IÎ
ALB
ALB
Aulorisés par des induits e( des concessions du SainUSiége. Après a?oir ainsi détruit les- prétentions de l'empereur, le Saint- Père Toulul qu'on traitât cette matière è fond f qu'on la prtt dans son origine, qu*on la suivit dans ses progrès, et que par un exposé de tout ce qui s'était |passé à cet égard dans tout le temps oit il en avait été question, la nouveauté de l'entreprise parat dans son jour. Corradiei, depuis cardinal, lut chargé de ce soin.
Cette discussion engagea le Pontife dans de pénibles recherches : comme il avait coutume de tout faire par lui-même, il était allé fouiller jusque dans les sources, les autorités sur lesquelles il établissait son droit, et ce travail, joint à la multiplicité de ses occupations ordinaires, avait considérablement altéré sa santé;ilfut si maladesurla fin de l'hiver, qu'il avait une peine extrême à se soutenir sur ses jambes; ce fut \h comme le premier prélude du dépôt qui s'y forma et qui le conduisit au tombeau. On ne put néanmoins jamais venir & bout de lui faire prendre ce qui pouvait soulager le mal. Il répondait à ces invitations, que plus tôt il finirait ses jours, plus tôt aussi son sacrifice serait consommé, et qu'il était à désirer qu'il céd&t au plus tôt la place à quelque autre qui la remplirait mieux que lui ; mais qu'il prétendait mourir au lit d'honneur et dans l'accomplissement de ses devoirs.
Quelque grand cependantque fàt son courage dans les douleurs qu'il souffrait, il i^entit que ses forces ne pourraient pas toujours l'égaler, s'il ne cherchait du secours dans les congrégations où se traitent d'ordinaire les principales affairesdu Sainu Siège. Le nombre des cardinaux se trouvait bien diminué : il y avait vingt places vacantes dans le Sacre Collège. Il était temps de remplir un si grand vide. Le Siiint-Père y apporta les plus grandes précautions. Il s'agissait de faire choix d'une vingtaine de sujets qui, par leur méri!e et leurs vertus, fissent honneur au Saint-Siège, et qui, par leurs lumières fussent en état de le servir. De ce nombre, il s'en trouva plusieurs qui,
Kr l'innocence do leurs mœurs et par ustérilé de leur vie, auraient pu faire confusion aux plus fervents religieux.
C'est en mai 1706 qu'il tint le consistoire dans lequel il fit sa promotion. (Voy. aux promotions.) De ces vingt cardinaux, Filipucci refusa constamment Thonneur que le Pape venait de lui faire; ni les prières, ni les instances, ni les offres réitérées de lui donner des secours pour soutenir sa nouvelle dignité, ne purent le résoudre è la lui faire accepter : c'était un saint qui, 'par une piété éminente, s'était mis au-dessus de toutes les srandeurs humaines. Mais plus il était solidement vertueux, plus le Saint-Pèrel'aurail souhaité dans le Sacré Collège, pour ajouter à l'ornement de cette augusto assemolèe. Clément XI commit treize cardinaux pour examiner les raisons de son refus ; il les leur fit déduire en plein cou-
sistoire, et II ne les accepta qqe lorsqu'il vit tous les cardinaux persuadés qu'il ne devait plus les rejeter. Filipucci fit plus ; il saisit celte occasion pour se démettre d'une charge considérable qui lui pesait depuis longtemps, et pour vaquer tout entier à la grande affaire de son salut. Une pension de mille écus lui fut assignée, pour qu'il eûi le moyen de faire de bonnes œuvres. Sa place de cardinal fut donnée à Michel-Ange Conti , depuis Pape sous le nom dlnnocent XIII. Les cardinaux auraient fort souhaité que, dans une si nombreuse promotion. Sa Sainteté eut réservé une place pour Annibal Albani, son neveu; il avait de l'esprit et des talents, un âge à s'employer utilement pour le Saint-Siège ; c'eût été pour plusieurs un moyen sûr de parvenir plus facilement jusqu'à l'oncle, et c'eût été pour l'oncle même un secours toujours présent dans ses travaux. Les cardinaux s'étaient toujours contentés de lui proposer sa promotion comme une chose qui convenait à tous égards ; ils l'avaient ensuite pressé de l'accordera leurs instances : mais le Pape s'en était tenu h dire qu'en qualité de son neveu» Annibal Albani ne devait attendre de lui aucune marque de distinction; que, s'il continuait à remplir l'attente qu'on avait conçue de lui, il ne prétendait pas Texclure cfes dignités qu'il pourrait mériter dans la suite : mais qu'il n'y parviendrait, comme les autres, qu'après les avoir bien méritées»
Le soir du même jour où il avait fait sa promotion, ceux des cardinaux qui se trouvaient dans Rome, allèrent, suivant l'usage,, prendre de ses mains Jes marques extérieures de leur nouvelle dignité; ils se rendirent tous, en corps, au Vatican, avant à leur tête Martelll qui, portant la parole, remercia le Pape au nom de tous. Clément Xi qui, le matin, leur avait envoyé la calotte, à l'issue du consistoire, leur donna alors le chapeau rouge, l'habit de la môme couleur,et le camail qui devait être la marque de leur juridiction; puis, saisissant ce mdmeat pour leur expliquer ses intentions, il leur fit un discours, qu'on eût d'autant plus soio de recueillir, qu'il paraissait comme une espèce de prophétie des malheurs où l'Italie allait être replongée.
Ses prédictions ne tardèrent pas à s'accomplir, et les nouveaux cardinaux ne tarent pas longtemps avant de .sentir tout le poids de leurdij^nilé : presque en un même temps tous les Etats d'Italie, et, en particulier ceux du Pape se trouvèrent aflligés de différents ûéaux, qui eurent de quoi ébranler les plus grands courages.
D'abord ce furent les Allemands qui renouvelèrent toutes les douleurs. Après tout ce qu'il avait fait pour eux, en portant Louis XiV è leur faire rendre tout ce qui leur avait été enlevé par l'armée française. Clément XI espérait qu'ils n'entreraient plus à main armée dans ses Ëlats ; mais ils pénétrèrent de nouveau dans la Romagne, enlevant tout le bétail, pillant tout ce qui se
àLB
DKS CARDINAUX.
ALB
EDriaît aux marchés publics, chassant les abîtants de leurs maisons, r^our s'y établir eax-mêmes. Les luthériens de Tarmée commirent tous les excès, profanant les églises par les plus énormes sacrilèges : ils en enlefôrent tous les ornements; ils dépouillèrent les autels. Tolèrent les calices, brisèrent les tabernacles, violèrent les ciboires; ils mirent le feu aux églises, pour livrer aux flammes tout ce qui n'avait pu faire la matière de leurs rapines.
Si ces profanations étaient horriblps, la vengeance en fut prompte : la terre en trembla de nouveau dans tonte ritalie» et tous les éléments s'y confondirent. Rome, il est vrai, fut préservée &e ces nouveaux tremblements de terre; et on peut croire qu'elle devait cette grâce aux prières de son Pontife. Mais les plus vives secousses se firent sentir aux environs de cette capitale, d*où elles s'étendirent aux exlrémilés de la Fouille. Les Samoites et les peuples voisins en reçurent des plaies que le temps n'aurait pas encore reformées sans les secours qu'on leur envoya. La ville de SaU mené, au royaume de Naples, fut presque entièrement renversée; la plupart de ses habitants périrent misérablement sous ses raines, et de la cathédrale il oe resta pas pierre sur pierre.
C'est du côté de Ferrare et de Ravenne que s'étaient commis dans la Romagne tous les- sacrilèges dont on vient de par.*": c'est là aussi, comme à la source du mal, que le châtiment se montra plus terrible. De tous les fleuves voisins, les eaux, sortant de leur lit, se répandirent au loin dans les campagnes. Le Pô, rompant ses digues en plusieurs endroits, inonda trente à quarante lieues do pays, renversant les édific^'s, arrachant les arbres, emportant tous les fruits, et couvrant de vastes plaines. Par Ih, ceux qui auparavant avaient porté leur avi* dite jusqu'à voler sur les autels > ne trouvèrent plus aux environs de leur camp un seul pouce de terre où ils pussent laire
Sattre l'herbe à leurs chevaux. Les habitants taient dans la désolation. Les troupes allemandes allèrent poser leurs quartiers d'hiver dans tous les lieux qui, par l'élévation de leur terrain , se trouvaient hors de l'atteinte dç l'inondation, et pour suppléer aux approvisionnements qu'elle leur av;iit enlevés, ils mirent tout le pays à contribution.
L'Italie n'en fut pas quitte- pour tant de maux : vers le milieu du printemps, il se mit dans la moisson une rouille qui la dévora. A Pesaro, à Orviéto, à Ancône, à Firentino, chez les Berniques et chez les Voisques, il s'alluma des fièvres pestilentielles qui, en quelques endroits, enlevé* renl plus de la moitié des habitants. Les pluies tombèrent, en (juelques autres contrées de l'Italie, en si grande abondance, Sue les champs en furent ravagés, des édices abattus, des terroirs rendus semblables à des étangs.De touteaces eaux, il naquit des essaims de .moucherons qui, par
leurs piqûres, étaient également insupportables aux blutes. Enfin l'air se corrompit, et il répandit de tous côtés une contagion qui emporta beaucoup de monde.
Il n'en fallait pas tant pour briser nn cœur comme relui de Clément XI : sans s'arrêter néanmoins h gémir sur de si grands désastres, il ne songea qu'è y porter remède; la profanation des égirses rafi9igeait plus que tout le reste : aussi est-ce ce qui attira d'abord son attention. Il fallait rendre aux autels ce qui leur avait été enlevé, et éloigner de la Romagne les troupes allemandes. Fl se chargea du premier point, et il entreprit d'engager l'empereur à lui accorder le second.
Il envoya quelques-uns de ses camériers qu'il chargea de grosses sommes d'argent, avec ordre de rendre aux églises l'équivalent de oe qui leur avait été enlevé; ils indemnisèrent les habitants de toutes les pertes qu'ils avaient subies, et ne rentrèrent à Rome qu'après avoir réparé tous les maux soufferts par la province. Clément entra alors en pourparlers avec l'empereur : il se plaignit oe ce que, contre la parole donnée, les troupes allemandes étaient venues se cantonner dans ses Eiats ; de ce qu'elles y levaient des impôts également injustes eh eux-mêmes et onéreux à ses sujets, de ce qu'elles y avaient commis, à la suite de mille brigandages, des sacrilèges déplorables. L'emnfreur Joseph avait toujours sur le cœur la légation que le Pape avait adressée au roi d'Espagne pour le complimenter sur son arrivée : il répondit, sur la profanation des églises, qu'il la délestait comme lui ; mais que le crime en était tout entier aux luthériens qui servaient dans son armée, et qu'on n avait pu contenir. Quant à rirruptioa de ses troupes dans les Etats pontificaux, il dit qu'elle était la suite inévitable de la guerre.
Clément Xlne se rebuta point, et renouvela ses instances. L'empereur craignit que sMI s'obstinait à laisser ses troupes dans les Etats du Saint-Siège, le Pape, pour les en chasser, ne se liguât avec tous les princes d'Italie, et qu'il ne se jetât dans le parti du roi d'Espagne. 11 avait besoin du passage libre de ses troupes, dans l'Etat ecclésiastique pour les envoyer à Naples, et ii n'avait pas besoin qu'on lui aliénât des esprits qui paraissaient déjà assez disposés à secouer le joug de la domination allemande. Il répondit donc au Pape qu'il fallait excuser dans ses généraux la nécessité qui les avait contraints d'entrer dans la Romagne pour y faire subsister son armée ; il promit qu'à l'avenir la discipline militaire serait mieux observée, et qu'il ferait bientôt sortir ses troupes de la Romagne. Clément ne perdit pas de temps à profiter de ces premières dispositions de i empereur. Il dépêcha Riviera. depuis cardinal, auprès des généreux allemands. Dans la situatiun où étaient les choses, on n'eut pas de peine è écouler ses propositions; on convint de certaines conditions au moyeu desquelles
ALB
ALB
|6S Impériaux sortireDt de la Romagno et du territoire de Bologne.
Les tremblements de terre, la rouille qui 8*était mise dans la moisson, les pluies et les maladies avaient causé de grands dommages ; le Saint-Père voulut y remédier : de grosses sommes furent distribuées à ceux qui avaient été les plus maltraités; il en envoya une considérable è Sulmone, pour aidera en rétablir la cathédrale : mais remontant toujours à la véritable origine de tant de malheurs, il s'efforça surtout de corriger les mœurs, et pour y réussir plus sûrement par le bon exemple des ecclésiastiques, il s'appliqua à les réformer euxmêmes.
Leduc deHariovre venait de recevoir [1707], h la diète de Raiisbonne , le titre d'électeur du Saiot-£mpire ; on le lui avait conféré presque à la totalité des suffrages : comme il était de l'intérêt de la religion de ne pas
t;rossir le nombre des électeurs protestants, e Pape fut fâché d'une pareille résolution ; il s'en plaignit h l'empereur, et il blâma virement Lolhaire, archevêque électeur do Mayence, prince et chancelier du Saint- Empire, non-seulement de ce qu'il ne s'y était pas opposé, mais encore de ce qu'il y avait concouru par son suffrage.
Les protestants protltèrent aussi du besoin gue l'empereur avait de leurs troupes; ils le pressaient de leur rendre les temples qu'on leur avait autrefois enlevés en Silésie , et priaient Charles XII , roi de Suède , dont Tempereur redoutait la puissance et la valeur, de joindre ses instances aux leurs. Le monarque suédois faisait dors la guerre à la Pologne : son voisinage inquiétait extrêmement la cour de Vienne , et il inspirait en même temps une nouvelle ardeur aux luthériens. A la vérité, le Pape rendit inutiles tous les efforts qu'ils tirent auprès de l'empereur; mais il ne lui fut pas possible d'empêcher les succès qu*ils eurent sur lo roi Auguste. Les ministres de ce monarque venaient de conclure, à Alt-Ransiod, un traité oit, après avoir renouvelé certains articles de la paix de Westphalie que le Saint-Siège a toujours rejelés , on interdisait aux ecclésiastiques l'entrée dans la Saxo et la Lusace, avec défense aux Catholiques d'y bâlir des églises, ou d'y établir des collèges pour l'éducation de la jeunesse. 0:i y dépouillait de leurs bénéfices plusieurs sujets que le Pape même en avait pourvus seon son droit, et on décernait à la puissance séculière le pouvoir de les conférer à d'autres. Il fallut du temps au Pape pour remédier à ces maux.
Clément XI fut plus heureux contre les protestants de la Hollande qui s'efforçaient d'arrêter les progrès que faisait aux Indes la religion. Depuis longtemps on avait nommé un archevêque à Cranganor. Sa présence y était d'autant plus nécessaire, qu'il y devait gouverner une des plus grandes portions de l'Eglise qui soient aux Iodes : les Hollandais s'y opposaient fortement. Trèsi^uissants en ce pays par la richesse de leur
commerce, ils avaient toujours réussi h l'empêcher d'y prendre possession de son siège. Pierre, roi de Portugal, était mort, et le Saint-Siège avait perdu en lui un prince zélé pour la religion. Clément XI , en particulier, regrettait en lui un ami , dont il avait fait !e plus grand éloge en plein con sistoire, dès qu'il eut appris la nouvelle de sa mort. Le prince royal Jean , son fils, qui lui avait succédé sur le trône, faisait revivre ses vertus. Le Pape le pria d'agir auprès des états généraux pour obtenir d*eux que l'archevêque pût librement faire les fonctions de son ministère auprès d'un peuple qui l'appelait de tous ses vœux. Tout réussit au Pontife comme il l'avait désiré.
Il n'en fut pas ainsi dans une autre partie de l'Inde et à la Chine , où il avait , depuis plusieurs années, envoyé le légat de Tour» non. — Voy. Tournopi.
Cependant le czar Pierre le Grand envoya h Rome un ambassadeur; c'était le prince Kourakin , homme d'une grande dextérité dans les affaires politiques. Son entrée dans cette capitale, au plus fort de l'hiver, après un voyage si long et si difficile dans une si rude saison , donna beaucoup à penser à tous les princes d'Italie, qui se perdirent en conjectures. Mais le principal objet de son ambassade roulait sur les affaires de la religion.
Le czar n'était pas éloigné d'embrasser la foi catholique : mais il faisait dépendre sa conversion de certaines conditions qui no marquaient encore en lui que des v.ues humaines. Néanmoins il fit dire au Pape qu'il avait formé le dessein de permettre à ses sujets, dans toute l'étendue de ses Etats , l'exercice libre et public de la religion catholique; qu'il avait déjà accordé aux Capucins la liberté de s'établir dans la capitale ; qu'il y appelait des Jésuites pour leur conner, en divers collèges , rinslruction de la jeunesse, et que le passage serait désormais ouvert dans son empire à tous ceux des missionnaires oui, de toutes les parties de l'Europe , voudraient se rendre par terre à la Chine et aux Indes pour y prêcher l'Evangile. La joie qu'en eut Clément XI ne con* tribua pas peu à tempérer la douleur que lui avaient causée les nouvelles de ta Chine. Cette solennelle ambassade fut suivie d'une autre qui ne lui donna pas moins de consolation ; c'était Auguste, roi de Pologne, qui lui envoyait le baron de Schenk, pour l'é^ clainer sur le traité d'Alt-Ranstad, qui lui avait causé tant de peine. Ce prince sentait que Clément XI en aurait conçu les plus grandes inquiétudes, par rapporta ce qui y avait été stipulé sur quelques points de religion , et il ne voulait, m lui laisser soup- Î;onner qu'il y eût de sa faute , ni aussi lui aisser ignorer la détermination où il était de corriger, à la première occasion, ce qu'il y avait eu de délectueux. Il lui ât donc savoir qu'au moment où il avait eu connaissance du traité» il avait compris combien lu religion aurait à souffrir de certaines conditions qu'on y avait insérées , et qu'il se
fi9
ALD
D::S CARDIiSAItX.
ALB
ocrait bien gardé d*adme(tre , s*il arait été en son pouvoir de les rejeter. Ses ministres avaient tout fait h son insu; ils lui avaient oaché leurs menées, dont il n*avait été insfruit que lorsqu'il ne lui était plus possible d*y remédier. Pour les punir de leur perfidie, il était résolu de les destituer de leurs emplois : ce qu'il 6t en effet. Pour donner plus de poids h ses discours, Tambassadeur remit au Pape la minute d'un manifeste que le roi allait répandre, et qu*il répandit en effet dans toutes les cours de l'Europe; il y parlait'du traité d*Att-Ranslad, comme d'nn acte extorqué par surprise, accepté par contrainte , et préjudiciable à la religion. Cns nssurances tirent d'autant plus de plaisir à Clément XI , qu'elles lui donnaient lieu d'espérer que, selon sa promesse, le roi Aufi^usfe ferait élever le prince électoral de Saxe, son fils aîné, dans la foi orthodoxe.
Dès que ce monarque eut appris combien le Pape était content de ses sentiments, il résolut de faire éclater sa foi par de nouveaux témoignantes. Il se trouvait alors à Dresde dans ses Etats de Saxe ; près de son palais était un théâtre, le plus grand peutêtre qui fût en Europe. Il en fit une église , qu'il consacra à l'usage des C/itholiques, 'et travailla lui-même aux magnifiques peintutures dont il Tembellit; L'ouvrasse terminé, le cardinal de Saxe en fit lui-même la consécration , et il ouvrit la cérémonie avec le plus pompeux appareil; il j célébra la cérémonie de la Pâque; il y ofBcia plusieurs fois pontificalement, donnant les sacrements du baptême et de la confirmation aux enfants , et distribuant la communion aux adiilies.
Aillpurs Cléffli?nt XI eut quelques maux h guérir. Dans le royaume de Naples , les Espagnols avaient usurpé quelques droits qui blessaient le pouvoir et Tautorité de l'Eglise. Clément XI s'adressa au duc d*Escalona, vice-roi pour Philippe V, et, par son moyen, il fit rentrer les usurpateurs dans les bornes de leur devoir. En Savoie, il s'était glissé quelques abus contre les immunités de l'Eglise. Dans le Parmesan et le Plaisantin , relevant du Saint-Siège , les Allemands forçaient les prêtres mêmes d'aller recueillir les provisions qui se faisaient pour leur armée. Après en avoir inutilement porté ses plaintes à Tempereur et au duc de Savoie, le Pape condamna de |)areilles entreprises ; il publia en plein consistoire la censure qu'il en avait porté, et il les fil cesser. L'archevêque d'Embrun, Charles de Genlis, prétendait soustraire à toute juridiction immédiate du Pape, la partie de son diocèse située dans la Savoie, quoique le Sainl-Siége y ait toujours eu des prérogatives particulières : il s*éleva contre les ordonnances publiées par le nonce de Turin ; il s'immisça dans le gouvernement du diocèse de Nice : enfin il en était venu jusqu'à porter devant les magistrats du Piémont des affaires qui ressortissaient uniquement de la puissance spirituelle. Par un seul bref. Clément XI fui ouvrit les yeux sur i'injuslico
de ses prétentions, et il le détermina h s'an désister.
Le roi d'Espagne avait résolu d'envoyer en France ceux des principaux de ses sujets qui étaient accusés de jeter le trouble dans ses Etals, avpc prière h Louis XIV de les enfermer dans des citadelles, pour leur ôter tout moyen de remuer, même de loin. De ce nombre étaient Guzman , patriarche des Indes; Sains, évêque de Barcelone; Sandoval, évêque de Ségovie ; Prias , membre du tribunal de l'inquisition, et plusieurs autres dignitaires ecclésiastiques. Sans s'opposer au juste dessein qu'avait le roi d'Espagne de prendre toutes ses sûretés à leur égard pour prévenir de plus longs troubles dans ses Etats, le Saint-Père lui représenta que les lois de l'Eglise pourraient se trouver blessées de cette détention ; mais il s*of« frit de les attirer à Avignon , de répondre de leurs personnes, de leur abandonner cependant la ville pour prison , et de laisser libre cours à la justice , pour qu'ils fussent jugés selon les règles canoniques. PhiiippeV s'en montra si satisfait, qu'il les lui envoya dans le Comtat , et qu'il lui laissa le snin d'approfondir leur cause. Le Pape examina dans la dernière rigueur les plaintes articulées contre eux; il les fil jouir cependant de leurs revenus qu'on avait tous séquestrés. Guzman mourut à Avignon ; Tévêque do Ségovie y demeura cinq ans, après lesquels il retourna dans son évêché; Salas fui fait cardinal, et alla mourir à Rome. Parmi ceux qui restaient, plusieurs furent renvoyés absous , et les autres furent punis , sur le jugement du Pape, d'une manière proportionnée à leurs fautes : par ce moyen, la révolte fut châtiée, et la juriiiiclion de l'Eglise préservée de toute alteinte.
Le Pape porta son ailention jusque sur ceux des prêtres espagnols qu'on s'était contentés de bannir de leur patrie, sans leut* Ater ailleurs la liberté. lî voulut savoir quels étaient parmi ceux-là les téméraires qui s'étaient soulevés contre leur roi, et les imprudents oui , sans mauvais desseins, avaient donné lieu à leur eiil. Il convint toutefois qu'il avait été sage au prince d'écarter les uns et les autres, et qu*il y aurait eu du danger à les rappeler en Espagne, tant que les troubles ne seraient pas eniièrement apaisés ; mais il demanda qu'on mtt quelque différence entre les plus et les moins coupables : et comme ils avaient tous perdu leurs revenus, il obtint qu'on les fit toucher dans le lieu de leur bannissement à ceux qui se trouvaient seulement accusés d'avoir manqué de circonspection dans leurs discours, il ohtinl aussi qu'on usât de quelque indulgence envers ceux des prêtres qu'un avait, pour les mêmes raisons, surchargés, d'impAls dans les royaumes d'Aragon et de Valence, où la rébellion était plus déclarée; il contint dans le devoir Tarcbevêque de Snragosse, qui avait entrepris de la fomenter. En vue de l'y contraindre, il lui donna deux mois pour réparer le mal qu'il avaii fait , dans une
ALB
l>ICT10N?«AmE
lettre où W prêchait la révoKe au clergé, et où il enseignait des maximes toujours réprouvées par l'Eglise ; et , faute d'j avoir été par lui pleinement satisfait , il déclara qn*il allait agir contre lui selon toute la rigueur des canons. L'archevêque obéit, et le roi d*Espngne se sentit si obligé de cette attention du P»pe à contenir dans le devoir tes prêtres espagnols , qu*il promit de lui témoigner en toute occasion sa reconnaissance. Tant d*équilé dans le Saint-Père lui avait gagné les cœurs des rois de France et d'Espagne : l'un et Taulre lui écrivirent qu'il Tenait de naître à Madrid un prince des Asturies. A celte nouvelle, Clément XI y envoya Pallavicinij pour complimenter Philippe Y sur la n&issànce de son fils, et pour lui présenter les langes.
Les ministres protestants assemblés à Augsbonrg venaient de répandre un écrit où on lisait les propositions suivantes :
« Qu'uni''® ^^ co"f®^^*^*^ d'Augsbourg et la religion catholique il n'y a aucune différence notable, et qu'on peut se sauver dans Tune comme dans Taulre ; ainsi décidée l'occasion du mariage d'un certain roi catholique avec une princesse de la religion évan- Sélique. » La princesse dont ils parlaient, taitElisabeth Christine, princesse de Wolfenbutel fille du duc de Brunswick et de Lunebourg, promise 5 Charles, archiduc d*Autriche, et frère de l'empereur Joseph.
Le public ne s'arrêta qu'à l'aveu formel des ministres protestants, qu'on |:»eut se sauver dans la religion catholique, pour en inférer qu'elle est au moins la plus sûre, puis qu'on est d'accord également de part et d'autre qu'on peut s'y sauver; mais Clément XI alla plus loin. La princesse lui avait écrit pour lui apprendre sa soumission à l'Eglise et pour le reconnaître comme son chef dans la religion sur la terre. Le Pape voulut qu'elle s'expliquât nettement sur l'autre membre de la proposition des ministres protestants, et il lui Qt dire qu'elle eût à reconnatlre qu'on ne peut pas se sauver dans la confession d'Augsbourgoti qu'elle n'aurait de lui aucune réponse. Elle le fit avec cette sincérité qui ne s'est jamais démentie en elle. Elle abjura toutes ses erreurs, dans la métropole de Mayence, entre les mains de l'archevêque électeur. Le Pape lui répondit dans toute l'effusion de son cœur. Depuis longtemps, il se formait en Hongrie imparti de factieux qui ne cherchaient qu'à secouer le joug. Ils ne connaissaient rien de sacré : après s'être lumulluaircment soulevés contre le trône, ils violaient la sainteté des églises: non contents d'en saisir les revenus, ils disposaient de ses domaines, pour subvenir aux frais de la guerre qu*ils projetaient de soutenir contre leur propre souverain. La guerre d'Espagne et dltalie, qui occupait toutes les troupes do l'empire, redoublait leur audace. Ils en vinrent jusQu'à publier des ordonnances où, de leur chef, ils disposaient également des droits de l'empereur et do ceux du Pape: on parlait hautement de se donner au nou-
veau roi, et on assurait que leclergé y allait bientôt procéder à la tête de tous les ordres du royaume.
Les Hongrois ont toujours eu une grande déférence pour le Saint-Siège ; saint Etienne mit autrefois toute la Hongriesous la protectionde saint Pierre. L'empereurne l'ignorait pas ; il recourut au Pape, le priant d'interposer toute son autorité, pour tâcher d'arrêter les progrès du soulèvement. Le Pape en écrivitauxévêques. et aux autres dignitaires ecclésiastiques, blâmant ceuxd'enir'eux qui avaient part à la révolte, leur défendant d'assister à aucune assemblée qui pût fomenter la cabale, et les menaçant de tout le poids des censures, s'ils persistaient. Ce qu'on avait vu autrefois, qu'au seul nom du Pape les divisions intestines avait entièrement cessé en Hongrie, on le vit encore alors. Dès que le cardinal de Saxe-Zeitz,évêque de Raab« et primat "du royaume» eut communiqué aux ecclésiastiques les lettres de Clément XI, ils les reçurent avec vénération. L'exemple du clergé du premier ordre en- * traîna tous les autres ordres de l'Etat : les ordonnances séditieuses furent révoquées, et on n'eut plus de soulèvement à craindre. L'empereur ressentit le service que Sa Sainteté venait lui rendre ; du moins il en profila: mais pour tout remerctment, il ne lui envoya que des plaintes, comme si en /assoupissant les troubles de Hongrie, le Pape y eût afi'ectéla souveraineté.
Le monarque signa peu après, avec le roi de Suède, un traité où l'on enlevait plus de cent églises aux Catholiques, particulièrement dans la Silésie : on les donna toutes aux protestants. Pour adoucircependant un si violent article de la convention, il y fut inséré qu'il serait libre aux Catholiques d'annoncer l'Evangile aux peuples qui ne l'avait pas encore reçu, et de construire de nouvelles églises, pour remplacer celles qui leur étaient enlevées : le Pape, affligé d'un tel traité, écrivit aux Eglises intéressées.
L'empereur averti des efforts du Pape pour empêcher l'exécution du {traité, et de la disposition où étaient ses propres sujets catholiques, de périr raille fois plutôt que d'y acquiescer, n'eut pas de peine à concevoir que, dès que les troupes de Charles XII se seraient éloignées, les Catholiques rentreraient à force ouverte dans tous les postes qu'on leur avait ravis: il écrivit au Pape de sa propre main, que ce qu'il avait accordé aux Luthériens, étaient des concessions forcées ; qu'il avait été contraint de plier sous la volonté du roi de Suède ; mais qu'il espérait effacer un jour la tache qu'il venait d'imprimer à son nom, en signant des conditions si peu convenables. Clément XI n'hésita pas à lui répondre que, parmi les articles du traité. « Il n'y en avait pointdont on eût paru vouloir moins prendre la défense Que de ceux qui concernaieut la religion catholique. «
L'empereur le sentait; mais il n'avait pu faire autrement. D'ailleurs il avait une espèce d'aversion contre le Pape, qu'il croyait porté
IW
àJLB
ALB
pour le roi d'Espagne. I) ne lui accordait que le moins qu i] pouvait. Il fallut toutes les instances, toutes les importunités du Pontife pour le faire consentir à rétablissement, h Lintz, d'un collège destiné à déjeunes Orientaux qui, retournés dans leur pajs, pussent y répandre la foi qu*ils auraient comme sucée en Allemagne [1708].
Le conseil de Brabant favorisait ouvertement le jansénisme : sur Tavis que lui en donna l'archevêque deMalines, le Pape pria l'empereur de vouloir bien réprimer une pareille licence dans ses magistrats séculiers, et leur apprendre ({u'en matière de foi, ils n'ont d'autre partie prendre que celui de se soumettre. Leduc de Hanovre se trouvait alors à Hildesheim, ville de l'éleclorat de Mayence. Il voulut favoriser en ce pays les coreligionnaires. Sachant que Tempereur avait besoin d'argent pour l'entretien de ses armées il offrit de lui prêter une somme considérable, à condition qu'on lui donnerait en gage les droits et les revenus del'évêchéd'Hildesheim. Dèsque le Pape en fut instruit, il traversa ce projet de toutes ses forces et réus.sit à le faire échouer.
Cependant on s'efforçait de donner de la vogue à un écrit du P.,Ouesnel, de 1 Oratoire, intitulé: Le Nouveau Testament en français^ avec des réflexions morales sur chaque versel. Le livre contenait des propositions identiques à celles qui avaient été déjà condamnées par les décrets des conciles et des Souverains Pontifes dans Jean Huss, Calvin, Luther, Baïus, Jansénius et autres. Clément ICI porta, en juin 1708, un décret par lequel il condamnait ce. livre comme « contenant une doctrine et des propositions séditieuses, téméraires, pernicieuses, erronées, déjà condcmnées, et respirant manifestement l'hérésie de Jansénius. » Le décret du Pape ne fut pourtant pas reçu en France, à cause de certaines clauses.
Clément XI vint aussi à bout de détruire, au moins en grande partie, les abus et les empiétements qui s'étaient introduits dans les duchés de Berg et de Juliers ; mais il lui fallut des années pour remédier à tant de maux. 11 assoupit encore une nouvelle persécution qui s'élevait dans la Grande-Bretagne contre les Catholiques . C'était à l'occasion d'une descente que Jacques III, connu sous le nom du Prétendant, avait voulu tenter en Ecosse, où il avait des intelligences, et qui avait échoué par suite d'une maladie qui lui survint au moment de s'embarquer. La reine Anne, sa sœur consanguine, en conçut du ressentiment : elle commençait è sévir contre les Catholiques; mais par les soins de Clément XI, elle prit le parti de dissimuler, et la persécution cessa.
) Le comte de Daun, vice-roi de Naples pour l'empereur, qui depuis peu s'était rendu maître de ce royaume, demanda au Pape la permission de taire passer quelque cavalerie sur ses terres. Il désira que le passage lui fût libre par la Marche d Ancône et la Bomagne, pour aller de Naples dans la
Lombardie : il l'assura que les cavaMers n'excéderaient pas le nombre de deux mille; qu'ils ne se détourneraient point de la routft qui leur aurait été marquée, et qu'ils n'y feraient aucun dégât.
La demande ne laissa pas d'être fort dure pour le Pape. Les pays qui, dans l'Etat ecclésiastique, bordent la mer Adriatique ne sont pas propres à l'entretien de la cavalerie; c'est cependant la route qu'on lui demandait par ses Etats. On était alors an printemps : il s'en fallait beaucoup que le foin et les avoines fussent è maturité; les campagnes d'ailleurs n'en sont pas fort pourvues : les moissonner avant le temps, c'était causer une perle considérable. Le Pape n'avait pas oublié les ravages '^des troupes allemandes. Il 6t exposer toutes ces considérations au comte de Daun. Cependant, pour prouver sa bonne volonté, nonseulement il accorda le passage demandé, mais il donna des ordres pour qu'on préparât sur la route tout ce qui était nécessaire à l'eritretien de deux mille cavaliers. On convint de la somme que donneraient les Allemands pour payer les frais de leur passage, et le vice-roi se déclara satisfait.
Clément XI croyait avoir mérité les actions de grâces de l'empereur et de l'archiduc, lorsqu'il apprit que, par l'ordre de ce dernier, on avait oublié à Naples et h Milan un édit portant défense è qui que ce fût de ces deux nations, de faire passer aucune espèce d'or ou d'argent dans les Etals pontificaux. Peu de jours après, on en publia un second, par lequel il était ordonné de saisir les revenus (!e tous lesecclésiasiiqucs oui, ayant des bénéfices dans le Milanais et dans le royaume de Naples, n'y faisaient pas actuellement leur résidence, et de les tenir séquestrés jusqu'à nouvel ordre. C*était, en grande partie, s'emparer des revenus des cardinaux et de là prélature romaine.
Sur de telles nouvelles, le Pape étonné en fit demander la raison au cardinal Grimani, chargé des affaires de l'empereur auprès du Saint-Siège. Le cardinal dit confidemment que c'était pour user de représailles envers le Pape, de ce que, quand l'archiduchesse avait traversé I Italie pour aller joindre le prince son époux, à Barcelonoe, Sa Sainteté ne lui avait pas envoyé un léga^ sur sa route pour la complimenter comme reine d'Espagne. Ce qu'il y avait en cela de plus incompréhensible, c'est que, quand le Pape s'était mis en devoir de députer vers cette princesse, c'était ce même cardinal Grimanf, qui l'avait détourné de ce dessein par les demandes peu convenables qu'il lui fit b ce sujet, et par l'assurance qu'il lui donna qu'il valait mieux ne rien faire du tout. Le Pape n'avait pas encore reconnu Philippe V pour roi d'Espagne, quoiqu'il fût en possession de son royaume, et le cardinal Grimani voulais qu'il reconnût pour reine Tarcbiduchesse qui n'y avait pas encore mis le pied. C'est sur cela que le cardinal Grimani l'avait assuré qu'il valait mieux n'adresser è la prin-
ALB
ALB
cesse aucune légation, et que la ctinr de Vienne en saurait encore piqs de ^ré. Dans un écrit. Clément XI exposa les raisons
Su'il avait eues, comme Père commun des dèles, de ne pas se déclarer pour Tun des deux princes plutôt que pour l'autre; de leur offrir cependant sa médiation, comme il avait fait, pour lâcher do terminer leurs différends à l'amiable; et, n'ayant pu y réussir, d'attendre les événements pour reconnaître celui des deux è qui la couronne d'Espagne demeurerait. Ces raisons furent
Soûtées par les cours de Vienne et de Marid où on les envoya. Mais la perfidie du cardinal Grimani n'en devait pas rester là. « Celles des troupes impériales qui devaient aller de Naples dans la Lombardie, traversèrent les Elats pontificaux sous la conduite du comte de Bonneval : mais après être sorties de la Romagne, elles y rentrèrent, comme en pays ennemi, sans pourtant avoir déclaré la guerre au Pape. Elles se saisirent de Commachio, place forte appartenant au Sainl-Siége; elles y établirent une nombreuse garnison, arborèrent l'étendard do l'empire; et s'y logeant comme dans une forteresse qu'ils auraient prise de bonne guerre, dès le lendemain elles voulurent courir la campagne pour piller aux environs tout ce qui se serait trouvé à leur portée. Mais le cardinal Casani, légat dans Ferrare, ayant été averti, et ayant fait venir à la hâte quelques troupes du voisinage, leur donna !a chasse et les repoussa dans leur fcrl.
Clément XI écrivit à l'emperrur; il réclama au nom de l'équité, au nom des lois divines et humaines. Joseph temporisa; il répondit qu'il ferait de son mieux pour donner salisfaclion ; ensuite, se voyant pressé de tenir sa parole, il donna des promesses vagues et ambiguës. Enfin, forcé de s'expliquer, il déclara que « Commachio, avec toutes ses dépendances, appartenait h son empire; qne Clément VIII n'avait pu légitimement l'acheter de la maison d'Esté, à laquelle les empereurs l'avaient autrefois donné avec pouvoir de le racheter euxmêmes; que ses prédécesseurs pouvaient «voir vu sans envie une ville riche et un pa3rs si fertile dans les mains des Papes; mais qu'aujourd'hui cette place devenant nécessaire pour ses intérêts d'Italie, il prétendait user de son droit de la reprendre, et Ja garder après l'avoir reprise. »
Il ordonna donc que les habitants de Commachio et de tout son territoire eussent à lui prêter serment de fidélité, comme à leur seul et légitime souverain. Pour empêcher que le Pape ne le reprit, il Gt défiler 22 mille liommes du côté de Bologne et de Ferrare. C'est là que ses troupes avaient commis peu d'années auparavant de si grands dégâts. Elles tes renouvelèrent alors. Les généraux allemands s'y regardaient comme en pays conquis» ils établissaient des impôts dont nul n'était exempt; riches et pauvres , prAtrès et séculiers, tous y étaient assujettis sans distinction. La somme dont ou était conve-
nu pour le passage de deux mille hommes d'> cavalerie, ne fut jamais payée , quoique re corps, ai! mépris de la parole donnée^ eût été considérablement augmenté. On arrêta les courriers chargés des dépêches du Pape, et on les intercepta. On emprisonna diverses personnes dont le crime était de se montrer attachées h leur légitime souverain. Plus on employait de prières pour engager les auteurs de tant de troubles h relâcher quelque chose de leur injuste rigidité, plus ils se portaient è de^violents excès. Les soldats luthériens, enhardi par la tolérance de leurs chefs, pillèrent les églises, profanèrent les vases sacrés, se répandirent en imprécations contre le Pape, les prêtres, les saints. *
Clément XI eut beau demander qu'au moins par respect pour Dieu on mtt fin à une si étrange licence. N'y pouvant réussir, et ne pouvant souffrir chez lui de telles abominations, à la sollicitation du Sacré Collège et malgré sa répugnance, il prit le parti de lever une armée. Ses revenus se trouvant alors épuisés par ses charités, et les taxes qu*il se vit obligé dimposer ne pouvant être levées aussi promplement que le demandait rétat présent des choses, il prit au château Saint-Ange cinq cent mille écus d'or du trésor que Sixte V y déposa autrefois , pour servir dans de telles extrémités. Il leva vin^r mille hommes, tant cavalerie qu'infanterie tous pris du seul Etnt ecclésiastique ; il en leva trois mille dans le comtal d'Avignon, et en soudoya cinq mille autresque lui envoyèretit les Puisses des cantons catholiques. Les riches Romains, pour lui marquer leur attachement, se taxèrent eux-mêmes à lui fournir un certain nombre de soldats. Le Pape fit venir du canon, des munitions de guerre, et son armée se trouva en état de prévenir les nouvelles hostilités dont il était menacé. Plusieurs grands de ses Etats fondirent leur vaisselle pour venir à son secours. Cette armée mit fin aux déprédations des Impé riaux.
