‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiques (volume 2)Chapitre 53 sur 143 · DUT · texte numérisé non relu

DUT

cl con?écntivement les solides, vérité démontrée par la nature et l'ordre de succession des phéuomènes de la maladie; en elfet, l'étude des causes nous a appris que les malades sont placés dans des conditions (pii ne permettent pas à l'hématose de s'elfectuer d'une manière régulière:

de là altération de la crase et des principes constitutifs du sang; puis, ce liquide, chargé de fournir aux solides les élémens de leur nutrition , ne leur apiwrtanl que des produits viciés et non réparateurs, ils s'altèrent dans leur texture intime, perdent leur densité normale, et ne résistent plus qu'imparfaitement à l'empire des lois physiipies qui tendent à les décomposer. Aussi, dès (pie la vie a cessé, la putréfaction s'empare avec une rapidité extraordinaire des cadavres des scorbutiques.

Traitement. L'attention et la vigilance du médecin doivent se porter autant sur les moyens propres à prévenir le développement du scorbut , (pie sur ceux destines à le guérir une fois qu'il s'est manifesté : « Les causes du scorbut étant multiples et variables, le traitement doit se prêter cà ces nuances (pii exigent beaucoup d'attention et de sagacité. A diverses époques, les théories dominantes ont fait adopter des méthodes de traitement exclusives et uniformes, qui restèrent pres- (jue toujours infructueuses, précisément parce qu'on avait vu seulement une partie des faits. ïj s uns, en effet, attribuant la maladie à la privation de viande fraîche, s'approvisionnaient de manière à n'en point manquer, et n'en voyaient j»as moins le scorbut ravager l'eipiipage , parce que le renouvellement de l'air, les soins de propreté ou telle autre condition hygiénique, étaient oublies ; ou bien, parce qu'on avait à lutter contre le climat ou des fatigues extraordinaires. D'autres, frappés des pheimmenes de débilitation geneiale, j)rodiguèrcnt aux malades des toniques de toute espèce (]ui, arrivant dans un appareil digestif malafle , y portèrent un nouveau di'sordre. Le plus petit non)bre, domuiés par des dociiines vraies dans beaucoiq) de circonsiances, attribuèrent tout le malades inllammations locales, et emp!o>erent les saignées, dont les bous elftls sont pluï que contestables et

SCORBUT

auxquelles on ne doit avoir recours , de l'aveu de tous les praticiens, (jue dans des cas tou(-à-fait particuliers. Ou vit aussi régner l'opinion de la spécilicilé , et la thérapeutique qui en découlait ; mais les anti-scorbutiques j)rétendus eurent peu de succès, et lorsqu'ils en eurent, ce ne fut qu'à raison de leurs qualités alimentaires : témoin le cochléaria, qui , dans le Word, est une plante purement mucilagineuse; ce qui explique comment des scorbutiques éprouvaient du soulagement de son usnge abondant.

» Ces expériences diverses faites à de longs intervalles, et souvent chèrement achetées , tendent à établir l'importance extrême de l'hygiène, tant comme préservative que comme curalive du scorbut.

C'est principalement à la prophylaxie qu'on doit s'attacher, car il est plus facile de prévenir que de guérir. Telle est d'ailleurs la connaissance des moyens de garantir les équipages du scorbut, et l'abondance des ressources dont on entoure les navigateurs de nos jours, qu'on peut dire hardiment que le développement du scorbut à bord, hormis certains cas supérieurs à la puissance humaine , accuse la négligence ou l'impéritie de ceux qui ont la mission de veiller à la santé des gens de mer. Le reproche est encore plus mérité lorsqu'il s'agit du scorbut de terre, et c'est alors une véritable cruauté que de laisser périr un prisonnier qui, rendu à la liberté , guérirait en quelques jours. » (Andral et Ratier, loco cit., p. 574.)

Les alimens devront être surveillés d'une manière toute particulière , ils devront être de quantité suffisante, et composés, autant que possible, de substances fraîches animales ou végétales ; la proportion devra, du reste, en être réglée, selon l'état des fonctions digestives et aussi selon les fatigues auxquelles les hommes sont exposés. Il sera en général Utile de permettre l'usage des liqueurs spiritueuses, sans oublier toutefois qu'il serait aussi funeste d'en abuser que de s'en abstenir totalement. H n'importe pas moins de prendre des mesures convenables pour préserver les hommes de l'action fâcheuse du froid et de l'humidité; en général, on ne doit pas s'en rapporter à eux du soin de se soustraire aux influences capables

de produire le scorbut , il est nécessaire qu'ils y soient contraints [)ar une disci- I)line ferme et bien entendue : une des premières choses qu'on doit exiger des marins , c'est de changer de vétemens lorsque, pendant leurs exercices, ils ont été pénétrés par la pluie. On aura soin également de faire fermer les ouvertures du vaisseau pendant le gros temps : mais cette mesure ne devra pas être indiquée sans nécessité, car la ventilation et le renouvellement de l'air sont aussi des conditions de la plus grande utilité. Une extrême propreté sera d'autant plus rigoureusement recommandée que d'ordinaire les marins n'y sont pas naturellement portés. Les exercices du corps, pourvu qu'ils ne soient pas portés jus(iu'à une grande fatigue, sont très utiles. D'après cela, on devra conseiller aux individus chez lesquels on redoute le développement du scorbut, de ne pas s'abandonner à une oisiveté toujours fâcheuse : « Il sera donc avantageux , qu'à rexem[)le des navigateurs les plus éclairés, les commandans imposent à leurs équipages des exercices qui, sous prétexte de mesures d'ordre ou mieux encore, si Ton peut, sous une apparence de divertissement , assurent l'exécution d'une mesure sanitaire essentiellement conservatrice. Il est à peine utile de dire que c'est à eux à donner l'exemple du courage et de la résignation, pour soutenir le moral des hommes qui leur sont confiés, afin de prévenir la maladie, ou si elle s'est développée d'en arrêter les progrès. A plus forte raison cette obligation est-elle celle des commandans et des magistrats des villes assiégées, et de tous ceux qui exercent une autorité ou une surveillance quelconque dans les lieux que le scorbut a coutume de visiter. » (Andral et Ratier, Dict. de méd. et de chirur. prat.)

En résumé , un air pur , sec et chaud , une nourriture facile à digérer, convenablement mélangée de substances animales et végétales , l'usage modéré pendant les repas des boissons fermentées , telles que le vin ou la bière , des soins de propreté, des vétemens chauds , un exercice modéré, des distractions propres à entretenir la gaieté et à prévenir l'abattement du moral , sont les conditions hygiéniques les

180 SCORBUT

Itliis cnr,veiK)l)les ]t()iir tmpèclicr l'apparition (hi scorbut ciipz les individus prédisposes à celle cruelle alTeciion.

La diversile des causes capables de donner n;iissnnro au scorbut indiipjo sufllsammenl qu'il n'y a rien de spécifique dans la naiure do celle maladie, et que consequcninienl il n'existe aucun Iraitement spécifique poiu* la fzuerir. Aussitôt • lor.c que le scorbut se nianileste au milieu d'une ai:y;l()m('rati()n d'individus il laul reeliereber avec soin la cause à laquelle il (!oil è!re r.ippo:te, puis s'elForoer (!e la Faire disparaître ou tout au ir.oins fie ratlcnuir; car dans cette maladie, peut-être (tlus <pie dans loule autre, on doit désespérer de surmonter le mal tant qu'on laisse les malades ex[)oses aux iniliieiices qui Tont produit. Une fois celte première et indispensable condition rem- ])lie autant <|ue possible, il n'en faut pas moins recourir aux res-ources de la tbérajxMilique dont refiicacitc , sans être aussi grande que certains médecins l'ont avance , rend cependant encore d'utiles services.

