k l'étendre au delà de son propre territoire ; mais, comme

elle se voyait, k cause de ce même zèle pour la religion, continuellement inquiétée par les mahcmétans, elle s'était mise sous la pro^ tection de l'empereur, et elle lui payait une somme annuelle : ce tribut, ajouté à celui qu'elle payait è la Porte ottomane, lui éioit devenu extrêmement k charge, et les deui tributs réunis excédaientde beaucoup ses fa« cultes. Clément XI ne put voir tant de xèle et de courage sans l'admirer, ni apprendre cette triste situation sans chercher h y remédier. A la vérité il lui parut d'abord assez délieal de demander à l'empereur qu'à l'avenir il n'exigeât plus rien de cette république ; car s'il avait tout .\ espérer de la piété de ce monarque, d'un autre côté, les intérêts de l'empire pouvaient combattre sa bonne volonté. Après y avoir réfléchi, le Pape se détermina h lui en faire la demande; mais il le fit avec tant de circonspection que, charmé de voir en lui tant de zèle mêlé è tant d'équité , l'empereur lui accorda tout ce qu*il voulut, et qu'il abandonna à Ta république le tribut

3u*elle lui pnyail, sans abandonner le soin e la protéger.

Se*« bons olfices furent encore plus utiles aux Cathoh'qties d'Orient, et il y remédia à des maux bien plus pressants. Parmi les peuples habitant la Thrace, TArménie et la Syrie, il s'était introduit sur la religion des disputes réglées, où des mahométans, mêlé.s h des Grecs schismatiques, s'étaient rendus juges en dernier ressort de tous les points de controverse; non-seulement les Catholiques latins, de quelque caractère qu'ils fussent revêtus, étaient obljgés d'y assister , mais encore ils étaient contraints oud'adopter les faux dogmes qu on y établissait, ou de sublir les plus mauvais IraitenienU ; il fallait que ceux qui demeuraient fermes et inébranlables dans leur croyance se rachetassent par de grosses sommes d'argent, ou qu'ils s'attendissent èi être destitués de leurs charges, è perdre leur liberté, k souffrir tous les maux inséi^arables de l'eiil.

Tout récemment on venait de sévir arec barbarie contre ces illustres confesseurs de la foi. Le primat d'Arménie et l'archevêque de Philippes étaient deux hommes rares par leur douceur, par la candeur de leur inno* cence, par l'étendue de leur savoir, par la prudence et Tintrépidité th leur zèle ; [>our n'avoir pas voulu plier sous les décisions du schisme et de riididélité , le premier avait été ignominieusement conduit aux galères de Constanlinople, et peu s'en était fallu que le second n espirât dans les tourments. Le patriarche du Syrie avail été pour la même raison chassé de sou siège, battu de verges, jeté dans un cachot, conduit avec plusieurs autres tauiêt k pied, tanlAl par travers sur un cheval , et enfermé dans la citadelle d'Àden; l'archevêque de Béroé, qui avail partagé toutes les 'souffrances du voyage, était mort d'é^'Ulsement uue heure après qu'ils y étaient arrivés.

A ces nouvelles, le Pape ne put contenir sa douleur; il répandit des larmes sur Tétat déplorable de la religion en Orient ; il in-

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DICTIONNAIHE

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léressa les principales puissances catholiques en sa faveur ; il sollicita des lettres du roi de France et de Pologne auprès du Grand Seigneur; il sut si bien se l'attacher lui-roème, que, prévenu de la plus haute estime pour lui, le Grand Seigneur^indisnédela férocité de ses sujets envers les Catholiques , rendit sur-le-champ la liberté k ceux qui Tavaient perdue» et les rétablit dans leur premier état. Pour mettre le comble à leur consolalion , Clément XI se hâta de réparer leurs pertes : il leur envoya de grosses sommes d'argent, et leur adressa un homme choisi qui, dans leurs souiïrances, vaudrait encore mieux pour eux que tous les trésors ; c'était le P. David, de Tordre des Carmes dé* chaussés, Thomme le plus propre è une semblable légation, et qui, quelques années auparavant, av&it été donné par Innocent XII àrambassadeurdeyenise,pour prendre part à la paix deCarlowitz. Doué ae toutes les qualités de l'esprit et du cieur gui peuvent rendre la vertu aimable, il partit de Rome, muni des marques éclatantes de la protection des princes catholiques; il se rondit h Constantinople avec le caractère de visiteur apostolique; il fut fait dans la suite archevêque de Cyrène, et les besoins de TEglise l'obligeant d'aller établir son siège k Sm^me, par les soins multipliés de son zèle, il dissipa jusqu'au souvenir des calamités passées.

