STYRAX
j)oi<Is (Je K cenligr. On commence par 1 ou ti (Je ces |)ilules , et un .-.uiztncule rhaque jour ji.squ il ce (lu'du ail ohlciiu I cITii tléiiin' : aidis, DM l'ariiHe jjour cMter les accitleus. Ouciquefois , la dose a (!ù ê;re (UeM'c f)rogrt'S>ivcnicril jusqu'à l»et 1S (Jc^iprani. j)ar jour pour obtenir des sectusses lelani- (|uos ; mais le plus S(unenl Hi) à ô() cchUlt. fulViseiît pour y arriver. Si quelque raison a Jail iiilerron)[)re l'usafio du i eriîéde pi'udunt p!usiii;rs jours , il faut d*' loule nccessilé rc|)r( nilr<^ ics laiî, les doses , et ne revenir <iue peu à |)eu aux doses élevé'S. Dans le cours du Irailenienl, il faut avoir soin de laisser reposer de lrnip< en lemps le niaîacîc, «ilin de l)iiii reionnaiire les cliangemeus tpii ont pu s'opvrer.
()° Sirijflm'iiir. On l'emploie daiis les cn^ de parai ^^ie, d'aniaiirose , u alrophus partielles <les membres supérieurs et inférieurs, dans les débdilés '^'énérales exir^'Uicsavcc tendance au repos, dans la «lanse de Sainl-Ouy , dans l'epilepsie, diins les su(Hjis excessives.
(".etic suljst.incc réclame la p!iis i.'rande prudence et rallenlion la plus minutieuse dans son emploi. Ou l'administre à la dose de 4 à () nnlliprani. et l'on augmente chaque jour par deu'iés , en Iractionnant plus ou judins la dose à iirendre dans les viiiylquitre heures : il est [trudenl de ne pas déjiasser ÔO trùllijrram. (:>/." deiiraini, bien que liardsley soit allé jurqu à 7."» ( 1 main \-2 ); car on a vu des etiipoiscinneniens nuji te!» occasionnés par no ( 1 grain).
lia strycbnine se doiuic à l'inlérii-ur sous les formes de pilule-, d-.- piiudrc ou de potion, iniis le plus soii>ent aujonrduui (Ui I omjiloie par la méilioJe endermique ; l'épulcrruc étant eidevé |)ar un petit >Osicaloire . on saupoudre rhaque jour le derme mis à mi avec la strychnine linemenl pulvérisée.
7" S'-ls lie \ir;i(lniivc Plusieurs ])ralici ris prescrivent de préfeieuic la slryel.nine comitinée avec les aeiil^s, parce (pi'a l'éiat de sel elle est plus soluhle et par eoii'-équent plus assimilable et «1 tin elTet plus sur. Ainsi, Croebensehiii/ , \'an der r.usrh et Tayc pirai'^^seiit prélérer l'cnqdoi de l'azotate de cet alcali ïde ; ÏM. ^.lapciMlic préconise surtout l'iolate slrvc!ini(pie dans le traileiuent des paralysies ; le dofleur l'iehini \ante le lartraîe'de slryebrui:c comme le plus cner^i(pie des sels de eelle ba<e.
8" lîruriiir. M. Andral a rapporté quelques exp(''rient es cliniipics laites aNee celle SMl/Slar.ce, «pii | rouvcnl (pi'clle est b'-auroiq) plus f.K ile h manier (pie la slrjclimne { JiiUDi. (le plirp.iol. npiriimnl., l. m). Comme celle-ci , elle a été employée avec dr«; succès divers dans les cas de |»aial)sie ; file parait axoir plus d'avanlaL-os dans la pnralv<ie causée i»ar les éiuanalioiH s.itin niin s, f ( d. ns plu'icius casd".">,lro;;hie de* nh-ml)r( s. Celte b:''e, irajant p s le dii:ié dacli-
vité de la strychnine , peut s'administrer à la dt^se de .") à 10 et même 1^ t( iiii?r. On l'administre, soit à l'intérieur , soit ii l'extérieur, de la même manière qu'il a été dit tout à l'heure pour la strychuine.
Les sels de brucine peuvent être employés dans les mêmes cas , de la même manière et aux mêmes doses.
S'rVI'Ti(^)UKS. (V. MKnicAMi:\s.) S'IVRAX tstara.r). Ce sont ilvu\ produits b.'ilsamupies usités depuis des siècles.
1. Srvi'.Ax solidl: ou storax. Suc balsamlipie foinrù par le sti/rax ofjirinnle, \Âu., petit arbre de la lamille des éhénacées, déeandrie mono'jynie, Lin.,pro[)ie .iu littoral de la Médilerranée. On en disliiif.ue plusieurs sortes : !" celui en »:raiiis, (]ui |)arait exsuder spontanciment à travers les {lerçiircs de l'écorce de l'arbre, et que l'on recueille aussiliM après sa sortie; il est pur, sous forme de larnu^s blanches; très rare; "l" le styrax calamile , (pii est roux , friable , en prosse masse; ô" le styrax roupe-brun , dans Icipiei Ij matiè:e balsami(pje paraît mêlée à diverses impuretés.
I.e siorax a une odeur suave, une saveur ùcre, un [)eu amere. Il est compo«é d'acide benzonpie, de résine, de pomme, d'huile essentielle; d'un principe huileux lixe : tiiîuré avec l'eau, il la rend laiteuse et lui donne son o letn-; il se dissout dans l'alcool, etc.
Médicament excitant des membranes miiqueuses, tonique dont l'action est analogue à celle des résines. On en faisait aulrerois nu !:rand usape dans l'asthme humide, la rauciié (le la Voix, la toux opiniâtre, les eimorpemens jjwlmonaires, la [iltthisie même. 0:i le conseillait aussi dans les diverses m:i!adies ner- X'uses, etc. INlorton l'a spécialement préconisé pour puéiir les ulcères des poumons, mais l'observation est loin d'avijir conlirmé son dire à ce sujet.
On le, donne a la dose de 1 à 2 décipram. et plus en pilules , mais le plus onlinaiiement associé ;» d'autres médicameiH. Du refile, on en fait plus d'usape aiijourcibui eu fiirnii;alions , contre les douleurs rhuniatisinales des dinérenles parties du corps, la céplialalcie, l'( nciiifrenement, certaines dyspnées, etc., (pie ddiiiié à l'intérieur; on expose les parties (pii sont le sié^e du mal, a la vapeur de celte substance jetée sur les charbiiis ardens.
Le slorax entre dans la (hériaque, lediascordium, etc. On s'en sert pour aromatiser I In- leurs composés, tels que le chocolat, etc., à la place de la vanille devenue d'un prit (res ele\é. {Dirt. ilrs sr. vu'ul., I.liu, |». !2~.) II. Sivn.w i.Kami:. Seconde espèce pro- (liire p.ir le lif/iiiilainlxir (iriniinlr , Un., de la famille des amentacées, monoéci(; polyandrie, Ijn., (pii < rolt dans l'Orient.
Il a la consistance du miel , une (einle ;;rise, bruii.'ilre, opaque, nue odeur loi te cl
SUCRK.
dcfsasrëablo, rt une saveur aromatique assez njiK^ablo. Il prcst'iile ia iiif'rne cniiipositioii et possède les luiMncs propriélcs chlniicjues que les autres subslaiicos balsauiiqucs. {Dici. de rnid., l. XIX, p. tûO.)
On n'eui|)loyaif guère le styrax liquide qu'à l'exlérieur : ainsi , on le Taisait entrer dans |)Iusicurs eniplùtres ou onpiucns et entre autres dans reniptàire de Vjgo et dans l'onguent styrax qui eu a tiré son nom; mais, depuis (luelqucs années, ou l'a spécialement recommandé darjs le traitement de la blcnnonJ'.éc et de la leticorriiée, et dans celui des dartres rongeantes.
