TOME V)I
porrigo favosa {favus urceolaris), de dépressions cenfiales en godets , mais des croûtes sèches , friables, qui se détachent par petites portions , et ressemblent à du mortier grossièrement brise , ou à du plâtre tombé des murs et sali par l'humidité et la poussière. Quelquefois la maladie , dans cet état, au lieu d'occuper ainsi toute la tôte, est bornée à une ou plusieurs de ses régions.») (Cazenave et Schedel, ouvr. cité, p. 270.)
Telles sont les deux formes que peut offrir le favus relativement à ses caractères extérieurs ; reprenons son histoire générale.
Marche , durée et terminaisons. Lorsque la maladie dure depuis long-temps , qu'elle est assez étendue , assez considérable, qu'elle a été négligée et entièrement abandonnée à elle-même, les patiens éprouvent ordinairement un malaise insupportable; ils sont surtout tourmentés d'une douleur tensive qu'ils ne parviennent à faire cesser , qu'en comprimant la tête avec les deux mains. « Dans d'autres cas, dit Alibert, ils sont tourmentés par un prurit véhément , à tel point que c'est pour eux une jouissance voluptueuse de s'écorcher la tête avec leurs ongles ; mais ensuite arrive une vive douleur , et les poux, qui pullulent en nombre incalculable sous les croûtes, viennent ajouter à ce genre de torture : toutes les cavités en sont pleines ; et la surface du cuir chevelu en est tellement infectée, que la masse entière des tubercules et de la peau semble agitée de leur mouvement. Sous ce couvercle horrible réside une sanie putride qui ronge les cheveux jusque dans leurs bulbes, qui consume le tissu muqueux voisin, qui menace jusqu'à la substance os seuse du crâne. Quelques malades sont en proie à des douleurs nocturnes ot atroces, quelques autres tombent dans une maigreur funeste qui arrête les progrès de leur développement... C'est alors qu'on voit des abcès se former dans le cuir chevelu ; on voit également survenir des engorgemens à la région cervicale et sous les aisselles, les oreilles s'enfient, parfois, et se tuméfient d'une manière monstrueuse , les paupières irritées sont muges et larmoyantes ; une odeur fiilide et repoussante s'exhale des incrusta' ions... Les au-
TEIGNE
('U'ii!< olicvonx tonibtiU (léraciiié^ , ceux «pii Us reiin>la(unt sont bhuu's , ll;i<(Hies, s'allongent.! \)v\nv ; leurs eouchi'ï» claires €t lines res>einl)lent à une iiialière lanui^ineuse. l/e>prit n'est aple à aucun travail intellectuel , le corps n'est proi)re à aucun exercice physique.» (Alibert, ouvr. cite, \). 495 et suiv.)
Les auteurs citent un grand nombre de cas fort remar>|uables d'arrêt de devcloi)pement occasionné par la teigne faveuse. Ain>i,Alibert a vu deux jeunes filles dont Tune as ait plus de seize ans, l'autre vingt; toutes deux paraissaient nVn avoir (pie dix à douze : elles se tiouvaient dans un état d'ainaigrisseuient de[)lorable, et chez «'lies aucune ombre de menstruation ne s'elait ( nco:e opérée. Il a vu aus>i un jeune huinine de vingt ans, alVecté depuis son enfance d'un lavns herétlitaire, n'offrir à cet âge aucun signe de puberté : ses j)arlies génitales étaient d'un très petit volinne, sans trace de poil-; sa voix claire roinine celle d "un enfant de douze ans, sa taille exiguë ,Ahberl, otivr. cilc^ p. 49i, 495). Mais le fait le j)lus curieux est, sans contredit, le suivant, rai)|ioite parM..M.ihon jeune ; il s'agit d'un peiilgar^'on de (juinze .ins ainige d'une éruption laveuse dont au- <'une inediode ne put le délivrer. « Au lieu d'être retenu dans une espèce d'enfance |)erpeti:elle, il a été, pour ainsi dire, lancé brusfpiement à l'antre extrémité de la vie : ses cheveux sont blancs, sa taille assez c'ievee a toute Ihibilude delà caducité; les rides profondes «pi'amenent les années sillonnent son vidage , et tous ceux qui lOnl vu l'ont i)ris d'abord j)our un jielit vieillard de soixante-dix ans »(iMahon jeune, oiiir. cite, p. 57 . Dansées cas raies ei [)our ainsi dire cxcepiioiuicls, les inibvidus Unissent assez souvent par sncfouiher dans le niara<me et au milieu des iilit'uomène-' ipii caracterisi-nt ini trouble profond de l'économie. ( f^. ci apre^ l'ali,Tlo:nie patl .jlogirpie.)
