‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiques (volume 2)Chapitre 51 sur 143 · SCIE · texte numérisé non relu

SCIE

avec succès, et Ton peut dire qu'il réussit au inoins dans la moitié des cas; la tliéra[)euti(|uea donc en lui une ressource ])recieuse. I/analyse des observations de ]\I. :\Iartinot fera mieux apprécier son eflet et les résultats de son emploi , bien (pie ces chiffres comprennent quelijues autres névralgies, en petit nombre, il est vrai. « t^in- 71 nevraljj'ies sciaticpies, 5S ont été guéries , savoir : 5 par les frictions et les autres par Tusagc inlerne; i<), (jui suspendirent trop vite leur traitement , soiiî;i{:ées ; 5 ne retirèrent aucune amélioration.

» Sur ces 71 névralgies , 40 étaient aiguës, dont 54 guéries, o soulagées, et 1 sans auielioration ; 31 étaient chroniques, dont 24 Ruéries, 5 soulagées, et 4 sans amélioration.

» Sur ces 71, 55 avaient résisté à divers traitement:; de ces 55, il y eut 2.> guéries, 4 soulagées et 4 sans amélioration.

» Sur les 58 guérisons , 54 le furent en moins de six jours , 22 en moins de douze, et 5 du vingt- liuilieme au quarante-cinquième.

» L\i(lmini>tration de la térébenthine présente encore les particularités suivan- Ics : sur 21 sujets, développement de chaleur dans le trajet du nerf, 19 guérisons; sur 18, chaleur à l'estomac; 5 vomirent par une trop forte dose (8 grammes en une fuis), 5 eurent de la diarrhée , 1 des phlyctenes à la bouche, o curent une augmentation de sécrétion urinaire , 4 de la slrangurie , 10 eurent de la sueur générale, 2 du prurit , 1 de Tivrcsse. » {Oui\ cité.)

Médicament divers. Nous ne parlerons (|ue i)our mémoire de diverses substances tour à tour employées et rejetées, tels sont riiydro-chlorale d'ammoniaque, de nombreux eu)pl.itres spéciaux , l'acuijunclure, le galvanisme , Telectricité, le calomel , le gayac , la douce-amère , le soufre , l'aconit , le quinquina , etc., etc. Leur enicacile, dans les cas dont il s'agit, est plus (piincerlaine.

SCJL, snra. Instrument dont on se sert pour diviser les parties osseuses ; il est d'un usage très fréquent pour les opérations chirurgicales cl les ouvertures eadavericpies : de la de nombreuses modifications qui ont été tour a tour apporlccs

à sa fabrication, et qu'il importe aux praticiens de connaître.

1" Scies dites à amputation. Elles sont connues depuis fort long- temps : trois pièces les composent, ce sont le manche, l'arbre et le feuillet ou tranchant. Celles que Ton emploie pour les amputations des grandes divisions des membres, ont environ 50 centimètres de longueur; on en a diminué les proportions pour les amputations des doigts, des orteils, des métacar- ])ienset des métatarsiens. Celles que Ton labri(iue aujourd'hui présentent un tranchant à double voie de dents, et leur lame a ravantjtge de pouvoir être tournée de manière à agir soit perpendiculairement , soit parallèlement à l'horizon.

« Pour faire agir la scie après l'avoir suflisamment tendue, on porte le pouce de la main gauche et le bout de l'ongle sur l'os (jue l'on veut scier, et dans l'endroit où l'on veut le couper , puis on approche la scie ; alors on la pousse légèrement et doucement en avant, puis on tire à soi de même, ce que l'on continue avec la même légèreté et la même douceur, jusfju'à ce que sa voie soit bien manjuée. Pour assurer la marche de l'instrument, le chirurgien doit api)uyer le bras contre le corps ; dès que la scie a marqué sa voie, on ôtc le pouce de la main gauche de Pendroit où il était posé , et Ton enq)oigne alors le membre à couper , ce qui sert connne de point d"a[)[)ui , il faut alors sciera grinids coups et ne pas trop appuyer. » [Diction, des se. méd., t. l, p. IGO.)

Scies en couteau. Elles ont les formes de rinslrument dont elles portent le nom, et sont plus ou moins grandes. On eu a fait a fermoir ; M. Merat a proposé un modèle de ce genre pour les travaux anatomi<iues.

Scies en crctc de coq , en rondachc.

Le nom de ces scies indique leurs formes varices, elles servent pour les travaux anatomiqucs, pour les resections des petits os, etc.

Scie à chaîne .^ ou de Jeffrey. Cet instrument, d'une utilité fort grande en chirurgie , se conqiose d'une suite de chainons denticulcs , terminés par un manche tran^^versal ou en [loignee. Lorstpj'on veut l'utiliser ou enlevé »ine des poignées, on la remplace par une aiguille courbe , et

SCILI.K.

une fols que Tos est contourné on enlève l'aiguille pour replacer la [)oiguée. Un mouvement alternatif de va-et-vieni sufïit pour faire mordre cette scie, à laciuelle on peut donner un fort petit volume.

Scies composées. On a fabriqué des instrumens très compliqués agissant à la manière de la scie et destinés à être utilisés pour les résections et les cas dans lesquels on doit opérer au milieu des chairs , sur une petite surface d'os , etc. ; ce sont les scies ostéotomes , les scies à résection, les scies à molette , etc. Parmi ces instrumens nous citerons 1" la scie de M. Heine , qui offre un mécanisme très compliqué ; nous dirons seulement qu'elle consiste en une scie à chaînons tournant à manivelle sur deux roues dentées placées à chaque extrémité d'une lame métallique, et représentant ainsi la chaîne sans fin de Yaucanson;2'' hsciedeStromeyer., formée d'un levier articulé qui met en mouvement une lame articulée qui rentre dans le manche de l'instrument; 3» la scie de M. Leguillou qui , le premier , a réalisé le système des engrenages à molette , et a donné l'idée des instrumens analogues {Acad. de médec, 1834} ; 4° les scies de Graëfe, de Scheverdz, etc.; S^la scie de MM. Thompson et Charrier e^ qui ont fabriqué leur instrument sur les principes posés par M. Leguillou, et y ont de plus ajouté les entailles de la scie dite de Machell qui facilitent la mise en mouvement de la molette ; 6° la scie à molette de M. Martin, qui est à la fois à molette et à trépan ; 7° enfin la scie de M. Sanson qui , aux yeux des praticiens , doit l'emporter sur toutes celles que nous venons de citer : en effet , pouvant être utilisée dans les mêmes circonstances que tuus ces inslrumens,elle a sur la plupart d'entre eux les avantages incontestables d'un mécanisme plus simple , et [)artant plus solide ; de pouvoir être mise en mouvement soit par le chirurgien , soit par son aide ; de pouvoir être démontée et nettoyée avec la plus grande facilité , tandis que les autres réclament les secours du fabricant; enfin d'être d'un prix accessible aux praticiens , tandis que quelques-uns de ces instrumens, si compliqués et si fragiles, sont d'un prix très élevé.