\o Kconlemem mnqnrux. Suivant M. Ll'.érilier, on peut , dans les Ci:s d'écoulenu'us blennorrhagi(}ues et louconiiéiijucs, rotiter du styrax liiiuide les mènies avantages que de la térébenthine de eopabu ; sans crainte de dégoiiler les malades, qui éprouvent des éructations fatigantes par l'usage de celte dernière.
Ce médecin l'a administré sous forme de bols et sous celle de sirop. Ou prépare les premiers en incorporant au styrax une quantité sullisanie de poudre de réglisse pour lui donner une consistance convenable, et divisant ensuite la masse en bols de ô à 4 décigrammes (G à 8 grains), qu'on fait prendre au nombre de Ci par jour, ô le malin et ." le soir. On augmente la dose progiessivemeut, jusqu'à ce qu'on soit arrivé au liombre de ']!2; puis on reste à ce taux jusqu'à cessation complète de la maladie, et ou continue même encore pondant huit ou dix jours au moins , après la guérison obtenue, pour j)révenir plus sùrenient les récidives. Sous la foi nie de sirop, le styrax n'agit pas aussi proinitlcment qu'en pilides ou en buis : on en a fait avaler six pleines cuillerées à bouche par jour. C'est principalement dans la leuccrrliée que ce médicament convient ; cette maladie , qui incommode la plupart dts loninies des grandes cités, cède assez facilement à sou usage.
Le mode d'action du styrax liquide purifié paraît être, dans ces deux affections, le même que celui de l'oléo-résine de copahu ; il est des personnes qu'il constipe, il en estdauties chez lesquelies il provoque d^i'i évacuations alvines a^scz abondantes. Toujours est-il qu'il mérite d'obtenir la -prcfércnce; puisqu'il réunit aux avantages oU'erts parle copahu, celui de n'inspirer aucune répugnance.
-1'' Darlrcs rongeâmes. ?d.^I. Dauvcrgne et Girou ont appliqué, en I8ô0, à l'hôpital Saint-Louis, dans le service d'Alibcrt , cette substance au traitement des dartres rongeantes , et ils en ont obtenu des succès marqués. Après avoir débarrassé k'S ulcérations estbiomènes de leurs croûtes , soit par des cataplasmes féculens, soit au moyen de douclies de vapeur, ils ont recouvert d'une couche de styrax liquide la surface charnue niise à nu. Par ce moyen :1s ont pu trans-
former en puf? véritable et de îionne nature, la sécrétion .'.Ibinniueusc qui s'ojieic dans ( es ulcérations : ils ont réussi à déterminer la formation de bourgeons charnus à la surface ainsi modiliéede <-(^s ulcérai ions, et à obtenir [lar suite une bonne et durable cicatrisation. Du reste, il est bon de se rappeler que l'effet du styrax doit, dans ce cas, être Sicondé le plus souvent par une médication intérieure a[)propriée à la constitution de chacjue sujet.
SL'CCIN, SMbstaiice de nature bitumineuse et résineuse qui s'observo , fossile surtout, sur les bords de la mer Ualticpie. Le succiu se présente sous plusieurs formes : en général, c'est un corps transparent , plus léger que l'eau , fragile quoique assez dur , jaunâtre, vitreux dans sa cassure , sans odeur manifeste, d'une saveur acre et désagréable, capable de s'électriser par le frottement , bruant facilement sur les charbons en répandant une fumée assez épaisse , ne se liquéfiant qu'à une forte chaleur , se boursouflant beaucoup sans couler en goutte;.
Il contient, suivant Bcrzélius, une huile odoriférante , une résine jaune entièrement soluble dans l'alcool , une résine dilhcilement solublc dans l'alcool , de l'aciJe succinique , une substance particulière insoluble dans l'alcool.
Pulvérisé et lavé , on l'a prescrit comme astringent, diuréiique, aphrodisiaque, etc. On en prépare une teinture alcoolique que l'on fait entrer, comme anti-spasmodique , antihyslérique, à la dose de :2 à 4 grain, dans des potions ou des mixtures appropriées. L'huile pyroginéc qu'on en retire par la distillation à l'eu nu est employée à la dose de quelques gouttes dans les mêmes circonstances , en poudre , en pilules , en élecluaire ou en potion , en oléo-saccharum. On prescrit encore, dans quebiucs occasions, les vapeurs du succin pulvérisé jeté sur les charbons incandescenls , pour stimuler et fortifier les parties qu'on soumet à leur action ; contre les dotileurs rhumatismales et arthritiques , etc. : du reste , il faut éviter de respirer ces vapeurs; parce qu'elles provoquent de la toux , de la chaleur dans les voies aériennes , etc.
Le sucein fait partie de quelques composilions ollicinalos, telles que ['alcoolat de tërébenîlnuc composé ou bmune de F'ioraveiili , Veau de Luce, le f'Jvop de Karcibé , etc.
SUCPiE , substance végétale neutre pouvant être transformée en acide carbonique et en alcool lorsqu'après l'avoir fait dissoudre dans l'eau et mise en contact avec du ferment on place cette solution dans des conditions convenables. A l'état de pureté , le sucre que l'on otient soit de la canne à sucre , soit de la betterave, se présente ordinairement sous forme cristalline ; .mais (luelquofois il oiVre un aspect gras et ptilvérulent.
SUETTE
Le sucre ëiliilcore In ïtlnpart dos boisions et |)lusiciirs |iiO|)ai;ilii)ns pharmacouliiiiics qu'il rend plus faciles à prendre en en déduisant rainerlunic , etc. vSeul et fondu dans la bouche, surtout cristallisé ou caruli , il en adoucit les àcrelés , calme les picolemens de la gorjîe, et facilite re\p>'clora'.iun et rnèrue la parole. Dissous dans l'eau , et bu a (|uel(pie distance des repas , c'est le nieilleur sloniachicpie à ernplo>er pour la plupart des individus : c'est une boissfui balsamique, surtout si on y ajoute quelipies goulles d hydrolat de lleurs d'oranger. C est encore dans les adections de la poitrine qu'il est doiun* avec succès ; c'est un des pectoraux les |)lus renommés : il sert au<si dans les irritations {:astri(iues et intestinales.
Les personnes (jui en font un usace habituel s'accordent ù lui reconnaître la pro|)riété d'a[)aiser les mouvemens irn'SuliersducuMir. ( Diciion. de nicd. et de. chlr. ]>r(ti., t. \v,
A l'extérieur, on a recommandé d'en frotter les aphthes ; de l'apijliipier , si>it seul , soit uni au vin ou même à l'alcool , dans les ras de perçures du inamelon , de plaies atoniques , pour en aujmeiiier la vitalité el li;\ler leur cicatrisation.
Le sucre candi pulvérisé , introduit dans les narines , convient , dit on, contre le coryza des nouveau-iu s ; diri;:é vers l'œil , il détermine souvent la disparition de taches r(''cei)tes de la cornée ou plulùL celles de la fine menUirane muipieuse dont elle est revêtue. Il a été expérimenté aus.>i comme dentrifico el avec succès, par Slare. Le sucre rouge ou, en général, le sucre brut et les diverses cassonades sont (|uelqucfois employés aussi en lave;i:ent, à la dose de (50 pram. et même plus, comme lég( r laxatif, pro|Tiél('' due sans doute au sucre ineri>lallisable ou m^/^/vw (ju'iis contiennent en jibis grande abondance, kidin les vapeurs (pi'ex h. île le sucre projeté sur les charbons ardens , sont souvent nuses en usage; dans la chambre des inalailes pour mascjuer les mauvaises odeurs, ciuellcs sont d ailleurs loin de détruire , et dans leur lit pour provoijuer une transpiration douce. {Dut. des se. vied. , l. LUI , p. l'.l.)
