‹ Dictionnaire des cardinauxChapitre 99 sur 350 · DOR · texte numérisé non relu

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du SainUSiége, vice-légat et surintendant des armes dans la ville et le comtat venais- 'Sin, charge dont il prit possession le 4^ novenibre 1706- — A son retour de cette vicel(^galion è Rome, il fut nommé» le 12 décembre 1711, archevêque de Patras; et il était «lalaire de la pénitencerie , auand le Pape Innocent XI, lors de son eialtalion, le dé* Clara, le 9 mai 1721, son matlre de chambre. Le Pape Clément XII lui donna la même charge le 2 octobre 1730, et, le 21 mai 1731, proposa pour lui dans un consistoire Farchevêché de Bénévent. Le 20 juin, il partit de Rome pours*y rendre, après avoir reçu, le ^ mai précédent, le pallium des mains de Sa Sainteté. Le 2% septembre suivant, il fut créé et déclaré cardinal, et, s*étant rendu è Rome le 13 novembre, il y fit son entrée publique, te 18 suivant, par la porte de Saint- Jean, accompagné d^un nombreux cortège, et, le 22, il reçut le chapeau, dans un consistoire public, avec les formalités accoutumées. Le 17 décembre, le Pnpe, dans un consistoire secret, remplit la fonction de lui fermer et ouvrir la bouche, et lui assigna le titre de Saint-Jérômed^s Esclavoris.il lui assigna aussi les congrégations dt Propaganda rï(/e, des évêqucs et des réguliers, de la consul te et de la fabrique. Le.cardinal Doria parti t de Rome le 13 février 1732, pour retournera Bénévent, et afin d*y apaiser, par sa présence, les troubles que les partisans du cardinal Coscia, son prédécesseur, y avaient excités, depuis peu, en faveur de ce dernier. Le cardinal Doria fut emporté par une fièvre violente, dans son palais archiépiscopal, après sept jours de maladie, le k décembre 1733, è rage de 69 ans.

DORIA (Georgrs)i, Génois, nonce à Francfort, fut nommé cardinal, en 1743 , par le Pape Benoit XIV.

DORIA PAMPHILI (Joseph), né h Gênes iîn' 1751. secrétaire d Ktat, fut fait cardinal par Pie YI en 1785. Il mourut en 1816.

DORIA PAMPHILI (Antoine-Mirib), Génois, né en 1749, fut fait cardinal en 1785 0ar Pie VI. Il mourut en 1821.

DORIA PAMPHILI (Georges), Romain, né en 1772, fut fait canlinal en 1816 par Pie VIL Il mourut en 1837.

DORMANS (Jean de) était Gis de Jean de Dormons, procureur au parlement de Pnris, qui avait pris le nom de Dormans, petite Tille de la Champagne où il était né, bien qu*il n*en fût pas seigneur et qu*il n y possédât pas même un fief. -— C'était alors un ijsage assez ordinaire de prendre le nom du lieu de sa naissance, quand on Pavait quitté. Son fils commença par être avocat au même parlement;' ses talents et sou mérite devaient Je conduire aux premières dignités de TBglise et de l*Elat. Jeune encore il s'était acquis une si grande réputation gue Charles, fils du roi Jean, premier dauphin du Vien« nois et duc de Normandie, Tattira auprès de sa personne, l'honora de sa bienveillance, et le fit chancelier de Noriûandie. Quelque temps après il lui fit obtenir l'évéché de B. au vais. Ce prince étaot moDté sur le trAne

sous le nom de Charles V, le fit alors chancelier et garde des sceaux de France après Gilles Aycelin de Hontaigu. En septembre 1368, le chancelier fut revêtu de la pourpre sacrée par Urbain V. C'est lui qui baptisa le Dauphin, qui fut depuis l'infortuné Charles VI« Il donna au roi, en présence du parlement assemblé, sa démission de la dignité de chancelier de France, gue son grand âge, disait-il, ne lui permettait plus de remplir; mais la véritable raison qui l'avait porté k ce sacrifice, c'est qu'il avait été impuissant è s'opposer h ce qu'on établit de nouvelles taxes sur le peuple, taxes qui amenèrent la sédition des Maillotins. Le roi lui donna, poursuccesseur dans cette charge, Guillaume de Dormans, son frère; car le cardinal commença la fortune de sa famille. Ce prince do l'Eglise fut encore nommé légat par le Pape Grégoire XI, afin d» travailler a rétablir la paix entre le roi Charles V et le roi d'Angleterre. Trois ans avant de mourir, il avait fondé à Paris le collège de Beauvais, qu*îl avait ainsi appelé du nom de sa ville épiscopale. Dans la charte de fondation, on lit cette phrase relative aux boursiers de ce collège, et qui ne laisse aucun doute sur le lieu de sa naissance : Sumantur de palria de Dormano^ ex qua nos et progenilore$ noslri originem traximus naturatem. Entre autres fondations utiles ou pieuses qu'on lui devait, est celle d'un collège h Dormans, où l'on de* vait préparer les enfants de cette ville au\ études qu'ils étaient appelés è suivre k Paris au collège de Beauvais. Ce cardinal mouru: le 7 novembre 1373, et son corps fut enseveli dans l'église des Chartreux de Paris, devant le grand autel. (Voy. Bosqobt, Yiia Gregorii XI; — Lovsel, Mém, de Beauv,; — Fnizoïf, Galtiapurpurata; — Sainte-Marthe, Gallia Chriâliana.)

DRAGO (Louis del), né à Rome en 1776, secrétaire des mémoriaux, fut fait cardinal en 1831 par Grégoire XVI. Il mourut en 18U.

DRASCOVITZ (Georges), Hongrois, évè-

Îue de Cinq-Eglises, puis archevêque de olocza, créé prètre-cardinal par le Pape Sixto V en 1585, mourut eu 1585.

DROGON, né en Champagne, après avoir fait profession dans IVrdre de Saint Benoit, devint prieur du monastère de Saint-Nicaise de Reims, et, en 1128, fut élu le premier abbé de Saint-Jean de Laon. Cette maison avait été jusque-là occupée par des religieuses qui menaient une vie peu régulière, et qu*oo avait été contraint de disperser. — Mais Drogon, qui, par ses écrits et par son éloquence, s*élaii acquis une grande réputation, voyait avec peine qu'il ne faisait que peu de bien parmi les moines qu'on avait substitués aux religieuses. Il se rendit donc facilement aux vœux d'Innocent H qui rappelait à Rome. Ce Pontife le tit évêque d'Ostie et cardinal vers 1130. Drogon conserva, dans ces positions élevées, la sagesse et les vertus quM avait fait briller dans le cloître, et se montra toujours zélé pour i*accroiisetnenl de la piélé parmi les fidèles* li

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DES GARDINÂUIL

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en montre lut-mème beaucoup dans quelques ourrages qui nous restent de lui, notamment des Commenlairti $ur /# mystère de la Passion de Notre-Seigneuff Paris, B. Mact^, 1589, in-8*, à la suite du Manuel sur les Psaumes^ d*Alcuin. On a encore de lui des Commentaires sur les dons du Saint-Esprit^ un Traité de t^office divin, et quelqu^^s opuscules qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pires^ édition de Paris de 16&&, tom. II, >ages 565 et sui?. Drogon mourut en 1138. Votf. le P. d'AcHBRT, dans son édition de 'Histoire du moine Herman^ lib. m, ch. 22 ;

— le Catalogue des abbés de Saint-Jean de Laon, h la suite des ouvnig(;s de Gulbert, abbé de Nogent; — le Gallia Christiana, tom. IV de la première édition; — Casimir OuDiN, Commentarii de scriptoribus ecclesiastieis^ tum. il, in-fol. p. 1139.)

DU BEC-CRESPIN (Michel), d'une ancienne lamille de Normandie, chanoine de Paris, doyen de Saint-Quentin, créé cardinal-prêtre du titre de Soint-Etienne tu Monte^Cœlio , par le Pape Clément V , le 23 déceiLbre 1312, mourut en 1316, après avoir fondé la chapelle de Saint-Michel en TKglise de Paris, où l'on voyait la statue de saint Michel sur une colonne, et celle du cardinal sur une autre.

DUBOIS (Guillaume), né le 6 septembre 1656, à Brive-la-Gaillarde, dans le Bas- Limousin , était tils d*i:n pauvre apothicaire.