SGILLE {scUla maritima, Lin.), delà

fiiinillc (les lili.'icdcs, licxandric mono^yaic, Lin., plarilo (pii croll ^u^ les pl.ij^cs sablonneuses d(! l'Océan el lie la ^Méditerranée. Ori n'emploie en médecine que son bulbe ou oignon.

Selon I\I. Tilloy, la scille contient, un principe piquant Ires fnijace, une substanco très àcrc et anière (sciUiiine), de la résine, de la gomme, du citrate de ctiaux, une matière sucrée et une matière grasse. La scillitinc est blanche, transparenlc, d'une cassuro résineuse, déliquescente à l'air et se ramollit au feu.

La scille fraîche a une odeur vive et irritante, une saveur acre et fortement amère , qui persiste long-temps; les émanations qui s'en échappent piquent les yeux et l'intérieur du nez ; son ûcrelé est telle, qu'elle cause des rougeurs et des démangeaisons auv doigts si on la manie long-tem[>s; appliquée sur la peau, elle produit une rubéfaction très marquée. Par la dessiccation elle devient inodore, perd de son ùcreté , mais conserve toute son amertume.

On distingue deux ordres d'effets après son administration : 1" il en est qui tiennent à l'impression immédiate de cette substance sur la surface de l'estomac et des intestins; tels sont une sensation pénible dans la région épigastrique, la perte de l'ajjpétit, des nausées, des coliques, des vomissemens, des déjections alvines, etc. : 2° la scille cause d'autres phénomènes qui paraissent dus à l'absorption de ses molécules stimulantes, à leur pénétration danslesorganesde la circulation; telle est l'activité imprimée à la sécrétion urinaire : on a vu l'usage de cette substance déterminer la strangurie, rendre les urines scnguinolentes : telle est aussi la propriété expectorante de cette plante , propriété qui procède souvent de l'impression que les molécules absorbées portent sur le tissu même des poumons. M. Giacomini regarde la scill« comme douée d'une vertu hyposthénisante cardiaco-vasculaire, et, suivant lui. les propriétés diverses qud les auteurs lui attribuent, savoir , la diurétique, l'expectorante, l'émétique, etc., ne sont que des efîets secondaires et subordonnés à son action primitive. {Trad. de ta pharmacologie, p. 182.)

A haute dose, elle devient fortement toxique, et iM. Orfiia a conlinné les dangers de son administration par des expériences directes. 75 gram. de son bulbe ont fait périr un chien en une heure et demie , après de notables clï'orts de vomissement empêché par la ligature de l'œsophage. Le cœur battait violemment, les pupilles étaient dilatées, les inspirations profondes, etc. Un autre péril; aussi avec des convulsions, etc. On ne trouva aucune altération dans le canal intestinal : le cœur était très distendu par un sang noir; les poumons étaient sains. 11 conclut de ses expériencus, loque les clÏGl": meurtriers de la

scille (k^pendent principalement de son r.bsorptioii et de l'.iclion qu'elle exerce sur le sy>tcme nerveux ; :2" que les poumons ne |)résenlenl point de lésion (u^aniipie , et ijue l'acoélt'r;iiion de la rcs[)iralion p..rall tenir à iinlluenee nerveuse ; 5° que cependant elle détermine une irritation locale, d'autant plus éneruique que la mort tarde plus à survenir; 4'^ (prclle excite le plus souvent des nausées et (les vomisscmens. [Traité des poisons , 3« édil., t. II, p. tiO^.)

Dans certains catarrhes chroniques, h la lin de (juclques pneumonies , dans [tiusieurs variétés d'asthme humiile, dans l'iidillration pulmonaire, etc., la scille aide h débarrasser le |)()um()tï. Aussi e«;t-ce dans ces cas divers un des niédicamens les |)lus employés et avec le plus de succès; à petites doses ré|)élées en auf:m«'nlant, cette puissance incisive de la scille la fait é^'alement conseiller dans les enporuemens, les obstructions, lessquirrhescomnicriçans.eic. On a appliipié au catarrhe de la vessie, de l'urètre, eic, l'emploi de la scdle. J.a propriété diurétiijue de la scille la rend nu des moyens le plus fré(iuennnent usités dans les hydropisies; elle est de beaucoup i)iéférable aux drasticjues. Toutes les fois que Vaccu'nulation séreuse ne tient {»as à un vice or^ani(jue indestructible, la scille le dissi()e. Dans la leuco-pble-'nnsie. l'asciie, Ihydrotbora\. etc.. on l'emploie l'réquenunent, sinon toujours avec un succès cotuplct . du nioitis eonstamment avec soulagement du malade.

C'est ordinairement par les urines (lue se Aident I.-s amas séreux : cependant Quarin , A'aii Su ieten, iiome, etc., ont vu rendre des (piantiies eonsiilérab'.es d'eau par le vomissement, et arriver |)ar cette voie la solution de riiydropisie. (Aléral et Delens, Didioti. de thrrnp., t. VI, p. ii.'iO.)

D'ailleurs, l'emploi de cette substance est rontre-inditiué dans les cas de lièvre, d'inflaminalion, d'excilaliondts preniicres voies, de douleuis vives , etc. 11 est bon aussi de s'en abstenir chez les sujets irritables et très nerveux.

l.a scille est (im^biuprois administrée ^n poudre , on en donne a!i)rs "i à 10 cenliizr.im. en dt'iix heures. Sou extrait e>t rarement u>ilé. H par.U cepcn ianl (jue, du temps de Sloll, on en faisait uu lrè> rié(|urnl u>aLM' ; la dose «^tait de 2% à .*in millijiram. On prépirp .ivcc la scille un vinaipre cpii, seul, est rmplo\é. Le \iiiainre .«•cillili(|ue ne doit |»as <^:re employé vieux , car il se trouble el se dé<i"npose l.icilemcnt , ainsi cpie raobNeiv('' :NÎ. I*'anihe. Ce vinai;zre sert pariiculicremr'nt à préparer un oxym(<l (pii e>l la préparation scilliliqtic la plus employée : en donne rel oxymel , ainsi (|ue le vin j-cilIUiciue , depuis H ju'(pi"à I"» uranunt'S et n.énie plus. (Di-sîandes. Dicl. de und. cl de c/iir. prat., l. \iv p. "(i-i.)

SCLÉROTIQUE

également un écoulement urinnire plus abondant. C'est le docteur Chiarenti qui parait aN(»ir fait connaître le |)remier ce mode d'emiiloi : un chien , qu'il avait frotté avec une pommade composée de poudre de scilla et de suc Gastrique, rendit une quantité pro- (iii;ieuse d'urine , ce tpie Brera vérilia liienlôt après sur un homme atteint d'asciie. Depuis cette épocjue, les essais des médecins italiens ont été rréquemmenl répétés en France , et avec le même succès. C/est surtout dans les leucoplilei^masies qu'on em- [iloie la scille en frictions, parce (pi'ellc a^^il plus directement de cette manière (|ue dans les hydropisies enkystées. ( Diction, des se. VK'd., t. L , p. -2()T>.)