I.or.«Kpie la guvriion doit avoir lit u, les croules se détachent, lofnbent et cessent d'être remplacées par de nouvedi s incrustaliiins, la peau reprend peu à peu ses caractères normaux, le suintement irhoreiix diminue et se laril. On nid Irs bullu'S pdif' res desciievenx ont rie deiruils,
étendue. « Lorsiiu* nous avons guéri la ni.iladi»', dit 31. Mahon , les cheveux , qui étaient sim[)lement devenus jaun.âtres ou lanugineux, se reproduisent ensuite avec leur couleur et leur vigueur primitives; il n'en est pas de même lorsque le favus les a rendus gris ou blancs , ils restent tels même après leur régénération. » {Ouvr.
citè^ p. 39.)
Anatomie pathologique. Siège de Vêlement faveux. Plusieurs auteurs ont d'après les Anglais, et à l'imitation des auteurs anciens, regarde le point de départ du favus comme une pustule très petite, enchâssée dan» l'epiderme, et dont lo pus est promptement converti en matière dure, croûteuse , oITrant les caractères que nous lui avons signalés. Mais, d'après des recherches plus modernes, il paraît bien démontré qu'il n'y a pas de pusudes, et (pie d'emblée le petit point jaune cjepi ime que l'on observe est une incrustation solide. Déjà plusieurs auteurs avaient placé le siège du grain faveux élémentaire dans les follicules sébacés, d'autres dans les bulbes môme des poils; les intéressantes observations de M. liaudelocque, médecin à l'iu^pilal des Knfans, nous paraissent avoir démontré que le siège anatomi(jue était bien réellement les follicules de la peau, mais seulement \es follicules pilif ires, {/ievue médicale^ octobre 1851 , et à la suite du Trailè sur la maladie scrofuleuxc, p. 534 et suiv.; Paris, 1854.)
Le follicule distendu par l'accumulation de la matière faveuse concrétee , donne à celle-ci cette disposition particuhere déprimée au centre (au niveau de l'oritice du kyste) et arrondie à la base (pn est encliAssee dans le derme. Le i)lan de cet ouvrage et la longueur déjà trop considérable de cet article nous interdisent de plus ami)les developpemens sur ce sujet.
/■:ial des divers tisi,us. Lorsrpie l'on enlevé les tubercules faveux, et que ceuxci avaient acquis un certain volume ; « outre les excavations lenticulaires imprimées par la forme de leurs bases arrondies sur le corps reliculaire , on aperçoit de petits |)nints rongc.itres qui présentent à l'œil lapparence des grains de la (i;îue : ce
i! en nsul'e une calvitie pins ou m «ins ' sont évidemment les sommités des bour
TEIGNE
geons sanguins qui sont mis à découvert à l'endroit le plus profond de renfoncement causé par les follicules distendus.
Cette ressemblance a probablement donné lieu à la dénomination de tinea ficosa » (Mahon, oiivr. cité^ p. il). Alibert ayant eu l'occasion de faire Taulopsie de quelques individus morts des suites du favus, il a pu constater les lésions suivantes. « En général , le derme est rouge et le tissu réticulaire souvent ulcéré ; la peau se trouve fendillée , excoriée partout où il y a des plaques faveuses, mais la maladie dans ses progrès porte surtout son activité pernicieuse sur les ganglions lymphatiques du mésentère: on trouve quelquefois des chapelets de glandes endurcies dans toute la région cervicale. Les os deviennent d'une friabilité extrême, et le moindre effort peut les briser. Je procédai, il y a quelques années, à une autopsie cadavérique... nous constatâmes que le tissu osseux avait été singulièrement altéré par cette diaihèse morbide. Les os pariétaux ainsi que Tos frontal , soumis à une ébullilion prolongée, avaient acquis beaucoup d'épaisseur; leur lame externe était enlevée , et le tissu spongieux se trouvait à découvert » ( ouvr. cité, p. 500). Dans d'autres cas on a trouvé de remarquables atrophies des différens viscères ; dans un cas que rapporte l'auteur que nous venons de citer, la rate avait à peine le volume d'une fève {ibid. ^ p. 495). Il est encore un accident que nous ne pouvons passer sous silence : c'est l'ai* tération qui survient quelquefois aux ongles, et qui a été notée par plusieurs observateurs ; par Pinel à la Salpêtrière, Murray deGœttingue, Alibert, Mahon, etc. Cette lésion consiste dans une hypertrophie de l'ongle, qui devient épais, rugueux, inégal, s'allonge, et même prend quelquefois un aspect branchu tout-à fait remarquable; sa couleur est devenue jaunâtre, une sensibilité inaccoutumée s'en empare: et, dans quelques cas, on a cru remarquer qu'en les coupant il en sortait une humeur analogue à celle qui sort de dessous les croûtes faveuses.