— Abandonné à lui-môme, il fit ses éludes au collège de Saint-Michel è Paris, tout en remplissant auprès du principal les fonctions de domestique. Ses études terminées, il entra, comme précepteur, chez un marchand, nommé Maroy, dont le fils, son élève, fut employé par lui en qualité de courrier, quand la fortune Peut porté au faite des grandeurs. Mais, avant d'y arriver, il fut encore précepteur dans plusieurs maisons particulières, jusqu'à ce aue le hasard le mit en rapport avec M. de Saint-Laurent, sousgouverneur de Philippe, petit-tllsde France, «]u'on appelait alors le duc de Chartres. M. de Saint-Laurent, vieux et fatigué, pensa qu'il pouvait se faire aider par l'abbé DutKiis. Celui-ci, d'uD esprit vif, souple, pénétrant et adroit , eut bientôt gagné toute la confiance de son élève. Il s appliqua à cultiver l'intelligence du jeune duc, dont il étudia les penchants secrets; et, en les flattant, se rendu agréable, puis nécessaire. Il sut également si bien circonvenir l'entourage du duc d'Orléans, il prit si bien toutes ses mesures, qu'après la mort de M. de Saint- Laurent , il imrvint à se faire nommer précepteur do duc de Chartres. Rn avril 1690, il l'ut pourvu d'un canonicatà l'église Saint- Hoiioré de Paris , et peu après de l'abbaye d'Airvau, au diocèse de la Rochelle. Bientôt il eut occasion de rendre un grand service À Louis XIV. Ce prince désirait vivement le mariage de Mlle Je Blois, sa tille légitimée, avHC son neveu, le duc de Chartres. Le duc d'Orléans n'y mettait pas d'opposition. On n'o^ait pas en parler à la duchesse d'Orlôaus, la tière princesse |)alatiue. Il fallait

gagner le jeune duc, et Ton s'adressa h Dubois. Celui-ci mit en jeu toutes ses finewies, et eut bientôt décidé son élève, il reçut pour récompense, en 1693, l'abbaye de Sainf-Just, au diocèse de Boauvais, et, deux ans après, celle de Nogeut-sous-Coucy, au diocèse de Laon. Dubois accompagna son élève , lorsque le jeune duc alla faire ses premières armes sous le maréchal de Luxembourg; il écrivit même la relation de la bataille de Steinkerque. Louis Xi V approuva lestermes. dans lesquels Dubois avait parlé du maréchal ; et, un jour qu'en présence de celui-ci* on lui annonçait que l'abbé Pélisson étail mort sans confession : « ie connais, » dil Luxembourg,* un autre abbé qui a l'honneur d'être connu de Votre Majesté, etjqut pourrai! bien mourir de môme. C'est l'abbé Dubois, qui va au feu comme un grenadier : le jour de Steinkerque» je le trouvais partout. » Il rendait le feu du combat avec un entrain , uno couleur locale oui étonnait le roi lui-même. « Yétiez-vous?»lui dit-il une fois ;« Non, Sire,» répondit l'abbé ;« j'aurais craint d'en revenir avec un ridicule de plus et un bras do moins. » E'i 1701 , le duc de Chartres étant devenu duc d'Orléans par la mort de son père , attacha Dubois plus intimement k sa personne sous le titre de secrétaire de ses commandements ; dès lors ce dernier fut le maître absolu. Quel dommage qu'un prince doué de talents si divers, qui avait tant d es* prit, et un si bon cœur, ne soit pas tombé en de meilleures mains I Sa faiblesse inconcevable , son aversion pour le travail , son amour du plaisir, et quel plaisir I effacèrent toutes ses. grandes qualités. II lui fallait quelqu'un sur qui il pût se décharger de tout souci ; son malheur fut d'avoir trouvé Dubois. Ce dernier, qui avait fait ses preuves, comme habile négociateur, fut adjoint aa maréchal de Tallart, ambassadeur de Franco è Londres; c'est alors qu*il se lia intimement avec lord Stanho|)e, qui lui fut si utile dans la suite. Mais, comme il voulait être plus maître que l'ambassadeur, celui-ci demanda son rappel. Quand le duc d'Orléans fut nommé au commandement de l'armée fran« çaise en Espagne , la princesse des Drsins, qui gouvernait à Madrid , au nom de Philippe V , exigea que Dubois n'accompagnât point son maître, c Je suis déshonoré, » dit Dubois au prince, « si vous ne me donnez une preuve éclatante de votre considération. • Et le prince asservi embrassa publiquement son favori avec effusion. Enfin le moment de ses grandeurs approchait. Louis XIV venait de descendre au tombeau, et la régence était déférée au duc d'Orléans. Quand ce prince Tannonça h Madame: « Mon fils,» lui dit-elle, «je n ai qu'une çràce k vous demander : c'est de ne Jamais employer ce misérable, ce frif>on d'abbé Dubois. Il sacrifierait l'Btat et vous au plus léger intérêt.» En même temps Mme de Hautefort s'exprimait ainsi sur son compte: « Quand il sortira une vérité de la bouche de cet abbé, je la ferai encadrer.» L'opinion publique était bieu proAoncée contre Dubois ; il la connais-

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DICTIONNAmE

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sait bien ; mais n*en était point déconcerté, c Aujourd'hui que vous 6(es tout-puissant,» dit-il k son viaftre, « laisserez- tous dans l'inaccion un homme qui vous a élevé?»

Le 1" janvier 1716, il fut nommé conseiller d*Etat d*Egli5e. Albéroni, qui gouvernait en Espagne , sous le faible Philippe Y , tramait des projets alarmants pour la France ; il importait d*aToir des alliés. Dubois se lourna vers l'Angleterre, et proposa de sonder spcrètement cette puissance. Pendant toute la durée de son règne , George \" ne manqua pns d*aller, chaque année , visiter son cher pajs de Hanovre. Dubois profita du passage de ce prince par la Hollande pour se trouver, comme fortuitement h la Haye où il s'aboucha avec son ami , lord Stanhope. Le & janvier 1717, il signait, en qualité d'ambassaiMTnr eitraordinaire, le traité de la triple alliance entre la France , TAngleterre et la Hollande. L'année suivante , il retournait on. Angleterre avec le même titre d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du roi , et il y signait, le 2 août 1718, le traité conclu h Londres pour la pacification de l'Europe. Le 2^^ septembre suivant , il était nommé ministre et secrétaire d'Etat au département des affaires étrangères, et, en mars 1720, au siège de Cambrai , dont il fut sacré archevêque le 9 juin de la même année. Toutefois ce n'est pas sans peine qu'il obtint le titre d*arclievêque ; le récent avait été inflexible è toutes les sollicitations dont il l'avait assailli. Dubois eut le talent de faire demander pour lui l'archevêché de Cambrai par un prince schismalique . par le roi d'Angleterre. En 1719 , il avait été (H)urvu de l'abbaye deBourgueil, au diocèse d*Angers; peu après, il l'était de celle de Gercamp, au diocèse d'Amiens; de celle de Bergue-Saint-Winox, au diocèse dTpres, et de celle de Saint-Bortin , au diocèse de Saint-Omer. Mais tout cela n'était pas assez |K)ur lui : il ne voulait pas être inférieur en dignités à Richelieu et k Mazarin ; il lui Haliait le chapeau, et il l'obtint au moyen de toutes sortes d'intrigues. Le Pape Innocent Xlll le créa cardinal dans le consistoire du 16 juillet 1721, et le 15 octobre suivant il était nommé grand maître et surintendant général des courriers, postes et relais de France. Il lui manquait enco!*e d'être premier ministre; il fut déclaré en cette qualité le 22 août 1722. Il assista au sacre du roi le 25 octobre suivant , au ran^ des cardinaux