En tète des moyens rccoinmandés contre le .ccorbut figurent les |)lanles décorées , à tort comme nous l'avons dit , du lilre d'anli-scorbutKiues ; ce sont le cresson , le cocbléaria , le beccabunga, le raifort sauvage, etc. Os substances sont toutes plus ou moins stimulantes et acres, f,t c'est même i)ar ces propriétés qu'elles conviennent souvent dans le scorbut; parfois, cependanl , rexcitalion tpi'elles produi^^ent ne peut pas être supportée , et elles aggravent le mal plutôt tju'clles ne le diuniuient. Un les administre sous forme de tisane, de vin ou de sirop; mais , dit î\l. Keraudren, les végétaux ne sont jamais plus utiles aux scorbuliijues que lorsfpj'on ne leur fait éprouver aucune allrraliotj et qu'on les aduMuistre tels ^\\u^ la nature les donne : t(»us les fruits doivent se manger crus ; et pour les lierbes on |)nferer.! la pre|>aratiou la [)lus simple, connue d'en faire des salades.

ï/usage des acides , et spécialement des acifles végétaux , a ete parlicjilicrement conseille ; celui des fruits acidubs , tels que les citrons, les oranges, les grenades, est fl'un immense avantage: ces substances acidiferes méritaient mieux , selon

nous, le nom d'anti-scorbnii(pies (pie 1rs plantes acres et amères que nous avons citées. Au besoin , et pour remplacer les fruits acides, on peut se servir des vins légers, acidulés, étendus d'eau. On a préconisé l'emploi de la bière et du grog , qu'on a l'avantage de se procurer pres(|ue partout et en tout temps avec facilité. Le régime alimentaire sera le même que celui indicjué dans la propbylaxie , seulement on diivra prendre en grande considération l'état des organes digestifs.

Ce trailemeMl sera ulilemeut secondé par un peu d'exercice et, lorsipie les malades ne sont plus capables de mouvemens , par des frictions sècbes ou aromatiques exercées doucement sur la peripberie cutanée , par des bains de courte durée, et surtout en relevant l'abattement moral par des distractions et par des discours consolateurs.

Sous rinilucnce de ce traitement général , on parvient le plus ordinairement à enrayer la maladie ; après Uii certain temps on la voit décroître peu à peu et enfin se terminer. IMais il convient dans ions les cas de diriger un traitement local sur les ulcérations des gencives et des autres parties ; à cet effet, on prescrit des colluloires acidjdés, alumines, chlorurés .- (pielipie^ fois il faut toucher les parties gangrenées de la cavité buccale avec nu pinceau imbibe d'acide chlorhy(lri(|ue affaibli. Les autres ulcères réclament des topiques de la même nature; on se trouve bien de les couvrir de cataplasmes de pulpe d'orange.

lieaucoup d'autres médicamens ont été vantes à plusieurs epocpies dans le traitement du scorbut , mais ils sont complètement tond)es en désuétude ou même considères comme nuisibles ; nous Déferons (pic les indiipicr : ce sont les purgatifs , les diuréti(pies , les sudorifiques, l'opium et les narcotiques , etc., etc. Disons seulement (pie dans ce dernier temps on a beaucoup préconisé le nitrate de pota.sse et l'huile (le morue; l'usage de ce dernier remède paraît avoir rendu de remar(juables services dans les contrées septentrionales di'pourvues d'oranges et de citrons.

Les phlegmasies locales (jui souvent viennent compliquer le scorbut , doivent rendre plus reserve dans l'usage des stimulans, il faut même s'en abstenir com-

SCHOFUI.ES.

plétement lorsquil y ;i de la réaction lébrilo. Quant à l'cni[)!oi dos saign('>es pour cumhaltro ces complications phlogniasiques, nul doute qu'il ne faille dans certains cas y recourir ; mais nous pensons qu'il convient de nen user qu'avec beaucoup de réserve , parce que, de l'aveu de tous les médecins qui ont beaucoup observé le scorbut, les saignées exercent une fâcheuse influence chez les scorbutiques, surtout à un degré avancé de la maladie.

SCUOFULKS. On désigne sous le nom de scrofules une maladie, ou plutôt un ensemble de phénomènes morbides , consistant en une altération générale de la nutrition qu'il n'est encore possible aujourd'hui de définir que par ses manifestations les plus importantes, car ni l'anatomie pathologique, ni la chimie, ni les recherches microscopiques ne nous ont appris en quoi elle consiste essentiellement, et quelle part spéciale ou commune y prennent les solides et les liquides de l'économie. Aussi le tableau suivant , tracé par Bordeu , est-il mieux propre , qu'aucune définition , à donner une idée de ce que nous avons à décrire. « On regarde ordinairement comme scrofuleux , dit-il , ceux qui sont sujets à des fluxions aux yeux , à des maux aux oreilles , qui ont la lèvre supérieure gonflée, le nez morveux, rouge et douloureux, les joues élargies , les glandes du cou engorgées, et toutes les autres plus ou moins tuméfiées , le ventre bouffi , les extrémités amaigries , les os recourbés , etc. Tous ces symptômes venant à se développer , les glandes du cou suppurent , les yeux deviennent chassieux et s'éraillent, les lèvres se gercent , les extrémités des os grossissent , il se forme des ulcères aux articulations et ailleurs , la toux et la fièvre se mettent de la partie ; la maigreur, le marasme et le dévoiement précèdent la mort de ceux qui succombent. Ceux qui résistent , vivent aves des glandes engorgées au cou , sous les aisselles et aux aines , avec des ulcères et des caries aux os , avec des toux, . des fièvres passagères , des indigestions - plus ou moins fréquentes , et des tumeurs aux viscères du bas- ventre. » ( Dissertation sur les tumeurs scrofaleuses , 17o7, p. 8.) L'état général de l'économie sous l'influence duquel se développent tous ces phénomènes morbides , et qui imprime à

T. VII

tous ceux qui peuvent survenir d'une mani(M(^ intercurrente une physionomie particulière , s'appelle dialhèse scrofuleuse.

Symptômks DE.S SCROFULES. Commc toutes les maladies diathésiques, les scrofules impriment , en général , à l'ensemble de l'économie une physionomie particulière qui , tranchée surtout lorsqu'elles ont déjà déterminé des dé.sordres caractéristiques , précède souvent aussi l'apparition de ces derniers. Il ftmt, du reste, bien comprendre que les difl'érents caractères que nous allons exposer ne constituent qu'une manifestation de la diathèse scrofuleuse, et non pas une prédisposition , comme semble l'indiquer M. Lebert [Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses , 1849, p. 64).

Le type de la physionomie des scrofuleux est facilement reconnaissable : la tête est volumineuse ; les lèvres , surtout la supérieure, grosses et d'une dureté remarquable ; le nez gros et luisant , la peau d'une blancheur et dune transparence extrême, le teint blafard, les cheveux blonds ou châtains, la physionomie douce, ordinairement remarquable , ou par son intelligence , ou , au contraire , par une sorte d'hébétude; les paupières rouges et larmoyantes , le ventre proéminent , les extrémités osseuses grosses et saillantes ; le tissu cellulaire tuméfié et déterminant des formes volumineuses, flasques, arrondies , et quelquefois même une véritable polysarcie ( Baumes , OEuvres médicales , 1789, t. I , p. 3) ; la peau sèche et terreuse, les doigts et les orteils couverts d'engelures ( Jolly, Dict. de méd. et dechir. praf.,t.XIV, p. 589). Ce tableau, que M. Lebert trouverait certainement très chargé, car il affirme que sur 537 scrofuleux, il n'en a trouvé que 81 qui en présentassent les principaux traits, mais dont aucun praticien cependant ne saurait contester la valeur séméiologique , au moins quand il se présente à l'observation , offre ceci de remarquable : que tous les traits que nous venons de dessiner sont en rapport exact avec les altérations pathologiques de la scrofule confirmée et localisée , telle que nous allons maintenant la décrire.