La cour de Vienne fit alors publier un édit, portant que les duchés de Parme et de Plaisance relevaient de l'Empire; on agit en même temps auprès du duc de Parme , Farnèse, pour* l'engager h refuser au Pape le tribut ordinaire qu il lui pavait : mais ce prince ne voulut pas môme écouter une pareille proposition.
L'empereur venait d'envoyer à Naples le cardinal Grimani, en qualité de vice-roi , à la place du comte deDaun, qu'il avait fait passer dans la Romagne pour l'y mettre à la tête de ses troupes. Ce cardinal n'eut pas plutôt pris possession de sa vice -royauté qu'il éclata contre lé Saint-Siège avec la même animosité qu'aurait pu montrer l'ennemi le plus déclaré. Ses mesures furent telles qne le Pape y b la sollicitation du Sacré-Collége, pensait à lui ôter le chapeau de cardinal.
L'empereur, informé que les princes catholiques se concertaient pour venir au secours du Saint-Siége« parut alors se radoucir» et vouloir écouter des propositions d'accommodement. Le grand-duc de Toscane et le
fST
ALB
ALD
comte palatin furent priés d'intcrTcnir comme médiateurs ; ils acceptèrent l^oÛTre, et, de pBrt et d'autre» on agréa leurs bons offices. On était alors au commencement de 1709. Dans le précédent mois de décembre* le Tibre arait » par le débordement de ses eaax, inondé encore une grande partie du Mjitium: eit seïoa l'ordinaire, l'inondation arait amené des maladies qui, pendant Tes-
Kee de deux mois, continnèrent à emporter aocoup de monde. Cependant, dès lesprc* miers jours de la nouvelle année, la tempé« rature semblait annoncer une espèce do printemps anticipé, lorsqu'elle tourna au froid , et se changea en ce rude hiver , dont le souvenir ne s'est pas encore effacé.
Les Romains sont si peu accoutumés à essuyer de rudes hivers, que la plupart n'ont pas même de cheminées dans leurs appartements. L*hiver de 1709 fut si rigoureux que plusieurs en moururent ; il s*alluma dans Rome et aux environs des inflammations de
Kitrines extraordinaires : les cardinaux Co- *edo t Cencî et d*Ësle en furent atteints et emportés. Les arbres fruitiers et les iégu mes ne purent pas non plus résister à la rigueur de la saison. La terre dévora le^rain qu*on lui avait confié , et toute la moisson périt. Un tel désastre demandait du secours : le Pape ouvrit las greniers publics, et pourvut à la misère commune. Son comtatd*Avignon ne fut pas oublié : il y Qt transporter mille charges de blé dont il fit présent à la ville, et en ajouta cinq mille autres qu'il y fit distribuer a bas prix ; il y joignit encore de grosses sommes d'argent , pour être distribuées aux pauvres.
Ses peuples de la Romagne devaient être plus k plaindre aue les autres : indépendamment de la calamité commune, ils soutenaient chez eux tout le poids de la guerre. Pour subvenir à leurs besoins « il envoya
Klus de blé encore du côté de Ferrare et de ologne, qu'il n*en avait envoyé à Avignon, et il donna une double paye aux officiers et aux soldats de son armée.
La paix se conclut enfin entre le Pape et l'empereur. Les conditions furent, que l'empereur et l'archiduc révoqueraient les édils publiés à Naples et è Milan contre les droits de l'figlise; que les troupes allemandes sortiraient des provinces dépendant du Saint- Siège; et que, de son côté, le Pape licencierail toutes celles qu'il avait levées depuis peu. Par rapport h Commachio , comme le duc de Modène venait , à son tour, de faire valoir des prétentions à cette province, il fut ré^lé que le Pape choisirait lui-même un certain nombre de cardinaux pour les examiner, et que cette affaire serait terminée à Tamiabie. Il fut stipulé aussi que le nonce du Pape serait rappelé à Vienne, et que le Pape reconnaîtrait I archiduc pour roi d'Espa* gne.
Dans le. fond, c'est pour ce dernier point seul que Tempereur avait fait la guerre au Pape ; et c'est aussi pour mettre fin h cetie giierre que le Pane le lui accorda. Il le lit sur le modèle d une bulle de Clément V,
DicTiONif. DES Cardinaux.
par laquelle on ne prétend avouer dans les princes qu'on reconnaît pour souverains, aucun autre droit que ceux qu'ils possèdent. Par ce moyen, en reconnaissant l'archiduc pour roi d Es^iagne, il déclarait ne le reconnaître en cette qualité que pour les seules possessions qu'il y avait, et qui consistaient dans l'occupation de Barcelone et d'une partie de la Catalogne seulement. Par ce moyeu, il croyait ne préjuger en faveur d'aucun des deux princes, et ne préjiidicier aux droits ni de l'un ni de l'autre.
L*armée des impériaux sortit des terres du Saint-Siège, après avoir indemnisé les peuples qu'elle avait foulés. L'empereur Qt comprendre qu'il avait agi, dans ces tristes circonstances, par des impulsions étrangères et contre son propre cœur; il fit assu* rer le Pape gu'il se promettait à l'avenir une parfaite intelligence avec lui. Le Pon« tife ne fut ni moins exact, ni moins prompt h remplir les conditions du traité. Il congédia les troupes nouvellement levées ; il supprima, pour soulager son peuple, une grande partie des impôts qu'il avait établis; ii diminua les autres; il ne les laissa même subsister qu'autant de temps qu'il en fallut pour remplacer au château Saint-Ango les cinq cent mille écus tirés du trésor de Sixte V, et pour former cette somme d'une manière moins onéreuse à ses sujets t il y contribua de ses propres revenus.
De son côté, Philippe V trouva mauvais
aue le Pape eût reconnu l'archiduc pour roi 'Espagne , croyant y voir ses droits bles* ses; et, pour marquer son mécontentement, il renvoya de Madrid Zondodariqui y était en qualité de nonce; ri le fit conduire, sous bonne escorte f hors des frontières de son royaume ; il y fit fermer le tribunal de la nonciature, et s'empara de tous les registres qui s'y trouvèrent. Il défendit à tous les évoques d'avoir aucun rapport avec le Pape. Clément XI alors défendit à Moiinez, auditeur de Rote pour l'Espagne, d'exercer les fonctions de sa charge. Cette rupture n'eut pas de suites. Il ne s'en parla plus de part ni d'autre » et on attendit tranquillement qu'il se présentât quelque conjoncture fa* vorable pour remettre tout sur Tancien pied.
Il s'était répandu un bruit confus que Frédéric IV, roi de Danemark , n'était pas éloigné de vouloir embrasser la foi catholique. Un voyage qu'il fit alors en Italie, sous le nom emprunté de comte d'Oldenbourg, ne contribua pas peu h confirmer cet espoir dans l'esprit du Pape, On avait d'abord dit que ce prince allait à Rome; mais on apprit peu après que, de Venise, ce prince avait pris sa route vers Florence, et que ce serait là le terme de son voyage. MaisClément XI ne désespéra pas d'en tirer quelque avantage pour ceux des Catholiques qui habitaient le Danemark; et, dans l'empressement de son zèle, il n'avait garde de manquer une si belle occasion. Il dépécha donc vers lui ses deux neveux, Charles et Alexandre Albani : ils allèrent le recevoir
ALB
DICTlOiNNAlRE
ALB
è Bologne ; ils raccoropagnèreni h Ferrare ; ils le suivirent tout le tenAps qu'il fut dans les Etats du Sainl-Siége, et ils lui firent rendre partout les plus grands honneurs. K en juger par les termes obligeants dont il leur parla du Saint-Siège, ils purent comprendre qu'en effet il avait un grand penchant pour la religion catholique. Il les combla d'honnêtetés, et les conjura de bien assurer leur oncle qu'il aurait toujours en lui un bon ami. Le Saint-Père lui avait ftit une politesse, h laquelle il parut fort sensible. Dans le temps qu'41 passait par les Etats du Pape, on y condamna un gentilhomme de grand nom h perdre la tête sur l'échafaud. Frédéric, sollicité par les parents du crimi« nel, paraissait souhaiter sa grâce; mais, par réserve, il n'osait ni la demander, ni s'en expliquer. Les neveux, instruits de son désir, et suspendant l'exécution de l'arrôt , en donnèrent avis è leur oncle qui, sur-lechamp, fit expédier la grflre au nom du roi de Danemark. Il est des traits qu'on n'ou« blie jamais; Frédéric parut toute sa vie avoir conservé le souvenir de celui-là* il accorda, dans ses Etats, tout ce que le Pape lui demanda en faveur des Catholiques : il dispensa les ecclésiastiques du logement des gens de guerre, qui leur élait très h charge; et» non coLtent de les rétablir dans leurs anciens droits» il leur accorda de nouveaux privilèges.
Cest le 15 avril 1709 que, de l'avis du Sacré Collège, le Pape avait député ses deux neveux pour aller recevoir è l'entrée des Etats de l'Eglise le roi de Danemark. Dans le môme consistoire, il fut question de prévenir un projet dont les protestants se promettaient de grands avantages. L'Europe entière était fatiguée de la suerre : chaque puissance soupirait après la paix. On en publia à La Haye des arlicUs préliminaireê que les hérétiques avaient forgés à leur gré : les protestants de Hollande y demandaient la Gucldre, province des Pays-Bas» à l'empereur. Pour empêcher qu'ils n'en devinssent les maîtres, et que la foi orthodoxe n'y souffrit sous leur domination , Clément XI ordonna à son neveu.Annibal de se transporter auprès de l'empereur et de quelç[ues autres princes, pour les engager h rejeter «e projet. Une autre mission d'Annibal Albani» c'était de protiter de l'entière défaite de Charles XII, pour réparer en Pologne les maux qu'y avaient causés à l'Eglise sa présence et son autorité. Depuis le jour où, vainqueur des Danois et des Russes , il eut défait les Saxons commandés par le duc de Courlande» et subjugué la Lithuaoie» les hérétiques^ Qers de sa protection » n*avaient plus connu de frein : l'occasion de les réduire était entin devenue favorable* Renfermé è Bender, le roi de Suède n'était plus en situation de leur continuer son appui. Il fallait profiler de la conjoncture, et Le neveu du Pape n'eut pas do peine à y réussir. Sur ces représentutions , et du conseoteineut des principaux seigneurs, le roi Auguste fit ra^ ser eu grande partie les temples que l^s hé-
rétiques avaient construits pendant la dernière guerre, et il donna les autres aux Catholiques. Les évèquos chassés de leurs diocèses rentrèrent dans leurs sièges. L'évoque de Culm avait lâchement abandonné son troupeau. Après avoir été blâmé de sa désertion, il reçut ordre de rentrer dans son église» et d'y réparer tous les maux qu'avajt occasionnés son éloignement. Les chanoines de Posnanie qui » en l'absence de leur évèque, n'avaient pas réclamé contre les violences, eurent la confusion de voir leur conduite censurée.
Tant de soins devaient altérer la santé du Pontife; à la fin elle succomba sous le poids des affaires. Au commencement de 1710, il fut attaqué d'une espèce de langueur» accompagnée de violents maux d'estomac, et d'une fluxion sur la jambe» qui ne lui permettait aucune action. Il garda le (il quelques jours ; mais l'ayant quitté trop tôt pour se remettre aux affaires » la fièvre le prit avec une diiricultè de respirer, qui fil d'abord craindre pour sa vie. L'attaque dura peu. La fièvre cessa et les douleurs se calmèrent. Cependant ses forces étaient si affaiblies que pour l'arracher au travail^ autant que pour lui faire respirer un bon air» ses médecins furent d'avis qu'il allât passer quelques jours à la campagne.
Castel-Gandolfe n'e^t qu'à quatre lieues de Rome. L'air y est très-pur» et les Papes y ont un beau palais. C'est là qu'on le conduisit; et c'est là aussi qu'il parut plus grand peut-être parmi les peuples de la campagne» qu'il ne lavait été au milieu de sa cour.* Il trouva te secret de faire de ses délassements mêmes les plus granJes œuvres de- piété. Aux environs de Gastel-Gandolfe est une chapelle appelée délia Ricchia; et à quelqueii milles de la» du côté deFrascati» il y en a une autre» nommée de GroUorFerrata^ qui est dans la môme vénération. Il en fit le terme de toutes ses promenades. Quand il sortait» c'était pour aller un jour dans rune» et un jour dans l'autre» vaquera la médilbf tion et è la prière. Il voulut que» pendant tout le temps de son séjour» on fit régulièrement» matin et soir» dans les églises de Cas» tel-Gandolfe et d'Albano, qui n'en est distant que d'un demi-mille» des discours au peuple, et divers autres exercices de piété» auxquels on le vit souvent assister. C'ét'ait un spectacle touchant de voir ce grand Pape aller examiner par lui-môme comment les curés de ces villages faisaient leurs instructions à leurs paroissiens et le catéchisme aux enfants. A la fin de celte espèce de mission, il y eut en une seule matinée plus de vingt-deux mille personnes qui» venues de tous les lieux d'alentour» communièrent dans les seules églises do Castel-Gandolphe. Il alla lui-môme leur distribuer la sainte communion pendant plusieurs heures. C'est ainsi qu'un voyage ordonné pour sa santé, devmt pour plusieurs un moyen de salut» et pour tous un sujet«d'édificaiion.
A son retours Rome» ces divers peuples le suivirent jusque dans sa capitale avec des
ALB
ALB
c^Î8 d*allégresse, el Rome même, empressée de le revoir, sortit tout entière hors de ses murs pour aller à sa rencontre.
Sa sanléy cependant, n'était pas si bien réta^Ue^ qu*îi n'eût encore de temps en temps quelques ressentiments de fiôfre, et qu*il ne passAt souvent des nuits entières sans sommeil. Mais son courage fut toujours au-dessus de ses forces. Le seul mal que craignit la fermeté de son âme, c'étaient les progrès de l'hérésie; et c'était celui dont il se voyait le plus souvent menacé, par la fureur avec laquelle les protestants abusaient chaque jour du besoin aue l'empereur avait de leurs troupes. Il n était point d'efforts qu'ils ne fissent pour gagner du terrain, el il n'était point non plus de mouvement que ne se donnât le Pape pour anéantir tous leurs desseins. Ses médecins craignirent plus d'une fois que cet acharnement des hérétiques ne fût seul capable de lui donner la mort.
Dans ce môme temps, le cardinal de Bouillon venait de quitter la France et de se retirer dans cette partie de la Flandre qu'occupaient les ennemis. En sorlaut du royaume, il avait écrit au roi en des termes que les ennemis mômes de la couronne ne pouvaient que désapprouver. Sa lettre fut eu* voyée au parlement de Paris, aQn qu'il en reconnût le caractère, et qu'on pût ensuite procéder contre lui sur un écrit de sa propre main. Le cardinal de Bouillon était doyen du Sacré Collège. Avant d'être ^levé à la papauté, Clément XI l'avait aidé dans Je commencement de sa disgrâce auprès de Louis XIV. Il Taimait encore ; mais ne pouvant en aucune façon JustiQer un écrit aussi peu mesuré que la leltre en question, il lui écrivit pour lui en marquer sa surprise et lai en témoigner sa douleur. Cependant il représenta au roi qu'en qualité de cardinal, son procès lui devait être fait par-devant le Saint-Siège. Louis XiV arrêta les poursuites du parlement. H promit môme, d'annuler tout ce qui était déjà fait à cet égard, et d'abandonner au Saint-Siège la discussion de cette affaire. Mais, non content de sa propre indulgence, il ne voulut pas môme que Rome lot fit son procès; il le laissa en paix dans le Brabant, et ne voulut plus en entendre parler.
. Les circonstances de la mort du cardinal Grimant méritent d'être rapportées ici. Ce cardinal avait établi à Naples, dont il était vice-roi, une espèce d'inquisition pour découvrir ceux des habitants qui n'étaient oas affectionnés à l'empereur. Les rechercnes qu'il en faisait, donnaient lieu à des délations qui commençaient h inquiéter les peuples. Le Pape en avertit le marquis de Prie, ambassadeur de l'empereur à Rome, qui en sentit aisément les conséquences, dans un temps ôi^ l'autorité de Tempereur n'était pas encore bien affermie, et qui conseilla au cardinal d'arrêter ses poursuites.
On en était, là, lorsque le cardinal Grimani eut la curiosité d'aller voir le miracle de saint Janvier. Ce miracle consiste en ce
que, lorsqu'on approche la tète de ce saint martyr diine ampoule de cristal , dans laquelle on conserve de son sang; ce sang,qni est habituellement figé dans son urne, se dissout peu à peu, devient entièrement liquide, vermeil, et bout ensuite continuellement, tandis qu'on le tient à côté de son chef. On les place deux fois l'année en présence l'un de l'autre, le 19 septembre, jour auquel l'Eglise célèbre la fête de saint Janvier, el le 23 mai, jour auquel on solennise la translation de son corps. L'une et l'autre fête se font à Naples avec octave. Pendant tout ce temps là le chef et le sang sont placés sur un môme autel, dans deux chasses de crystnl, et pendant tout ce temps-là aussi on voit le sang bouillir à côté de son chef. Le miracle est toujours nouveau pour les Napolitains qui v accourent en foule de tous les points, et il l'est encore plus pour les étrangers qu'il attire à Naples.
On venait de faire l'ouverture de l'octave instituéepour honorer ta translation du corps de saint Janvier. C'était le 23 mai 1710. Dès le matin, le sang du saint, ayant perdu sa consistance, était devenu liquide. On alla en avertir le cardinal Grimani qui voulut aller le considérer à loisir. Dès qu'il entra dans réalise, on remarqua que le sang commençait à se noircir; il se troubla encore plus pendant le peu de moments que le cardinal demeura à son prié-dieu pour v faire sa prière: mais, dès c|u'il fut monté à l'autel, et que de ses mains il eut pris l'ampoule où le sang était renfermé, pour l'approcher de ses yeux et le contempler de plus près, le sang s'éleva à gros bouillons, presque à la hauteur de l'urne ; il s'attacha de tous côtés au cristal qui le renferme ; il s'y Ggea, il s'y durcit, et, pendant tout le temps que le cardinal fut dans l'église, le sang persista dans le môme état. Chacun Qt sur cela ses réflexions. Le cardinal en parut encore plus embarrassé que les autres. On le vit extrêmement rêveur, et il sortit de l'égllse-sans dire mot.
Le lendemain il envojra savoir si le prodige continuait. On lui vint rapporter que le sangavaij repris sa première fluidité, et qu'il était redevenu vermeil. Cette réponse ne servit qu'à augmenter en lui un fonds do tristesse qui ne l'avait pas quitté depuis la veille. Cependant il reprit ses fonctions ordinaires, à cela près néanmoins qu'il ne parla plus des recherches qu'il avait ordonnées, et qui avaient été sur le point d'exciter du nouveaux troubles. Mais dès le lendemain de l'octave, et dès qu'on eut serré dans une armoire les deux reliques de saint Janvier, le cardinal commença à souffrir dans tout son corps des douleurs que ne purent jamais soulager tous les remèdes, et il passa ainsi près de quatre mois entre la vie et la mort. Enfin, le 19 septembre de la môme année, jour auquel on recommençait l'octave de saint Janvier, pour solenniserla fôle de ce saint, le cardinal expira dans les mômes douleurs que s'il eût été à la torture. L'unique signe de repentir qu'il eût donné.
ALB
ALR
par rapport a tons les chagrins qu'il avail causés au Pape» c'est que, sentant sa fin ap» procher, il lui avait dépôché un courrier, pour lui demander sa bénédiction apostolique. Dieu ne lui donna pas le temps de recevoir du Saint Siège celle marque d'amitié qu*il n'avait pas méritée, f^e Pape fît voir en cette occasion, comme en toutes les autres, combion il était plein de religion. A la nouvelle de sa mort, et d'une mort si tragique, il ne put rclenir SOS larmes. Il offrit h Dieu le saint sarrifice de la Messe pour le repos d'une âme qui semblait n'avoir été sur la terre que pour troubler son repos.
Pour terminer totalement sa paix avec Tempereur, restaient deux articles importants h décider: l'un concernait les Etats de Parme et de Plaisance, sur lesquels Teropereur disait avoir des prétentions; l'autre regardait les villes de Commacbio et de Ferrare, sur lesquelles le duc de Modène avait élevé deux difficullés. Ce duc voulait Qu'elles fussent un fîeide l'empire, et que rempereur les lui donnât moyennant un tribut qui lui serait payé: le Pape, au contraire, soutenait que ces difTérenis fîofs relevaient du Sflint-Siége. Par le traité de paix, il avait été réglé que toutes ces discussions se feraient à Rome; que l'empereur et le duc de Modène y auraient leurs agents ; et que, de concert avec quelques cardinaux délégués à cet effet par Sa Sainteté^ ces différends se termineraient entre eux à Tamiable. Pendant trois mois entiers, il se tint un grand nombre de séances, qui ne décidaient rien. Il fallut en venir à des écrits, dans lesauels ebacun s'étudiait è bien établir son aroit. Celui du Pape parut à tous les commissaires si solide et si clair, qu aucun d'eux ne parut plus former le moindre doute que Commactiio et Ferrare, qui étaient les points les plus litigieux, n*a[)partinssent au Sainl- Siége
Le Pape chargea son neveu Annibal, qui était à vienne, d*en demander à l'empereur la restitution. Ce prince promit d'y faire attention; mais il dit vouloir prendre du temps pour examiner mûrement cette affaire dans son conseil. Cependant il se rendit irës-facile pour procurer au neveu du Pape le succès de plusieurs autres affaires qu il soliicitait. C'est alors qu'Annibal Albani fit reftiser aui Hollandais la Gueidre qu'ils demandaient. C'est là encore qu'il termina la f[rande affaire qu'avaii suscitée en Lorraine e Code Léopoldin. Cc%i dans ce même voyaçe qu'il obtint du roi de Pologne, que ce prince ftt élever dans la foi orthodoxe Frédéric- Auguste, son fils atné, prince élec* loral de Saxe, et Aittoioe, duc de Brunswick et de Lunebourg. Il obtmt pareillement de l'empereur que les chevaliers de Malte, qui avaient été autrefois chassés de son royaume de Bohème, y rentreraient avec leurs anciens droits. Enfin il y pacifia les troubles qui étaioût survenus à Home, entre l'ambassadeur de Venise et les ambassadeurs des iirinces catholiques, reLativeuieut au rang
qu'ils devaient occuper auprès du Pape, of* ficiant pontificaleroent.
Sur ces entrefaites mourut l'empereur Joseph [1711]. L'impératrice Eléonore écrivit au Pa|>e pour l'engager è s'intéresser en faveur de l'archiduc, son fils, et h agir pour le faire élire empereur. Clément XI espérait tout de la piété de ce jeune prince. Il porta ses intérêts avec chaleur auprès de tous les électeurs catholiques. Dans les brefs qu'il leur adressa, il les exhortait h déférer la couronne des Césars à un sujet qui pût la porter avec majesté, apaiser les troubles qui désolaient TKurope, soutenir TEglise contre les continuels assauts qu'on lui livrait ; et il ajoutait que, sous tous les rapports, Charles d'Autriche, frère de l'empereur Joseph, lui semblait le plus digne de le remplacer.
Là ne se borna pas le zèle du Pape pour le faire élire; il pressa encore le temps de son élection, et il y était porté par plus d*un motif. Les Turcs profitaient de la guerre de IVnipire contre l'Espagne, pour agiter la Hongrie. Les hérétiques abusaient de Tinterrègne pour violer plus impunément que jamais les droits de l'Eglise* Le duc de Hanovre surtout inquiétait toujours les Ca* tholiques. La couronne imfiériale pouvait engager l'archiduc h se désister xle ses prétentions sur l'Rspagno, et inspirer même h toutes lescoursde l'Europe ledessein d'empêcher qu'il ne les réunît toutes les deux sur sa tête. Par cette seule raison, son avé*^ nensent h l'empire pouvait procurer la paix de l'Europe, et une paix générale devait entraîner après soi le repos de l'Eglise.
Touchés des mêmes considérations, les électeurs catholiques se. hélèrent d'ouvrir la diète de l'empire : elle fut convoquée à Francfort. Le Pape y envoya son neveiu Annibal Albani , en qualité de son nonce extraordinaire, avec ordre de soutenir les intérêts dm l'archiduc, et d'empêcher, autant qu'il serait en lui, que los électeurs protestants entreprissent rien sur les droits de l*Eglise. Les commencements ne furent pas heureux : l'archevêque de Mayence commença par contester la préséance au nonce. Clément XI ne voulut rien accorder au sang ; il demanda seulement si son neveu méritait de moindres égards que les'nonces extraor^ dioaires qui avaient, en la même qualité, assisté avant lui è de pareilles assemlilées. L'archevêque finit par se conformer aux règles établies par Vusage. Ce|>endant, pour éviter à l'avenir de semblables discussions , qunnd, dans la suite, le même archevêque s'adressa au Pape pour obtenir de lui un coadjuleur, Clément XI refusa d'en accorder les bulles, que préalablement cet article n'eût été bien réglé.
Il ne vil pas sans peine les électeurs admettre dans leur assemblée le marquis de Brandebourg avec le rang de roi de Prusse, le duc de Hanovre avec le titre d'électeur , tandis que t«js princes de Bavière, Joseph- Clément, archevêque de Cologne, et Maximilien*Emmanuel en demeuraient exclos.
Le Pape n'avait pas reconnu le marquis de
fiS
ALB
ALB
ffriDdebourg comme roi «le Prusse. Denuts riinq h sit ans, le duc de Hanovre était éleclearde la création de l'empereur Léopold, et malgré les oppnsiiions du Saint-Siège, il araît été établi dans ce haut rang au mépris de toutes les règles. Malgré cela, en convo-
auant ces deux princes, on n'a?ait pas laissé 0 reconnaître en eux les prérogatives dont il Tient d*ôtre parlé. Les deux autres, au contraire, qu'on avait mis au ban de TEmiMre, pour avoir pris \e$ armes en faveur do Ffiilippe V contre l'emnereur, avaient été
C rires des droits attaches à leurs électorals, e Pape ne goûtait nullement celte exclusion ; il n'approuvait pas davantage que des princes protestants fussent plus favorablement traités ^>ar la diète. Mais, selon Tusage de ses préiiécesseurs, il prit le parti de souffrir ce qu'il ne pouvait empêcher.
L*arrhiduc était toujours à Barcelone. Dès
S*il y eut appris la mort de l'empereur, son ire, il écrivit au Pape, el s'embarqua pour riîalie. En abordant è Savone, il lui écrivit une seconde lettre, el l'envoya saluer par un des seigneurs de sa cour. De son c6té, le Pape lui adressa un lé^at alalere qui le joi* gnit à Milan, où l'archiduc s'arrôla jusqu'au temps de sou élection. Ce légal élaii le cardinal Impériali. Il fut bien reçu du prince |>our deux raisons : l'une, parce que le Pape avait adressé un nonce, à Barcelone, à l'archiduc qui le désirait vivement; l'autre, parce que le Pape appuyait sa cause dans la diète auprès des électeurs.
L'archiduc fut donc élu roi des Romains, et désigné empereur en octobre 1711. Aussitôt qu'il en eut appris la nouvelle, il enyoya un de ses courtisans faire part au Pa|>e de son élection, et il prit sur-le-champ la route de l'Allemagne. De son côté, le Pape flt partir de Francfort son neveu pour qu'il se rendit h la rencontre du prince. Annibal Albani le joignit à Inspruck, en Tyrol. Le nouvel empereur le reçut avec de grandes démonstrations d'amitié ; il l'embrasa tendrement , il le remercia avec bonté de tous les mouvements qu'il venait de se donner pour son élévation, et il lui répéta souvent qu'il n'oublierait jamais les obligations qu'il avait à son oncle.
Le neveu du Pape s'était acquis beaucoup d*bonDear dans sa légation. Sos manières élégantes, tant à la cour de Vienne qu'à la diète de Francfort, lui avaient gagné tous le$ cœurs.'Les services qu'il venait de rendre ft l'Eglise parlaient haulemml en sa faveur. 11 s'agissait de rendre justice à son mérite» et de l'élever au cardinalat. Le Pape convenait sans peine qu'il n'en avait jamais reçu que de la consolation ; mais il craignait • que sa tendresse pour lui n'eûtquelque part aux honneurs dont il le jugeait digue , et que la bulle de son prédécesseur conlre le népotisme n'en souffrit quelque alleinte.Pour agir avec plus de sûreté, il exposa ses eiut barras en plein consistoire, et il conjura les cardinaux de lui en dire librement leur aYîs. Aonibal Albani était d'uu caractère k dIus d'bouueur à .a pourpre qu'il n'eu
serait honoré. Si, à cet égard, on avait eu quelque représentation h faire, c'est que, tout jeune qu'il était, il aurait dû encore « u être plus tôt revêtu. Ce ne fut dans le ccmsistoire qu'une acclamation; et il est vrai de dire que tout le Sacré Collège le proclama cardinal, avant que le Pape eût pu se résoudre k déclarer qu'il lui en conférait la dignité
Clément XI lui avait envoyé ordre de nuilter rAllemagne et de revenir en Italie [1712]. Le courrier qui lui portait la calotte, et Rasponi, caméri^r d'honneur, qui lui allait présenter la baretto, le rencontrèrent sur la roule. Le nouveau cardinal s'arrêta à Urbin, lieu de sa naissance : c'est là qu*ll pril,dans l'église principale de la ville, les marques de sa nouvelle dignité, avec les cérémonies accoutumées. Rome entière sortit au-devant de lui pour lui faire une réception qui ré|>ondlt à la joie qu'on avait do son élévation. Dans le consistoire suivant, le Pape lui donna le chapeau.
Le Sage nous avertit que la tristesse et lo deuil ne manquent presque jamais de succéder aux joies de ce monde. Horace Albani, frère du Pape, fut emoorléen |)eu de jours. La mort semblait ne l'avoir attendu jus(|ue- Ih que pour lui donner la consolation de voir son fils cardinai, ou pour donner au nouveau cardinal la douleur de voir mourir son père. Jamais peut-être nul seigneur dans Rome ne s'était acquis une estime si générale el si constante que le frère du Pape. Ennemi du faste et des grandeurs, du bruit et du tumulte, du soin d'amasser des richesses et de l'embarras des affaires publiques, il avait toujours amné une vie retirée : exact d'ailleurs à tous ses devoirs, recueilli au pied des autels, assidu auprès de son frère, honnête envers tous, simple dans san eitérieur, il avait mérité tous les regrets que Rome (il éclater à sa mort.
Le Pape seul montra, en cette occasion, toute la constance d'un héros chrétien. La nature eut bien d'abord ses droits sur lui, et il ne put refuser des Inrmes h un frère qui, délournantses yeuxde dessus la tiare, l'avait toujours aimé et respecté pour luimôme; mais la religion eut bientôt repris le dessus. Après une heure de prières et de larmes, adressées h celui qui tient nos vies dans ses mains, il ne fut plus possible à ceux qui l'entouraient d*apercevoir la perte qu'il venait do faire 11 ne voulut pas môme permettre que le Sacré Collèges assemblât dans l'église de Nolre-Daine de Translevère, pour aller lui rendre les derniers honneurs sur son tombeau : ce qu'il demand.i, c'est que, dans toute l'étendue de ses Etats, on voulût bien offrir à Dieu le sacrifice de nos autels pour le repos do Tême de son frère.
Dans le même temps, et en moins d'une année, Louis XIV venait de perdre trois dauphins de France, et la dauphine. Depuis peu de jours on venait de voir dans Paris le triste spectacle d'un char qui portail en une même nuit l'époux, l'épouse et leur liU alué daus uue môme tombe. La mort veuaii
ALB
ALB
dti ravager en France tous tes premiers de-
§r^s di> trône; et« malgré raccablement où evait'ètre plongé Louis XIV, dans la lettre qu'il écri?il à Clément XI, sur la mort d'Horace Albanî, son frère, il semblait avoir oublié sa propre douleur pour ne se ressouvenir que de celle du Pape. Ce seul trait parut à Clément XI digne de tous ses éloges. Dans son consistoire, il parla du roi, comme d*un héros de la religion qui trouvait en lui assez de ressources pour consoler les autres, alors que lui-même avait le plus besoin de consolation.
Clément XI venait, après bien des efforts, d'apaiser les difficuKés qui s'étaient élevées en Perse et en Pologne, lorsque, dans les royaumes de Nazies et de Sicile, surgirent des sujets de division, qui auraient pu faire revivre les anciennes querelles entre les cours de Vienne et de Rome, si, avec son attention et^a prudence ordinaires» il ne ae fût hAté d'y mettre Sn. En Sicile, le vice-roi Spinola de los Barbazès publia un édit enjoignant k tous les évoques, abbés et autres possédant des bénéfices, dont le roi se disait patron , de porter au trésorier général du royaume l'argent de toutes les pensions assignées par le Pape è divers particuliers sur ces mômes bénéfices, avec promesse, toutefois, d'eu payer l'intérêt aui pensionnaires. Le même vice-roi signa encore une déclaration du tribunal des domaines de la couronne, dans laquelle on portait atteinte au droit d'eiemplion dont avaient toujours joui les ecclésiastiques, relativement aui impositions qu'on mettait sur les grains. Les agents du fisc en étaient venus jusqu'à vouloir Ifs contraindre de payer une taxe eitraordioaire Qu'on venait d'imposer pour la levée et la subsistance des troupes. Dans le royaume de Naples, on était fitlé encore plus loin. A Cosenza, on avait affiché une ordonnance qui attaquait les droits les plus sacrés du Pape et des évôquos. On en avait fait signifier une autre à Pignatelli, archevêque de Reggio, en vertu de laquelle on lui enlevait tous ses revenus, pour les employer aui frais de la guerre. Le Pape n*6ut pas grand'peine à faire revenir le marquis de los Barbazès sur les entreprises commises en Sicile. Ce vice-roi révoqua ses premiers ordres sur la simple représentation qui lui fut faite. Le vice-roi de Napleé n'eut pas la même condescendance. Il chassa l'archevêque de Reggio et son grand vicaire de toute l'étendue du royaume. Le prélat, avant d'en sortir, pour venger l'injure faite à l'Eglise dans sa personne, jeta un interdit général sur son diocèse. Le Pape l'approuva par un diplôme, où il ordonnait à tous les ecclésiastiques, tant religieux que séculiers, de se soumettre à l'interdit de leur archevêque. L'agitation des esprits fut si grande k cette occasion que, dans la crainte d'un soqlèvement, le vice-roi remit les choses dans leur premier état, et tous les troubles cessèrent.
La mort du roi #l*Ë(hiopie était un malheur Dour la religion. Ce orince avait tou-
jours été favorable aux prédicateurs de l'Evangile. Son successeur marcha sur ses traces» et Clément XI lui envoya une solennelle ambassade avec des ouvriers évangéliqnes. Le roi les reçut avec bonté; il leur donna liberté entière de prêcher l'Evangile dans son royaume, et la foi y fit des progrès consolants.
Il n'en était pas de même en Syrie. Ce furent d'abord les Catholiques du Liban qui excitèrent la querelle. L'orage vint fondre ensuite sur le (patriarche d Antioche qui avait voulu l'apaiser, et tous les Uaronites se virent sur le point d'être engagés dans un schisme. Le patriarche d'Antioche fut accusé des plus grands crimes par des gens du peuple mutinés contre lui. Les évoques, croyant voir leur caractère déshonoréf s'v laissèrent surprendre; et, avec une précipitation sans excuse, sur les seules rumeurs de la populace, ils renversèrent de son siège le patriarche et le remplacèrent par l'évoque de Sidon.
Le patriarche d'Antioche avait toujours passé pour un prélat d'une doctrine saine et d'une vie exemplaire. Sensible h l'injustice qu'on lui faisait, et convaincu qu'avec la tache qu'oc venait d'imprimer à sa réputation, il ne pourrait plus faire le bien dans la place qu'on venait de lui ôter, il ne songea pas à s'y maintenir, et abandonna son poste à la violence de ses persécuteurs. Parmi les Maronites, il s'en trouva qui,' témoins de la régularité de sa conduite, et indignés de la fureur de ses adversaires,
{>rirent hautement son parti. Des factions se brroèrent; les cœurs se désunirent; ou en vint è des éclats, et les amis du patriarche déclarèrent qu'ils regarderaient comme intrus celui qu'où avait mis h sa place, à moins que la sentence portée par les évoques, ne se trouvât confirmée par un jugement du Saint-Siège.
Pour acquiescer h leurs désirs, et tâcher de rétablir le calme, le patriarche appela au Pape du jugement rendu h son préjudice. Les évoques qui l'avaient déposé durent déférer sa cause au même tribunal. Le Pape ordonna qu'elle fût examinée avec rigueur par les cardinaux de la congrégation de la Propagande. On ne trouva aue des calomnies avancées contre le patriarche, et Rome rendit justice à l'innocence opprimée. Le patrjnrche déposé gagna sa cause sur tous les chefs d'accusation dont on l'avait chargé, et il fut rétabli dans son siège. Cependant, pour ne pas aigrir les prélats qui avaient agi si inconsidérément contre un de leurs confrères, le Pape leur envoya un homme de mérite pour leur faire goûter la censure de leur conduite, qu'il leur adressait à euxmêmes.
La santé du Pontife déclinait; ce n'étaient plus ces- forces qui en faisaient autrefois un des hommes les plus robustes. Depuis longtemps, on le sollicitait d'aller prendre quelque repos à la camf)agne, et il n'attendait plus que les premiers beaux jours &d pricltemos, DOur aller h Castel-Ganjolfe intcp*
ALB
rompre ses traTauT, lorsqu'il se vit retenu h Rome par de noofeaux embarras qui v demandaient sa présence. Les Anglais s*^ talent emparés de Tlle de Minorque dans la Méditerranée. En y entrant, ils avaient saisi ]es revenus de Tévêque et du chapitre, et enlevé aux Catholiques quatre églises, où les ministres prolestants faisaient les exercices de' la religion anglicane. Heureusement les rois de France et d'Espagne travaillaient alors avec succès à Taire leur paix particulière avec les Anglais. Leurs armes prospérèrent cette année-lè, et, pour surcroît de bonheur, l'ancienne intelligence comment çait i se renouer entre les cours de Rome et de Madrid. Depuis peu Sa Sainteté avait envoyé AIdrovandi, depuis cardinal, auprès de Philippe V, et lut avait ordonné.de passer par Paris» aHn qu'aidé des bons oftîces de Louis XlVy il lui fûl plus facile d'entrer dans une étroite liaison avec son petitflls.