9 ni j avaient été invités , int reçu è l'acaéinie française le 3 décembre suivant, membre honoraire de l'académie royale des sciences et de celle des inscriptions et belleslettres. Les prélats et autres députés k l'assemblée générale du clergé de France l'élurent, le 29 mai 1723, pour leur premier président, bien qu'il ne lût pas membre de l'assemblée. Le règne scandaleux de cet étrange favori ne fut pas long. Il mourut à Versailles, le 10 août 1723, dans sa soixanteseptième année, et fut inhumé, le 19, en Téglise de Saiut-Honoré h Paris. Son épitaphe, <i|irès l'énuméralion de tous les titres et «di-

gnités du défunt, se terminait par ces mots : Sotidiora et itabiliora bofia , viator , mortuo precare. Le 27 du même mois, le roi lui fit faire , en l'église de Paris, un service solennel, auquel le clergé et les cours supérieures assistèrent en corps: le clergé en avait célébré un le 21 précédent. Ses ennemis , et il en eut beaucoup , lui ont reproché tous les vices; maison ne saurait, sans injustice, lui refuser une grande activité et des tah^nts politiques. H offre plusieurs traits de ressemblance avec un autre parvenu , lo cardinal Alb<^roni, qui gouvernait en maître at>sohi l'Espagne , pendant que le cardinal Dubois régnait i Paris. Toutefois quand celui-ci fut parvenu au comble de la puissance et des richesses, il était loin d'y avoir trouvé le bonheur. « Je voudrais, » disait-il alors à Fontenelleêtre, « dans un cinquième étage, avec une gouvernante , et cinq cenlK écus par an. » Tous ses contemporains s'accordent à dire qu'il ne parlait qu'avec des jurons. Un jour que, dans un de ses accès de fureur, il disait à Tun de $e% secrétaires qu*il était mal servi, qu'il allait prendre cent commis de plus:« Monseigneur,» lui répondit le secrétaire, .«nue Votre Eioinence prenne seulement un homme qui sera chargé de jurer en sa place , et elle aura du temps de reste.» Après la rupture de l'abcès qui allait le conduire au tombeau, on lui amena, pour le confesser, un Récollet qui eut avec lui quelques minutes d'entretien. Comme ce religieux voulait lui faire administrer le sacrementderextrême-onction: «Doucement, mon Père,» dit le moribond, « on fait plus de façons avecuncardinal.»Leducde Saint-Simon, qui revient très-souvent sur le cardinal Dubois dans les derniers volumes de ses Mémoires, et qui partageait avec lui, mais b des titres différents, la confiance du duc d'Orléans, s'exprime en ces termes sur le cardinal : « Dubois était un petit homme maigre, elFilé, à mine de fouine. Tous les vices, la perfidie, l'avarice, la débauche, l'ambition, la basse flatterie combattaient en lui à qui demeurerait le maître. Il mentait jusqu'à nier effrontément, étant pris sur le fait. Malgré un bégavement factice, auquel il s'était accoutumé, pour se donner le temps de pénétrer les autres, sa conversation instructive, ornée, insinuante, l'aurait fait rechercher, si tout cela n*eût été obscurci par une fumée do fausseté qui lui sortait de tous les pores, et faisait que sa gaieté attristait. » Les jugements de Saint-Simon, toujours piquants, et tranchant dans le vif, ne sont pas à prendre au pied de la lettre; ils sont, en général, passionnés, et empreints d'exagération. On a Eublié la Vie privée du cardif^at Duboiif ondres, 1789, in 8% 1 vol., et Mémoires secrets et correspondance inédite du earainal Dubois, recueillis et mis en ordre par M. L. de Sevelinges, 3 vol. in-8% Paris, loU, chez Pîllet. Voyez aussi Duclos. Les Mémoires du duc de Saint-Simon, quoique peu favorables à Dubois, font moins de tort à ce deriiierque ses propres Mémoires, réimprimés dernièrement dans un format à bon marché. C'eâl

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un des ouvrages à l'aicle desquels les spérulateurs en librairie essayent de bAlir leur fortune sur les ruines de la moralité publique.

DUFOUR (Vital), néà Bazas, en Guyenne, ville aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture du département de la Gironde, prit rhabit de religieni dans l'ordre de Saint- François; et,* après avoir été élevé aux premières charges de son ordre dans la Guyenne, il fut promu au cardinalal, en 1312, par le Pape Clément V.---Distingué par sa capacité et par sa vertu à la cour des Papes Clément V et Jean XXil, évoque d'Albatio en 1310, il embrassa deux ans après le parti/des Cordeliers, qui soutenaient que iésus-Clirist et les apôtres n*avaient rien possédé en propre. I^e Pape Jean XXII, qui ne partageait pas cette opinion, imposa silence au prélat, qui mourut le 16 août 1327, à Avignon, où l'un ▼oyait son tombeau dans l'église de son ordre. {Voy. WADDiJUG^AnnaHb. Minorum;— Adbbry, Ëi$l. deê cardinaux.)

DUGNANl (ANTOiNB),né h Milan, en 1748, évoque de Porto, fut fait cardinal par Pie VI en 1794. Il mourut en 1818.

DDPËRRON (Jacques-Davt), né le 25 novembre 15S6, était sorti des maisons du Perron, de Creteville etdeLangueville, dans la basse Normandie. — Il suça avec le lait les erreurs de Calvin, dont faisaient profession ses parents qui, pour n'ôlre pas inquiétés» dans leur patrie, par les rigueurs qu'on y exerçait contre les r'alvioi$tes,se retirèrent à Genève, et s'établirent depuis dans les Etals de Berne» sur les contins de la Sa< voie. C'est dans le canton de Berne que Jacques Duperrori vint au mondn. Julien Davy, seigneur Duperron, son père, homme d'esprit et de savoir, lui apprit in langue latine et les mathématiques jusqu'5 Tâgede dix a<^s. Depuis ce temps, l'enfant apprit, sans le secours d'aucun maître, la langue grecque et la philosophie, commençant cette étude irnr la logique d'Aristote, d'où il passa k la lecture des poêles, dont il apprenait cent vers en une heure. Ensuite il s'adonna è la langue hébraïaua, qu*il apprit encore seul : de sorte qu'il la lisait aisément sans points, et endonnait des leçons aux ministres de la religionprétendue réformée. Lorsque la paix fut laite en France avec les religionnaires, Duperron y revint avec ses parents. G*est alors que Philippe Desportes, abbé de Tiron, ayant eu occasion de le connaître, fut étonné de trouver tanld'insiruction dans un si jeune âge. 11 s'intéressa au sort du jeune Duperron, le jugea digne de son amitié, et le présenta au roi Henri III, qui le prit eu estime et le Gt son lecteur avec une pension de douie cents écus. L'estime du roi augmenta lorsque Duperron, ayant lu avec assiduité la Sommi du saint Thomas, les saints Pères, et surtout saint Augustin, y trouva la condamnation des erreurs qu'iUavait suivies, et les abjura. Ayant embrassé alors l'état ecclésiasti(|ue, et pourvu de plusieurs bénélices, il donna des preuves de la souplesse et de la variété de ses talents» soit dans les con-

férences (particulières, soit dans 8f^s ouvrages, soit dans les controverses contre les caTvi* nistes. Le roi le choisit pour prononcer l'o* raison funèbre de Marie Stuart, sa boll^ sœur, qui, après une captivité de dixhuit ans, venait, en 1587, de périr sur l'échafaud, victime de la jalousie d'Elisal)eth. Duperron prononça également celle du poêle Ronsard, ce qui fit dire è bien des