Nous terminerons en disant quelrpies mots du sucre comme contre poison. On s'est assuré. par d( s expérientes <lirectes , (|uc ce forp-. décompose les sels cui\reux. Du sirop de sucre , donné a la «lose de \l't giam. ( i onces), de demi luMire en demi-heure, a empêche lemptusonnemcnt , sans vomissement, d'un chien, par lascilution de l.'» gram. de verl-de-uris , (pu avait f.nl périr en sept heures un autre ciden nucpiel on n'a\ait pas adridnisiré de sucic. Si cet cIT.t n'est pas constant lians tous les cas , au moins son
nond)rc d'entre owx suivant ^NL le docteur Po^tel, Le sucre paraît aussi décomposer les sels à base de |)lomb.
SLI)A.A?L\A. de sudor, sueur; appelés aussi hijdroi, de '^owo, eau. « Les siidauiiiia sont de petites vésicules proéminentes, du volume d'un grain de luillet, arrondies, ir.mspareiiles , formées par une liiuneur aqueu-^e terne, non visqueuse , et ([iii se dévcloppctu sans rougeur à la peau dans le couis de plusieurs maladies aiguës ou chioiiiiiues pins ou moins graves. » Kayer, 7'rai(é des tiutl. de la peau, t. i, p. 401; Paris, 185.").)
Les sudamiiia sont toujours symptomatiques (ruue alfection aiguë : on les rencontre surtout dans les maladies (jui s'accompagnent de sueurs abondantes; on les rencontre dans la lièvre typhoïde, le rhinnatisme (Bouillaud,, la pneumonie, la péritonite, la péritonite puer[)érale [voy. Slette), les fièvres éruplives, telles que la scarlatine , la rougeole. Ils sont j)lus rares dans les alTeclions chroni(iues. Un les observe plutôt chez les femmes que chez les lioinines, chez les sujets dont la peau e>t fine et delicale que chez ceux (jiii sont dans des conditions dllférenles ; par la nicine raison ils affectent les parties du corps où Tepidenne est le plus sotiple el le i)his délie : ainsi , à la partie anlérieiue du ventre et de la poitrine, sur le
co!, aux aines, vers les aisselles^ elc
Bien rarement les ohserv e-t-on à la peau du dos et sur les membres.
(^)uant aux caractères présentés par cette éruption, nous devons renvoyer à l'iiistuirc de la lic\re ty[)h()ïde dont ils conslilueut un des caractères ordinaires.
On regarde généralement les sudamina comme uii sign(î fâcheux; le fait est (lu'on les voit plus souvent dans les maladies graves (pie dans celles qui sont légères : leur présence n'exige aucun traitement.
SUDOmi-'igULS. ( A". Mldkamens.)
SÎ'K'm:. On désigne ainsi une affceWon epid. 'inique caractérisée par des .Hieurs abondantes, un elat fébrile plus ou moins grave el une éruption de petites vésicules mili.iires ; or, que faut-il entendre par ce dernii-r mol , nous l'avons déjà dit (r. .'\li LIAI lit, t V, p 053 de ce Dictionnaire). C'est une eni[)lion de vésicules
eOicacUé se monlre-t-ellc dans le plus graml | symplomaliques d'une aircclion plus ou
SUETTE
moins grave ; la plupart des auteurs ont appelé iniliaire les sudauiina : ainsi la miliaiic ne serait pas une maladie à part, mais un symptôme, un accident. C'est ce qui ressort de Pimportante discussion à laquelle s'est livré à cet égard M. Choniel. Si l'on compare, dit-il, les différentes épidémies dont la description nous a été transmise par les auteurs anciens sous le nom de fièvre miliaire , on est tout d'abord frappé des dissemblances graves qui existent entre elles. Ici il y avait une fièvre inllammaloire , là un véritable typhus , ailleurs une scarlatine , dans d'autres cas c'est une épidémie de fièvre puerpérale , etc., etc. « Il résulte évidemment de tous ces faits , dit en se résumant M. Chomel , qu'il n'existe point de maladie particulière qu'on doive appeler fièwe miliaire »
[Dict. en 23 vol. , t. xx, art. l\IiLiAn\E , p. 11). Toutefois, cette alfection étant notée dans tous les cadres nosologiques , nous allons en donner une description rapide avant d'arriver au point principal de l'article, l'histoire de la suette.
Relativement aux causes , l'éruption miliaire se montre plutôt chez les jeunes sujets que chez ceux qui sont plus âgés; chez les femmes que chez les liommes. Celle influence du sexe est très remarquable , et devient encore plus marquée si l'on fait attention que Tapparition des vésicules miliaires survient très fréquemment à la suite des couclies. Les uns ont dit que cette éru[)tion se montrait surtout dans les temps froids et humides, tandis que , suivant d'autres , c'est à un régime échaulfant, à la mauvaise habitude de surchai-ger les malades de couvertures , etc., qu'il faut Taltribuer. Ce qui est reconnu de tout le monde , c'est que le phénomène qui nous occupe survient surtout dans le cours des alieciions fébriles , des affections gastro-intestinales , dans les cas
de péritonite puerpérale; etc Mais ici,
comme nous le disions plus haut, on a manifestement confondu la miliaire avec les sudamina. Assez souvent sporadique, cette affection est plus souvent épidémique et alors elle constitue la suette. Est-elle contagieuse? Beaucoup d'auteurs le pensent.
M. Chomel rejette cette opinion par la raison suivante. « 1° La miliaire n'a paru contagieuse que lorsqu'elle a régné épidé-
miquement , ou lorsqu'elle s'est montrée avec quel(|ue maladie contagieuse. Dans le premier cas, on a facilement pu supposer la transmission là où il y avait seulement exposition commune à des causes générales. Dans le second cas , lorsqu'elle se montre avec le typhus ou la scarlatine, la contagion apartient évidemment à celleci , et non à la miliaire. Si dans ces circonstances où l'erreur a pu être facile, la miliaire n'a jamais offert d'apparence de contagion , on doit conclure qu'elle n'est pas contagieuse. 2" L'analogie a porté à croire que la miliaire devait être contagieuse comme le sont les fièvres éruplives , avec lesfjuelles elle a paru avoir quelque ressemblance ; mais il existe entre elles une trop grande différence pour que ce rapprochement soit de quelque poids » {Art. cité , p. 13). Ces différen'*.es portent sur ce que les fièvres éruptives exanthémateuses ont une marche régulière à périodes fio'es , sont accompagnées de phénomènes .spéciaux et conslans ^ et ne se rencnntrent généralement qu'une fois dans la vie, tandis que la miliaire ne présente rien de semblable.
Symplôniis. L'apparition des vésicules miliaires ii.'est point précédée de symptômes particuliers ; seulement il y a quelquefois des sueurs abondantes et une exacerbalion de la maladie principale. « Les vésicules, d'abord fort petites et transparentes , sont souvent développées sur une surface d'un rouge vif; et^cette teinte est alors très visible à travers les vésicules {miliaria ruhra). Dans l'espace de vingtquatre à trente-six heures, les vésicules ont augmenté de volume et renferment alors un fluide laiteux qui leur donne un aspect perlé {miliaria alba). Ceci est surtout frappant dans la scarlatine, lorsqu'un grand nombre de vésicules recouvrent de larges surfaces d'un rouge framboise; elles sont flasqijes au toucher et disparaissent [)rompiement soit par la résorption du iluide contenu, soit par son épanchement au dehors. Tantôt la miliaire cesse lors de la dessiccation des vésicules , et tantôt des éruptions successives en prolongent la durée pendant un ou deux septénaires. » (Cazenave et Schedel , Abrégé pratique des maladies de la peau , p. 67, Paris. —1855.)