Les deux monaraues se rendirent h ses désirs. Ils interposèrent leurs bons offices auprès de la reine Anne, pour obtenir d'elle que les troupes qu'elle avait dans l'Ile de Minorque n'y troublassent point les habitants dans l'exercice de la religion catholique. Leur intercession eut tout son effet auprès d'une princesse qui élait sur le point de s'accommoder avec eux. Les Anglais rendirent les églises et les revenus qu'ils avaient envahis, et laissèrent aux Hinorcaios Iil)erlé pleine et entière de religion. Une mortalité sur les bestiaux donna lieu au Pape d'exercer de nouvelles libéralités envers son peuple. Depuis i^ius d*un an cette contasion s'était répandue de la Hongrie dans les Etats de Venise. Celte môme contagion avait insensiblement gagné le Milanais et le duché de Ferrare. Le royaume de Naples en fut pareillement infecté, aussi bien que la campagne de Rome. £o hiver cette espèce de peste ne s'était encore attachée qu'aux chevaux, et elle n'avait guère attaqué (les Etals du Pape que les frontières. Dans le printemps elle prit aux bœufs avec encore plus de violence qu'aux chevaux, et elle pénétra jusque dans la ville de Rome.
On eut beau empêcher toute communication de bestiaux d*une province è l'autre, le mal était au sein de toute l'Italie. Faute d'animaux propres au labourage, les terres n'étaient pas ensemencées, ou les semences étaient considérablement retardées. Faute d'argent pour en acquérir, les paysans ne savaient comment réparer les perles qu'ils avaient faites dans leurs élables. Selon sa coutume, Clament Xi commença à recourir '1UX prières publiques, pour demander au Ciel la cessation d'un si grand Qéau. Il ordonna dans Rome une procession générale, h laquelle il assista avec tous les cardinaux. La cérémonie fut poussée du matin au soir. Ce iour-là le Pape se trouvait travaillé d'un violent mal de poitrine. La longueur de la marche, jointe à son incommodité, lui causa une oppression oui ût craiuJre pour sa vie. Par son courage il se mit au-dessus de cette at-
taque. Dès le lendemain il fit prêter cent mille écus romains au peuple, pour lui donner les moyens de cultiver la terre, et par là il mit ses sujets en état de se procurer quelque récolte. En vue de donner aux fldèles, dans ce temps de calamité, de nouveaux protecteurs auprès de Dieu, Clément XI inscrivit dans les fastes de l'Église quelques nouveaux saints que le Saint-Siège avait déjè béatifiés. C^étaient le Pape Pie Y, de l'ordre des Prêcheurs; André d'Aveilino, de l'ordre des Clercs réguliers; Félix de Cantalice, de l'ordre des Capucins, et Catherine de Bologne, religieuse du Tiers-Ordre. Après avoir de nouveau examiné leurs vertus et leurs miracles avec cette rigidité que le Saint- Siège apporte dans la canonisation des saints; après avoir pris sur cela, en plusieurs consistoires, l'avis des cardinaux* des patriarches, des archevêques e^l des évêques qu'il y avait appelés, le Pape tixa au jour de la Trinité la soJennité de leur canonisation. De ce nombre.de prélats qui y avaient concouru par leurs suffrages, plusieurs avaient été appelés à Rome de toutes les parties des Etats pontificaux , qielques-uns s'y étaient rendus de différents points de TÉurope. Il en était venu de l'Afrique et de l'Asie même; jamais semblable cause n'avait été plaidée avec tant d'ap()areil. Elle devint surtout célèbre par l'éloquence de celui même qui la combattait. Cet homme rare était le comte Lambertini. (.e Pape le chargea de cette partie de la procédure qui, dans la béatification et dans la canonisation des saints, consiste à découvrir s*il n*y aurait point de faible dans leurs vertus ou de faux dans leurs miracles. Tous furent éblouis des différents discours qu'il prononça sur ce sujet, il établit ses difficultés sur des recherches si ingénieuses ; il fonda son opposition sur des conjectures si plausibles ; il forma ses conclusions sur des raisons si apparentes; dans le grand nombre de séances qu'il occupa, il parla toujours avec tant de force et de véhémence, tant de grâce et de dignité, qu'il fut couvert d'applaudissements. Clément XI lui avait déjà conféré la charge d'avocat consistorial, une place dans le tribunal de la Signature , et le poste de promoteur de la Foi. Après les magnifiques plaidoyers dont ' on vient de parler, le Pape se hâta de l'avancer ; il lui donna la théologale du chapitre de Saint-Pierre; il le nomma consulteur du Saint Office, il le fit secrétaire de la congrégation du Concile. C'est le même Lambertini qui, depuis, sous le nom de Benoit XiV , gouverna l'Eglise avec tant de sa* gesse.
Pour rendre plus brillante et plus pompeuse la cérémonie de canonisation que devait faire Clément XI, il créa quelques jours auparavant dix-huit cardinaux. 11 remplit par là autantde placesqui se trouvaient vacantes dans le Sacré Collège. C*est le 16 mai 1712 qu'il fit celle nombreuse promotion. De ces dix4iuit cardinaux, Tomassi et Tolomai se défendirent vivement d'accepter. Le Pape employa d*abord les sollicitations
fSf
âU
UM
iSi
{lour les engnger è ne (K)iDt repousser la liignilé qu'il leur décernait; odaîs, les irou-* taot inflexibles è toutes les prières» il leur en fil un commandement exprès el un précepte rigoureux auxquels ils furent forcés d'obéir. Au jour marqué pour la canonisation des quatre nouveaux saints, le Pape en fit la cérémonie dans la basilique de Saint- Merrei dans un appareil si majestueux, avec de si grands sentiments de piété, et le concours ytui si extraordinaire, que ceux qui en étaient témoin.4 ne se ressouvenaient point d*avoir jamais rien vu de si auguste. Succombant sous le poids des fatigues, Clément XI fut obligé d'aller prendre Tair h Castel-Gandolfe ; mais il y alla trop tard. Ses forces étaient épuisées, le sommeil IV vait abandonné, il avait peine à se soutenir; Il était pAle,]anguissant, cependant toujours ëgal| fans inquiétude, et, quant h TAme, toujours semblable *à lui-même. C'est en cet état qu'il rentra dans Rome, et qu'il y
Iiassa le reste de Tannée avec une santé anguissante.
iTun événement des plus bizarres se ranima alors une des plus vives contestations qui se soient jamais élevées enlre le Pape el les souverains. L'Ile de Lipari n'a jamais appartenu à la Sicile, elle a toujours été sous la domination des rois de Naples. Mais comme elle est beaucoup plus voisine de la Sicile que du royanme de Naples, Philippe JU, roi d'Espagne, qui possédait ces deux Etais, voulut, pour la commodité des habilantSi qu'au lieu de continuera obéira ceux de ses ministres qui commandaient pour lui dans le royaume de Naples, elle obéit à ceux qui gouvernaient en Sicile, il importait peu au roi d'Espagne que ce fût h l'un plu(6t
au*à l'autre de ces deux royaumes que l'tle e Lipari fût unie, pourvu qu'elle lui fût toujours soumise h lui-même. Cette lie est d'une très*petite étendue. Elle donne son nom à quelques autres beaucoup plus petites encore qui, pour le spirituel, dépendent d'un seul et môme évoque. L*évôché de Lipari, dès son origine, sufTragant de la métropole de Rome, relevait du Pape seul. Un de ses privilèges, auquel on n'avait jamais touché, est 3ue tout ce que la terre produit dans les omaines de l'évèché, ne doit aucun tribut. Malgré cela les ministres royaux, chargés dans l'Ile pour lever les droits du souverain, ne voulurent point reconnaître ce privilège. Ils prétendirent que quelques pois chicnes, exposés en vente par Tordre de Tévéque, étaient soumis à la taxe commune. Quoiqu'ils eussent été recueillis dans les fonds mêmes de l'évèché. l\s exigèrent que, pour ces légumes, on payât le droit commun, el il fallut les satisfaire. L'évèque de Lipari excommunia les agents du fisc qui, au préjudice de ses droits, avaient levé Timpôt sur ses denrées. Ceux-ci en appelèrent aux ministres siciliens qui, s'y disant auloiisés comme composant le Tribunal de la monar^ cAie, cassèrent la sentence de Tévéque, et relevèrent de ses censures les agents. Qu'est* ce que ce Tribunal de^a monarchie de Sicile?
A-t-il jamais existé ? A-t-il au moins jamais eu tous les droits que lui attribuaient les ministres siciliens? Voilà quelle fut la ma* tière de vives contestations qui affligèrent longtemps Clément XI.
Ou entend par le Tribunal de la monarchie^ une légation du Saint-Siège, toujours subsistante en Sicile, avec tous les pouvoirs de légat a latert. Les ministres siciliens soutenaient que le Pape Urbain II fit autrefois cette concession à Roger, comte de Sicile, et à Simon, son fils ; qiril leur donna le pouvoir de fulminer des censures, de relever de l'excommunication, de faire des ordonnances ecclésiastiques, d'examiner, de corriger, de casser celles des évèques mêmes; qu*il leur accorda une espèce de souverain pontificat, indépendant du sien propre; que cette espèce de papauté passa de ces deux princes à tous les rois leurs successeurs, et que ceux-ci en avaient toujours joui, tant par eux-mêmes que par leurs ministres.
A ces allégations Clément XI demandait des preuves, et des preuves suflisantes. Néau-^ moins , comme en Sicile , les ministrob royaux persistaient dans leur premier sentiment. Clément porta un décret par lequel il cassait celui en vertu duquel ils avaient prétendu annuler les censures que Tévéque de Lipari avait décernées contre les agents; et il le cassa comme étant vicié du défaut de juridiction. Il confirma la sentence d ex* communication publiée par Tévéque, et ordonna que son propre décret fût aiBclié dans Lipari. A cette nouvelle, les ministres sici« liens y envoyèrent un chanoine de Palerme avec un notaire et des archers pour prêter main forte. Le chanoine releva solennellement les agents des censures auxquelles le Pape les avait déclarés assujettis. Il fit comparaître devant lui tous les prêtres qui se trouvaient dans la ville; il leur ordonna avec menaces d'administrer les sacrements à ceux que Tévéque avait excommuniés, toutes les fois qu'ils se présenteraient pour les recevoir.
L'évèque élant parti à Rome pour aller en personne informer le Pape de ce qui s'était passé, le grand vicaire lança contre le chanoine unesenteneed*excommunication, que deux prêtres allèrent lui signifier par écrit. Le chanoine les fit garroter et jeter dans un cachot. Le grand vicaire, banni de Lipari, jeta en sortant de Tlle un interdit général sur tout le diocèse. Un autre chanoine, dépêché de Palerme avec la qualité de juge délégué du Tribunal de lamonarchie^ entra dans Llpa.ri, et y leva l'interdit.
Le Pape cassa généralement tous les actes qui s'étaient faits par les ministres siciliens ou par leurs ordres contre la juridiction épiscopale. Il déclara excommuniés tous ceux qui y auraient eu part : il enjoignit aux archevêques et évèques de Sicile de notifier cette sentence à leurs peuples : il leur prescrivit défaire bien entendre i leurs diocésains, que toute sorte d'absolution de pareilles censures serait nulle par le défaut de juridiction, si elle n'était émanée du Saint-
ALB
DES CARMNàUX
ALB
IM
I. Les (vrélats ebéirent* Les mioistres siciliens n*eD daTînrenl que plus ardents h soutenir leurs prétentions. Ils chassèrent du rojanme TarchevAque de Messine, les évoques de Calane et de Girgenti, leurs grands iricaires, les prêtres, les jurisconsultes mêmes des autres diocèses qui» dans cette ffuenre de religion, se déclaraient pour le Saint*Sitee. La Sicile était dans la désolation. Les ecdesiasliques donnèrent des preuves de leur sagesse, ils continrent les soulève* ments populaires, et ils inspirèrent au peuple toute l*borreur du crime qu'il aurait commis par sa révolte. Quand (élément XI rit que Paheurtement des ministres siciliens était devenu invincible, il s*en tint aui dé&larations qu*il avait publiées sur cette grande affaire, et il attendit de Dieu le remède k tant de maux.
Dans le même temps, il s'alluma chez les Suisses , entre quelques-uns des cantons catholiques et les cantons protestants une guerre intestine qui ne tendait à rien moins qu*À y détruire la relision. Leur division provenait du règlement de leurs limites. Les cantons catholiques en ayant informé le Pape, ii leur écrivit que, si la modération est nécessaire en tout temps, elle Tétait en« core plus dans l'occasion présente, et qu'il les conjurait, pour le bien môme de la religion, de ne rien omettre pour t&cher de rétablir la concorde et la paix. Cependant pour les aider k soutenir les frais de la guerre, au cas qu'elle devint inévitable, il leur envoya une somme d'argent provenant de certains bénéfices qui vaquaient en Lombardie, il y en joignit une encore plus considérable qu'il tira de son trésor, et il intéressa toutes les cours catholiques dans les soins ({u'il se donnait pour rétablir la paix en Suisse.
Par malheur, cinq des huit cantons catholiques, animés par des aversions particulières, ne purent écouter des conseils de paix. Leur entêtement leur coûta cher, ils furent défaits dans deux combats. Les cantons protestants leur enlevèrent plusieurs postes considérables. Ils s'emparèrent de l'abbaye de Saint-Gall, d'où ils chassèrent les reli-
E'eux. Ils se saisirent pareillement de tous s villages qui en dépendaient, lis pillèrent le monastère, désolèrent l'église, maltraitèrent l'abbét et répandirent la terreur dans tous les lieux d'alentour.
Clément XI écrivit aux cantons catholiques pour leur rappeler leur ancienne va« leur. Caraccioli, son nonce auprès d'eux, n*omit rien non plus pour ranimei' leur courage. Les cardinanx se taxèrent eux-mêmes en plein consistoire pour leur envoyer de nouveaux secours; et, è la sollicitation du Pape, Louis XIV fit dire aux cantons de Berne et de Zurich^ qui paraissaient les plus animés, (|u'il allait faire entrer ses troupes dans leur pays, s'ils ne discontinuaient d inquiéter les cantons catholiques, et s*ils ne leur rendaient les postes qu'ils leur avaient enlevés.
Alors les cantons protestants parurent iScouter des propositions d'accommodement.
Après de longues négociations, et grâce aux efforts du Pape, intervint la pacification d'Araw qui , quoique peu favorable aux cinq cantons catholiques qui avaient voulu la guerre, était encore au-dessus de leurs espérances.
Clément XI n'eut pps un moindre succès dans les soins qu'il prit pour annihiler deux mesures qu'avait prises le roi de Prusse dans les duchés de Clèves et de Juliers. Ce prince avait fait publier deux édita. P^r l'un il était enjoint k tous ecclésiastiques possédant des bénéfices, des dignités ou des charges dans TEglise, de venir prendre de lui Pinstitution dans la même forme qu'on la prend des évêques, et il menaçait des peines les plus sévères ceux qui, dans l'espace de six mois, auraient négligé ou refusé de suivre en cela ses ordres. Par l'aulre il était défendu aux Catholiques de célébrer la fête de la sainte Vierge et celle de sain tJean-Baptiste^qu'aux seuls jours de dimanche. Le Pape eut recours à l'empereur et au duc de Neubourg, comte palatin du Rhin, pour les prier de faire abroger par leur crédit deux pareilles lois. L'un et l'autre agirent selon ses désirs. Ils en écrivirent au roi de Prusse, qui se désista de poursuivre l'exécution de ses édita.
La joie qu'en eut Clément XI ne peut mieux s'exprimer qu'en la comparant à celle que lui causa une autre nouvelle qu'il reçut. Frédéric-Auguste, prince royal de Pologne et électoral de Saxe, était enfin résolu de se convertir à Is foi catholique. Ce prince svait toujours paru pencher pour la foi orthodoxe : mais il y avait rencontré des obstacles domestiques et étrangers qu'il avait eus, depuis son enfance, bien de la peine à surmonter. Au dedans, c'était une mère et une grand'mère qui, nourries dans les erreurs des protestants, ne voulaient permettre, ni qu'on l'arrach&t de leur sein, ni qu*il se sé« parfit de leur communion. Au dehors, c'étaient des hérétiques dont son père avait abandonné les faux dogmes, et qui n'en au* raient été que plus animés contre le père, s'il leur avait enlevé son fils.
Le Papa avait constamment travaillé è rélever au-dessus de ces deux dilfîcultés. Entre toutes les affaires dont, trois ans au- [)aravant, il avait chargé Annibal Albani dans sa légation d'Allemagne, celle-ci tenait le premier rang. Annibal s*y était employé sans relAche. Dès lors il avait secrètement obtenu du roi Auguste que le jeune prince, quand il serait plus avancé en Age, parcourrait différentes provinces d'Allemagne et d'Italie, sous le prétexte de satisfaire sa curiosité, mais au fond, pour qu'il eût pleine liberté de se consulter lui-même, et do se déterminer ensuite de son pur mouvement au sage parti qu'il paraissait toujours vouloir embrasser. Ces paroles, dnnnées cchiQdemment au neveu du Pape, avaient aussi été données au Pape même dans les lettres que lui avait écrites le roi Auguste. Le roi de Pologne fut exact à remplir ses promesses. Le prince électoral, son iils aîné, parcourut
ALB
ALB
îHê
quelques coars d'Allemagne. Il entra en Italie; et iorsaii'il fut à Bolosne, après les plus mares délibérations, il abjivra secrètement les erreurs de Luther. Le cardinal Casoni, légat du Saint-Siège, ne contribua pa.s peu h résoudre ses doutes. Dès qu*ii eut fait son abjuration, il écrivit au Pape pour hii témoigner la ferme résolution oii il était de vivre jusqu'au dernier soupir sous les lois du Saint>Siége. Les mômes raisons, cependant, quî Pavaient empêché jusqu'alors d'abjurer ses erreurs, l'empêchèrent encore de divulguer l'abjuration qu'il venais de faire. Mais ce que des raisons d'Etat ne lui permirent pas de faire alors, il Teiécuta cinq nus après, selon sa parole. C'est à Vienne et au milieu de la cour de l'empereur au'il Toulut donfier celte consolation h l'Eglise. Il choisit pour cela le temps du sacrifice de ta Messe auquel il assistait, et en présence de tous les princes catholiques d'Allemagne, il abjura publiquement ses anciennes erreurs.
Le congrès pour la paix de l'Burope allait bientôt s^ouvrir à Ulrecht. Clément XI y envoya Passionei, depuis cardinal, homme d'esprit et d'une grande habileté dans les affaires. Les hérétiques ne se, proposaient rien moins que de faire abroger le seul article de la paix de Ryswick, qui fût favorabte à la religion catholique, et« au contraire, de faire revivre ceux des articles de •la paix de Westphalie, que le Saint-Siège a constamment rejetés. L'envoyé du Pape s'y opposa avec vigueur. Il agit auprès des ambassadeurs des princes catholiaues en homme ayant le droit de son côte, et sachant manier les esprits. On lui accorda tout ce qu'il voulut.
La paix se conclut, en avril 1713, enlre la France, l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, le Savoie, la Hollande et la Prusse. L'empereur n'y accéda pas alors : ce n'est que quelque temps après qu'il fit sa paix avec la France et l'Espagne. La Sicile avait été donnée au duc de Savoie dans le congrès d'Utrecht. Tant que la Sicile avait été sous la domination du roi d*Espagne, les ministres espagnols avaient soutenu et poussé au point 3u'on a vu les droits de la monarchip. Mais es que la Sicile eut été cédée par Philippe V au duc de Savoie, tandis que les ministres savoyards élevaient le Tribunal de /a monarcnie au-dessus du Souverain Pontife, les minisires du roi d'Espagne en Sicile déclaraient tout haut aue «ce n'était qu'un tribunal imaginaire. Ils se disaient inexcusables d'avoir fait tant de fracas pour une chimère. Ils déclaraient ne pouvoir en conscience évacuer la Sicile, qu'après avoir, par l'aveu public de leur faute, réparé tant de -désordres. En effet le marauis de Los Balbazès, ancien vice-roi pour 1 Espagne, le président de la monarchie et plusieurs autres n'en sortirent qu'après avoir, par des actes pubKcs, déclaré leur erreur, et obtenu du Pape l'absolution de leurs censures. Ce coutrasie De servit qu*à faire encore de plus vives impressions sur la multitude contre les abus
qui s'étaient commis. Ce ne fut plus dans toute la Sicile qiïnn cri pour terminer cette affaire h la satisfaction du Saint-Siège. Mais les ministres du duc de Savoie étaient résolus de n'en point démordre*
Après le congrès d'Cirecht, il se tint i^ Ratis&onne une dièteoù, selon leur coutume, les princes protestants t&chèrent d'obtenir des avantages en faveur de leurs sectes. Par les soins de Clément XI, ils furent encore frustrés de leurs espérances. FAchés de le trouver toujours si attentif k prévenir leurs desseins» le roi de Prusse et l'électeur de Hanovre résolurent de lui en témoigner leur ressenlim.ent.Le premier venait de succéder à son père, que la mortavait enlevé en assez peu dejours. Il dressa une formule de prières, dans laquelle on demandait è Dieu, en termes exprès, qu'il voulût bien accroître et combler de prospérités la religion protestante; et il ordonna qu'après le sermon, les curés catholiques eussetit, tous les jours de dimanche et de fête, h la réciter tout haut dans leurs églises. Le second institua pour tous les maîtres d'école une forme de serment, que les Catholiques no pouvaient lui prêter. Clément XI eut encore recours aux princes catholiques. Ceux d'Allemagne engagèrent le roi de Prusse à dispenser les curés catholiques d'une prière qu*ils ne pouvaient ni proposer à leurs paroissiens, ni réciter eux-mêmes, sans abjurer leur religion; et l'empereur obtint de l'électeur de Hanovre qu'au moins tacitement, les maîtres d'école catholiques seraientdispensésde lui
[Prêter serment dans la forme qu'il venait de eur prescrire.
Se proposant ensuite de plus grands desseins pour les pays du Nord, où l'hérésie a« depuis longtemps fait de grands progrès, le Saint-Père y envoya des ouvriers évangéfiques qui, par leurs controverses, y tirent beaucoup de bien. Il leur accorda des sommes d'argent pour les soutenir dans les travaux lie leur ministère, et pour soulager les nouveaui Catholiques dans leurs besoins.
A sa sollicitation et à son exemple, l'empereur les aida aussi par ses largesses. Il leur abandonna un héritage considérable que lui avait laissé en mourant son résident auprès du roi de Danemark. De cet héritage il ordonna que partie serait employée à réparer quelques églises qui tombaient en ruines à Hambourg, à Wolfenbutel et ailleurs, et que le reste serait consacré, à acheter des domiaines, dont les ecclésiastiques percevraient à perpétuité les revenus.
Clément XI eut encore un grand avantage sur les schismatiques. Depuis longtemps il poursuivait la conversion du patriarche établi à Alexandrie pour la nation grecque. Ce patriarche s'appelait Samuel Capasuli. Sa réunion à Tl^glise pouvait devenir très-utile à la foi catholique. Il était né de parents orthodoxes, et c'est ce qui avait inspiré^ au Pape le dessein de le ramener. Dieu exauça les vœux du Pontife en bénissant les soins de deux religieux Observantinsqu'illuiavait envoyés pour lui ouvrir les yeux. Le pa-
fS7
ALB
ALB
triarcbe les ouTrit enGn, et envoya è Rome un de ces mêmes religieux, chargé de l'acle authentique de sa soumission au vicaire de
Jésus-Christ, et de la demande qu'il faisait au Pane de le confirmer dans son patriar* chat a*Alexandrie.
Poor ne rien précipiter dans celte affaire» Clément XI ordonna que tous les actes envoyés par le patriarche fussent remis aux cardinaux de la congrégation de la Propagande. Il leur associd d'autres cardinaux, plusieurs tliéolo^'ens, quelques docteurs en droit canon, et il leur enjoignit de discuter tous ensemble, tant Tacte de réunion, que la demande du patriarche. L'un et I autre ayant été approuvés, le Pape tint son consistoire le ^ avril 1713. Il y admit le religieux, porteur de la soumission du patriarche. On y lut les lettres et les actes de ce dernier, traduits du grec en latin, desquels il coasiait qu'il avait abandonné son schisme, abjuré les erreurs des Grecs, embrassé la foi catholique, et reconnu le Pape pour le pasteur universel de l'Eglise. Après celte lec* ture, Clément XI prononça l'absolution des censures qu'avait encourues le patriarche, et l'exemption des peines canoniques. Il le confirma ensuite dans sa dignité de patriarche, et lui accorda le pallium. Pour rendre cette conversion plus connue, et par là plus exemplaire pour TE^Iise grecque, le Pape voulut que le consistoire fût tellement public qu'il demeurât ouvert à tout le monde; que les religieux grecs de l'ordre de Saint-Basile, qui étaient venus d'Alexandrie avec l'envoyé du patriarche, y assistassent avec tous'' les autres Grecs qui se trouvaient è Rome ; et que rassemblée fût grossie par tous ceux des évoques, des prélats et des seigneurs romains qu'une démarche si consolante y pourrait attirer.
Clément XI possédait le don de gagner les cœurs et de s'insinuer dans les esprits. Un des rois de l'Asie, le roi de Lassa, n'avait reçu de lui que deux ou trois lettres. Tout inddèle qu'il était, il accueillait les missionnaires que lui adressait Clément X(, comme il aurait accueilli ses propres frères. Il envoya au-devaot de ceux qui lui venaient de la part du Pape. Il les combla d'honneurs. Il leur accorda une liberté entière de prêcher l'Evan^le, témoignant à ses sujets qu'ils lui faisaient plaisir d'eu adopter la croyance et les mœurs. Quelques schismaliques désolaient les fidèles dans la Perse. Sans aucun sujet de plainte, sans ombre de raison et par pure haine pour la foi orthodoxe, ils étalent perpétuellement appliqués à inquiéter ceux qui en suivaient les maximtîs. Les effets de leur animosité allèrent si loin, que la constance de plusieurs en fut ébranlée , et que quelques-uns aimèrent mieux quitter leur patrie que de demeurer plus longtemps exposés à de telles insultes. Dès que Clément Xi en eut été averti, il en informa le roi de Perse. Il lui représenta IMnjustice d'une pareille conduite, il le pria de protéger les Catholiques opprimés dans ses Etals ; et, sur sa plainte, le roi de Perse»
qui l'estimait, après avoir recherché les auteurs de ces hostilités, les fit punir si sévi» rement, que l'envie ne leur prit point de recommencer.
Louis Xiy et plusieurs évéques exposèrent au Pape les maux que faisait en France le jansénisme. Ils lui demandèrent une constitution apostolique. C'était exiger de lui des travaux immenses. Mais Clément XI ne consultait jamais que le bien public. Celui de l'Eglise et de l'Etat était trop intéressé dans la cause déférée à son tribunal, pour qâ'il négligeât de Tapprofondir. Il le fit avec une assiduité qui lui coûta deux ans du plus rude travail. Il s'agissait d'un livre de Réflexiêm morales duP.Quesnel sur le Nouveau Tes* tament. Depuis près de vingt ans cet ouvrage excitait le zèle des évèques etdesdoo* teurs catholiques. On y trouvait tout ce que l'hérésie de Jansénius a de plus pernicieux. Ce qui le rendait plus dangereux encore» c'était l'onction apparente que l'auteur y avait répandue, et I affectation de ses parti«sansà la faire valoir. On le traduisit en latin pour le rendre plus commun dans les pays étrangers; Le Pape connaissait déjk cet onvrage. Après l'avoir de nouveau examiné, U écrivit à Louis XiV qu'il ne liii paraisasil presque pas concevable qu'en un môme livre on eût pu ramasser tant de semences de lît* volte contre les deux puissances.
Pour procéder avec cette sagesse et cette maturité qu'apporte toujours le Saint-Si^e sur les points qui intéressent la substance môme de la foi, le Pape établit une conerégation particulière pour en connaître. Illa composa, selon la coutume, d'un certain nombre de cardinaux, de théologiens et de jurisconsultes qui, pendant l'espace de denx années, s'assemblèrent plusieurs fois la semaine pour l'examen du livre et des propo* sillons qui leur parattrnient mériter censure. Aprèsavoirassisté lui-même, dans une même année, à vingt-trois séances, il condamna le livre de Quesnel dans une constitution commençant par ces mots : Unigeniiui Dei Filiu$. Celte constitution fut reçue de toute l'Eglise avec le plus grand respect; il n'y eut qu'qn petit nombre d*évêques français qui lui refu* sèrent leur soumission.
La paix venait d'être signée à Bade en Suisse entre la France, l'Espagne et l'Empire [1714]. Les protestants oui, dans la dernière guerre, avaient été alliés de l'empereur, souffraient impatiemment que, dans les traités dlJtrechl et de Rastadt, on n'eût presque rien statué è leur avantage. Ils y étaient d'autant plus sensibles, qu'ils avaient supporté les frais delà guerre, sans en avoir retiré aucun profit. Ils auraient au moins souhaité nue leur secte y eût trouvé ses intérêts. Clément XI s'y était opposé avec habileté. Ils voulurent essayer s'ils seraient à Bade, plus heureux qu'ils ne Pavaient été k Utrech t et è Rastad t. Ils demandèrent qu*on revînt en leurfaveur surle quatrième article de la paix de Ryswick. Pour parer à toutes leurs attaques. Clément Xi se contenta d'envoyer
ALB
MGTIONflAIRB
ALB
k Bade Passioneî, )e môme qui, è Ulrecht avuit triomphé de tons leors efforts.
Il était heureux pour les cantons catholiques qu*on traitât .dans leur pays des moyens de mettre la dernière main h la paix de TEurope. Le traité d*Araw ne leur âYait pas été favorable. Pour désarmer leurs adfersaires, il avait fallu leur faire desconcessions; eu dans Taccord qui en avait été ptssé, on avait été contraint d*admellre des articles hautement iroproiivés par le Pape. Fassionel profita de la nouvelle conjoncture pour rendre mcHleure la position faite aux Catholiques en Suisse.
Malgré les efforts des protestants» tous les articles du traité deRy^wiek furent maintehus, et parle IS* arlicls du traité de Bade, Joseph-Clément, archevêque de Cologne, et Maximilien*Emmanuel, l'un et Tautre princes de la maison de Bavière, étaient pleinement rétablis dans tous les droits de leurs éleetorats. Les inlérôts des Catholiques, habitant lies pays cédés aux protestants, étaient sauvegardés. Néanmoins Clément XI voyait avec peine qu'on eût pris le traité de Westphalie, qui lui paraissait défectueux eo plusieurs points, pour fondement et pour modèle de celui qu'on venait de conclure à Bade. Il n*approuvait pas non plus qu'on eût inséré dans ce dernier quelques articles déjk réglés è Dlrechtet à Rastadt, parce au*il les jugeait peu convenables au bien de VEglise. Il ne croyait pas moins préiudiciable aux intérêts de la religion en Allemagne,
3[u*on eût assuré la qualité d'électeur au duc e Hanovre, et cédé h quelques autres protestants diverses contrées catholiques, où la religion pouvait souffrir sous leurdomi- Dation. Enfin il improuvait fort qu'en acconinnt le rovaume de Sicile à Victor-Amédée, duc de Savoie, on eût agi en cela avec )a même liberté que si le domaine direct sur les IXeux-Sici!es n'était pas un Qef du patrimoine de Saint-Pierre. Il eût voulu au moins qu*on eu eût fait mention.
Pour obvier, autant qu'il était en lui, à ces inconvénients, le Saint-Père donna ordre h son nonce en Suisse de faire à ces différents égards des protestations de sa part. Le nonce pouvait s'y trouver embarrassé parce qu'il n'y avait au congrès de Bade aucune puissance médiatrice h laquelle on pût recourir pour donner satisfaction aux uns et aux autres, et pour empêcher que des droits n'y fussent lésés. Mais rhabilo Passionei n'était pas homme à manquer de ressources. Comme il s'était également trouvé au congrès d'Utrecbt, il y avait été témoin d*un semblable embarras survenu après la conclusion du traité, et il prodla des exemples qu*il y avait vus. C'était d'aller faire ses protestations par-Jevant les magistrats du lieu où le congrès venait de se tenir. A Ba^le, il était encore à temps, parce que les plénipotentiaires ne s'étaient pas encore retirés. D'abord il alla faire ses protestations dans leurs mains, et, inmiédiatenicnt après, il alla les renouveler par-devant le sénat de la république de Lucerne. Il protesta en
particulier contre tout ce qui pouvait s'être fait de préjudiciable au bien de l'Eglise et aux droits du Saint-Siégp, tant dans les trai* tés dlJtrecht et de Rastadt, que dans la passification d*Araw.
Profitant encore de ta conjoncture , Il fit quelques autres démarches qui furent couronnées de succès. Les biens d'une abba^re considérable en Allemagne avaient été saisis par un prince protestant qui en avait chassé Tabbé, après lui avoir enlevé tous ses droits, et séquestré tous ses revenus. Passionei obtint un rescrit de l'empereur qui rendait le monastère à l'abbé, et tous les biens au monastère. Il rendit le même service à quelques églises de Trêves et de Liège, qui gémissaient sous une semblable oppression. Pour étendre les conquêtes de la foi, il entreprit, selon les ordres de Sa Sainteté, de convertir toute la famille des ducs de Brunswick et de Luuebourg. Clément XI leur en écrivit les lettres les plus fortes et ie% plus touchantes. Henriette-Christine, Tune des filles d'Antoine-Uiric, princesse accomplie, embrassa la religion catholique. Le duc, son père, en permit le libre exercice dans tous les lieux de sa dépendance. Depuis quatre ans, pressé par le Pape et plus encore par sa conscience, le prince détestait dans son cœur des erreurs qu'il avait sucées avec le lait. Mais, après de longues et mûres réflexions, il se rendit enfin aux sollicitations de la grâce, et se fit Catholique. La-joiequ*il ressentit de son retour à l'Eglise fut si vive ,ou plutôt, comme il s'en expliquait lui-même, la crainte (]u'il eut depuis de se perdre pour l'éternité fut si grande, que depuis le moment de sa conversion il ne cessait dédire dans lestrans- Corts de sa joie, qu'il ne manquait à son onheur que do mourir bientôt. Dieu Texauça. Po4j de jours après, il mourut dans les plus grands sentiments de religion. Clément XI fit son éloge eu présence de tout le Sacré Collège. Il dit plusieurs jours la Messe pour le repos de son âme, et il lui fit faire un magnifique service dans l'église de la Propagande.
L'hérésie eut beau fr<^mir d'une pareille conversion. Elle s*é))uisa en efforts auprès du fils du duc de Brunswick pour faire révoquer la liberté que son père avait accordée h ses sujets d'embrasser la foi orthodoxe. Les protestants remuèrent surtout à Brunswick et à Volffenbutel, pour engager les peuples è se roidir contre une pareille concession. Mais Clément Xi n'en devint que plus ardent à la maintenir en vigueur. Il recourut à l'impératrice Elisabeth, nièce du duc Antoine-Ulric, et, par le moyen de cette princesse, il obtint du jeune duc aue les volontés de son père seraient fidèlement exécutées. Il fit plus : pour montrer aux protestants que, loin d'ioiimider son zèle, leurs continuels assauts ne faisaient que le ranimer, il suivait avec plus de chaleur encore qu'auparavant le parti qu*il avait pris de travailler à la conversion d*une seconde fille de ce même duc Auioioe-Ulric. Celle-ci
ALB
ALB
s*appelaU Dorotli^e-Bléonore, princesse de Sçhwarzenberg. L'exemple de sa sœur Tavait déjh ébranlée, la conversion de son père avait encore fait sur son esprit de plus fortes impressions : néanmoins elle délibérait toujours. Mais, vaincue par les peines nue lui causait son indétermination, elle ne résistait plus que faiblement, lorsque/ Clément XI \s^ conjura de lui exposer tous ses doutf^s. Elle les lui développa avec la plus entière confiance » et elle fut si satisfaite de la solidité avec laquelle il les dissipa que, condamnant elle même (eusses délais, elle no balança plus et se fit Gaiholique. En renonçant h ses erreurs, elle renonça aussi à tout le faste des grandeurs humaines et è Paîtrait de lous les plaisirs. Elle mena une vie exemplaire, el ne fut pas moins utile h la religion par ses exemples que par son crédit.
Le roi de Prusse fit difficulté d*exécuter, en ce qui le concernait, ceux des articles qu'on venait de décider en faveur de la religion catholique dans les traités d*Dtrèchl, de Rastadt et de Bade. La Gueidre venait de lui être cédée. Quand il en avait été question à Utrecht, il avait été stipulé entre Louis XIV et lui , que celui-ci n'en jouirait qu'aux némes conditions qu'elle avait élé accordée à Charles II, roi d'Espagne, lorsque la Flandre espagnole appartenait tout en* Itère h ce prince. Il avait élé arrêté entre eux qu'on n'y donnerait les magistratures qu'à des juges catholiques; et ce même ar* cicle avait été ratifié à Bade par toutes les villes, places et autres lieux que la France abandonnait k ses ennemis. Siins celte condition, la (f ueldre n'aurait jamais été donnée au roi de Prusse. Pour l'obtenir, il signa tout ce qu'on voulut. Biais, dès qu'il s'en l'ut mis en possession, il commença par y former un conseil d'Etat, ou tribunal souverain, qu'il composa de trois hérétiques et d'un seul Catholique qu'il leur donna pour adjoint. Il établit pareillement un protestant pour procureur fiscal dans le conseil de justice. Il y donna la première place déconseiller d'épée h celui de ses généraux luthériens qui commandait ses troupes. Enfin tous ses actes souJevèrent contre lui toute la Gueidre. Le Saint-Père écrivit à ceux des principaux qui fofmaient les Etals et les différents ordres de la province, d'invoquer les traités et de revendioner les droits de l'Eglise. Ils le firent, cnassèrentde tous lei tribunaux ceux que le roi de Prusse y avtil placés contre les convenliond, et leur substituèrent des Catholiques indépendants et zélés.
Le roi de Prusse chercha k j>rendre sa revanche dans un pays où il était plus maître. Par un décret de la cour de Berlin, il fit enjoindre à tous les prêtres et à tous les Catholiques de ses Etats héréditaires Qu'ils eussent à s'employer eux-mêmes auprès de l'empereur et des autres princes orthodoxes, pour les porter à abolir lous les articles qui, dans les traités de Ryswick et de Hastadt, avalent été dressés en faveur de la religion romaine,' et, supposé qu'ils négligeassent en ce point d'exécuter ses ordres, ou qu'ils oe les exé-
cutassent que faiblement, on leur déclarait que nul des contrevenants ne serait exempt des peines dont ils étaient menacés fiar le même décret. Clément XI s'adressa à Louis XIV et à l'empereur. Il les pria d'engager le roi de Prusse h exécuter les traités qu'ils avaient garantis. L'un et l'autre parurent surpris de la chaleur avec laquelle ce prince en poursuivait l'abrogation. Ils le prièrent de s'y conformer; et, sentant ce que signifiait une telle prière, non-seulement il laissa en f»aix les Catholiques de ses Etal.s, mais encore, sur la première plainte de Sa Sainteté, il se désisla de sa prétention de faire visiter leurs maisons religieuses par des ministres protestants.
Pendant que Clément XI avait è régler les affaires dos quatre parties du monde, il s'acquittait ponctuellement des devoirsde civilité introduiti par Tusage. Le roi d Espagne venait d'épouser EMsabeth, princesse de Parme. Violente-Béatrix de Bavière, veuve de Ferdinand , grand-iiuc de Toscane, traversait en même temps les E ats pontificaux pour se rendre h Loreite, où elle allait par dévotion, el un fils venait de naître à Jean, roi de Portugal. Le Pape envoya h Parme le cardinal Gozzadini en qualité de lé^at a laiere^ ponr complimenter la nouvelle reine sur son avènement h la couro*ine d'Espagne, et»
parmi les présents dont il le cîiargea, il mit la rote d*or^ qu'il avait, selon la coutume, solennellement bénite cette année-lè. H fit partir Massei, l'un de ses camériers d'honneur, pour aller saluer la grande-ducheste è son entrée dans les Etats du Saint-Siège, et pour lui ofl*rir quelques présents. Enfin, il fit travailler avec célérité a de riches langes qu'il destinait an prince nouveâu-né en Portugal, et donna mission 5 Firrao, depuis cardinal, d'aller les lui présentera Lis^bonne.
