‹ Dictionnaire des conciles suivi d'une collection des canons les plus remarquablesChapitre 4 sur 257 · X DISCOURS · texte numérisé non relu

X DISCOURS

confrères par dés lettres circulaires , qui donnoient quelquefois occasion À de nouveaux conciles dans les provinces éloignées , ou que les évêques se conlcntoient de souscrire. Eusèbe ' marque que les montanistes furent condamnes dans plusieurs provinces d'Asie. L'affaire de la Pâque, sous le pape Victor, fut jugée dans plusieurs conciles provinciau.K, à Ronie, dans les Gaules, dans la Palestine, dans le Pont, dans l'Orshoëne. Les novaliens furent condamnés en divers conciles de Rome, d'Afrique et de presque toutes les provinces de l'empire '.

A l'égard du temps auquel les conciles provinciaux dévoient se tenir, on voit par les canons que ce devoit ^tre deux fois l'an. Le trentième canon apostolique contient cette disposition : Bis in atino fiât episcoponim synodus et qiiœstioncm inter se habeant de dogmatibiis pieiatis , atqiie incidentes ecclesiasticas controvcrsias dissolvant. Le cinquième canon de Nicée, dont l'autorité est encore plus grande, renouvela cet ancien usage, ou plutôt il le rendit plus régulier et plus constant — Placuit ut per singulas quasquc provincias bis in anno episcoporum concilia celebrentur. Le vingtième d'Antioche et le dix-neuvième de Calcédoine, que nous avons rapportés plus haut, contiennent la même disposition. Le concile de Nicée fixe le premier avant le carême, et le second en automne. Le concile d'Antioche marque le premier à la quatrième semaine après Pâques, et le second au i5 octobre.

On ne doit pas dissimuler qu'il y avoit des peines pour ceux qui s'abslenoient de se rendre au concile sans raison Icgllimc. Le concile de Laodicée^ déclare que si un évêque refuse de venir au concile de la province, on prendra son absence comme une preuve convaincante de sa mauvais, conduite, et conmie l'efTet d'une juste crainte d'être découvert : Se ipsum qui contcmpscrit , accusabit. Et ce concile n'a égard qu'à la maladie. Nisi forte per ccgriiudinem ire non possit.

Le cinquième concile de Carlhage*, dans le dixième canon, ne reçoit point d'autres excuses .ue celles de la maladie ou d'une grande vieillesse, ou d'une nécessité indispensable : Episcopi , qui neque cttate , neque aliquâ graviori necessiiate iwpediuntur, contpetenter occurrant ; et il veut que ceux qui ne pourront pas se trouver au concile écrivent leur excuse au bas de la lettre de convocation.

Les Pères du concile de Calcédoine* veulent que les évêques,

' Eus. L III. c. lO. — ï II.I.l. l. 5, c. 23, 1. 6, c. 43. — 3 C. Laod. can. 4o. r. T. I. pag. i5i3. — 1 C. C.irili. 5. can. lo. T. II. pag. 1217. — 5 C. Cale. i. 19.

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qui ne se trouveront pas au concile reçoivent une espèce de correction fraternelle de la part de leurs confrères .- Si in suâ incolumitate l'onsistunt , omnique inexcusahili et necessariâ occupatione probantur liheri , fraiCTTio corripiantur affectu. Les évêques de France prescrivirent aussi celte incnie correction, et ils y ajoutèrent la peine prescrite par le concile d'Afrique ', qui veut que Tévêque, qui se dispense d'aller au concile, avertisse le primat, sous peine d'un certain genre d'excommunication : Ecclesiœ siiœ communione deberc esse conientos. Car le concile d'Arles ^, parlant d'un évêque qui quitte le concile avant la clôture, dit ces paroles : Alienatum se à iratrum communione cognoscat , nec eum rccipi liceat , nisi in sequenti synodo fiierit absoMtus. Tel éloit l'esprit des anciens conciles. Aussi les conciles provinciaux ne furent jamais plus fréquents que dans les six premiers siècles.

Dans la suite, on se contenta d'assembler le concile provincial une fois l'année. Les raisons de la nécessité, de la résidence, de la pauvreté, forcèrent les éveques d'Espagne à se contenter d'un seul chaque année. Saint Grégoire le Grand ^ reconnoît qu'il peut y avoir des raisons légitimes de réduire le nombre des conciles provinciaux , mais il soutient , qu'étant aussi nécessaires qu'ils le sont à la discipline, il ne peut y en avoir de justes de les interrompre : Nejorth aliquâ impleri hoc nécessitas non permittat , semel tamen sine excusatione aliquâ decernimus congregari, ut expectatione concilii, nihil pravum , nihil prœswnatur iUicitiim..