SUKTTE.
La mili.iire ne pourrait être coiiFniuliie qu'avec IV'czt'ina , nous avons soi^iicu>emeul donne le diagnosiic dilferentiel (]e ces deux maladies. (/^. Eczkma , t. mii de ce Dictionnaire.)
La miliaire ne réclame aucune indication thérapeutique spéciale.
Sli:ïTE J'ROl'KIiMKNT DITE. CdUSl'S.
La maladie ail;i(|ue df préférence lesiidultes; les femmes sont pins souvent attaquées que les linmuies : c'est ce (|iii no. is est confirmé p.u- les rapporls recens de MiM. Barllipz, Guéneau de Mussy et Landouzy sur l'epifleinie (jui a reirne dans plusieurs coninumes de l'arrondissement de Coulommiers pendant les mois de mai et juin d859 ( Gazft'e mcdic. , ann. IST)!)). Sur2Ml7 habilans de quatre villages alfectés , il y eut 287" malades; savoir : H4 honunes et 175 l'emmes. Eu genéial, dans les épidémies observées la maladie a spécialement sévi sur la partie indigente des populations ; des localités atteintes , ce sont les plus malsaines qui ont eu le plus de malades.
Suivant la remarque de M. Rayer , la suetle ne se montre quVntre le .i5*' et le 59° de latitude boréale. « Llie commença d'abord en Angleterre, dit Sauvages, en i/éSC), et la ravagea {)eniiant quarante ans; de la elie parcourut l'Allemagne , 1,1 Flandre, la Zelande, le Hrabant , la Hollande , le Danemark, la .Aor- Nvi'ge, la l''ranre, d''[)uis lan l.')j:> jus.ju'à Tan i.">3(). Celait en autonme (jirelle était le plus reilontabbî , elle di^parai-s'iit en hiver pour revenir .lu |)rinlemiis. (^)iianri elle pénétrait dan-i nn'- vdie, elle atlafjuiit fin(f à six cents |h i^o/jne»^ par jour ; et à peine y en avait il la centième p.irîie qui s'en relevât») \osolo(/ic mùthoit(fuc , \v. franc. , t. i , p. 3«i, e lit. in fS"i. Une épidemie assez giave ♦ ut lieu a Onise en ir.VJ {Journal de f'andcrmnnilc , avril i7r,(i). Nous devons à M. Jlayrr une e.xcellenlc d'Scription de l'épidémie rpii régna eu istil dans le département de ^Oi^e; enfin MM. narlliez. (juenoau de Alu.sy et Lan <louzy ont donne un très bon travail sur celle de Seine -et- .Marne , arron Ji-sement de Coulommiers, en l.sr»î): noiH l'avonsdejà cite et nous y reviendrons plusieurs fois.
La suelte se nmiilre sp.M-ialenienl dans les localités liasses et bumidi'- ; dins I C-
pidémie de ISQl, le théâtre de la maladie, borne presque de toutes parts par des forêts , formait un plan incline du nordouest nu sud ouest : direction dans laquelle raireclion se [)rolongea (llayer , Trailé des mal. de la peau , t. i , p. 478 ; Paris, lS5o). Dans celle de 1859, les communes dans lesquelles !a maladie a sévi avec le plus d'intensité occupent le fond d'une vallée étroite arrosée par deux petites rivières qui coulent de Test à l'ouest et qui, dmant 1 hiver et dans les fortes pluies, inondent toutes les plaines environnantes (lîarthez, (Vuencau de Alussy, etc., iMém. cilé). "L'élévation de la temj)érature, une surcharge électrique de l'atmosithére ont (îuelt|uelois précédé l'apparition de la maladie dans uwti ou plusieurs communes.
La suette miliaire est endemiipie dans (luelijues localités ; elle peut être sporadi(jue dans les lieux où elle règne epidémicpiement : je ne l'ai jamais observée à Paris, où elle est peu connue •> (Rayer, OHxr. cité , p. 478;. Nous sommes entrés dans (juebpjes détails sur Tetiologie, non (pie la si]etie soit une maladie bien commune, mais parce (ju'elle peut survenir (ont à (oup d'une minière ei)i(lenùque dans beaucoup de localités de proviiice , et qu'il est bon que les praticiens y soient bien préj)ares.
.'Inalomie 'pathologique. « Il résulte <bi petit nombre de rechercîies anatomiqiu's (pii ont ete faites siu- les cadavres d individus m -ris de la suelte miliaire , (pie, lo:s(jne l'agonie a ete jnecédee d'anxiele, d'epigasiral-ie , de vomissemens, de chaleur et d'ardeur à l'épigastre, la mend)rane uuKpjense de l'estomac! a été trouvée ronge, et les vaisseaux capillaires ont paru injectes. Cette rougeur se prolongeait dans le petit intestin, où elle était, moins apparente. (^)uaud la mort avait ete biuscjne et précédée de symptômes nerveux, les vaisseaux du cerveau étaient s uvent injectés ; dans des ras de moils moins rapides il y avait toujours plus ou moins de séro.-«ite dans les ventiicules cérébraux. »» 'Rayer, ouy.r., p,478.)
Dans l'epidemie de Seine et-!Marue trois autopsies seulement ont ete faites par le docteur Pnurgeois, merlerin du pays ;il a trouve le sai;g noir et llnide , les poumons engoués a leur partie postérieure, le cœur
vide, la rafe ramollie, et dnris les voies digeslives, outre les Iraces de phleginasie récente , une éruption vésiruleuse occupant tout rintestin grêle et le gros intestin. Cette éruption était-elle due à un développemerit (Je^i follicules isolés de Rrunner, MM. Bartliez, Landouzy, etc., le pensent.
Symptômes. La maladie présente, sous le rapport des symptômes, deux variétés fort importantes , qui méritent d'être séparées,
1« SuETTE LÉNioNE. Première période.
Invasion. La suctte est parfois annoncée par de la lassitude, de la cépiialalgie susorbitaire, de Tanorexie; dans d'autres cas, et quelques heures seulement avant l'apparition des sueurs , le malade éprouve la sensation d'une chaleur ou plutôt, comme le dit M. Rayer , d'une vapeur qui parcourt tous les membres accompagnée d'un resserrement épigastrique : d'autres fois , enfin , les sueurs qui signalent l'invasion débutent d'emblée ; en même temps , la langue est jaunâtre , le pouls est quelquefois encore naturel , la respiration est légèrement embarrassée , il y a de la constipation, les urines sont normales, les organes des sens n'offrent rien de particulier.