Î;ens qu'il avait alors plus de religion dans 'esprit que dans le cœur. Ou lui prête, heureusement sans preuve, une parole qui aurait été trôs-répréhensible. Il venait, dans un discours applaudi de tous les courtisans, de démontrer l'existence de Dieu avec uoo éloquence entraînante et par des arguments sans répliqne.Le roi lui ayant adressé des félîcitations,«Sire,» lui répondit-il, «c siVotrAMajesté me le permet, je démontrerai perdes raisonsaussibonnesqu'il n'yapasde Dieu.»ll est probable que ce qui donna lieu à celte invention, c'est la forfanterie qui était naturelle è Duperron. Après la mort du duc de Joyeuse, son protecteur, en 1587, il écrivit le poëaie que nous avons encore parmi ses OEuvres, t Ombre de Vamiral. Joyeuse. En 1589, quand Henri III eut péri à Sainl-Cloud par le fer do J. Clément, Duperron perdit sa place de lecteur. Il s'abrita alors sous la protection du cardinal de Bourbon, dont il devint le commensal. N'ayant pu parvenir à assurer le trône h son nouveau protecteur, il se tourna vers Henri IV, dont il gaj^na les bonnes grâces, et obtint l'évôché dEvreux. Cependant il manifestait son zèle par d'éclatantes conversions. Il convainquit si bien par ses solides raisonnements plusieurs illustres cal* vinistes, qu'ils renoncèrent à leurs erreurs. Henri Sponde, depuis évoque de Pamiers» lu même auquel nous renvoyons souvent dans cet ouvrage, fut une de ses con(|uèles, comme ce dernier 1 avoue dans la lettre placée en tête de la premièreédilionde son abrégé des Annaleê de Baronius» qu'il dédia au cardinal Duperron. Celte conversion^ opérée par ses soins, ne fut pas la seule : celle du roi Henri le Grand est aussi son ouvrage. Il employa tout son ascendant sur l'esprit de ce princo pour le déterminer à rendre la tranquillité à son royaume en rentrant dans le sein de TEglise catholique. Après plusieurs heures eu)ployées à l'instruire secrètement, ses efforts furent couronnés de succès, et iijouit do son triomphe en accompagnant le roi, lorsqu'il se rendit à l'église pour prononcer son abjuration solennelle. Ce monarque l'envoya ensuite à Rome pour solliciter la levée de l'interdit lancé sur la France; cette négociation déjà entamée n'avançait pas : Duperron, de concert avec d'Oiisat, depuis cardinal, la terminèrent heureusement. On leur reprocha toutefois de s'être soumis, pour arriver à la conclusion, à des conditions humiliantes* Quoi qu'il en soit, le roi approuva la conduite des négociateurs, et en témoigna sa vivo satisfaction à Duperron en l'embrassant avec effusion. 11 est juste d'ajouter que Duperron, dans cette affaire, tie se trouvait qu eu seconde ligne ;.lo prioc'

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mérite do soccès revient h d'Ossat qui lui était bien supérieur en tous pciinls. Duperron fut sacré évêque d'Evreux h Rome» le ST décembre 1595, parle cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, et il prit possession de son siégo le 8 juillet 1596. Ce diocèse souffrait de Tabsence de son pasteur; le calvinisme 7 levait la tète. Duperron vint raffermir la foi desfldèles, et les édifier par ses éloquentes prédications. Les calvinistes se vengeaient ue ses succès par des épigrammes auxquelles se prêtait la versatilité du prélat.

Le livre de Duplessis-Mornay iurTEucha' ristie lui étant tombé sous la main, il y fît n*marquer un grand nombre d'erreurs ; et, dans la conférence de Fontainelileau , il remporta une victoire éclatante sur ce célèhre adversaire. Henri IV, qui était absent , dit h Sully : « Eh bien, que vous en semble de votre Pape ? » faisant allusion h Duplesaia-Mornay.c II me semble,» répondit Sully, « que M ornay est bien plus Pape que vous ne pensez; ne voyez -vous pas qu'il donne le chapeau rouge à M. d*Evreux ? » Toutefois Duperron, au lieu du chapeau qu'il attendait, ne reçut cette fois, du Souverain Pontife, qu*un bref de félicitalion. Il ne fut pas aussi heureux dans sa lutte avec d'Aubiçné. Il n'était pas dans ses moments d'inspiration; îl resta court, ne put répondre aux objections deson adversaire, et demanda du temps pour réfléchir. En 160^, il obtint le ehapeau, objet de tous ses vœux, et, Tannée suivante, assista au conclave , oil fut élu Paul Y. Dans la capitale du monde chrétien, on admira la facilité, la souplesse de ses talents; il fut la lumière des congrégations de AuxilUt^ que le nouveau Pontife avait continuées. Lorsqu'il fut revenu en France, il entreprit, è la M>llicitation du roi Henri IV, la réponse au roi de la Grande-Bretagne, Jacques V\ Henri le Grand l'envoya encore à Rome avec le cardinal de Jo^reuse, pour terminer tes différends qui existaient entre les Vénitiens et Paul V; ces différends furent bientôt aplanis. Ce Pontife était tellement séduit par la diction limpide et persuasive de Dunerron, •lu'il disait souvent : Prions Dieu quHl impire le eardinal Duperron; car il notu pereuadera ioui ee qu'il voudra. Transféré.à l'archt^vêclié de Reims, Duperron, après avoir visité son nouveau diocèse , revint à la cour, où il exerçait les fonctions de grand aumônier. Il prit la défense du livre du Bellarmin Sur la puisionee du Pape^ contre farrêt du parle- •nenl, qui l'avait condamné comme attentatoire k la souveraineté temporelle. Anrès la mort de Henri IV, en 1610, il assembla aussi i Paris les évoques ses suffraçants,et y condamna le livre de Ricber, syndic de Sorbonne, touchant la puissance ecclésiastique et politique. Aux états généraux de 161^, ilsop- |M)$a h la signature du formulaire présenté |>ar les députés du tiers état, formulaire énonçant au'il n'est point de puissance on terre, quelle qu'elle soit, spirituelle et temporelle f qui ait droit sur le rouyaume de vice, et qui puisse délier les sujets de la

fidélité et de Tobéitsance. Les deux autres ordres s'étant rangés h l'avis de Duperron, rien ne fut statué sur cette question délicate. Retiré k la campagne, il s'y occupait de sas ouvrages, lorsque attaqué d'une rétention d'urine, il revint k Paris, où, après quelques jours de souffrances, il fut enlevé le 5 septembre 1618, k l'âge de 63 ans.

Ses principaux ouvrages sont : I. Traité de la rhétorique française: cet ouvrage de sa jeunesse fut imprimé en 1657, k la suite du Tableau de Véloquence française , par le P. Charles db Siiht-Piul ; II. Bépon$e au roi de la Grande-Bretagne; III. Traité de VEucha* ristie contre DuplessiS'Momoy ; IV. Réfutation de récrit de Daniel TilenuSf contre un Discours touchant les traditions aposloliques; Evreux, 160S, în-12, seconde édition ; y. Ambassades et négociations du eardinal Duperron t recueillies par César de Ligny, son secrétaire; elles ont été imprimées à Paris, 1623, in-folio ; VI. Oraison funèbre de Ronsard^ imprimée en tête des ouvres de Ronsard ; Vil. Partie duV et du iv* livre de P Enéide^ traduite en français; VIII. DeuT odes d'Horace f traduites en vers; des Hym^ nés; l'Ombre de l'amiral de Joyeuse; IX. Il a eu part au recueil intitulé : Les épîtres d'Ovide traduites en prose française, par bu

PERRON, DFS PORTES, DB LA BrOSSE, DB Lllt-

6ENDES, HÉDELiN et CoLLBTET ; Parîs, 1616 , 1618 et 1621, in-8%

Toutes ses œuvres ont été recueillies en 3 vol. in-fol. ; Paris, 1622. Ils sont précédés de sa Vie. Christophe du Pu^, prieur de la Chartreuse de Rome, a aussi recueilli les pensées diverses, traits d'érudition et d'histoire, etc., de Duperron, sous le titre de Perroniana. Isaac Vossius a fait imprimer ce recueil à la Haye, 1666. L'édition de Daillé, Rouen, 1669, in-12 (mais qui porte le nom de Cologne), est beaucoup plus correcte. Voy. d'Ossat, lib. i, ep. 26 et 28; lib. Il, ep. ki et 43 : — Fullioati, Fie du eardinal Bellarmin^ r.h. 11; de Thou, J7tf^;— S^o^ae, Annales ; Ménage, Anti-BailleU 1. 1 ; — Baii.- LBT, Vie de Richer, I. ii, c. 11,)

Voici quelques fragments de sou éloge par le P. Alby [\6kk] i

c .,. Depuis qu'il commença à entrer dans l'Age oil les linéaments et les mouvements du corps et de l'esprit commencent à se for* mer, on reconnut en lui les premiers rayons de celte grAce et do cet agrément qu'on y a vu reluire depuis; car on ne peut dire de quelle beauté du corps et de l'esprit il était doué. Et comme ceux qui le voyaient s'en promettaient quelque chose de grand et surpassant la portée ordinaire des hommes ; aussi toutes ses actions et les premières occupations de ses jeunes ans allaient beaiicoup au delà de ce que son Age en devait faire espérer.

« •••Il n'était è désirer en lui que le changement fJe hi fausse religion dont il faisait profession au su d'un chacun, sur laquelle il prit tous les éclaircissements nécessaires depuis qu'il se fut appliqué, par un instinct particulier de Dieu, a l'étude de la théologie

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DES CARDIirAUX.