Diagnostic' Les détails minutieux dans lesquels nous sommes entrés sur les différens caractères du favus, nous dispensent d'insister beaucoup sur le diag-
nostic différentiel de cette affection. Le mode d'éruption , la forme particulière des croûtes, la contagion , etc. , sont autant de circonstances qui empêcheront de confondre le favus avec les pseudo-teignes , même avec la teigne granulée, la seule qui puisse amener quelque méprise quand les croûtes faveuses sont desséchées et brisées. Mais, dans ce cas, on fera tomber les incrustations avec des cataplasmes, et la reproduction des croûtes jaunes, déprimées, ne laissera aucun doute sur la nature du mal.
Pronostic. Alors même que le favus n'est pas profondément invétéré dans l'économie, qu'il n'a pas donné une atteinte mortelle à la constitution , comme nous en avons cité des exemples , il n'en est pas moins une affection fort grave, à cause de la durée ordinairement très longue de la maladie, et de son opiniâtreté à résister à tous les moyens qu'on lui oppose. Quand la maladie guérit spontanément, c'est ordinairement à l'époque de la puberté que ce mouvement favorable s'accomplit. Des complications assez graves peuvent déterminer une issue funeste; ainsi, on a vu l'extension de Tirritatioii extérieure jusque dans l'intérieur du crâne donner lieu à une méningite ou à une hydrocéphale mortelle. D'un autre côté , il faut se mettre en garde contre les rétropulsions brusques ; les auteurs s'accordent pour reconnaître qu'elles peuvent déterminer des accidens très redoutables du côté des viscères. Il faudrait donc, si pareille chose arrivait, se hâter de rappeler l'éruption au moyen de l'inoculation, c'est ce qui a réussi à M. Lhomme dans un cas cité par Alibert.
Guérie dans l'enfance, la teigne peut encore reparaître dans l'âge adulte, si les causes qui ont présidé à son développement, la misère, la malpropreté, etc., mais surtout la contagion viennent à replacer le sujet dans les conditions favorables à la production de la maladie.
Traitement. Il consiste dans des soins de propreté, un traitement local et un traitement général.
1° Soins hygiéniques. « Il faut commencer, avant tout, par les soins de propreté : ainsi on coupera les cheveux très courts, ou mieux on les rasera ; on fera
TEIGNE
tomber les croules, et Ton aura soin de laver la surface avec une décoction éinollienle (ju'on lemplacera de temps en temps par de l'eau de j?avon. Ces moyens, tout simples qu'ils paraissent, sont des auxiliaires sans contredit tr<s utiles et même indispensables dans la plupart des traitemens externes bien dirigés; c'est à eux qu'il faut attribuer, sans le moindre doute , certaines cures dont on a rapporte tout Ibonneur à une médication au moins inutile, aux vésicaloires, parexemi)le, que Ton ap[)lifHiait aux bras en même temps: méthode de traitement, du reste, qui remonte à une é[)oque déjà fort éloignée, puisqu'on la trouve décrite dans Taniieu journal de Vandermonde » ( Cazenave et Scliedel, ouvr. cilé^ p. 263). Ajoutons que ^I. Alibert assure avoir guéri plusieurs fois des favus récens à l'aide de simples bains mucilagineux et émolliens secondés d'un régime rafraîchissant.
ti" Traitement local. On se propose plusieurs buts : 1" dépouiller la tête de cheveux qui ( dit-il ) nuisent à la guérison ; 2" modifier les [)ro[)rietes vitales des tissus altérés.
a. Épllation. Nous ne parlerons pas ici du barbai e traitement de la calotte , il est aujourd'hui justement banni de la thérapruli<iue; d'autres ont conseillé d'arracher un à un tous les cheveux avec des pinces : ce moyen n'est pas sans douleur, surtout dans les parties ou les cheveux ont conserve leur vigueur normale ; il exige beaucoup de temps , aussi n'a-t-il guère été mis en usnge si ce n'e-t, peut-être, en Angleterre. On doit préférera ces moyi ns les poudres ou |)()nui)ades é[>ilatoires dont voici quehpies formules.
i:pilaloire de l'IencU. Prenez chaux vive , i"-i onces (570 granunes) ; amidon , lu onces (510 grammes); sulfure jaune d'ar>enic, 1 once (50 grammes) : réduisez en poudre liiie <]ue Pou ron\ertit en pâte claire avec sudisanle quantité d'eau. Cette pAte est aj»pliquee sur les parties <jue l'on veut dégarnir de poiU. La présence de l'arsenic et son activité doivent engager le praii<'ieii à employer cette pré()aration avec beaucoup de (»rudence.