Plus les tidèles se trouvaient séparés du Pape par la distance des lieux , plus il usait de prévoyance pour aller au-deTaut de leurs besoins; il fît partir des ouvriers évanséliques qu'il envoyait à leur secours jusqu aux extrémités de la terre; il en adressa plusieurs au roi de Perse, et il le leur rendit favorable par les lettres qu'il lui écrivit. Ayant apprfs qu'en Afrique, le roi de Nubie était très^oux , exempt des vices grossiers

3ui dégradent les idolâtres, et qu'il avait es dispositions naturelles à la vertu , il chargea deux religieux d'aller le presser en son nom d'embrasser la religion catholique, et il conûa à d'autres le soin d'aller dans la Guinée, où ils firent de grands progrès dans la prédication de l'Evangile.

Les missions des Indes et de la Chine ne furent pas oubliées par lui ; elles étaient très-florissantes; on y comptait plus de deux cent mïlle Chrétiens, et le nombre despro^ sélytes croissait tous les jours; les croix et les souffrances ne leur manquaient pas : niais la (lus pesante pour les missionnaires dea^ différents ordres était que la discorde s'était rarse parmi eux.

Clément XI songea è y envoyer sans délai un homme de poids, oui eût assez de discernement peur juger d'où provenait la division, et l'autorité nécessaire pour 7 mettre tin. Charles Thomas de Tournon, I un de ses camériers d'honneur, et depuis cardinal, fut choisi pour cette importante mission ; c'était un prélat de mérite, estimé du Sacré Collège et digne en tous points du choix, qu'on avait fait de lui. 11 fut sacré évèque airec les titres de visiteur apostolique • de *«4riarche d'Anliuche et de légat a latere

dans toute l'étendue de l'empire de la Chine et des royaumes voisins. On aiouta aux lettres de recommandation dont il était chargé, dA riches présents pour l'empereur de la Chine; il partit de Rome avec plusieurs ouvriers évangéliques, qui allaient, sous ses ordres, s'employer dans les missions , et il s'embarqua à Lisbonne [1702].

Après avoir ainsi pourvu aux besoins do l'Eglise jusqu'aux extrémités de la terre, le Pape revint a son projet de pacifier les troubles dont l'Europe commençait à dire vivement agitée. Dans ce but, il adressa des nonces extraordinaires aux principales tètes couronnées : il envoya Horace Spada, archevêque de Thèbes , auprès de l'empereur Léopold; Laurent Fieschi, archevèaue d'Avignon, auprès de Loui^ XIV; Félix Zon^ dadari , référendaire de l'une et de l'autre signature , vers Philippe V, pour examiner avec ces trois monarques , s'il n'y aurait point quelque moyen de concilier leurs différents intérêts : dans la même vue , il profita du passage des deux petits-fils de France, le duc de Bourgogne et le duc de Berri, qui venaient d'accompagner leur frère jusque sur les frontières de son royaume , pour les engager, par les honneurs infinis

3ue leur rendit en son nom son vice-légat 'Avignon, h ioindro leurs instances aux siennes, et à s employ( paix,

er pour le bien de la

Dès que Philippe V l'eut informé, par le marquis de Louville, qu'il était entré dans le royaume de Naples, le Pape lui envoya un légat; mais sous ombre de remplir en cela le cérémonial ordinaire du Saint-Siège envers les rois qui abordent en Italie, son principal dessein était de profiler du séjour qu'y ferait le roi d'Espagne pour le porter à la paix , et pour tâcher aussi de finir avec lui quelques contestations qu'avait déjà fait naître, dans les Deux-Siciles, la naissance de la guerre.

Le cardinal Charles Barberin fut chargé de cette importante mission ; tout ce l^u il proposa fut réglé h la satisfaction du Pape et du monarque; on convint également sur ce qui pouvait avoir rapport h l'immunité des églises, et sur ce qui concernait la collation des évéchés; ce dernier article souffrit d'abord de grandes difficultés : enfin elles furent levées, et le Pape témoigna au cardinal le gré qu'il lui en savait; mais sa joie fut plus grande encore , guand il apprit du même cardinal que le roi d'Espagne était dans la disposition de prendre les voies de la médiation pour parvenir h la paix. Clément XI se hflta d'en donner avis è l'empereur, qui d'abord avait paru dans les mêmes inleations : mais les Anglais venaient de lui faire changer de sentiment. Devenu plus en état de^ continuer la guerre par son alliance avec eux et avec les Hollandais, qui y accédèrent, il ne songea plus qu'à fortifier son parti par de nouveaux engagements avec d'autres puissances, et qu'à se pnicurer |>ar la force des arme^, ce qu'il n'espérait peut-Ctro pas obtenir i^ar la voie de la

DES cardinaux:

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fiégocî«ition ; loin de se rendre aui in? ilalîoiis du Pai(»e, rem|>ereur se plaignil de ce qu*il avait etifojé h Naples un cardinal légal pour j complimenter le roi d^Espagne; il prétemlit que cette démarche n'avait pu se faire sans que le Pontifa se déclarftt par le ouvertement en faveur de ce prince , et il fit quelque difficulté de recevoir le nonce Sfuida, qui lui avait été envoyé pour traiter de la pais.