On allie parfois la scille avec la digitale : cette union est surtout convenable dans les maladies de cœur, où l'activité de la eirculation est réprimée par cette dernière jdante ^propriété (|ui a été aussi attribuée à la scille), surtout s'il y a dys|)née, élouflement, etc., sympirtmes fré(|uemmenl dus ;v 1 iiililtration (lu tissu pulmonaire. M!M. Demanfzeoii et Comte ont proposé, d'après Grepori d'I'dimbour? , de l'unir au n)ercure doux (jui la rend plus diuretupie , et encore |)lus désobstruante ; ."M. iJerlrand l'associe à l'.Tihiops martial pour combattre plus ellicacement les hydropisies atoni(|ues. On l'unit à l'ipécacuanha , à l'tipium , au savon médicinal , h la troiiitJie ammoi:ia(pie , au niire , etc., suivant le but (|u'on se propose. Lnlin , on la combine nwv (i<'s aromates , tels (pie la cannelle, le };inizembre, la serpentaire, etc., pour cmiiècher qu'elle ait une action vomitive, etc.

SCLLKOTIQUr: (maladies fie la).

Inflammation (.«;c!ero!ile), La scléroliqiie participe souvent aux i)li!(i^O''es de la c^onjoiiciive , ainsi qu'à celles de l'iris et de la choroïde.

11 est doiiletix que la sclérolile dérriie par (|iielqiie.s ailleurs existe coinine iiiie maladie isolée; il n'est pa'^ non pins (l(Miii)iilr(' (pie Celle nialadie se r.ittaclie e(m>lauuneiit a r.irtion de cuises liininalisniaies, aiii^i (] l'oii l'a itretemln.

La sclcrolilc c.-t tar.iiM primitive , tnnli)l eon>^eeiiiive, c'e^t a-dire (pTclIe i)eiit se déclarer priniiiiveinenl dans la sclérotique, on bien n'iiHapier relie nieinbrane (pie par extension di' la pli'ngose d»' la euriiee, de la conjonctive, de la choroïde, etcî. elle existe constannnent reunie à d'anires

plilo^'oses ociilaires iii'('rne<< on externes. I,

.es caractères de h selerotite ne sont pis loiijoms bien evi lens, par la rai->on

que

les vaisseaux de la .scliiridi ]ne m)!!!

Adimnijlrée en frictions, la scille procure très lins et piofon Jcinent places. Il (st

SCI.ÈROTÏQUE.

dci oculisles qui croient qu'il y a solcrotile louirs les fois que le malade offre fie la photopliobie saus rougeur appatf'iite à la conjonctive, ni altération morbide de IMris ; ce diagnostic eàt purement hypothétique.

Lorsque la maladie est aiguë , assez intense pour se montrer visiblement à l'extérieur, ses caractères ne sont jamais très distincts, par la raison qu'elle n'existe jamais à l'élat simple ; aussi l'a-t-on souvent confondue avec d'autres ophlhalmies. Cette circonstance explique pourquoi les auteurs sont loin de s'accorder s!jr les véritables caractères de la sclcrotite. Il résulte cependant d'un résumé fait par IVl. Kognetta des descriptions de plusieurs auteurs , qu'on pourrait assigner les caractères suivans à rinflamniation de la sclérotiipie.

yé. Physiques. Injection générale. Il ne faiit pas s'attendre à trouver dans la sclérotitc une rougeur aussi prononcée que dans la conjonctivite. Les vaisseaux de la sclérotique n'étant qu'en peut nombre , surtout en arrière, l'injection n'est ordinairement que rare, à peine ou pas visible quelquefois, et ne se manifeste clairement, lorsqu'elle existe, qu'en avant, dans son cercle péricornéal. L'injection a ceci de parliciilier , d'abord qu'elle est profonde, évidemment au-dessous de la conjonctive formée de vaisseaux fort petits , marchant parallèlement d'arrière en avant , avec très peu d'anastomoses visibles, et fixes, c'est-à-dire ne se plissant pas dans les mouvemens du globe comme ceux de la conjonctive.

Ctrcle vasculaire péricornéal. C'est en avant que l'injection sclérotidale est la plus manifeste : c'est là en tllet que les vaisseaux existent en plus grand nombre, ou sont plus superficiels à cause du peu d'épaisseur de la sclérotique ; ils s'offrent sous la forme d'une zone ou d'un cercle à r.iyoïis fins et presque [)arallèles autour de la circonférence de la cornée. Ce cercle radié est placé au-dessous de la coujonciive et ressemble à la couronne de certaines (leurs; Fa largeur est variable d'un quart de ligne à deux lignes, selon l'iiitensiié de la maladie; il est éloigné d'iiii quart de ligne à une demi ligne ou plus du bord pénphériiiue d<^ la cornée. Ce cercle est toujours plus large, lorsque

la sclérotique se trouve compliquée d'i' ritis.

A l'injection fine dont nous venons de parler se joignent quelques troncs vasculaires assez gros , de forme légèrement flexueuse , qui marchent sur le blanc de l'œil et se dirigent vers la cornée.

Couleur. Ce caractère se rapporte et à l'inieclion et à la sclérotile elle-même. La couleur des vaisseaux est d'un rouge tanicH pAle, tantôt foncé tendant au violet. Cela tient à la manière dont les vaisseaux réfléchissent la lumière. La couleur de la scléroli(jue est ordinairement un peu mate, tendant vers le jaune ou l'opalin, quelquefois elle est bleuâtre. En général , la sclérotique commence par jierdre son satiné , ce qui produit un cliangement remarquable dans l'expression des traits de la physionomie.

Symptômes divrrs. La sclérotite n'existant pas seule le plus souvent , il faut s'attendre à la trouver accompagnée de dilîérens symptômes, selon l'espèce de complication. Aussi y trouvons-nous souvent en même temps les caractères de conjonctivite, de kératite, d'iritis, de choroïdite, etc. Ces complications seront faciles à saisir d'après les idées exposées dans les chapitres qui les concernent.

B. Physiologiques. Photophobie. On s'épuise en conjectures pour expliquer la photophobie qui accompagne la sclerotife. On n'a pas songé que dans les ophthalmies de quelque intensité, la rétine participe à rinflamniation ; mais il y a dans la sclérotite une autre source d'irritation pour la rétine , c'est le nerf optique dont la gaîne se continue avec la sclérotique.

Aussi la photophobie est-elle très-grande en général dans celte maladie. A cette circonstance se rattachent Tépiphora et le blépharo-spasme.L'ophthalmoscopie n'est, en conséquence , pas toujours facile dans celte Hlfection.