Méthode ëpiialoire des fi <rcs Mnlmn.
Voici cominent :\I. Rayer a rendu eouipte de celte méthode. •< Sui" tous les points ou
la teigne faveuse s'est développée , on fait tous les deux jours des onctions avec une I)omm;ide épilaloire composée de saindoux et d'une poudre n° 1. Ces onctions doivent être continuées pendant un mois et demi ou deux mois, selon que la maladie est plus ou moins invétérée ; les jours où l'on ne met pas de pommade on passe à plusieurs reprises un peigne fin dans les cheveux , qui se détachent sans douleur. Après quinze jours de ces pansemens , on sème dans les cheveux , une fois par semaine , quelques pincées d'une poudre épilatoire n» 2. Le lendemain on passe lo peigne dans les cheveux sur les points malades , et on y pratique de nouvelles onctions avec la i)()mmade épilaloire; on continue ainsi pendant un mois ou un mois et demi. On remplace alors la première pommade épilatoire par une seconde faite de 4 onces de saindoux et une poudre n' 5 , avec laquelle on pratique également des onctions sur les points affectés, pendant quinze jours ou un mois, suivant la graviie de la maladie ; après ce terme on ne fait plus (ronctitjus <pie deux fois par semaine, jusqu'à ce (jue les rougeurs de la peau soient entièrement disparues: les jours où l'on ne fait pas usage de la l)omma(le on peigne les malades une ou deux fois en vingt-quatre heuies;en ayant soin de ne pas trop appuyer le i)eigiie , qu'on imprègne de saindoux et d'huile. » La pommade employée par IMM. ^lahon est un secret de famille; cependant , d'après !M. Chevallier, qui en a fait l'analyse, elle devrait son activité à la soude et à la chaux éteinte (|ui s'y trouvent en quantité à peu près égale.
La méthode des frères Mahon est sans contredit celle (pii comi)le le plus de .succès en sa faveur; le traitement des teigneux leur est confie dans plusieurs hôpitaux de Paris et de province, et les résultais de leur priùicpie sont réellement adnùrables : mais reussissenl-ils toujours ? Non , s.uis doute.
h. Mayvns topiques qui modifient la vxtalitc. Ici se rangent les pommades sulfureuse , ioduro-sulfurcuse, au calomel , le< (louches sulfureuses , etc. dont il a été tiiil de fois question «i propos du traiteiiieiil des diirereiiles e-peces de dartres ; \>armi ce-» dillerenles [ireparalions , celle
THNDDNS
qui consista a combiner 1 ii 2 grammes d'iodiire de soufre» avec 30 grammes d'axonge est une de celles qui réussissent le mieux. La pommade alcaline d'Alibert, composée de 1 2 grammes de soude d'Alicante et de sulfure de polasse j)ulvérisé , mélangés avec 90 grammes d'axonge, est très souvent employée. On l'applique tous les jours ou tous les deux jours sur la tète dont les cheveux ont été rasés et les croûtes ramollies par des cataplasmes. Souvent aussi on se sert de la poudre sous forme sèche et pulvérulente, car on présume que le corps gras arrête son action jusqu'à un certain point. M. Baudeîocque a conseillé de cautériser les surfaces malades, immédiatement après la chute des croûtes, avec Tazotate dargent. Il a obtenu quelques succès par ce procédé.