Deuxième période. Eruption. « Cet état persiste avec de légères variations les deuxième, troisième ou quatrième jours delà maladie. C'est dans l'un de ces jours et ordinairement le troisième que se fait souvent sur la peau , après de légers picotemens , une éruption miliairc qui paraît d'abord sur les côtés du cou, à la nuque, vers les oreilles, sous les mamelles chez les femmes , ensuite au dos , à la face interne des bras , au bas-venlre, à la face interne des jambes et des cuisses. Elle peut être générale et rapide, partielle et lente , circonscrite ou ambulante , subite ou successive, discrète ou confluenîe. Les vésicules qui la caractérisent sont du volume d'un grain de millet, perlées et diaphanes, plus distinctes lorsqu'on tend la peau et qu'on la regarde obliquement , et sensibles au toucher. Ces vésicules sont souvent entremêlées de papules rouges et enflammées, qui rendent la peau chagrinée ; enfin , de véritables bulles peuvent accidentellement se montrer sur diverses
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régions du corps. La durée individuelle des vésicules est de deux à trois jours ; elles se dessèchent et sont suivies d'une destpiainmalion plus on moins considérable. Plus (onstanles que l'éruption , les sueurs toujours abondantes sont d'une odeur fétide particulière que j'ai comparée à celle qui se dégage de la paille pourrie; elles apparaissent dès le début de la maladie , et continuent sans interru[)tion à s'exhaler sous forme d'une vapeur épaisse pendant toute sa durée. Elles ne sont pas accompagnées dune grande chaleur à la peau » (Rayer, oiivr. 6-/7é, p. 475). Pendant toute cette période la constipation persiste, et résiste à l'usage des purgatifs et deslavemens ; les urines sont rares et chargées : assez souvent, (juand les éruptions sont successives, elles surviennent toutes les douze ou les vingt-quatre heures, et leur apparition est le signal d'un véritable paroxysme, accélération du pouls , angoisses épigastriques plus marquées , sueurs plus abondantes ; la langue est ordinairement couverte d'un enduit blanchâtre , sans sécheresse. Chez beaucoup de malades, MM. Barthez, Landouzy, etc., ont vu les gencives se recouvrir d'exsudations pseudo membraneuses ; quelquefois l'épigastre est sensible à la pression .assez souvent il y a de l'insomnie occasionnée par le prurit , les sueurs et les autres phénomènes d'exacerbation nocturnes.
Troisième période. Desquammation, MM. Barthez , Guéneau de Mussy et Landouzy ont très bien décrit les phénomènes de cette dernière phase de la maladie. « La desquammation, disent-ils, commençait au bout de dix à douze jours ; les vésicules s'affaissaient , on voyait alors l'épiderme se froncer, se rider et se détacher tantôt par menues écailles farineuses , tantôt par grandes plaques, surtout chez les sujets qui avaient présenté de larges vésicules. Les sueurs alors cessèrent complètement ou ne se montrèrent' plus qu'à de rares intervalles : quelquefois encore les malades sentirent des picotemens bientôt suivis de nouveaux boutons; mais, en général, cette éruption était très limitée et disparaissait promplement. Alois les malades recouvraient le sommeil. S'il n'était pas encore rétabli ,
SUETTE
rappétit revenait; et qneKiuefois le désir des alimeiis se faisait sentir long-temps avant celte période. La langue se nettoyait; quelquefois elle se dépouillait, et les malades éprouvaient dans la bouche une sensation cpi'ils com[\iraient à celle qu'y auraient produite des grains de sable.
)' Les excrétions alvines se rétablirent, en général , quand les malades purent se lever ; mais souvent le ventre resta paresseux,et il fallut piovocjueries selles à l'aide de lavemens purgatifs.
» Les forces revinrent plus ou moins promiUement , suivant la gravité de la maladie ; et il n'était pas rare de voir des malades, cinq ou six jours après être sortis de leur lit , reprendre leurs occupations et leurs travaux : d'autres conservèrent pendant long-temps de la faiblesse musculaire et des douleurs dans les articulations. »> (Mém. cité.)
2"SuETTi: MALIGNE. C'cst Bux Buteurs qui ont observe directement la maladie, et non a des nosograplies copistes ou compilateurs , qu'il convient d'emprunter la description des formes graves que peut revêtir la suette épidémiciue. Laissons parler M. Rayer.
«La malignité dans la suette est déteriiiinée j)ar ditlercns accidens; c'est tantôt l'inllammation de l'estomac et de linteslin (jui acquiert beaucoup de densité , tantôt une véritable inflammation des poutiwns ou de la vessie (pii se manifejsle, ou bien encore une afjcction nerveuse promptrment mortelle rt |)riiicip;ilement caractérise»' par du d<hre, du coma et des convulsions, etc. Alors un resserrement violent s«' fait sentir à lepigastre ; ce spasme set»nd aux organes lU'. la respiralion , et donne lieu aux plus pénibles anxiétés : les malades j»()ussent fr«'(|uemment de profonds soiq)irs , ils se plai gnrnt d'un sentimeîit de pesanteur sur la poitruie; ils cprouvcni, outre la con^^triction à l'epigasire, de nouvelles anxiétés, de retoulfement , drs battemens dans la région de l'estomac insolites et isochrones à ceux du pouls, un malaise (pii leur suggère les plus pénibles pressenlimens. Ces phénomènes apparaissent quelquefois des le début de la maladie , se renouvellent plu>i«'urs fj)is dans sou cours , et se reproduisent avec violence au tnoment qui pré-
cède l'éruption générale ou partielle, c'esttà-dire du troisième au (piatrième jour à daier de l'invasion. Parfois dès le début les malades, tourmentés de vertiges, en proie à une violente céphalalgie, éprouvent des nausées, font des etl'oits violens pour vomir, etc.; ou bien la face est vultueuse et colorée , les yeux sont saillans et rouges, les artères temporales battent avec force , la pupille est contractée et immobile , et les malades succombent en peu d'heures dans le coma ou les convulsions. Dans d'autres circonstances , une douleur profonde dans la poitrine , une moindre sonorité , du râle crépitant ou du souflle dans un ou plusieurs lobes du poumon , la (liniculle de la respiration, qui est courte et accélérée; la fréquence et la plénitude du pouls, les crachats sanguinolens, indiquent une intlammation concon)itante des poumons. Enfui, quehpjes malades se plaignent de dysurie et de douleurs profondes à l'hypogastre; la coloration rouge , la rareté et l'excrétion douloureuse des urines accompagnent ordinairement ces derniers accidens. »> [Oucr. cité, |). 470.)
Dans l'épidémie décrite par MM. Barthez, etc., la malignité était caractérisée l)ar l'épigastralgie, les angoisses et la suflocation. Assez souvent , dès le début il y avait des crampes. Si Ton réunit ces différentes circonstances, on ne sera pas étonne <pie dans l'epidemie (pii régna en 1852 aux environs de ftlonlmorency, de (rrosley, de Saint- Hrice , etc., M. Jiazin , observant les mêmes phénomènes , ait appelé la buette \ui choiera par la peau.
Ouand la maladie est mortelle, elle peut se teruuner ainsi d'tme manière funeste dans l'espace de vingt-quatre à (juarantehuit heures. On a vu des malades succondjer en douze ou quinze heures; njais le plus souvent c'est au bout de trois , quatre ou cin(| jours , (jnehiuefois une semaine ou même plus.
l'arii'tcs. Jielalivementaux variétés que peut olhir la suette miliaire, on a noté la suette *a/?.<? éni/dion^ la miliaire sans sueurs, la miliaire blanche ou rouge, suivant la couleur des vésicules; la nnliaire huileuse , suivant le volume des collections sous-épi(iermati(jues , etc. Tout cela est isans importance prati(}ue.
SUl'POSITOIRES.
Diagnostic. Celle ni.iladie ne saurait être confondue avec aucun des aulies exanthèmes fébriles (rougeoient scarlatine) dont nous avons déjà parlé ; les pliénoménes généraux et spéciaux de ceux ci, d'une part, et de l'autre la constance des sueurs et la forme vésiculeuse de l'éruption doivent s'opposer à toute erreur de diagnostic.