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scolastique, et particulièrement de la Somme de saint Thomas : ce qui rengagea comme insensiblement â lire les Pères et particulièrement saint Augustin, où cet esprit subtil et pénétrant, et qui avait une grande sympathie pour ce regard arec celui de cet excellent auteur, ne fut pas longtemps appliqué qu'il n*y découvrît bientôt la vé* nié de Terreur dont il avait été déçu. Voire il se rendit dès Tors si savant aux controverses de fa religion et si aguerri dans les comt>ats d*esprit quMI entreprit et qu'il soutint en diverses eonférences, qu'il ne se peut dire combien de personnes de mérite et de

Qualité s'en trouvèrent éclaircies et retirées e Terreur; combien Tinsolence des hérétiques, et nommément des ministres, h qui il nt sentir en plusieurs rencontres la furce et la vigueur de son bras, s'en trouva rabattue, quel avantage de gloire en revint à l'Eglise pour de si nobles et éclatantes victoires, et quel surcroît de nom et de réputation h ce nouveau David et à ce brave combattant.

« Sur ces entrefaites étant arrivée la mort de Ronsard, le père, Tornement et la gloire de la poésie française, et le grand ennemi des nouvelles erreurs; et tous les hommes les plus savants d^alors s'étant résolus de rendre h sa mémoire quelque partie de Thonneur qu'il avait mérité, le sieur Duperron

3ui n'avait alors autre titre que de lecteur e la chambre du roi, fut prié d'un commun accord de lui faire une oraison funèbre; en laquelle, comme il rendit h relui qui avait rempli toute l'Europe de son nom, les plus dignes et les plus précieux devoirs que son esprit et sa langue lui pouvaient consacrer; aussi remporta-l-il de cette <nclion des applaudissements si éclatants, que de longtemps plus digne, ni plus favorable audîesce, ni tant de louanges ne furent données è homme qui ait fait rien de pareil.

« Il eut depuis souventes fois l'honneur d'être ouï du roi , dont Thumeur portée aux choses de la religion ne lui pouvant donner de trêve h dresser dos congrégations, l'avait fait entrer avec quelques autres rares es* prits du temps dans celles du bois de Vie- Saine, qu'on appelait des Hiéronymites, oil chacun d'eux faisant certains discours spirituels ou tbéoiogiques à leur tour, il mérita souvent pour les rares pièces d'éloquence et de doctrine qu*il y débita, d'avoir pouf organe de ses louanges la propre bouche de son prince.

c ..^. La ville de Chartres étant prise, où il avait suivi le conseil, ayant eu un artère piqué par une saignée qui lui fut faite, .la gangrène se mit a son bras avec telle violence, qu'on n'en putjamais arrêter le cours, jusqu'k ce qu'elle lui eût monté tout aijprès de Tépaule, en sorte que les ferrements furent apportés pour le lui couper ; et eût-on passé outre , si par une spéciale grâce de Dieu il ne se fût trouvé en état de guérison, h l'heure qu'on en désespérait le plus, et la violence du mal ne se fût arrêtée, lorsqu'on pensait n'y avoir plus de remède.

«"Etant ainsi délivré de cette maladie, et se trouvant au siège de Rouen, où le conseil et monseigneur Te cardinal de Bourbon avaient été mandés* il eut là premièrement Thonneur d'approcher de celui pour le salut duquel Dieu l'avait fait naître, et des mains, et (Je la faveur de qui il voulait qu'il reçût tout son bien et tout son bonheur. Car encore que ce prince eût quelque répugnance en son cœur, ou pour mieux dire quelque crainte de rencontrer ce personnage qui avait la réputation d'avoir vaincu et réduit tant d'hommes savants : toutefois comme la courtoisie surmontait en lui toutes choses, quand il l'eut vu, il ne se peut dire quel accueil, et quelles caresses il lui fit, et comme aussitôt il se montra désireux de l'entretenir jusqu'à passer avec lui les nuits entières pour son instruction. A laquelle ne servit l>as peu la célèbre conférence qu'il eut è Hantes (où la cour, le siéçe de Rouen étant levé, faisait son séjour princii>al) avec quatorze ministres, envoyés au roi par ceux de la religion prétendue réfonnée avec leurs députésde toutes les provinces du^ royaume; sur lesquels il gagna de si grands avantages, que tout le parti en reout une extrême confusion ; et outre que l'un des combattants y demeura pour prix de la victoire, des |iersonnes de grande qualité y renoncèrent à Terreur qu'ils avaient vu si mal détendue, sans plusieurs autres qui en furent ébranlés, et depuis instruits, et ramenés par lui à la foi do l'Eglise.

« De \h il arriva encore que Tun des principaux, et plus particuliers serviteurs du roi, qui s'était trouvé à la dispute, ayant reconnu l'avantage que notre cause en avait reçu, tout persuadé qu'il fût que Ton poiH vait faire son salut parmi nous, dont il avait auparavant douté, ne manqua point d imprimer ce sentiment dans l'esprit du roi, de telle façon qu'il résolut par son avis, d'assemblerquelques-uns des principaux prélats de son royaume, et particulièrement d'y appeler celui dont nous faisons mention : lequel étant de condition laïque, celui-là môme proposa au roi de lui faire avoir un évêché afin qu'il y pût avoir rang; et pour ce Kii fut donné celui d'Evreux. Et ensuite se trouvant avec les autres prélats à Seint- Denis, où le roi les avait assemblés pour y résoudre une affaire de telle importance, il éclaircit si nettement l'esprit du roi des points qui Tavaient empêché si longtemps d'embrasser la foi de ses pères, qu'il pritla résolution de quitter Terreur, en laquelle il avait été nourri ^ dont la joie en fut si générale et si commune, qu'il n'y avait celui de quelque condition et qualité qu'il fût, au moins des Catholiques, qui n'estimât voir eo oe joui* la naissance du repos et du salut public, « Et il arriva que comme il fallut aller en faire ta solennité avee toutes les marques dv grandeur et de dignité qui accompagnent nos rois lorsqu'il se fait quelque action pareille, notre nouveau prélat étant au côté do Sa Majesté, lui. dit, en mettant le premier pas dedans Téglise toute résonnante de taui^

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UCTlOiXNAliyE

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bourst de trompettes et de clairons, et toute éclatante de la pompe et de la magniflconce du lieu et de la noblesse parée« el habillée, comme la dignité d*une telle journée le requérait : Quand Alexandre (Sire) eut défait Iktriui^ et qu'entrant dans son eamp^ il vit Mtê tentes magnifiques, ses meubles somptueux ei tout le glorieux appareil des rois de Perse, estOf dit-iU cest régner. Ce que le roi entendant montra de l'agréer, et de s'en sentir fifement touché.

« Il semblait ne pouvoir rien manquer à la gloire de celte action, sinon que comme il avait si dignement travaillé k ramener le roi dans le giron de l'Eglise, il eût aussi Tbonacur de l'y faire recevoir par celui qui en est le chef: à quoi un grand seigneur de la cour, et un grand cardinal ayant été employés comme par ambassade extraordinaire, ■ravalent pas eu le bonheur de réussir. Il fut donc envoyé vers Sa Sainteté, et reçu l»ar tous les chemins avec toutes sortes d'honneur et de bons traitements : la renommr^e de ses actions allait toujours devant lui, comme pour lui préparer les logis partout où il avait h passer.

« Dès qu'il fut arrivé è Rome, le Pape dûment informé de ses louables conditions, aussi bien que de ses actions plus recomnr.anctables, le voulut voir. £t, dès la première fois qu'il eut l'honneur de lui parler, et après qu'il lui eut représenté avec une parole pleine de force et d'efficace, le déplorable état où la France, et parliculiërement TEglise avait été depuis cinq ans entiers, les misères qui y étaient avenues, et celles qui étaient pour y arriver encore, si sa bonté et sa providence paternelle n'y apportait le remède re- 2uis : au lieu que les autres qui y avaient (é envoyés, ou ne l'avaient point vu, ou l'avaient laissé arrêté dans sa résolution; il lui amollit le cœur, et Tattendrit de telle sorte qu'il lui fît sortir les larmes des yeux ; et enRn après plusieurs vues , et plusieurs remontrances, nonobstant les contestations opiniâtres de ceux qui étaient ennemis du |)arU de France, il obtint ce qu'il en désirait, et vainquit la passion par la raison.