Il apprend que Vartank, roi de l'Ibérie asiatique, avait été emmené en Perso, où il était détenu dans une espèce de captivité. Quoique ee prince fût enveloppé dans le schisme des Grecs géorgiens, il avait dea qualités qui l'avaient toujours rendu estima* ble aux yeux de Clément XI. Il vivait éloi* gné de ces vices grossiers qui dégradent d'ordinaire les princes de l'Asie* et il avait toujours été si favorable aux Catholiques qu'ils le regardaient comme leur père. Les Grecs schismatiques en avaient conçu du dépit. Ils le desservirent, par des trahisons secrètes, auprès du roi de Perse, et il se trouvait è Ispahan,sans avoir la liberté d'en sortir. Le Pape crut servir la religion* en rendant si?rvice è un roi qui l'avait toujours protégée. Il s*y crut d'autant plus obligé, que Varlank lui-même venait de lui envoyer Solkem Sabam, religieux de Saint-Basile et son propre parent pour implorer sa médiation.
Clément Xl engagea donc Louis XIV, qui avait de l'ascendant sur l'esprit du roi de Perse, k intercéder pour Vartank, çt k lui obtenir la liberté. Il informa en même temps le roi cat>tif des mesures qu'il prenait pour arriver i sa délivrance, et il lui olTrit toutes les sommes qui lui aeraieui nécessaires poi''
tes
ALB
DICTIONNAIKE
ALB
racheter» s*U ne lui était pas possible de Toblenir autrement. Vartank n*en eut pas beaoin. Les bons offices de Louis XiV lui procurèrent sur-le-champ la liberté. Dès qo^elle lui fut rendue, Vartank dépêcha vers le Pape pour l'assurer de sa reconnaissance; il lint parole et protégea toute sa Tîe le catholicisme dans ses Etats. En Perse même la reUg[ion y gagna : car le roi voyant combien Louis XIV s intéressait en toute occasion à ce qui pouvait faire plaisir à Clément XI, et Toulant obliger le roi de France, déclara qu'il laissait liberté entière aux missionnai* res. Le même Pontife apprend encore qu'à Précop, en Servie, il v avait nombre d esclaves catholiques, qu on abandonnait h la misère dans leur vieillesse et dans leurs maladies. Après les avoir, pendant la santé et les forces de Tâge, eiercés aux plus rudes travaux, on les laissait vivre et mourir sans secours, lorsqu'on n*en pouvait plus tirer aucun service. Renvoyés sans salaire, et chassés de la maison de leurs roatires, ils étaient dans un état à n^oser se montrer ; ou •if pour mendier, ils demeuraient nuit et
i'our exposés aux intempéries, souffrant de a nudité et de la faim, ils ne recevaient souvent sur leur religion que des insultes. Il n'en fallait pas tant à Clément XI pour le
Erter h soulager leur misère et à prévenir I dangers de la séduction. Il imagina de fonder à Précop un hôpital où ils pussent Atre reçus et entretenus le reste de leurs jours, lorsque leurs mattres les auraient ainsi jetés sur le pavé. Dans cette vue, il* y eovoya une somme d'argent pour élever des constructions d'une grandeur convenable.
Il en plaça une autre sur des fonds assurés, et dont il affecta les revenus è fournir h l'en* tretien des vieillards et des malades. Le roi de Pologne et l'empereur, h la sollicitation du Pontife, contribuèrent h cette bonne œuvre.
Les Turcs armaient par terre et par mer [1715]. Ces préparatifs menaçaient les Vénitiens. Le Pape leur envoya une grosse aomme destinée è pourvoir aux frais de la guerre. Les Vénitiens possédaient alors toute la Morée et quelques îles enclavées dans les Etals du Grand Seigneur. Achmet entreprit de les en chasser, et la plus heureuse exécution suivit de près cette entreprise. Au premier avis que le Pape avait eu de ce des- Min, il avait envoyé ses galères aux Vénitiens. Il avait écrit aux rois d*Espagne, de Pologne, de Portugal, aux dignitaires de l'Eglise, pour en obtenir des secours contre les ennemis du nom chrétien.
La flotte des infidèleSf après avoir supris nie de Tine, située dans l'Archipel, alla fondre sur la Morée. Eu moins d'un mois, les Turcs subjuguèrent toute la presqu'île. lia prirent Corinthe* Napoli di Romani, Coron et Modon, avec autant de facilité que ai ces villes n'avaient pas eu de .citadelles pour se défendre. Ils s'emnarèrent des deux lies de Cérigo et d'Ëgine , les seules qui fussent restées à Venise dans l'Archipel. Dans la criiiote que Zanie» détendue par une bonne
forteresse, ne fit une résistance qui retardAt le progrès de If^ura armes, les Turcs ne ju« gèrent pas è propos de l'insulter. Dans le môme temps se montrèrent des pirates qui, sortis des côtes de l'Afrique et des lies de l'Archipel, infestaient toute l'Adriatique et une partie de la Méditerranée. Non contents de faire, h la faveur de la nuit, de fréquentes descentes dans la Romngne , ils arboraient pendant le jour des pavillons non suspects, et, au moyen de celte ruse, abordant de tous côtés sans obstacle, ils enlevaient tout ce qui se rencontrait.
Pour garder les côtes de ses Etats, le Pape fit armer en course plusieurs bâtiments qui, à Tardeur avec laquelle ils donnèrent la chasse h ces écumeurs de mer, firent juger que, si les Turcs avaient trouvé ailleurs autant de*résistance, ils n'y auraient pas fait tant de conquêtes. Le vice-roi de Naples et les peu|;)les de la Pouille usèrent des mêmes précautions. De tous côtés ils équipèrent oes bAtimenta d'une moyenne grandeur, et les joignant à ceux du Pape, ils tinrent la mer sans que les Turcs osassent presque plusse montrer.
La guerre cependant ne finit pas le. Enflé de sa victoire, le sultan la croyait attachée désormais à son char* et il ordonna pour l'année suivante de nouveaux préparatifs. Le Pape fut d'aulant plus aflligé de ces conquêtes, que la foi lui paraissait plus en dan- §er dans les pays que les intidèles venaient e subjuguer. Déjh les Catholiques d'Asie se croyaient perdus. Ils conjurèrent Clément XI de leur ménager quelque puissante protection contre les attaques dont ils se croyaient menacés.
Après le secours du Ciel, le Pape n*en connaissait pas de plus efficace auprès du Grand Seigneurque le crédit de Louis XIV. Il intéressa Tun et l'autre dans la cause de l'Eglise. Il ouvrit d'abord un jubilé universel pour porter les fldèles è implorer la miséricorde de Dieu sur son Eglise. Ensuite il exposa A Louis XIV la crainte où étaient pour leur foi les Catholiques d'Asie, et il le conjura de s'employer a dissiper Torage qui se formait sur leurs têtes. Ce prince chargea des AUeurs, son ambassadeur & la Porte, de recommander de sa part au Grand Seigneur les Eglises d'Asie. Achmet promit de ne pas les inquiéter. Clément XI leur envoya celte assurance, avec des secours d'argent qui les rendirent plus tranquilles.
Pour surcroît de malheur, les divisions intestines désolaient toujours la Sicile. Les ministres du duc de Savoie y soutenaient le Tribunal de la monarchie avec plus de hauteur encore* que n'avaient fait les Espagnols, qui les avaient précédés. L'Ile entière était en deuil par la multitude de ceux qui étaient ou exilésy ou détenus dans les prisons. On complaît A Rome seulement quatre cent treize prêtres siciliens de ceux qui avaient été dépouillés de leurs biens, et bannis de leur patrie. Malgré les secours qu'il envoyait de tous côtés pour aider les prinf>es chrétiens A soutenir le poids de la guerre
ALB
contre les Turcs, il se trouva ûue les frais qu'il avait faKs jusqi]*à ce jour-là pourTentrelien des seuls eiilés oui étaient à^Rome, excédaient la somme (le deux cent mille écus romains.
Les ministres de la Monarchie ne reiflcbaient rien pour cela de leur première rigueur. Ils fermèrent l'entrée en Sicile à tout ce qui aurait pu venir de Rome. Ils publièrent ensuite divers décrets en vertu desquels ils déclaraient nuls tous les rescrits qui pourraient émaner du Saint-Siége« si préalablement ils n'étaient autorisés par les juges séculiers du Tribunal de la mo» narehie. Le Pape cassa tous ces décrets, et, malgré les plus grandes précautions des juges de la Monarchie^ les Siciliens reçurent la censure qu'il en avait faite, et ils l'afliebèrent dans toute l'tle. La persécution n'en devint que plus violente. Une négociation, entamée entre les deux puissances» n'eut aucun succès.
Après avoir achevé de rétablir le calme parmi les missionnaires de la Chine, Clément XI envoya des visiteurs dans l'Amérique pour s'informer des mœurs des ecclé« siastiques, et de la manière dont s'observait la discipline de l'Eglise. Il coupa court ainsi h tous tes abus. Rien n'échappait à ses recherches; son attention paraissait môme dans les choses qui semblaient presser le moins. Quand Paul V eut fait agrandir l'église de Saint-Pierre de Rome, il fit déposer dans une chapelle de cette basilique Te corps de saint Léon I, ce grand Pape qui, par la sainteté de ses mœurs, par la science des divines Ecritures et par les actions de sa vie a si justement mérité le surnom de Grand, liais, comme ce précieux dépôt s'jr trouvait dans un lieu encore trop retiré et
rieu exposé h la vue des fidèles, Innocent X ui avait fait bâtir, dans la môme église du Vatican, une chapelle, nommée aujourd'hui de Saint-Léon, plus magnifique et mieux placée que la première. L'ouvrage était fini •DOS les précédents pontificats. Cependant aucun des prédécesseurs de Clément XI n'avait songé a enrichir cette nouvelle chapelle du trésor qui lui était destiné. Clément XI voulut s'acquitter de ce devoir, et il le remplit avec cet appareil de majesté qu'il savait si bien môler aux principales cérémonies de l'Eglise. Après avoir fixé la solennité de la translation du corps au jour môme où TEglise fait l'ofllce de saint Léon, et qui est le jour de sa naissance, le Pane se rendit processionnellement dès la veille au lieu où Paul V l'avait fait déposer. Dans sa marche il était précédé de tous les cardinaux, de tous les prélats et des seigneurs romains qui, comme lui, tenaient chacun on cierge allumé à la main. Les paroles qu'on chantait avaient été composées h la louange du saint, et la musique était des plus exquises. Rome entière assistait i celte auguste cérémonie. Arrivés en la présence du corps, les cardinaux Orsini, comme plus ancien, et Annibal Albani, comme archiprôtre de régiisede Saint-Pierre, relevèrent
avec son cerceuil sur leurs épanles. Ils le portèrent ainsi jusqu'k la chapelle qui lui était destinée. Là ils le placèrent dans une urne magnifique qui lui avait été préparée sous l'autel, lui laissant les mômes habits pontificaux dans lesauels il avait été trouvé. On remarque que le corps exhalait une odeur des plus suaves. Peu de temps après, en deux ou trois consistoires tenus à peu de distance les uns des autres, Clément Xi créa des cardinaux, au nombre desquels était Henri de Thiard de Bissy, qui lui était recommandé par Louis XIV, dans la dernière lettre que ce prince écrivit au Pon* life. Lorsqu'il la fit partir pour Rome, X.oul$ se sentait déjh atteint de la maladie dont il mourut. Il était alors dans la TT' année de son flge, et dans la 73* de son règne. Peu de moments avant de mourir, il témoigna aux cardinaux de Rohan et de Bissj combien il aurait souhaité pouvoir, avant sa mort, porter le dernier coup au jansénisme dans ses Etats. Il leur exprima sa joie de mourir au sein de l'Egh'se catholique, apostolique et romaine. Pour bien comprendre la grandeur de la perte que venait de faire en lui l'Eglise, on n'a qu'à jeter les yeux sur son éloge funèbre, que le Pape prononça en présence des cardinaux, et qu il fit imprimer. On y lit : « Que dans Louis le Grand il regrettait la plus vive lumière et le plus bel ornement de son siècle; un protecteur déclaré des beaux-arts; un défenseur de la vertu opprimée ; un Grince véritablement orthodoxe; un vrai fils aîné de l'Ej^llse; un bienfaiteur des ouvriers évangéliques répandus jusqu'aux extrémités de la terre, un vengeur intrépide de la religion catholique. » Peut-on penser autrement, ajoutaitil, d'un religieux monarque oui, pendant toute sa vie, a été le fléau de Tnérésie, l'ennemi implacable des duels, la terreur de l'athéisme et de l'impiété : d'un héros chrétien qui, à sa mort, par la constance et la fermeté de son Ame, a vaincu tout le stoïcisme des philosophes païens ?
Clément et Louis étaient véritablement faits pour le trône ; Louis XIV était monté sur le sien avant d'avoir l'âge de le connaître ; Clément XI avait mérité le sien avant de I occuper. Le premier s'en montra digne, dès qu'il se connut : le second le mérita d'autant mieux qu'il s'en croyait moins digne. L'un eut le plus glorieux des règnes ; il ne manqua à l'autre qu'un pontificat plus heureux. Mais si Louis trouva sa gloire dans le plus grand succès, Clément alla pui« ser la sienne jusque dans les plus grands malheurs. Ce qu'ils eurent de plus ressemblant dans la différence môme des révolutions de la vie, c'est qu'ils furent toujours l'un et l'autre supérieurs aux événements.
Si quelque chose eût dû consoler Clément Ai dans la douleur que lui causait la perte du grand roi, c'était l'espoir qu'il conçut d'en rétablir un autre sur le trône d'Angleterre, et de reconquérir par là un trône à Jésus-Christ. Les- mesures en avaient déjà été concertées avec Louis XIV, qui avait su
AUI
DICTlONNAmE
ALB
ICS
gagner Tespril de la reine Anne, et la dis- |K)ser en faveur de Jacques III, son frère consanguin, connu sous le nom de chevalier de Saint-George, et que la France avait recueilli lorsqu'on Tarait tiré de Londres, étant encore au berceau. Mais celte princesse élant venue à mourir avant d'avoir pu exécuter son projet, le duc de Hanovre lui avait succédé [1714], sous le nom de George I. Les partisans de Jacques Stuart ne laissèrent pas. de s'agiter eo sa faveur. Ils paraissaient même ne plus attendre que sa présence pour le mettre à leur tôte, lorsque Clément XI leur envoya de grands secours d'argent, qu'il avait en partie tirés de son trésor, en partie obtenus de plusieurs princes catholiques. Il leur céda, en outre, toutes les sommes qui, depuis plusieurs années, lui étaient échues en Espagne par la vacance des bénéflces, et qu*il n'avait pas encore retirées. Le roi dEspagne était dans les inlërôis du prétendant à la couronne d'Angleterre. Il fournit volontiers aux fixais de l^xpédition. Jacques III se rendit en Ecosse. Il fut heureux dans le premier combat qu'il y livra ; mais ses généraux ne surent pas profiter de la victoire. Peut-Atre m£me s'élaierft-ils trop pressés de combattre. Avec un peu plus de paJieuce ils auraient renforcé leur armée, qui grossissait chaque jour pur le concours des mécontents. Quoi qu*il en soit de la véritable cause de leur insuccès, ils furent défaits dans un second combal. Jacques III, accablé par le nombre, fut obligé de céder. Il repassa en France; et le Pape eut bien à faire pouremfiécher que les Catholiques ne devinssent victimes de cette expédition d^cosse ; il lut appuyé, en cette circonstance, par l'empereur 9 par les rois de Portugal et de Sicile.
Il eut beaucoup plus à travailler pour arrêter les progrès des Turcs. Vers le milieu du printemps [1716], ils mirent en mer cette même flotte yui, rannée précédente, avait conquis la Morée, et ils vinrent surprendre Corfou. Cette Ile se trouve placée dans une des plus belles positions qui soient au monde. Située à l'entrée du golfe Adriatique, elle a son aspect au midi sur la Calabre, à sa droite la mer de Venise, è sa gauche celle qui conduit aux lies de l'Archipel et à Conslaotinople, et au nord, derrière elle, le continent de l'Epire dont elle n'est séparée que par un canal qui, dans toute sa longueur, n*est ^uère large q'ue de deux kilomètres. Au milieu de Tlle, et sur ce même canal, du côté de l'Epire, est un port ou rade, bien défendu par deux citadelles bftties sur deux hauteurs. La ville se montre sur le bord de la mer entre ces deux citadelles. Elle est irès-peuplée et pourvu^ des richesses de l'Orient. Le sol de l'Ile est des plus fertiles, son climat très-doux, et sa situation en fait comme l'entrepôt de l'Illyrie, de la Dalma- Ite et de la Macédoine, pour les échelles du Levant. L^is poètes l'ont rendue célèbre, sous le nom de rlle de Corcyre, par le séjour %uy firent autrefois les crgonautes et Ulysseï
par les magnifiques jardins d'Alcinoiis, et par le temple qui y était dédié h Jupiter du temps des anciens Romains.
La flotte des Turcs entra dans le canal en 1716. Elle le parcourut dans toute sa lon« gueur, sans s arrêter devant les citadelles, et elle mouilla sur lesancres, de sorte qu'elle occupait toute la larseur du canal, et qu'elle en barrait l'entrée du côté de la mer Adria* tique. La perte de la Morée n'avait pas assez instruit les Vénitiens. Il est bien vrai au'ils avaient de bonnes garnisons dans les eux citadelles de Corfou ; mais leur flotte était encore à Venise, presque entièrement dépourvue de troupes. Il ne fut pas difficile aux Turcs de faire leur descente dans Tlle. Ils y débarauèrent quarante mille hommes, du canon, clés vivres, et ils se disposèrent k faire un siège dans les formes.
Le Pape n'avait pas tant attendu h procurer par lui-même aux Vénitiens, et à sollici* 1er dans les différentes cours catho1iq.uès les secours dont ils avaient besoin contre les ennemis du nom chrétien. Il avait.formé pour la campagne présente un plan qui rendit l'empereur maître de toute la Hongrie, et il avait pris des mesures qui conservèrent Corfou aux Vénitiens.
Son plan était que, tandis que les Turcs agiraient par mer contre les Vénitiens, Tempereur les attaquât par terre dans la Hongrie. Par là il formait une diversion qui, en partageant leurs forces, pouvait faire échouer tous leurs desseins ; et, en les prenant au dépourvu en Hongrie, [Kiur rendre service k ses alliés, l'empereur pouvait reconquérir cette contrée. La cour de Vienne avait goûté ce plan dès que le Pape le lui avait proposéi: mais, n'ayant fait qu'une paix mal assurée avec le roi d'Espagne, elle craignait que, tandis qu'elle serait occupéu. en Hongrie contre les Turcs, les Espagnols ne profitassent de cette conjoncture pour attaquer les possessions impériales de Tltalie. L'empereur délibérait encore sur le parti qu'i*! prendrait. Le Pape en écrivit au roi d Espagne, qui lui promit de ne rien entreprendre contre l'empereur, tandis qu'il serait en guerre contre les infidèles. Sur cette assurance que le Pape donna à l'empereur, ce prince n'hésita pas à agir contre les Turcs.
Quant aux secours donnés par le Pape aux Vénitiens, ils consistaient en argent et en vaisseaux. 11 donna d'abord trois cent mille écus romaine, pour être employés & avoir des bâtiments de transport. Il y ajouta cinq cent mille florins, dont une partie était destihde pour l'armée de Hongrie, et il accorda outre cela à l'empereur les décimes de teus l'es biens ecclésiastiques situés dans l'empire. 11 équipa sept galères et quatre vaisseaux de guerre. Il en fréta quelques autres au'il fit partir pour Malte, et qu'il joignit a ceux de la religion. U en reçut douze du roi de Portugal six do ligne et six inférieurs; six du roi d'Espagne avec ci galères; trois galères du graiid^Juc de T cane; deux de la république do Gènes; il
DES CARDINAUir.
ALB
reçut du duc lit Parme deux mille hommes de fiied» qui partirent pour la Dalmalie.
Cette flotte auxiliaire ne se trouva prAte et réunie en un corps qu'au commencement d'aoûi. C'est aJors quVIle mil à la voile pour Corfou. Celle des Vénitiens y était arrivée defiuis quelque temps. Elle mouillait i Tautro extrémité du oanal, faisant face k la floUe ottomane. Le siège se poursuivait toujours par terre avec vigueur, lorsque les Turcs furent avertis du secours qui venait par mer aux Vénitiens. Ils appareillèrent sur-le-champ, levèrent les ancres avec pré* cîpitation, et, laissant leurs troupes de terre dans rtle» ils en firent le tour et gagnèrent le large. Les Vénitiens, au lieu de chercher è cou|»er les Turcs, firent la faute dVnHler le canal et de se mettre h leur suite. Ceux*ci leur échappèrent facilement. Les amiraux de la flotte auxiliaire firent une autre faute. Ils se mirent aussi h la poursuite des Turcs, sans laisser au moins Quelques vaisseaux devant Corfou, pour tomber sur les troupes de terre que les Turcs y avaient laissées, au cas qu'elles vinssent h lever le siège et à traverser le canal pour regagner le continent. L'événement ne servit qu*À les en convaincre; car pendant que les flottes catholiques poursuivaient la flotte ottomane, les assiégeants ayant appris la défaite de leur armée en Hongrie, en prirent une telle i(^pouvante, qu'ils laissèrent leurs tentes et leurs chevaux devant Corfou ; qu'après trois mois de siège ils Vi levèrent avec précipitation» et qu'ils regagnèrent l'Epiresur do légers hAtiments, sans y trouver ta moindre opposition dans le canal. Le général de Self ulembourg, qui commandait dans Corfou, s'y couvrit de gloire.
"Le prince Kugène de Savoie se signala AUSSI en Hongrie, où il commandait Tarmée impériale. Il paratt que les Turcs s'attendaient à y être attaqués, car ils y avaient convoyé une armée fonnidnbie. Le prince Eugène Tattaqua et la défit en hataille rangée. 11 n'en resta que ce qui put se sauver par la fuite. Eugène demeura matlre du champ de bataille, du trésor, des chariots, des bagages. Il prit dans cette seule journée 180 pièces de canon.
L'empereur dépêcha d'abord un courrier au Pape pour lui faire part de celte victoire. Ensuite il lui écrivit de sa main pour le remercier des sages conseils et des puissants «recours qu'il en avait reçus. Pour gage de sa reconnaissance, il lui envoya quatre des drapeaux pris sur les Turcs. C'était le jour ih$ Notre-Dame des Neiges que cette grande action s*était passée en Hongrie, et cest le jour de l'Assomption qu'on en apprit la nouvelle è Home. Saint Etienne, premier du nom, avait misj du temps de son règne, la Hongrie sous la protection de la sainte Vierge, dément XI choi!>it dans le mois de septembre suivant le jour où on célèL'ro la fête de ce saint pour aller rendre à Dieu de s^ilennellcs actions de grâces dans l'église de Sainte-Marle-Majeure. il y fit solennelletnenl apporter deux des drapeaux que lui
CiCTIO!!!!. PES CARDINAUX.
avait envoyés l'empereur. Il fil présent des deux antres h la chapelle de Lorolte. C'est le enrdinal do Schrorlemhack, ministre de l'empereur è Rome, qui les lui avait présentés. Une circonstance, qui parut singulière, contribua à rendre encore plus grand le concours dans l'église de Sainte-Marie Majeure : c'est gue le jour môme où le sié}j;e de Corfou fut levé, le Pape avait institué dans cette même église dos prières publiques pour la levée de ce siège. Il 5*y rendit donc avec toute sa cour, et il y dit la Messe, pour rapporter à Dieu tous les honneurs de la victoire.
11 eut bientôt occasion de lui rendre de nouvelles actions de grâces. Pour profiter de la déroute des Turcs, le prince Eugèm^,' après avoir recueilli leurs dépouilles, alla mettre le siège devant Témeswar, place forl^ par sa situation et par les ouvrages dont elln. était défendue. Dans sa retraite, une partie de Tarmée des Turcs s*y était renfermée, el en avait par 1^ considérablement augmente la garnison. Elle était d'ailleurs bien pour-, vue de munitions de guerre et de bouche. Les assiégés s'y défendirent pendant troir mois avec opiniâtreté. Mais après s'être épuisés dans de fréquentes sorties, où ils avaient ferdu beaucoup de monde, ils deman<lèrenl capituler, et ils rendirent à l'empereur une place frontière qu'on n'avait pu reprendre sur eux depuis 16V ans qu'ils l'avaient conquise sur les Chrétiens. La prise de cette place répandit l'épouvante dans tout le banat de Témeswar. Les villes d*uhe moindre importance se rendirent toutes à discrétion, et ouvrirent leurs portes au vainqueur.
L'empereur envoya a Rome le comte cie Lamberg, pour en porter la nouvelle an Pape. Clément XI voulut donner au f)rince Kugène les t>lus grandes marques d'honneur que le Saint-Siège ait coutume de déférer aux héros, vainqueurs des infidèles. 11 lui envoya Vestoc et la loque qu'il avait bénits cette année-là. Ve$toc est une épèe, et la ioque une espèce de casque. Le hasard fit que ce présent arriva & l'armée de Hongrie le môme jour qu'elle entra victorieuse dans Témeswar. On commença par y ériger un autel. On y célébra le saint sacrifice qui depuis tant d'années y avait été interrompu, et, & l'issue de la Messe, au milieu des fanfares des trompettes, du bruit des tambours, d'une salve générale de tout le canon de l'armée, le prince alla prendre à l'autel et à genoux, selon l'usage, des mains de roQiciant, l'estoc et la loque que le Pape lui avait envoyés.
Les travaux de Clément XI avaient bien altéré sa santé : les intempéries de la saison contribuèrent à l'altérer davantage. Les pluies furent si abondantes en Italie, et les eaux croupirent en tant d'endroits aux environs de Rome, qu'elles y pioduisirent des maladies dont on mourait en peu de jours. L*inondalion fut si considérable dans la Romagne, que le Pô y rompit encore ses digues enire Bologne et FerVare : et que, portant la désolation dans les campognes vol«
ALB
mCTlONNATRE
irLB
sînes» elle y amenn la cherté dans les vif res. Lo Pape y envoya le cardinal Paracciani, évôquo tlo Sinigaglja» Mosca el Riviera, depuis cardinaux* pour examiner les dommages. Il ni réparer les brèches causées par le débordement des eaux. Il envoya d'abondafites aumônes dans la Marche d^Ancône, dans ï'Ombrie et le Laiium, où la maladie « t la misère enlevaient encore tous les jours hraucoup de monde. Lui-même fut trèsmalade. Ses continuelles faligues ^avaient épuisé ses forces. Son asthme le tourmentait au point qu*il avait peine à respirer. La fièvre le prit avec de violents maux de tôte, et des coliques qui, pendant plusieurs jours, firetit craindre pour 5a vie. Mais il se ménageait si peu que, dès que la fièvre eut cessée il r^rii ses occupations ordi- «aires.
Il avait dftns Tespril que Pempereur ne devait pas s*«rrêter en si beau chemin ; que, •dans la campagne suivante, il pouvait facilement acnever la conquête de toute la Hongrie par la prise de Belgrade ; et que lés Vénitiens devaient profiter de l'épouvante ^esTurcs pour tâcher de reprendre sur eux leur ancien ascendant. Il s*occupa donc ées moyens à employer .pour leur continuer l»^s secours qu*il leur avait procurés précédemœent.
Il plaça sur les autels le bienheureux François Régis, lésuiie français, *et il or« donna que la solennité de la béatification se fit dans Téglise de^aint-Pierreavec cette pompe (Hj*il avait coutume d'établir dans les grandes cérémonies de TEglise. Il apaisa quelques nouveaux troubles qui étaient survenus aux Indes parmi les missionnaires. Il rétablit la discipline dans quelques églises de Pologne et du Russie. Il créa un patriarche toujours permanent à Lisbonne, et lui accorda des droits et des privilèges semblables à ceux dont jouissaient le patriarche de Venise et Tarehevèque de Salizbourg. il réconcilia le prince Emmanuel avec son frère, le roi de Portugal, et il eut la consolation d*apprendre que les princes Guillaomo et Adolphe de Saxe avaient ai^'uré leurs erreurs; qu'en Mésopotamie et en Sy<riequelques évoques scbismaliqnes s'étaient réunis par ses soins à la foi orthodoxe, et que plusieurs prêtres, adhérents à leur «chisme, les avaient suiTiâ dans leur retour à l'Eglise. La conversion de Guillaume ne fut pourtant pas de longue durée.
^ De tout temps, Rome a été en possession d'avoir dans son sein des étrangers qui «*y rendent de toutes les parties du monde, pour aduiirer les chefs-d'œuvre de lout genre que renferme cette ville, la plus ancienne et la plus illustre des capitales. Sous le pontificat de Clément XI, leur nombre s'était beaucoup accru, tant par le désir qu'ils avaient de voir un Pape d*une si haute répubtion, que par le bon accueil qu'il leur faisait. En 1716, le prince électoral de ■Bavière, depuis empereur sous le nom de ^Charles VII, en était à peine sorti, que les 4ieiixj>riuces Clément et Philippe, ses frè
re?, vinrent y fixer leur f^jour. On y ti< aussi plusieurs seigneurs espagnols et portugais, le prince Alexis, fils du czar Pierre, une princesse de Valachie, venue de Cons* tantinople avec les deux princes ses enfants, et Jacques III, roi d'Angleterre. Le Pape les entoura de toutes sortesd*altentions,les combla de politesses, et, sans se Ijorner aux honneurs du Irône qu'il déféra au roi d^J^n* gleierre, il lui donna tous It^s secours que demanilait la situation du prince.
Quoiqu'on se retirant en Italie celui-ci eût pris le nom de chevalier de Saint-Georges, et qu'il eût résolu d'y mener une vie privée. Clément XI voulut qu'il y fût Iraitô elentrelenu convenablement à son rang. ït envoya au-devant de lui Charles Albani,^oa neveu, qui le rencontra h Bologne, et le conduisit h Pesaro, où il s*arréta quelque «temps. Arrivé à Rome, le prince y fut visité de tout le Sacré Collège. Il en reçut les n;èmes honneurs qu'on rend aux rois^assis sur leurs trônes. Le Pape lui envoya Vingt miHe écus d'or, et lui assigna des revenus annuels sur son trésor. 14 lui donna pour séjour la ville d'Urbin, où se trouve un palais di^ne de la majesté d*un roi : il le fit meu« bler avec magnificence. Alin même que le
E rince eût un plus grand air d'autorité dans rbin, le Pape en retira le cardinal lésât, qui y commandait au nom du Saint-Siège, et il lui subslitun Salviati, ^vec lequel le roi d'Angleterre avait été autrefois inlimemeot liée Avignon. •
Lord Peter borougli vaj^ageait alors en Italie; on le soui^onna de vouloir attenter h la vie du roi d*Anglelerre; on crut même en avoir des indices sutlisanls, et on le déféra an cardinal Origlii, légat de Bologne, qui le fit arrêter et enfermer au fort Urbain. Les Anglais sont extrêmes en tout; ils menacèrent d'aller mettre tout 'à feu et è s^ng h Civita-Veechia si on ne relâchait le pri« sonnier: Ils s'adressèrent à Pempereur pour obtenir sa liberté. Le Pape répondit simple* ment qu'il avait pris chez lui le roi d'Angleterre sous sa sauiregarde; qu'il allait examiner par4ui-même sur quoi fondement on pouvait avoir eu des idées si désavan* tageuses du sorgneur anglais; que. s'il le jugeait innocent, il n'avait besoin d'aucuue sollicitation pour le renvoyer absous; mais que, s'il le trouvait coupable^ il él(|it du droit des gens qu'il en lit un exemple. Les soupçons étaient violents, les conjectures fortes, mais les preuves n^étaient pas sufiisaiites pour constater un tel attentat. Loid -Peterborough fut mis en liberté avec ordre néanmoins de sortir dos £ti»ts pontificaux, et défense d'y rentrer.
Ces affaires terminées, Clément XI revint h son plan qui était qu'on (trofilât de i'é« pouvante des Turcs pour les poursuivre {lar terre et par mer. Ils ne laissèrent pas de reparaître en Hongrie, et firent les derniers efforts pour réparer leurs pertes. Ils mirent sur pied une armée de trois cent mille hommes, et^s'av^rncèrent jusqu'à Belgrade* Le prince Eugène les avait prévenus, et il
AlB
ALB
en avait déjà formé le siège. Bientôt il se Irouvn comme investi lui-niéme et pris entre deni Teux. Nul convoi ne pouvait plus lui arriver; nulle issue pour se dégager.
Le? Turcs eux-mêmes le tirèrent de cet embarras. A fenlrëe d*une nuit obscure, il apprit par un transfuge que, dès le lendemain malin, Tarmée ennemie devait Tassaillir de tous côtés, et que la plus grande partie de la garnison avait ordre de faire auparavant une vigoureuse sortie pour l'attirer du côté de Id ville. Sur cet avis, il résolut de prévenir les ennemis et d'inspirer par \h une nouvelle ardeur à ses troupes. Il était essentiel de commencer par so saisir de quelques postes avantageux , occupés parles Turcs, et d*où pouvait dé-
Kndre le gain de la bataille. Par un de ces nheurs qui paraissent ménagés de la main de Dieu même, il seiforma une heure avant le jour un brouillard si épais qu*on ne voyait rien à quatre pas de soi, et qu'à son lever, le soleil môme fut du temps à le dissiper. A la faveur de ce voile, Eugène sortit sans bruit de ses relrancliements.il surprit les détachements ennemis qui occupaient les hauteurs, et il les en chassa. Dès lors, la bataille s'engagea. Enfin le brouillard 8*étant dissipé, les Turcs s'apercevant de la perle qu'ils venaient défaire en quittant les hauteurs dont ils avaient été chassés, commencèrent à perdre courage. Cependant, forts de leur nombre, ils assaillirent avec fureur. Les impériaux, conservant toujours les postes dont ils s'étaient emparés, les reçurent avec unecontenanccqui était pour eux un gage de la victoire. Elle se déclara en effet pour eux. Il resta du côlé des Turcs plus de vingt-cinq mille morts; ils y eurent presque autant de blessés. On fît sur eux un grand nombre de prisonniers. Les impériaux trouvèrent sur le champ de bataille plus de 140 pièces de canon» plus de 1(K) mortiers, et les richesses de l'Asie sous i\^8 tentes magnitiijues que le prince Eugène abandonna à I avidité du soldat. Cette action (fécisivc se passa encore en août 1716. Dès le lendemain, les assiégés consternés do la déroute de leur armée, se rendirent au vaiiicjueur. Ils lui livrèrent la ville et la ciladelle de Belgrade; et, au moyen de celte nouvelle conquête, l'empereur se vit maître de toute la Hongrie.
Le Pape en ressentit une vive joie. Dès l'ouverture de la campagne, il avait ordonné à Rome des prières publiques jpour le suc« ces des armes iÏQS Chrétiens, et il les avait continuées avec ferveur. Quand il reçut, avec quelques drapeaux, la nouvelle que remperenrlui donna d*une victoire si complète, il les distribua dans celles des églises de Rome qui sont dédiées à la sainte Vierge. 11 tint son consistoire, où il donna dans la personne d*Emeric Czaki un cardinal à l'Ai* iemagne. Il offrit le sacrifice pour les Ames des Caiboliques qui avaient péri dans la bataille, et ordonna que chaque prêtre à Rome dit la iteêse pour eux à certains jours, assi-
gnant à chacun une rétribution pour cet objet.
Les Vénitiens no laissèrent pas d'avoir aussi leurs succès sur mer et sur terre. Pour effacer le blAme qu'ils avaient encouru, d'avoir trop lardé à se mettre en mer, ils firent voile dès le commencement du printemps, et prévinrent la flotte ottomane. Ils allèrent droit aux fies de l'Archipel, pour la combattre à son passage, sans attendre même la fl'itte auxiliaire. Les Turcs n'avaient pas encore osé sortir des Dardanelles:, lorsque, sur la lin de mai, ils crurent pouvoir le faire à l'aide d*un bon vent. Les Vénitiens les arrêtèrent. Après quelques volées de canon, qui emportèrent Fiangini, amiral des Vénitiens, la flotte ottomane leur échappa. Il y eut encore une rencontre en juillet; mais les Turcs trouvèrent de nouveau le moyen de s'éloigner, et de regagner les Dardanelles.
Peu de jours après, la flotte auxiliaire joignit l'armée navale des Vénitiens. Le PafH) en' avait nommé général le commandeur de Belle-Fontaine, connu à Malte par son expérience et sa valeur. Le secours consistait en onze vaisseaux de guerre qu'avait envoyés le roi de Portugal, et dans le même nombre de galères, ou d'autres bâtiments que le Pape, le grand -duc de Toscane et le
f;rand mattre de Malte, Raymond de Perelos, avaient fournis l'année précédente. Clé^ ment XI les avait renforcés de quelques gros vaisseaux et de troupes de débarquement. Mais les Génois ne fournirent rien, «et le secours d'Espagne qu'on disait devoir consister en seize vaisseaux de ligne, ne |)araissait point. Dans l'attente de leur arrivée, la flotte iies Chrétiens résolut de faire quelque entreprise sur terre. Ils allèrent fondre sur Sainte-Maure, péninsule situéo entre les ties de Zante et de Corfou. Les Turcs l'avaient prise sur les Vénitiens au commencement de la guerre. Les Chrétiens la 'reprirent sur les Turcs. S^ répandant on«* suite sur le littoral de l'E^dre, ils se rendirent maîtres de Butrinte et de quelques autres places qui, malgré une vigoureuse résistance, furent obligées de se rendre à discrétion. • ... - I
Le plan était do reconquérir la Morée. Il leur aurait été d'autant pins facile d'y réussir, que leurs dernières conquêtes venaient d'y répandre la terreur, et que la flotte ottomane, n'osant plus se montrer, n'aurait pu la secourir. Mais la mésintelligence s'étant mise parmi les chefs, comme il est ordinaire entre des commandants de différentes nations, il fut résolu qu'on attendrait les Espagnols, et qu*on se contenterait de tenir la me**, pour empêcher les Turcs de tenter aucune entreprise. Les Espagnols ne parurent pas. On s'en étonnait: carie concert était rétabli entre les cours de Rome et de Madrid. AIdrovandi, nonce en Espagne, avait écrit au Pape que toutes les anciennes di(Q« cultes venaient d'être ap!anie:$, grâce au zèle d'Alberoni, et que la flotte espagnole allait partir de Cadix pour le Levant. Le Pape
tw
âlb
ALB
avait été si satisfait de ces nouvelles, il cmiiptait si bien sur le départ de Tescadro espagnole pour le Levant, qu*il avait fait Ameroni cardinal. Néanmoins cette escadre ne parut point dans TArchipei. La flotte AUTiliaire se sépara, et chaque nation se retira dans ses ports.
La raison pour laquelle le roi d'Espagne n*avait pas envoyé sa^oite dans Je Levant, provenait d'une insulte faite h son grand inquisiteur. Joseph Molinez était à Rome 1ors<^ue le roi d*Espngne le nomma grand inquisiteur dans son royaume. Non-seulement TEmpireet.rEspagne n'étaient pas en guerre Tun contre Tautre, mais encore l'Espagne était venue Tannée précédente au so cours de l'Empire, en envoyant une escadro contre les Turcs, dans le temps que rem()e- Teur leur faisait la guerre en Hongrie, et actuellement elle équipait seize vaisseaux et des galères; pour ménagera l'empereur la même diversion. Indépendamment «de cette circonstance de paix, qui devait persuader à Molinez qu'il trouverait les passages libres dans les Etats d*Italie de Tempereur, en partant de Rome, il avait, pour plus grande précaution, pris un passe-port ^e son ambassadeur auprès du Saint-Siège. Malgré cela, quand il passa par Milan, on T^ arrêta par ordre de l'empereur, et on le mit en prison avec tous ceux de sa suite. Le roi ^ISspagne regarda cette arrestation comme une hostilité qui demandait vengeance.
