TOME Vif
Voici l'opinion de M. Phillips sur ce sujet : « Quel que soit, dit-il, le degré de déviation, il est souvent presque inq)ossible de déterminer si le sujet louche des deux yeux ou d'un seul œil. C'est seulement après la première opération , lorsqu'on a délouché un œil que l'on s'aperçoit que l'autre n'est pas placé régulièrement. Dans ce cas, il ne faut pas remettre à un autre moment la seconde opération ; il faut de suite après la première, entreprendre l'autre œil. L'iullammation n'est pas plus redoutable après deux o[)ération.s qu'après une seule ; et si l'on tarde, il est rare que Ifs malades f->e soumettent de nouveau au scalpel de l'opérateur. »> {Du strabisme^ 1840, p. 74.)
M. Baiidens combat de la manière suivante , l'opinion que nous venons de citer : « Jusqu'à ce jour, dit-il , nous n'avons jamais suivi le conseil de M. Phillips, et à mesure que le cercle de notre pratique s'agrandit et vient fortifier notre expérience , lo'in de nous en rapprocher, nous n'en éprouvons que plus d'éloigné ment. Sur 7 personnes atteintes de strabismtî convergent double très prononcé, 6 ont éprouvé graduellement de l'amélioration du côté opposé à l'opération : celleci ayant eu un succès complet du côté
soumis à la main de l'opérateur Le
septième opéré louchait aussi des deux yeux, mais n'ayant obtenu de rectitude que du côté opéré , nous avons procédé plus tard à la seconde épreuve; il parait que nous avions affaire à un muscle rétracté. Ace compte, il résulte que G sur 7 ont profité des avantages de la temporisation dont nous nous sommes fait une loi en pareille circonstance. Le précepte de M. Phillips estdonc trop absolu ; il faut nécessairement établir une distiticîion dans la variété et le degré d'intensité du strabisme. Nous croyons qu'en thèse générale, (juand les yeux peuvent se mouvoir en dehors avec aisance, lorsque la paupière opposée est masquée par un bandeau , il ne faut opérer que l'œil le plus affecté de déviation et d'affaiblisssement de la vue ; tandis que dans la cas contraire, quand les yeux strabiqucs peuvent a [)eine se replacer au centre du globe oculaire, il faudra probablement plus tard opérer le second œil , parce que la corde est trop
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rj'tr.Tctée, et qu'il faut la couper. » {Loco cit., p. 50.)
M. Dufresse adopte complètement la pratique de IM. Bandons.
Jiésullats immédiats de l'opération.
Lorsque l'opération est indiquée et qu'elle est bien faite, elle a pour résultats immédiats : 1'^ de redresser l'œil opère ; l'organe n'est pas toujours ramené instantanément dans la position normale, il arrive (pjelqiiefois qu'il se trouve plus ou moins dévié du côté oppose, ou que le redressement n'est qu'nicomplet : mais bientôt ]\v\\ vient de lui-même se placer au centre de l'orbite ; 2° d'améliorer la vue. Ce second résultat est ordinairement si heureux, que les opérés eux-mêmes en sont surpris. Nous devons noter cpie (juelipiefois, après l'opération même la mieux faite, la vue devient double, il se forme une dij'lopie. On a cherché à expliquer ce l)hénomène, qui, d'après I\I. Phillips, se développe surtout lorsqu'il y a une léi^ère divergence de lœil. « Dans ce dernier cas, dit ce chirurgien , il est quelquefois ncres^^aire de couper le muscle externe, afin de ramener l'œil dans sa position normale : quant à la vue double consécutive, «aïK déviation de l'o'il, elle cesse avec le temps et par l'exercice. Il suflit ordinairement de vingt à trente jours pour qu'elle ait entièrement disparu. » {Loco cit.,
Soiti'i àdoniicr au malade après Vopcratinn. Quel(]ues chirurgiens ncizli^'cnt pput-étre tro|) leurs (q)ere(=<; les prec eples f-nivans, (ormule-; pnr M. Verhaeghr.nous paraissent très .^ages. <• I.e traitement , .»pr«"i l'opération, dit il, est très siinplc; des fomenlaliitus d'eau fioide pendant les premières quarante-huit heures : les fomentations doivent être renouvelées très souvent de niiuiiérc à produire (huis l'organe une sensation de fraîcheur. Toutes les minutes au plu«j,on rloit mettre une autre compresse trempée d.ius Teau froide ; quand on la laisse plus long-temps, elle s'eehauire bien vite , et alors elle devient nuisible. Le troisième jour, on peut «'•changer ces fomentations froides contre d'autres faites avec de l'eau de (/oulard liede , qu'on remplace plus tard par un «impie collyre de sulfate de zinc , de pierre divine, etc. A la moindre douleur,
au plus léger signe d'inflammation qui se manifeste , on doit le combattre energiquement par les sangsues ou les saignées, selon les circonstances; car l'inflammation, facile à arrêter <à son début, pourrait persister long-temps, mettre l'œil en danger si on la négligeait au commencement, ou si on lui opposait des demi-moyens.