« ... Le Pape ne manqua point de lui faire c'ntendre le désir qu*il avait que le roi voulût lui donner sa nomination pendant qu*il était à Rome. Mais lui, qui voulait achever cette aciion avec toutes les circonstances qui y étaient requises, désire de revenir en France en la même condition, en laquelle il cfu était parti. Seulement y fut*il sacré par les mains du cardinal de Jojreuse, où Sa Sainteté lui fit l'honneur de lui donner l'anneau épiscopal qu'il porta toujours depuis, comme uo gage de l'affection de ce grand Pontife.

« U ne se peut croire avec quelles caresses il fut reçu partout h son retour, el particu-r lièrement du roi, et les témoignases qu'il lui rendit d'être satisfait de sa légation. Toute la France lui riait, et s'évertuait h lui rendre de nouveaux honneurs : mais lui ne travaillait qu'il avancer ceux de Dieu et de la religion. Ainsi peu de temps après, a'étant

présenté 1 occasion de la conversion de plusieurs personnes de mérite et de qualité considérable, il y vaqua de toutes les.forces de son esprit, et nonobstant les contestations de ceux au parti contraire, les acquit à l'Eglise. Voire, pour rendre son triomphe plus entier, se résolut de monter en chaire, où il prêcha les principaux points controversés de la religion, et où assista par plusieurs jours le roi et toute la cour, avec une telle alDuence de toutes autres sortes de personnes, qu'il fallait aller ou envoyer dès huit heures du soir du jour précéaeot pour y retenir place. Et il no rendit pas de moindres combats de la plume que de la langue contre les partisans de la nouvelle erreur, qui avaient violemment atla(|ué par leurs écrits l*£^lise romaine et TEucharistie, auxquels il répondit par des livres remplis d'une rare ft incomparable érudition : qui furent suivis de quelques nouveaux combats qu'il entreprit de vive voix, en de très-imporlantes occasions auxquels il acquit des avantages nonnaniils h l'Eglise. Entre lesquels fut la célèbre conférence tenue à Fontainebleau sur le plus éclatant théâtre du monde, et éclairée de la firésence du roi, des princes, officiers de la couronne, conseillers d'Etat et autres seigneurs de marque, où il rendit des essais prodigieux de sumsance, d'esprit et de mémoire, et où il vengea l'honneur et les vérités persécutées de l'Eglise romaine, par la honte et par la confusion de s^is ennemis.

« La conférence de Fontainebleau achevée, le roi lui donna l'état de grand aumûnier et l'archevêché de Sens quand il viendrait h vaquer; et, sans s'arrêter là, lui (»btint du Pape le chapeau de cardinal. De quoi les nouvelles étaient arrivées, et le courrier lui ayant été envoyé en sa maison par Sa Blaiesté, avec des lettres qu'elle lui écrivait, il les regut et les lut, dinant avec un de ses amis qui l'était venu voir, sans en faire dà* vantage de démonstration et sans que personne en pût rien ap^Tcevoir, jusqu'à ce qu'il vint trouver le roi peu de jours après, pour recevoir le bonnet de ses mains, commençant d'exprimer par les remerclmeuts, les nobles sentiments de son Âme.

« ...Son retour en Fiance fut bientôt suivi de la mort du roi Ht^nri le Grand, prince non jamais assez chéri ni assi'Z regretté, et dont la perle lui fut aussi sensible, qu'elle le devait être è un serviteur si fidèle et si affectionné, et tant obligé à la faveur d'un si digne et si bon mattre. Si ne se laissa-t-il point vaincre i la douleur; mais plutôt il redoubla les forces de son courage et de son esprit pour s'opposer aux désordres et aux malheurs, où la perte de ce grand prince semblait devoir attirer cet Etat. Et il n'eut |>as les yeux moins ouverts h la conservation de l'autorité du Saint-Siège, qui fut pour lors flprement choquée par certains docteurs de Paris, tant aux disputes publiques, que par les livres imprimés sous un spécieux prétexte qu'elle était au préjudice de celle des roisi et contre la dignité et la

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sérériiéde leuri; E(nts et de leurs personnes : en quoi ils furent appuyés, par quel- 3ues mauvais esprits imbus de Topinion u temps, tant de Tordre des ecclésiastiques que des autres, auxquels il s*opposa avec lelîe force de courage, de doctrine et d*espril, tantôt aux disputes publiques ; tantôt recourant à Tautorité de ceux qui avaient )*administratioo en main, qu'il arrêta pour un temps la violence du mal, jusqu'à ce qu'en voyant la durée et l'opiniâtreté, et les inconvénients qui étaient pour en avenir, il eut recours à l'assemblée d'un concile provincial qu'il Gt tenir h la vue, el contre le gré des ennemis du Saint-Siège et par lequel, comme par un remède de feu, il brûla tellement les racines du mal, qu'il n'en demeura que de la noirceur sur le front des auteurs.

• ...Ladernièreaction célèbreaveclaquelle il termina et couronna sa vie glorieuse, fut celle de l'assemblée de Rouen, en laquelle )1 fut appelé parle roi el messieurs de son conseil ; oh il ne se peut dire combien il témoigna d'ôlre grand maîlre h mener el à conduire les esprits^ et où, b l'imitation du cygne, dont la voix se rend plus douce, plus il est proche (le sa un , il rendit la sienne si résonnante el si puissante aux harangues gu'il prononça à l'entrée et à Tissue des étals, qu'il ne fut pas jusqu'à ceux avec qui il avait eu plus de débals par le passé, qui n'en fussent charmés et qui ne confes sassenl que jamais tant de science, tant d'éloquence, tant d'esprit cl tant de jugement ne se rencontrèrent en une môme per sonne, jusqu'à dire que c'était l'ornement el la merveille du siècle, le parangon et l'exemplaire ue toutes sortes de rares el excellentes perfections.

« De Rouen il revint en une sienne maison de piaisance,qu'ilavail choisie comme le dernier séjour el la retraite finale de ses muses el de sa vieillesse : où il acheva cet ouvrage admirable de la réponse au roi de la Grar)de-Brelagne, el travailla à d'autres compositions el à l'impression de ses œuvres immortelles le reste de l'hiver el une grande partie de l'été suivant, avec tant de contention de corps el d'esprit, qu'il lui en vint une cruelle suppression d'urine qui arrêta le cours de ses travaux et de sa vie. Etant allé à Paris pour s'y faire traiter, el pour y consulter de son mal avec les médecins, ils en firent un très-mauvais jugement, encore qu'ils ne lui en montrassent rien. Mdis lui, tomme averti de plus haut, jugea qu'il fallait recourir aux remèdes souverains qui sont ceux du salut. Dont se remettant du tout sur eux pour ce qui était de sa vie, sans s'en soucier autrement que pour n'être

f^oint vu défaillir à lui-même, ni résister à surs conseils ; il se convertit entièrement au soin des choses de l'autre vie, oubliant tellemenl tout' ce qui était do celle-ci, et celles-là même qu il a-vait eues en plus grande aflection, qu'il ne lui arriva pas d'en tenir le moindre propos ; et non pas même de ses écrits, pour lesquels il avait tant de

fois méprisé sa vie, son repos et sa santé.

ff II voulut, dès le troisième jour, se munir du remède des remèdes, qu'il prit presque tous les jours de sa maladie , toujours tiré du lit à terre. En quoi il sembla que la pro* vidence de Dieu, voulant que celui qiii avait eu tant de soin el tant de passion a inspirer, el a faire embrasser aux autres la créance de ce divin mystère, pour lequel il avait fait des volumes entiers, ait été récompensé dès cette vie de la plus digne récompense qui s'y en pouvait recevoir, qui est d'une loi et d'une dévotion non commune à l'endroit do ce mystère , et qui lui servit comme d'échelle el de degré pour monter à la demeure bienheureuse des deux.