Ainsi, au lieu d*envoyer ses vaisseaux au -secours de l'empereur» il résolut secrètement de s'en servir pour aller fondre sur les Etals que possédait ce prince en Italie. Le Pape écrivit à l'empereur que la mesure qu'il venait de prendre, était contraire au droit des gens et è l'immunité d'un ecclésiastique constitué dans une si haute dignité. Pour toute réponse» on lui fil savoir qu'on avait de secrèles menées à reprocher a Molinez; qu'on voulait bien que ce fût le Pape qui en connût; mais qu'en attendant Molinez serait étroitement gardé dans tes prisons de la citadelle de Milan. Pour surcroît de malheur, Molinez y mourut peu de temps après.
Sous prétexte de se venger , le roi d'Espagne envoya en Sardaigue [1717J la mêoie llotle qu'il destinait contre les Turcs. Elle alla niouiller devant Cagliari. Elle débarqua des troupes qui en formèrent le siège, et dans l'espace de deux à trois mois, elle ei>(eva à l'empereur l'Ile entière de Sardaigne. Plusieurs crurent que depuis longtemps celte expédition avait élé projetée par le cardinal Àlberoni» et que le projet d'envoyer cette année-là une escadre dans le Levant n'avait élé qu'un voile pour couvrir le dessein qu*«on avait conçu à Madrid d'attaquer l'empereur en Italie , ivendant qu'il était occupé contre les Turcs. Quoi qu'ihen soit, Clément XI, étraliger a toutes «es menées, n'en pouvait qu'être extrêmement affligé pour bien des raisons.
De son celé , Tempereur , voyant que la S;^;%laigM lui avait étl* eulevéc en si peu de
temps, parut craindre qu'il n'y eût contre lui une conspiration de tous les princes d'Italie. Il s'en prit surtout au Pape, pour contenir lous les autres par son moyen. Il l'ac* cusa d'être enlré dans le complot, tout imaginaire qu'il était. Il lui reprocha d'avoii violé sa parole , de s'être secrètement concerté avec le roi d*Espagne ; il le menaça de sa vengeance, si on ne mettait fin h de telles hostililés. En même temps il fit défendre au nonce de Vienne de paraître en sa présence, ou même à la cour. Il envoya ordre à celui de Naples de sortir du royaume dans les vingtquatre heures. Il y prescrivit le séquestre de tous les revenus des bénéfices vacants, et abolit le tribunal qui y était érigé pour subvenir h l'entretien de la basilique de Saint- Pierre de Home»
Tout cela ne se faisait de la part de l'empereur, que pour forcer le Pape à lui ménager au moins une suspension d'armes auprès du roi d'Espagne ; (*t le Pape n'avait pas besoin d'y être excité. Sa perplexité était grande ; comme il ne pourrait plaire au roi d'Espagne sans mécontenter l'empereur , il ne pourrait non plus contenter rem|)ereur sans déplaire au roi d'Espagne. Néanmoins il espéra qu'après avoir , de part et d'autre , essuyé d'abord quelques mauvais momenls, il en sortirait à la satisfaction de tous les deux ; et c'est ce qui arriva. Il fit d'abord appeler à son audience le comte de Gallascb, ambassadeur de l'empereur. Il le chargea d'exprimer à ce monarque la surprise où il était de se voir soupçonné d*élre entré dans un prétendu complot avec l'Espagne. Il écrivit au prince lui-même qu'il le priait d'avoir de lui des sentiments plus équitables; et,
f>ourne pas laisser au pou voir des séquestres es revenus des bénéfices vacants, qu'on avait saisis dans le royaume de Kaples , il nomma sur-le-champ à tous les évêchés et aux autres bénéfices que la mort y avait dépourvus de titulaires.
. Dans la Morée , les Catholiques se trouvaient presque sans prêtres, et réduits à une extrême misère, depuis que les Turcs l'avaient conquise sur les Vénitiens. Le Pape ouvrit son trésor pour v envoyer d'abondants secours. Il y établit de nouveaux prêtres à la place de ceux que l'indigence ou l'oppression en avait chassés; et il ne fut tranquille de ce c6té-là , que quand on lui eut donné l'assurance que ses largesses avaient sufll pour salisfaire à tous les besoins.
La principauté do Rheinsfeld courait risque de tomber en des mains hérétiques.
Pour prévenir ce malheur, il fallait dispenser du sous-diaconat le prince Guillaume des landgraves de Hesse-ilheinsfeld. Le bien de la religion le demandait. L*emporeur le représenta au Pape. Le prince Guillaume possédait aJors un di) ces riches canonicats de l'Eglise méiropolitaine de Cologne. Le Pape lui permit, quoiqu'il eût reçu le premier des trois ordres sacrés, d*épouser une princesse .catholique. Pour tous frais de dispense, il lui recommanda' la foi orthodoxe tians toutes les villes et autres lieux de la
ALB
DES CARDlX\l}X.
ALB
principauté dont il allait prendra possession.
Clément XI établit aussi en Suisse, h ses dépens, un grand nombre d*écoles où la jeunesse, élevée dans les belles-lettres, pût en môme temps être formée è la piélë. Dans quelques monastères, au contraire, le relÂckemenl nrant fait des progrès, il rencontra des obstacles h la réforme qu*il y voulait introduire. Il eut à soutenir Topposition de personnes puissantes el intéressées aux abus. Mais sans user d*autres voies que de celles de la douceur, il parvint à les contenir. Les hérétiques avaient indignement profiiné réglise de J'abbaye de SainiGall. Il s'adressa h I empereur et au duc d*Orléans , régent de France pendnnt la minorité de Louis XV, pour obtenir justice de Tatlentat qui avait été commis. Le régent Gt en sorte que les auteurs de celte profanation ne demeurassent pas sans chAliment.
En France, Thérésie de Jansétnus exerçait des ravages. Après la mort de Louis XIV, elle leva le masqué contre Paulorilé légitime. Ses partisans, après avoir soutenu leur révolte contre la bulle Unigenilus^ par un appel semblable h celui de Luther, la dénoncèrent p\ibliquement au futur concile ((énéral : c'est-è-dire qu'ils appelèrent de *Bj^lîse h l'Eglise même, de TEglise dispersée k TE^lise assemblée en concile, el du jugement irréformable qu'elle avait déjà porté contre leserreurs^ de Quesnel, au jugement qu'ils attendaient encore d'elle sur le même sujet.
A tant d'efforts, le Pape n'opposa d'abord, selon sa coutume, que les voies de la douceur. Il écrivit les lettres les plus tendres et les plus touchantes. Hais le temps de la résipiscence n'étant pas encore venu , et les appels se multipliant avec les libelles , au grand scandale (le la religion ; après avoir lait brûler h Rome, par In main du bourreau, plusieurs de ces libères, condamné tout appel de la bulle Unigenilus , déclaré qu'il n*admottrait aux évècnés aucun de ceux qui lui seraient suspects dans la doctrine. Clément XI porta l'année suivante , 1718, une seconde bulle, commençant par ces mots : Pattoralii of/icii. Par cette seconde bulle il déclarait séparés de la f;ommunion de sa charité tous ceux qui n'étaient pas soumis k la première. Divers parlements rendirent dus arrêts pour empêcher qu'elle ne lût reçue en France. Le Pape s'en consolait, puisque, disait-il, il avait fait son devoir.
La guerre contre les Turcs le préoccupait toujours. Il aurait déliré que rem^iereur poussât contre eux ses concjuôles plus loin , et que les Vénitiens reprissent la Murée. lltfs il n'en avait plus guère l'espoir, depuis que le roi d*E<pagne avait enlevé la Sar-* daigne k l'empereur , & moins qu'on ne la lui rendit et qu'on ne discontinuât de lui faire ta guerre en Italie. Sans cela , il était érident que l'empereur travaillerait à faire sa paix avec les Turcs ; que le roi d'Espagne u'cnverrait plus de secours aux Vénitiens ,
et que ces deux princes allaient embraser l'Italie du feu d'une nouvelle guerre.
En vue de la prévenir , le Pape contura le roi d'Espagne de laisser en paix les Etats de l'empereur, et de joindra ses forces S celles des autres princes catholiques, pour agir tous de concert contre les ennemis du nom chrétien. Le roi d'Espagne répondit que l'insulte qu'il avait reçue de la part de l'empereur, dans la personne du grand inouisiteur Molinez, demandait réparation. LePape répliqua que les secours d'argent qu'il luiavait procurés sur les revenus ecclésiastiques de l'Espagne, ne lui ayant été accordés que pour agir contre les infidèles, il ne pouvait plus les lui continuer, s'il cessait de leur faire la guerre. Il ajouta que, si le cardinal Alberoni, son premier ministre, persistait h lui donner d'autres conseils, au liou^ de lui accorder les bulles de l'archevêché de Séville, que ce cardinal sollicitait, il retiendrait celles m/^.mes de Malaga, qu'on venait de renvoyer à Rome. C'est par l'impulsion de l'empereur que le Pape avait écrit dans ce sens au roi d*£spagne.
A Madnd on ne fut pas content de cette^ loitre. Philippe V défendit au nonce de con^ tinuer ses fonctions , et h ses ministres d'à-voir aucun rapport avec lui. Il envoya ordro h tous ceux de ses sujets qui étaient à Rome d'en sortir. Eu même temps il tournait' contre la Sicile ses armes victorieuses. Le cardinal Alberoni était même accusé d'avoir fait, au nom du roi d'Espagne, un traité secret avec les Turcs. Le comte de Gallasch en avait porté sa plainte au Pape en présence de tous les cardinaux. On prétendaitque, pour conlracler cette alliance, il s'était servi de l'intermédiaire du prince Ragotzi»^ et que son but était d'aider la Porte ottomane h faire la guerre è l'empereur. Clément XI approfondit cette affaire, et dissipa^ tous les doutes. Il pria l'empereurde rendre sur cela justice au roi d'Espagne; et, ea égard aux circonstances, Charles VI fut sifrappé de la grandeur d'Ame et de l'équilé du Pontife , qu'il révoqua tous les ordres. qu'il avait donnés è son préjudice» et qu'il; conçut pour lui une estime et une ténera-^ tiou qui ne se démentirent plus. Il rétablit son nonce à Vienne, et rappela èNapIes celui
3u'il en avait fait sortir. Il se h&la ensuite e faire sa paix avec les Turcs , pour être )lus en état de se défendre en Italie contre e roi d'Espagne. Cette paix fut conclue à Passarowilz à. des conditions que ne désapprouvèrent pas les Vénitiens qui y étaient compris. La principale était que, de part ei d'autre, chacun demeurerait maître des conquêtes faites dans la présente guerre. A. la première nouvelle qu en reçurent les Vénitiens , ils abandonnèrent le siège de Ihilcigno, en Dalmalie. Les Turcs- étaient auc abois; la perle de la Hnn^ie tes avait consternés dans tout l'Orient. Ils apprirent à respecter la main qui leur avait attiré sur les bras l'empereur el les prniCGS catholiques* On ne les vit plus si féroces contre les Chrétiens ; et U France», profitant de la conjouc-^
ALB
McnoNNAmc
ALB
ture» réitéra auprès du Grand Seigneur des demandes qu*il n*avait pu jusqu'alors faire ëcoDUTcn ravcor des religieux qui gardent le saint sépulcre , et elle en oblint loùl ce qu'elle demanda. La Sicile émit encore au duc de Savoie. Mais le roi d'Espagne ayant appris que ce prince songeait à la céder à l'empereur moyennant quelque équivalant « y envoya des troupes [1718] ^ qui en con-
Juirent d'abord Ta plupart des villes avec 'autant plus de Tacilité» que les Siciliens regrettaient fa domination espagnole. Presque aussitôt que ces mêmes villes eurent ouvert leurs portes à l'armée d'Espagne, elles demandèrent qu'on mît fin aux troubles dont elles étaient depuis quelque temps agifées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d'Espagne donna ordre au cardinal Aquaviva, son minisire à Rome, d'en traiter avec le Pape. D*un commun accord on convint de plusieurs articles, qui apaisé^ fent toutes les dissensions. Ainsi finit cette étrange affaire.
Quelques mois après, la paix so Ot entre i*emi)ereur et le roi d'Espaçne qui lui céda la Sicile, et au duc de Savoie le royaume de Sardaigne. Par ce traité il. fut aussi stipulé que les Etats de Parme et de Plaisance seraient donnés à don Carlos, fils atné de la reine d'Espagne , si le duc de Parme venait k mourir sans enfants mâles. On agita encore, si on ne réunirait point à Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Aonci-
!;lione. Mais le Pape s'c^'leva avec tant de brce contre ce projet, qu'on ne crut pas de- . voir y toucher. 11 se plaignit vivement de ce que, sans même le consulter, on avait disposé du Plaisantin et du Parmesan avec la même confiance que s'il n*eût pas eu le domaine direct sur ces deux Etats. Il démontra avec la même évidence que le Saint- Siège avait toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione ; que, selon le droit qu'il en avait, Ranuce 11 les avait vendus au Saint-Siège dans le dernier siècle; et qu'il n'était plus possible aux ducs de Parme a*y revenir.
Toutes ces affaires terminées. Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans l'Ile de liinorque. L'évêquo s'était constamment opposé à la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer à l'exercice de leur reli-
fîon ; et, par la fermeté de son zèle, il leur lait devenu odieux. H avait dans l'Ile de Majorque un grand vicaire, qui ambitionnait sa place, qui espérait Tootenir par leur moyen, et qui, dans cet espoir, se montrait fort indulgent h leur égard. Peu s'en fallut , eu effet, qu'ils ne forçassent l'évêque de la lui abandonner. Le Pape, averti , y mit bon ordre.
En Suisse, Tabbé de Saint«4jaU avait conclu à Bade, avec la cantoii de Berne, un accord qui lui était très-préjudiciable è luimême, k l'indépendance de son abbave, aux droits de son église, de son monastère , et de la foi catholique* Giéffleut XI commença
par l'annoter et par ordonner h l'abbé qnll insérât dans ses archives la cassation qun Rome en avait faite, afin qneses sirccesseurs y trouvassent un titre pour réclamer leurs droits. Ensuite il pria Louis XV d'interposer ses bons oflicea pour faire rendre à celle même abbaye tous les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XJV avait fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc, son ambassadeur, qu'il ne r^^nouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère de Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les araient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent, s'employa pour le même objet et l'obtint.
Les luthériens avaient toujours sur le cœur, la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu'il fût dès lors et qu'il ail toujours été dans la foi catholique f ils imaginaient chaque jour divers moyens de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse protestante. Pour prévenir leur dessein. Clément XI envoya à Vienne [1719] le P. Snlerno, Jésuite, avec ordre de demander à l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du Pape et ceux du roi de Pologne, il accordait l'atnée des deux, nommée Marie. Il écrivit au Pape qu'il ne tenait plus
3 u'à ce prince de l'épouser, quand il voii« rait. C'est la même jirincesse qui s'assit depuis avec lui sur lo trône de Pologne.
Animé par un même motif de religion, le Pape entreprit de marier Jacques Sluart, celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre à la mort de Jacques 11, son père. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir ,. quand il lui platt, les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. 11 lui proposa sa propre filleule, la princesse Clémentine Sobieski, petite-fille de Jean 111 , roi de Pologne : le prince l'accepta. A cette nouvelle il y eut des Anglais qui remuèrent, et firent tant au« près de l'empereur que, comme la princesse traversait rAlIcmagné pour aller à Rome
4 'oindre son futur époux, il y eut ordre à nspruck de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelqites mois de séjour, s'étant déguisée en homme, elle trompa la vigilance de ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite à Rome, où elle fut bien accueillie du Pope qui, h son arrivée, lui envoya une sommé d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyage en Espagne. A son retour, il s'arrêta à Monlefiascone , qui n'est qu'à une jouyiéo de Rome, dans les Etats (pontificaux. La princesse Clémentine s'y rendit aussi. L'6vêque du lieu les maria. Do ce iour-là Clément XI augmenta la pension qu'il ne cessa point de leur servir. Il fit meubler à Rome un palais digne de les recevoir. 11 les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur oiariage, nais-
DÈS CARDLNAUl.
ALB
SAn^o qui eut lieu le dernier jour de Tannée 1790, le P/ipe voulut que les mngistrMs du Caintole roniain el les principaux seigneurs fissislassenl aux rnuehos de ta princesse; c^oe quatre des prineipaur notaires inscrivissent le prince nouveau-né dans leurs registres publics, et que, do $a part, on lui portât solennellement les langes , comme il se pratique envers les premiers-nés des tâtes couronnées.
On eût dit que les sectateurs de la religion anglicane commençaient dès lors à apf^réhender le prince nouveau-né. En Irlande Is s*éîevèrent contre les Catholiques. Ils les traduisirent devant les tribunaux, et la magistrature les soumit h des peines pécuniitires qui excédaient leurs facultés. Clément XI se hflta d*aller è leur secours. Il leur envoya de Targent pour soulager leur misère. Il intéressa Tempereur, le régent de France, le foi de Portugal dans leur cause, et par le moyen de ces puissances, il fit cesser Toppression. Les archevêques d*Armagh et de Dublin avaient un violent démêlé au sujet de leur juridiction. La querelle s'échauffait si vivement, qu'elle commençait à diviser les fidèles de ces doux métropoles. Pour en arrêter le cours, le Pape se fît juge do leur difTérend. 11 en commit la discussion aux raniinaux de la congrégation de la Propagande. Il Texamina avec eux dans toute la rigueur, et il mit fin à la discorde, en sommant les deux prélats de se soumettre à sa décision.
La discussion était encore plus vive en Allemagne, par la licence avec laquelle vivaient noml>re d'ecclésiastiques, et par la fermeté avec laquelle les gens de bien s'éle* Talent contre leurs dérèglements. Le désor- ^dre V était tel qu'en quelques endroits on ne distinguait plus à leurs habits les gens d*E^lise des séculiers. Un, entre autres, très-connu par le nom qu*il portait , pourvu de riches bénéfices, et déjà élu évèque d*un grand siège, s*avisa non-seulement de continuer h porter Tépée a))rès son élection; mais encore il en vint ju<;qu'à se battre en duel, dans une place publique, et des plus fréquentées, avec celui qui avait été sou eoneurrent potii^ Tépiscopat. Clément XI y remédia si efTicncement, que ce fut depuis, pour tout ecclésiastique, comme une espèce d*apostasie que de quitter l'habit de son état.
Dans Tordre de Malle, il s'était aussi glissé bien des abus touchant la manière dont on
Î décernait les charges et les dignités, et ODt on y administrait les revenus. On con- Teiiait de part et d'autre, à prix d'argent, pour les conférer, ou pour i«3S obtenir. Par \h tes bénéQces se trouvaient livrés à des ronventions simoniaques, et possédés bien souvent par ceux des commandeurs ou des ebevaiiers qui lus méritaient le moins. Pour ronper nourt h un pareil désordre, le Pape fil une bulle où, après leur avoir enjoint, en général, de s*en tenir à leurs statuts, il déclarait, en particulier, déchus de toute commanderie, de tout kéuéSce , de toute charge
dans Tordre, non-seulement tous ceux qui» useraient entrés par la voie des présents oe» des promesses , mais encore tous ceux«jqiti? seraient entrés en quelque stipulatroR avec les contractants. Il comprenait dans ce nombre ceux qui les auraient aidés de leurs conseils et de leurs secours^ ceux qui leur a4i^ raient donné.leur appui ou leur assentimen!, et il les déclarait soumis à toutes les censures et h toutes les peines portées-, tant pac les sacrés canons que par leurs propres oonstitulions. Pour aller même au^evant de tout prétexte, il rejetait toute excuse qju'os aurait pu alléguer dans la suite, ense disant possesseur de bonne foi, cl^ autorisé par l'usego.
Les ouvriers évangélinues souffraient de cruels traitements dans la Géorgie, et tes fidèles n'en étaient pas non plus exempts. Les Arméniens schismatiques les opprimaient. Le mal se faisait surtout sentir à Tiflis, où le roi de Perse avait permis aux Capucins de s'établir, et où ils venaient de former une nombreuse communauté. Deux hommes influents semblaient y avoir juré la perte de la religion. Leur autorité sur le peuple était si absolue, que le gouverneur de la province n'en eut pas assez pour la* réprimer. Ils excitèrent publiquement lt*s schismatiques à la révolte contre les Catholiques, et se mirent à la tête des mutins. Ou pilla la maison des Capucins, on renversa une partie de leur église. On faillit faire mourir plusieurs fidèles sous le béton, et quelques-uns furent laissés pour morts. U n'était plus possible aux prêtres de faire les fonctions de leur ministère. Clément XI* n'en fut pas plutôt informé, qu'il dépêchai vers le roi de Perse pour implorer sa protection. A sa prière, le prince envoya oixire^ sur-le-champ ou'on puntt les coupables, el le calme fut rétabli. Mais h peine le cessai tion du châtiment eut donné au scbisme Is^ loisir de respirer, qu'il recommença ses tn)stilités avec tant d'acharnement, que la punition même ne fut plus capable de l'arrêter., Il ne discontinua ses crunutés que lorsqu'il se fut lassé de les exercer. Pour consoler Clément XI , le roi de Perse défendit qu'on établît de nouveaux imfiôts sur les Catholii» ques. Il confirma tous les privilèges à^eui; accordés par les rois ses ancêtres. A. sou tour^ pour lui en montrer sa reconnaissance, le Pontife engagea la république de Venise et le grand-duc de Toscane à joindre leurs re^ meidments aux siens; et, è Tombre de leur crédit, la foi fut depuis [dus tranqjLiilli» en Arménie.
Le Pontife tomba malade» La Sèvre ^o prK avec des vomissements presque continuels. Son asthme l'oppressait; il ne pouvait respirer. Il fut obligé de s'aliter. On exposa le saint Sacrement dans toutes les églises, pour obtenir le rétablissement de sa santé. La princesse de Bade, qui so trouvait à Ronu?, se signala par l'intérêt qu'elle montra- pour sa conserYation» Sa piété l'avait attirée aux pieds des sainU^ sipêtres. Elle y fit uneneuvaioe («our dcr? )Ddec la guérison du Pape,
ALB
MCnONNAIRC
ALB
ture, réitéra auprès du Grand Seigneur des demandes qu*il n*avait pu jusqu'alors faire écouler en Tavdir {\es religieux qui gardent le saint sépulcres » et elle en obtint tout ce qu'elle demanda. La Sicife émit encore au duc de Savoie. Mais te roi d'Espagne ayant appris que ce prince songeait à la céder à l'empereur moyennant quelque équivalant , y envoya des iroupes [1718], qui en con-
Juirent d'abord Ta plupart des villes avec 'autant plus de Tacilité» que les Siciliens regretlaienl fa domination eiipagnole. Presque aussîlôt que ces mêmes villes eurent ouvert leurs portes à l'armée d*Espagne, elles demandèrent qu'on mtt On aux troubles dont elles étaient depuis quelque temps agi* fées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d'Espagne donna ordre au cardinal Aquaviva, son minisire à Rome, d'en traiter avec le Pape. D*un commun accord on convint de plusieurs articles, qui apaisé^ fent toutes les dissensions. Ainsi finit cette étrange affaire.
Quelques mois après, la paix se flt entre i'emnereur et le roi d'Espagne qui lui céda la Sicile, et au duc de Savoie le royaume de Sardaigne. Par ce Içaitéil fut aussi stipulé que les Etats de Parme et de Plaisance seraient donnés à don Carlos, fils atué de la reine d'Espagne , si le duc de Parme venait k mourir sans enrants mâles. On agita encore, si on ne réunirait point à Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Aoncî-
!;lione. Mais le Pape s'rleva avec tant de brce contre ce projet, qu'on ne crut pas de- . voir y toucher. Il se plaignit vivement de ce que, sans même le consulter, on avait disposé du Plaisantin et du Parmesan avec la même confiance que s'il n*eût pas eu le domaine direct sur ces deux Etats. Il démontra avec la mémo évidence que le Saint- Siège avait toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione; que, selon le droit qu'il en avait, Ranuce 11 les avait vendus au Sainl-Siége dans le dernier siècle; et qu'il n'était plus possible aux ducs de Parme a*y revenir.
Toutes ces affaires terminées, Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans l'Ile de liinorque. L'évoque s'était constamment opposé è la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer à l'exercice de leur religion; et, par la fermeté de son zèle, il leur était devenu odieux. Il avait dans l'Ile de Majorque un grand vicaire, qui ambitionnait sa place, qui espérait Tootenir par leur moyen, et qui, dans cet espoir, se montrait fort indulgent h leur égard. Peu s'en fallut , en effet, qu'ils ne forçassent l'évAque de la lui abandonner. Le Pape, averti , y mit bon
ordre.
En Suisse, Tabbé de Saint-GaU avait conclu à Bade, avec la canton de Berne, un accord qui lui était très-préjudiciable è luiiiiémet è l'indépendance de son abbave, aux droits de son église, de son monastère, et de la foi catholique* Clément XI commença
par l'annoter et par ordonner à l'abbé qnll insérât dans ses archives la cassation quA Rome en avait faite, afin qneses sirccesseurs y trouvassent un titre pour réclamer leurs droits. Ensuite il pria Louis XV d'inter|>o. ser ses bons oflices pour faire ren<lreà celto même abbaye tous les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XJV avait fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc, son ambassadeur, qu'il ne renouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère de Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les araient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent, s'employa pour le même objet et l'obtint.
Los luthériens avaient toujours sur le coeiir la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu*il fût dès lors et qu'il ait toujours été dans la foi catholique f ils imaginaient chaque jour divers moyens de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse prolestante. Pour prévenir leur dessein. Clément XI envoya à Vienne [1719] le P. Salerno, Jésuite, avec ordre de demander à l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du Pape et ceux du roi de Pologne, il accordait ratnée des deux, nommée Iklarie. Il écrivit au Pape qu'il ne tenait plus qu'à ce prince de l'épouser, quand il voudrait. C'est la même jirincesse qui s'assit depuis avec lui sur lo trône de Pologne.
Animé par un même motif de religion, le Pape entreprit de marier Jacques Stuart, celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre à la mort de Jacques 11, son père. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir ,. quand il lui plaît, les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. Il lui proposa sa propre filleule, la princesse Clémentine Sobieski, petite-fille de Jean III , roi de Pologne : le prince l'accepta. A cette nouvelle il y eut des Anglais qui remuèrent, et firent tant au« près de l'empereur que, comme la princesse traversait rAlIcmagnè pour aller à Rome
S'oindre son futur époux, il y eut ordre à nspruck de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelqites mois de séjour, s'étant déguisée en homme, elle trompa la vigilance de ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite è Rome, où elle fut bien accueillie du Pope qui, h son arrivée» lui envoya une sommé d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyage en Espagne. A son retour, il s'arrêta à Montefiascone, qui n'est qu'à une jouyiéo de RomCi dans les Etats pontificaux. La princesse Clémentine s'y rendit aussi. L'évêque du lieu les maria. Do ce iour-là Clément XI augmenta la pension qu'il ne cessa point de leur servir. 11 fil meubler à Rome un palais digne de les recevoir. Il les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur mariage, nais-
ALB
ALB
Mn^f> qiiî eut Heu le dernier jour de Tannée 1790« le Pape rouhit que Ip9 magislrdls du Caintolo romain et les principaux seigneurs fissislassent aux rnnehes de ta princesse; c^ue quatre des principaux notaires înscri- ▼issent le prince nouveaii-né dans leurs registres publics, et que, de sa part, on lui portfll solennellement les langes , comme fl se pratique envers les premiers-nés des tâtes couronnées.
On eût dit que les sectateurs de la religion anglicane commençaient dès lors è apf^réhender le prince nouveau-né. En Irlande Is s*élevèrcnt contre les Catholiques. Ils les traduisirent devant les tribunaux, et la mngislratnre les soumit h des peines pécuni;t<res qui excédaient leurs facultés. Clément XI se iiflta d*8ller è leur secours. Il leur envoya deTargent pour soulager leur misère. Il intéressa Tempereur, le régent de France* le roi de Portugal dans leur cause, et par le moyen de ces puissances, il fit cesser Pop-
Gression. Les archevêques d*Armagh et de >uhlin avaient un violent démêlé au sujet de leur juridiction. La querelle s'échauffait si vivement, qu'elle commençait à diviser les fidèles de ces doux métropoles. Pour en arrêter le cours, le Pape se fil juge do leur difTérend. Il en commit la discussion aux cardinaux de la congrégation de la Propagande. Il Texamina avec eux dans toute la rigueur, et il mit Hn h la discorde , en sommant les deux prélats de se soumettre à sa décision.
La discussion était encore plus vive en Allemagne, par la licence avec laquelle vivaient noml>re d'ecclésiastiques, et par la fermeté avec laquelle les gens de bien s'éle* traient contre leurs dérèglements. Le désor- ,dre V était tel qu'en quelques endroits on ne distinguait plus à leurs habits les gens d*E^lise des séculiers. Un, entre autres, très-connu par le nom qu*ii portait , pourvu de riches bénéfices, et déjà élu évêque d'un grand siège, s'avisa non-seulement de continuer h porter l'épée après son élection ; mais encore il en vint jusqu'à se battre on doel, dans une place publique, et des plus fréquentées, avec celui qui avait été son eoneurrent poui^ Tépiscopat. Clément XI y remédia si efFicacemenl, que ce fut depuis, pour tout ecclésiastique, cumme une espèce d'apostasie que de quitter l'habit de son état.
Dans Tordre de Malte, il s'était aussi glissé bien des abus touchant la manière dont on y décernait les charges et les dignités, et doDton y administrait les revenus. On contenait de part et d'autre, à prix d'argent, pour les conférer, ou pour ies obtenir. Par i^ les bénéQces se trouvaient livrés à des ronventioDS simoniaques, et possédés bien souvent par ceux des commandeurs ou des ehevaiiers qui les méritaient le moins. Pour roiii^r court h un pareil désordre, le Pape fil une bulle où, après leur avoir enjoint, en généralf de s'en tenir à leurs statuts, il délïlarait» en particulier, déchus de toute commanderiet de tout kéuéfice , de toute charge
dans Tordre, non-seulement tous ceux qui» y seraient entrés par la voie des présents <hI' des promesses , mais encore tous ceux«jqitif seraient entrés en quelque stipulatton areo les contractants. Il comprenait dans ce nombre ceux qui les auraient aidés de leurs conseils et de leurs secours^ ceux qui leur a4i^ raientdonné.leur appui ou leurassentimon*, et il les déclarait soumis à toutes les censures et à toutes les peines portées, tant pac les sacrés canons que par leurs propres oonstitutions. Pour aller même au^evant de tout prétexte, il rejetait toute excuse qju'on aurait pu alléguer dans la suite, eO'Se disant possesseur de bonne foi, cl^ autorisé par l'usage.
Les ouvriers évangélinues souffroJent de cruels traitements dans la Géorgie, et les fidèles n'en étaient pas non plus exempts. Les Arméniens schismatiques les opprimaient. Le mal se faisait surtout sentir à Tiflis, où le roi de Perse avait permis aux Capucins de s'établir, et où ils venaient de former une nombreuse communauté. Deux hommes influents semblaient y avoir juré la perte de la religion. Leur autorité sur le peuple était si absolue, que le gouverneur de la province n'en eut pas assez pour laréprimer. Ils excitèrent publiquement les schismatiques à la révolte contre les Catholiques, et se mirent à la tête des mutins. Ou pilla la maison des Capucins, on renversa une partie de leur église. On faillit faire mourir plusieurs ikièles sous le bâton, et quelques-uns furent bissés pour morts. U n'était plus possible aux prêtres de faire les fonctions de leur ministère; Clément XI* n'en fut pas plutôt informé, qu'il dépécliai vers le roi de Perse pour implorer sa protection. A sa prière, le prince envoya ordre^ sur-le-champ au'on puntt les coupables, et le calme fut rétabli. Mais à peine la cessa*^ tion du châtiment eut donné au schisme le* loisir de respirer, qu'il recommença ses tn)stilités avec tant d'acharnement, que la punition même ne fut plus capable de l'arrêter., Il ne discontinua sesjru.iutés que lorsqu'il se fut lassé dsJe5"exercer. Pour consoler Clément Xr,' le roi de Perse défendit qu'on établît de nouveaux im|»ôts sur les Cutholiiques. Il confirma tous l*es privilèges à^eui; accordés par les rois ses ancêtres. Ason tour^ pour li>i en montrer sa reconnaissance, le Pontife engagea la république de Venise et le grand-duc de Toscane à joindre leurs re-^ merclments aux siens; et, è l'ombre de leur crédit, la foi fut depuis plus tranqjiiille en Arménie.
Le Pontife tomba malade» La fièvre hvprit avec des vomissements presque continuels. Son asthme l'oppressait; il ne pouvait respirer. Il fut obligé de s'aliter. On exposa le saint Sacrement dans toutes les églises, pour obtenir le rétablissement de sa santé. La princesse de Bade, qui so trouvait à Ronu?, se signala par l'intérêt qu'elle montra pour sa conservation. 3a piété l'avait attirée aux pieds des sain!» ipôtres. Elle y fit uneneuvaine pour dcr? )ndec la guérison liu Pape,
ALB
McnoNNAmc
ALB
ture, réitéra auprès du Grand Seigneur des demandes quMl n*avail pu jusqu'alors faire ëcoDler en fa^cm des religieux qui gardent le saint sépulcre 9 et elle en obtint tout ce qu'elle demanda. La Sicife émit encore au duc de Savoie. Mais te roi d'Espagne ajant appris que ce prince songeait à la céder à l'empereur moyennant quelque équivalant , y envoya des troupes [1718], qui en con-
Juirent d'abord Ta plupart des villes avec 'autant plus de facilité» que les Siciliens regrettaient fa domination espagnole. Presque aussilôt que ces mêmes villes eurent ouvert leurs portes h l'armée d'Espagne» elles demandèrent qu'on mît On aux troubles dont elles étaient depuis quelque temps agi* tées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d'Espagne donna ordre au cardinal Aquaviva» son ministre à Rome» d'on traiter avec le Pape. D*un commun accord on convint de plusieurs articles» qui apaisé^ fent toutes les dissensions. Ainsi finit cette étrange affaire.
Quelques mois après» la paix so Ot entre Tempereur et le roi d'Espagne qui lui céda la Sicile» et au duc de Savoie le royaume de Sardaigne. Par ce traité il fut aussi stipulé que les Etats de Parme et de Plaisance seraient donnés à don Carlos» fils afué de la reine d'Espagne » si le duc de Parme venait k mourir sans enTants mâles. On agita encore.sion ne' réunirait point à Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Ronci-
!;lione. Mais le Pape s'rleva avec tant de bree contre ce projet, qu'on ne crut pas de- . voir y toucher. Il se plaignit vivement de ce que» sans même le consulter» on avait dis* posé du Plaisantin et du Parmesan avec la même confiance que s'il n'eût pas eu le domaine direct sur ces deux Etats. Il démontra avec la même é.vidence que le Saint- Siège avait toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione ; que» selon le droit qu'il en avait, Ranuce 11 les avait vendus au Sainl-Siége dans le dernier siècle; et qu'il n'était plus possible aux ducs de Parme a*y revenir.
Toutes ces affaires terminées» Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans l'Ile de liinorque. L'évêque s'était constamment opposé h la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer à l'exercice de leur reli-
fion ; et» par la fermeté de son zèle, il leur lait devenu odieux. Il avait dans l'Ile do Majorque un grand vicaire» qui ambitionnait sa place» qui espérait l'obtenir par leur moyen, et qui, dans cet espoir» se montrait fort indulgent h leur égard. Peu s'en fallut » en effet, qu'ils ne forçassent l'évêque de la lui abandonner. Le Pape» averti » y mit bon ordre.
En Suisse» l'abbé de Saint-GaU avait conclu à Bade» avec la cantoii de Berne» un accord qui lui était très-préjudiciable è luimême» à l'indépendance de son abbave» aux droits de son église» de son monastère » et de la foi catlioliqaeé Glémeut XI commença
par l'annoler et par ordonner h l'abbé qnll insérât dans ses archives la cassation quA Rome en avait faite, afin qne ses sirccesseurs y trouvassent un titre pour réclamer leurs droits. Ensuite il pria Louis XV d'inter)>n. ser ses bons offices pour faire rendre à cello même abbaye tous les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XJV avait fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc» son ambassadeur» qu'il ne renouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère de Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les avaient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent» s'employa pour le même objet et l'obtint.
Los luthériens avaient toujours sur le cœur, la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu'il fût dès lors et qu'il ail toujours été dans la foi catholique f ils imaginaient chaque jour divers moyens de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse protestante. Pour r^révenir leur dessein. Clément XI envoya à Vienne [1719] le P. Snlerno, Jésuite, avec ordre de demander à l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du Pape et ceux du roi de Pologne» il accordait Tatuée des deux» nommée Marie. 11 écrivit au Pape qu'il ne tenait plus
3 u'à ce prince de l'épouser» quand il vourait. C'est la même jirincesse qui s'assit depuis avec lui sur le trône de Pologne.
Animé par un même motif de religion » le Pape entreprit de marier Jacques Sluart, celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre à la mort de Jacques 11» son père. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir ,, quand il lui platt» les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. 11 lui proposa sa propre filleule» la princesse Clémentine Sobieski, petite-fille de Jean 111 » roi de Pologne : le prince l'accepta. A cette nouvelle il y eut des Anglais qui remuèrent, et firent tant auprès de l'empereur que» comme la princesse traversait rAlIcmagné pour aller à Uome
i 'oindre son futur époux, il y eut ordre à nspruck de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelqites mois de séjour» s'étant déguisée en homme» elle trompa la vigilance de ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite h Rome, où elle fut bien accueillie du Pape qui, h son arrivée, lui envoya une sommé d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyage en Espagne. A son retour, il s'arrêta à Montefiascone, qui n'est qu'à une jouyiéo de Rome, dans les Etats pontificaux. La princesse Clémentine s y rendit aussi. L'évêque du lieu les maria. Do ce iour-là Clément XI augmenta la pension qu'il ne cessa point de leur servir. Il fit meubler è Rome un palais digne de les recevoir. H les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur mariage » nais-
ALB
DES CARDLNAUX.
ALB
SAn^o qui eul lieu le dernier jour de Tannée f790« le Pcifie voulut que les mngîstrdts du Capîlolo romain et les principaux seigneurs assistassent aux rnuehes de ta princesse; c^ue quatre des prineipaux notaires inscrivissent le prince nouveau-né dans leurs registres publics, et que, do sa part, on lui portât solennellement les langes , comme il se pratique envers les premiers-nés des tâtes couronnées.
On eût dit que les sectateurs de la reli* gion anglicane comrifiençaient dès lors è ap-
{iréhender le prince nouveau-né. En Irlande Is s'élevèrent contre les Catholiques. Ils les traduisirent devant les tribunaux « et la mngistralure les soumit h des peines pécuni;»«res qui excédaient leurs facultés. Clément XI se liflta d'aller è leur secours. Il leur envoya de l'argent pour soulager leur misère. Il intéressa Tempereur, le régent de France, le roi de Portugal dans leur cause, et par le moyen de ces puissances, il fit cesser Top-
Kressîon. Les archevêques d*Armagh et de >uhlin avaient un violent démêlé au sujet de leur juridiction. La querelle s'échauffait si vivement, qu'elle commençait è diviser les fidèles de ces doux métropoles. Pour en arrêter le cours, le Pape se fit juge do leur différend. Il en commit la discussion aux raniinaux de la congrégation de la Propagande. Il Texamina avec eux dans toute la rigueur, et il mit (in h la discorde, en sommant les deux prélats de se soumettre à sa décision.