La description des manifestations symptoma tiques de la maladie scrofuleuse soulève d'importantes questions de pathogénie :

Ui

SCROFULES

en effet, il est un certain nombre de lésions organiques dont on avait fait autrefois les principaux caractères des scrofules , et qui , aujourd liui , en sont séparées nosologiquement , bien qu'il soit impossible de ne pus les rapprocher dans la ])ralique. Nous vouions parler de la dégénérescence tuberculeuse considérée soit dans les poumons, soit dans les glandes Ijmphaliques extérieures [adcnilc tuberculeuse) , ou internes [ddénile méscnlèrique ou carreau] . du rachitisme et des tubercules des os.

On a bien fait de di>linguer nosologiquement les tubercules et les scrofules. MM. Baudf'loi'qut; (Eludes .>'//• les causes de la muladie scrofuleuse), Guersant ^ Did . deméd en 30 vol., l. XX, art. Scrofule ), Rilliet et Barlhez ( Traité des maladies des enfants, 18 43, t. III), et, plus récemment, M. Lebert [loc. cit.), ont parfaitement démontré que les scrx)fules et les tubercules se développaient dans deux conditions distinctes de l'économie , bien que coïncidant souvent ensemble , et le fait de la- séparution de ces deux états pathologiques nous semble trop bien acquis , pour que nous ayons à en faire ici le sujet dune discussion spéciale : mais ce cjui nous paraît moins bien détirminé, c'est et la natun; des différences (jui séparent ces deux étals morbides, et la nature des rapproclu^ments qui existent entre eux.

M. Leberl établi! qu'il existe une maladie tuberculeuse caraitérisée par un élément spécial (voy. l'article TunERccLK du Supplément ) ; mais il nie formellement l'existence dune matière scrofuleuse proprement dite [loc. cil., p. 30). Il est vrai que la matière tuberculeuse a seule encore été isolée et reconnue : maisdecequ'un princi[)e s|)écial n"a pu être saisi dans le pus scrofuleux , il n'en faut pas conclure (ju'il n'existe pas une matière scrofuleuse spécifique. Bien (jue l'analyse n ait pu rien découvrir encore dans le pus de la syphilis et de la variole, on n'en admet pas moins forcément l'existence d'un virus s\[)liilili(jue et varioleux. Or. bi nous en exceptons la faculté de se transmettre par inoculation ou par contagion , il nous sendjle y avoir une assez grande analogie entre la manière dont l'économie se montre alTe -tée par la diathèse scroful'ju.se et par la dialhe.-ie syj)hilitique, f)our qu'il soit permis d'en déduire.

avec une grande vraisemblance. 1 existence d'un virus scrofuleux . comme d'un virus syphiliti([ue.

L'existence ou l'ab.sence d'un principe spécifique reconnaissable nous semble donc constituer dans la pratique un moyen très légitime de distinguer la scrofule du tubercule ; mais au point de vue pathogénique , la question nous paraît devoir être encore complètement réservée.

Quant aux rapports si fréquents qui existent entre les scrofules et les tubercules, il nous semble impossible de n'y voir tpi'une simple co'incidence. De même que certaines affections inflammatoires ou catarrhales , ophtlialmies , otites, leucorrhée interne ou vaginale , empruntent à la diathèse scrofuleuse un développement et des caractères tout particuliers; de même, il nous semble que, sous l'influence de cette diathèse, la dégénérescence tuberculeuse acquiert une activité et se montre sous des formes spéciales. Ainsi la diathèse scrofuleuse, (jue l'observation nous inontre pres- (pie toujours primitive, nous parait jouer le rôle de prédisposition relativement à la diathèse tuberculeuse, cpii, si elle vient à se développer consécutivement , s" accommodant aux déterminations caractéristiques de la maladie primitive , leur emprunte une forme particulière.

On a essayé d'établir des divisions entre les différents sunptômes de la scrofule, suivant la manière dont ils se développent et se succèdent. M. Lugol avait admis cinq variétés de scrofules : les scrofules tuberculeuse, catarrlialc, cutanée , celluleuse et osseuse. H Ces diverses formes de la scrofule présentent, dit-il, des caractères toujours identiques , (piel (jue soit le siège (ju elles occupent. .>iais un f«dt très remarquable, c est (jue rarement une de ces formes existe .seule , ou bien le malade porte deux ou plusieurs mal idiesà la fois, ou bien elles se sont succédé chez lui. Ainsi, tel scrofuleux est affecté tout à la fois d'eslliiomene et de tubercules, tel autre aura uneophthalmie et des tubercules; celui-ci une carie et une scrofule cutanée , celui-là réunit trois ou ([uatre formes de la même maladie. Ces agrégats se rencontrent même beaucoup plus souvent que l'on m; voit les formes i.solées de la .scrofule. Chez d'autres malades, au cx)ntraire. on voit un esthiomène.

SCHOFIJLES.

succéder à une ophllialinie, et Otie remplacé lui-même par une carie ou par des tubercules. Que faut-il conclure de là? Que toutes ces affections sont de même nature et produites par la même cause. Il n'y a pas plusieurs espèces de maladies scrofuleuses ; il n'y a que des variétés de forme et de siège dans une maladie qui est toujours elle-même , qui affecte toujours tout l'individu: considération de la plus haute importance pour la thérapeutique. » [Gaz. deshôp., 1835, n"77.)M. Guersanta distingué les altérations morbides scrofuleuses en primitives et en secondaires. Mais MM. Delaberge et Monneretont parfaitement exprimé la manière dont il fallait envisager cette question : « La seule distinction qui nous paraisse possible, disent-ils, est fondée sur ce point d'étiologie, savoir, que le seul état morbide qui précède les autres , est une altération générale de toute la constitution, une diathèse cachectique, et que les maladies scrofuleuses ne sont que des maladies sur lesquelles se superpose l'élément morbide spécial qui existait dans la constitution au moment où elles se sont développées ou qui en a provoqué l'appa rition. 11 n'y a donc pour nous que deux ordres de phénomènes scrofuleux : 1" ceux qui appartiennent à la cachexie scrofuleuse, et qui peuvent n'éclater qu'à l'occasion d'une maladie accidentelle ; 2° ceux qui appartiennent à ces maladies accidentelles dont la nature et le siège varient singulièrement. Les premières sont toute la maladie ou la scrofule, les secondes sont les maladies scrofuleuses. » [Compendium de méd. prat., t. VII , p. 518.)

C'est donc moins d'après leur existence propre ou leur succession, que l'on établira le diagnostic des affections scrofuleuses , que d'après les caractères qu'elles revêtent, d'après leurs combinaisons mutuelles, leur rapprochement des signes extérieurs que nous avons décrits plus haut, les conditions étiologiques sous l'influence desquelles elles paraissent s'être développées , et , enfin , l'action qu'exercent sur elles certains agents thérapeutiques.

Nous allons passer en revue , dans les différents tissus qu'elles atteignent , les altérations scrofuleuses les plus importantes. Nous n'en ferons ici qu'une description succincte, leurs caractères essen-

tiels ayant été décrits aux articles auxquels elles se rapportent. Cette étude doit se poursuivre successivement dans les glandes lymphatiques {^adénite, abcès scrofuleux), le tissu cellulaire sous- cutané [abcès, lislnles, ulcères scrofuleux), la peau {lupus, impèliijo, eczému), les muqueuses [oplilfinlmie, olorrhée, leucorrhée), les articulations [tumeurs blanches), les 08[périoslHe, carie, névrose, tubercule des os).