» J'ai connu à Berlin deux personnes , entre autres une jeune comtesse, qui ont perdu l'œil de cette manière. Un jeune homme, M. Lané, Suisse de naissance, a dû tenir le lit [)endant un mois ; dans cet intervalle il a eu ilcux saignées générales et une cinquantaine de sangsues aux tempes : mais il s'en est heureusement tiré avec guérison parfaite de son strabisme. Dans le nombre de 280 opérations que j'ai vu faire par M. Dieffenbach , il y en a encore quehpies-unes où on a dû faire des saignées ou mettre des sangsues ; mais cela ne prouve pas que l'opération soit dangereuse. Il y a des individus tellement prédisposés , que la moindre ègralignure se complique d'accidens inllammatoires. » (Loco cit. ^ p. 51.)
Les dernières phrases de cette citation ne doivent point être oubliées par les praticiens. Elles confirment ce que nous avons déjà dit dans un autre passage de cet article.
Suites de l' opérât ion. a. Granulations^ bourgeons cliar7ius. « Les trois ou (juatrc premiers jours qui suivent l'opération, dit M. Phillips, le côté de l'a'il cpn aeteopéré reste rouge, «pielques tilamens de inem brane niuquense et de tissu cellulaire fatiguent (pielquefois les malades par l'irril.uion qu'ils produisent ; ils agissent romiiH! des corps étrangers : il faut les couper, et la gêne cesse aussitôt. Les premiers jours passés, on remplace l'eau froide par l'eau de plomb et la rougeur pâlit bientôt. C'est à cette époque (jneles bourgeons nnupieux commeneent à pousser, principalement chez ceux <iui ont eu l'œil très dévie. Ces bourgeons sont blancs , quelquefois roses; ils se lèvent sur un fond rouge : lorsqu'on veut les prendre avec des pinces, ils échappent aux mors et la moindre traction les déehire. Il est cependant indispensable de les enlever, car ils grandissent avec rapidité. . . L'hèmorrhagie qui suit cette petite opération est presque
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3or
toujours abondante; souvent même elle rend celte opération diflicile, surtout chez les enfans : parce que ces bourgeons, gorgés de sang , se laissent déchirer par le plus léger attouchement. On fait aussitôt laver Tœil avec de Teau tiède que Ton remplace par l'eau de plomb , et deux ou trois jours après il ne reste plus de traces de Popération. Cependant les sujets qui ont souffert d'une grande inflammation, sont exposés à voir ces bourgeons se reproduire deux ou trois fois : il faut alors les enlever à mesure qu'ils apparaisscj^it. Il faut se garder de détruire ces bourgeons par la cautérisation ; les essais de ce genre qui ont été faits, n'ont pas été satisfaisans. Le traitement est fort long et laisse des cicatrices blanches , inodulaires; il se pourrait que, par la suite, la rétraction de ces tissus ramenât l'œil dans la position de strabisme. Ce traitement est plus douloureux que la simple excision. » (Loc. cit., p. 271.)