Douleur. Les douleurs sontlégères dans le début, mais elles peuvent, par la suite, devenir poignantes ; elles s'irradient dans l'orbite , au front , à la tempe , et quelquefois aussi dans toute la moitié correspondante de la tète. Le malade éprouve ui;e sorte dr3 sentiment de plénitude dans l'organe, comme si l'orbite était trop petit pour le Gon'enir. Ces douleurs tiennent-

SCLÉROTIQUE

elles à la difficulté qu'éprouve le tissu de la scleroliiiuc à s'i'paiiouir , ainsi (jue le prétend .Middleniore , ou bien à la coexistence d'une irritation sur le périoste de la région correspondante? L'une et l'autre cause peuvent y contribuer , mais c'est probablement de l'irritation du nerf oi)ticjue et (les lilets du ganglion oplithalniique que ces douleurs dépendent en grande partie.

Troullc visuel. Xccrahjîes. La vision est plus ou moins altérée, non seulement à cause de la pliotopliobie , mais encore d'une sorte de faiblesse ambliopiiiue (pie la rétine éprouve, faiblesse due probablement à l'irritation des filets du ganglion oplitlialmiiiue. Des névralgies faciales existent ausïi (pielijuefois du côté corres^jondant à la selérolite.

Jièact'wn conslilutionndlc. Si la selérolite est intense, elle ne maïKiue pas de produire de la fièvre, de l'insomnie , de l'inappétence et les autres sym[)tùines indi(iués à l'occasion des conjonctivites aiguës.

On se demande maintenant à quels signes on peut distinguer la selérolite rhu- Ui.ili^male de la selérolite essentielle. A entendre certains oculistes, la chose est claire comme le jo\u' ; mais, ix coup sûr , ils s'abusent. Il y a certes des c.is où la nature de la maladie peut éire devince facilement , d'après les symiitôuics généraux du limm.iti-me ipie le malade présente; lior- cette circonstance, le diaguoslic ne pre^enle rien de M'ir. .MiddUinore dit (pi'on peut [)resuiner que la sclerotile est rhumatismale :

1" Quand la zone vasculaire péricorliéale est [)eu prononcée;

2" Quand le mal passe allcrnalivement d'iMi (cil à l'autre.

3" Quand les douleurs augmentent le soir , el qu'elb-s sont accompagnées de névralgie faciale ;

A" Quand l'œdcme e^t considérable, et que le mal cxi>tc en hiver. ."Mais on conçoit sans peine le i»cu de fondement de ces caractères di.siinclifs , p\iis(pron les rencontre aussi dans la ^-clcrolite la plus simi)le. Ce n'est jIduc cpTcn ayant égard a l'ctat geneial de r()rgani>me (pi'on [)eut {•Ire autorise à dire (pie le mal (sl plnlùt de telle nature que de telle autre.

C. Ter:minaisons. rxèsolulion. Comme beaucoup d'autres ophthalmies, celle dont il s'agit peut se terminer par la resolution. Cette résolution, cependant, n'est pas toujours franche, quelquefois elle laisse une certaine irritation cpii prédispose aux récidives.

Maladies secondaires. Assez souvent c'est une sorle de faiblesse ambliopique (|ui se convertit ensuite en amaurose.

LcMsijue h selérolite se prolonge chronicpienK nt dans la gaine du nerf opticjue , il se fait quelquefois un épanchement dans son intérieur (pii comprime et alro[)hie la pul()e de ce nerf; de là une amaurose incurable. Cette cause d'amaurose est beaucoup plus fréipienle qu'on ne le croit.

D'autres fois c'est une espèce de ramollissement chronique , et (|ui donne lieu à une seleratocèle consécutive (sta[)hylôme). Dans d'autres occasions, c'est un épanchement hydropi(|ue formé à la face postérieure delà sclérotitpie. 11 y a une sorte de pannus fort grave qu'on appelle rhumatiipuî , et dont la formation se rattache aune héralo sclèrotidite. Nous ne comprenons pas dans celle catégorie , bien entendu, les terminaisons des maladies (|ui peuvent comijlijuer la sclerotile. Faisons, en attendant, remar(]uer que la phlogose de la scleioTupie se conuimnique volontiers à la cornée , et même quehjuefois à toutes les membranes de l'ceil, de maiiière à se convertir en phlegmon oculaire.

Nous avons donné cette définition de la sclerotile résumée des recherches de la l)lupart des ophthalmologistes étrangers, pour faiie connaître les travaux et les opinions de ces auteurs sur ce sujet. Disons maintenant (juc plusieurs chirurgiens fr.uirais, à rexenq)le de !M. Velpeau , en nient l'existence. «< La sclerotile, dit-il, admise jiar (pn-bjucs oi)hlhalmoI()gisles , cl en p u-lieulier par les ophlh.ilmologi-tes allemande sous le nom &ophlhalmic rliumallsinalCy est une maladie tjue je crois devoir rejeter du cadre nosologicpie , car, sui\anl moi, elle n'existe pas. Les symptômes (|u'on lui a attribues ne se rapportaient point à sa lésion, luais bien d celle de la cornée ou de liris. L'idée (pii a pousï-e certains ophthalmologistes à créer une iclérolilc ou uns alfeclion rhuinati»-

SCLÉROTIQUE

malo de la sclérotiffue s'explique aisément. Ils ont été conduits par Panalogie à admettre que, puisque le tissu (ibreux est le siège ordinaire du rhumatisme, la sclérotique, qui est constituée entièrement par lui , pouvait et devait être le siège de cette lésion à rœil ; ils l'admettent même comme étant très fréquente. Tout me prouve que la sclérotite est une maladie imaginaire qui doit être rejetée du cadre ophthalmologique jusqu'à ce que des observations plus concluantes en aient démontré la réalité. » (Velpeau, Leçons de clin, chirur., t. i, p. 135.)

Les causes de la sclérotite sont les mêmes que celles de la kératite ; on compte cependant plus particulièrement les blessures, le rhumatisme, la scrofule, la goutte et la syphilis. Travers a observé plusieurs fois la maladie chez des individus atteints de blennorrhagie.

Le pronostic est en général grave , puisque le mal se termine fort souvent par Tamaurose ; cette gravité cependant est variable, selon l'intensité et les complications de la maladie.

Le traitement est le même que celui des autres ophthalmies intenses. Tout le traitement doit viser d'abord à abattre la photophobie ; pour cela , rien de mieux que les saignées du bras, la poudre de feuilles de belladone parla bouche, les friclions de pommade mercurielle belladonisée autour de l'orbite. Ce premier point gagné, le traitement rentre alors dans les principes de la médication anli-ophthalmique ordinaire.

Tumeurs. Sclératocèles. Plusieurs espèces de tumeurs se forment dans la sclérotique ; tels sont les végétations sarcomateuses, les kystes, les staphylômes. Nous avons traité ailleurs des deux premiers groupes de maladies ( F. Conjoxctive); il ne nous reste qu'à parler du dernier, c'est-à-dire des staphylômes.