TEM)0\S (Maladies des). \° Inflammation. Quelquefois à la suite des plaies, des contusions, des tumeurs blanches des articulations, on voit les tendons se nnnollir, perdre leur consistance , se désorganiser et s'échapper avec le pus sous forme de lambeaux; il y a, en un mot, exfoliation. Doit-on attribuer ce phénomène à l'inflammation? L'anatomie normale et l'anatomie pathologique écarteraient cette opinion, car il n'y a que tr«s peu de ramifîcntions vasculaires dans les tendons , et encore celles-ci appartiennent-elles au tissu cellulaire qui les enveloppe ; et dans ce que nous appelons l'indammation des tendons on n'observé point la vascularisation abondante qui caractérise l'inflammation dans les autres tissus. Mais comment doiton caractériser cette affection ? Rien ne prouve que les phénomènes morbides soient limités au tissu cellulaire inter-fibrillaire et à la gaîne des tendons. Quoiqu'un grand nombre d'auteurs soient disposés à contester le caractère inflammatoire de cette lésion des parties ribreuses,nous croyons que ce n'est point à un autre cadre nosologique (ju'appartient l'altération dont nous venons de parler. Kn effet, la vitalité du tissu tendineux est très faible, bien plus faible que partout ailleurs : les caractères de l'inflammation doivent donc différer essentiellement de ceux qu'on observe dans les autres tissus . D ailleurs les phénomènes de réunion que l'on observe dans les sections tendineuses ne laissent aucundoutesurlavitahté de ce tissu.
T, VII
Plaies et ruptures. Les tendons peuvent être divisés complètement et incomplétem(!nt.
Lorsque la division est complète, les deux bouts s'éloignent de manière à laisser entre eux un intervalle plus ou moins considérable. Cet écartement est dû à la contraction du muscle qui s'attache au tendon, lequel, en vertu de sa propriété rétractile, entraîne avec lui l'extrémité qui s'y attache. D'un autre côté, le muscle antagoniste entraîne inévitablement la partie en sens opposé, de telle sorte que la partie privée de son tendon se trouve pour ainsi dire frappée de paralysie : ainsi, si c'est un tendon fléchisseur, le membre restera dans 1 extension ; il restera étendu si le tendon fléchisseur a été divisé.
Les phénomènes qui accompagnent les plaies des tendons varient selon que les plaies sont exposées à l'air ou à l'abri de son contact.
Si la solution de continuité est au fond d'une plaie contuse ou d'une plaie qui n'a pas été réunie par première intention, les deux bouts de tendons restent d'abord pâles, décolorés au fond de la plaie ; plus tard ils s'enflamment, s'exfolient, ou bien se couvrent de bourgeons charnus qui se réunissent avec ceux qui se sont développés sur les organes environnants. Dans cette circonstance la solution de continuité s'est réunie par seconde intention : tout est confondu, tissu cellulaire, aponévrose, tendon, vaisseau. Toutes ces parties se réunissent a la peau ou au tissu inodulaire qui la remplace. Dans ces cas le muscle a perdu ses fonctions, et quelquefois une difformité est produite par les antagonistes qui entraînent et maintiennent la partie dans une situation anormale.
Quelquefois malgré la réunion immédiate des tissus extérieurs, il arrive qu'une suppuration profonde se manifeste au fond de la plaie ; il en résulte le même travail et à peu près le même danger. Cependant la suppuration peut se borner à la gaîne du tendon ; alors les tendons reprennent au bout d'un temps plus ou moins long la faculté de glisser et de se mouvoir.
Lorsque la plaie est à l'abri du contact de l'air, s'il ne survient pas de suppuration, ce qui arrive dans la plupart des cas, les phénomènes sont tout à fait différents. Si
IhNDUNS
les bouts de tendons aont paifaitenient en i résultai plus satislaisanl en abandonnant contact, ils se réunissent par première in- la cicatrisation à la nature, plaçant toutetcnlion : si au contraire les deux bouts sont ! fois la i)arliedans la position la moins déécartés , ils se réunissent à laide dune | favorable i)Ossible. Ce résultat, dis-je, serait substance molle, gélatineuse, (jui , avec le meilleur que celui que l'on obtiendrait en temps, devient plus résistante et |)ren(l > faisant une incision à la peau en allant cherlappareiice libreu^e (pii se confond avec cher le tendon pour en réunir les deux bouts le tendon en formant un noyau qui disj)a- par la suture.
rait au bout de (;uel(jue temps. LorsipTil ! Rien nest moins certain, en eiïet, que la
existe un ecartemenl de jilusieurs lignes, réussite des sutures des tendons, et Ton au-
entre les deux bouts, il se forme un épan- 1 rait déplus à craindre leur exfoliation, tant
cliement de <im<f!: ou de lymphe pla^liijue. à cause de leur contiict avec des corps
r,ct épanchement s organise, les matières étrangers, (pià cause de faction de l'air
lirjuides ou colorantes sont peu à peu ab- . qui s'introduirait dans la plaie ; et d'ailleurs
sorbées , la fibrine se durcit cl se soude , il est presque toujours possible de mettre
aux deux bouts du tendon (ju elle enve- ' en contact par la position les deux bouts
lo|)pc à la manière d une virole : il en ré- I d un tendon . dans les cas où leur impor-
sulte une portion nou\elle de tendon (jui j lance est telle, cpie leur réunion immédiate
«ijoute à la longueur du tendon divisé. (Ve.-t , est indispensable.
