‹ Dictionnaire des concilesChapitre 112 sur 263 · PAIX · texte numérisé non relu

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Vernerey y prouva son érudition en faisant, le 12 août, au nom de la congrégation de la foi, des mœurs et de /'enseignement , un rapport sur / eduenlion des elercs.

Remontant au commencement de fKglise , l’auteurdit que l'éducation des jeunes ecclésiastiques n’exigeoit presque rien de particulier, parce qu'alors les chretiensétoient presque tous des saints; que les ministres de la religion pou voient se passer de l’étude des langues étrangères , et qu’il leur suflisoit , pour apprendre la religion , d’assister aux explications de l'Ecriture sainte avec les autres fidèles ; les hérésies ne causant point encore d’embarras pour les confondre. Mais à mesure que celles-ci se multiplièrent et qu’elles se répandirent, indépendamment de la connoissance des Livres sacrés avec de bons commentaires , il fallut lire les Pères qui réfutoient tes novateurs, et consulter les monuments où se trouvoient les preuves delà tradition. Le travail s’accrut encore par la suite, quand la langue de lfEglise , des conciles et des Pères cessa d’être la langue vulgaire. Depuis long-temps on voyoit des écoles célébrés établies en diverses villes. Celles d’Athènes et d’Alexandrie formèrent de grands hommes. Les évêques réunirent aussi de jeunes gens anprès d’eux , et en prirent soin par eux- mêmes. Mais dans le ta' siècle, on crut suppléer à ces séminaires épiscopaux, en y substituant des universités. Alors parurent les universités de Boulogne , de Pavie et de Paris, ( fameuses par le nombre des eleves qui s’y rendoient de toute part ) ; mais peu propres à peupler le clergé de sujets édifiants et solidement instruits. En effet, la licence s'introduisit bientôt ( dans ce monde de jeunes gens occupés là pendant de nombreuses années, sous un régime qui, sans doute, ne pouvoit les contenir assea. L’histoire gémit en rapportant les excès auxquels

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cette déplorable licence fut quelquefois portée ). D’un autre côté, le»

professeurs,! imbus des subtilités de l’ancienne philosophie ) , s'attachèrent à des questions métaphysiques, minutieuses, souvent inutiles, tandis qu’ils negligeoient des objets essentiels, (ou dont ils 11e parloientpas même , ou qu’ils nefaisoient que comme saluer en passant ). Les collèges particuliers présentèrent de meilleurs résultats ; mais ces institutions n’ayant point our objet d’elever des clercs, ce ut si nécessaire ne s’y trouvoit pas rempli. Heureusement le concile de Trente vint au-devant des besoins, en ordonnant l’ercction d'un séminaire dans chaque diocèse , pour former les aspirants au sacerdoce , à la vertu, aux sciences ecclésiastiques, et aux règles sacrées du saiut ministère .

Venant ensuite aux vues qu’il propose , l’orateur desire que l’éducation cléricale commence dès le bas âge ; et il désigné pou r pédagogues aux enfants qui montreront d'heurenset dispositions à l’état ecclesiastique, les curés de leurs paroisses. Il indique à ceux-ci les livres qu’ils pourroient mettre entre les mains de leurs élèves. Mais, dans la tâche qu’il leur impose envers ces jeunes plantes, il n’a peut-être pas assez égard au défaut si commun de capacité dans l’art difficile de l'enseignement , à la multitude des livres necessaires pour cette profession et surtout aux soins très-assidus que les pasteurs doivent à leurs troupeaux.