Le slaphylôme de la sclérotique peut être défini une tumeur de volume varia- Lie depuis la tète d'une épingle jusqu'à celui d'une noisette ou d'une demi-noix, formée à la partie antérieure ou postérieure de la membrane du même nom. Toutes les fois qu'un point de la coque sclérotidienne est affaibli, aminci ou ramolli par une cause quelconque 5 que sa résistance

est moindre en un mot que dans le reste de son étendue, il s'y fait une proéminence, une saillie , une tumeur de volume progressif. Il existe un autre mode de formation du staphylôme en (juestion , c'est par épaississement circonscrit, par liy|)ertrophie partielle de la sclérotique ; mais cela est fort rare. Pour cxpliiiuer la formation la plus fréquente du staphylôme, Demours se servait d'une comparaison très judicieuse. Raclez, disait-il, une vessie de bœuf sur un point , de manière à enlever un morceau de la tunique externe ; remplissez-la ensuite d'air, et vous verrez une petite saillie se former sur ce point comme une véritable tumeur superposée à la sphère. Faites qu'un point de la sclérotique soit blessé, ramolli par une inflammation, etc., et vous verrez le staphylôme se former sur cette partie. Sous le rapport du siège, le staphylôme de la sclérotique offre deux variétés importantes ; l'un est antérieur, l'autre est postérieur. Le premier, sur le blanc de l'œil, est visible, appréciable à l'œil nu comme celui de la sclérotique; le second, sur l'hémisphère postérieur, à côté de l'insertion du nerf optique, est caché dans l'orbite. Il y a cette différence entre le staphylôme de la cornée et celui de la sclérotique , c'est que ce dernier ne dépasse jamais l'enceinte palpébrale, la tumeur restant presque toujours couverte par la paupière supérieure. Quelquefois cependant le staphylôme de la sclérotique s'étend sur la cornée , devenue elle-même staphylomateuse ; alors la tum.eur peut offrir un volume considérable : M. Middlemore prétend même que la sclérotique tout entière est staphylomateuse quelquefois, ce qui doit être fort rare.

11 y a des auteurs qui divisent le staphylôme de la sclérotique en graniforme, annulaire et globuleux; cette division ne peut se rapporter qu'à la forme de la tumeur, ce qui n'a aucune importance pratique. Ajoutons enfin que, comme celui de la cornée , le staphylôme de la sclérotique peut être compliqué d'hydrophthalmie ou d'autres lésions graves. Les dissections anatomiques de ces sortes de tumeurs ont montré que la sclérotique était amincie sur le point saillant, et que a face interne était doublée par la cho-

SCLÉROTIQUE

roïde ; laquelle était quelquefois épaissie, mais dans tons les cas était la can>e de la coloration Mené que présente le slaphylônie : la rétine elle - niénie était souvent résorbée sur ce point , ce qui rend compte de l'aniaurose qui accompagne constamment la maladie.

Qiichpies exceptions existent à cette règle.^

« J'ai eu l'occasion d'examiner un on deux yeux atteints de slaphylôme de la sclérotique ; dans le ineinier, le stapliylùme était gros, de couleur noire à sa b<sc, mais non à son sommet. La sclérotique ctait aUcniu-e dans ce c^< , mais non au degré d'une feuille de papier à écrire, comme dans le cas observe parScarpa. La choroïde élait étalée sur la face interne de sa base; mais elle avait été absorbée ainsi (\UQ la rétine vers le creux de la tumeur qui rcfiondait à son sommet. Dans le second exeni|)le il existait plusieurs |)eliles tumeurs staphylomateuses qui olTraient une série graduée de petites nodosités noires; la plus petite avait le volume d'un petit pois, la plus grosse celui d'une petite noix. Je présume que c'est cette maladie que >1. Travers a décrite connue une aifcclion maligne. Dans ce cas, la choroïde et la rctine ont été parfaitement disséquées : elles redoublaient la face interne de la tumeur; la sclérotique était amincie sur ce point, mais elle ne présentait aucune autre altération. Ku conséquence, la coloration bleuâtre que présentent les staphyh^mes de la sclérotique «lepend de raminrissement de celte mcml)ranc , (jui laisse voir la choroïde placée derrière , et le manque «le cette coloration au sommet d(^ la uiéiuc tumeur dépend de ral'*:orptir)ii de la choroïde sur ce point. »> (.Middieniore, Discases of the cyc, t. I. p. .^77.)

Le s!afihyl«')me postérieur a été signale parScarpa la première fois, puis par .Monleggia, qui eu ont rencontre chacun un exemple sur la cad.ivie prestjue accirlenlellemenl ; car, à l'exception de l'amauro^e, ces yeu\ n'aviiient rien lucsente de remarquahle durant la vie.

Ayant f.ut extirper un (cil du cadavre d'une fenune âgée de (piarante ans, dans le hiit de le soumettre a des r«cherches analomifpies, Scar[»a a trouvé par lia?urd

que cet œil était staphylomaleux dans son hémisphère postérieur. Cet œil présentait une forme ovale et plus de volume (pie l'œil sain : on voyait sur l'hémisphère postérieur, en dehors de l'entrée du nerf optique, une tumeur oblongue, grosse comme une petite noix. La cornée et les humeurs de l'œil conservaient toute leur transparence, et permettaient de voir au fond de l'organe une clarté brillante due au passage de la lumière à travers la sclérotique amincie, dans le point occupé par la tumeur. Après avoir |)longe Themisphére postérieur de l'œil dans de l'espril-de-vinmélé de quehjues gouttes d'acide nilri(pie, [)our donner à la rétine plus de consistance et d'opacité , je vis distinctement, dit Scaipa , (pie cette membrane ne se prolongeait pas dans la cavité du staphylôme; (jue , dans le même point, la choroïde décolorée n'olfrait pas,comnje dans l'état sain, un élégant reseau de capillaires sanguins ; enfin que la sclérotique était amincie au sommet de la tiuneur, au point d'égaler à peine l'épaisseur dune feuille de papier à écrire. La femme à (pii cet d'il avait apjKU'tenu était depuis quel- (jues années amauroticpie de ce c(Ue ; la cécité avait été la conséquence d'une o[)hthalmie rebelle et de violentes douleurs de tète.