La discussion était encore plus vive en Allemagne, par la licence avec laquelle vi- Taient nombre d'ecclésiastiques, et par la fermeté avec laquelle les gens de bien s'élevaient contre leurs dérèglements. Le désor- ^dre y était tel qu'en quelques endroits on ne distinguait plus à leurs habits les gens d'Eglise des séculiers. Un, entre autres, très-connu par le nom qu'il portait , pourvu de riches bénéfices, et déjà élu évèque d*un grand siège, s'avisa non-seulement de continuer è porter l'épée après son élection ; mais encore il en vint jusqu'à se battre en duel» dans une place publique, et des plus fréquentées, avec celui qui avait été son concurrent poui^ l'épiscopat. Clément XI y remédia si efTicacement, que ce fut depuis, pour tout ecclésiastique, comme une espèce d*apost8sie que de quitter l'habit de son état.
Dans Tordre de Malte, il s'était aussi glissé bien des abus touchant la manière dont on y décernait les charges et les dignités, et doDt on y administrait les revenus. On con- Taiiait de part et d'autre, à prix d'argent,
rur les conférer, ou pour ies obtenir. Par les bénéQces se trouvaient livrés à des conventions simoniaques, et possédés bien souvent par ceux des commandeurs ou des cbevaiiers qui lus méritaient le moins. Pour couper eourt h un pareil désordre, le Pape fit une bulle où, après leur avoir enjoint, en général, de s'en tenir à leurs statuts, il déclarait, en particulier, déchus de toute comn>affKltrie« de tout béuéSce , de toute charge
dans l'ordre, non-seulement tous ceux qui* y seraient entrés par la voie des présents <hi> des promesses , mais encore tous ceux%qiti' seraient entrés en quelque stipuiatron avec les contractants. Il comprenait dans ce nombre ceux qui les auraient aidés de leurs conseils et de leurs secours^ ceux q^i leur a4i^ raientdonné.leur appui ou leurassentimon*, et il les déclarait soumis à toutes les censures et à toutes les peines portées-, tant pac les sacrés canons que par leurs propres oonstilutions. Pour aller même au^evant de tout prétexte, il rejetait toute excuse qn'os aurait pu alléguer dans la suite, en se disant possesseur de bonne foi, cIf autorisé par l'usege.
Les ouvriers évangélioue» souffraient da cruels traitements dans la Géorgie, et les fidèles n'en étaient pas non plus exempts. Les Arméniens schismatiques les opprimaient. Le mal se faisait surtout sentir à Tiflis, où le roi de Perse avait permis aux Capucins de s'établir, et où ils venaient de former une nombreuse communauté. Deux hommes influents semblaient y avoir juré la perte de la religion. Leur autorité sur le peuple était si absolue, que le gouverneur de la province n'en eut pas assez pour \i¥ réprimer. Ils excitèrent publiquement L*s schismatiques à la révolte contre les Catiio* tiques, et se mirent à la tète des mutins. Ou pilla la maison des Capucins, on renversa une partie de leur église. On faillit faire mourir plusieurs iUièles sous le béton, et quelques-uns furent hiasés pour morts. U n'était plus possible aux prêtres de faire les fonctions de leur ministère; Clément XI* n'en fut pas plutôt informé, qu'il dépêcliai vers le roi de Perse pour implorer sa protection. A sa prière, le prince envoya ordre^ sur-le-champ au'on puntt les coupables, et le calme fut rétabli. Mais à peine le cessa-^ tion du châtiment eut donné au schisme Is* loisir de respirer, qu*il recommença ses tn)stilités avec tant d'acharnement* que la punition même ne fut plus capable de l'arrêter., Il ne discontinua ses^u.iutés que lorsqu'il so fut lassédfi J«sr'exe1xer. Pour consoler Clément XtTTô roi de Perse défendit qu'on établît de nouveaux imfiôts sur les Catholii» ques. Il confirma tous les privilèges à^euI; accordés par les rois ses ancêtres. A sou tour^ pour li>i en montrer sa reconnaissance, le Pontife engagea la république de Venise et le grand-duc de Toscane à joindre leurs re-^ merclments aux siens; et, è l'ombre do leur crédit, la foi fut depuis plus traiiqjiiilli» en Arménie.
Le Pontife tomba malade» La fièvre hvprit avec des vomissements presque continuels. Son asthme l'oppressait; il ne pouvait respirer. Il fut obligé de s'aliter. On exposa le saint Sacrement dans toutes les églises, pour obtenir le rétablissement de sa santé. La princesse de Bade, qui so trouvait à Ronu?, se signala par l'intérêt qu'elle montra, pour sa conserYation. Sa piété l'avait attirée aux pieds des sainU^ vipôtres. Elle y fit uneneuvaine |(0ur dcr? )ndec la guérison liu Pape,
ALB
MCTKWNAmC
ALB
ture, réitéra auprès du Grand Seigneur des demandes qu'il n*avait pu jusqu'alors faire ëcoDleren ravior iies religieux qui gardent le saint sépulcre » et elle en obtint tout ce qu'elle demanda. La Sicife était encore au duc de Savoie. Mais te roi d*Espagne ayant appris que ce prince songeait è la céder à Tempereur moyennant quelque équivalant, y envoya des troupes [1718], qui en con-
Juirent d'abord Ta plupart des villes avec 'autant plus de facilité» que les Siciliens regp*etlaienl fa domination espagnole. Presque aussftôt que ces mômes villes eurent ouvert leurs portes h l'armée d*Espagne» elles demandèrent qu*on mît fm aux (roubles dont elles étaient depuis quelque temps agi* fées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d'Espagne donna ordre au cardinal Aquaviva, son ministre à Rome, d'en traiter avec le Pape. D*un commun accord on convint de plusieurs articles» qui apaisé^ feot toutes les dissensions. Ainsi finit cette étrange affaire.
Quelques mois après» la paix so Ot entre l'empereur et le rot d*Espaçne qui lui céda la Sicile» et au duc de Savoie le royaume de Sardaigne. Par ce traité il fut aussi stipulé que les Etats de Pnrme et de Plaisance seraient donnés à don Carlos» fils afné de la reine d'Espagne , si le duc de Parme venait k mourir sans enTants mâles. On agita encore.sion ne réunirait point à Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Aouci-
!;lione. Mais le Pape sVIeva avec tant de bree contre ce projet» qu'on ne crut pas de- . voir y toucher. Il se plaignit vivement de ce que» sans même le consulter , on avait disposé du Plaisantin et du Parmesan avec la même confiance que s'il n'eût pas eu le domaine direct sur ces deux Etats. Il démontra avec la mémo é.vidence que le Saint- Siège avaift toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione ; que» selon le droit qu*il en avait, Ranuce II les avait vendus au Sainl-Siége dans le dernier siècle; et a\V\l n'était plus possible aux ducs de Parme d'y revenir.
Toutes ces affaires terminées» Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans Tlle de liinorque. L'évoque s'était constamment opposé à la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer à l'exercice de leur reli-
5 ion ; et» par la fermeté de son zèle, il leur tait devenu odieux. Il avait dans l'Ile de Majorque un grand vicaire, oui ambitionnait sa place » qui espérait Tootenir par leur moyen» et qui, dans cet espoir, se montrait fort indulgent h leur égard. Peu s'en fallut » en effet, qu'ils ne forçassent l'évèque de la lui abandonner. Le Pape» averti » y mit bon ordre.
En Suisse» l'abbé de Saint-GaU avait conclu à Bade» avec la canton de Berne» un accord qui lui était très-préjudiciable è luiinémet à l'indépendance de son abbave» aux droits de son église» de son monastère » et de la foi catlioliqueé Glémeut XI commença
par f annoter et par ordonner h l'abbé qnll insérît dans ses archives la cassation qun Rome en avait faite, afin que ses sirccesseurs y trouvassent un titre pour réclamer leurs droits. Ensuite il pria Louis XV d'interposer ses bons oflices pour faire rendre à cette même abbaye tous les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XJV avait fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc» son ambassadeur, qu'il ne renouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère de Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les ayaient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent, s'employa pour le même Objet et l'obtint.
Les luthériens avaient toujours sur le cœur, la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu'il fût dès lors et qu'il ait toujours été dans la foi catholique f ils imaginaient chaque jour divers moyens de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse protestante. Pour ftrévenir leur dessein. Clément XI envoya è Vienne [1719] le P. Snlerno, Jésuite, avec ordre de demander à l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du Pape et ceux du roi de Pologne» il accordait ratnée des deux» nommée Marie. 11 écrivit au Pape qu'il ne tenait plus
3 u'è ce prince de l'épouser, quand il vourait. C'est la même j)rincesse qui s'assit depuis avec lui sur le trône de Pologne.
Animé par un même motif de religion » le Pape entreprit de marier Jacques Sluart. celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre h la mort de Jacques II, son t»ère. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir ,. quand il lui plaît» les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. Il lui proposa sa propre filleule, la princesse Clémentine Sobieslei, petite-fille de Jean III , roi de Pologne : le prince l'accepta. A cette nouvelle il y eut des Anglais qui remuèrent, et firent tant auprès de l'empereur que, comme la princesse traversait l'Allomagné pour aller à Rome
i 'oindre son futur époux, il y eut ordre à nspruclL de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelques mois de séjour, s'étant déguisée en homme» elle trompa la vigilance de ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite è Rome, oix elle fut bien accueillie du Pape nui, h son arrivée, lui envoya une sommé d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyage en Espagne. A son retour, il s'arrêta à Montefiascone, qui n'est qu'à une jouyiéo de Rome» dans les Etats pontificaux. La princesse Clémentine s y rendit aussi. L'évêque du lieu les maria. Do ce iour-là Clément XI augmenta la pension qu'il ne cessa point do leur servir. Il fit meubler è Rome un palais digne de les recevoir. Il les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur mariage » nais-
DES CARDLNAUl.
ALB
nnxi^o. qui eut lieu le dernier jour de Tannée 1790, le Piipe vonliit que I09 magistrdls du Capîlolo romain et les principaux seigneurs assistassent aux rnnehes de ta princesse; Ciue quatre des prineipanx notaires inscri- ▼issent le prince nouveau-né dans leurs registres publics, et que, de sa pari, on lui portât solennellement les langes , comme fl se pratique envers les premiers-nés des tâtes couronnées.
On eût dit que les sectateurs de la religion anglicane commençaient dès lors à appréhender le prince nouveau-né. En Irlande ils s*élevèrcnt contre les Catholiques. Ils les traduisirent devant les tribunaux, et la magistrature les soumit h des peines pécuni;t'res qui excédaient leurs facultés. Clément XI 86 hflta d'aller è leur secours. II leur envoya de Targent pour soulager leur misère. Il intéressa Tempereur, le régent de France , le foi de Portugal dans leur cause, et par le moyen de ces puissances, il fit cesser Toppression. Les archevêques d'Armagh et de Dublin avaient un violent démêlé au sujet de leur juridiction. La querelle s'échauffait si vivement, qu'elle commençait è diviser les fidèles de ces doux métropoles. Pour en arrêter le cours, le Pape se fit juge do leur différend. Il en commit la discussion aux cardinaux de la congrégation de la Propagande. Il Texamina avec eux dans toute la rigueur, et il mit fin à la discorde, en sommant les deux prélats de se soumettre à sa décision.
La discussion était encore plus vive en Allemagne, par la licence avec laquelle viraient norot)re d'ecclésiastiques, et par la fermeté avec laquelle les gens de bien s'éle* Talent contre leurs dérèglements. Le désor- ^dre r était tel qu'en quelques endroits on ne distinguait plus à leurs habits les gens d'Eglise des séculiers. Un, entre autres, très-connu par le nom qu'il portait, pourvu de riches bénéfices, et déjà élu évèque d*un grand siège, s'avisa non-seulement de continuer h porter l'épée après son élection; mais encore il en vint ju<iqu*è se battre eu duel, dans une place publique, et des plus fréquentées, avec celui qui avait été sou eoncurrent poui^ l'épiscopat. Clément XI y remédia si efficacement, que ce fut depuis, pour tout ecclésiastique, comme une espèce dVipostasie que de quitter l'habit de son état.
Dans l'ordre de Malte, il sY*tait aussi glissé bien des abus touchant la manière dont on
Î décernait les charges et les dignités, et oot on y administrait les revenus. On contenait de part et d'autre, à prix d'argent, pour les conférer, ou pour ies obtenir. Par \h les bénéfices se trouvaient livrés à des conventions simoniaques, et possédés bien souvent par ceux des commandeurs ou des chevaliers qui les méritaient le moins. Pour rouper court h un pareil désordre, le Pape fil une bulle où, après leur avoir enjoint, en général, de s'en tenir à leurs statuts, il détlarait, en particulier, déchus de toute comnMnderte, de tout béuéfice , de toute charge
dans Tordre, non-seulement tous ceux qui* useraient entrés par la voie des présents <hi^ des promesses , mais encore tous ceux^jqoi* seraient entrés en quelque stipulatfon areo les contractants. Il comprenait dans ce nombre ceux qui les auraient aidés de leurs conseils et de leurs secours^ ceux qui leur a4i^ raient donné.leur appui ou leur assentimon% et il les déclarait soumis à toutes les censures et h toutes les peines portées-, tant pac les sacrés canons que par leurs propres oonstitutions. Pour aller même au^evant de tout prétexte, il rejetait toute excuse q.u'o« aurait pu alléguer dans la suite, en>se disant possesseur de bonne foi, cIf autorisé par l'usego.
Les ouvriers évangéliuues souffraient de cruels traitements dans la Géorgie, et les fidèles n'en étaient pas non plus exempts. Les Arméniens schismatiques les opprimaient. Le mal se faisait surtout sentir à Tiflis, où le roi de Perse avait permis aux Capucins de s'établir, et où ils venaient de former une nombreuse communauté. Deux hommes influents semblaient y avoir juré la perle de la religion. Leur autorité sur le peuple était si absolue, que le gouverneur de la province n'en eut pas assez pour U réprimer. Ils excitèrent publiquement les schismatiques à la révolte contre les Catholiques, et se mirent à la tôte des mutins. Ou pilla la maison des Capucins, on renversa une partie de leur église. On faillit faire mourir plusieurs fidèles sous le t>Aton, et quelques-uns furent hiasés pour morts. U n'était plus possible aux ppôtres de faire les fonctions de leur ministère; Clément Xi n'en fut pas plutôt informé, qu'il dépêchai vers le roi de Perse pour implorer sa protection. A sa prière, le prince envoya ordre^ sur-le-champ au'on puntt les coupables, et le calme fut rétabli. Mais à peine le cessa-^ tion du chAtiment eut donné au schisme leloisir de respirer, qu'il recommença ses hostilités avec tant d'acharnement, que la punition même ne fut plus capable de l'arrêter^ Il ne discontinua ses crunutés que lorsqu'il se fut lassé de les exercer. FOïrr cônsCter Clément XI , le roi de Perse défendit qu'on établît de nouveaux impôts sur les Cutholîi» ques. Il confirma tous les privilèges à^euI; accordés par les rois ses ancêtres. A. sou tour^ pour li>i en montrer sa reconnaissance, le Pontife engagea la république do Venise et le grand-duc de Toscane à joindreleurs re-^ merclments aux siens; et, è l'ombre de leur crédit, la foi fut depuis plus tranqjLiilli» en Arménie.
Le Pontife tomba malade» La fièvre fe prit avec des vomissements presque continuels. Son asthme l'oppressait; il ne pouvait respirer. Il fut obligé de s'aliter. On exposa le saint Sacrement dans toutes les églises, pour obtenir le rétablissement de sa santé. La princesse de Bade, qui so trouvait à Rome, se signala par l'intérêt qu'elle montra pour sa conservation. 3a piété l'avait attirée aux pieds des saintes jpôtres. Elle y fit une^neuvaine pour dci?)Ddec la guérison iLuPape,
ALB
MCTKWNAmC
ALB
ture» réitéra auprès du Grand Seigneur des demandes qu'il n*avail pn ]usqu*alors faire ëcooler en Tavcor iies religieux qui gardent le saint sépulcre 9 et elle en obtint tout ce qu'elle demanda. La Sicile était encore au duc de Savoie. Mais le roi d'Espagne ayant appris que ce prince songeait è la céder à l'empereur moyennant quelque équivalant , y envoya des troupes [1718], qui en con-
Juirent d'abord Ta plupart des villes avec *autant plus de facilité» que les Siciliens regretlaienl la domination espagnole. Presque aussitôt que ces mêmes villes eurent ouvert leurs portes à l'armée d'Espagne» elles demandèrent qu'on mît fln aux troubles dont elles étaient depuis quelque temps agitées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d^Espagne donna ordre au cardinal Aquaviva, son ministre à Rome, d'en traiter avec le Pape. D'un commun accord on convint de plusieurs articles, qui apaisé^ teoi toutes les dissensions. Ainsi finit cette étrange affaire.
Quelques mois après, la paix so Ot entre Temnereur et le rot d'Espaçne qui lui céda la Sicile, et au duc de Savoie le royaume de Sardaigne. Par ce traité il fut aussi stipulé que les Etats de Parme et de Plaisance seraient donnés à don Carlos, fils afné do la reine d'Espagne , si le duc de Parme venait h mourir sans enTants mâles. On agita encore, si on ne' réunirait point à Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Aonci-
!;lione. Mais le Pape s'ileva avec tant de brce contre ce projet, qu'on ne crut pas de- . voir y toucher. 11 se plaignit vivement de ce que» sans môme le consulter, on avait disposé du Plaisantin et du Parmesan avec la môme confiance que s'il n*eût pas eu le domaine direct sur ces deux Etats. Il démontra avec la môme éj^idence que le Saint- Siège avait toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione ; que, selon le droit qu'il en avait, Ranuce 11 les avait vendus au Saiol-Siége dans le dernier siècle; et qu'il n'était plus possible aux ducs de Parme d*;^ revenir.
Toutes ces affaires terminées, Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans l'Ile de liinorque. L'évoque s'était constamment opposé à la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer à l'exercice de leur religion; et» par la fermeté de son zèle, il leur était devenu odieux. 11 avait dans l'Ile de Majorque un grand vicaire, qui ambitionnait sa place» qui espérait Tootenir par leur moyen, et qui* dans cet espoir, se montrait fort indulgent h leur égard. Peu s'en fallut , en effet, qu'ils ne forçassent l'évoque de la lui abandonner. Le Pape» averti » y mit bon
ordre.
En Suisse» Tabbé de Saint-GaU avait conclu à Bade» avec h cantoii de Berne» un accord qui lui était très-préjudiciable è luiniémet è l'indépendance de son abbave, aux droits de son église, de son monastère » et de h foi catholique* Ciéffleut XI commença
par Tannoler et par ordonner h l'abbé qnll insérât dans ses archives la cassation qun Rome en avait faite, afin qne ses sirccesseurs y trouvassent un titre pour réclamer leurs droits. Ensuite il pria Louis XV d*inter|>n. ser ses bons offices pour faire rendre à cello môme abbaye tou.^ les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XJV avait fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc» son ambassadeur, qu'il ne renouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère de Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les avaient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent, s'employa pour le môme Objet et l'obtint.
Los luthériens avaient toujours sur le cœur, la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu'il fût dès lors et qu'il ait toujours été dans la foi catholique f ils imaginaient chaque jour divers moyens de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse protestante. Pour prévenir leur dessein. Clément XI envoya à Vienne [1719] le P. SalernOt Jésuite, avec ordre de demander à l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du Pape et ceux du roi de Pologne, il accordait Tatuée des deux, nommée aiarie. Il écrivit au Pape qu'il ne tenait plus u'à ce prince de l'épouser, quand il vourait. C'est la même princesse qui s'assit depuis avec lui sur lo trône de Pologne.
Animé par un même motif de religion , le Pape entreprit de marier Jac(|ues Sluart. celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre à la mort de Jacques 11, son père. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir, .quand il lui platt» les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. 11 lui proposa sa propre filleule, la princesse Clémentine Sobieski, petite-fille de Jean 111 , roi de Pologne : le prince l'accepta. A cette nouvelle il y eut des Anglais qui remuèrent, et firent tant au« près de l'empereur que, comme la princesse traversait rAIlcmagné pour aller à Home
i 'oindre son futur époux, il y eut ordre à nspruck de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelques mois de séjour, s'étant déguisée en homme, elle trompa la vigilance do ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite è Rome, où elle fut bien accueillie du Pape qui, h son arrivée, lui envoya une sommé d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyage en Espagne. A son retour, il s'arrêta à Montefiascone, qui n'est qu'à une jouyiéo de Rome^ dans les Etats ponlifica'jx. La princesse Clémentine s'y rendit aussi. L'évêque du lieu les maria. Do ce iour-là Clément XI augmenta la pension qu'il ne cessa point do leur servir. Il fit meubler à Rome un palais digne de les recevoir. Il les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur mariage » nais-
131 ALB DKRCAIlItl.NAI't
saifo q'iî ei'l n«'U le ilfirnier jf>ur iIk \'ai\ufii: 1790, le Pa|>e voulut que les rii:<KiMrnl« ilu Ciit'iinlf rniiisin et les priiiciimiix «'-iKiiciiK E»i-'!lflssent miT rnticlM-s (Je 11 firir» !■>•<■; f,DP quntre des )iriijei;iiix iiotair'rf iit^'^ii viiS*nt le i<rînc- iiniircjni-n/; 'lant leur» n- . pisirw l'Ub ic*. et q'ie, *)■? :n f-'.n , 'l'i ii^i pnrtSl *•■■ '.JiLi'.'-frnu-tl'. !-r» ll-'i^'-i , f/.fnrr ';
lit** rooronr.'é*».
On ffi: Qi; r-j* ** f*-'.'.»*.- ,•« -;* ï «r. , pioB pr= :"»•*■ "■-:-'=--■.» *■ : ;=•■ -,-< * • pr^rr»!!!'" • :* :.îf - ■ -l'-i-.-'.i f.' (• i' i
IrsJL.S!-»'! Jt- = ' ■:- ■•-■^.r t !"■
T'icliK, II.
ia in-. ■£ rtirr-r-?.. ,
ALB
DICTIOMNAmE
ALB
ihè
et «olljcita de pouvoir communier de sa main. Dien l'exauça : le Pape guérit, e( il lui administra la communion.
Bientôt le roi de Portugal fit part au Pontife d'heureuses nouvelles de la Chine, venues de Gôa et de Macao. Il lui mandait que ie maître du Ci^lesle Empire faisait toujours un Lrès-grand cas des maximes du christianisme» et que jamais prince n'avait* témoigné ni plu« d'estime ni plus de vénération pour Sa Sainteté. L'empereur en donna des prouves louchantes qu'il serait trop long d'exposer ici. Clément XI résolut donc de lui adresser une nouvelle ambassade, pour le remercier de la protection qu'il accordait dans ses Etats aux prédicateurs de l'Evangile, et pour le prier de la leur continuer. Dans celte vue, après avoir ordonné des prières publiques, et pris l'avis des cardinaux de la congrégation de la Propagande, il choisit pour cette importante mission un prélat recommandable par son mérite et par sa piété. C'était Mezzabarba. Il le fit patriarche d'Alexandrie, Y.isiteur apustoliiiue pour toutes les Eglises d'Orient, et son légat a la- If rtf auprès de l'empereur de la Chine. 11 lui associa vingt hommes choisis, partie entre les meilleurs prédicateurs, partie entre les
Elus habiles maîtres en toute sorte d'arts liéraux , et il lui ordonna de tenir la main à ce que ses décrets sur les cérémonies chinoises fussent religieusement exécutés.
Mezzabarba prit sa fOute pour Lisbonne, accompagné de tous ceux que le Pape lui avait associés. Il fut reçu du roi de Portugal avec tous les honneurs qui convenaient h sa dignité. Ce prince l'embarqua sur ses vaisseaux avec ceux de sa suite. Il les défraya 4ous pendant le voyage. Ils mirent h la voile le 25 mars 1719. Après avoir touché aux Indes, ils se rembarquèrent pour la Chine, où ils arrivèrent après neuf mois d'une heureuse navigation. Le légat fut reçu do l'em- [lereur de la Chine sur la Du de décembre de a même année, avec les plus grandes mar- .que5 de distinction. Après avoir pris de ses mains les lettres du Pape, lui avoir plusieurs HbtlTTemandé des nouvelles de sa santé, et lui avoir fait déférer tous les honneurs qu'on rend à la Chine eu pareille occasion, l'em-
{lereur le fit manger avec lui à sa table. 11 ui présenta lui-même à boire, et enjoignit k ses mandarins d'envoyer dans le môme temps de son meilleur vio à ceux de la suite qui , selon l'usage, étaient restés h rentrée du palais. S'apercevant pendant le repas que, par un jour froid, le légat ne portait, suivant la coutume du pays, que des babits de soie , et craignant que sa santé n'en souffrît, il fit apporter un de ses pro-
Sres manteaux fourré de zibeline. Il lui en t présent, et voulut qu'il s'isn couvrit h l'heure môme. Sur l'article des cérémonies chinoises , l'empereur se montra toujours ferme à snutenir qu'elles sont puremeut civiles, qu'elles n'ont rien de religieux; et, quoique le légat pût faire dans la suite, il ne put persuader le prince. Celui-ci cependant continua toujours de protéger TEglisç
dans ses Etats, et c'est dont ce qu'on en nul obtenir. Après un assez long séjour en Cdino, le légat repassa en Europe, et revint à Rome sous le pontificat d'Innocent X11I.
Quand il était parti dMlalie , il vaquait dix places dans le Sacré Collège. Clément XI Ie5s remplit. Du nombre de ces dix cardinaux il y en eut trois qu'il honora de la pourpre de son pur mouvement quoiqu'ils appartinssent aux trois principales couronnes. C'é» talent François de Mailly, le Flamand Thomas de Bossu, et l'Espagnol Louis Belluga. Le Pape dit en plein consistoire , qu'en leur conférant une si haute di^i^nité, il avait prétendu récompenser leur zèle pour le soutien de la foi.
Louis Belluga montra combien il en était digne par le refus qu'il en fit. Sa résistance alla si loin, qu'il fallut que tout le Sacré Collège s'interposât pour la vaincre; encore ne put-il y réussir. Ce saint homme s'était engagé par vœu de ne jamais accepter le chapeau de cardinal. Il parut comme frappé de la foudre, lorsqu'on lui apprit qu'il venait de lui être conféré- à son insu. Il persista trois mois entiers à déclarer qu'en conscience il ne pouvait se rendre è ce qu'on désirait de lui. Sa profonde humilité lui fit d'abord objecter son insuflisance. 11 recourut ensuite à la promesse qu'il avait faite h Dieu. Hais plus il fit d'etforts pour tâcher de se soustraire aux honneurs qu'on venait de lui décerner,
f)lus le Pape se crut obligé de l'astreindre h es accepter. Il lui en fit un commandement exprès, en le dispensant de son vœu; et le nouveau cardinal se soumit [1720],
Eu quelques cours de l'Europe, on ne pensait pas aussi avantageusement du cardinal Alberoni. Le roi d'Espagne venait de le dépouiller du premier ministère, de le renvoyer de Madrid, en lui ordonnant de sortir* sans délai de toute l'étendue de ses Etats. Il le déféra au Pape. Il forma contre lui différentes plaintes, et quelques puissances se joignirent è ce prince pour prier le Pape de les approfondir. Clément XI ne voulait ni punir un innocent, ni laisser un coupable impuni. Il commit Camille Cibo, son auditeur, pour en connaître. Il éialilit une congrégation de seize cardinaux pour discuter tous les chefs d*accusation , avec défense néanmoins de rien statuer h son insu. Le cardinal Alberoni venait d'aborder à Cônes. Le Pape pria le doge de le faire arrêter. On le retint en effet quelques jours. Peu après le sénat lui rendit la liberté. Le cardinal se retira en Lombardie, où il se tint caché jusqu'à la mprt de Clément XI et d'ott il ne cessait de répandre des écrits pour sa justitication. Ses adversaires en publiaient aussi contre lui. Ceux-ci étant venus à se calmer, l'affaire n'eut pas de suites, et elle f»arut entièreaient assoupie sous le pontificat suivant.
Rome fut affligée par de nouvelles maladies qui semblaient s'attaquer aux plus nobles tètes. C'étaient des pleurésies, dont on mourait presque aussitôt qu'on on était atteint. Il s'y mêla des fièvres malignes» qui
ALB
DBS CAPDINAUX.
ALB
les rendirent contagieuses. Le Saeré Collège perdit alors les cardinaux Astalli et de la Trëmollle. Le premier élail doyen du Sacré Collège : le second se trouvait , depuis ifuinze h seize ans, charp^é des afTaires de France auprès du Saint-Siège. Sa douceur vi sa droiture le firent universellement re-
Ï^retter. La mort fit quelque ravage dans e palais du Pape. Entre autres, Lancisi, son médecin, homme très-babile dans son art, et connu par de beaux ouvrages, fut em- |»ortè en peu de jours. En mourant, il laissa aux pauvres cent mille écus, dont Benoit XIII fit bâtir un magnique hôpital. Clément XI perdit beaucoup en perdnnt Lancisi.
Alais îl parut beaucoup plus inquiet sur le grand 4ionibre de personnes qui mouraient chaque jour, que sur le risque qu*ii courait lui-même de mourir. Il mit en mouvement tous les médecins de Rome pour imaginer les moyens de couper piml h la contagion, et craignant que les plus pauvres ne périssent faute de secours, il alla au-devant de leurs besoins.
Marseille se Irouva peu af)rès affligée de la peste. Un vaisseau, venu d^Alexandrie, et chargé de peaux du Levant, y apporta la contagion. Sa cargaison était destinée pour l'Italie. Le vaisseati fil voile en effet pour Naples; mais au moment où il allait entrer au pori, il s'éleva une tempête qui le poussa au large, et Pobligea de rclâchrr à Marseille. La Provence, le Comtat et quelques villes du Languedoc furent bientôt infectés du poison qu'il avait appoité. A cette nou- Telle, le Pape ordonna une procession générale, è laquelle il assista, pour demander à Dieu la cessation d'un si grand fléau. Il arma plusieurs* vaisseaux pour courir les côtes d'Italie et empocher la communication par mer. De mille en mille il plaça dus corps de garde, tant sur les bords de la Méditerranée que sur l'Adriatique, pour prévenir toute descente dans ses Etats. 11 établit aux portes de Rome un lazaret, ott tout ce qui venait des pays suspects était parfumé. Instruit de la disette qu'on commençait à souifrir dans Marseille, où le mal était dans toute sa force, il y envoya deux mille charges de blé qu'il adressa h Tévéque, digne héros de la charité, par le mépris qiTil faisait de la mort, et par le courage avec lequel il allait par les rues, dans les hôpitaux et dans les maisons particulières administrer les sacrements aux pestiférés. Avignon se trouvait à peu près dans le même étal. Clément XI y envoya mille charges de blé, avec ordre de lui faire savoir s'il en fallait davantage.
Dès lors ce Pontife redoubla d'activité; on eût dtjl qu'il ne voulait rien laisser d'imparfait après lui. Les Grecs tenaient un concile pour corriger les abus qui s'étaient introduits surtout en Russie. Il leur envoya de l'argent pour ceux des prélats qui n'auraient pas les moyens de subven^ir à la dépense de leurs voyages. En France le jansénisme fomentait toujours les divisions aur la doctrine. Cléuieut XI fit partir Mas-
sei, depuis cardinal, pour traiter è Paris des moyens de fléchir ou de réduire les réfractaires. Le roi de Pologne avait permis le libre exercice de la religion catholique dans la Lusace. Afin d'em()ècher que dans la suite on ne se relâchât sur cet article, il n'est point d'instances que le P;ipe ne fit pour obtenir un édit qui le rendît irrévocable. Désirant vivement que le tribunal de lamonari:hie demeurât aboli en Sicile, et que Commacliio fût enfin restitué au Saint- Siège, il envoya à Vienne,' pour terminer ces deux grandes affaires, son neveu, Alexandre Albani, depuis cardinal, et l'un des hommes de son siècle les plus remarquables par leur esprit. Afin de lui en faciliter le succès, il se hâta de faire cardinal le Jésuite Cienfuegos que l'empereur désirait beaucoup voir revêtu de la pourpre. Mais pour ne pas indisposer le roi d'Espagne par une telle promotion , il y joignit celle de Charles Borgia, patriarche des Indes, que ce prince souhaitait également voir élevé è la même dignilé.
Enfin, h la grande satisfaction du Pontife, Philippe V reçut à Madrid le nonce Aldovrandi, avec plein pouvoir de reprendre les fonctions de sa nonciature. Ce prince tourna en môme temps ses armes contre les Maures. Depuis vingt-sept ans, ils tenaient en Afrique la ville do Ceuta continuellement assiégée. 11 envoya une flotte avec des troupes qui les défirent et les contraignirent de lever le siège. On croyait les Maures abattus, lorqu'un mois après, en janvier 1721, ils revinrent, plus nombreux, fondre sur le camp des Espagnols. Leur déroute fut complète. Le roi d'Espagne écrivit au Pape de sa propre main pour Tinformer de cette victoire, et lui envoya quelques-uns des étendards pris par ses troupes sur lea infidèles. Clément XI en rendit de sofenn(;]lcs actions de grâces è Dieu par un discours latin qu'il prononça dans la chapelle» en présence du Sacré Collège et de la principale noblesse.
•Ce fut la dernière action publique de sa vie. Depuis plus de vingt ans, il succombait sous le poids '.les travaux, et le moment ai*prochait où il allait en recevoir la récompense. Son courage se soutenait toujours; mais il était visible que le mal empirait, et qu'il ne pouvait plus aller loin. Il le sentait si bien lui-même que, dans le dernier con-* sistoire, il dit aux cardinaux qu'il était averti que dans peu il devait comparaître devant le tribunal de Dieu, pour y rendre compte de son administration. C'est dans les mêmes sentiments qu'il se dépouilla d'une petite bibliothèque où il allait quelquefois se délasser; qu'il en fit transporter tous les livres chez ses neveux, et qu*au\ heures où il avait coutume de s'y retirer, il alla se renfermer tous les jours avec son confesseur pour traiter seul à seul avec lui des affaires de ^a conscience. Il en vint jusqu'à prier le cardinal Annibal Albani, son neveu, de lui préparer un tombeau des plus modestes dans Péglise de Saint Pierre; il traça lui«
ALB
MCnONNAIRB
ALB
même ton épitaphe, défendant qu'on lui en fit aucune autre, et il la dicta à son nereu dans les termes suivants :
Clemcns XI. Poiuif. Max.
Iliijus 8:irTos»iict.T Basilicc
Olim Vicarius
El posiea canoiiiciis,
Sibi vivetis poni jussiu
Obiil aie...
Aniio saliilis...
Sedil in ponliflcalii...
Orale pro eo.-
Le lundi 17 mars, il dit sa Messe, selon sa coutume. Il donna audience h ceux qui se présentèrent. Vers midi , n'ayant plus personne h écouler, il rentra dans sas appartements, et en passant dans une des salles où il y avait du feu , il s'y arrêta pour se chauiïer. C'est là qu'on le trouva tout frissonnant. Il se mit au lit sans rien prendre. Les médecins appelés lui trouvèrent de la fièvre; mais ils jugèrent c\ue sa maladie ne serait ni longue ni considérable. Celle-ci ne pronostiquait rien de plus fâcheux que les précédentes. Il était encore d'un âge qui laissait beaucoup d'espoir , surtout dans un pays où ij est assez ordinaire qu'on conserve une bonne santé jusque dans une extrême vieillesse. La fièvre diminua en eiïel; sa tète redevint libre; et, voyant en lui tous les avant-coureurs d'une prochaine guérison , ses neveux crurent, dans la nuit, pouvoir aller prendre quelque repos.
Le lendemain, sa situation changea loulik coup. Dès la pointe du jour, le mal , qui était caché, se manifesta avec tant de violence, qu'en peu d'heures In maladie fut jugée mortelle. Inutilement les cardinaux Albani et Paulucci firent assembler les médecins. Témoins de leurs embarras et du peu de confiance qu'ils avaient dans leurs remèdes, les deux cardinaux conclurent que le péril était pressant, et ils ne songèrent plus qu'à en faire avertir le malade.
Clément XI re^ut la nouvelle de sa mort en homme qui s y attendait. Il en marqua de la joie; il la regardait comme la fin de son exil. 11 fit appeler son confesseur, et , après une confession générale de toute sa vie, il ordonna lui-même tout ce qu'il convenait de faire pour lui administrer le saint viatique. Puis, s'élant recueilli pour se préparer h recevoir le corps adorable de Jésus- Christ, et étant resté quelque temps seul comme absorbé en Dieu, il se fit revêtir de son roche! et de son camail. Il prit une étole, et il demanda avec empressement le saint viatique. Quand le saint Sacrement entra dans sa chambre, se tenant sur son lit et sur son séant,joignant ses deux mains et inclinant profondéuienl sa tête nue, il récita trois fois, et tout haut, la formule ordinaire de l'Eglise pour la confession de nos péchés. Puis, sétant tenu quelques moments en silence dans l'anéanlisseinent devant son Dieu , il communia avec une dévotion angélique.
Son action de grâces finie, il désira parler encore aux cardinaux Albani et Paulucci. C'étaienl les deux rardinaui q^i avaient le plus travaillé avec lui pendant son pontificat. Dès qu'il les vil, il leur demanda pardon de tout ce qui aurait pu leur déplaire en lui pendatit tant d'snnées , où il craignait de leur avoir été trop importun. Il conjura surtout le second, qui était son premier ministre, d'être bien persuadé qu'il l'avait toujours estimé, aimé et honoré, et qu'il mourait plein de reconnaissance à son égard. Aussitôt que le cardinal Albani avait entendu son oncle lui demander pardon è lui-même, attendri jusqu'au fond de l'âme, il s'était jeté à ses pieds, implorant sa bénédiction, et il était encore à genoux , fondant en larmes, lorsque le Pape, le relevant et l'embrassant tendrement, lut dit : « Mon cher neveu , regardez moi bien aMentivement, et considérez où aboutissent tous les faux honneurs de ce monde. Rien de grand que ce oui est grand aux yeux de Dieu. Tâchez de devenir un saint. » Charles Albani a^ant demandé qu'il lui fût permis de conduire à ses pieds toute sa. famille, pour recevoirsa bénédiction : « Vous me ilen)andez,» lui dit l'oncle, « ce que j'auraisdù vous proposer de moi-même. » Il les bénit tous, et, en les bénissant, il leur annonça « que Dieu ne les abandonnerait jamais, l II avait h Vienne un troisième neveu qu'il aimait beaucoup. Le cardinal Pdulurci lui proposa de le rappeler.c N m,» répondit le Pape, « je défends qu'on le fasse sans avoir pris sur cela de bons conseils. »
Ses forces l'abandonnaient. La nuit du 18 au 19 lui fut très-douloureuse. Mais i( ne lui échappa aucune plainte. Son unique préoccupation était do prier seul, ou de join- / dre sa prière à celle qutî faisaient coniinuellement les généraux d'ordre qui étaient autour de son lit. Quand ils lui rappelaient a uelque endroit de l'Ecriture, de lui-même achevait le verset qu'ils avaient commencé. Son confesseur lui ayant demandé tout haut s'il pardonnait è ses ennemis , rappelant toutes ses forces, il répondit : ff One, par la grâce du Seigneur, il n'avait jamais eu aucun ennemi dans son cœur; qu'il souhaitait du bien à tout le monde ; et que, s'il y en avait qui fussent coupables envers lui de quelque ingratitude ou do quelque animosité , il leur pardonnait de tout son cœur. »
Il demanda ensuite è faire sa profession do foi, et il désira que deux notaires apostoliques la reçussent. Il voulut aussi que le cardinal Albani y assistât en qualité de camerlingue de la sainte Eglise. Il essaya d'abord de lire la formule qu*il en avait autrefois dressée lui-même ; mais s'apercevaut que sa vue était trop atfaiblie, il recommanda au maître du sacré palais de la lire à voix haute, afin qu'il pût le suivre. Il la prononça ainsi tout entière après lui. La prenant ensuite dans ses mains, il s'efforça plusieurs fois de la signer, mais il n'en put jamais venir è bout. Sur cela , il
îtÊ9
ALB
ALB
demanda rextrème-oncnon,qu*ii reçut dans des senlimenls qui attendrirent tous les spectateurs.