Quoi qu’ 1 en soit, Vcrnereÿ éeporte ensuite l’attention du concile sur l’etablissement à former, d’écoles spéciales. Celles-ci seroient composées d’une douzaine d’clsvee qu’un ecclesiastique conduirait umt 1 inspection immédiate d’un arebiprêtre , avec l'agrément de l’évêque diocésain. Ici, les langues française et latine, les éléments de la langue grecque , l’histoire sacrée et un petit

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cours de logique occuperoient principalement les eleves : ( au lieu de présenter d’abord les fables du paganisme et les auteurs profanes assez peu utiles sous quelques rapports ) , on leur mettroit devant les yeux des endroits bien choisis dans les Pères , où , tout en puisant des leçons capables de porter ces jeunes gens à la vertu , ils trouveroieut encore des connoissanccsd'unc utilité reconnue.

Au reste , le rapporteur n'exclut pas l’explication des poètes, des historiens et des orateurs distingués, qui honorèrent la langue romaine dans le beau siècle d’ Auguste. Des extraits de ces illustres écrivains viendraient achever de polir un travail commence heureusement avec d’autres instruments.

Enfin, arrivant à l’étude de la théologie , à laquelle il associe encore celle du grec et de l’hebreu, il a recours , comme par nécessité , aux séminaires. 11 fixe le cours à trois ans d'études publiques ,que l’evêque pourrait encore restreindre , en cas de pauvreté. 11 joint à 1 etude Ihcologtque, pour laquelle il demande qu’on compose un nouveau cours qui serait suivi dans toute la France, et qu’on associerait au code civil pour le mariage, ainsi que pour certaines matières de jusl ice , il y joint , disonsnous, l’instruction des règles du ministère pastoral, et une sorte de rhétorique, qu’il trouve placée là plus avantageusement que dans les cours précedeuts. Quant à la théologie à composer, il en écarté tout système, toute question inutile et les formes syllogistiques dans la rédaction.

Il divise ce cours en trois parties ; la positive , qui comprend 1 histoire *t la critique des monuments de la religion; le dogme et la morale.

Mais entendons un instant le rapporteur dans ses propres expressions.

« Plus l’ultramontanisme fait » d’efforts pour soutenir son.em- » pire chancelant , plus aussi il est

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» nécessaire d’établir les vrais prin- » cipes , si chers à nos pères. 11 faut » que toutes les vaines prétentions » de la cour de Rome soient detail- » lées et solidement combattues.

» Combien d’autres questions en- » core sur la compétence de la » puissance civile dans les matières «ecclesiastiques, sur, etc.; dard » l'ignora rue a occasioné tant de maux » en France dans ces derniers temps ,

» qu’il est par conséquent néces- » saire de traiter ? » llelas ! ce nue dit ici le rapporteur sur l 'ignorance qui a été funeste à la France, n’est que trop vrai, soit que cette ignorance déplorable ait été reelle , soit qu’elle ait été affectée ; mais il faut en appliquer le defaut ou le crime à d’autres qu’à ceux qui sont demeurés dans la foi et dans l’unité catholique ; démarche qui exclut éminemment l’ignorance pernicieuse dont on parle ; car ils ont du moins su qu’ils dévoient se soumettre à l’eglise, et être prêts à toutsacrifier plutôt que de manquer ‘à un devoir si indispensable dans la circonstance.

Au reste , on est fâché que Vernerey veuille mettre entre les mains des jeunes gens l’Histoire ecclesiastique de F leury , dont les cinq premiers volumes sont excellents , mais

3ui, dans d’autres, montre une préilection excessive pour l’ancienne discipline , et ailleurs, une partialité impardonnable sur Je compte des papes ; partialité qu’il a puisée dans des sources suspectes , d’où découloient avec une égale malice le fiel noir de la haine et le poison amer de la calomnie. Manque dire, quand il substitue à ces livres dangereux , un plus dangereux encore, l'Histoire de l’abbe Racine , où l’on retrouve tout le venin du jansénisme , surtout dans le supplément et les lettres de Philatèthe à Morenas , production acerbe de ClémencetrEt pourquoi encore placer sous les yeux de la jcunesse.des livres