Par \h le Pape put juger que ses démarcbes n*auraienl aucun succès ; il en fut d'autant plus fâché • que Palliance de Teml>ereur avec les hérétiques leur inspirait déjà le désir d*en abuser, et qu'ils disaient tout haut qu'ils ne voulaient plus s'en tenir au traité de Rjswick sur les articles concernant la religion. Par ce traité» il est dit que» dans toutes les provinces de l'empire, la religion catholique continuerait de louir des mômes droits dont elle jouissait alors; mats les protestants d'Allemagne, Oers de l«*urs forces par l'union de l'empereur avec l'Angleterre et la Hollande» sollicitaient ce prince de permeltre qu'ils fissent revivre, dans les villes de leur dépendance, les niAmes hostilités qu'ils y avaient autrefois eiercées c<*ntre les Catholiques ; ces hostilités devaient copsister k cliasser de leurs églises les Catholiques des villes dans lesquelles ils entreraient h main armée, et de les convertir en autant de temnles pour les sectateurs de leurs hérésies : là ne se bornaient point leurs projets; ils ne prétendaient rien moins que d'envahir les biens ecclésiastiques , et d'éteindre dans tous les lieui de leur domination jusqu'à la dignité des évéques. Effrayé d'un pareil dessein. Clément XI le combattit avec force , et il obtint que ni en Flandre, ni en Allemagne, on ne changerait rien aux stipulations de la paix de Ryswick en faveur de la religion-. Ce premier coup d'essai de la part des hérétiques lui apprit tout ce dont ils allaient se montrer capal)les. Mais une nouvelle qu'il apprit appela ailleurs son attention. ' Le malheur qu'il eut à déplorer concernait les Chrétiens de la Cochinchine ; leur nombre y augmentait tous les jours, lorsqu'il s'éleva tout è coup contre eux une persécution qui faillit détruire cette nouvelle Eglise, rune des plus florissantes qu'il y eût aux Indes. A la vérité , il fut comblé de joie en apprenant que ces nouveaux Chrétiens avaient témoigné, dans les plus rigoureux supplices, la même constance que relise naissante admira autrefois dans ses premiers martyrs, et il ordonna qu'on lui envoyât les Actes de leur martyre, juridiquement attestés, pour les insérer dans les registres du Vatican. En même temps, pour consoler cette Eglise affligée, il lui envova de nouveaux ministres évangéliques; il lui adressa plusieurs brefs remplis des expressions les plus tendres, et il la secourut par des largesses qui ré|iaràrent les pertes qu'elle avait souffertes dans ses biens.

Délivré de ce soin , Clément XI reporta sou aHentiou aux malheurs de la guorre ,

et il usa des plus grandes précautions, bonseulement |K>ur préserver la religion do toute atteinte, mais encore pour mettro hors d'insulte les Etats pontificaux : déjà les deux armées ennemies avaient pénétré en Italie ; il est vrai que, detce cAte-lè , l.i Lombardie seule était attaquée; mais comme l'entrée n'en était pas facile, et que le terrain y était défendu pied k pied , les Etats voisins se trouvaient comme envahis par ceux qui pouvaient les occuper les premiers. Quelques défenses que les généraux français et allemands eussent faites à leurs soldats de commettre aucun dégtt dans les domaines pontificaux , il régnait toujours quelque peu de licence dans leurs armées , et leurs ordres n'étaient pas toujours trop bien eiécutés. Convaincu qu'il vaut mieux obvier au mal que d'avoir a y remédier , le Pape mit de bonnes garnisons dans les villi-s de Parme et de Plaisance; il en munit les citadelles de ce qui était nécessaire pour éviter au moins une surprise : par Ik II se mit en état de défense contr*) les incursions dont se plaignaient les princes voisins ; et il ne retira ses troupes que lorsqu'il n'eut plus rien à craindra de celles qu'avait armées le désir de vaincre.

Cependant, on apprit que la campagne de Rome était infestée de voleurs qui y causaient de grands ravages ;. qu'ils y formaient des attroupements si considérables, que l'ancien pays des Latins et celui des Berniques en étaient comme inondés; et que, loin qu'il y eût aucune sûreté (»our les voyageurs , les paysans étaient attaqués jusque dans leurs villages : c'était le voisinage des armées qui inspirait cette audace. Daus Rome même, ou n'était pas sans crainte : au milieu d'une nuit obscure , on assassina un des secrétaires du Pape, au moment où il sortait du Vatican ; on eut beau faire des perquisitions; l'assassin était dans le palais même, il y jouissait tranquillement des fruits de son assassinat; et ce n'est que longtemps autres qu'on découvrit que le meurtrier était un des valets de chambre de la victime. Pour réprimer la licence dans la campaj;ne de Rome , le Pape y envoya Falcouieri, homme intègre et rigide, avec ordre de faire main-ba>se sur les brigands; il en prit plusieurs, et par la bonne justice qu'il en lit , il dissipa bientôt tous les autres.