Pronostic. Bénigne dans les cas ordinaires , la suette peut devenir fort grave dans certaines épidémies. Nous avons déjà vu que dans les siècles précedens elle avait été fort grave; et, pour ne parler que des observations contemporaines, on voit que dans celle décrite par M. Rayer la mortalité fut de 1 sur 15, 5/10= chez les hommes, et de 1 sur 28, 7/10= chez les femmes. La plus grande mortalité a été observée sur les adultes, et, chose remarquable, les chances de mort furent plus considérables au début et à la (in de l'épidémie qu'au summum de son développement. Dans l'épidémie observée par MM. Barthez, etc., sur 287 malades il y eut 43 morts, c'est-à-dire un peu plus d'un sixième.
Traitement. Le traitement réclamé par cette affection est le même que celui de la rougeole et de la scarlatine. Nous ne répéterons donc pas ce que nous avons déjà dit à cet égard : nous allons seulement passer en revue les principaux symptômes, en indiquant les soins spéciaux qu'ils réclament.
1° Sueurs. Le traitement de ce symptôme doit être simplement hygiénique ; ne pas les provoquer, ne pas les supprimer, telle est la règle que s'impose un praticien prudent : aussi faut il se tenir également éloigné de ceux qui étouffent les malades sous d'épaisses couvertures , et de ceux qui veulent les faire lever et se poser à l'air pendant toute la durée de la diaphorèse. Il faudra profiter des intervalles de rémission pour faire faire le lit du malade, le changer de linge avec précaution, l'essuyer soigneusement avec des serviettes bien chaudes, etc.
2« Épigaslr algie. Il est rarement besoin d'avoir recours à la saignée générale contre cet accident. M. Rayer s'est bien trouvé, dès le début, d'appliquer sur la région douloureuse des linges imbibés d'eau
fraiciio. Nous ne conseillerons pas cette pratique pendnnt la période d'érui)tion ; alors les émissions sanguines locales peuvent être fort utiles. MM. Barthez, Landouzy, etc., vantent beaucoup l'utilité des sangsues appliquées au creux de l'estomac au nombre de 10, 25 ou 30 en une ou plusieurs fois ; elles n'ont jamais manqué leur effet. Sous leur induence, disent-ils, la constriction épigasirique et les étoufTemens disparaissaient, la fièvre perdait de son intensité. Un des auieurs du mémoire d'où nous tirons ces détails, se fondant sur la nature toute nerveuse du phénomène, n'employa que les anti-spasmodiques et n'eut qu'à se louer de sa pratique. On conçoit , au reste , que l'association des émissions sanguines locales et des potions anti-spasmodi(|ues ne peut que produire de très bous effets. Ou les emploierait isolément , suivant qu'on aurait affaire à un sujet éminemment pléthorique ou au contraire éminemment nerveux. Enfin Taclion de ces moyens sera secondée par les applications émollientes et narcotiques , les révulsifs cutanés , tels que les sinapismes et les vésicatoires.
5° Symptômes cérébraux. Ils exigent, soit des émissions sanguines , soit seulement des révulsifs, suivant qu'il y a congestion cérébrale ou simple excitation nerveuse. C'est au praticien à bien saisir CCS indications générales. Les anti-spasmodiques peuvent être ici d'une grande utilité.
4^ Constipation. Les lésions phlegmasiques trouvées dans Tintestui accusent une excitation assez vive de ce conduit, aussi beaucoup de personnes redoutentelles l'emploi des purgatifs. Mais comme la constipation forme , sinon un accident grave , du moins un inconvénient, il est bon de provoquer les selles avec des lavemens émolliens ou rendus légèrement laxatifs avec des additions de miel commun, d'huile, de sel, etc. Quant aux purgatifs donnés par la bouche, ils sont rarement nécessaires et soulagent moins sûrement. La prophylaxie est celle de toutes les affections épidémiques : s'éloigner du foyer de l'infection et se placer dans des conditions plus favorables.
SUPPOSITOIRES, médicamens ofTicinaux ou magistraux destines à èlre iutroduiis
SUUDiTÉ.
dans Tanus. Ils >ont do consisiaïuc solide, de , 5J/rdi/c L'organo do l'ouïe peut être altéré
forme coniciue, d'un >oluine iiui >arie depuis la LTOsspur d'une pluriio jusqu'à t elle du pptil doigt, cl d'une longueur de ri à (J ccnliniètrcs. Le savon , le suit , le heurre de cacao , le miel , sonl les suhslances (\'\r l'on fait servir ii leur préparation. ( C.ollereau , Tr. ilcin. (le pliarmaol . , p. TlD.j
Ceux (lu'ou emploie le plus Ircqueuinienl sont faits avec tin morceau de chantlclle, taillé convenablement ; mais ce corps trras , ainsi (juc le beurre de cacao, ne fond pas, lotalcmenl du moins, dans l'inleslin, tandis que le beurre a cet avr.nta::(' el rclàdic bien mieux : aussi les nourrices le [fréleront-clies ])0ur farililer la déff^catioii chez les jx^tits enfans. Cet effet est celui (pTon peut obtenir, dans le plus «zrand nombre des cas, de l'usape des suppo>>iloires , et ils le produisent bien si la constipation tient surtout au resserrement s|)asmoi!iiiup de l'aïuis. Leur emiilui demande moins d';![>prél que celui des lavemens , et ils peuvent être placés [)ar les malades eux-mêmes ; mais les premiers portent leur action dans tout le ?ros intestin , tandis que le suppositoire se borne ù la partie inférieure du rccluru. On conçoit (]ue si on fait entrer dans leur composition des substances toniques, aslrinpen'e^ , evciiantes , etc , ou pourra combattre I anaiblissenicnt , le relAchement , la paralysie, etc., de cette partie. On a propo>é d'y l'aire entrer les corps iiui a^^isssnl très énergicpiemcnl sur l'estomac, et de faire ain«i du rectum le siéiie des médications. On emploie parfois les su|)j)ositoires p((nr remédu'r à des afT(>clions locales, comme des écorchures , une inllanirnalion , etc., des parois du rectum. ( .Mérat et Delens, J)ici. df tlurtip., t. vi , p. (iOt;.)
James dit qu'on peut lu'iler des accouclu^mens didiciles au moyen des suppositoires irritans ( Dicf. unir, drmrd. , l. \l, p. 2i). Il W\ aurait, tout au plus, que dans le cas ou la dihicullé de* l'accouchement serait causée par l'atonie de l.i matrice, (pion pourrait essayer ce moyen, inutile et même nuisible dans toute autre supposition. On les a également indupiés pour faciliter la rentrée des hernies en provocjuant l'expulsion des /«Vy-s amassées dans la portion d intestin qui est le siège de l'ciigouenKiit ( Dicl. drs se. vud., t. Liti , p. i-itJ). Ou s'en est servi aussi pour agir sur la vessie , l'tiretre, etc., h cause du voi«inaup du rcctinn avec ces organes.