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entaches de la même erreur et le Catéchisme de Montpellier , sans exiger l'édition corrigée par de Charency ? Pourquoi donner tant d élogés aux écrivains de Port- Royal , regrettant de ne pouvoir en tirer une théologie complété ? Yernerey , forme à la science ecclesiastique dans un séminaire si orthodoxe , elevé au doctorat par une ■université jusque-là si ennemie des nouveautés profanes , se seroit-il laissé gagner au parti de la petite église , de longue main , par des lectures ou des insinuations perfides , ou tout-à-coup , en hantant trop familièrement , dans le concile même , quelques-uns de ces Peres qui étoient les fermes colonnes de ce parti tant de fois condamne f Assurément non ; du moins pour ce qui concerne la doctrine de la grâce; car nous savons qu'il adhéré aux bulles qui condamnèrent, acet egard , les erreurs de Haïus, de Jansenius , de Quesnel. Il faut donc croire qu’il fut comme force par des membres de la congrégation au nom de laquelle il parloit, d'insérer l’adoption de livres pernicieux : et que quand il s'exprima d'apres sa propre pensee , apres avoir loué, à quelques égards, la théologie de Lyon , il la rejeta comme incomplète , et surtout , parce qu’on y edi se u toit eertains systèmes ; expressions que nous entendons du jansénisme u’on y insinue en plusieurs enroits. 11 est cependant vrai que les constitutionnels ont besoin des jansénistes, et qu’ils doivent l'être, du moins à certains égards pour ce qui concerne l'autorité des deux puissances.

Nous ne rapporterons pas le long projet de décret qui suivoit ce rapport. H y eut des débats pour savoir si ou le discuterait , ou si on le re-

Jetteroit sans discussion : si on le èroit imprimer , ou si on le discuterait sans cette mesure. Nous pasgOn* ces débats qui se terminèrent

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par Va résolution d’imprimer ce même projet au plutôt, et de le discuter trois jours après l’iinpression. On nomma aussi une comro ission pour examiner la partie qui concernait la théologie.

Mais tandis que le concile se livrait à de grandes spéculations ; que ses congrégations composoient à l'envi des rapports sur les matières les plus importantes, et qu'il sembloit aux Peres que rage d’or alloit renaitre de leurs travaux dirigés par la main de la sagesse même, un evenement subit vint tout-à-coup renouveler, parmi eux, la confusion qui avoit autrefois disperse' les enfants de Noé , et faire cesser leur entreprise téméraire. L’ assemblée eut la nouvelle officielle, le i3 août, que les négociations entre le saint Siège et le premier consul etoieut terminées, et que des mesures eloient prises, dans le nouveau concordat , pour ramener efficacement la paix en France. En même temps elfe reçut, de la part du gouvernement, 1 ordre posnil de cesser ses travaux et de se séparer. Les actes dissimulent cette circonstance inattendue ; niais l'embarras où se trouvèrent les Pères, quand ils curent reçu cet ordre . la dccèle. Et si leur séparation eloit volontaire j pourquoi s’en effrayèrent- ils P Si elle pouvoil avoir des suites fâcheuses, enhardir les ennemis de la tranquillité publique à Inrer de noueelles persécutions aux pasteurs , pourquoi effecluerent-ils une séparation si à contre-temps. Si le gouvernement ne leur ordonnoit pas de desemparer, pourquoi y eurent-ils recours a fin de lui soumettre particulièrement cet objet, et de le reeommanderet à sa sagtsst et à sa prévoyance ?

La députation envoyée au gouvernement par le concile , etoit composée des évêques dllle-et-Vilaine , du Rhône ,ae Loire-et-Cher , de l'Aveyron et du Puy-de-Dôme.