De nouveaux malheurs dij^èrent-de nouveaux, soins : les eaux du Tibre crûrent si excessivement par la funte des neiges dont l'Apennin était couvert, et par des pluies continuelles , que les parties de la ville de Rome qui sont en plaine en furent inondées, et qu'il y fallut conduire des bateaux pour porter des vivres à ceux qui étaient comme assiégés dans leurs maisons. La même désolation régnait au loin dans la cam|iagne, où |)lusieurs seraient morts do faim, si le Pai>e n'eût détaché plusieurs barques qui |>ortaient des vivres partout : mais les eaux ne s'écoulant point depuis près de huis semaines, et les méde'cins

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craignant que, par an si long séjour, elles ^'engendrassent dans Tair la même corruf»tion qu'elles avaient d^à portée dans les caves et les rez-de-chaussée, où tout commençait h se pourrir; touché de tant de maux» Clément XI voulut» dans sa propre personne, offrir à Dieu une victime pour tâcher de rapaiser.

Dans cette vue , sans en rien communiquer à personne, il alla , dès la pointe du jour, aans l'église de Saint-Pierre; il s'y relira sous terre, dans Tendroit où reposent les têtes vénérables de saint Pierre et de saint Paul. Mille fois, dans la même matinée, il j offrit sa vie, pour arrêter, par le sacrifice de lui-même, ce déluge de maux qui Tafiligeait si vivement: il y demeura longtemps en prière ; il y célébra la Messe : Duis, s'étant rendu dans Téglise de Notre- Dame de la Transportine , il y pria longtemps, prosterné contre terre. Ennn, comme s'il eût été inspiré de Dieu, il se relève avec précipitation, il va sur le seuil de la porte de réglise , il s*y montre à un grand peuple, accouru des endroits les plus élevés de Rome; et li, fondant en larmes, il lui donne sa bénédiction. •

Prodige singulier , mais attesté par *de nombreux témoins ; dès que le Pape eut levé le bras , et qu'il en eut formé un signe de croix pour bénir son peuple, les eaux se retirèrent d'une manière si sensible, et on les vit couler ensuite avec tant de rapidité des rues de Rome dans le Tibre, qu'au coucher du soleil , c'est-à-dire pou d'henres après, on pouvait marcher à pied sec dans les mêmes endroits où elles avaient croupi si longtemps : c'est le samedi des Qualre- 'Temps de décembre que ce fait arriva. Kn commandant aux eaux du Tibre de rentrer dans leur lit. Dieu avait voulu glorifier, son serviteur, et apprendre aux fidèles combien ils étaient heureux de l'avoir è leur tête ; mais Dieu n'avait pas quitté pour cela le dessein de punir les hommes : les eaux du ciel revinrent avec abondance, et, s'il n'en tomba pas assez pour noyer la ville de Rome, comme il venait d'arriver, elles séjournèrent assez longtemps aux environs pour produire une esjièce de contagion qui enleva beaucoup de monde.

. Ce n'était \h cependant que le prélude des maux qui menaçaient une partie de l'Europe^ et Tltalie en particulier. Dès le mois suivant (le H janvier 1703), vers une heure après minuit, presque toute Tltaiie fut réveillée par un violent tremblement de terre : cette première secousse fut suivie de plusieurs autres qui, se renouvelant, après des 'intervalles assez courts, causèrent des désastres infinis. Dans TOmbrie, le diocèse deRiéti ne présentait plus que des maisons abattues et des habitants écrasés sous les ruines; chez les Sabins, trois villages furent renversés de fond en comble, el, si on y voyait quelques édifices encore debout, ils menaçaient une chute imminente. Les tUIqs de i^(K)lète el d'Ascoli se crurent alors nu dernier moment de leur perte ; on comp-

tait dans les deux plus de huit cents personnes mortes sous les débris, et plus do trois -mille autres blessées dangereusement.

Rome, agitée par les mêmes secousses, fut considérablement endommagée : les ouvertures qui s'y firent, en quelques endroits, aux murs les plus épais, jetèrent une telle épouvante que, malgré la rigueur de la saison, la plupart quittèrent leurs maisons, pour aller camper sous des lentes dans les places publiques, et établir leur domicile en rase campagne, où ils furent longtemps exposés à toutes les intempéries. Dès le lendemain, le Pape assembla son consistoire; il y parla avec force aux cardinaux sur l'énormité de nos péchés, qui seuls pouvaient attirer tant de maux è la fois, sur la néces* site de les expier par une prompte pénitence, sur la résolution qu'il avait prise d'ordonner des prières publiques dans toute l'Italie, et sur la persuasion où il était qu'ils voudraient bien devenir eux-mêmes comme autant d'apôtres pour exciter le peuple à une salutaire componction.

Outre toutes les antres œuvres de piété qu'il prescrivit, H ordonna dans Rome une procession générale qui se fit de l'Eglise de Notre-Dame de Translevere jusqu'à l'Eglise de Saint-Pierre: malgré la. pluie qui tombait, il y assista h pied: durant la marche, il parut toujours recueilli en lui-même, humilié, consterné de tant de fléaux. Il avait d'abord déclaré qu'il assisterait les pieds nus à cette même procession, et aucun égard pour lui-même n'avait pu lui faire changer de résolution ; mais quand on lui . eut représenté qu'aucun des cardinaux n'oserait se dispenser de suivre son exemple; que, parmi eux, il yen avait de si infirmes €ft de si Agés, que leur santé en recevrait une rude atteinte, par ménagement pour .eux, il se rendit à ce qu'on exigeait de lui.