M. Baudens conseille d'attendre que le bourgeon soit rétréci à sa base, qu'il présente un collet ou pédicule ; alors, dit-il, « d'un coup de ciseau porté sur ce dernier, nous l'enlevons avec une facilité et une rapidité très grandes sans être exposé à voir surgir de nouveaux bourgeons comme cela a lieu quand on le coupe trop tôt. » {Loc. cit.^ p. 52.)
Que devient le muscle coupé? Beaucoup de chirurgiens pensent qu'il se rétracte et se cicatrise avec la sclérotique dans de nouveaux rapports. Les faits d'anatomie pathologique ne sont pas encore assez nombreux pour qu'on puisse être fixé sur cette matière. Cependant on en trouve un exemple publié par M. Hewet dans le London médical gazet., janvier 1841, et qui confirme l'opinion que nous venons d'émettre. Le voici tel que nous le trouvons dans la brochure de M. Dufresse :
« George Clarke , âgé de trente ans , entré à l'hôpital Saint-George, division Bahington , 11 novembre 1840, pour se faire traiter d'ulcères à la jambe , portait aussi un strabisme divergent à l'œil gauche , avec déviation très considérable.
Division du muscle droit externe le l*'^ décembre; au moment de l'opération, succès complet : mais une réaction inllamma-
beaucoup moindre après laguérison; néanmoins c'est à peine si l'on peut s'apercevoir qu'il y a de la différence entre la direction des deux yeux. Bref, le malade succomba à une pneumonie, le 1"" janvier 1841, juste un mois après l'opération.
» Autopsie. L'œil opéré a été soigneusement disséqué : le muscle droit externe est complètement divise à l'endroit où il commençait à devenir tendineux. La partie charnue s'était rétractée a environ trois quarts de pouce en arrière , mais est restée toujours attachée au globe de l'œil à l'aide d'une forte bande de tissu cellulaire. Cette bande offre trois lignes environ de largeur et six lignes de longueur, et est attachée au globe oculaire à di*ux lignes environ derrière l'indsion primitivedu muscle; la force est telle qu'elle peut être tirée sans se déchirer. » (Dufresse , loc. cit. y p. 67.)
Un autre fait mentionné par M. Baudens {loc. cit., p. o4. ) semble confirmer la même opinion.
Traitement consécutif. Lorsque le muscle contracté est divisé, faut-il abandonner l'œil à lui-même , ou diriger ses mouvemens par des moyens gymnastiques appropriés, c'est-à-dire, faire usage de lunettes convenablement disposées ? La pratique des chirurgiens n'est pas uniforme sur ce poiLit.M.Dieffenbach et plusieurs autres praticiens n'emploient jamais de gymnastique; Î^L Ammon, au contraire, conseille de le faire toujours. M. J. Guérin, en proposant un terme moyen entre ces deux opinions, sans contredit trop absolues, a choisi le parti le plus sage. C'est aussi celui que nous conseillons. Quant à la disposition qu'on doit donner aux lunettes ou au bandeau en pareille circonstance , elle ne peut guère être indiquée d'une manière générale. On comprend que chaque cas particulier peut exiger une modification spéciale.
Récidives. Il n'est plus permis de douter aujourd'hui qu'après l'opération , la difformité peut se reproduire; on compte déjà un assez bon nombre d'insuccès livrés à la publicité. Nous trouvons même sur ce sujet plus d'un fait piquant dans les nombreuses brochures que nous avons sous les yeux. Il est fâcheux qu'on ne puisse
toire a reproduit le strabisme à un degré | pas être bien fixé à cet égard ; car les re-
STRARLSMK.
VfTs sont anpsi ullles à la «cioncc que Ips succès les plus ooniplets. ^!i tous les iusucrés, loules les récidives étaient bien eonluis, les jiialieiens s'aj»|)li(!ueraietit à en rcefierelier les cnuse>, et dans \\i\ temps iwoeliain celle operniion serait detinitivement arrêtée sur des bases fixes et ralionnelles.
Otjoi qu'il en soit, voici quel(i!ies-uns des relevés statistiques (pii ont ele i)ul)liés.
