VI DISCOURS
tan qui se disoit cire le Saint-Esprit. Ceux qui furent tenus ensuite, vers la fin du second siècle, furent sur la question de la Pàque et du bapleuie. Tertullien dit que dès ce temps -là, on tenoit des conciles dans l'Orient, particulièrement dans la Grèce, où toutes les églises d'une province se rassembloient en un nidme lieu pour traiter en commun des matières les plus importantes. Ce concours de tous les frères formnit une rcpr(>senlalion de tout le nom chrétien, qui en donnoit une idée grande et auguste. On commençnit ces assemblées par les prières et par les jeûnes pour attirer l'Espiit de Dieu sur les assistants '. Saint Cyprien fait mention de plusieurs conciles d'Afrique plus anciens que son temps : lui-même en a tenu plusieurs, et dit souvent qu'il en faut altendre l'occasion pour régler les affaires importantes de l'Eglise , comme la réconciliation de ceux qui étoient tombés dans la persécuiion ; mais il marque en même temps que les persécutions empechoient de les tenir, parce que les évc(jues et les prêtres étoient dispersés et cachés comme ceux qu'on cherchoil le plus. Il paroît que les évêques des diverses provinces , par le commerce des lettres qu'ils cntretenoient, tâchoient de suppléer à ce défaut, mais ils ne manquoicnt pas d'en tenir dans les intervalles paisibles : quelquefois même ils les assembloient de plusieurs provinces , comme les deux conciles d'Antioche contre Paul de Samosate
Ainsi quand la crainte des persécutions fut entièrement cessée, les conciles provinciaux se tinrent plus souvent et plus régulièrement , et on commença d'en tenir d'œcuinéniques , c'est-à-dire de toutes les églises du monde, pour des affaires extraordinaires et capitales à la religion.
C'étoit sans doute une grande consolation , non-seulement pour les moins habiles , mais aussi pour les plus éclairés , que de trouver dans les avis de tant de personnes consommées , qui se réunissoient ainsi , la résolution de leurs doutes. D'où l'on a droit d'inférer que si les conciles étoient entièrement abolis , ce qu'à Dieu ne plaise, il se glisseroit dans l'Eglise des abus qu'il seroit très-difficile de corriger. C'est pour cela que le concile de Laodicée ^ obligea les éveques de la province à venir à l'assemblée marquée par le métropolitain , et d'y venir pour instruire ou pour être intruits , étant dans l'obligation de communiquer leurs kimières s'ils en avoient assez pour éclairer les autres , ou à profiter de celles de leurs confrères , s'ils étoient moins habiles. Qubd non oporteat Episcopos ad Synodum vocatos .omnino contemnere, sed protinùs ire, et docere,
' Tert. (le Jejun. c. i3, pag. 711. — a Cnnc. Laod. c. ^0. Conc. Tom. l-
PRÉLIMINAIRE. vu
vel (liscere ea ipict ad correctionem Ecchsiœ , vel reîiquanim pertinent rerum : se ipsum verb qui contempserit , accusahit. La maxime étoit constante que la force des décisions et des ordonnances de l'Eqlise consiste dans le consentement des pasteurs, qui paroît si manifestement dans ces saintes assemblées.
Ce fut par la tenue des conciles que l'Eglise se conserva dans la pureté de sa foi, surtout pendant les trois premiers siècles, sous les empereurs païens ; et on peut dire que jamais elle ne fut plus florissante en toute sorte de vertus, qui est l'unique bien, selon la belle remarque de M. de Fleury ', que Jesus-Christ lui a promis en cette vie. Ce fui par l'exercice de cette autorité purement spirituelle, et dont elle faisoit usage, principalement dans les conciles, que l'Eglise combattit et réprima tant d'berésies qui s'élevèrent dans les premiers siècles, les nicolaïtes, les gnosliques , les ébionites , les valentinien5 , les encratiles , les marcionites : on emplova contre eux l'instruction , les conférences cbaritables et une fermeté invincible à n'avoir aucun commerce avec les incorrigibles , selon le précepte de saint Paul ^ .