11 résulte de l’entretienj officiel

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qu’elle eut avec le ministre de la police , disent les actes , « i ,° que le » concile a fait l'impression la plus » profonde sur tous les membres du » gouvernement et les habitants de » Paris ; qu’on a généralement ad- » miré le développement des lu- •• mieres que renfermoit cette as- »• semblée , où il se trouve un grand *> nombre d’hommes éclairés et a » grand caractère ; qu'on avoit ete » frappé du maintien grave et reli— « gieux de tous les membres, et » et qu’on avoit été loin de s’at- » tendre à une reunion aussi im- " posante. a.° que le gouverne- « ment ayant reçu de Sa Sainteté une “ bulle pour la pacification des trou- “ blés religieux de France, il atlen- » doit des dispositions patriotiques » et religieuses du concile , qu'il con- » courroit de tous ses moyens a une *• si importante operation ; et qu'il »• transmettroit a la postérité un » monument durable des disposi- » lions pacifiques, qui n’acoirnl cesse' » d'aninur le clergé constitutionnel. nl.'nnteur des actes n’en dit pas davantage sur cet entretien , afin de ne point s’écarter de son plan de dissimulation. Mais un pere du synode alla plus loin, et dit, dans une autre occasion , que le ministre de la police leur avoit fait entendre que le concile scroit seulement suspendu , et qu'il pourroit reprendre ses travaux dans un temps plus opportun.

Ceci étoit un motif de consolation pour les membres de l’asseinblee constitutionnelle , et c'est pour nous une preuve nouvelle de notre assertion.

11 fut décidé que la dernière séance auroit lieu le iGaoiit, qui ctoit un dimanche cette année-là.

« Mais quedeviendront les libertés » de l’église gallicane ? On ne peut » présumer que ses droits qui fu- » rent dans tous les temps le soutien » de la religion et de l'état, aient été » sacrifiés ; mais s'ils avoient été » méconnus le concile ne pourroit

>> se séparer sans en réclamer la con- >* servation et en solliciter le reta- >• Glissement. Le mémoire qu’il con- » viendroit de présenter sur ce su- » jet, deviendra un monument pour » la postérité ; il prouvera tout ce » qu'ont fait des evêques et des prê- » très, pour les soutenir, pendant » près de douze ans, au milieu des » circonstances les plus extraor- » dinaires. L’evêque de Loir-ct- >» Cher , en donnant a cette opi- » nion une plus grande extension, *> fait connoître toute l'importance ” de celte réclamation ; et les evê- » ques du Jura , des Hautes- 11 Pyrcnees et de l'Aube , sont •< nommes pour rédiger ce mé- >• moire. »

On ordonna aussi la rédaction d'une lettre synodique au premier consul, pour lui témoigner la reconnoissanceduconcile;cefutla tâche imposée aux evêques de Loir-et-Cher, du Hhôncet de la Seine-Inferieure.

I.e lendemain i4, cette tâche fut transférée entre les mains des évêques de la Somme, des Vosges et du prêtre Orange. En demandant de nouveau la rédaction de celle lettre.

Desbois émit cette phrase remarquable : « En vertu de quoi nous » séparons-nous ? n’est-ce pas par » une délibération commune avec >■ ( le gouvernement ) ? >•

On en etoit a l’avant-veille de la clôture solennelle ; le temps etoit court ; et les Pères faisoient des motions divergentes. Ici , on demandoit une lettre aux fideles sur la clôture ; là , on parloit de la mission canonique ; plus loin, on prioit le concile de préciser les objets à discuter ; ailleurs, on exnortoit les Peresà ne pas émettre plusieurs propositions à la fois. Ne seroit-il pas possible d’exposer les raisons qui nous font cesser nos travaux , dit-on d’un côté ? 11 faut que toutes les paroles soient pesees, répond-on de l’autre, ne faire que deux lignes, et pasdavantage.L’un veutqu’on ecri-

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vc au pape pour lui annoncer la fin du concile ; un aulre prétend qu’on adresse la même lettre aux dissidents, pour leur dire que , vu la pacification , il n'y aura pas de conférences.