M. Phillips {toc. cit., p. .Vil), sur un total de cent personnes opérées el dont les oh^crvalious ont ele prises par "M. I^ouvier, donne les résultats suivans : « De ces cent personnes, quelques-unes l'ont été des deux yeux ; ce (jui donne :
4r> sliabismes divergens.
60 ont ele redresses immédiatement.
24 n'ont |)as été redressés aussitôt
après l'operalion.
10 ont été incomplètement redressés.
» Pour résultat définitif nous trouvons : 7.> hu'u rtdre>sés.
iCt incouiplcteiuent redressés.
."> luilleinciit redresses.
5 dirij^és eu dehors.
M Dans le nombre de 15 strabismes divergens, un a été opéré des deux yeux, et un autre a été opère deux fuis sans succès. >' Comme résultat immédiat des strabismes divergens, nous trouvons :
lu non redresses inunediatement.
3 incouq)letement redressés.
3 nullement redresses.
M Et, comme résultat defun tif, on comi)te: i» redressés consécutivement.
1 nullement redressé.
El les autres le sont complètement.
» Ainsi floue, ajîule IM. Phillips, on peut clablir les chiffres suivans, pour préciser aut.nit (pie po^.siblo la valein* de celte opération. Les trois (juarts des sujets oi)erés guérissent parfaitement bien. Il y a un viug'i»'i;i(' d'iusuccès, c'est-à-dire, de nonredreisement; un vingtième où les yeux sont diriges dans une position opposée au slrnbi>imf' que l'on a voulu guérir; et, enfin, on ci>mpl(! une quinzaine dr drini-sticcès, c'est-à-dire, de redressemens incomplels. » {Loc. cit., p. 325.)
'> A'oici, dit M. Dufresse, les résultats obtenus par moi dans .{7 opérations sur lesquelles j'ai pu me procurer des renseignemens exacts. De ces 47 opérations :
3 ont été faites à Périgueux.
î» à Bordeaux.
H) à Libourne.
18 à Angouléme.
7 à Paris.
Total : 47.
» Chez les opérés de Périgueux , l'œil redresse immédiatement a conservé sa rectitude. Chez les opérés de Libourne , S ont eu un redressement immédiat et chez 2 l'u'il s'est dévié en dehors ; mais la déviation n'a pas persisté , en sorte qu'il n'y a pas eu d'insuccès. Parmi les 9 opères de Bordeaux , un seul a éprouvé une déviation en dehors qui a persisté. Les 7 opérés de Paris ont les deux yeux parfaitement droits. Knfin, sur les IS opères d'Angouléme , 5 ont éprouvé une récidive ; cliez 2 elle a été le résultat de la section d'une trop petite quantité de muscles : et la preuve c'est que l'un d'eux, réopéré (piinze jours après , a maintenant l'u'il parfaitement droit et sans exophtlialniie, et je ne doute pas que l'autre ne recouvre sa rectitude par une seconde opération. Quoi qu'il en soit, en le comptant parmi les récidives, now^ trouvons en définitive 5 cas de non redressement complet pour 47 opérations , ce (pii donne à peu près un insuccès sur 16 ; et encore faut-il en retrancher un , il m'a été annonce (jue P(eil est conq)letement redressé .- ce qui réduit la jiroportion des récidives à 1 pour 23 opérations. » (Dufresse, loc. cit.., p. 9o.)
M. J. (iuérin, sur un total de 70 cas de strabisme, ne compte que 2 insuccès. Il est des operateurs qui disent avoir été beaucoup plus heureux encore.
Quoi (ju'il en soit, nous nous sommes applicpic-i dans cet article à j)resenter l'état iictuel do la science. La myotomie oculaire n'a encore que dix-huit mois de date; laissons au temps et à rexpèrience le soin de porter sur celle opération un jugement delinitif et sans appel.
.Sri\A^l()I!N'E. (r. Datlra.)
SrUA.\GUL\T10N.(;^. Aspuyxie.)
STHAIN(;URIL. (^.Vessie.)
STROIS'GLES. (^. Ylus.)