L'observation de INIonteggia , relati\e au staphyh'>me postérieur, n'est pas moins remar(]uahle. il s'agit d'un œil extrait également par hasard du cadavre d'une femme âgée de trente-cinq ans; il était, connue le précédent, oblong et plus volumineux (pie son congénère. Le staphylôme correspondait à la |)artie externe de l'enlree du nerf optitpie : le corps vitré était en deli(iuesc( nce ; capsule crisl.illiue gorgée d'un lluide blanch.lire , cristallin atrojthie: la letine ne se piolongeait pas dans la cavité de la tumeur, qui était exchisivement formée par la sclérotique et la choroïde; ces deux membranes étaient, dans ce point, amincies et perme.ibles à la humère. Il est remarfiuable, dit Scar|)a, (pie, dans rnii connue dans l'autre cas, le sta|)hv!(>ine de la sclérotique correspondait au C(')lé externe de l'entrée du nerf optiipie. Notons, en attendant, encoïc ici le même ctat de la rétine, (pii ne se prolongeait pas dans la tumeur, tandis que

SCLÉROTIQUE

la clioroïflr, an contraire, s'était laissée épanouir et ainiiicir en même temps que la sclérotique. 11 résulte de cette dernière condition, que la tumeur sclérolidale doit présenter une couleur plus ou moins noirâtre par suite de la présence de la choroïde sous-jacenle, c'est ce qui a lieu effectivement le plus souvent ; nous disons le plus souvent, et non toujours: car si la sclérotique, au lieu d'être amincie, comme dans les cas ci-dessus, était épaissie sous Tinfluence de la cause mentionnée , la choroïde ne laisserait pas réfléchir les rayons de sa teinte.

Si nous consultons maintenant les circonstances des autres dissections de staj)hylômes, soit antérieurs, soit postérieurs, dont on a publié les détails, nous trouverons les mêmes conditions que dans les deux faits qui précèdent, plus les modilications suivantes.

1° La rétine est le plus souvent prolongée dans la substance du staphylôme.

Cette circonstance suflit à elle seule pour expliquer la cécité qui accompagne constamment cette maladie. La rétine est entièrement résorbée quelquefois.

2° La choroïde, qui fait partie de la tumeur, n'est pas toujours amincie ; quelquefois elle est épaissie au contraire, et ses vaisseaux sont plus ou moins variqueux: il en est de même du plexus choroïdien ou ciliaire (ligament ciliaire) (jiti se prolonge dans le staphylôme si celui-ci répond au cercle antérieur de la sclérotique. Dans quelques cas , la choroïde est elle-même résorbée comme la rétine.

5" Le corps vitré est constamment altéré dans le staphylôme en question, surtout si la tumeur date de quelque temps. Cette altération consiste dans une sorte de déliquescence avec excès ou diminution dans sa quantité.

4° Une humeur sanieuse ou séro- sanguinolente trouble existe quelquefois dans le corridor périphérique du globe (espace scléroticochoroïdien) ; dans ce cas ^ par conséquent, la choroïde n'est pas adaptée contre la sclérotique, du moins dans toute son étendue. Un épancbement pareil se rencontre parfois dans l'espace qui existe entre la choroïde et la rétine.

50 La cornée et l'iris ollrent les mêmes conditions que dans les amauro^es orga-

niques, c'est-à-dire qu'ils se présentent dans un état complet d'asthénie, etc.

Les caractères du staphylôme antérieur sont faciles à saisir, d'après les faits que nous venons d'ex[)()ser. 11 se piésente sous la forme d'une tumeur, de volume variable, de couleur bleuâtre à la base, couverte par la conjonctive, et accompagnée toujours d'amaurose, quelquefois d'hydrophthalmie, et constitue une difformité très chofiuante. Cette maladie n'acquiert presque jamais assez de développement pour franchir l'enceinte palpébra!e et s'ulcérer comme le staphylôme de la cornée ; le plus souvent, elle se termine par induration, et dure ainsi toute la vie, à moins qu'une hydrophthalmie ou toute autre lésion grive ne vienne la compliquer. Quant au staphylôme postérieur, la science ne possède pas encore assez de données pour le faire diagnostiquer sur le vivant. M. Jacobson, qui a fait un travail remarquable sur cette variété de tumeur, ne donne pas les moyens de le reconnaître. Les seuls symptômes qui l'accompagnent, en cfTet, sont la cécité et une légère exophthalmie qui n'existe pas toujours : or ces caractères n'autorisent pas un jugement certain.

Les causes de cette maladie sont les mêmes que celles du staphylôme de la cornée, [r. ce dernier mot.)

Le ^ro//05/{c est toujours grave relativement à la vue, puisque cette faculté est éteinte sans retour.

Le traitement n'offre d'autre ressource que l'ablation de la tumeur , ce qui amène inévitablement l'alfaissement du globe de l'œil. Il est des sujets qui, se souciant peu de la dilTormité , gardent toute leur vie la maladie sans songer à se faire oj)érer, à moins que des douleurs ou l'hydrophthahnie uc. viennent compliquer le staphylôme. Si la tumeur n'est pas très volumineuse, ou peut se contenter de la ponctionner de temps en temps avec une lancette; on donne par là issue à une partie de l'humeur vitrée, et la tumeur s'afl'aisse pendant quelque temps.

On peut joindre la compression ai)rès chaque ponctionna l'aide de comj)resses et d'une bande; mais ce n'est là qu'un traitement palliatif, comme on le voit. Le remède véritablement curalif est l'amputa-

SCORBUT

lion de l'œil, comme nous venons de le dire ; elle se pratique d'après les règles exposées ailleurs. (^. Cor.née , IIydroph-

TIIALMIE. )

C. Atrophie et ossifications. Chez certains sujets de constitution lymi)liati(jue. suitout chez les jeunes personnes à peau l)lanehe et fine, la sclérotique est nalurellcmeut si mince, qu'elle laisse voir la choroïde à travers ses mailles ; le blanc de l'œil de ces personnes olfre en effet une teinte bleue uniforme, qui ne dépend que de cette circonstance. Cela n'empêche pas cependant la vision d'être parfaite.

A la suite de certaines maladies aiguës de longue durée, de fièvres graves , par exemple, on voit souvent la sclérotique s'amincir par un simple travail de desas^imilalion. Dans ratroi)hie sênile, le même fait est facile à constater.

L'atrophie de la sclérotique s'observe aussi après les inflammations répétées de cette membrane.

l'ien n'est plus fréquent, d'ailleurs, que de rencontrer cet état de la cucpie dans les amauroses nu peu anciennes, dans les iiydrojjhlhalmies , dans la dilatation variqueuse des vaisseaux de la choroïde et du corps ciliaire. Dans ces derniers cas, l'atrophie a lieu par relîet de la compression.

On comprend aisément , d'après renoncé qui précède, que l'atrophie en question n'exige d'autre traitement que celui (le la maladie à laquelle elle se rattache : nous ne nous y arrêterons par conséquent pas davantage.

La scleroti(pie est aussi sujette à des ossifications. Ce sont des dépositions calcaires sous forme de lames (pii s'organisent soit dans le tissu séreux de sa face postérieure, soit dans le tissu cellulaire serre qui l'iinit à la conjonctive. ( \\ eller, U'ravers, Aliddlemore.)