Elles auront toujours lieu , répond un troisième et elles sont decretees de nouveau. — Aucun roncile ne s’est sépare dans de pareilles circonstances , notre conduite doit donc être aussi extraordinaire que notre séparation ; et si dans la bulle il y a des articles qui ne nous conviennent pas , comment nous trouverons-nous après avoir écrit ? — 11 faut écrire au pape avant que de ronnoitre la bulle; car il pourroitse faire qu'après en avoir eu connoissance, on ne ponrroit lui écrire, etc. Enfin, on désire qu’on parle sur les démissions-

11 paroît que te gouvernement les «voit proposées aux évêques du concile. Cependant lesPeres ne se montrèrent pas d’accord sur ce point :

quelques-uns crurent qu’on les demandoit d’une maniéré très-positive; d’autres prétendirent qu'on avoit voulu seulement pressentir leurs dispositions à cet egard ; plusieurs soutinrent que du moins on ne les exigeoit pas sur-le-champ.

Moyse s’étoit préparé sur cet objet. 11 réclama l’indulgence et lut un mémoire très-long, où il exaniinoit, i.* si, dans l’hypothèse proposée, les évêques constitutionnels , exerçant actuellement leurs fonctions, dévoient donnerleur démission : a.°supposéquecet acte fût jugé nécessaire, à quels caractères il devoitêtre marqué ,et quelles qualités

Ïirincipales il devoit avoir ; 3. “dans a même supposition, en quelles mains cette démission dévoit être donnée.

Mais avant que d’en venir à la discussion de ces questions importantes, Moyse demanda qu'on lui permîtdetraiter avec quelque étendue un seul article, sur lequel il prévoyoit que ses collègues pour-

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roient être obliges bientôt de prendre uu parti, d'ou dependroit la

gloire immortelle ou X éternelle ignominie de l’ église gallicane , c’est à-dire , de la société constitutionnelle.

A près ce preambu le assez piquant, l’evêque du Jura s'exprima ainsi :

« Jesus-Christ, en envoyant sou » ambassade à tous les peuples et à » tous les siècles , ne t autorisa fias à » exiger de qui que ce fut d’uulres de- » voies, que ceux dont lui -meme avoit » prescrit t' observation ; maisenetablis- » saut l’Eglise , il lui donna le droit et » lui imposa l'obligation de prendre en

.. MASSE, ou l‘All REPRESEN- » TA ATS, les moyens d’exécution né- » cessaires pour procurer , de .« part de » ses membres , l'accomplissement exact » des lois évangébques ; avec ordre d* •> punir de peines purement spirituelles, et » d'exclure même de son sein ceux qui *> refuseraient de s’y soumettre. Ainsi ■» consacra-t-il lepouvoir qu’a toute » société de statuer ce qu elle juge » nécessaire pour atteindre son but, » se conserver, prévenir la confu- » sion et se garautir du desordre, » en évitant toutefois ce qui peut » troubler l’ordre public. »

voilà, sans doute, des principes excellemment lumineux , et grandement capables de préserver de l’ignominie la nouvelle eglise gallicane. Quel dommage qu’ils se trouvent plus en harmonie avec les hérésies de Marsille de Padoue, de Luther, de Nicher, etc., qu’avec l’Evangile, la foi catholique et la conduite que tinrent constamment les apôtres, tandis qu'ils formèrent sur la terre l'ambassade dont on nous parle ici! Mais si le Fils de Dieu n’autorisa pas lesapôtres à imposerd’autres devoirs que ceux qu’il avoit lui- même prescrits, pourquoi leur dit-il ; « Toute puissance m’a été » donnée dans le ciel et sur la terre, » ( Matth. a8, 18.), je vous euvoie » comme mon Père m’a envoyé >» (Jean. 20 , ai. ) ; tout ce que » vous aurez lié sur 1a terre, sera