« Sa maladie dura par l'espace ae quatorze» jours enliers, sans que l'opiniâtreté du mal se pût jamais vaincre , quelques remèdes violents et puissants qu'on y npporlAt , et qui furent tels que peut-être n'en fut-il jamais appliqué davantage, ni avec plus d'ordre et de diligence pour aucun mal pareil , chacun s'éverluant à contribuer en ce qui était de son pouvoir pour sauver une si précieuse vie. Il passa tout le reste du temps en exercices de piété , ou en devis familiers avec ses plus particuliers amis , avec la même douceur d'esprit et de mœurs qu'on lui avait toujours vue y sans montrer d'être louché d'aucun regret de la mort, qu'il regardait venir à lui sans s'étonner, disant seulement quelquefois : « Oh que c'est peu de chose que la vie de l'homme et les honneurs, et vanités du monde I » Comme quelqu'un le voulant consoler, lui eut dit aux premiers jours de son mal qu'on espérait qu'il recevrait bientôt sa guérison, il lui répondit : Je nesaissijeladésire. Lorsqu'on lui appliquait quelque remède violent, il avait ordinairement en la bouche ces paroles : Hic ure^ hic seca^ modo in œtrrnum parcas , et usait aussi souvent de celles-ci do saint Augustin : Ignosce quod meum est , agnosce qnod tuum est. Pardonne ce qui est mien , et reconnais cequi est lien.

«r Liomme il eut reçu une visite de la part du roi pour lui témoigner le regret qu'ij avait en sa perle, lors ce grand esprit, qui ne pouvait cesser de s'élever par-dessus loimême , et montrer partout quel il était, ayant déjà la langue toute bégayante et empêchée à cause du manquement de la nature qui commençait à défaillir en lui , s'éleva comme un aigle qui fait sa pointe dans le ciel pour revenir puis après fondre en la terre , en un discours si haut el avec des paroles si graves el si pressantes touchant ce qui était de la grandeur des monarchies, el des moyens par lesquels elles se formaient el se maintenaient; et que les principaux moyens en étaient le soin , et le service dû à celui qui les élève et les abaisse comme il lui plaît , el qui lient les cœurs des rois en sa main ; qu il n'y eut celui des assistants qui n'en tombât en admiration, et qui no dît qiie c'était vraiment lors que le

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génie de la Fraoce rendait ses derniers oracles.

€ ... Ainsi prit Gn la vie de celui qui, ayant rempli le monde de Testime de son nom , a comblé l'Eglise « et particulièrement la France , de la douleur de sa perte. Autant regretté par ses amis qu'il avait toujours été redouté par ses ennemis. Il mourut le troisième jour de l'année 1618, de son âge la 63', à Paris , d'où son corps fut porté à son église de Sens, où il est enterré. »

*'OMBEAC DU CARDINAL DUPERRO».

HC. FR. L. M. iETN. PP.

lacelhîc qiiod clntidi polnii J.icol>i*DAvy Perronii, qui S. R. E. TT. S. Agnetis in »gone presbytcr, canl. .tniins quaicrdeiios archiepiscopus Senoniitn, Gallianim, et Germani;r pri màs, magntis Fraiiciae eleeinos<narius diKxfenos, iiiier homines morialcs leriios el sexagenos morlalis homo vixii, mortalis esse desiii Non. Sept. an. Christi M. DG. XMll. Al vivet posibac, SRtcrniimque apud omnee génies, alque nationes gloria immoriaiis, qtiein ex h;eresi loties reporiai;«; victoridR, acia in Ilalia, Franciaque consitluendis, acconformandis Ecclesix niiianlis rcbus felicia justa, et prxclara : iiLri denique qiios phirimos atque divinissimos, incoinparabilis ingenii clarissima monunienla reliquil, ei nieriiissimo pcpercrunt.

DUPONT ( Ja6qi3es-MarieAntoine-Cé-

LF.8TIN).

Jacques-Marie-Antoine-Célestin Dupont naquit le 22 février 1792, h Iglesias, ville épiscopale de Sardaigne {villa di chiesa). 11 est le iils unique de M. Benoît Dupont, commissaire de marine de première classe, et de Mme Thérèse Siga, femme du plus haut mérite sous le rapport de l'intelligence, et douée en même temps des qualités ks plus eicellentes du cœur.

Excellents Chrétiens, tendres parents, lorsque leur Gis eut atteint sa dii-septièmo année, ils l'envoyèrent en Italie, dans un collège tenu par les Pères Doctrinaires. Le jeune Céleslin se distinguait déjà par son application , son aptitude, sa piété et ses progrès dans la science. Il fit donc et il termina ses études classiques avec des suc* ces remarquables. Bien qu'il n'eût encore nue dix-sept ans, il fut nommé membre de 1 Académie des Arcades; c'était , à cet Âge, une faveur inouïe.

li se livra dès lors avec ardeur aux travaux académiaues, et composa des poésies italiennes et latines dont il eût pu former deus volumes. Mais quelques pièces seule* ment furent imprimées dans le temps; elles nous donnent lieu de regretter la suppression des autres.

La vocation de Célestin n'était pas chose douteuse. Depuis son enfance il avait prononcé ce mot -des prédestinés : « Je veux être prêtre. » Sa ferveur dans la prière , sa compassion naïve pour les pauvres, son goût décidé pour les cérémonies et les lectures religieuses , sa vie tout cutière était

déjè comme une préparation douce h de sublimes fonctions. A puero episcopus , dît saint Jérôme.

Il entra donc au séminaire de ^ice, où il fit quatre années de théologie. Comme il n'avait pas encore Tâge requis pour recevoir les ordres sacrés, guidé par la haute idée qu'il s'était faite du clergé français, il vint passer une année au séminaire deSaint- Irénée, h Lyon.

M. Dupont fut ordonne sous-aiacre le 6 janvier 1813, et diacre le 2 juillet suivant, et ce fut à Nice qu*il reçut, le SA- septembre 1814, la consécration épiscopale. M. Colonna distria, ami de son père, se l'attacha en qualité de secrétaire intime. M. de la Fare, archevêque do Sens, le fit chanoine de sa métropole en 1821, et son vicaire général en 1822. Ce fut dans cette même année qu'il fut aussi nommé membre honoraire du chapitre ro.val de Saint-Denis. De 1817 à 1821, M. Dupont avait été attaché aux fiaroisses de l'Assomption et de Saint-Louis d'Antin, en qualité de prêtre administrateur

Le cardinal de la Fare se rendit un peu plus tard h Rome pour assister au conclave oi!t fut élu Léon XII, et il choisit en cette circonstance l'abbé Dupont pour son premier conclavisle. La manière dont il s'acquitta de sa charge détermina Louis XVIIl è demander pour lui au Saint-Père un titre d'évêché inparcibus. M. l'abbé Dupont fut nommé évêque de Samosate le 2 décembre 1823, et sacré à Paris le 29 juin suivant par le cardinal de la Fare, assisté des évoques d*Aulun et de Sainl-Brieuc. Après son sacre, il continua à résidera Sens, et il administra le diocèse avec une sagesse et une prudence consommées.

Mgr l'évêque de Samosate était préoicateur du roi, et il mérita en cette qualité les témoignages les plus flatteurs de satisfaction de la part des princes. Le 9 mai 1830, il fut nommé & l'évêché de Saiul-Dié. Mais il ne

fiut obtenir ses lettres, par suite de la révoulîon de 1830, qu'en juillet 1831. Nous no dirons pas ici tout le bien que Mgr Dupont fit dans son diocèse. 11 avait à réparer bien des ruines de tous genres.

Que dirai-je encore? Il parcourut en totalité son vaste diocèse; il pénétrait dans les localités les plus petites et les plus inaccessibles, partout oii se trouvait une annexe ou une chapelle. Dès cinq heures du malin commençait l'exercice de ses fonctions pastorales. On le vit le même jour administrer, è huit heures du soir, la confirmation dans une paroisse où il arrivait, après avoir visité plusieurs églises durant la journée ; voyageant h pied dans des chemins horribles, et quelquefois par une pluie baltaute et durant plusieurs heures. Partout il faisait une allocution de circonstance, interrogeait les enfants sur ,1e catéchisme, examinait la sacristie, l'église et les registres avec lo plus graud soin et dans les plus minutieux détails.

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DES GARDINAUI.

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Celle activilé que j'appellerai du dehorSt ne préjndicîâit point au zèle qu'il était capable de déployer d'ailleurs.