ainsi (jue les choses se passent à la suite Nous verrons, en décrivant la ténotomie,
i\vi^ opérations de ténonotoniie. '■ (pie l'on prati<pie la section des tendons à
D'autres fois les deux bouts de tendons j l'ellet de rétablir dans leur rectitude des
se cicatrisent isolément, ils sont comme parties déviées. Dans ces circonstances, la
perdus dans le tissu cellulaire; laction des | position et les bandages doivent être appli-
inuscles correspondants est complètement i cpiés non pas pour rapprocher les extrémi-
abolie. 1 tés lendineusis, mais bien pour ramener
La division inconijjlete des tendons n'est les i)arties dans la position ({u'elles desuivie (pie d'un ('cartement très fail)le; la . vraient occu|)(;r normalement . On conçoit réunion imuanliate peut avoir lieu sans ac- (pie la force, loin de ra[)procher les lunils des cident ni primitif ni consécutif : cej)endant ; tendons, les écarte, cette lésion j)eut être suivie i}c> accidents 1" PosiUon. Le membre sera placé dans <pie nousa\ons signal('*s plus haut. , la position tpii favorise le mieux le rappro-
Trailemenl. Les ()ansenuints et les opé- chement desdeux bouts. Dans la flexion, si
rations (pie n(''C(»s.>iitent les phiies et les un tendon fléchisseur a été divisé : dans
ruptures des tendons varient : selon (pi il y a ou (pi il n'y a point de jilaieà la |)eau : .^elon qn il r>t ou qu'il n'est j)as jiossible dOblenir un conlact parfait à l'aide des
l'extension , si la .-olution de continuité a porlé sur le tendon d'un muscle extenseur. Des attelles de bois ou de carton, un appareil inam(»vible remplissent très bien Tin-
l)andages : selon (|im', parla po.--ilion (|u il dicalion. Les bandages unissant des plaies
i>cnq)con \v> fonctions (pi il remplit, le tendon a hesoin ou non de relrouNcr sa position |M'imili\i'.
L(,'.-^mo5(Mi>.-«p<''(ial(Miienl conseillés sont : la position, les IxnithKjcs et la sulurc.
en travers . unis à l'extension , dimimienl l'écartement (pii existe dans la rupliin» du Icndtin (lu dioil anl('Mieur de la cuis>e ou du lii<e|)s brachial. Ces appar(>ils resteront on place de vingt a vingt-cinq jours, a()rès
La suture est formellement contrcvindi- ' (juoi on permettra au malade de faire (piel-
quee lor.»<ju il n'existe pas deplaieà la peau: j ques mouvements.
et quand bien même il existerait une jilaie 2" Sulurc. Lorsque l'on \(>ut pr.ili-
iuix téguments, on ne [)rati(|uerait la suture ' (juer la suture d'un tendon , si la plaie a
(|uo dans les cas ou la délicat(>r-e et la mul- i été fail(^ |)ar un instrument tranchant , on
tiplicité des mouviMuenls constituent la J»eut réunir immédiatement , sans aucune
fonction principale du membre. Si l'on ne : 0|)ération préalable. Si la plaie est conluse
pouvait obtenir un contact parfait a l'aide ' (>t accom|iagnéed'écrasement , il est prudent
d un bandage, et s'il n exi.'-tait \u\> dcî plaie ! de re,>é(pierlesdeuxl>oul>du tendon. On sai-
au\ téguments, il y aurait lien despererun ' ^il a\ccdespincesiicnK:het le Ixuit supérieur
TKNOlOMlIv
du tendon caché en général assez profondément sous les Icguments , on le rapproche (lu bout inférieur, e( à l'aide d'aiguilles en 1er de lance légèrement courbes a leur pointe , on les maintient en contact. Le nombre des points de suture est subordoimé à la largeur du tendon. On peut employer la suture simple et la suture entortillée. M. Velpeau préfère la première.
Les fds se détaciient en général avec lenteur ; il ne faut cependant exercer sur eux aucune traction, on doit les laisser tomber spontanément.
Le repos absolu sera recommandé au malade. On prescrira en même temps un régime sévère, et le traitement antiphlogistique sera destiné à combattre l'inilammation.