Sa présence d*esprit ne se démentit jamais. Il en profila jusqu'au bout pour s'entretenir avec les assistants qu'il édifi-iit. Sa mort fut semblable à sa tie, douce, tranquille* pleine de résignation aux rolontés du Seigneur, et de contianee en sa miséricorde. 11 entra dans une courte agonie, après laquelle il expira, le 19 mars 1721 , dans sa soixante et douzième ant.ée de son Age et la vingt et unième de son pontificat.
Animé d'une foi vive, Clément XI j puisait la force de soutenir ses travaux. Ses honneurs lui pesaient. 11 en éprouvait le vide et le néant. Il n'y découvrait que de continuels sujets d'affliction. « L'homme,» Jisait*il, «serait bien h plaindre s'il n'y avait |K>urlui un avenir. Quand est-ce, «ajoutaitil, « que j'irai jouir de Dieu T » Cette pensée était si consolante pour lui, qu'on le voyait tout autre quand il s'y livrait.
11 célébrait tous les jours le saint sacrifice de la Messe. Il récitait toujours son bréviaire k genoux. Deux fois le jour, il prenait quelque temps pour vaquer è la médilatioa. Pendant le repas, il se fiiisait lire IlScriture sainte. Si , dans la journée , il lui arrivait quelque mouvement de promptitude» Qui'lque parole d'impatience, sur-lechamp la faute était réparée par une punilion qu'il s'infiigeait. Ou il se blâmait luimême devant ceux qui en avaient été témoins, ou il reprenait son travail avec un air de douceur qui les charmait. Alexandre Albani était «lié à Vienne, et Masse! à Paris, presqu'en môme temps. « Je les legrette l'un et l'autre,» disait-il, « parce qt;ejeles avais toujours avec moi , et qu'ils étaient accoutumés h mes défauts. Je crains de scandaliser ceux qui leur succèdent , parce qu'ils ne sont pas laits h mes manières. »
Nul ne fit plus que lui pour la décoration des églises. Quand il y priait, il en était lui-môme un des principaux ornements. 11 s'y tenait toujours dans une posture humiliée, dans une modestie et un recueillement qui inspiraient la plus tendre dévotion. 11 aimait les cérémonies de 1 Eglise; il les faisait avec autant de plaisir que de dignité, et voulait qu'on fût exact è les observer.
Sa charité envers le prochain ne connaissait point de bornes. Dans les calamités publiques , ses trésors ne sudisaient pas jiour subvenir à ses largesses. A sa mort , on trouva que, dans Home seulement, il faisait subsister de ses aumôniis secrètes plus de six cents familles. Les hôpitaux absorbaient souvent une gramle ftartie du ses revenus. S'il apprenait que, dans les maisons |iarticulières, il y eât quelques malades peu favorisés de la fortune, des ^ens sages et discrets, sous ombre de leur faire des visites d'honnôlelé , leur portail secrèlemenl, de sa part, tons les secours dont ds pouvaient avoir besoin. Sa charité éclatait encore plus dans ceux qui se comportaient Biol avec lui. 11 disait que se venger eu leur
faÎ8ant*du bien, c'était se venger d'une manière divine. C'est ainsi qu'il se vengea du cardinal Grimani, dont il avait tant k se plaindre. Comme on le pressait un jo.ur de lui ôter le chapeau de cardinal, et qu'on alléguait que ce serait lui rendre service , en lui ôtant les moyens de nuire au Saint- Siège : « Non,,*» repartit-il , «parla je m'ôlerais à moi-même les moyeijS de lui rendre le bien pour le mal. i> Par les délais qu'il y apporta, il ne le dépouilla point de la uourpre.
Son zèle pour le salut des Ames lui fut toujours si à cœur q*.)e, nommé protecteur de lEglise d'Arménie lorsqu'il fut créé cardinal, il voulut, étant Pape, en retenir le titre et en faire les fonctions. Personne , en effet, n'était plus propre que lui à éclairer par ses lumières et h attirer par sa douceur. Ocelle attention il apportait dans le choix de ceux qu'il envoyait en Orient I On assure }\ie le seul Joseph de Camillis , de l'tle do Cliio, qu'il fit depuis évoque m par/t6ui, convertit à la foi catholique trois cent mille schismatiques, tant dansTEpire et les montagnes de la Chimère^ que dans la Pologne » la Mœsie et la Transylvanie.
Plus d'une fois , il tenta de réunir l'Eglise grecque è l'Eglise latine, et les travaux f|u'on a de lui prouvent combien il avait avancé dans son dessein. 11 parait, par les monuments qu'il en a laissés, que le plus grand obstacle à cette union si désirée, consiste en ce que les Grecs schismatiques d'Asie se , trouvent presque tous sous la domination du Grand Seigneur. Comme c'est lui qui les intronise dans leurs sièges; qu'ils no peuvent les occuper qu'en vertu d'un pouvoir par écrit qu'il leur donne; qu'il a coutume de les taxer, quand ils s'en mettent en possession; qu'il lés dépose aussi quand bon lui semble, ou quand quelque autre se présente pour le remplacer, au moyen d'une plus grosse somme; qu'il retire par le des revenus de tous les évè(|ues titulaires qui sont dans ses Etals, et que la religion catholique no saurait s'accommoder de pareilles transactions, on* no conserve guère l'espoir d'arriver à une réunion.
Cependant, Clément X( ne désespéra jamais. Il assembla plusieurs évôifues asiati- 3 nés, pour conférer avec eux des moyens 'y réussir. Il comprit qu'il fallait d'iibord gagner les cœurs do toute la nation, persuadé qu'après cela il pourrait parvenir , par le crédit de Louis XIV, h ûéchir le Grand Seigneur. Dans cette vue, que ne fit-il pas pour se concilier Tamour et la confiance île toute la Grèce? Dès qu'il arrivait à Rome quelque Grec schismatique, il voulait en ôlre averti, le voir et lui parler. Si cet étranger se trouvait dans le besoin , il y pourvoyait généreusement. S'il avait quelque affaire qui dépendit du Saint-Siège, le P.ipe la terminait sur-le-cbamp ; ses bons odices suivaient l'étranger jusque dans si patrie.
Il s'attacha aussi b la conversion des Juifs. Parmi les plus versés dans la lansue hébrai*
ALD
DlCTIONNÂlUr.
ALB
a ne et dans la science des divines Ecritures, .choîMt des docteurs catholiques qu'il chargea de leur faire des instructions. Lui-même se donna le soin d'en instruire plusieurs, et il eut ha consolation de leur faire ouvrir les yeui h la lumière de TEvangite. Comme il ?tpi>nt un jour que, dans la maison des ca- K^chiimènesy il y en avait un dont les doutes suspendaient encore la résolution qu'il avait
f»riso de se faire Chrélion, il s'y transporia uî-même, et il acheva de les dissiper. Ce docteur converti se nomma»l Ange Visin.
Distingué entre tous les autres par sa vaste érudition, il était vrnu d*Alep à Rome en 1704-. Le Pape le baptisa avec sa femme et ses enfatits; la reine de Pologne elle grnndduc de Toscane les tinrent sur les fonts baptismaux. C'est ce même homme que Clément oppo?a toujours depuis aux Juifs comme un adversaire qui ne les pressait pas moins par le poids de son exemple que par la force de ses raisons.
Pour s'attirer la confiance des peuples, et pouvoir par là les servir utilement dans la grande affaire de leur salut, il voulait qu'on fût exact à leur rendre justice. 11 commença par faire des lois qui tranchaient toutes les lenteurs de la procédure. Il destitua quelques juges, dont les uns s'étaient laissé gagner par des sollicitations, les autres par dos présents, et les contraignit de réparer les dommages qu'ils avaient occasionnes dans les causes qu'ils avaient mal jugées. Deux procureurs, par une secrète et cnjji-» iielle collusion, avaient tratné une--'flfrSTpe en longueur, il les bannildo ses Etats, après avoir imprimé à leur nom une tache d'infamie. Informé qu'un seigneur romain cherchait, par mille prétexte, & éluder un payement, auquel il avait été condamné au profil d'un pauvre artisan, il lui fil enjoindre dese Fendr*e chez le gouverneur, avec défense d'en sortir qv'il n'eût payé la délie. En même temps il envoya ordre que, si dans ia journée lo gentilhomme n'avait satisfait soncréancier, on vendilà l'encan ses équi* pages et ses chevaux. Son intégrité éjait si bien connue que, quoiqu'il fût du nombre des cardinaux, juges d'un procès qu'avait à Rome l'archevêque de Trêves avec les chanoines de son chapitre, cet électeur, de la maison do Lorraine, n'hésita pas de lui écrire qu'il lui en laissait la décision à lui seul. 11 exigeait des juges qu'ils reçussent leurs justiciables avec des manières douces et polies qui inspirassent la conflance; et, parce que l'un d'eux traita un jour avec dureté une pauvre veuve, après avoir longtemps balancé s'il ne le dépouillerait pas de sa charge, il prit le parti de ne jamais l'avancer.
C'est ce qui lui faisait dire que, dans la distribution des emplois, ce n'étaient pas ^es hommes qu'il prélendait illustrer par les charges, mais que c'étaient les charges mêmes qu*il prétendai>t honorer par le choix des hommes auxquelles il les conférait.
De 853 évêques titulaires qu'il choisi! et oïLïl donna à l'E^lisu pendaul vingt et uu ans
de pontificat il n'y en eut jamais aucun dont il eût à se plaindre, il y en eut plusleuri^ qui, après avoir mené une vie exemplaire, moururent en odeur de sainteté.
Protecteur éclairé des beaux-arts, il attira iRoroe par ses largesses les plus habiles mailre^^ de Tltalie; il s'attacha surtout è la recherche de ce qu'il y avait de plus rare dans la littérature, ella bibliothèque Valicane lui dut de précieux accroissements. Elle était déjH ricne en manuscrits grecs et latins ; il y joignit ce que les langues orientales pouvfiient fournir de plus rare et de plus inconnn. Il l'augmenta de la bibliothèque particul'v^re que le Pape Pie H avait formée pour son usage, et de celle dont ia maison Piccoloniini avait fait présent aux Tliéatins. Informé qu'il se trouvait en Egypte et en Syrie une infinité d'anciens manuscrits, il y envoya Irois savants Maronites, leur recommandant de n'épargner ni soins ni argent pour les lui procurer. Ces trois hommes étaient Abraham Massard, AnJré Scandar et Eiie-JosephSimon Asseman. Le premier avait terminé sa mission, et était du retour à Rome en 1.708, le second en 1717 et le troisième en 1*721, année de la mort du Pape. Les deux premiers ra[>portèrent d'Egypte des manuscrits grec«; mais le troisième rapporta une bien plus riche moisson. Il forma un catalogue de tous les manuscrits qu'il avait recueillis, et les disposa dans un ordre si méthodique, que ce seul travail passe encore aujourd'hui pour un chef-d'œuvre. Il y en avait d'écrits en langue syriaque, arabe, persane, turque, hébraïque, samaritaine, arménienne, éthiopienne, grecque, égyptienne, ibérienne et malabare. A ce travail Asseman en ajouta un autre plus important encore. Il distingua les manuscrits qui avaient été copiés par des mains étrangères, de ceux qui étaient écrits de la main même ries auteurs, et iljoignit aux originaux un précis historique de la vie des grands hommes qui les avaient composés. Il enrichit de savantes notes les endroits des ouvrages qui demandait quelque éclaircissement. Il indiqua ceux qui peuvent le plus servir è combattre les erreurs des Orientaux, et à défendre li foi orthodoxe. Il rectifia les erreurs relatives h La géographie, à la chronologie» à l'histoire des lieux et des temps. Dans ia partie de la bibliothèque du Vatican, où fut placée celte rare collection, oi lit aujourd'hui cette inscription : Bibliothèque Orient taie Clémentine-raticane,
Pour conserver à la ville de Rome tous ces superbes monuments que la plus reeii* lée antiquité a comme consacrés à l'inimortalité, Tlémenl XI eut soin de faire graver sur l'airain ceux que la suite des siècles commençait à endommager. Pou-r^ emfêchor que les planches mêmes ne vinssent s'égarer avec le temps, il ies^Gt toutes rassembler dans la bibliothèque des Albani, ses neveux, où elles formaient, par le fini de la gravure, un des beaux monuments du siècle. Il défonditi sous les peines les iAjïb
fl9S
ALB
ALB
sévères» qu*on transportai hors de Rmie, ni statues, ni bustes, ni bas-reliefs» oi ta- Upaiix des grands maîtres.
. 11 bâtit ou répara des églises dans toutes les parties du monde catholique. Les seules statues des douze apôtres, qu'il plaça dans Péglise do Saint-Jean de Lalran, lui coûtèrent, avec leurs piédestaux et les colonnes qui les assortissent , au delà do soixante et dix mille écus d'or. On ne sait h combien montaient les sommes qu'il aem-
Îlojées à rétablir dans son premier état le anlhion des anciens Romains, que Tinjure des temps avait fort endommagé. C'était le seul monument de la puissance romaine que les fréquents saccagements des Barbares, eussent épargné, et que la durée des siècles eût conservé en son entier. Il s'agissait de lui rendre ce premier lustre qu*il avait du temps d'A;;rippa. Nul Piipe n*avait osé Tentreprendre. Clément XI l'exécata. Il en ttt renouveler les dorures, ^e-
f»olir les marbres, réparer les bas-reliefs, raralchir les peintures. Sur les ruines du maître • autel bâti par Boniface IV, il en éleva un autre d'une grande beauté. Devant cette même église, ap|)elée aujourd*hui la BoiondCf était une place qui en déshonorait rentrée. Pour tout ornement, il lui restait un b?ssin presque sans eau. Le Pape n'examina pas ce qu'il eu coûterait pour en faire une place en harmonie avec le lieu où elle était située. En la dégageant de tout ce qui l'obstruait, il la rendit plus vaste et plus * régulière. Les eaux; qu'il y conduisit formèrent une fontaine, qui de tous côtés les rend è pleins tnjaux, et il la surmonta d'un obélisque qui en fait le plus bel ornement. Le palais du Vatican ressemble seul à une ville par la irodigieuse multitude et l'é* tendue de ses bâtiments. Inhabité depuis longtemps, il n'avait plus été soigné avec la même attention ; la charpente avait souifert en quelques endroits; les eaux pluviales avaient pénétré dans plusieurs appartements. L'humidité en avait gâté les peintures. Les murailles mêmes, malgré leur épaisseur, avaient été si ébranlées par U'S treru* blements de terre, qu'il s'y était fait de larges ouvertures. Les dehors avaient été encore m'oins bien entretenus. La dépense h faire pour réparer ces immenses édifices atait de quoi etfrayer. Clément XI n'hésita pas. Dès qu'il en eut compris la nécessité, il mit la main à l'œuvre. Depuis le vestibule d'entrée jusqu'à l'extrémité des jardins, portiques, galeries, salles, jets d'eau, fontaiucs, tergers, promenades, tout fut rétabli dans son premier état. Le célèbre Charles Haratte fut chargé de retoucher les peintures de Raphaël. C')uchées à fresque sur le mur, elles avaient, par l'humiditi, perdu une partie de leur éclat. Il trouva le secret de dessécher les murs. Par ce moyen il rendit aux couleurs leur vivacité première. La chapelle Sixtine et la bibliothèque Apostolique furent portées à h'ur perfection. Le palais de Jl/on/e Cavallo^ situé eD bon «ir sur le mont Quirinal, et depuis^
habile par les Papes, ne fut pas non plus oublié.
Dans la seule ville de Rorof», combien de magnifiques édifices n'a-l-il pas construits pour assurer un asile à la vertu et pour contenir le vice par la crainte du châtiment? Dans l'enceinte de cette capitale et sur les bords du Tibre s'élèvent, à côté Tun d^ Tautre, deux bâtiments capables eux seuls d'inspirer à quiconque les voit la haute idée qu'on doit concevoir de ce grand Pape.
L'un est l'hôpital de Saint-Michel, l'autre la maison des Incorrigibles. Dans le premier la pauvreté trouve un soulagement toujours présent dans ses besoins, dans le second la jeunesse trouve un frein à son libertinage.
Ce ne sont pas les seuls que dans Romo même Clément XI ait consacrés à la charité. Son r.èle était ingénieux à imaginer les moyens de s'employer au salut des âmes; souvent ce même zèle se manifestait en lui par ses libéralités. Il souhaitait qu'à Rome il y eût une maison où les prêtres et les elercs que leurs affaires y attirent de tous les pays, pussent à leurs frais se nourrir à une même table, vivre sous un même toit, retirés du commerce du monde. C'était le moyen do les contenir dans l'esprit de leur état. Sur l'assurance qu'il eut des architectes, qu'avec 27 mille écus romains on pourrait leur procurer un logement convenable, le Pape ne balança pas à donner cette somme. La maison se fit; il la pourvut d'une bibliothèque composée de livres choisis. La communauté se forma d'elle-même, et l'union fut d'autant
f>Ius parfaite entre les ecciésiastiques, que eur séjour y était volontaire. H éleva en* core un édifice destiné k servir de retraite aux jeunes filles, et app*ilé la Maison d$ SainhClémeni, Il agrandit celle du l'Enfant* Jésus, où les jeunes personnes sont pareilmeut formées h la vertu. Il joignit des jar* dins h l'hôpital de Sainte-Marthe. Ses soins furent les mêmes pour l'hôpital des Ethiopiens et pour celui que le saint Pape Pie V affecta aux Arméniens. Il fit de nouvelles maisons pour recevoir ceux des prêtres et des clercs de cette même nation, que les besoins de leurs églises n'attiraient que trop souvent k l\ôme pour y réclamer la protection du Saint-Siège. Quant aux évêques de Mésopotamie et aux religieux Maronites de Saint-Antoine qui, chassés de leur pays pour cause de religion, allaient si fréquemment se réfugier auprès des Papes, il leur assigna dans Rome des domiciles permanents, établis h ses frais, et y attacha des revenus.
Le bien public demandait qu'il pourvût au transport et h la sûreté des grains. Celui des deux ports de Rome qui joint hi tombeau des Césars, et appelé Aipe^/a, n'était presque plus praticable. La pente eu était si rapide et le terrain si glissant, que des hommes chargés n'y pouvaient passer sans danger. Clément XI ne consulta que la facilité du commerce et la commodité des habitants. 11 employa soiiautc mille écus romains à lo
ALD
DICTIONNÂIHK
ÀLB
a lie et dans la science des divines Ecritures, .choisi des docleurs catholiques qu*il chargea de leur faire des instructions. Lui-même se donna le soin d*en instruire plusieurs, et il eut ha consolation de leur faire ouvrir les yeui è la lumière de TEvangile. Comme il ;tpi)rit un jour que, dans la maison des catt^chumènesy il yen avait un dont les doutes suspendaient encore la résolution qu'il avait
f»rise de se faire Chrélion, il s'y transporta ui-même, et il acheva de les dissiper. Ce docteur converti se nommait Ange Visin.
Distingué entre tous les autres par sa vasle érudition, i^ était vrnu d*Alep a Rome en 1704-. Le Pape le baptisa avec sa femme et ses enfants; la reine de Pologne itle grandduc de Toscane les tinrent sur les fonts baptismaux. C'est ce même homme que Clément oppo?a toujours depuis aux Juifs comme un adversaire qui ne les pressait pas moins par le poids de son exemple que par la force de ses raisons.
Pour s'attirer la confiance des peuples, et pouvoir par là les servir utilement flans la grande atfaire de leur salut, il voulait qu'on fût exact h leur rendre justice. Il commença par faire des lois qui tranchaient toutes les lenteurs de la procédure. 11 destitua quelques juges, dont les uns s'étaient laissé gagner par des sollicitations, les autres par dos présents, et les contraignit de réparer les dommages qu'ils avaient occasion* nés dans les causes qu'ils avaient mal jugées. Deux procureurs, par une secrète et crHji^ Dello collusion, avaient tratné une^.-irflrsTpe en longueur, il les bannildo ses Etats, après avoir imprimé à leur nom une tache d'infamie. Informé qu*un seigneur romain cherchait, par mille prétexte, & éluder un payement, auquel il avait été condamné au profil d'un pauvre artisan, il lui fit enjoindre dese -FeiKtfocKez le gouverneur, avec défense d'en sortir qv'il n'oût payé la dette. En même temps il envoya ordre que, si dans ia journée le gentilhomme n'avait satisfait soucréancier, on vendilà l'encan ses équi* paees et ses chevaux. Son intégrité éjait si bien connue que, quoiqu'il fût du nombre des cardinaux, juges d'un procès qu'avait à Rome l'archevêque de Trêves avec les chanoines de son chapitre, cet électeur, de la maison do Lorraine, n'hésita pas de lui écrire qu'il lui en laissait la décision à lui seul. 11 exigeait des juges qu'ils reçussent leurs justiciables avec des manières douces et polies qui inspirassent la con- Oance; et, parce que l'un d'eux traita un jour avec dureté une pauvre veuve, après avoir longtemps balancé s'il ne le dépouillerait pas de sa charge, il prit le parti de ne jamais l'avancer.
C'est ce qui lui faisait dire que, dans la distribution des emplois, ce n'étaient pas «08 hommes qu'il prétendait illustrer par les charges, mais que c'étaient les charges mêmes qu'il prétendait honorer par le choix des hommes auxquelles il les conférait.
De 853 évêques titulaires qu'il choisi! et qu'.Udonna à V E^lisj pendant vin^t et uu ans
de pontificat il n'y en eut jamais aucun dont il eût à se plaindre, il y en eut plusleuri^ qui, après avoir mené une vie exemplaire, moururent en odeur de sainteté.
Protecteur éclairé des beaux-arts, il attira iRoroe par ses largesses les plus habiles maitre^s de l'Italie; il s'attacha surtout è la recherche de ce qu'il y avait de plus rare dans la littérature, ella bibliothèque Vaticane lui dut de précieux accroissements. Elle était déiii ricne eu manuscrits grecs et latins; il y joignit ce que les langues orientales pouvfiient fournir de plus rare et de plus inconnn. Il l'augmenta de la bibliothèque particul'v^re que le Pape Pie H avait formée pour son usage, et de celle dont la maison Piccoloniiiii avait fait présent aux Théatins. Informé qu'il se trouvait en Egypte et en Syrie une infinité d'anciens manuscrits, il y envoya trois savants Maronites, leur recommandant de n'épargner ni soins ni argent pour les lui procurer. Ces trois hom:nes étaient Abraham Massard, André Scandar et Elie-Joseph-Simon Asseman. Le premier avait terminé sa mission, et était du retour à Rome en 1708, le second en 1717 et le troisième en 1721, année de la mort du Pape. Les deux premiers rapportèrent d'Egypte des manuscrits grec»; mais le troisième rapporta une bien plus riche moisson. Il forma un catalogue de tous les manuscrits qu'il avait recueillis, et les disposa dans un ordre si méthodique, que ce seul travail passe encore aujourd'hui pour un chef-d'œuvre. 11 y en avait d'écrits en langue syriaque, arabe, persane, turque, hébraïque, samaritaine, arménienne, éthiopienne, grecque, égyptienne, ibérienne et malabare. A ce travail Asseman en ajouta un autre plus important encore. Il distingua les manuscrits qui avaient été copiés par des mains étrangères, de ceux qui étaient écrits de la main même ries auteurs, et iljoignit aux originaux un précis historique de la vie des grands hommes qui les avaient composés. Il enrichit de savantes notes les endroits des ouvrages qui demandait quelque éclaircissement. Il indiqua ceux qui peuvent le plus servir è combattre les erreurs des Orientaux, et à défendre l.i foi orthodoxe. Il rectifia les erreurs relatives h La géographie, à la chronologie^ à l'histoire des lieux et des temps. Dans la partie de la bibliothèque du Vatican, où fut placée celte rare collection, oa lit aujourd'hui cette inscription : Bibliothèque Orientaie Clémentine-ralicane.
Pour conserver à la ville de Rome tous ces superbes monuments que la plus reçulée antiquité a comme consacrés à l'iinmortatilé, Tlément XI eut soin de faire graver sur l'airain ceux que la suite des siècles commençait à endommager. Pour^ emfêchor que les planches mêmes ne vinssent s'égarer avec le temps, il les -fit toutes rassembler dans la bibliothèque des Albani, ses neveux, où elles formaient, par le fini de la gravure, un des beaux monuments du siècle. Il défenditi sous les peines les i)1^9
fl9S
ALB
ALB
sâvères» qu*on transportai hors de R'>nie, ni statues, ni bustes, ni bas-reliefs, oi ta- Ueatix des grands maîtres.
Il bâtit ou répara des églises dans toutes les parties du monde catholique. Les seules statues des douze apôtres, qu'il plaça dans Téglise do Saint-Jean do Lalran, lui coûtèrent, avec leurs piédestaux et les colonnes qui les assortissent , au delà de soixante et dix mille écus d*or. On ne sait à combien montaient les sommes qu*il a employées è rétablir dans son premier état le Fanlhion des anciens Romains, que Tin-^» Jure des temps avait fort endommagé. C'était le seul monument de la puissance romaine que les fréquents saccagcments des Barbares, eussent épargné, et que la durée des siècles eût conservé en son entier. Il s'agissait de lui rendre ce premier lustre qu*il avait du temps d'A^rippa. Nul Pape n'avait osé l'entreprendre. Clément XI l'exécuta. Il en tft renouveler les dorures, repolir les marbrer, réparer les bas-reliefs, rafraîchir les peintures. Sur les ruines du maître • autel bâti par Bonifaco IV, il en éleva un autre d'une grande beauté. Devant cette même église, appelée aujourd'hui la BoiondCf était une place qui en déshonorait l'entrée. Pour tout ornement, il lui restait un b?ssin presque sans eau. Le Pape n'examina pas ce qu'il en coûterait pour en faire une place en harmonie avec le lieu où elle était située. En ladégageant de tout ce qui l'obstruait, il la rendit plus vaste et plus régulière. Les eaux; qu'il y conduisit formèrent une fontaine, qui de tous côtés les rend k pleins tnjaux, et il la surmonta d'un obélisque qui en fait le plus bel ornement. Le palais du Vatican ressemble seul à une ville par la |Todigieuse multitude et l'é* tendue de ses bâtiments. Inhabité depuis longtemps, il n'avait plus été soigné avec la même attention ; la charpente avait souifert en quelques endroits; les eaux pluviales avaient pénétré dans plusieurs appartements. L'humidité en avait gâié les peintures. Les murailles mômes, malgré leur épaisseur, avaient été si ébranlées par Jos trem* blements de terre, qu'il s'y était fait de larges ouvertures. Les dehors avaient été encore moins bien efitrelenus. La dépense & faire pour réparer «ces immenses édifices avait de quoi effrayer. Clément XI n'hésita pas. Dès qu'il en eut compris la nécessité, il mit la main à l'œuvre. Depuis le vestibule d'entrée jusqu'à l'extrémité des jardins, portiques, galeries, salles, jets d'eau, fontaiucs, vergers, promenades, tout fut rétabli dans son premier état. Le célèbre Charles Haratte lut chargé de retoucher les peintures de Raphaël. Couchées à fresque sur le mur, elles avaient, par rhumiditi,
f>erdu uue partie de leur éclat. Il trouva e secret de dessécher les murs. Par ce moyen il rendit aux couleurs leur vivacité première. La chapelle Sixtine et la biblio- Ibèque Apostolique furent portées à hur pertection. Le palais de A/on/e Cavallo^ situé en bon ilr sur le mont Quirinal, et depuis^
habité par les Papes, no fut pas non plus oublié.
Dans la seule ville de Rome, combien de magnifiques édifices n'a-t-il pas construits pour assurer un asile à la vertu et pour contenir le vice par la crainte du châtiment? Dans l'enceinte de cette capitale et sur les bords du Tibre s'élèvent, à côté Tun d^ l'autre, deux bâtiments capables eux seuls d'inspirer à quiconque les voit la haute idée qu'on doit concevoir de ce grand Pape.
L'un est l'hôpital de Saint-Michel, Tautre la maison des incorrigibles. Dans le premier la pauvreté trouve un soulagement toujours présent dans ses besoins, dans le second la jeunesse trouve un frein à son libertinage.
Ce ne sont pas les seuls que dans Romo même Clément XI ait consacrés à la charité. Son ?:èle était ingénieux à imaginer les moyens de s'employer au salut des âmes; souvent ce môme zèle se manifestait en lui par ses libéralités. Il souhaitait qu'à Rome il y eût une maison où les prêtres et les elercs que leurs affaires y attirent de tous les pays, pussent à leurs frais se nourrir à une même table, vivre sous un même toit, retirés du commerce du monde. C'était le moyen do les contenir dans l'esprit de leur état. Sur l'assurance qu'il eut d(*s architectes, qu'aveo 27 mille écus romains on pourrait leur procurer un logement convenable, le Pape ne balança pas à donner cette somme. La maison se fit; il la pourvut d'une bibliothèque composée de livres choisis. La communauté se forma d'elle-même, et l'union fut d'autant
f>lus parfaite entre les ecciésiastiques, que eur séjour y était volontaire. H éleva en* core un édifice destiné à servir de retraite aux jeunes filles, et appelé la Maison d$ Sainl'ClémerU. Il agrandit celle de l'Enfant» Jésus, où les jeunes personnes sont pareilmeut formées à la vertu. Il joignit des jar* dins h l'hôpital de Sainte-Marthe. Ses soins furent les mêmes pour l'hôpital des Ethiopiens et pour celui que le saint Pape Pie V affecta aux Arméniens. Il fit de nouvelles maisons pour recevoir ceux des prêtres cl des clercs de cette même nation, que les besoins de leurs églises n'attiraient que trop souvent ë Roïme pour y réclamer la protection du Saint-Siège. Quarit aux évoques de Mésopotamie et aux religieux Maronites de Saint-Antoine qui, chassés de leur pays pour cause de religion, allaient si fréquemment se réfugier auprès des Papes, il leur assigna dans Rome des domiciles permanents, établis à ses frais, et y attacha des rev«mus.
Le bien public demandait qu'il pourvût au transport et à la sûreté des grains. Celui des deux ports de Rome qui joint h: tombeau des Césars, et appelé RipeUa,\Vé\a'\i presque plus praticable. La pente eu était si rapide et le terrain si glissant, que des hommes chargeas n'y pouvaient passer sans danger. Clément XI ne consulta que la facilité du commerce et la commodité des habitants. 11 employa soiiautc mille écus romains à lo
ALD
ALB
ÎH
a lie et dans la science des divines Ecritures, .choisi des docteurs catholiques qu*il chargea de leur faire des instructions. Lui-même se donna le soin d*en instruire plusieurs, et il eut ha consolation de leur faire ouvrir les yeui è la lumière de TEvangile. Comme il npi)r-it un jour que, dans la maison des catf^chumènes, il y en avait un dont les doutes suspendaient encore la résolution qu'il avait
fmso de se faire Chrélion, il s'y transporia ui-même, et il acheva de les dissiper. Ce docteur converti se nomma»l Ange Visin.
Distingué entre tous les autres par sa vasie érudition, il était venu d'Alep à Rome en 1704-. Le Pape le baptisa avec sa femme et ses enfaf)ts; la reine de Pologne otie grand* duc de Toscane les tinrent sur les fonts baptismaux. C'est ce même homme que Clément oppo?a toujours depuis aux Juifs comme un adversaire qui ne les pressait pas moins par le poids de son exemple que par la force de ses raisons.
Pour s*attirer la conflanco des peuples, et pouvoir par \h les servir utilement flans la grande atfaire de leur salut, il voulait qu'on fût exact à leur rendre justice. 11 commença par faire des lois qui tranchaient toutes les lenteurs de la procédure. Il destitua quelques juges, dont les uns s'étaient laissé gagner par des sollicitations, les autres par dos présents, et les contraignit de réparer les dommages qu'ils avaient occasionnes dans les causes qu'ils avaient mal jugées. Deux procureurs, par une secrète et crinii;r iielle collusion, avaient traîné une-^iffiaipe en longueur, il les bannildeses Etats, après avoir imprimé à leur nom une tache d'infamie. Informé qu*un seigneur romain cherchait, par mille prétexte, & éluder un payement, auquel il avait été condamné au profil d'unpauvre artisan, il lui fit enjoindre ilesQ -piHKÎfecfîez le gouverneur, avec défense d'en sortir qv'il n'eût payé la dette. En même temps il envoya ordre que, si dans ia journée le gentilhomme n'avait satisfait soncréancier, on vcndîlè l'encan ses équi* pages et ses chevaux. Son intégrité é.tait si bien connue que, quoiau'il fûtdu nombre des cardinaux, juses d'un procès qu'avait à Rome l'archevêque de Trêves avec les chanoines de son chapitre, cet électeur, de la maison do Lorraine , n'hésita pas de lui écrire qu'il lui en laissait la décision à lui seul. Il exigeait des juges qu'ils reçussent leurs justiciables avec des manières douces et polies qui inspirassent la con- Oance; et, parce que l'un d'eux traita un jour avec dureté une pauvre veuve, après avoir longtemps balancé s'il ne le dépouillerait pas de sa charge, il prit le parti de ne jamais l'avanciT.
C'est ce qui lui faisait dire que, dans la distribution des emplois, ce n'élaienl pas ^es hommes qu'il prétendait illustrer par les charges, mais que c'étaient les charges mêmes qu'il prétendait honorer par le choix des hommes auxquelles il les conférait.
De 853 évêques titulaires qu'il choisi! et qu'il donna à l'E^lisu pendant vingt et uu ans
de pontificat il n'y en eut jamais aucun dont il eût à se plaindre, il y en eut fdusleurt^ qui, après avoir mené une vie exemplaire, moururent en odeur de sainteté.
Protecteur éclairé des beaux-arts, il attira à Rome par ses largesses les plus habiles maitre^^ de Tltalie; il s'attacha surtout k la recherche de ce qu'il y avait de plus rare dans la littérature, et la bibliothèque Vaticane lui dut de précieux accroissements. Elle était déiH ricne en manuscrits grecs et latins ; ii f joignit ce que les langues orientales pouvfiient fournir de plus rare et de plus inconnn. Il l'augmenta de la bibliothèque particulX^re que le Pape Pie II avait formée pour son usage, et de celle dont la maison Piccoloniini avait fait présent aux Théalins. Informé qu'il se trouvait en Egypte et en Syrie une infinité d'anciens manuscrits, il y envoya trois savants Maronites, leur recommandant de n'épargner ni soins ni argent pour les lui procurer. Ces trois hommes étaient Abraham Massard, André Scandar et Eiie-Joseph-Simon Asseman. Le premier avait terminé sa mission, et était du retour à Rome en 1708, le second en 1717 et le troisième en 1721, année de la mort du Pape. Les deux premiers rapportèrent d'Egypte des manuscrifs grec»; mais le troisième rapporta une bien plus riche moisson. Il forma un catalogue de tous les manuscrits qu'il avait recueillis, et les disposa dans un ordre si méthodique, que ce seul travail passe encore aujourd'hui pour un chef-d'œuvre. Il y en avait d'écrits en langue syriaque, arabe, persane, turque, hébraïque» samaritaine, arménienne, éthiopienne, grecque, égyptienne, ibérienne et malabare. A ce travail Asseman en ajouta un autre plus important encore. Il di^stingua les manuscrits qui avaient été copiés par des mains étrangères, de ceux qui étaient écrits de la main même ries auteurs, et iljoignit aux originaux un précis historique de la vie des grands hommes qui les avaient composés. Il enrichit de savantes notes les endroits des ouvrages qui demandait quelque éclaircissement. Il indiqua ceux qui peuvent le plus servir à combattre les erreurs des Orientaux, et à défendre l.i foi orthodoxe. Il rectifia les erreurs relatives h La géographie, à la chronologie» à l'histoire des lieux et des temps. Dans la partie de la bibliothèque du Vatican, où fut placée celte rare collection, oi lit aujourd'hui cette inscription : Bibliothèque Orientaie ' Ciémentine-Vat icane.
Pour conserver à la ville de Rome tous ces superbes monuments que la plus reçulée antiquité a comme consacrés à l'immortalité, riément XI eut soin de faire graver sur l'airain ceux que la suite des siècles commençait à endommager. Pour^ emfêchor que les planches mêmes ne vinssent s'égarer avec le temps, il les -fit toutes rassembler dans la bibliothèque des Albani, ses neveux, où elles formaient, par le fini de la gravure, un des beaux monuments du siècle. Il défenditi sous les peines les pl^s
fl9S
ALB
sâvàres, qu*on (ransporlâl hors de Rime, ni statues, ni bustes, ni bas-reliefs, oi tableaux des grands maîtres.
11 bâtit ou répara des églises dans toutes les parties du monde catholique. Les seules statues des douze apôtres, qu'il plaça dans Téglise do Saint-Jean de Latran, lui coûtèrent, avec leurs piédestaux et les colonnes qui les assortissent , au delà do soixante et dix mille écus d'or. On ne sait h combien montaient les sommes qu'il a employées è rétablir dans son premier état le Panlkion des anciens Romains, que V'iti'^ jure des temps avait fort endommagé. C'était le seul monument de la puissance romaine que les fréquents saccagcments des Barbares, eussent épargné, et que la durée des siècles eût conservé en son entier. Il s'agissait de lui rendre ce premier lustre qu*il avait du temps d'A^rippa. Nul Pape n'avait osé Tentreprendre. Clément XI l'exécuta. Il en Ht renouveler les dorures, repolir les marbres, réparer les bas-reliefs, rafraîchir les peintures. Sur les ruines du maître • autel bâti par Boniface IV, il en éleva un autre d'une grande beauté. Devant cette même église, ap|)elée aujourd*bui la KoiondCf était une place qui en déshonorait rentrée. Pour tout ornement, il lui restait un b?ssin presque sans eau. Le Pape n'examina pas ce qu'il en coûterait pour en faire une |)lace en harmonie avec le lieu où elle était située. En la dégageant de tout ce qui Tobslruait, il la rendit plus vaste et plus régulière. Les eaux; qu'il y conduisitformèrent une fontaine, qui de tous côtés les rend k pleins tojaux, et il la surmonta d'un obélisque qui en fait le plus bel ornemenL Le palais du Vatican ressemble seul à une ville par la irodi^ieuse multitude et l'é* tendue de ses bâtiments. Inhabité depuis longtemps, il n'avait plus été soigné avec la même attention ; la charpente avait souffert en quelques endroits; les eaux pluviales avaient pénétré dans plusieurs appartements. L'humidité en avait gâté les peintures. Les murailles mêmes, malgré leur épaisseur, avaient été si ébranlées par h'S treiu* blements de terre, qu'il s'y était fait de larges ouvertures. Les dehors avaient été encore m'oins bien entretenus. La dépense & faire pour réparer- -ces immenses édifices avait de quoi etfrayer. Clément XI n'hésita pas. Dès qu'il en eut compris la nécessité» il mit la main à l'œuvre. Depuis le vestibule d'entrée jusqu'à l'extrémité des jardins, portiques, galeries, salles, jets d'eau, fontaiucs, vergers, promenades, tout fut rétabli dans son premier état. Le célèbre Charles Haratte fut chargé de retoucher les peintures de Raphaël. C')uchées à fresque sur le mur, elles avaient, par l'humidtti, perdu une partie de leur éclat. Il trouva le secret de dessécher les murs. Par ce moyen il rendit aux couleurs leur vivacité première. La chapelle Sixtine et la bibliothèque Apostolique furent portées à Ifur perlection. Le palais de Jl/on/e Cavallo, situé en bon 9ir sur le mont (Jfuirinal, et depuis^
habile par les Papes, ne fut pas non plus oublié.