Il paroît que les Grecs consentirent les premiers à la réduction des conciles provinciaux : car l'empereur Justinien , dans ses nouvelles constitutions laS et iSy, le concile in Trullo , dans le huitième canon , et le deuxième concile de Nicée , dans le sixième, se contentèrent d'un seul concile chaque année. Bien plus , le même empereur, dans sa nouvelle iSy, se plaint qu'ils avoient été interrompus.

Les conciles devinrent encore plus rares en Occident où la constitution de l'état temporel n'y étoit pas favorable, à cause des incursions des Barbares et des guerres entre les seigneurs. Mais ou se souvenoit toujours qu'on devoit les tenir, et on rappeloit souvent l'ordonnance du concile de Nicée *. Les papes en montroient l'exemple : ils tenoient ordinairement un concile en carême, et un autre au mois de novembre, comme on voit sous Léon IX,

' C. Carih. ut sup. — i C. Arelat. 2. c. ig. C. t. 4- pag- I0i3. — ^ S. Greg. Maj^n. lib g. Epist. io6. Toni. 11. pap . loio. — 4 FI. 3. Discours sur l'Hût. Eccl.

XII Discotas

Alexandre II el Grégoire VII. Ce dernier, loul jaloux qu"il élcit de son autorité, ne faisoit rien sans concile.

Des différentes sortes de conciles.

Les conciles reçoivent divers noms selon la qualité et le nombre des membres qui les composent. Un concile est appelé général lorsque tous les prélats de la chrétienté y assistent : on lui donne aussi le nom d'oecuménique du mol grec oiyÀÛTsiç, qui signifie la terre habitable. Les savants ne conviennent pas du nombre des conciles généraux ; les uns n'en comptent que dix-sept , d'autres en comptent jusqu'à vingt.

Par concile particulier on entend l'assemblée de plusieurs évêques convoqués par l'un d'entr'eux , et qui ait le pouvoir de le faire. On donne aussi le nom de plénier plenariutn aux conciles particuliers, auxquels ont assisté les évêques de toute une nation, ou seulement de toute une province, sur laquelle ils ont force de loi. On en a un exemple dans le code de l'église d'Afrique, où le concile de celle église est appelé universel. Le IV.' concile de Tolède s'appelle plénier, quoiqu'il ne s'y soit trouvé que des prélats espagnols et quelques éveques des Gaules.

Comme il y a trois sortes de personnes qui peuvent convoquer les évêques, savoir, le patriarche, le primat et le métropolitain , on peut distinguer trois sortes de conciles particuliers. Les patriarchaux , les primatiaux et les provinciaux.

Le concile provincial n'est autre chose que l'assemblée des évêques d'une province avec leur métropolitain. La plupart des conciles étoient des conciles provinciaux. Bien plus le concile pro- ▼incial , dans les premiers siècles de l'Eglise, étoit le tribunal ordinaire où se jugeoient toutes les affaires de l'Eglise, que l'on estimoit trop importantes pour être décidées par un seul évêque.

Les conciles nationaux sont les assemblées des évêques de toute une nation. Ils ont cela de propre que n'y ayant ordinairement aucun évêque de la nation qui ait juridiction sur tous les prélats de la même nation , ils ne peuvent être convoqués par aucun évêque en particulier, et on n'en peut faire la convocation que par ordre du prince .

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Quoique les synodes diocésains ne soient pas , à proprement parler des conciles , cependant c'est assez l'usage de les mettre au rang des conciles , parce que souvent ils ont décidé des controverses concernant la fol et les mœurs , et qu'ils ont fait des règlements de discipline.