Une des manifestations les plus communes de la scrofule, c'est l'engorgement des ganglions lymphatiques du col, surtout en arrière et au voisinage de l'angle de la mâchoire. Quekjucfois ces ganglions s'enflamment et suppurent d'une manière aiguë : mais le plus souvent à un engorgement lent et indolore succède, d'une manière presque latente, la suppuration ; et lorsque, naturellement ou à la suite d'une ponction, le pus s'est fait jour au dehors , on voit le plus souvent les bords de la plaie devenir saillants . mollasses , fongueux , listuleux , la peau et le tissu cellulaire se décoller tout à l'entour. Ces engorgements peuvent acquérir un volume considérable , ne se résoudre en pus qu'incomplètement, de sorte que leur volume, leur multiplicité, leurs ouvertures fistuleuses leur donnent un aspect caractéristique et souvent hideux ; ils peuvent , du reste , se montrer partout où il y a des glandes lymphatiques. M. Lebert a reconnu que ces maladies glandulaires des scrofuleux sont beaucoup plus souvent tuberculeuses qu'inflammatoires ou hypertrophiques( /oc. cit., p. l 2 I ), et il insiste sur ce que le tubercule chez les scrofuleux offre exactement les mêmes caractères anatomiques qu'en dehors de cette diathèse. Les cicatrices de ces abcès , parfaitement décrites par Baudelocque et par Guersant (loc. cit., p. 119), sont remarquables par les traces qu'elles conservent du décollement et de l'aniincis-sement de la peau , et quelquefois de la cicatrisation isolée de la peau elle-même et du fond de l'ulcère.

Nous n'insisterons pas ici sur l'engorgement des ganglions bronchiques ou des ganglions mésentériques [carreau) , presque constamment tuberculeux, et appartenant, par conséquent, beaucoup plus à l'histoire des tubercules qu'à celle des scrofules. Il ne se forme pas seulement des abcès

dan? le> s:laii(.les iniiuitV-

SCHOFLLES

mais souvent

aussi dans le tissu cellulaire. Ceu\-ci se distinguent des précédents en ce qu'ils ne sont pres(|ue januiis tuberculeux , et que leur développement est beaucoup plus constamment lent et froid. Ces abcès peuvent être en r;)|>p()rt avec une maladie des os ou des articulations [cibcca pur cungeslion), mais souvent ils sont idiopathiques. Presque toujours entourés dune membrane p\oi;éni(pie à laquelle la lenteur de leur développement a donné le temps d'acquérir une epais.-eur reuianiuiible , le j)us qu'ils renfeiuient est ordinairement ténu, séreux, peu coloré, contenant souvent des concrétions gélati ni formes. A ces abcès succèdent fréquennuent des listulesou des ulcères « non point taillés à pii' , comme les ulcères syphiliticjues. mais a bords décollés, amincis , irréguliers ; leur fond est inégal , maîuclonné . fongueux . grisâtre , souvent sanieux , et s'entrouvre (pieUpiefois pour laisser échapper des portions de matière tubcrcuh^use ramollie. » (Guersant. Dict. df m>ùl. en 30 vol., article Scroules.) Quelquefois la cicatrisation de ces ulcères est entravée par le (lé\eloppement d'une maladie très voisine de l;i pourriture d hôpital, et ([ue M. Guersant a désignée .^ous le nom de pourriture scrofulcusc , mais que 1 on ne voit guère sévir que dans les salles d hô[)ital.

Les dermatoses sont fort communes chez les scrofuleux , car M. Lebert les a rencontrées I I 6 fois sur 6 1 4 cas de .-scrofules. Les firmes les plus importantes sont la faus.>.e teigne , Vimpcligo du cuir chevelu , et non pas, suivant M. Lebert . la teigne fav.Mise. de nature végétale, connue on l'a souvent répété , et à laquelle cet observateur n a trouvé aucun rapport direct avec les scrobiles : le lupus . soit superficiellement iilcéreux, soit rongeant m piofondeur soil essentiellement hyperli-ophi(pi(> [ Lebert. dont on a fait un signe palliognomonicjue des scrofules. Maintenant il faut savii r q\ie l'ec/énia . et tout ce <jue 1 on a confondu sous le nom de (jourmcs , .«-ont beaucoup i)lu-. coniuums et surtout piu^ tena/es chez h's enfants >croful('n\ cpie chez les autres , sans pour cela revêtir chez eux de caractères particuliers

Les scrofuleux sont très sujets à des inll.unmation'i cljronique'î oti ;« de- affec-

tions -simplement catarrhales des membranes muqueuses , qui ne présentent , du reste , rien de particulier que leur ténacité et la nature des moyens thérapeutiques qu'il convient le mieux de leur adresser. L'ophthalmie, en particulier, qui se montre presque toujours sous forme de blépharile et (juelquefois de kcralile , n'offre pas ces caractères spécifiques que les ophthalmologistes allemands surtout leur avaient assignés. Une leucorrhée , le plus souvent vaginale , existe à peu près constamment chez les filles et les femmes scrofuleuses.

On observe souvent chez les scrofuleux des tumeurs blanches qui ne présentent rien de particulier dans leur marche et dans les altérations organiques qui les constituent, si ce n'est cependant lorsque le voisinage des articulations malades vient à être envahi par des abcès tuberculeux.

Sur I I 4 cas de maladies articulaires scrofuleuses , M Lebert a trouvé pour siège :

L'articulation du pied .... 32 fois

— du genou. ... 31

— de la hanche . , 21

— du coude. ... 21

— du poignet ... 4

— de l'épaule ... 1 Des articulations multiples . . 4

Une des manifestations les plus graves de la maladie scrofuleuse est celle qui se montre vers le système osseux. La péricstite, chez les scrofuleux. affecte ordinairement unemarche lente, elle peut se terminer par la suppuration ; il y a alors décollement , carie ou nécrose , ou il survient un épaississen^ent fibreux du périoste, et , en môme temps, il se forme du tissu osseux à sa surface interne. La carie se montre le plus souvent dans les os spongieux , les extrémités des os longs, les phalanges des doigts, le calcanéum et les autres os du tar.-^e, les vertèbres, losmalain», les maxillaires . le sternum ; on voit souvent les extn'iiiités articulaires dvî^ os les plus volumineux, tels (pie le fénmr et 1 humérus, affectées de gonflement ou de carie. C'est suitout dans les |)halanges , d.ms les os du tarse . du métatar.'ie et de lavant-bras que Ton rencontre la nécrose II y avait, depuis les remarquables travaux de M Nél.'ifdn ciii le t\ihprrn\c dc^ os uii tendance

SUIOFULliS

a considérer comme toujours de nature tuberculeuse les caries et les nécroses des scrofuleux. Mais M. Lebert s'est élevé fortement contre cette manière de voir. « La nature circonscrite des maladies scrofuleuses des os , l'absence habituelle de matière tuberculeuse dans les os et dans le pus qui en sort , la possibilité de leur prompte guérison . avec ou sans suppuration et sans sortie de tubercules , tous ces faits prouvent qu'on est tombé dans l'exagération en désignant comme tuberculeuses toutes les affections scrofuleuses des os. Nous croyons être bien plus dans le vrai en affirmant que dans les scrofules des os , le dépôt de tubercules est l'exception et non la règle. » [Loc. cit., p. 508.) Ces remarques sont applicables à la maladie vertébrale de Polt , qui est une affection tantôt tuberculeuse et tantôt non tuberculeuse des vertèbres , et qui , bien que souvent développée sous l'influence de la diathèse scrofuleuse, lui demeure quelquefois tout à fait étrangère. Nous dirons du rachitisme la même chose que des tubercules : c'est que souvent lié à la diathèse scrofuleuse, il en peut demeurer complètement indépendant.

Le sang des scrofuleux n'a encore été analysé , à notre connaissance , que par M. Nicholson. Voici les résultats de ses recherches chez douze individus scrofuleux.