« Le plus souvent on réunit par la suture le tendon même qui a été coupé, mais on a quelquefois procédé dune autre manière. Dans un cas cité par M. Missa, par exemple , le tendon exteufeur du médius avait été coupé sur le dos de la main et avait en même temps éprouvé une perte de substance telle, qu'on ne pouvait pas mettre ses deux bouts en contact. Alors ce chirurgien eut l'idée de réunir par la suture le bout supérieur au tendon voisin de l'iîidicateur, et le bout digital au tendon de l'annulaire. Cette opération ingénieuse eut pour résultat de rendre au médius ses m.ouvements, qui dès lors lui furent transmis par le tendon d'un doigt voisin. Mais évidemment ce moyen ne devrait être mis en usage que dans le cas où il y aurait perte de substance. )) (A. Bérard, Diction, de méd. en 30 vol., t. XXIX, p. 381.)
TÉiXOTOMIi:. de tevwv, tendon, et de TOfjtta, victime, ou m.ieux de xip.\w, je coupe. La majorité des chirurgiens ont depuis quelques années désigné sous ce jiom la section d'un tendon, d'un muscle, d'une aponévrose , d'un ligament. Quelques uns , parmi lesquels nous citerons plus particulièrement M. J, Guérin, ont consacré à ces dernières opérations les noms de myotomie , syndesmotoniie , aponévrotomie. M. Sedillot a proposé dans le môme but le mot dlujpodermatomie. M. Dieffenbach et M. Phillips ont employé le nom seul de lénulumic souscuUmée pour indi- (jucr rcnseinble de ces opérations.
i. Té.notomu; kn gknékal. « Quoique moderne en apparence, la ténotomie date cependant déjà de loin ; la Hollande en a pour ain^i dire été le berceau. Tulpius (i6il), le premier qui en parle, mentionne Isacius Miiiius connue l'ayant prati(iuée. Il paraît, du reste, (pic Sol(;ngen la pratiquait aussi dans le xvii* siècle. Meckren, Ronkhuysen. dont Heistor cite les observations, étaient également allés, avec Blasius, Tenhaaf et Cheselden, sur les traces de Minius et de Tuli)ius. » Velpeau, Méd. opn-., 2-édit., t. I, p. o85.)
« Les dangers de la ténotomie, dit l'auteur (jue nous venons de citer, étaient tellement grands aux yeux de la plupart des j)raticiens, que, malgré de tels essais, la ténotomie tomba dans un oubli complet.
Un mémoire publié par de La Sourdièrese termine encore ainsi : on doit donc èviler la section des tendons. La sensibilité de ces organes , maintenue par Boerhaave, expli(|ue du reste la timidité des chirurgiens à cet égard. Aussi faut-il arriver jusqu'à 1782 pour retrouver de nouveaux exemples de ténotomie. Lorentz, qui, au dire de Thélénius, la pratiqua à cette époque, ne fut imité qu'imparfaitement par Michaélis. Celui-ci ne voulait effectivement inciser le tendon que partiellement, et se défend d'en avoir effectué la section complète. On est étonné que Sartorius, qui la mit en pratique en 1 8 1 2 , ne soit pas encore parvenu à naturaliser la ténotomie en Allemagne. » [Ouv. cit., p. 535.)
Alors, dit M. d'Ammon, « on oublia de nouveau la ténotomie, ou, pour mieux dire, on ne lui accorda pas l'attention convenable. Dix ans plus tard, en 1823, un chirurgien français, Delpech, la mit de nouveau en pratique. Malgré les travaux de cet habile chirurgien, elle tomba encore dans l'oubli. » (D'Ammon, De physiologia tcnotomiœ. Introd.) Vient enfin M. Stromeyer qui publie des observations , fait connaître les expériences auxquelles il s'est livré avec le vétérinaire Gunther, et la ténotomie renaît pour ne plus mourir. En effet, les faits de M. Dieffenbach, puis ceux de MM. Syme, Little, Duval, J. Guérin Bouvier, Slœss, etc., remplissent nos journaux, font retentir les académies et les auiphithéàtres. Une opération qui a pour elle de nombreux succès et des preneurs
t^:notomie.