Il établit des conférences ecclésiastiques; il donne des statuts au diocèse , et veille infatigablement h l'observation de fa stricte discipline. 11 avait trouvé le palais archiépiscopal dans le plus (riste état; il obtient des sommes considérables, et en quatre ans et demi le palais est restauré, si bien qu'il ne laissa rien à faire sous ce rapport è son successeur. Il obtient aussi plus de soixante mille francs pour la construction de deux ailes au grand séminaire. La cathédrale par ses soins est également réparée et embellie; ainsi de l'orgue qui reprend sa place d'origine, la seule qui lui convienne; ainsi des vitraux et des sacristies. Il fait disparaître, en abaissant le sol, un grand nombre de degrés qui partageaient 1 église d'une manière incommode et désagréable ; il construit de magniûques chapelles latérales, pave de marbre le sanctuaire, et multiplie en mille moyens, par l'usage intelligent et discret qu'il en sait faire, les fortes sommes qu'il a pu obtenir du gouvernement.

Dès que tes circonstances le permirent, Ifgr Dupont fonda des retraites ecclésiastiques, et il s'occupait de l'établissement d'une caisse de secours pour les prêtres vieux et inQrmes , lorsque la Providence l'appela au gouvernement d'un autre diocèse.

Durant son séjour à Saint -Dié, sa santé s'était considérablement altérée; l'étendue de ses travaux, ses veilles continuelles et la nature du climat qui lui était contraire, augmentaient de jour en jour ses soutTrances. Au commencement de 1839, il éprouva tout à coup l'accident le plus terrible. Son secrétaire intime l'avait quitté depuis quelques instants ; quelle surprise et quelle douleur à sou retour 1 Mgr l'évoque était aveugle.

Malgré bien des soins et des traitements, son état ne subit par la suite que de légères améliorations ; et il était à peine en état de se conduire seul, lorsqu*il reçut le 1" mai sa nomination h Tarchevèché d'Avignon.

il accepta, dans l'espoir qu'un climat plus doux pourrait rétablir sa pauvre santé; et certes, si ce fut une douleur pour lui d'abandonner un troupeau bien-dimé, les regrets de son clergé ne lui faillirent pas non plus, et il fut longtemps f)leuré de ses ouailles.

En attendant l'arrivéede seibulle$,MgrDnpont partit pour Paris; il se mit héroïqueroenl entre les mains des médecins et des oculistes, et se soumit de même aux traitements les plus douloureux. Comme cette goutte sereine n'était pas complète, on parvint à en atténuer les effets : la vue se fortiiia, et aujourd'tiui, sans être positivement guéri, Mgr l'archevêque d'Avignon lit et écrit à peu près comme avant sa maladie., ^

Hélas 1 l'Ësprit-Saint nous a dit que Dieu visite ses élus par les tentations et les peines. A ces aillictious dont j*ai parlé i il faut en

ajouterd'autres. SouventMgr l'archevêqueso trouve arrêté dans le cours de son ministère par des infirmités de plus d'une sorte, étant sujet h Tie fortes douleurs rhumatismales et è des atteintes de gravelle ; son courage et sa résignation sont quelque chose de merveilleux qui fait honte à nos sottes délicatesses.

C'est le mercredi 30 septembre 1835 qu*il entra dans Avignon, et fort tard, comme il Qvait fait h Saint -Dié, pour prévenir tout cérémonial de réception.

Le samedi 3 octobre, il fut conduit solennellement h l'église de Notre-Dame des Doms. Le samedi étant le jour consacré à la sainte Vierge, il l'avait choisi à dessein.

Toutes les autorités civiles et militaires étaient présentes; la foule du peuple se portait sur son passage; l'enthousiasme éclatait énergiquement sur ces physionomies méridionales , et de toutes parts les anciens s*écriaient dans leur patois : Comme il est beau!

Mgr Dupont monta en chaire: il fitune allocution pleine de tact et d'à-propos, si bien que, malgré la divergence des opinions et 1 eflervescencd des partis, les applaudissements furent unanimes.

' Mgr Dupont ne se contentait pas du titre honorable de prédicateur du roi pour se faire entendre seulement à la cour; mais il prêchait dans les églises de la capitale, ^t on cite entre autres le carême qu1l donna aux Quinze-Vingt, en 1829. Pendant son épiscopat à Saint-Dié, il eut occasion de parcourir le diocèse de Nancy, h l'époque où Mgr de Forhin-Janson, de sainte et apostolique mémoire, était éloigné par l'opposition la plus aveugle et la plus injuste. Mgr Dupont distribua le sacrement de confirmation dans un grand nombre de paroisses, et se concilia partout dans le pays l'estime et la vénération.

Parmi les qualités de S. E. Mgr Dupont, celle qui domine, c'est la prudence; son administration est à la fois paternelle et ferme. Sa vertu par excellence, c'est la charité; donner est un besoin, une passion pour lui ; les pauvres sont ses enfants privilégiés, et sa bienfaisance est inépuisable.

Le vénérable cardinal a fait choix des hommes les pluséminents pour son conseil; et pour former les jeunes prêtres à l'éloquence sacrée, il a coutume de les inviter tour à tour, ^ prêcher devant lui, dans sa cathédrale. S'il aime h se montrer affable, poli, et s'il est distingué par la noblesse de ses manières, il ne tient pas moins à la sévère observation des cérémonies religieuses, r

S. E. Mgr Dupont a publié, en 3 vol. in-8* ses œuvres pastorales qui renferment les principaux actes de son administration épiscopale. Nous croyons que les premiers pasteurs comme les simples curés peuvent y puiser les instructions les plus utiles.

Une de ses premières pensées fut la re»l'turationde la baMlique de Notre Dame des Doms.

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Le chapitre était corinné dans une paroisse do In ville, Sainl-AgriioL Quinze jours après Tarrivée de Mgr Dupont, il fut établi que l'oIRce canonial se ferait à Noire-Dame tous les dimanches ; et au mois de mars suivant une ordonnance rojaie, qu'il avait provoquée, sé[)arnnt la cure de Sainl-Agricol du chapitre, rendit à Téglise métropolitaine tous ses droits; les offices de la semaine s'y firent comme ceux du dimanche

Il est une chose qui explique comment » sans avoir de fortune personuelle ni autre chose que les revenus, si modiques aujourd'hui, d'un archevêché, dans une ville où les objets de consommation sont d'un prix singulièrement élevé, Mgr Dupont se trouve

Mgr d'Aviau, vit avec une extrême frugalité et se permet d'ailleurs à peine le nécessaire. J'aime aulant cette sorte de rusticité apostolique que ce qu'on appelle, même en sain lieu« l'obligation de représenter.

Il est plus facile de créer en général, que de réorganiser: Mgr Dupont doit en avoir la preuve plus cjue personne. Le diocèse d'Avignon depuis longtemps était abandonné au désordre, ce qui tenait h de longues vacaiices de siège et à l'état de caducité du dernier archevêque. Il fallait donc rétablir J*ordreet la discipline. Aussi dos règlements et statuts lurent donnés, conformes pour le fond à ceux de Saint-Dié , mais modifiés selon les besoins spéciaux, améliorés d'après Texpérience acquise et les conseils des hommes les plus sages. Car Mgr Du[)onl s'entourait de ces homn)es-là, et ce n'était pas pour la forme qu'il cherchait à s'aider de leurs lumières.

Mgr Dupont fut transféré de Tarchevôché d'Avignon à celui de Bourges, le 24 janvier 18V2. Mais nous n'avons pu recueillir assez de renseignemenis positifs pour continuer en détail la notice biographique que nous n'avons fait pourtant qu'écourter jusqu'à cette époque. Le 11 juin 18i^2, Mgr Dupont fut créé cardinal, et il reçut le chapeau des mains du Saint-Père le 21 septembre suivant, et le litre dt* Suinte-Marie du Peuple, le 4> octobre suivant.

DCPRAT (AsTOiNï), né è Issoire, en Auvergne, le 17 janvier U63, était fils d'Antoine Duprat, premier du nom, seigneur de Veyrières, et de Jacqueline Boyer. — Avant d'entrer dans les dignités ecclésiastiques, il avait épousé Françoise de Veni, tille de Michel, seigneur d'Arbouse, morte le 19 août 1507, âgée de 30 ans, de laquelle il eut plusieurs enfants, entre autres Guillaume Duprat, évoque deCtermont. Antoine Duprdt parut d'abord avec réputation dans le barreau du parlement de Paris. En U90, il fut fait lieutenant général du bailliage déMoutferrunt, et, cinq ans après, avocat général au

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