Cette distinction de conciles est fort ancienne. Saint Augustin ' nous apprend , dans le second livre contre les donatistes , qu'il y a trois sortes de conciles. îpsa concilia quœ ptr singulas regiones , vcl provincias fiunt, pîenariorum concilionim auctoritati , guet fiunt ex unioerso orbe, chrisiiano , sine uUis ambagibus cedunt. Voilà les conciles que nous appelons généraux ou œcuméniques , ex unioerso orbe chrisiiano, paice qu'ils sont composés de tout le monde chrétien. a.° Les conciles nationaux, composés de tout un grand département, comme de toutes les Gaules, de toute l'Afrique, de loule l'Egypte , etc. , per singulas regiones. 3.° Les conciles provinciaux qui sont assemblés dans chaque province vel provincias , ou, comme s'expriment les canons grecs, Kaô' £xk<-co ÈTrapxtav. Le mêmePère* dit avec beaucoup de raison, que l'autorité des conciles n'est pas seulement très-respectée dans l'Eglise , mais aussi très-utile , quorum est in Ecclesià saluberrima auctnritas.

§ in

Sur le respect dû aux conciles. Combien il est utiU aux ecclésiastiques d'être raisonnablement versés dans cette étude.

Après l'Ecriture sainte nous n'avons point de monuments plus sacrés que les conciles généraux et particuliers. On avolt une telle vénération pour ces grandes assemblées, que dans l'Orient on a fait les fêtes des principaux conciles de l'Eglise. Ces fêtes ont été peu connues en Occident ; mais on a vu les six premiers conciles œcuméniques, et le septième même, célébrés solennellement tous les ans chez les Grecs et parmi les autres peuples qui suivent leur rit.

La sainteté et le nombre de ceux qui ont assisté à ces augustes assemblées en rendent les décisions plus respectables, toutes choses égales; quand elles ont été acceptées par l'Eglise universelle , elles ont encore plus d'autorité. Le respect qu'on doit avoir pour les

' Aug. 1. a. de Bapt. cont. Donat. cap 3. n. 4- — - Ep- 54- «• i-

Tiiv DISCOURS

conciles et leurs décrets n'empêche pas <le distinguer ce qui est essentiel de ce qui n'est qu'accessoire, et ce qui est du fond des mœurs d'avec ce qui n'est que de discipline ou de pure bienséance.

On peut tirer un secours infini de la connoissance des conciles pour établir ou pour affermir les fondements de notre foi , et pour ne point s'écarter des règles immuables de la tradition. Car i .° tous les articles de foi sont expliqués par les conciles généraux. 2.° On trouve la doctrine des mystères de la Trinité et de l'Incariialion exactement exposée dans le IP concile de Tolède; celle de l'Eglise et de ses propriétés dans celui de Sens ; celle de la grâce dans relui d'Orange: celle de l'état des hommes sauvés ou réprouvés d.ms le IV ' concile de Tolède , dans celui de Florence , outre les conciles généraux de Constantinople premier, et de Trente.

A l'égard des vérités de la foi contenues dans l'Ecriture sainte et reçues dans l'Eglise par la décision des apôtres , la décision d'un concile général doit fixer la créance des fidèles. Ainsi les définitions contenues dans les symboles ou dans leurs expositions , sont de foi quant à la chose définie ^ mais non pas toujours quant aux raisons de la définition parmi lesquelles il peut y en avoir qui ne sont pas de foi. Il en est de même des questions incidentes sur lesquelles on n'a point délibéré dans le concile.

Au reste, quoique les lois des conciles particuliers soient d'une autorité inférieure aux lois faites par les conciles généraux, néanmoins s'il arrive ' qu'elles leur soient contraires , il ne faut pas toujours préférer les lois des conciles généraux à celles des particuliers dans les matières de discipline : car s'il s'agit des églises représentées par les conciles particuliers , et que les besoins qui ont obUgé de déroger aux lois des généraux, en faveur de ces conciles subsistent encore, il est hors de doute qu'il faut préférer, en cette rencontre, les lois des particuliers à celles des généraux, au lieu que si ces besoins ont cessé, les lois des conciles particuliers ne doivent point être préférées à celles des généraux, parce que ceux-ci sont d'une plus grande autorité.

On ne doit pas s'attacher uniquement aux conciles des derniers temps, dans la pensée qu'ils renferment tout ce qui est contenu dans les anciens , et qu'on y trouve ce qui est de pratique à présent. Ceux des premiers siècles de l'Eglise ne sont pas moins dignes de notre attention et de notre respect : ils portent avec eux des caractères de majesté, de grandeur et d'onction , dignes de l'Esprit saint qui y assistoit. N'oubHons pas que le concile de Trente, le dernier

' Traité de l'étude des conciles.

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des conciles généraux, renferme d'excellents morceaux de l'ancienne discipline ecclésiastique, et des décrets de doctrine dignes des plus beaux jours de l'Eglise.

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