Pendant qu'on était encore occupé à remplir les différents exercices de piété ordonnés par le Pape, la plus grande partie de l'Italie ressentit un nouveau tremblement de terre, qui se' fit sentir aussi vivement que le premier; ce fut le S février. Dans ce moment le Pape 'et les cardinaux étaient occupés à faire l'Office divin dans la chapelle du Vatican; presque tous l'abandonnèrent pour chercher leur salut dans la fuite ; pour lui, sans s'éjnouvoir, il descendit froidement de son trône, et, d'un air intrépide, il alla se prosterner au pied de l'autel. Après y être resté pendant quelque tem(>s, en posture de criminel, qui demandait pardon k Dieu, il alla droit, dans l'église de Saint- Pierre, renouveler imbliqnement aux pieds des saints apôtres le sacrifice de sa vie qu'il y avait déjà offert è D'ien: en vain on lui représentait qu'il était dangereux pour lui de demeurer ainsi sous la voûte d'un temple, qui, à tout moment, pouvait s'atlaissor sur sa tête; il seaiblait, au contraire, ne prolonger sa prière que pour servir de victime« SI l'église venait à s'écrouler.

A tout de malheurs se joignit un évécâ-

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ment qnon Irouvers peut-élre digne de trooTer ici sa pLice. Le lendemain, 3 février* fers rentrée de la nuit, il courut un bruit public dans Rome, sans qu*on ait iamnis pu en découvrir la source, qu*à trois heures vt)rè8 minuit, celle grande capitale allait être totalement renversée. Quelque frayeur que pût causer celte sinistre prédiction, comme on ignorait qui pouvait en être l*nutear« on nVn fil pas d*al>ord trop grand cas ; mais quand, plus avant dans la nuit, on vit dans toute Rome des hommes entièrement inconnus à tous, qui, se produisant sans crainte, parcourant toutes les rues, et frappant h toutes les portes, criaient de toutes leurs forces, au nom du Pape, que chacun eût è sortir de chez soi, et à chercher un lieu de sAreté, parce que Rome allait Être bouleversée sur ses fondements, alors personne ne balança plus à quitter sa maison.

La nuit était des plus firoides, et néanmoins la terreur fut si vive et si gênérale« qu'elle remporta en tous sur la rigueur 4e la saison. On vit tous les habitants de cette grande ville sortir de leurs demeures, errer çè et là, plaindre mutuellement leur sort, et courir en foule en des lieux découverts pour y chercher un asile.

Dès que ce moment de trouble eut été connu du Pape, il commanda tous ses che- ▼au-légers et ses cuirassiers; il les fit pos« ter aux coins de chaque rue, et il ordonna que des patrouilles eussent à parcourir la fille sans délai, avec ordre d'avertir partout

Ja'on avait abusé de son nom pour répanre l'alarme; que ces terreurs étaient vaines; qu*on eût confiance en Dieu, et qu*il espérait de la miséricorde de Dieu qu'il n^arriverait aucun malheur. Le lendemain on n'entendîi dire, ni que dans tout ce tumulte il fût arrivé la moindre disgrâce à quelqu'un, ni qu'il se fût commis le moindre vol, tant le trouble avait été universel. Mais ce qui étonna le plus, c'est que, dans les villages voisins de Rome, on vil ou on crut voir les mêmes hommes, et entendre les mêmes voix presque partout et è la mémo heure, sans que jamais personne eût pu en reconnaître aucun. L'histoire nous fournit deux eiemphts d*un événement semblable ; l'un arrivé autrefois à Rome môme, et rapporté par Tile-Live, au huitième livre de ses Décades; l'autre arrivé à Conslanlinopledu temps de l'empereur Arcadius, et rapporté par saint Augustin dans son 5ermon du saccagement de Rome^ au chap. 7.

La crainte et le trouble durèrenl jusqu'à la fin d'avril ; pendant deux mois et demi on ressentit des oscillations qui tenaient l'Italie dans les alarmes: on avait toujours de la peine è quitter les lentes, sous lesquelles bien des gens avaient pris le parti de s'abriter. Le Pape, au contraire, demeurant la Duitdaos son palais, passait la plus grande partie du jour a parcourir les églises pour tâcher, par ses prières, de détourner le fléau.