Le chiffre des globules présentait de i 01 à 1 35 (chiffre normal, \ 27 [Andral]); celui de la fibrine de 3 à 1 , 2 (chiffre normal, 3) ; les substances dissoutes dans le sérum de 80 à 78 ( chiffre normal, 80 ) ; l'eau de 855 à 81 6, 5 (chiffre normal, 790) {Gazette des hôpitaux, 7 novembre 1846). Ces résultats sont analogues à ceux observés dans les maladies tuberculeuses par MM. Andral, Gavarret, Becquerel et Rodier, pour la diminution des globules et l'augmentation de l'eau ; mais ils offrent une différence notable sous le rapport de la fibrine, qui ne diminue pas au commencement des maladies tuberculeuses et qui augmente à l'époque du ramollissement des tubercules, tandis que, d'après M. Nicholson, elle offrirait toujours une diminution notable dans les scrofules. Quant à l'examen microscopique du sang dans les scrofules comme dans les tubercules , il n'a point fourni de résultats assez positifs et assez satisfaisants pour qu'on puisse en

déduire des conclusions un peu positives (Lebert, loc. cit., p. 13).

Quel que soit le siège des différents désordres dont nous venons de présenter rénumération, ceux-ci se présentent à nous avec des caractères coirmiuns qui montrent que c'est sous une influence identi(jue qu'ils se sont développés. L'inflammation, chez les scrofuleux, a une marche toute particulière : la douleur, la chaleur, la rougeur manquent souvent ou bien existent à un degré peu prononcé ; la suppuration est lente à se faire ; le liquide purulent lui-môme n'a pas les qualités qu'on trouve au pus phlegmoneux; le ramollissement et l'ulcération des tissus sont la suite fréquente de la phlegmasie chez les scrofuleux ; la cicatrisation et toute espèce de travail de réparation sont lentes à se faire. L'adénite, l'abcès, la tumeur blanche ont , chez les scrofuleux , une manière d'être toute différente de celle qu'ils offrent chez les autres malades {Compcnd. deméd. prat., t. VII, p. 516). Ce qui frappe dans ce tableau, c'est l'absence de réaction dans l'organisme. Les maladies scrofuleuses demeurent locales: l inflammation, la suppuration, ne déterminent ni fièvre, ni douleur ; mais aussi la migration du pus vers l'extérieur, l'élimination des produits morbides, la production des bourgeons charnus, la cicatrisation, enfin, ne se font pas". Le rôle curatif de l'organisme est nul.

Aussi les maladies scrofuleuses ne menacent-elles pas en général directement la vie , à moins qu'elles n'atteignent le système osseux dans des régions profondes et importantes , telles que le corps des vertèbres, les os du bassin, ou encore qu'elles ne se fixent sur de grandes articulations, à moins surtout qu'elles ne viennent à se compliquer de tubercules. Les scrofuleux languissent généralement pendant de longues années et gagnent ainsi l'âge de la puberté, oii, soit sous l'influence du traitement hygiénique et médical , soit que l'organisme prenne alors le dessus, on voit peu à peu disparaître les synjptômes de la maladie scrofuleuse. Cependant il y a des individus qui restent scrofuleux toute leur vie , continuant d'être en proie aux diff"érents désordres que nous avons dé crits, ou demeurant seulement sous l'influence d'une prédisposition qui se mani-

SCROFULES

feste a la nioindre cause occasionnelle.

Parmi ceux qui s:nérissent , la plii|iarl conservent des vestiges de la maindie passée, soit simplement superliciels. comme des cicatrices caractéristicpies, soit profonds, lorsque la maladie a occupé les os des extrénulés ou ceux qui a\oisineiit les cavités splanchniques. ou quand elle a occasionné des déformations irremédinMes.

Kn résumé, le proimslic «/es scrofules varie plus encore suivant les conditions extérieures parmi les(|uellcs le malade se trouxe plopgé que suivant la forme et le degré (jue présente la maladie ; et ici , comme dans tMutes les mal.idies qui se |)(>uvent transmettre des parents aux entants, la .<crotnle héréditaire sera généralement plus diflicile à détruire que l;i scrofide acquiscv

Cai:sks des scrofules. Il est inutile d'insister sur ce que les causes prochaines des scrofules nous sont tout aussi inconnues (pie celles des tubercules ou du cancer : ce que nous pouvons seulement étudier ici . ce sont les conditions parmi lesquelles on voit le plus souvent se développer \o> scrofules, conditions auprès desquelles il faut toujours placer l'existence d'une predispositif)!! S|>éciale , qui n'est , à proprement parler, que hi diathèse elle-même.

Nfaintenant cette diatlu'se peut exister à (Ic^ df'grés divers , de telle sorte qu'elle semhh' suffire chez ipielques uns pour déterminer le développement de la maladie, tandis <pie chez d'autres elle nécessite I inlerxenlion de circ(Mistances (pie nous allons énumérer

Sui\ant M. I.ugol. la cause la pluscomnnm(\ la |»lus évidente des scrofules est l'hérédilé: elTeest si générale, dit-il. qu'on peut aller jus(prii dire quelle existe, alors même qu'elle ne peut ét^e formellement reccmniie : rtr , dans le** c^^ rte WMtc espèce il est encore plus flIfRcfle^dé ttrdh'et" une autre ciUi^e f)ro<luclrice (|;rr»s Tes agents extérieur:^ q<ié de leur ftîislgri^f «li^ rtH* pine héréditaire '[/f»r/u'/-cW(*.«;' rt Hhirrt^tionH !^ur Ips rnu:<r<i (i% nidltuflci srt'ofilfeiiftffi , tSir p y II seml)N»faif, tt'ripr^ ce pn«<sage que cet auteur dévélopp»» fort ftu long, que la maladie srrofrïlrnse m' reproduirait toujouti? ]jar fmYHftiî^sioH ; et ne <aurnif jamais n.iîtn! de premier .r^ordcliéz un individu. sfMi«< liufluence de < cMiditionj^ rrrgîïniqnn^ ou d»» circnff^'ftii<*«»*»évt('ri«trf^^

déterminées. Mais cette manière de voir déjà émise par M . Cullen ne nous paraît pa^ exacte. Dabord il est incontestable que l'on voit les scrofules se développer hors de l'inlluence de toute transmission héréditaire : ensuite il ne nous paraît pas douteux que ce ne soit la diathèse scroluleuse, c'est-à-dire la prédisposition aux scrofules, plutôt que les scrofules elles-mêmes, qui. d'ans l'immense majorité des cas , au moins , se transmette seule des parents aux enfants. et les circonstances (pii prennent souvent une si grande^ part à la manifestation d'une telle diathè.-;e sont sans doute suffisantes par elles-mêmes pour engendrer les scrofules. C'est la nécessité de cette intervention de causes particulières qui explique comment, parmi i)lusieurs enfants nés dé parents scrofuleux , un ou deux seuls présentent des signes de scrofules, et pour- (pioi linfluence héréditaire saute quelquefois une génération. La prédisposition a été transmise , dit M. Baudelocque, aux deux générations : mais la première a été soustraite, tandis que la seconde a été sounùse à l'action de la cause sans laquelle il n'y a pas rie scrofules (/oc. cit., p. 10). il .semble résulter d'observations recueillies avec soin par M. Lebert , que l'hérédité serait plus souvent constatée chez les individus à la fois scrofuleux et tuberculeux, que chez ceux (pii sont seulement scrofuleux, ou surtout .'ieulement tuberculeux [loc cit., p. 71).