La tenue des conciles provinciaux , dit le même bistorien , étoit comptée entre les pratiques ordinaires de la religion , à proportion comme la célébration du saint sacrifice tous les dimanches. Il n'y avoit que la violence des persécutions qui en interrompît le cours ; sitôt que les éveques se trouvoient en liberté , ils y revenoient comme au moyen le plus efficace d'entretenir la discipline.
En effet, Eusèbe^ compte entre les principaux efTets de la persécution de Licinius, d'avoir voulu les empêcher. Ce prince, qui employoit contre l'Eglise toute la rage du lion et tous les artifices du serpent , défendit aux éveques d'assembler des conciles , persuadé que c'étoit un moven capable d'éteindre la religion : Legc latâ prœcepit , ne episcopi uspiàm inhr se de iillà rc c onf errent , ncee lilli eonim in alferius Ecclesiam ventitare liceret , et Syiiodos ac concilia de communihus negotiis habere. Cet historien ajoute que si les éveques eussent obéi , toutes les règles de la discipline auroient été bientôt renversées . Si prœcepto panassent, ecchsiasticas concelU oportebat. JSeque enim majoris monienti controocrsiœ aliter quant jter Synodos componi possunt. Eusèbe ♦ remarque encore dans le mcme endroit que Constantin usoit d'une conduite bien différente. A'cr;i sacerdotes Dei, pacis et concordiœ mutuœ causa, in unum convocabat. Et il le représente comme tout appliqué à rendre à l'Eglise par
I Fleury, 3 Discours sur l'Hist. Eccl. — ^ TIt. lll. lO. — 5 Eus. fie vit. Toiist. Hb. I. c. 5ï. — '/ Itld.
VIII DISCOUKS
des conciles d'évêques dans diverses provinces, tout l'ordre et
toute la beauté que les persécutions lui aroient fait perdre. jEcc/«-
sî(t Dei prircipuh curam gercfis , ciiin pcr diocrsas provincias quidam, inter se dissenlirent , îpse velut coîtimunis owniiim episcopus à Deo constitutus , ministrorumD ci concilia con^regaQit^ .
On peut juger par les soins contraires de ces deux empereurs à défendre ou à procurer les conciles provinciaux , de quelle importance ils étoient pour la discipline de l'Eglise.
Turibius , évcque d'Astorga en Espagne, s'étant plaint à saint Léon dans une lettre qui est parmi celles de ce grand pape, que les conciles provinciaux avoient cessé de se tenir, et que ce désordre avoit été la cause de la corruption , non-seulement de la morale, mais encore de la doclrine et de la foi. Sainl Léon écrivit à cet évoque d'opposer à ces maux le remède des conciles, et ce saint pape nous apprend le jugement qu'il faisoit de ceux qui se tenoient cbaque année dans les provinces^, yld Synodum quisejuis fra/nim fucrit avocatus , occunat in qiiâ maxime constituendùm esse nooerit, quod ad disciplinam poterit ecclesiasticam pcrtinere : meliiis cnim culpa vitahititr, si inter sacerdotes Domini collatio fréquenter hahea~ tur. Le même pape écrivant aux évcques de Sicile, leur parle en ces termes^ : Romom fraterno concilio sociandi indissimuîanter occiirrant , quoniam adjuvante gratià Dci, fadlius poterit provideri , ut in
ecclesiis Christi nulla scandala, nulli nascantur errores Cano-
numque décréta apud omncs Dommi sacerdotes inciolata permaneant. Ce qui doit nous faire comprendre que la tenue des conciles étoit regardée comme l'appui de la discipline de l'Eglise.