Pénétrée dea mêmes sentiments de religion, sa nièce Olympie lui demanda son

DicTtONif. DES Cardinaux,

agrément pour se foire religieuse au couvent des Carmélites où elle avajt étë^Ievée ; on la regardait avec raison comme le plus grand parti qui fût alors dans toute l'Italie; ses qualités personnelles répondaient d*ail« leurs à l'élévation de son rang ; elle avait des grâces naturelles, de la culture dans r.esprit, de Télégance dans les manières, et plusieurs princes romains la recherchaient en mariage avec empressement; mais elle choisit Jésus-Christ pour époux. Le P^pe y consentit avec joie ; il voulut même lui ddnner le voile de ses mains ; et, dans la cérémonie qu'il en fit, il ne lui parla que de son bonheur dans le choix qu'elle avait faiL

Persuadé que les maux qu'on venait de souffrir élaientautant de châtiments du Ciel, il écrivit à tous les évêques d'Italie pour leur recommander de veiller plus que jamais sur la réformatîon des mœurs ; il ordonna qu'à perpétuité on chantât le Te Ihum dans sa chapelle le jour de la purification de la Vierge, pour rendre à Dieu d'éternelles actions de grâces de ce qu'à pareil jour Rome n'avait pas été abîmée dans les tremblements de terre ; il institua un jeûne perpétuel pour la veillQ du même jour. En vue de seconder ses désirs, la ville en corps s'engagea par vœu à ne porter pendant cinq ans, ni or ni argent sur les habits ; à n'admettre pendant le même temps aucun divertissement public, aucun spectacle ni au* cun jeu de théâtre dans l'enceinte de 8e$ murs; et pour faire ressouvenir les grands *^en particulier du néant de toutes les grandeurs humaines, le Pape défendit que, dans le même espace de cinq années, on dressât pour eux aucun prie-Dieu, qu'on tendît aucun tapis, ni même qu'on leur présentât des carreaux dans les églises.

La misère se faisait sentir dans l'Ombrie et la Sabine plus vivement qu'ailleurs. Clément XI y envoya Pierre de Carolis avec ordre de lui rapporter un détail fidèle des dégâts causés par les derniers désastres. Sur le rapport de celui-ci, on donna à ces peuples tout l'argent, tout le prain, tous les meubles et les habits dont ils avaient besoin ; on les exempta pendant cinq ans du payement de tous impôts. Le Pape fit relever les églises des paroisses, tous les édifices publics qui avaient été abattus.

Les peuples de la Romagne et de la Marche d'Ancdne venaient d'essuyer, sur les bords de la mer Adriatique, un autre genre de malheur. Les pirates turcs avaient infesté toutes ces côles : pour mieux cacher leurs manœuvres, ils avaient arboré des pavillons étrangers qui trompèrent les habitants, et par ce stratagème ils avaient fait des descentes oCi ils avaient enlevé bien du monda dans les campagnes ei sur les grandes routes. Leurs victimes étaient réservées à l'esclavage et à tous les maux qu'il traîne à sa suite. Les familles qui avaient fait de semblables pertes ne pouvaient s'en consoler. A la première nouvelle qu'en eut le Pape, il eut bientôt appliqué le remède. Sans perdre le temps de traiter de la rançon, il or*

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DiCTlONNÂmE

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donna qu'on racbeiât tous lescaplifs k quelque prix que ce fût: l'argent parlil a?ec les ordres qui avaienl été expédiés, el tous ceux -qui avaienl été enlevés furent rendus à leurs familles. On ne savait d'où le Pape pouvait tirer toutes ces sommes d'argent qu'il répandait à profusion pour le soulagement de ses sujets; mais il avait coutume de dire que Dieu ne manque presque jamais d»

multiplier nos biens, quand nous en faisons un bon usage.

Dans cette confiance, il. ne balança pas d'envoyer, à ses propres frais, des visiteurs apostoliques chez tous les évéques suburbicairesde Rome, avec ordre d'j pourvoir à tous les besoins du corps et de l'Ame; d'en faire passer d'autres jusqu'en Thrace ; de rebâtir à Andrinople une éslise que les Catholiques venaient d'y perdre dans un incendie, d'ériger au midi de la Russie une espèce de séminaire, où déjeunes étrangers, mêlés aux indigènes, après y avoir appris les éléments de la foi orthodoxe, pussent les répandre ensuite dans leur propre patrie; Je fonder à Rome, dans le collège de ]b Propagande, des places pour les jeunes étudiants qui seraieut appelés de l'Ëpire, et de doter ces établissements au delà même <je ce que lui permettaient ses facultés présentes.

Le plus beau monument qu'on ait de lui è Rome consiste dans un méridien qu'il y plaça pour la raison qu'on va exposer.

<}uelque exact que soit le calendrier romain dressé en 1S82 par les ordres de Grégoire XllI, on n'avait pas laissé de craindre qu'avec les changements qui se font chaque jour dans la succession des temps, il ne de- >vlnt à la longue sujet è quelques légères erreurs de calcul, et que la règle de supputer 4e temps précis <Je la Pâoue n'en souffrit dans la suite quelque altération, si on n*y apportait les changements convenables.

Sous le précédent pontiflcat, d'habiles ma* tbémaliciens avaient, en plusieurs endroits de l'Europe, fait la même obselrvation ; et ceux des évéques qui en étaient informés, avaient écrits h Innocent Xll d'obvier à cet inconvénient.