Dans la seule ville de Rom^, combien de magnifiques édifices n'a-t-il pas construits pour assurer un asile à la vertu et pour contenir le vice par la crainte du châtiment? Dans l'enceinte de cette capitale et sur les bords du Tibre s'élèvent, à côté l'un d^ Tautre, deux bâtiments capables eux seuls d'inspirer à quiconque les voit la haute idée qu'on doit concevoir de ce grand Pape.
L'un est l'hôpital de Saint-Michel, Tautre la maison des Incorrigibles. Dans le premier la pauvreté trouve un soulagement toujours présent dans ses besoins, dans le second la jeunesse trouve un frein à son libertinage.
Ce ne sont pas les seuls que dans Romo même Clément XI ait consacrés à la charité. Son r.èle était ingénieux à imaginer les moyens de s'employer au salut des âmes; souvent ce même zèle se manifestait en lui par ses libéralités. Il souhaitait qu'à Rome il y eût une maison où les prêtres et les clercs que leurs atfaires y attirent de tous les pays, pussent à leurs frais se nourrir à une même table, vivre sous un même toit, retirés du commerce du monde. C'était le moyen do les contenir dans l'esprit de leur état. Sur l'assurance qu'il eut d(*s architectes, qu'avec 27 mille écus romains on pourrait leur procurer un logement convenable, le Pape ne balança pas à donner cette somme. La maison se fit; il la pourvut d'une bibliothèque composée de livres choisis. La communauté se forma d'elle-même, et l'union fut d'autant
f>lus parfaite entre les ecciésiastiques, que eur séjour y était volontaire. Il éleva encore un édifice destiné à servir de retraite aux jeunes filles, et appelé la Maison de Sainl'ClémerU. Il agrandit celle de l'Enfant» Jésus, où les jeunes personnes sont pareilmeut formées h la vertu. Il joignit des jardins h l'hôpital de Sainte-Marthe. Ses soins furent les mêmes pour l'hôpital des Ethiopiens et pour celui que le saint Pape Pie V affecta aux Arméniens. Il fit de nouvelles maisons pour recevoir ceux des prêtres et des clercs de cette même nation, que les besoins de leurs églises n'aliîraient que trop souvent à Rome pour y réclamer la protection du Saint-Siège. Quarit aux évêques de Mésopotamie et aux religieux Maronites de Saint-Antoine qui, chassés de leur pays pour cause de religion, allaient si fréquemment se réfugier auprès des Papes, il leur assigna dans Rome des domiciles permanents, établis à ses frais, et y attacha des rev«mus.
Le bien public demandait qu'il pourvût au transport et h la sûreté des grains. Celui des deux ports de Rome qui joint h? tombeau des Césars, et appelé Aiper/a, n'était presque plus praticable. La pente eu était si rapide et le terrain si glissant, que des hommes chargés n'y pouvaient passer sans danger. Clément XI ne constilla que la facilité du commerce et la commodité des habitants. Il employa soixante mille écus romains à lo
ALD
ALB
a ne et dans la science des divines Ecritures» .choiïHt des docteurs catholiques qu*il chargea de leur faire des instructions. Lui-même se donna le soin d'en instruire plusieurs, et îl eut ha consolation de leur faire ouvrir les yeui è la lumière de I^Evangile. Comme il npi>r-it un jour que, dans la maison des cat^chiimënesi il y en avait un dont les doutes suspendaient encore la résolution qu'il avait
f»rise de se faire Chrétien, il s'y transporta ui-même, et il acheva de les dissiper. Ce docteur converti se nomma't Ange Visin. Distingué entre tous les autres par sa vasie érudition, i^ était venu d'Alep a Rome en 1704-. Le Pape le baptisa avec sa fennue et ses enfants; la reine de Pologne rt le gntnd* duc de Toscane les tinrent sur les fonts baptismaux. C'est ce même homme que Clément oppo?a toujours depuis aux Juifs comme un adversairo qui ne les pressait pas moins par le poids de son exemple que par la force de ses raisons.
Pour s'attirer la confiance des peuples, et pouvoir par là les servir utilement dans la grande affaire de leur salut, il voulait qu'on fût exact à leur rendre justice. 11 commença par faire des lois qui tranchaient toutes les lenteurs de la procédure. Il destitua quelques juges, dont les uns s'étaient laissé gagner par des sollicitations, les autres par dos présents, et les contraignit de réparer les dommages qu'ils avaient occasionnés dans les causes qu'ils avaient mal jugées. Deux procureurs, par une secrète et crinii^ nelle collusion, avaient tratné nn.e^'-'flfrSTpe en longueur, il les bannildo ses Etats, après avoir imprimé à leur nom une tache d'infamie. Informé qu'un seigneur romain cherchait, par mille prétexte, & éluder un payement, auquel il avait été condamné au profit d'un pauvre artisan, il lui fit enjoindre dese -peiKtfochez le gouverneur, avec défense d'en sortir qv'il n'eût payé la dette. En même temps il envoya ordre que, si dans ia journée le gentilhomme n'avait satisfait soucréancier, on vendîlè l'encan ses équi* paees et ses chevaux. Son intégrité éjait si bien connue que, quoiqu'il fût du nombre des cardinaux, juges d'un procès qu'avait à Rome l'archevêque de Trêves avec les chanoines de son chapitre, cet électeur, de la maison do Lorraine, n'hésita pas de lui écrire qu'il lui en baissait la décision à lui seul. 11 exigeait des juges qu'ils reçussent leurs justiciables avec des manières douces et polies qui inspirassent la con- Oance; et, parce que Tun d'eux traita un jour avec dureté une pauvre veuve, après avoir longtemps balancé s'il ne le dépouillerait pas de sa charge, il prit le parti de ne jamais l'avancor.
C'est ce qui lui faisait dire que, dans la distribution des emplois, ce n'étaient pas «es hommes qu'il prétendait illustrer par les charges, mais que c'étaient les charges mêmes qu*il prétendait honorer par le choix des hommes auxquelles il les conférait.
De 853 évêques titulaires qu'il choisi! et qu'il donna à l'E^lisu pendant vio^t et uu aos
de pontificat il n'y en eut jamais aucun dont il eût à se plaindre, il y en eut plusieurt^ qui, après avoir mené une vie exemplaire, moururent en odeur de sainteté.
Protecteur éclairé des beaux-arts, il attira à Rome par ses largesses les plus habiles mailre^^ de Tltalie; il s'attacha surtout è la recherche de ce qu'il y avait de plus rare dans la littérature, ella bibliothèque Vaticane lui 'dut de précieux accroissements. Elle était déjil ricne en manuscrits grecs et latins ; ii y joignit ce que les langues orientales pouvfiient fournir de plus rare et de plus inconnn. Il l'augmenta de la bibliothèque particul'v^re que le Pape Pie II avait formée pour son usage, et de celle dont la maison Piccoloniini avait fait présent aux Théalins. Informé qu'il se trouvait en Egypte et en Syrie une infinité d'anciens manuscrits, il y envoya trois savants Maronites, leur recommandant de n'épargner ni soins ni argent pour les lui procurer. Ces trois hommes étaient Abraham Massard, André Scandar et Elie-Joseph-Simon Asseman. Le premier avait terminé sa mission, et était du retour à Rome en 1.708, le second en 1717 et le troisième en 1721, année de la mort du Pape. Les deux premiers rapportèrent d'Egypte des manuscrits grecH; mais le troisième rapporta une bien plus riche moisson. Il forma un catalogue de tous les manuscrits qu'il avait recueillis, et les disposa dans un ordre si méthodique, que ce seul travail passe encore aujourd'hui pour un chef-d'œuvre. Il y en avait d'écrits en langue syriaque, arabe, persane, turque, hébraïque, samaritaine, arménienne, éthiopienne, grecque, égyptienne, ibérienne et malabare. A ce travail Asseman en ajouta un autre plus important encore. Il distingua les manuscrits qui «valent été copiés par des mains étrangères, de ceux qui étaient écrits de la main même ries auteurs, et iljoignit aux originaux un précis historique de la vie des grands hommes qui les avaient composés. Il enrichit de savantes notes les endroits des ouvrages qui demandait quelque éclaircissement. Il indiqua ceux qui peuvent le plus servir è combattre les erreurs des Orientaux, et à défendre h foi orthodoxe. Il rectifia les erreurs relatives h La géographie, à la chronologie^ à l'histoire des lieux et des temps. Dans la partie de la bibliothèque du Vatican, où fut placée celte rare collection, oi lit aujourd'hui cette inscription : Bibliothèque Orientaie Ciémentine-Vaticane.
Pour conserver à la ville de Rome tous ces superbes monuments que la plus reculée antiquité a comme consacrés à l'inimorlatilé, riément XI eut soin de faire graver sur l'airain ceux que la suite des siècles commençait à endommager. Pour^ emfêchor que les planches mêmes ne vinssent s'égarer avec le temps, il les «fit toutes rassembler dans la bibliothèque des Aibani, ses neveux, où elles formaient, par le fini de la gravure, un des beaux monuments du siècle. Il défenditi sous les peines les \Àjk%
ALB
ALB
IM
sévères» qu*on transportai liors de R'»me, nî statues, ni bustes, ni bas-reliefs, oi tableaiix des grands maîtres.
11 bâtît ou répara des églises dans toutes les parties du monde catholique. Les seules statues des douze apôtres, qu'il plaça d^n$ Téglise do Saint-Jean de Lalran, lui coûtèrent, avec leurs piédestaux et les colonnes qui les assortissent , au delà do soixante et dix mille écus d*or. On ne sait à combien montaient les sommes qu'il aem*
tlujées è rétablir dans son premier état le anthion des anciens Romains, que Viïï'^ Jure des temps avait fort endommagé. C'était le seul monument de la puissance romaine que les fréquents saccagements des Barbares, eussent épargné, et que la durée des siècles eût conservé en son entier. Il s'agissait de lui rendre ne premier lustre qu il avait du temps d'A;;rippa. Nul Pape n*avait osé Tentreprendre. Clément XI l'eiécota. Il en lit renouveler les dorures, repolir les marbres, réparer les bas-reliefs, rafraîchir les peintures. Sur les ruines du maître -autel bâti par Bonîfaco IV, il en éleva un autre d'une grande beauté. Devant cette même église, appelée aujourd'hui la Bolonde^ était une place qui en déshonorait l^entrée. Pour tout ornement, il lui restait un b?ssin presque sans eau. Le Pape n'examina pas ce qu'il en coûterait pour en faire une place en harmonie avec le lieu où elle était située. En la dégageant de tout ce qui Tobstruait, il la rendit plus vaste et plus régulière. Les eaux; qu'il y conduisit formèrent une fontaine, qui de tous côtés les rend è pleins tnjaux, et il la surmonta d'un obélisque qui en fait le plus bel ornement. Le palais du Vatican ressemble seul à une ville par la | rodi^ieuse multitude et l'étendue de ses bâtiments. Inhabité depuis longtemps, il n'avait plus été soigné avec la même attention ; la charpente avait souffert en quelques endroits; les eaux pluviales avaient pénétré dans plusieurs appartements. L'humidité en avait gâté les peintures. Les murailles mêmes, malgré leur épaisseur, avaient été si ébranlées par It^s trem* blements de terre, qu'il s'y était fait de larges ouvertures. Les dehors avaient été encore moins bien entretenus. La dépense & faire pour réparer -ces immenses udifices avait de quoi effrayer. Clément XI n'hésita pas. Dès quMI en eut compris la nécessité, il mit la main à l'œuvre. Depuis le vestibule d'entrée jusqu'à l'extrémité des jardins, portiques, galeries, salles, jets d'eau, fontaiucs, vergers, promenades, tout fut rétabli dans son premier état. Le célèbre Charles Haratte fut chargé de retoucher les |»eiutures de Raphaël. C')uchées à fresque sur le mur, elles avaient, par Thumiditâ, perdu une partie de leur éclat. Il trouva Je secret de dessécher les murs. Par ce moyen il rendit aux couleurs leur vivacité première. La cha|)elle Sixtine et la bibliothèque Apostolique furent portées à Ifur perîeclion. Le palais du il/on/e Cavallo^ situé eu bon 9ir sur le mont Quirinal, et depuis^
habité par les Papes, ne fut pas non plus oublié.
Dans la seule ville de Rome, combien de magnifiques édifices n*a-l-il pas construits pour assurer un asile à la vertu et pour contenir le vice par la crainte du châtiment? Dans l'enceinte de cette capitale et sur les bords du Tibre s'élèvent, à côté l'un d^ Tautre, deux bâtiments capables eux seuls d'inspirer à quiconque les voit la haute idée qu'on doit concevoir de ce grand Pape.
L'un est l'hôpital de Saint-Michel, l'autre la maison des Incorrigibles. Dans le premier la pauvreté trouve un soulagement toujours présent dans ses besoins^ dans le second la jeunesse trouve un frein à son libertinage.
Ce ne sont pas les seuls que dans Romo même Clément XI ait consacrés à la charité. Son r.èle était ingénieux à imaginer les moyens de s'employer au salut des âmes; souvent ce même zèle se manifestait en lui par ses libéralités. Il souhaitait qu'à Rome il y eût une maison où les prêtres et les elercs que leurs affaires y attirent de tous les pays, pussent à leurs frais se nourrir à une même table, vivre sous un même toit, retirés du commerce du monde. C'était le moyen do les contenir dans l'esprit de leur état. Sur l'assurance qu'il eut d(*s architectes, qu'avec 27 mille écus romains on pourrait leur procurer un logement convenable, le Pape ne balança pas à donner cette somme. La maison se fit; il la pourvut d'une bibliothèque composée de livres choisis. La communauté se forma d'elle-même, et l'union fut d'autant
f>lus parfaite entre les ecclésiastiques, que eur séjour y était volontaire. H éleva encore un édiflce destiné à servir de retraite aux jeunes Glles, et appelé la Maison de Sainl'Clémenl. II agrandit celle de l'Enfant- Jésus, où les jeunes personnes sont pareilment formées h la vertu. Il joignit des jar* dins h l'hôpital de Sainte-Marthe. Ses soins furent les mêmes pour l'hôpital des Ethiopiens et pour celui que le saint Pape Pie V affecta aux Arméniens. Il fit de nouvelles maisons pour recevoir ceux des prêtres et des clercs de cette même nation, que les besoins de leurs églises n'attiraient que trop souvent è Roiine pour y réclamer la protection du Saint-Siège. Quant aux évoques de Mésopotamie et aux religieux Maronites de Saint-Antoine qui, chassés de leur pays pour cause de religion, allaient si fréquemment se réfugier auprès des Papes, il leur assigna dans Rome des domiciles permanents, établis à ses frais, et y attacha des revenus.
Le bien public demandait qu'il pourvût au transport et à la sûreté des grains. Celui lies deux ports de Rome qui joint h; tombeau des Césars, et appelé Aiper/a, n'était presque plus praticable. La pente en était si rapide et le terrain si glissant, que des hommes chargés n'y pouvaient passer sans danger. Clément XI ne constilta que la facilité du commerce et la commodité des habitants. Il employa soixante mille écus romains è lo
ALB
ALB
conslriiclion (]*un noiivcAU port égniement henn et comniotie. Mnis ce qui est (J*aii prix iiiesliniable pour le bien public, ce Sdiit les gr<*nier< qu'il a bâtis. De tout temps on est à Rome dans un usage auquel on ne saurait Irop s*at(aclier dnns les gnindes villes: c'est qu'on y a toujours devant soi du b?é pour deux ans. Sous le pontificat de Cléuionl XI, on jugea que ces greniers d*abondancet quelque vastes qu'ils fussent, ne Tétaient pas encore assez pour qu'on y pût reniuer avec aisance la quantité do grain qu'on y renfermait. Le Pape choisit un emplacement AUX Thermes de Dioclétien, comme étant à l'air le plus pur et dans le lieu de Rome le plus sec, pour en construire de nouveaux, et il les bAtit avec cette magnificence qu'on sdmiredans tous les édifices qu'il a laissés.
Les eaux publiques avaient le même besoin de ses largesses ; il y apporla les mêmes soins. Depuis le temps d'Urbain VIII on n'avait pas louché à celles que co Pape avait conduites dans la ville; leurs aqueducs s'étaient ouverts en quelques endroits, et en quelques autres ils menaçaient ruine : Gléu)ent XI les rétablit en leur entier. Malgré la longueur du trajet, il alla chercher jusque dans leurs différentes sources celles que l'empereur Trajau avnit autrefois réunies; il en répara tous les canaux ; il leur prépara un nouveau réservoir et il les fit couler avec une abondance inépuisable. A quelque distance de la ville, hors de la porte Flaminienne, étaient des eaux minérales ; la succession des siècles en avait ruiné les canaux qui n'étaient que de brique; la perle de ces eaux était considérable, on la ressentait d'autant plus vivement que, d'après les médecins, Rome n'en avait point de plus salutaires. On jugeait cette perte irréparable en ce que les eaux se perdaient dans des veines de roche où il était diflicile d'aller les recueillir. Le Pane no fut point arrêté )>ar la difficulté de l'entreprise; il remonta jusqu'à leur source, il rassembln celles qui s'étaient détournées, et il les réunit toutes dans des canaux de plomb plus en état que la brique de résistera l'iiction du temps.
A tant do bienfails dont Home lui est redevable, le Pape en ajouta un qui fui le plus bel ornement du Capilolo : ce sont les statues de deux rois de Thrace que les Romains emmenèrent captifs après leuravoir faitooiiper les poings. Un, seigneur romain les avait Ir'ouvéescht'Z lui dans des fouilies. Ces statues en pierre la plus dure et d'une grandeur plus qu'humaine, sont des chefs-d'œuvre de scul(>lure, c'est à qui les aurait au poids de l'or; Clément XI les achet.i et en fil présent à la ville. 11 avait formé le dessein de relever sur son piédestal un obélisque égyptien d'une hauteur et d'une grosseur prodigieuses, que Marc*Aurèle avait autrefois élevé dans le chauqts de Mars en l'honneur d'Antonin. Abattu au même endroit depuis des .siècles, il y était enseveli dans la terre. Le projet du Pape était qu'on lo transportât devant te pah;is où se rend la justice; qu'on démoitl les »• isoiis voisines pour en agrandir la place.
et qu'on l'y dressai sur sa bise. Ou l'y fit porter en effet. Mais des besoins plus réels s'élant présentés, il abandonna ce travail pour se porter au soulagement de ses sujets.
Plus de la moitié des habitants de Civila- Vecchia avaient péri par des maladies qui y étaient devenues habituelles. Parmi ceus qui restaient, la pl>upart portaient l'image de la mort empreinte sur leurs visages. Des familles entières allaient fixer ailleurs leur domicile, et cette désertion devenait d'autant plus préjudiciable aux'Etats du Saint-Siège, queCivita-Vecchia est un des ports les plus sûrs et les plus commodes qu'il y ail le long des côtes d'Italie su-r la Méditerranée. De tout temps, surtout en .certaines saisons, il avait régné dans la ville et dans lo port une esp'ècede contagion qu'on attribuait à l'air; h ce mal on ne voyait point de remède. Seulement sous le pontificat d'Innocent XII ox av%it soupc(mné que la contagion pouvai bien venir des eaux qui étaient corrom« pues, et qu'elles engendraient les maladies dont on se plaignait. On en avait bien trouvé d'autres qu'on disait plus saines, mais comme il fallait les aller prendre fort loin et les conduire ensuite par un terrain trèsinégal, on avait opposé tant de difTicultés à ce projet qu'il était demeuré sans exécution. Clément XI se roidissail contre les obstacles; il envoya son neveu .\nnibal, accompagné de quelques médecins, avec ordre d'examiner toutes les eaux du i>ays. Les médecins reconnurent que les eaux usuelles étaient en quelque sorte empoisonnées, qu'elles seules causaient les maladies endémiques, et que les eaux découvertes par Innocent XII étaient excellentes. Sur ce rapport, Clément XI ne délibéra plus. Il chargf>a ÏQ cardinal Parophile de se rendre h Civita- Vecchia el d'y faire construire des aquedui-s. Les ordres furent exécutés, la ville fut dotée d'une eau salubre el abondante et les maladies disparurent.
Il serait trop long d'énumérer ici les monuments de ses largesses : les chemins publies réparés chez les Berniques, dans le Latium, la Sabine, l'Ombrie, la Romagfîe, h Castcl-Gandolfe; tant de maisons bâties à Albano; les tours élevées, les marais desséchés sur le bord de la mer; les fortifications ajoutées atix citadelles de Bénévent, d'Uibin et de Ferrare ; les forges de ier établies aux environs de N.trni; les fontaines ouvertes au bain de Nocera; le changement de lit donné aux eaux qui autrefois traversaient la ville de Pesaro et la menaçaient d'inondations; tant de ponts construiis sur d'autres rivières de ta Romagne; les embellissements dont il orna à Avignon le palais de Jean XXII, etc., el tout cela sous un I)0nlificat si tourmenté.
Sa principale ressource était dans son courage. Rien ne pouvait ébranler la fei^ metô de son âme. Rompu en trois endroits de son corps, il étaii obligé de soutenir ses entrailles par autant de cercles de fer. Travaillé d'un asthme uui le tourmenta iiendani
ÂLB
DES CARDINAtJl.
ALB
Itt
pins de 18 nns* il passait soiivonl les nuil.«« ftendanl des semaines, assis sur un fatiteniU liresqiie sans sommeil. Ses jambes oiiverles lie Ions côlésy lui causaient par intervalles rii*s doulKurs si aiguës qu*il n*y avait qtie la vue du crucifix^ sur lequel il portait souvent SOS regards, qui pût les lui rendre supportables. S*animani à souffrir avecjoîu, il prenait un air de gaieté qui trompait ecut qui étaient les plus attentifs sur sn santé. Si'S médecins ne pouvaient comprendre
sans vous, il saura bien ffuro ce qui ne dépend que de lui.> Et, comme l'évt^que était encore irrésolu, Clément XI lui disait dans une seconde lettre : «... Ndus aussi ncua avons plié mnl|2:ré nous sous le pesant jnug qu'il a plu k Dieu de nous imposer,'et cVst bien h notre regret que, dans ce temps do calamit<^, nous nous en trouvons chargé. Pensez-vous donc, que parmi tant d'intpiiôtudo et d'emharrns, la vIa ne nous soil pas i charge, et que, comme vous, nous n'aimerions pas mieux rentrer dans notre* premier
3u*avec tous ses maux il avait le courage 'entreprendre les |)lus pénibles fonctions • état? Mais croyez-vous que pour cela nous dans les églises, de suivre à pied de longues écoutions la' tentation que nous suggèro processions, de donner ses audiences |>en- notre amour-propre de nous débarasser de
la sollicitude pastorale de toutes les Eglises, pour chercher dans le repos une vie plus commode? Non : plus nous ressentons l'amertume dont est rempli notre pontificat, plus nous persistons dans la résolution que nous avons |>rise d'y persévérer, pour vivre toujours* dans la peine. No craignez donc pas, vénérable frère, de nous prendre en co point pour votre modèle; remplissez-vous de l'esprit de force et deconsiance: persévère/, dans vos combats, quoique vous j ayez été engagé malgré vous; achevez courageusement votre course; n'oubliez jamais que pour un moment de tribulations il y a uno éternité de gloire qui vous attend. »
Il apprit qu'un ambassadeur, donnant chez lui un concert à la noblesse romaine, avnit l'ait chanter quehpies vers ou la pudeur était blessée. Non content de blâmer publiqtienK'Ut une telle conduite, il ne se donna point de repos qu'il n'eût obtenu la satisfaction do le faire punir par son souverain. Il s'habillait et se déshabillait toujours lui-môme. Ses domestiques mômes ne le voyaient jamais que dans la décence la plus convenable. Sa pureté était colle d'un ange. 11 aima mieux cacher pendar.t près de dix ans une hernie, dont il souffrait t>eaucoup« que de se montrer aux médecins. Forcé par la grandeur du mal de recourir aux remèdes, il les ravit d'admiration par les précautions qu'il prit è le leur découvrir.
Celui qui répandit tant de largesses, qui était si libéral pour soulager les misères publiques et particulières, qui employa do si énormes sommes è élever des monuments .utiles ou splendides, ne dépensait pas un franc par jour pour sa nourriture. Il ne buvait que de l'eau è peine rougie. 11 observait régulièrement tous les jeûnes de rCglise. Seulement, vers la tin de ses jours, et par l'onlro exprès des médecins, il s'était permis l'usage des œufs et du laitage trois jours de la semaine. Mais, pour se punir du celte grande condescendance, aux jeûnes ordonnés par l'Eglise il en ajoutait d autres dans rannée. Do reste, il viv&it dans un dénûment personnel de toutes choses, et jusque dans ses vêlements il ne s'accordait que le strict nécessaire.
Son désir était lie voir dans sa famille le môme détactiement des choses du monde.
Aussi Cléuicni XI s'atislint, autant qu'il put, de l'aire du bien à ses parents. Dans la ou-
dant plusieurs heures de suite régulièrement tous les jours non fériés, de vaquer è toutes les affaires publiques avec la môme assiduité que si sa santé eût été parfaite.
Au commencement de son ponlirical, ses ministres, peu accoutumés aux. malheurs qui formèrent un si long et si triste enchatnemeot, se plaignaient à lui de leur peu de succès, c Ne perdons pas courage, » h^ur disait-il, c ce n est pas le succès, c'est le travail que Dieu demande de nous. Quant aux traverses qui vous étonnent, sachez que co n'est là encore que le commencement do nos douleurs. Pour moi, » reprenait-il en riant, c je vous avertis que désormais je ne nommerai plus mon palais (]ue la maison tie Joi>. » De là cette intrépidité qui se manifesta toujours en lui. 11 venait d'entrer dans la prélalure, lorsque étonné de h fermeté qu'il faisait déjh paraître, l'ambassadenr d'une grande puissance lui dit que « le roi son mattre avait les bras longs.— Dieu les a encore plus longs, » répondit-il avec une contenance assurée, «et je craindrai toujours plus sa justice que la puissance des hommes. » Ce courage qui le soutenait dans ses traverses, il savait l'Inspirer aux autres. Entre bien des exemples, on n'en citera qu'un. Gaspard-Ignace, évoque de Brunn, fatigué du poids de son épiscopat, projetait de se démettre ; mais en cela il ne voulait rien fiiire qui jtût blesser sa conscience. Il s'adressa contidemuient au Pape, lui exposa ses peines, liii communiqua sou dessein et lui demanda son avis. «Quoi I» lui écrivit Clément XI, «parce que le fardeau vous pèse vous cherchez à vous en décharger? Je veux que vous no receviez pas de votre peuple la consolation que vous en attendiez; je veux mèice que les vices se multiplient, que les scandales augmentent dans votre troul>eau : pour ces mômes raisons qui vous tintent de quitter votre poste, je dis que rous devez y persister. C'est précisément parce que les désordres continuent que vous deVi-'Z continuer à les combattre. Que iliriezvous d'un soldat qui, dans un jour de bataille, se sauverait par la fuite? La IAch«aé ttièuie |)eut-elle produire un*^ si criminelle désertion T Croyez-moi donc, mon vénérable frère, armez-vous \Je patience, combaitiz jusqu'à la Qn. Dieu, qui demantle vos traraQi, ne vous en demandera jamais le suc* Faites sculcaientcequi dépeiidUe vous;
ALB
SOO
zièmc année de son pontificat, il fit naourir Horace, son frère» sans lui avoir donné aucune charge» aucun rang, aucune marque d<f distinction. A peine assigna-l-ii à Annibat des revenus sufTisaDls pour soutenir sa dignité de cardinal : encore alors lui défendit-il de mêler ni or, ni argent, ni soie, ni brillantes couleurs à ses livrées. Quand il lui conféra la charge de caoïf^rlingue de la saime Eglise, il déclara en plein consistoire « qu'il ne lui en accordait que le titre et le fardeau, sans lui en laisser les émoluments dont avaient toujours joui ceux qui l'avaient possédée avant lui. )i Quelque tendresse qu^il eût pour Alt^iandre Albani, le iroi.Mème de ses neveux» il ne put jamais prendre sur lui de le revêtir de la pourpre. Pendant près de 21 ans que dura son pomîficnt, il ne donna pas un écu à sa famille. A()rès la mort de Jules Savelli, prince d*Albano, et le dernier de ce grand nom, il aurait été naturel que le Pape mît sa charge de maréchal du conclave dans sa |>ro|)re maison. C'est un honneur considérable qui se perpétue dans la noble maison qui le possède : c'est pour cela môme que Clément XI ne la voulut pas sur la tète de son neveu. 11 la donna au jtrince Chigi. Lorsqu'il fut question du mariage de ce même neveu, le soutien de sa famille, avec Thérèse Barromée, fille du comte d'AroD» vice-roi de Naples, loin de concourir par ses largesses à grossir la dot, il ne voulut pas même lire les clauses du mariage, quoiqu'on les lui eût apportées plusieurs lois.
Naturellement doux» Clément Xi paraissait n'avoir pas h se précautionner contre les saillies du tempérament. Cependant il apportait une attention continuelle à n'offenser personne. Si quelquefois il blâmait que(qu*un pour de justes raisons» c'était d'un ton si jmternel qu'on ne remarquait en lui aucune émotion. 11 lui arriva souvent de rappeler ceux qu'il s'était vu obligé de réprimander, pour achever de les convaincre, par le bon accueil qu'il leur faisait, que, dans son cœur, il ne nourrissait aucune amertume contre eux. D*ordinaire il accompagnait ses refus de raisons si plausibles et de manières si obligeantes, qu'on se retirait confus de la peine que lui-même en témoignait. Souvent il comitensait par quelque grâce moindre celle qu il croyait ne pouvoir accorder. Quant à ceux qui Pavaient personnellement offertsé, il n'était point d'industrie dont il n'usât pour lâcher de les soustraire à la peine qu'ils méritaient. Un ieune homme, bien connu à Home, entretenait au dehors «les intelligences secrètes capables de troubler la paix publique, et nitribuait au Pape des intentions qu'il nV vait jamais eues. C'en fut assez pour que le Pontife cherchât tous les moyens d'empê« cher qu'on ne le trouvât coupable. Il ajouta de nouveaux juges à ceux qui l'avaient déjà condamné. 11 voulut que sa cause fut long* temps et pJusieurs fois examinée. £ntin toutes les recherches ne servant qu'à le «iiiontrer encore plus coupable^ et nu pou-
vant empêcher la condamnation, sans autoriser un si fâcheux exemple, le Pape combla de bienfaits les parents du coupable. Uq cardinal manqua gravement, par son langage, au respect au'il devait au Pontife ; d'abord celui-ci résolut de l'en punir. Puis dans la crainte qu'il n'y entrât du ressentiment, il changea de résolution» et ne lai en témoigna aucun mauvais gré.
Il est certain qu'il portait à l'excès la vertu d'humilité. Les affaires mêmes les plus importantes en souffraient quelquefois, en ce que, plein de défiance en lui-même, il demeurait trop longtemps indécis sur le parti qu'il devait prendre; ou en ce que, rongé de scrupules sur le parti qu'il avait pris, il balançait encore s'il n'abandonnerait pas les meilleurs projets. C'était là son seul défaut; il se croyait moins éclairé qu'un autre. Il avait accordé une grâce qu'il croyait répugner è la plus exacte équité : sept ans après il s'en plaignit encore comme d'un crime dont il répondrait un jour à Dieu. Le cardinal Albani, logeant dans le palais du Pape» avait commandé deux pieds de table pour son usage, et le trésorier les avait payés de l'argent de la chambre apostolique: dès que Clément XI l'apprit, quelque vils
au'ils fussent, puisque h matière en était e bois, il ordonna à son neveu d'en remettre le prix dans lo trésor. Certainement il n'eût rien dit pour tout autre qui, comme son neveu, auniit été, par son poste et dans le palais même, employé au service du Saint-Siège : mais pour un de ses parents, la chose n'était plus la même dans son esprit.
Il se serait regardé bien coupable, s*il avait perdu quelr|ue peu de son temps dans la journée. Jamais on ne le vit sortir dans Rome que pour aller prier dans quelque église, harement il se promenait dans ses jardins. Alors même il voulait qu'on lai parlât de celte sorte d'affaires qui peuvent 5e traiter par voie de récréation. Les ouvrages qu'on a de lui suffiraient pour donner quelque idée de son travail. Ou compte 28 homélies qu'il prêcha, partie dans l'église de Saint-Pierre, partie dans celle de Sainte- Marie-Majeure; 130 discours latins qu'il prononça en pleiji consistoire devant le collège des cardinaux ; au delè de cent bulles ou constitutions; plus de quatorze cents brefs apostoliques, sans y comprendre ceux que, pour ménager divers particuliers ou pour des raisons d'Etat» on n'a pas jugé à propos de faire imprimer. Le cardinal Aunibal Albani en forma un recueil que le public reçut avec avidité.
Clément XI était d'une taille des plus hautes, mais des mieux proportionnées, li avait les cheveux noirs, le teint blunc» les sourcils peu élevés, les yeux médiocrement grands, mais vifs et pleins de feu. Son air était ouvert, son regard doux, sa démarclie forme, sa contenance assurée.
Ces dehors avantageux n'approchaient cependant pas de la beauté de son âme et de la richesse de ses talents. Vivacité dans
SOI
ALB
HES CARDINAUX.
ALB
wi
l*esprit, solhlilé dans le jugAmenl, pénétratioBt étendue dans ses connaissances, fécoti<* dite dans les pensées, noblesse dans Tima-
E'nation, netteté dans les idées, énergie dans stjrla, grâce et éloquence, voilà ce qui ra- Yîesait d'admiration tous ceux qui Técou* talent. On ne poutait rapprocher sans remarquer en lui des manières élégantes, une attention continuelle pour les autres, une éducation parfaite. Supérieur aui événements, dans les disgrâces et dans les succès, dans la maladie et dans la santé, il fut toujours égal è lui-môme. Son cœur semblait avoir été formé pour la pratique dea plus hautes vertus. Observant jusqu'aux moindres bienséances , il était exirêmement attentif sur sa propre conduite, réservé dans ses discours, modéré dans ses déairs, humble dans ses sentiments, sourd à toutes les séductions de la flatterie, plein de cette pudeur honnête qui se concilie le respect, exact à tous ses devoirs. Dans les différents âges de sa vie, jusqu'au moment de sa mort, la critifjue même fut toujours foutrainle ou de se taire sur ses mœurs, ou de ii*en parler qu*avec éloge.
On trouvera ici Texposé des affaires qui oui occupé les cardinaux de l'époque de Clément XI, exposé qui ne pouvait être répété pour chacun d'eux. Enfin les détails mômes qui paraissent étrangers à Aunibal Albanl, font mieux comprendre les missions dont il fut chargé.
Clément XI fut un grand Pape; mais beaucoup d'autres, avec lui, honorèrent le trône pontifical. Qu'on parcoure les annales de la papauté, et qu'on dise si J. de Maistre n'avait pas raison de s'écrier : « Sainte Eglise de Rome, je te salue ; mère immortelle de la science et de la sainteté. C'est toi qui réfianJis la lumière jusqu'aux extrémités de la terre, partout où les aveugles souverainetés n'arrêtèrent pas ton influence, et souvent même en dépit d'elles. C'est toi qui fis cesaer les sacrifices humains, les coutumes barbares ou infâmes, les préjugés funestes, et partout où tes envovés ne purent pénétrer il manque quelque chose à la civilisation. Les {grands hommes l'appartiennent. Tes doctrines purifient la science de ce venin d*orgueil et d'indépendance, qui la rend toujours dangereuse et souvent fatale. Les Pontifes seront bientôt proclamés agents t auprèmes de la civilisation, conservateurs de la science et des arts, fondateurs, prolecteurs-nés de la liberté civile, destructeurs de l'esclavage, ennemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté, bienfaiteurs du genre humain. Si quelquefois ils ont prouvé qu'ils étaient hommes, un vaisseau, qui fend les eaux, laisse plus de traces de son passage; et nul trône de l'univers ne porta jamais autant de sagesse, de acience et de vertu. Au milieu de tous les lx>uleversements, Dieu a constamment veillé sur toi, ô ville éternelle f Tout ce qui pou- Tait t'aoéanlir s'est' réuni contre toi, et tu es debout; et comme tu fus iadis lecentre de l'erreur» lu es depuis dix-huit siècles le centre
DiCTtOllll. DES CaRDINIUX.
de la vérité. • {Du Paptp ad finem, passiui.)
Quelques personnes s'étonneront peutêtre de la longueur que nous avons donnée h cette notice. Nous croyons que ceux qui la liront ne s'en plaindront pas. D'ailleurs, abstraction faite de l'intérêt qu'elle présente, elle contient un grand nombre de faits qui ne sauraient être mieux placés que dans I histoire du cardinalat. C'est ce qui nous a décidé h déroger, pour cette fois, h notre résolution de parler brièvement des Souverains Pontifes.
ALBANI (Alexandre), frère du précédent, naquit k Urbin le 19 octobre 1692. — Il fut reçu chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et le Pape Clément XI, son oncle, lui donna, en mars 1709, le titre de grand prieur d'Arménie. Ayant reçu la tonsure et pris riiabit ecclésiastique, il obtint du Pape une pension de trois cents écus rrv. mains sur Tévèché de Carnentras, en 1714, fut nommé (1717) abbé de l'abbayede Saint- Laurent in campop déclaré prélat domesti- 3ue l'année suivante, et peu après secrétaire es mémoriaux, k la çjiace du cardinal Atbani, son frère. Puis il fut successivement mis au nombre des prélats de la congrégn* tion particulière de l'Immunité ecclésiastique, et déclaré clerc de In Chambre apostolique. Nommé nonce extraordinaire vers l'empereur, il partit de Rome le 7 février 1720, et arriva à Vienne le 10 mars, chargé de présents pour la cour impériale, et, entre autres , d'un portrait de l'empereur Charles V, dans une boîte d'or, enrichie de diamants. H était chargé de différentes négociations. La commanderie de Montefiascône, de l'ordre de Malle, étant devenue vacante, lui fut conférée par Clément XI. Le Pape Innocent XIII , successeur immédiat de son oncle, le créa cardinal en 1721. Ce Pontife fit la cérémonie de lui fermer et ouvrir la bouche, et lui assigna le titre diaconat de Saint-Adrien. Il quitta ce titre pour celui de Sainte-Marie in Coimtdin^ qu'avait précédemment son frère, reçut lesouiudiaconat en 172(^, et obtint l'abbaye de Nonantola, de sept mille écus de revenu. Ensuite déclaré protecteur des clercs réguliers mineurs, un des protecteurs du collège germanique de Hongrie à Rome, il fut bientôt après déclaré encore protecteur des églises et de la nation savoyarde et piémontaise, h la cour de Rome. Après avoir fait part (6 août 1730) au Pape Clément XII, il prit possession solennelle de ce dernier emploi dans l'église du Saint-Suaire de cette nation, à Rome, le 3 mai 1731. il mourut en 1779. C'est ce prélat qui fut si connu par son goût pour les arts, et par sa célèbre villa, la viiia Aibanif où il avait rassemblé des chefsd'œuvre de tout genre.
ALBANI (Jean-François), né en 1720, sous le |>ontilicat de Clément XL son oncle, fui destiné de bonne heure à l'état ecclésiastique. — Appartenant à une famille puissante, il fut, à V^^e de 27 ans, en 17ft7, promu au cardinalat parle Pape Benoit XI V«
ALB