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» lié dans le ciel ; et tout ce que vous » aurez délié sur la terre, sera aus- » si délié dans le ciel ( Matth. 18, « 18.)? » Pourt^uoiles apôtres qu’on n’accusera pas d avoir ignoré la commission que Jesus-Clirist leur avoit confiée, ni même d'en avoir ambitieusement dépassé les bornes sacrées, etablirenl-ils des lois et des reglements de discipline, sans avoir préalablement consulte la transe ni les représentants de la société des fideles ? Pourquoi le clief de l’Eglise et ses collègues dans l’episcopat suivirentils le long des siècles, les exemples des premiers envoyés du Sauveur ; et reclamerent-ils tant de fois contre les empereurs , les rois, les magistrats , qui vouloient se mêler de décider sur la doctrine chrétienne et d'usurper la puissance ecclesiastique ? D’ailleurs si le pouvoir de gouverner appartient à la société catholique , à charge par elle de l’exercer en masse ou par des représentanls, les premiers pasteurs ne sont donc a cet égard que ses délégués , ses commis, ses ministres; elle a donc droit de les choisir, de leur communiquer la juridiction , de les déposer et de les punir : tout ce qui se fait légitimement , se fait donc aussi en son nom et de son consentement au moins présume ; f Eglise forme donc, dans toute la rigueur de l’expression , une république , dans le sein de laquelle nul n’occupe le premier rang ou d’autres dignités eminen les, si elle-même ne distribue en masse , ou par ses représentants , ce rang et ces dignités supérieures.

Car il faut admettre toutes ces circonstances et bien d’autres encore dans le système heretique de l'évêque du Jura. îse soyons donc plus surpris , si dans le concile de 1797, on donna au pape le titre de chef ministériel de l'Eglise, et si, dans son docte mémoire, Moyse l’appelle constamment , ou le premier des pontifes ou le premier vicaire de Jésus- Christ.

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On n’exigera pas de nous, sans doute, que nous réfutions ces erreurs déjà condamnées tant de fois, ni que nous en montrions toutes les suites affreuses. On peut consulter le traité des deux puissances de l’abbé Pey , le conférencier d’Angers sur la hiérarchie ecclésiastique , le dictionnaire des hérésies, imprime à Besancon 1817, t. 2. pag. 84o, et suivantes ; d’où nous extrairons seulement le texte suivant. « En enlevant des mains des “ pontifes, qui forment, ainsi que >• nous l'avons dit, l’Eglise ensei- » gnante , l’autorité spirituelle, sou- » veraine que Jesus-Clirist leur a » confiée directement et immédiatement » dans la personne des apôtres , et la » transférant au peuples , aux ma- >> gistrals, aux princes temporels, » en un mot, à tous les membres du » corps mystique , comme si cette >• même puissance avoit été donnée >> primitivement et originairement à tous » les fideles , non pus , il est vrai, pour >> / exercer par eux-mémrs , mais par les » premiers pasteurs , qui sont leurs com- » mis , et qui doivent agir de leur consenti ment présumé, ( ou bien en masse , » ou par représentants ) , il est clair ” que ce principe beretique ouvre » une largeporte à la révolté contre » la puissance spirituelle légitimé ; » qu’il fomente le schisme et l’heré- » sie ; qu’il mine, par conséquent , » l'imite catholique jusque dans ses » plus solides fondements, qu’il tend » à renverser la hiérarchie sainte >> établie de Dieu même, à détruire >> toute subordination , toute har- >* monie dans l’Eglise ; qu’il fournit » à tous les novateurs accrédités, des “ moyens de se soutenir , et de con- » tinuer à propager tranquillement » leurs dogmes antichreliens, mal- » gre les analhemes les plus justeset » les plus canoniques ; et qu’enCn il » autorise à se relever et à renaître »• comme de leurs cendres, toutes les » erreurs proscrites depuis les temps » apostoliques jusqu’à nos jours...

» Car quelle est la nouveauté beté-

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• rodoxe, antique ou récente, qui ■ s'avouera jamais avoir été frappée » par tous les catholiques, du moins, n de tous ceux qui se disoient ou » crojoient l’être ? Wiclef, Jean » Hus , Luther et Calvin eurent-ils » besoin d’une antre base , pour » appujer leur résistance opiniâ- » tre , etayer leurs dogmes mon- » strueux ?»