SC-OIiHIIT. Ce mot est d'origine danoise, esdavonup ou hollandaise ; il vient, (liton , de scorbcck ou schorbcct^ qui si gnifie maladie par déchirement ou rupture.

/•^tinlngic. « Le scorbut est une maladie générale , le plus souvent épidemiquc , ayant pour cause directe et appirciablr une abération du .'sang, qui resulle elle-

même du concours de circonstances diverses et plus ou moins multipliées. C'est une alîection, sinon exclusivement départie aux gens de mer, au moins (pii s'observe plus communément chez eux , bien que sa fré<pience soit considérablement diminuée depuis qu'on a des connaissances positives sur ce sujet, et qu'il soit permis d'espérer, gr.lce au perfectionnement de la navigation, de la voir se restreindre encore. Cependant le scorbut sévit quelquefois dans les prisons, les hôpitaux , les hospices et dans certaines localités analogues, de même ([u'on le voit aussi dans les places assiégées et dans les corps de troupes en campagne. On l'observe aussi sporadiiiuement chez les sujets épuisés par de longues maladies ou par l'abus des préparations mercurielles.

» L'observation des phénomènes des maladies et l'élude des descriptions qui en existent, tendent à prouver l'identité du scorbut de mer et du scorbut de terre, (ju'on avait prétendu distinguer l'un de l'autre , de même qu'on avait admis un scorbut chaud et un scorbut froid, en raison de la présence ou de l'absence de symptômes indauunatoires qui ne tieiuient pas au fond de la maladie. 11 est maintenant de toute évidence qu'il n'est jamais contagieux , et (jue dans les cas où il frappe simultanément ou successivement un grand nombre de sujets cela tient à rinfluence de causes semblables qui agissent sur chacun d'eux. )> (Andral et lla- \\Qi\Duiiun. de mèd. et de chinir. prat.^ t. XIV, p. 369.)

Les causes (jui développent le scorbut ont toujoiirs agi de()uis un assez long temps lors(juc la maladie se manifeste , aussi sont-elles à la fois prédisposantes et (leternnnanles. L'air froid et humide, l'air impur, altéré, paraît être une condition positive (|ui favorise la nai^^sancc du scorbut. Déjà llipi)ocrate avait r<inarqué qtic cette maladie sévit en automne et en hiver; c'est par cette raison (pi'oii la voit aussi survenir fré(juemment dans les pays froids et humides. Toutefois on a dit (pi'elle était incoiunie dans les régions très froides. L'usage exclusif des alimens sales a été long-temps signalé comme la principale et même l'unique cause du scorbut ; mais cette opinion n'est plus

SCORBUT

17ÎJ

soiJtonal)lc (lopu'ij? qiron sait, (Vunc part, que les malfilots iiidicns, cxcliisivcinent nourris d(; sul)stancos végclales , sont nu moins antant (lue les autres sujets au scorbut; que des navires approvisionnés de vivres frais , comme l'étaient ceux qui composaient la flotte de l'amiral Anson, ont été gravement atteints de cette maladie, et, d'autre part, que les équipages manquant d'alimens végétaux ont été épargnés : parce quMls se trouvaient probablement, du reste , dans d'assez bonnes conditions hygiéniques. On est porté à croire aujourd'hui que l'alimentation n'a pas toute la puissance qu'on lui a attribuée; mais on a grandement raison d'éviter les viandes altérées , le biscuit de mauvaise qualité , l'eau corrompue. Presque constamment le scorbut se manifeste après l'action d'un plus ou moins gr;ind nombre de causes réunies, telles qu'une nutrition insuffisante ou viciée soit par la nature des alimens, soit par défaut de puissance assimilatrice de la part des organes digestifs ; le froid humide et prolongé, la privation de lumière et de mouvement, les affections morales tristes, le découragement , le chagrin. « On doit considérer comme très propres à accroître l'action nuisible du mauvais air les affections morales tristes, l'abattement, le chagrin profond, auxquels il est si difficile de résister dans certaines circonstances. C'est en grande partie, sans doute, à leur caractère morose et porté à la tristesse que les Hollandais et les Allemands occupés au siège de Breda ont dû d'être en aussi grand nombre attaqués du scorbut, tandis que les soldats français, placés dans les mêmes conditions , trouvaient dans leur inaltérable gaieté un préservatif contre les maux dont leurs compagnons d'armes étaient assaillis. La paresse, le repos prolongé, le défaut absolu d'exercice produiront des effets analogues à ceux de la tristesse; il en sera de môme des fatigues excessives. L'influence fâcheuse des vétemens trop peu chauds pour la saison, surtout lorsqu'ils ne peuvent être remplacés par d'autres après avoir été pénétrés par la pluie, n'est pas non plus douteuse.... »{i\()chou\ , iHclion. de méd., t. XIX, p. ■175.} Symplomaiologle. Le début du s^or-

but est annoncé par nn .sentiment de lassitude, d'al)all(!nient , de tristesse, avec lecpiel coïncident le refroidissement et la pâleur de la peau. La coloration naturelle du visage est remplacée par une teinte plombée ; les gencives ne tardent pas beaucoup à devenir tuméfiées, rougeâtres, douloureuses fstomacace) , facilement saignantes , parfois même laissant écouler une matière sanieuse , fétide. Dès-lors, quelques taches ecchymotiques commencent à se montrer sur diverses parties du corps; l'on voit, après une durée variable de ce premier état, la maladie prendre de l'accroissement; les malades perdent de plus en plus leurs forces physiques et leurs forces morales; leurs gencives s'ulcèrent, se gangrènent, donnent lieu à des hémorrhagies parfois considérables ; toute la surface de la peau est sèche , rugueuse, les taches brunes s'élargissent. Les membres s'infiltrent de sérosité et de sang ; ils prennent une couleur rougeâtre, brunâtre, marbrée ; les macules des membres offrent toutes les nuances connues des ecchymoses , par suite de la résorption partielle du sang. Les mouvemens sont alors fort pénibles ; la stomacace , les oedèmes et les hémorrhagies concomitantes de la peau décèlent incontestablement une altération du sang : ce liquide, devenu d'une fluidité excessive, parvient dans certaines parties du système vasculaire qui ne lui sont pas perméables dans l'état sain (Andral et Ratier, loc. cit., p. 577.), diminue la densité naturelle des tissus, les dispose à l'infiltration séreuse et sanguine, aux hémorrhagies, aux ulcérations.