Clément XI s*en chargea; il forma une congrégation spéciale composée des cardi* naux Ferrari, Pamphili et Noris; il leur adjoignit douze hommes choisis parmi les plus versés dans la connaissance des saints canons , de l'astronomie, du cours ordinaire des saisons, du cycle pascal, et il mit è leur tête le célèbre Bianchini, l'un des

Iilus habiles mathématiciens de son temps, ^our placer la ligne méridienne qu'on devait tracer, on choisit d'abord un terrain si stable par lui-même qu'il n'admit jamais aucune de ces dépressions, oui ont rendu \ inutile tant d'ouvrages semblables par les variations qu'elles y ont produites avec le 4emps. L'église des Chartreux parut l'endroit le plus propre h l'exécution de ce dessein: c'est là qu'étaient anciennement les : Thermes de Dioclétien; la suite dotant de ' siècles n'en avait pas môjio eiiiamé le sol

qui est encore aujourd'hui aussi ferme que le rocher, et c'est là aussi que fut posé le méridien : la ligne qui le forme a deux cents pas de longueur; de distance en distance on y voit des tablettes de marbre sur lesquelles sont gravés les signes du zodiaque, el les dilférenls éloi^nements du p6le: ouvrage magnifique, qui, servant à marquer les mou vements du soleil, de la lune et des astres, servira aussi jusque dans les siècles futurs è indiquer pour chaque année le temps précis de la Pâque, selon l'ordre du saint concile de Nicée.

La foi recommençait à souffrir en France de vives atteintes de la part des jansénistes ; ils venaient de publier un écrit où, pour soustraire le livre et les propositions de Jansénius à la censure qui en avait été portée, ils enseignaient qu'à la vérité l'Eglise est infaillible quand elle juge sur les questions de droit, mais que par rapport aufait^ on ne lui doit qu'une soumission de silènes et de respect. Pour donner plus de poids à une pareille erreur, on avait eu soin de la faire signer par quarante docteurs de la faculté de théologie de Paris, et on avait mis au bas : Délibéré en Sorbonne.

Aussi attentif à conserver l'intégrité de la foi qu'il l'avait paru à l'étendre, Clément XI commença par condamner le libelle; il écrivit ensuite au roi et au cardinal de Noailles pour les engager à en punir les auteurs. Dès que les ))laintes du Pape furent connues, la plus saine partie de la faculté de Paris déclara que très-mal à propos on avait donné sous son nom un si pernicieux écrit; qu^n lui avait attribué des opinions qu'elle détestait, et elle les censura, avec ordre à ceux des docteurs qui l'avait souscrit, de révoquer leur signature. Le premier moteur de cette intrigue fut relégué, par ordre du roi, de TAuvergne où il était, au fond de la Bretagne; des quarante docteurs qui avaient eu le malheur de signer ce qu'on appelle encore le fameux cas de conscience^ deux étaient morts depuis qu'ils avaient apposé leur signature, trente-six autres la rétractèrent; deux seuls aimèrent mieux subir l'exil que de réparer leur faute.

Des prêtres de la ville dlJtrechl, élevés dans les principes jansénistes s'avisèrent d'y vouloir faire revivre, de leurautorité privée, une métropole ot un chapitre qui ne subsistaient plus depuis 140 ans. Ils eurent bientôt trouvé un docteur de l'un et de l'autre droit qui leur attribua toutes les prérogatives qu'ont les chapitres pendant la vacance du siège épiscopal; ils ne balancèrent pas de s*en approprier la juridiction ; ils usurpèrent jusqu'aux pouvoirs de vicaire apostolique, et ils se dirent autorisés par le droit à en dresser toutes les expéditions. Le plus Apre elle plus ardent de tous dans cette rébellion, était le P. Quesnel : le Pape les frappa de tous les foudres du Vatican, il veilla sans cesse sur leur conduite, et il soutint, dsios l'obéissance de TEglise, les fidèles qu'ils auraient pu entraîner.

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DES CAKDIiNAUX.

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I Eq Alleroagne, Thérésie ne lui causa pas moins d^embarras ; il prévoyait toujours qu*on aurait tout à craindre pour la religion, de ]'allîaDce des Anglais et des Hol« landais avec l'empereur» s*il n'allait avec ▼igilanoeau*devant de leurs desseins. L'empereur LéopoIJ était un des princes les plus attachés à la foi de l'Eglise, qu'il y eût jamais eu sur le trône des Césars ; mais outre qu'il avait un besoin pressant de TAngleierre et de la Hollande dans la guerre qB*il faisait à Philippe V, et que, dans la crainte de les refroidir, il aurait pu condescendre à quelqu'une de leurs demandes, ces deux puissances maritimes venaient de faire en sa faveur une démarche qui aurait encore pu tenter sa reconnaissance; elles avaient reconnu Tarchiduc, son second fils, pour roi d*Espagne, sous le nom de Charles IH. Le Pape, au contraire, pour de grandes raisons, avait constamment refusé de donner le titre de roi à Tarchiduc.