SriU)ITi:. La siirrlilc pst raholilifui plus (»u UMJius romplcte (lumens de l'ouïe. Complète, ou la désigne sous le noni de rop/iosc ; iuromplf'ie , ou la nounne (Ui$écic Depuis la simple durcie d'oreille jusqu'à raboliliori complète de rauflili'Ui , fous les degrés inlerinedi. lires sont naturellement compris, enHe ces deux extrêmes, sous la dénomination générale de
de deux Hianières , couune instrument , c'est à-dire |)ar la lésion des diverses parlies constitutives de roieille on de celles qui ont avec cet organe les rapports les plus iniiiues , ou comme fonction on organe scn.^ible. Dans le premier cas, la surdite tient à un obstacle matériel à l'abord des sons; dans le secoiul , Torgane est intact , l'impression des sons n'est poiiit ressentie par suite d'une jiaralysie ou d'une lésion (pieleon(piP dn nerl audilif. C^es deux conditions, d'ailleurs, ne s'exchu'nt [las ; elles sont quelquefois concoiriitantes. Les faits de C'Hte seconde catégorie demandent eux-nièines à être disliiigues. La surdité est liée à des états généraux de Torganisuie di)nt l'inlluence retentit avec plus on moins d'énergie sur les or^zanes des sous , en exaltant ou de- |)ii niant leur action ; ou bien elle est également indépendante de toute lésion orgaiii(|ue locale el de toute inlluenre morbide générale , sans (pi'on puisse lui assigner d'autre condiliun organi(pje iioiucdiate (pi'une paralysie plus ou moins complète du nerf auditif. Kii d'autres termes, la sin'dileestsyniptoinalique ou idiopathiipie lors(]irelle n'est point liée à l'une des conditions organi(pies dont il va être (luesliou. Ijdin, la surdité est congeniale ou acipjise. La surdité congeniale est toujours coiuiirupiée de mutisme et constitue la surdi-mulile. Ces distinctions ne sont point pnrenieni nominatives , elles reposent sur la (•ou>'iil<'iation fie faits bien distincts ; et leur iiuj)ortance a Irait à la lherapeuti(pie ipii y puise ses premières itulicalions.
Aous allons successivement examiner la surdité sous chacun de ces points de vue.
§ l'^" Si RDlTl': nÉl>i:M)ANTR DES i)ivi:r- SES I.ÉStONS ORt;AMgUES OU MÉ(:AM(,)UE5
DE i/oiiEiLLE. Les causes organiques ou mceanifim^s qui peuvent produire la surdité, soit .icci.lenteliemenl, soit d'une manière permanenle, sont les suivantes : l'olite externe, Tolile interne , Tiinnerforalion et Tobliléraliou dn conduit auditif externe . le rétrécissement de ce conduit, la rupture de la membrane lUi tympan , repaij-sissement de cette membrane, l'ob- ^iruction de la iromiM', d'I^ustaclie ; il faut ajouter à ces conditions Tabsence de l'uir
SUHDlTi:
dans l.i trompe cl la rais?e, ainsi qu'il résulte des expériences (le M. Dcleaii ; eiiliii la |)hlegmasie rlironique et reiignrgeirieiit de la mucpieuse qui tapisse ee canal et de la caisse, par propagation des plilegmasies de l'arrière gorge. Chacun de ces sujets ayant été traité avec les détails convenables en son lieu ( F. Orkille) ,' nous ne devons point nous y arrêter ici. JNous insisterons seulement un peu sur celte dernière cause de surdité, (jui , bien qu'elle eût été reconnue et signalée par les auteurs et entre autres par M. Deleau {Traité des mal. de l'oreille^ p. 65 et suiv.), a acquis une nouvelle importance par les recherches récentes de IVIM. Bonnet et Pétréqiiin sur ce sujet, et par les heureuses appliciitions thérapeutiques que ces médecins en ont déduites.
M. Pétrequin , partant des considérations physiologiques sur Tusage de la trompe et de la caisse, a été conduit à reconnaître , d'une part, l'influence perturbatrice que leurs maladies devraient exercer sur l'audition , et à étendre, d'autre part , le cadre étiologique de la surdité , en saisissant la liaison morbide qui enchaîne les maladies de la trompe avec celles du pharynx. 11 a établi sur des faits nombreux une variété ou une espèce nouvelle de surdiiés dépendantes de cette condition, et auxquelles il assigne les caractères éliologiques et symptomatiques suivans.
« Pour ce qui concerne l'étiologie , on rencontre plus particulièrement cette surdité dans la vieillesse , où les muqueuses fonctionnent mal; chez les individus sujets aux catarrhes, aux angines, aux jetées scrofuleuses, aux amygdalites, aux coryzas ; chez ceux qui ont eu des maladies syphilitiques , dartreuses , catarrhales ou rhumatismales. Les aphthes , les stomatites couenneuses , les ulcérations du palais, etc. , se trouvent dans le même cas.
» La symptomatologie conduit à un diagnostic facile lorsqu'il coexiste quelques lésions gutturales , comme rougeur variable de l'arrière-gorge, épaississement de la muqueuse, engorgement des amygdales, cryptes muqueux , hypertrophie , sécrétion buccale altérée dans sa qualité ou sa quantité, varicosité des veines, gène au gosier, sentiment d'àpreté, avec difii- TOME vu.
cuilé plus ou moins sensible dans la degluliliou. Les [)ertiji bâtions de l'ouïe sont très variables; radaiblissemeiit progressif de ce cens est le signe le plus gi lierai. >» {Gazette med., 1859, m 50.)
§ n. Surdité .SYMPrOMATiouR ou SYMPATUiQUK. L'ouïc cst Ordinairement diminuée , soit dans le cours, ou au déclin des maladies fébriles, dans le typhus, les fièvres graves, adynamifpies , et surtout dans les fièvies exanthémaiiques , dans les hémorrhagies, les pertes séminales, et en général touies les évacuations abondantes. Elle est momentanément abolie dans la syncope , dans l'éiùlepsie , la catalepsie, l'apoplexie; elle est peivertie et [)lus ou moins anéantie dans Tencéphalite, la méningite , l'hydrocéphale aiguë. La surdité complique certaines affections chroniques, telles que la syphilis, les scrofules , les maladies herpéù(|ues , les allections catarrhales ; elle peut encore résulter de la pléthore, survenir à la suite d'une suppression des règles : on l'a vue survenir à la suite de l'administration de certains médicamcns , du sulfate de quinine, par exem{)le, ainsi que Williams eu a rapporté un cas. Elle est quelquefois sympathique d'un enibarras gastrique, de la présence de vers dans les voies digestives , du travail de la dentition , de la carie dentaire, de l'érysiiièle de la face. Il n'est pas rare, enfin, de la voir succéder à la disparition des affections exanthématiques. Nous avons dit que l'ouïe était ordinairement pervertie ou diminuée dans les fièvres graves ; il arrive quelquefois qu'elle est abolie complètement, notamment dans les fièvres typhoïdes, dans la variole confluente : mais l'abolition complète de l'audition dépend dans ces circonstances de lésions profondes de l'oreille qui accompagnent quelquefois ces affections , telles que l'otite interne avec carie, la perforation du tympan. On avait également signalé la perte de l'audition comme l'un des caractères de la dernière période de la phthisie pulmonaire. M. Ménière a vérifié ce fait en le rapportant à sa véritable origine. Il a reconnu, par l'inspection attentive da conduit auditif interne des phthisiques atteints de surdité, que la peau qui tapisse ce canal est le siège d'un boursouflement , d'une tuméfaction ; et qu'on
y rencontre souvent une petite ômincnce percée d'un trou à son sommet , d'où sort un pus séreux en grumeaux et qui olTre tous les caractères de la matière tuberculeuse ramollie. Il a reconnu, depuis, l'existence de ces tubercules, tantôt dans les cartilages entre le périoste et les os , ou bien dans le tissu osseux luiinéme.
A part les circonstances que nous venons d'indiquer où la surdite reconnaît une cause organique immédiate , la surdité symptomatiijue ou sympatbique est rarement conq)lele. On coM(;oit (jue dans tuus les cas dont il vient d'être question la surdité ne réclame point de moyens directs de traitement , subordonnée qu'elle esta des conditions patbologicpies dont elle suit les diverses pbases. Llle persiste quelquefois cependant après la disparition des alîections qui lui ont douLié naissance ; dans ce cas elle rentre dans l'une des catégories que nous avons etabliis , soit (ju'elle dépende de la paralysie du nerf ou qu'elle soit le résultat daliéralions locales, persistantes, et reclame les mêmes modes de traitement.