M. Lepelletier de la Sarthe a indiqué ia conception opérée pendant réj>o(pie menstruelle comme une cause directe de scrofules ( Traite complet de la maladie acrofuleusp, p. 57). Ce même auteur a dit encore que le mariage entre deux individus ou trop jeunes ou trop vieux, ou bien entre; un vieillard et un adolescent . pouvait avoir les mêmes consé(piences. M. Lugol a souteiui la même oj)inion et prétend en Hvoir observé un grand nombre d'exemples. SuiV?iT)( M. Jolly. la maladie aff.'Cleraii de [^référence les enfant > (jui naissent de parents ttê«' ff^lblw et <i(m 6nt abusé du coït, (urde mên^s qui p'éndant le te'^p^de la gtstation ont contiimé d ;illailer OrtC rit . p. oK»),

l.';illalf(»nient p,ir une noiirnce scrotu- IriiM» a ele mn»ftléré par Horde,\i et par M l ii'iil roiiiiiie iioiivant trfOisrn^ttfp

SCROFULES

cette maladie. Mais M . Guersaiit a parfaite- i ment expliqué comment, dans les cas de ce genre, ce n'était pas h la transmission directe d'un principe scrofuleux qu'il fallait attribuer ra|)|)ariti()n de la maladie , mais aux qualités insuflisantes du lait d'une telle nourrice , circonstance (pii rentre dans l'ordre de celles que nous connaissons comme les plus propres à engendrer les scrofules. Le défaut du croisement des races paraît être encore une des causes de l'endémicité des scrofules dans certaines localités , de leur fïéquence dans certaines familles ou certaines classes de la société (Lugol). Rien ne nous autorise du reste à admettre la transmissibilité des scrofules par contagion , et tous les essais d'inoculation (jue l'on a tentés à ce sujet n'ont eu que des résultats purement nég itifs.

Il résulte des observations de tous les auteurs, que les scrofules s'observent rarement avant l'âge de deux ou trois ans , et après celui de dix-huit ou vingt: ce qui contraste avec l'époque habituelle du développement des tubercules , qui va toujours en augmentant jusque vers le milieu de la vie. Il est vrai que M. Lepelletierde la Sarthe dit avoir vu à la Salpêtrière des femmes devenir scrofuleuses les unes à quarante, les autres à cinquante et même à soixante ans : mais l'exactitude de pareilles observations nous semble fort contestable. On s'accorde généralement à admettre que les scrofules, comme les tubercules, sont beaucoup plus communes dans le sexe féminin que dans le sexe masculin. D'après des tableaux comparatifs dressés dans plusieurs hôpitaux dé Paris, M. Lepelletier de la Sarthe établit que les scrofuleux du premier sont à ceux du second : : 5 : 3. M. Lebert, après avoir rappelé que des résultats opposés avaient été obtenus, pour les tubercules , par M. Despine, à Genève, par M. Dietrich , à Prague , expose que pour les scrofuleux proprement dits, il n'a pas trouvé de différence notable entre les, deux sexes , et que sur 537 cas, il y avait 274 hommes et 263 femmes. Mais si cette différence, ajoùte-t-il, pour les scrofules en général est presque imperceptible, il n'en est plus de même pour les diverses formes de scrofules II a constaté, en effet, une prédisposition égale des deux sexes )?our les maladies des os, une prédisposi-

tion plus grande des hommes pour les maladie.-^ articulaires, les abcès et les ulcères, du sexe, féminin pour les maux d'yeux et les maladies de la peau (loc. cit., p. Gi).

L'influerice du tempérament exerce-t-ellc une action réelle sur le développement des scrofules ? Il semble au premier abord que rien ne soit ])lus facile que de répondre à cette question, car telles sont les relations au moins extérieures qui paraissent exister d'abord entre les caractères du tempérament lymphatique et ceux de la diathè.se scrofuleuse, queRicherand ne voyait dans l'affection scrofuleuse que l'exagération, en quelque sorte, du tempérament lymphatique. Outrez, disait-il, tous les caractères attribués à cette constitution particulière du corps, et vous aurez un tableau fidèle de cette maladie ( Nosogmpkie cfiirurqicnle. 5*édit., 1. 1, p. 426). M.Guersant et M. Baudelocque ont déclaré, de leur côté, que , suivant l'expression de ce dernier auteur, la nature de ces deux états était si dissemblable, qu'il n'y avait aucun rapport entre le tempérament lym)>ha tique le plus outré et l'affection scrofuleuse la plus légère. « Il n'y a pas de doute, dit M. Guersaut, que certains tempéraments sont plus souvent disposés que d'autres à l'affection scrofuleuse, et que, toutes choses égales d'ailleurs , les individus jouissant d'un tempérament lymphatique y sont peutêtre un peu plus sujets. Cependant il faut se garder d'admettre comme certaine cette assertion qu'on répète dans tous les ouvrages. Je vois tous les ans un grand nombre de scrofuleux, et certes la majorité de ces enfants n'offre point les caractères qu'on accorde généralement au tempérament lymphatique. Beaucoup d'entre eux sont châtains ou bruns, ont la peau sèche et peu d'embonpoint.» [Loc. cit., p. 190.) M. Lebert avance que rien , dans l'état actuel de la science , ne prouve que le tempéramentintlue sur la prédisposition aux scrofules et aux tubercules (/oc. cit., p. 64). Il nous semble que la rigueur fort louable avec laquelle on a cherché dans ces derniers temps à traiter cette question n'a pas moins écarté de la vérité que la complaisance avec laquelle on s'était arrêté à des peintures auxquelles l'imagination avait peut-être ajouté. Qu'importe, en effet, que la quantité de lymphe propre à

SCROMLKS

cliaque inuixidu ne puisse être iippréciée (Loberl\ que les nègres soient malgré leur peau noire sou\enl affectés de scrofules (Thomson) , que beaucoup de^^scrofuleux soient châtains ou bruns (Guersant '>? La question est de savoir si beaucouj) dindividus ne présentent pas un certain nombre de caractères d'organisation identiques ou analogues , et auMpiels on a imposé a tort ou à raison le nom de tempérament lymphatique, et si les attributs de ce tempérament ne se rencontrent pas chez un grand nombre de scrofuleux , ce qui ne nous semble pas pouvoir être résolu par la négative. Il nous semble également (|u'il n'y a pas, comme manifestation extérieure au moins, aussi loin que l'affirme M. Baudelocque , entre l'exagération du tempérament lymphatique et la diathèse scrofuleuse. On j)eul donc admettre au moins , avec MM. Monneret et L. Fleury , (jue le tempérament lymphatique peut être considéré comme une cause prédisposante de la scrofule , et que les scrofules se développent peut-être plus facilement et avec plus d'intensité chez les hinplialiques (juc chez les autres , en raison de la laible résistance qu'ils opposent aux agents ca|)ables de déterminer la maladie (Compe/K/à/m de méd. prat., t. VII, p. 529).

Les causes hygiéniques prennent évidenmient une grande part dans la jirodiiction (les maladies scrofuleuses. dépendant la plupart des auteurs ont ap|)orté dans leur apj)réciation un esprit d'exclusion qui ne permet d accepter en général leurs assertions qu'avec beaucoup de déliance. C'est ainsi que M. Baudeloc<pie, dont l'opinion du reste à ce sujet a accpiis (piehpie importance, voit dans l'altération de l'air la cause à peu près unique des scrofules. « Lorsque l'air, dit-il, est isolé, séparé, du reste de 1 atmos|)here, empri.-onné pour ainsi dire, la proportion res|)ective de ses prin(i|)es constituants ne larde pas à être changée par la respiration : l'altération (pi'il éprouve le rend de moins en moins propre à concourir à l'hématose; et ce pabnlutn vitœ. suivant l'expression si vraie, si jirofonde d Hippocrate, devient un aliment de mauvaise ipialilé. Telle est la véritable (anse, la seule cause jieut-ôtre, de la nialadie scrofuleuse. » [Lnc. cil , j). 123.) Suivant M .lolly. il ne-t pa- de cause plu> puis-

sante, plus commune . plus généralement admise que l'habitation des lieux froids, humides, marécageux et inaccessibles aux

bienfaits de la lumière et du soleil Le

passage dans un climat froid, humide, dit encore cet auteur, j^araît être surtout l'une des causes les plus actives de la maladie scrofuleuse {loc. cit., p. 582).