Lorsque les sujets atteints de scorbut continuent à être soumis aux mêmes causes productrices , on voit la maladie s'aggraver. Les hémorrhagies se multiplient, les gencives se désorganisent de plus en plus, les dents vacillent , puis tombent à la suite de la carie des os maxillaires. Le désordre qui s'opère dans la cavité buccale détermine une sécrétion de salive et de mucosités sanicuses qui impriment à l'haleine une odeur repoussante et qui sont un surcroît de gêne et de douleur. La sécrétion salivaire est surtout remar- (juable i)ar son abondance chez les hommes (lui fument ou mâchent habituelle-'

SCORBUT

meut du tabnc , ou qui font usage de préparations uu'icMuiclles, même à faible dose. L'iuliliraiioM sero-saiigniiioh-ute de la peau suit la même progression : les eeclivnioscs aiignu'Utenl en nombre et en elendue; elles s'accompagneiit de varices. Dans cet elat, la plus légère pression suffit i)our ouvrir la |)eau et pour faire naître ainsi nn ulcère dont les bords sont durs, é[)ais, et la sniface saignante , fongueuse ; ees ulcères ont une niarebe envahissante comme ceux des gencives: ils guigrènent, rongent ^nccessivemenl les parties molles , détruisent ju-ipraux gros troncs va<culaires, d'où re-ultenl des pertes de sang fâcheuses ; quebiuefois la desorganisation des chairs est assez complète pour mettre les os à nu et pour causer leur nccrose. IMusieurs auteurs , IJoerliaave et Hrou-sais entre autres, ont avam e ipie du sang i)ouvait irunssuder à travers la I eau non entamée : ce fait doit être au moins rare.

Pendant que tant de ravage s'oiière, les me»nhres des mallieureux scorbutitpies sont foitement retracîés, contractures; ils sont le si«'ge de douleurs (pii occupent à la fois les nuisclcs et les articulations : souvent cv> dou'curs paraissent , |) ir lem* profondeur, résider dans les os. Klles ont (|U(l(pie analogie avec les douleurs rhumatismales, ujais s'en distinguent cependant parce qu'elles sont accom|)agnet's de tacln s eci hymosi(pH's à la peau et de duretés sur le trajet (\i'^ muscles. (A^. Hni- MATiSMi:.) Les douleurs scorbuliiiucs , légères dans le principe, acfpiiercnl par les jMogrès de la maladie une violence indicible. Souvent les douleurs articulaires sont accompagnées de gonllemenl , snrtojit à l'articulation femuro-tibiale.

Lorscjue le scorbut est arrivé à \m granrl degré d'intensile, les sulîusions séreuses ne sont [)lus bornées au tissu cellulaire, mais envahissent aussi les diverses cavités séreuses. A cette é[)oqup , toutes 1rs surfaces murpieuses sont le siège d'iuMnorrhagies qurhpiefois très abondantes; le sang (pii en provient est profondémeiit altère , il re^srnible à uwp sorte de sanie. (.es pertes successives éprouvées par h s scorbuti pU'S contiibuent à les jeter rapide:!, eut dans le dernier degré de la prostration.

Jusqu'à une certaine époque l'appétit est conserve , et la digestion s'exécute assez bien ; mais d'ordinaire il y a de la constipation. Dans une période plus avancée, à la constipation succède une diarrhée sanguinolente ; l'appéiit se perd . les alimens ne sont plus supportés. Pendant toute la durée de la maladie, les in-ines sont rares, chargées, feiides; la peau est sèche et froide. Dans les premiers temps, la respiration et la circulation ne sont que peu troublées; les malades éprouvent seulement un peu d'oppression lorsqu'ils se remuent. Vers la lin de la maladie, le pouls devient petit, de[)ressible, d'iuie fré- (pience variable ; les malades éprouvent des palpitations répétées, pénibles et suivies de syncopes; ils toussent , la respiration s'embarrasse. Il est à remarquer que^ maigre le trouble général des fonctions, les malades conservent intactes leurs facultés inlelleclu( lies et sensoriales , ce qui rend plus douloureuses pour les scorl)utiques et pour ceux qui les entourent les approches de la n.ort.

Quand le scorbut se montre tel que nous venons de le décrire , il est appelé scorbut froid; mais , dans certains cas, des complications phlegmasiciues peuvent venir aggraver celle maladie ( scorbut chaud). Ces comi)li(ations sont en effet possibles a\ant (jue les progrès du mal aient épuise eoin()létement les sujets; ou voit alors le pouls prendre une allure fébrile. I/iuie des plus fré(]uentes et des plus redoutables com[)licalions du scorbut est le typhus.

La marche du scorbut est lente et progressive iH'udant un certain temps, souvent plusieurs mois ; puis tout t\ coup les symptômes s'aggravent avec rapidité et les malades snccondx'ul pronq)lement.

Il en e>t cependant de vigotneux qui guérissent d'un scorbut tiès avancé des qu'ils sont soustraits aux causes qui (uit engendre la maladie. La plupart des scorbuiiciues meurent épuisés par les lu'morrhagies ou pendant une syncope; la mort arrive (juebpnfois pendant un elfort de locomotion.

" I\ien de plus facile que le diagnostic du scorbut, tant les caractères cpi'il présente sont remarquables et irrqtossibles à c mfondre avec ceux d'aucune autre ma-

SCOUIUJT.

laclie. L'attention du médecin doit donc porter sur les complications qui peuvent surgir dans son cours, (^iiant au pronostic, il n'est pas en raison de la nature des symptômes comme dans la plupart des niaIa(Jies , c'est-à-dire (jue des sujets affectés de la manière la plus fâcheuse peuvent très bien guérir, tandis que d'autres, avec des symptômes bien moins graves , succombent. Mais un changement de saisoji ou de latitude, un ap[)rovisionnement nouveau, l'approche de ia terre sont des circonstances essentiellement favorables et dont il n'est pas toujours donné au médecin de pouvoir disposer. Dans le scorbut, maladie absolument accidentelle et produite par des causes évidentes, les malades ne demandent pour ainsi dire qu'à guérir ; et dès qu'on les place dans les conditions favorables, on voit survenir chez eux presque immédiatement les changeinens les plus manifestes et les plus avantageux.» (Andral et llatier, loc.cit., p. 57'2. )

Broussais, qui a eu l'occasion d'observer un grand nombre de scorbutiques, trace de la manière suivante les signes pronostiques : « La gravité est en raison de la difficulté de la locomotion , de la dyspnée, des défaillances , des syncopes, du gonflement des articulations , des ulcères, des fongosités , des gangrènes, des hémori hagies, des progrès de la gengivite dans les parois de la face, de l'affection des os, de leur nécrose, de la chute des dents, des ulcères propagés dans le pharynx , le larynx et la trachée. Il faut être prévenu que la mort subite est possible par le mouvement au grand air, même avec une assez bonne mine.

» L'amélioration est annoncée parla déconstipalion sans diarrhée, qui est funeste quand elle survient; par le rétablissement de la diaphorèse , par la cessation des hémorrhagies, le retour des forces, la possibilité de supporter l'air et l'exercice, par la résorption des œdèmes. » (Cours de pa'hol. et de thérapeute gén. , t. v , p. 572.)

Analomie pathologique. L'examen des cadavres des scorbutiques fait connaître des altérations profondes, non pas dans un seul organe, ni dans un seul système, mais dans l'organisme tout entier. Tous

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