Les Pères du concile de Calcédoine '^ té-moignèrent bien qu'ils etoient dans les mêmes sentiments , lorsque, pour rétablir l'usage des conciles provinciaux dans les lieux où ils conuiiençoient à s'interrompre, ils firent ce canon : Peroenit ad aures nostras qubd in procinciis statuta episcoporum concilia minime cclcbrcntur, et ex hoc plurima negligantur ecclesiasticarum causarum quœ corrcctione in- ■ligeant. Decrevit itaque sancta Synodus , secundum canones Pa/rum, bis in anno epi-scopos in idipsum in unaquâque provinciâ concenire quo metropolitanus autistes probavcrit , et corrigcre singula si quœ jortassis emerserint.
A l'égard des affaires dont on traitoit dans les conciles provinciaux , on voit que de toute antiquité ils ont jugé des matières de la loi , et condamné les hérésies Par le cinquième canon de TSicée,
I Eusel). de vit. Const. lib. L. c. 44- — ^ Ep. i5. p. a3i. — ^ Fp- 4- **• ^- V" 212. — ^ C. Cale. c. ig. Conc. Toin. 4* r- 777*
PRELIMINAIRE. ix
les Pères veulent que le concile provincial juge des raisons et de la justice des sentences des éveques et de toutes les autres affaires de pareille nature '. Ut communilcr omnibus simul episcopis prooinciœ congrcgatis discutiantur hajusinodi quœsiiones. ra TCirj.Z-:x çr.zru.r/.za.
Le vin£;tièine canon du concile d'Antioche, en ordonnant que les conciles provinciaux s'assemblent deux fois l'année, en marque les divers sujets : Propier utilHaies ecclesiasiicas et ahsolutiones earum rerum quœ dxibitaiioncm conïrocersiamgue rccipiunt , àf?!^- Çv)T&v,tJi£vuv dialuseis. Ce qui comprend toules les choses qui peuvent être examinées et qui le méritent.
Le dix-neuvième canon du concile de Calcédoine a une étendue aussi universelle' : Corrigere singula si quœ fortassis emerserint.
L'empereur Justinien, dans la cent trente-septième de ses nouvelles constitutions, est entré dans un détail plus particulier des affaires qui se traitoient dans ces sortes de conciles : Quo in loco, dit-il, motas litcs et inierpellationes , vel pro fide , vel canonicis quœstionibus , vel administratione rerum ecclesiasticarum , vel de episcopis et prœsbyteris , vel diaconis aut aliis clericis , vel de abbatibus , vel monachis , vel de accuratâ viiâ, vel de aliarum rerum correctione moQere quidem et agitari et concenienter examinari , et eorum correctionem secundiim sacros canones procedere et secundum no stras leges.
On recevoit dans les conciles provinciaux les plaintes de tout le monde , et même contre les évêques ^ : on les y jugeoit : on les y ordonnoit. Les Pères du concile d'Antioche, en 34i, ordonnèrent que les prêtres et les diacres assisteroient à ces conciles , et ils permirent à tous ceux qui avoient à faire des plaintes des évêques , de venir au concile, et ils voulurent que les évêques amenassent avec eux quelques prêtres et quelques diacres qui eussent de la capacité. In ipsis autem conciliis adsint prœsbyteri et diaconi et omnes qui se lœsos existimant , et synodi expcrientur examen'*.
Au-dessus de ces conciles, il n'y avoit point de tribunal, du moins ordinaire. On en tenoit aussi pour la dédicace des églises qui firent fréquentes sous l'empereur Constantin pour reparer les ruines de la persécution. La forme de tenir ces conciles est ddaillée dans le quatrième de Tolède.
Lorsque les conciles provinciaux avoient condamné quelque hérésie , les évêques, qui y avoient assisté, en avertissoient leurs
« C. Nicaen. can. 5. C. T. II. p. 4o. — 2 C. Calch. c. 19. Torn. IV. p. 777. •— 5 Fleuri , mœurs des chrc't. — ♦ C, Ant. can. SkO. C. T. II. p. ^79.