M. Lepelletier de la Sarthe pense que l'affaiblissement général , qui ne manque pas d'arriver chez les sujets qui sont pri- Nés de la lumière solaire, doit prédisposer fortement à la scrofule. Enfin, M. de Humboldt avait prétendu qu'une diminution dans la quantité de Huicle électricpie concourait pour quelque chose au développement et au progrès de la disposition scrofuleuse. Une nourriture malsaine ou insuffisante a encore été considérée comme une cause de scrofules : Hufeland a accusé lallailemcnt artificiel, l'usage habituel des pommes de terre, d'amener de tels résultats. D'autres auteurs ont fait ressortir avec raison les inconvénients (jui doivent résulter dune alimentation i)urement végétale, |)our les enfants (jui sont disposés à devenir scrofuleux.

Nous ne saurions mieux résumer ces diverses assertions et exprimer ce (|u'il est permis d'en déduire , qu'en reproduisant le résultat des recherches de MM. Rilliet et Bnrthez sur ce sujet : i' Nous venons de rechercher, disent-ils, l'intluence isolée de chacune des causes antihygiéniques , et l'on a jm voir (|u'il faudrait s'al)user étrangement j)our admettre que la scrofule ou la tuberculisation sont exclusivement produites par l'une ou par l'autre Nous mettons en fait (ju'il est rare de \oir un enfant se tuberculiser uniquement pour avoir couché dans im lieu mal aéré ou pour a\oir été mal nourri. Nous croyons, au contraire , que dès que ces deux causes agissent simultanément , il en peut souvent résulter le dtpôt tuberculeux ( ou la scrofule). Ce que nous disons ici de l'alimentation et de la viciation de l'air, nous le répétons pour toutes les autres causes antihygiénicpies. » [Traité des maladies des cnfnnls, ISili, t. II!, p. 101.)

Si nous résumons maintenant l'étiologie tout entière des scrofules, nous voyons que toutes les conditions mentionnées plus haut agissent comme débilitantes, comme

aCKOFUl-lùS

tendant à soustraire à l'économie de cette force de réaction qui seule lui permet de résister à toutes les induences nuisibles contre lesquelles elle a sans cesse à combattre au dedans et au dehors d'elle. Conditions organiques, conditions hygiéniques, individuelles ou communes, toutes agissent dans le même sens , si bien qu'on a pu dire avec raison , suivant nous , qu'il serait possible de rendre un enfant scrofuleux en le soumettant à ces conditions multiples , qui peuvent agir isolées lorsqu'elles s'adressent à un individu prédisposé. Seulement nous ajouterons que l'on rencontrerait encore des organismes réfractaires à la scrofule, comme à toutes les maladies même douées d'un caractère de spécificité bien plus tranché encore.

On a agité la question de l'identité de la syphilis et des scrofules, et de la transformation de lune de ces maladies dans l'autre : nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de nous arrêter sur ce sujet. Nous dirons seulement que la syphilis constitutionnelle, héréditaire , peut certainement constituer une prédisposition puissante aux scrofules, comme tout ce qui est de nature à livrer aux influences que nous avons énumérées une organisation affaiblie ou simplement troublée dans son mécanisme.

Traitement des scrofules. Il y a deux objets à rechercher dans le traitement des scrofules : combattre d'une part la cause spécifique de la scrofule , et d'une autre part les conditions sous l'influence desquelles nous avons vu se produire le plus souvent les manifestations de la prédisposition ou diathèse scrofuleuse. Au premier chef se rapportent les agents spécifiques ou empiriques que Texpérience a démontrés les plus propres à neutraliser le principe scrofuleux ; au second appartiennent les soins hygiéniques ou médicaux qu'indiquent naturellement les conditions étiologiques ou les manifestations symptomatiques ordinairement observéeschez les scrofuleux.

On n'a malheureusement pas encore trouvé le remède spécifique de la scrofule, comme celui de la syphilis, bien qu'on ait pu croire un instant que l'iode pourrait jouer dans cette affection le rôle du mercure d;ms les maladies syphilitiques. C'est à M. Coindet, de Genève, que l'on doit les premières applications des préparations

iodurées au traitement *\<è?^ maladies strumeuses, et c'est M. Lugol qui les a le plus employées et prônées en France. Sur 109 malades scrofuleux, traités dans le cours de seize mois à l'hôpital Saint-Louis, depuis le 10 août 1827 jusqu'au 31 décembre 182S , voici quels avaient été les résultats obtenus par ce médecin : 66 sortis guéris ou en voie de guérison, 4 sortis amendés, sans espoir de guérison, 39 demeurés en traitement , la plupart en voie de guérison [Mémoire sur V emploi de l'iode dans les maladie^ scrofuleuses , 1829 , p. o). M. Baudelocque fit connaître plus tard des résultats moins brillants d'observations faites dans des conditions fort analogues cependant : « 67 enfants du sexe féminin furent soumis à l'emploi de ce remède (l'iode) pendant un temps assez long pour qu'il fût permis d'apprécier avec certitude l'influence qu'il avait exercée. Chez toutes ces jeunes filles la maladie existait depuis longtemps : 1 5 ont été entièrement guéries des symptômes apparents de la maladie ; I 4 ont éprouvé dans ces symptômes une grande amélioration qui annonçait une guérison prochaine ; chez 1 3 il est survenu une amélioration beaucoup moins grande , mais qui laissait entrevoir cependant une guérison encore éloignée ; 5 ont à peine éprouvé quelque changement avantageux dans leur état ; enfin 20 malades n'ont retiré absolument aucun bien de ce remède.» [Loc. cit. , p. 283.) M. Guersant dit que l'iode lui a toujours paru plus ou moins utile sur les deux tiers au moins des malades auxquels il la donné ; que c'est surtout dans les adénites, les abcès et les ostéites simples, non tuberculeuses, que les préparations d'iode lui ont paru surtout recommandables [loc. cit., p. 239). Voici comment s'exprime au sujet de ce médicament M. Lebert, qui a eu occasion de voir et de traiter un grand nombre de scrofuleux : « Sans reconnaître à l'iodure de potassium , forme ordinaire sous laquelle nous employons l'iode , une action sur les scrofules aussi certaine et aussi constante que celle qu'il a révélée contre les accidents tertiaires de la syphilis constitutionnelle , nous l'avons cependant trouvé très propre à améliorer l'état général de la santé, principalement chez ceux des scrofuleux dont la constitution n'était pas

scrofl'leî;.

irop ilctt'rimvt' i»ar une suppuiiilion abondante et prolongée. Nous avons vu , sous l'intluence de ce médicament , les fistules se tarir et les ulcères se cicatriser en même temps que les malades rei»renaienl de 1 embonj)oinl , de la force et de la vigueur. Nous avons trouvé son emploi utile dans les affections clironiipies des articulations et des os, surtout cpiand li^ travail plîlegmasique chroniiiue .>-e nianife>tait i)ar une tendance au ticpùt libro-j)la>tique abondant ou à l'hypertrophie. Nous l'avons vu réussir plus rarement dans l'ophthalmie et les all'eetions cutanées, et, en général, il nous a paru mieux con\enir chez les sujets dont la maladie otl'rait un cachet d'atonie et de torpeur, que chez les eniants très irritables, 1res disposés à des inflammations aiguës, à la formation d'al)cès. etc., cas où son action nous a semblé moins sûre et moins efficace.» (/-OC. cit., p. 93.)