Moyse poursuit: «C’est sur ces ba- » scs que s’établit le gouvernement ee- « clésiastiijue ; ce gouvernement de » douceur, de confiance, de persua- » sion et d’huinilile , qui rend le » premier des pontifes le serviteur de » tous..; ce gouvernement nouveau » cpii , par sa nature , exclut jusqu’à ?» 1 idée de l’arbitraire et de la domi- » nation , ne se prescrit pas des règles , » mais les reçoit, s’y conforme et les » fait observer...; ce gouvernement » tout spirituel... , dont les moyens » ne peuvent jamais rien avoir de » coactif, et se réduisent à maintenir la » rigueur des saints canons. »

Si on demande à notre dogmatiste d'où le gouvernement ecclesiastique , si tant y est qu’on puisse l’appeler ainsi d’apres l’idee qu’il nous ,cn donne , reçoit les réglés qui le diri- ’ gent , puisqu’// ne s en fait pas à luimême r 11 fera valoir de suite sa masse. Si on lui réplique, mais où at-on jamais vu cette masse composée de tous ses éléments et de toutes ses parties , enfanter des canons , des lois et des réglements ? 11 recourra à ses représentants. Si on le prie de dire quels sont ces représentants nés ou délégués ? Il montrera les empereurs , les rois , les chefs des républiques, les magistrats, et en sous-ordre, les papes et les évêques; car il ne veut pas des prêtres. Si onajoute, qui a donc nommé tous ces représentants et leur a communiqué les pouvoirs de tout genre ? Il reviendra encore à sa masse : en sorte que cette masse est merveilleuse ; car elle veut sans y penser, elle agit sans se remuer, elle parle sans articuler un mot, elle gou-

verne sans s'en apercevoir, elle fait tout sans y prendre garde : ne faudroit-il pas la placer à côté de rétonnante massue de la vérité?

Quoi qu’il en soit, gouvernés alors parla masse de Moyse," pendantdouze » ou treize siècles, les papes, lors » de leur exaltation, juroient d'ob- » server toutes les réglés ecclesiasti- » ques contenues dans les conciles » universellement reçus j et de, ne » pas souffrir qu’il y fut porté la

» moindre atteinte Pendant une

» longue suite de siècles , les premiers » vicaires du Sauveur déclarèrent con- » stanunent, authentiquement que , » loin d’avoir la funeste autorité de » violer ou de détruire les canons, » ils etoient obliges à s’y conformer » avec exactitude, et à les faire re- » vivre si 011 avoit cessé de les res- » pecter.... Régulièrement parlant, » l’Eglise doit être gouvernée , non » par la volonté arbitraire de son ’■ premier ministre, ni par des décrétales » vraies ou fausses, moins encore » par des spéculations diplomatiques » ( des concordats ) ; mais unique- » ment en conformité des canons » consacres par le respect de tout • l’univers catholique, et des lais » émanées de la puissance protectrice. »

Que faire doue des decretales vraies, qui ont été reçues et quisout encore respectées dans toute l’Eglise?En les rejetant sans distinction .Moyse ne se contredit-il point luimême? Sans doute; mais elles ont été entachées </W///rw>* dans la source d’où elles sont émanées ; il faut bien les abjurer. Et cette puissance séculière dont on veut qu’on suive les lois spirituelles avec la même docilité qu’on doit aux saints canons, (jui l’a investie de l’autorité legislative dans les matières purement ecclésiastiques et spirituelles? Encore la masse? Eh ! oui ; car les c’hefsdes gouvernements représentent les nations qu’ils régissent; ils ont par conséquent tonte l’autorité civile et religieuse qui appartient essentiellement