IîmImIis i;e peut être oubliée: elle est iie- (]uise à la science >^ (Vidal, de Casï^is , Traité de pathol. exf . t II. p ii9 ) . Après cette rcNue rapide des principales origines de la ténotomie, il est inipnrliint de rochercher quel a été le but et quelles ont été les idées qui ont dirigé h*s chirurgiens dans la i)r<i tique de cette opération. Si nous nous livrons à cette tâche, un premier point de vue vient nous fiai)[ier. c'est que le caractère essentiel de la j^reniière époque de la ténotomie est purement empirique et mécani(pie ; le< chiruririens, qui se bornaient la plupart a la section du tendon d'Achille, à laquelle quchpies uns jo!;inaient la section du sterno-cléido-mastoïdien, agissaient dans le but de détruire l'obstacle au redressement du pied ou de la tète que les faisceaux accusaient jiar leur saillie « Dans cette préoccupation exclusive pour l'opération ainsi bornée, dit M. Guérin, il n'était venu à Tidé;^ de personne de rech(»rcher quelle pouvait ôtre la nature du raccourcissement des tondons trop courts, fie remonter à la cause du raccourcissement. On re2:ardait cette question comme oiseuse, ou plutôt on n'y jxmisail pas. Les uns. comme M. Stromeyer, n'en avaient dit mot, les autres avaient parlé incidemuHMit d'atrophie du muscle, d'arrêt de développement, de retrait consécutif h une position vicieiise du fœtus; mais |i('isoiii!e n'a\;iit donné scicMunuMit la si;j:nilicalion du fait, et l'insouciance et l'i.LMiorance où Ton était à l'éirard du jtoinl de science s'accordaient parfaiteuienl avcH' la routiiu» de l;i Italique : car. d(>j>onr\ ue 'qu'étiiit celle dert'icre do toute indicnlinn êtiologique rationnelle , elle ne f;iis;iit que ce qu'on avait l'ail et reliait ain<i |iar(pi('>e dms le mémo ccrc le depuis deux cents ans. » (.1. Guérin, Hi'mnrfjucs prilim. mir le Imité des drrint ilr l'ép. par In sert, df's muscles .^'«ances de l'Académie (\('< sciences.)
« Examinons en général l'histoire de la lénolomio, dit M Amédéo I.îitour S'il nous fallait apprécier la j>art (juont eue au dév<'lo[)pement de cette méthode MM. Stromever et OielTonbach. nous dirions (pie le premier n'a fait (juexécuter avec plus d'habileté opératoire et de |>r6ci- ^ion, et remettre en honfieur une opération isolée, déjà connue, mais pratiquée par
lui el après lui . de même qu a\ant lui . comme moyen empirique borné à un seul tendon , sans point de départ rationnel et sans applications générales. C'est là qu en sont restés ensuite les chirurgiens en répétant cette même opération. M. Dieffenbach, il est vrai, a fait un grand nombre de sections de tendons et de muscles; mais il partage l'honneur de ces applications avec une foule de chirurgiens français et étrangers. Ce qu'il importe de fixer, c'est le véritable point de départ de la constitution scientifique de la méthode et de l'établissement des principes (pii ont inspiré, provoqué et démontré la nécessité de toutes ces ap|)lications. Or celte tliéorieet cette pratique sont aulhentiquement françaises et appartiennent de droit il M. .1. Guérin. » [Gaz. des mctl prat., mai I 8i0.)
En effet, pour asseoir la ténotomie sur des bases exactes , il fallait remonter à l'origine de toutes les difformités; ce fut M. Guérin, conduit par les travaux qu'il (Mitr(»prit pour répondre aux formes du ni'ogr.iuime |>ro|>osé pour le grand prix de l'inslilul de France, ipii crut entrevoir une cause générale aux difformités congéniales du système osseux, el fut conduit par celte idée à généraliser lemploi de la ténotomie comme moyen à leur opposer.
« Ouant aux opérations ténotomi(iues (jui ont conduit à I élabli.-^sement scientili(pie de cette méthode, ou qui en ont été la con.>é(pience plus ou moins direi'ti! . I;i chirurgie française peut se glorilier il une masse de faits qui, s'il s'agit du nombre el de la \ariélé, ne redoutent aucune comparaison. Il suf'lit de rapp(*ler les noms de Delpech , Dupuytren , de MM l^iuvier . Duval , Stress. Velpeau . .SiMres, IMandin. J. Guérin. Mais, encore une fois, il ne s'agit pas ici de statistique, mais de lOrigine et des j)rincipes de la lénotouue, et nous .^^oinmes fondés à dire que ce n est ni a Berlin ni autre part en Allemairne rpie celle belle méthode chirurgicale a élé inventée, systématisée el scientirMpiement démontrée, n [Gaz. des med /in//., loc cil.)
Il Mr'THf)nFs »t pnocj-nr? oi-Énvroi- I.a ténotomie comprend dfux