Nous avons rapporté ces divers passages pour donner une idée du degré de conhance que l'on peut avoir dans les préparations iodurées en général, qui, sui\ant M. Guersant, n'auraient rien de plus spécifique que les autres médicaments. L'iodure de potassium est le plus souvent employé; la forme la meilleure est une solution aqueuse dont les proj:ortions soient eonnues : ainsi 1 ou 2 grammes d'iodure dans 30 grammes d'eau distillée. M. Lugol a lionne la formule d une eau iodurée ainsi composée: iode, 20 centigrammes; iodure de potassium , 40 centigrammes : eau , oOO gramuies. On peut donner de 50 centigrammes à 1 granuue d'iodure de |)otassium par jour et même davantage. L'iodure de frr e>t une préparation utih» spécialement pour les scrofuleux dont la constitution est très délérioiée; on radmini>lre surtout sous forme (h; siroj) , à la dose de 25 à 50 centigrammes par jour.

L'/i»i7c lie joie de ntonic , inlroduile depuis une dizaine d années seulement dans la Ihérapeuticpic . en I-iance, bien (pi'elle fût (Mnployée dcpui.-. loii;^lemp-< dejii en Allemagne, a été (piehpic 1(mii|»s préconisée comme un si)écifi(pie de la maladie scrofu!eus(v II n en est i icn , et ccjxMidiml c'est un médicainent précieux et qui parad ne pas devoir seuiemeîit son efficacité à l'io^le qu'il renferme. Quchjues personnes supportent difficilement ce nn-diiMmcnl ,

qui détermine chez elles des nausées et de? vomis.<ements. D'autres fois , il est remarquable par l'irrégularité des efTets qu'il j)roduit , ce qui a été attribué aux différences qu'il peut offrir dans sa composition, par suite de son ancienneté , de son mode de préparation ou d'autres circonstances encore. Dans tous les cas , cette inégalité d'action a été notée par tous les observateurs. Le résultat de notre propre expérience, dit M. Lebcrt , est que ce moyen s'adresse essentiellement à la nutrition en général , et que , mis en usage pendant longtemps , il peut améliorer notablement toute la constitution, et agir ainsi sur la disposition scrofuleuse. C'est dans l'arthrite des scrofideux, dans les maladicsdu système osseux, et dans la carie articulaire surtout, (jue ce médecin (mi a observé les meilleurs effets (/oc. cit., p. 99). Ces résultats sont exactement semblables à ceux (juavail exposés le docteur Taufilied dans un des premiers travaux qui aient fait connaître en France ra[)plication de 1 huili> de foie de poisson au traitenient des maladies strumeuscs (G(»3^//c mnlicale, 1839, p. 710). M. Lombard, de Genève, a employé avec succès ce médicament dans l'ophthalmie scrofuleuse. Tous les |)iaticiens sont d'accord pour en conseiller l'enq^loi prolongé et per.>é\érant , pendant plusieurs mois au moins, si l'on veut en obtenir ([uelques résultats avantageux , sauf à en intenomprc (le temps en temps l'usage.

Les prviuu'diUniR d'or ont été fort \antées dans le traitement des scrofides , surtout par M. Chrétien , de Montpellier, par M. Legrand [De l'or dunsle irailcmciit drs scrofules, i'aris, 1837, in-8), par M. Duhamel [Consid. pntt. sur les mal. scroful. ri leur Irnil. par les pn'i). d'or, Paris, 1839). Malgré l'apitarente con\iction de ces médecins, ce médicament est peu usité et ne parait pas avoir jtroduit entrer les mains de tous les praticiens les effets a\antageu\ (jui lui .ivaient été attribués. Cependant un médecin distingué, de Genève, et dont on a à regretter hi perte récente, M. Prévost, parait en avoir fait un assez grand usage Il indicpie, connue ta préjtaration la jtlus douce, l'ordivi.sé par le mercure, à la dose de 4 à l'y centigrammes, deux fois par jour, en frictions sur la langue ; on augmente progressivement la do.se. Il conseille aussi

SCROFULEsS

le muriate d'or, de '20 à 30 centigrammes dissous dans 60 grammes d'eau , pris trois ou quatre fois par jour , ù la dose de 15 à 20 gouttes. Comme effet local de l'or, lorsqu'on l'emploie en frictions sur la langue , on observe une légère irritation à la bouclie et une salivation peu notable et peu incommode. En môme temj)S le pouls se relève , l'appétit devient meilleur, l'état des forces et d(» toute la santé générale s'améliore. Quelquefois l'or produit des crises fébriles. En général , il est bon , pendant son emploi , de bien surveiller la circulation et de préserver les malades des vicissitudes atmosphériques. (Note du docteur Prévost communiquée à M. Lebert.)

Les mercunuux ont été beaucoup employés sous toutes les formes dans la thérapeutique des scrofules. Ils y ont été introduits surtout par la prétendue parenté que l'on a cru reconnaître entre la syphilis et la scrofule. Mais tous les praticiens nous semblent aujourd'hui d'accord pour en rejeter l'emploi. Les frictions mercurielles peuvent être cependant mises en usage pour obtenir la ré.solution des engorgements glandulaires ; mais elles réussissent en général beaucoup moins bien que les frictions iodurées.

Les feuilles de noyer ont été préconisées par M. Négrier, d'Angers^ comme un des moyens les plus efficaces que l'on puisse employer contre la maladie scrofuleuse. Ce médecin a fait connaître dans les Archives générales de médecine , avril et mai 1841, et février 1844 , les résultats très remarquables de sa pratique , car des cas de scrofules très graves avec altération profonde de réconomie , lésions des os , etc. , avaient éprouvé une guérison complète ou au moins une amélioration considérable , par suite du simple emploi des feuilles de noyer en infusion , en extrait , en cataplasmes, en lotions, en injections dans les trajets fistuleux , etc. Cependant, soit que la simplicité même de cet agent thérapeutique ait nui à sa vogue , soit qu'il nait pas été employé avec assez de persévérance, condition indispensable dans toute thérapeutique de ce genre , le traitement par les feuilles de noyer n'a pas acquis beaucoup de crédit en France , ou du moins les feuilles de noyer ne sont guère employées que comme un adjuvant de traitements ré-

putés |)lus actifs. Néanmoins M. Négrier vient de faire connaître , dans 1(; numéro de février et d'avril 1850 des Archives de médecine , les résultats de la pratique do plusieurs médecins étrangers, le professeur Stall de Bonn , le docteur Kruetz Wald (1813), et le docteur Borgiali.

M. Négrier fait suivre la reproduction des faits oljservés et pul)liés par ces médecins, des corollaires j-uivants :

Les affections scrofuleuses sont, en général , radicalement guéries par les préparations de feuilles de noyer.

L'action de cette médication sur 1 économie est assez constante pour que l'on puisse compter sur la guérison du plus grand nombre des sujets traités par ce moyen thérapeutique.

Liniluence des préparations de noyeiest lente, inoffensive et durable.

Les premiers effets du traitement sûr l'économie sont généraux; son intluence locale vient après.

Les affections scrofuleuses de la peau , des muqueuses , du système des vaisseaux et ganglions lymphatiques": sont guéries aussi facilement , aussi prompt ement et plus sûrement par les préparations de feuilles de noyer que par toute autre méthode connue actuellement.

Les affections du système osseux , cartilagineux et ligamenteux ayant le vice scrofuleux pour principe , sont quelquefois guéries radicalement par les seules préparations de feuilles de noyer. Les sujets lymphatiques en éprouvent toujours de bons effets ; les modifications profondes qu'ils en ressentent entraînent souvent la guérison des caries des os et de leurs annexes. Ces mêmes affections osseuses, chez les sujets secs et nerveux , ne sont pas sensiblement modifiées par le traitement; Ihuile hépatique est préférable alors , associée aux infusions de feuilles ou de fruits de noyer (le brou de la noix).

Les ophthalmies scrofuleuses sont sûrement et promptement guéries par un traitement ayant pour base les préparations de feuilles de noyer, [archives, avril 1850

Nous venons de passer en revue les di vers agents thérapeutiques qui peuvent former la base de traitements sérieux dans les scrofules. Nous en avons assez dit pour

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