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et immédiatement à ces socïe'te’s. Ils peuvent donc, s’il leur plaît, faire revivre les anciens canons qu’un long usage contraire a abrogés , donner des constitutions civiles et autres à leur clergé , sans le consulter , meme contre la réclamation du premier des pontifes et de tous les évêques de la catholicité ; parce que le corps des premiers pasteurs ne représente

Î|u’imparfaitement lamas», puisqu’il orme un gouvernement qui ne se PRESCRIT PAS DES RÈGLES, MAIS EES REÇOIT; tandis qu’au contraire , les chefs des nations et des peuples ont droit de faire des lois pour l'Eglise et d’obliger tous les membres des sociétés auxquelles ils président, d’ obéir ponctuellement à ces lois.

Mais si ces supérieurs temporels étoient desdeistes , des juifs, des pro testants ou d’autres ennemis jures de la religion catholique, et qu’ils s’avisassent de brouiller tout dans les dogmes et dans la discipline, que faire alors? Marsille de Padoue remet,dans ce cas, lajuridiction ecclésiastique entre les mains du peuple fidele , et la fait couler de là immédiatement aux pontifes; mais les constitutionnels ne veulent pas de tant de précautions : ils nous apprennent , parleur exemple, qu’il faut encore se soumettre, soutenant avec hardiesse que l’on ne se sépare pas de l’Eglise universelle, que la loi demeure intacte; qu’il ne s’agit que d une discipline réglementaire , qui peut varier; que la chaîne de la succession n est pas rompue , dès lors qu’on est choisi par le peuple, et ordonné validement, etc. , etc.

Tel est donc le gouvernement de l’Eglise : la puissance temporelle y a la primauté , et le corps des premiers pasteurs y tient le second rang; mais soit les princes, soit les évêques sans exception du premier d'entr eux , reçoivent toute leur juridiction du peuple, qui est le seul souverain et la gource d’où émane tout pouvoir de souverner. 11 est vrai qu’un telprin- ,

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cipe rrnverse la constitution que Jesus-Christ a donnée lui-même à son Eglise ; qu’il est hérétique, schismatique, subversifde toutordre dans le sacré bercail ; n’importe : les constitutionnels en ont besoin. Sans cette planche , helas ! bien frêle et bien casuelle , ils coulent à fond , et entraînent avec eux la constitution civile du clergé , leurs élections , leurs titres, leurs sièges, leur succession légitimé, la juridiction de la plupart et tous leurs droits. Quel affreux naufrage ! faut- il s’étonner s’ils s’attachent si fortement à cette planche, toute mauvaise qu’elle est?

Cependant Moyse va nous montrer de la modération et nous en donner desconseils. 11 veutbien qu’il y ait des circonstances si fâcheuses, qu’elles commandent qu’on suspende pour un temps, le plus court possible, l’exécution des canons antiques, et qu’on y substitue des remedea passagers, capables de sauver la religion en danger. On a vu quelquefois naître ces circonstances déplorables dans les siècles passes ; mais jamais elles ncfurentplus impérieuses qu'au moment où il parle. En conséquence , il ne veut pas qu'on «se laisse aller » avec trop de chaleur aux impres- » sions défavorables qu’inspire néces- » suirnnent ce qu’on appelle un eon- » cordât. Si jusqu'à présent aucun n’a » pu soutenir les regards de la justice et de » la piété; si ceux de Venise et de la » Germanie sont condamnables à plu- » sieurs égards ; si celui de Leon X et » de François 1 doit être marqué du » sceau d’une éternelle réprobation , s’en- » suit-il qu’il ne puisse pas en exister >• un seul vraiment utile, vraimeut » salutaire, ou, si vous le voulez, » moins funeste que les déchirements » et les calamites qui nous acca- >> blent?» 11 faudroit le suivre dans les objections qu’il se fait et les réponses qu il y donne. Un concordat est une brèche faite à la discipline sainte ; il a toujours été, de la part du pape, un acte d’oppression exercée sur TE-

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