De là il était à craindre que le ressentiment ne prévalût dans l'empereur, et les hérétiques s'en flattaient. Ils firent même deux démarches, d où l'on pouvait inférer naturellement que, s'ils formaient quelque entreprise sur la religion, ou qu'ils insultassent les Etats du Pape, l'empereur lui laisserait le soin de vider sa querelle avec eux. Dans la ville de Bonn, U y avait un logement destiné aux soldats luthériens; ceux-ci en chassèrent les prêtres catholiques, qui de droit y étaient établis; ils s'emparèrent de vive force d'une partie du palais de Tarchevôque de Cologne; ils s'approprièrent la chapelle que cet* électeur y avait fait construire, et y appelèrent des ministres de leur secte pour y faire leurs exercices de religion. Un lait si grave arrivé au centre de l'Allemagne, sous les yeux des Catholiques, et passé sous le même silence, que s'il ne se fût agi d'un attentat contre les droits de l'Eglise, semblait annoncer, sinon de la collusion, au moins quelque tolérance de la part de la cour de vienne : d'un autre côté la flotte des Anglais et des Hollandais qui venait de côtoyer toute Tlta- Jie, et qui était demeurée sur les ancres en vue de Livourne, indiquait quelque dessein qui pouvait aussi bien regarder i*Ëiat pontifical que le grand-duché de Toscane, ou les Deux-Siciles.

Dans cet embarras, le P^pe ne prit point le change; il pressentit que tout ce qu'il avait à craindre, c'était la diète de Ratisbonne, qu'on allait convoquer. Pour prévenir, pour renverser tous les projets que l'hérésie se promettait d'y faire réussir, il avertit les princes catholiques du danger qu'allait y courir la religion. Il en donna avis au cardinal Laïuberg, aux archevêques électeurs de Mayence et de Trêves, è Far* chevêque de Saltzbourg et è Tévêque d*Augsbourg; il exposa en même temps è l'évêque de Aaab, en Hongrie, prince de la maison de Saxe, et puissant à la cour de Vienne, à tous les évêques d'Allemagne, et aux princes du Saint-Empire, le fait qui venait de se

passer è Bonn, et il les conjura de s'unir tous pour s'opposer aux hérétiques. Les plus sages d'entre eux voyaient dans les circonstances le même péril pour la religion qu*il paraissait redouter. Ils formèrent la résolution, non-seulement d*empêcher que, dans la prochaine diète, il se commit aucune entreprise contre les droits de l'Eglise, mais encore ils résolurent de réclamer contre l'atlentat de Bonn. Le succès répondit h leur fermeté; les soldats luthériens furent chassés du palais de l'électeur de Cologne qu'ils avaient envahi : les prêtres catholiques furent rétablis dans toutes les fonctions de leur ministère.

La destinée de Clément XI était d'avoir toujours la plume à la main pour foudroyer les erreurs naissantes, ou pour désarmer l'animosité des anciennes ; alors que toutes les sectes s'étaient réunies pour tâcher de prendre le dessus en Allemagne, elles venaient d'agir en Irlande avec toute la supériorité qu'elles y ont acquise : à moins d'yfaire ruisseler de toutes parts le sang des Catholiques, il n'était pas possible d'imaginer de plus grands excesque ceux auxquels elles se portèrent.

C'est a Dublin qu'elles firent éclater leur haine; il y fut arrêté dans le parlement^ qu'on révoquerait tous les privilèges accordés aux Catholiques : pour y procéder sans délai, on commença par faire revivre toutes les ordonnances qui, lors de la révolution avaient été portées contre eux, et on y en ajouta de nouvelles plus rigoureuses encore. Quelque énormes que fussent les crimes dont les enfants se rendraient cou* pables, on ôtait è leur père le pouvoir de les déshériter, pourvu qu'ils abjurassent la religion catholique, et se fissent protestants» A la mort du mari, la femme perdrait toute autorité dans sa famille; il ne lui était pas même permis de l'élever, et ce soin était réservé à Thérésie : on défendait aux Catholiques tout mariage avec les protestants ; et si. pour éluder cette défense, ils allaient se marier en Angleterre ou en Ecosse, de pareilles noces étaient déclarées nulles en Irlande. On leur dta tout droit de sutfrage public : on les déclara inhabiles h posséder aucune charge, tant en paix qu'en guerre: Tous les arts libéraux leur furent interdits; il n'était pas même en leur pouvoir de tenir des écoles. Il était enjoint à tout prêtre, exerçant le saint ministère, d'en obtenir préalablement des magistrats la permission de l'exercer seul, et sans pouvoir y admettre aucun adjoint; è sa mort sa charge devait s*éteindre avec lui : prêtre ou laïque, nul Catholique ne pouvait acquérir aucun bien fonds, ni en devenir le fermier et le régir par lui-même.

Indépendamment du serment de fidélité déjà établi envers le souverain de la Grande- Bretagne, on en ordonna un autre qui, dans sa formule, portait en termes exprès, qu'on reconnaissait que Jacques Stuart n'avait nul droit sur les royaumes d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse ; que, loin de lui prêtât

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