Considérée comme signe, la surdité svmptomaticjue n'a (pi'une valeur sémeio- !i(pie accessoire. Ilippocratc et les anciens ."iuteurs attachaient une grande importance à ce symptôme sous le rapport du pronostic. La surdite qui survenait dans le cours des fièvres graves était pour eux \in signe de mauvais caractère ; ils la sijin.ilaient comme lindice de (luelque crise fâcheuse. Itard a rectifie ce cpie cette assertion avait de trop absolu. La surdite , siVm lui, est souvent un signe favorable à la fin des fièvres nerveuses. La surdite , dit Pinel, peut se déclarer au septième ou au (piatorzième jour d'une maladie aiguë, avoir tous les caractères d'une crise et annoncer la convalescence par une alfeclion particulière et inconnue du nerf acou-litpie. L"in( crlitude de ces signes a diminue de beaucoup l'importance qu'on y attachait autrffoi><.
^ ]\\. Si.i.Di m': iDiorAi niQLE ou essentielle. INous désignons sous ce litre Tespèce de surdité qui a été cbisscn par les iiosologistes Si)it dans les n«'\ roses, soit, et plus justement , dans les paralysies, r^ous ne pouvons mieux faire (jue de rai)-
porter ici le rapprochement ingénieux que lait M. \id;il de Cassis entre les névroses de la vue et celles de l'ouïe , pour donner de ces dernières une idée plus exacte. Il s'exi)rime ainsi :
« l'' Le cham() de l'audition est changé. Le sujet neiiteiul (ju'à des dislances très rapprochées ; cet état peut élie comparé à la myopie. Le sujet n'entend que quand on lui parle de loin; c'est Tanalogie de la presl)yo()ie.
» ii" Un sujet n'entendra que les sons éclalans , laudis qu'un autre ne percevra que les sons dojix et ne repondra que (luand on parlera à voix basse ; connue ou voit (]e^ yeux qui ne sont sensibles qu'à une vive luoiière naturelle , et ne voient |)as dans l'obscurité ou à une lumière arlificielle. l'hcmcrulopc et le vytlolope sont dans ce cas.
» 5° Comme il y a une vue partielle, riiéméralopic , il y a une auditiou partielle. Ainsi , le sujet pourra n'entendre que certains mots de la conversation , par exemple , ceux qui ont beaucoup de voyelles.
)) 4" Un seul bruit, un seul son, peut être entendu comme s'il était double ; il y a alors une espèce d'écho. Ainsi le malade croit entendre deux voix quand une seule personne parle. Cette névrose correspond à la vue double , à la diplopie.
w o" Le malade croit entendre des bruits, des sons qui ne sont pas produits, comme il peut voir (]c< objet< qui n'existent pas , ce (jui conslilue la berlue et ses variétés. Les sifilemens , les linlemens , certains chants de petits oi-eaux, lesbourdonnemeus , tout ceJa peut n'avoir aucun rapport avec le monde extérieur : l'oreille seule du malade en est le siège.
» G" Comme fin malheureusement trop fréquente de toutes ces modifications de l'ouïe , la cophose arrive, c'est-à-dire l'abolition complète du sens de l'ouïe, ce (\\n corrcspon»! à l'amaurose ; ef connue l'amaurotifpie, en face du plus brillant soleil, est ploii;.'e dans les pins épaisses ténèbres, celui (pji est coiiijdelement sourd n'entend pas le canon (lu'on tire à ses côtés. » (Vidal de Ca-sis, Tr. dcpalh. eœt , t. IV, p. 50 51.)
^'ayant à nous occuper ici que de la surdite proprement dite, nous négli^'erons
SUllUJTÉ.
tout ce qui conccrue les aberralious du sens (le l'ouïe .
Causes. La siu'dilé est le résultat de la paralysie plus ou moins complète du nerf auditif. IM. Kramer , auteur d'un Traite des maladies de Poreille récemment traduit de l'allemand , considère la surdilé dont nous nous occupons ici, et (ju'il désigne sous le nom de surdilé nerveuse , comme se présentant sous deux formes réellement distinctes :
±0 Tantôt il y a excitabilité exaltée , érélhisme ;
2'^ Tantôt Texcilabililé est, au contraire, diminuée , alors il y a un état torpirle.
Les bourdonneuiens forment la véritable difierence de ces deux formes de maladie ; ils existent toujours dans la surdilé avec érélhisme , taudis (ju'ils manijuent , au contraire^ tout à fait dans la surdité torpide.
« La paralysie du nerf acoustique peut être produite , dit Itard , par sa commotion résultant d'un coup ou d'une chute sur la tête , ou bien d'une chute sur les pieds , les genoux ou les fesses , qui a imprimé une violente secousse à tout le corps. Un soulïlet a même sufTi quelquefois pour la déterminer. On la voit fréquemment succéder aux bruits violens et subits , tels que les éclats de la foudre , l'explosion des pièces d'artillerie, d'une mine ou d'un magasina poudre, causes dont le mode d'action est évidemment le même que celui des précédentes. Toutes les commotions , dit-il , doivent désorganiser aisément le nerf labyrinthique. » (Hoche , art. Surdité, Dict. de méd. et chir. pr. , p. 115.)
« Parmi les causes prédisposantes de la surdité , les moins douteuses sont la prédisposition héréditaire , les transpirations abondantes de la tète, qui diminuent ordinairement vers le déclin de l'âge; la calvitie qui livre celte partie à l'impression devenue trop vive des variations de l'atmosphère.
» Les professions qui augmentent l'afilux du sang vers la tête par le brusqiie refroidissement du corps, par la gène de la respiration, comme dans la natation et l'art du plongeur; celles dans lesquelles Voreille se trouve souvent frappée de fortes détonations , ou continuellement fatiguée
par des bruits violens , sont encore des causes prédisposantes de la surdité. »
(Itard, art. Suudité, Dict. des se. méd. , p. 4(36.)
La surdi-mutité reconnaît des causes fliHV;rentes suivant fju'elle est congéniale ou accjuise; la siudi-nnitité acquise ne dill'ère en rien, sous ce rapport , (pie par ses effets relatifs à l'âge, (le la surdite (jui survient chez les adultes. Toutes les causes que nous avons successivement examinées peuvent indidéremment la produire, par le même méc'auisme , soit la paralysie du nerf acousii({ue , soit l'une des altérations nombreuses dont l'oreille peut être aileclée. Quant à la surdi-mutité de naissance , les vices de conformation sont en première lignedescausesqui la produisent.
Itard , et (i'après lui M. Roche , peuisent qu'elle reconnaît encore le plus souvent pour cause la paralysie du nerf labyrinthique. « Cependant, ajoute ce dernier, dans beaucoup de cas elle est l'effet de lésions toutes matérielles, du genre de celles que nous avons déjà signalées. Ainsi , chez quelques sujets , la caisse est remplie par des concrétions d'apparence crayeuse j chez d'autres , la membrane qui tapisse cette cavité est recouverte de végétations : ici, c'est une matière gélatineuse qui remplit la cavité du tympan et les sinuosités labyrinthiques ; là , le nerf se trouve converti en une bouillie liquide : tantôt le conduit auditif manque entièrement ; tantôt un prolongement de la peau pénètre dans ce conduit , et en couvre le fond : dans quelques cas ce sont des polypes qui l'obstruent, etc. » (Roche, l. c.,p. 116.)
C'est surtout pour la surdité congéniale ou du bas-âge qu'il est important de préciser les degrés , car de cette appréciation dépendent les chances de curabiUté. Voici à cet égard la classification des sourdsmuets qu'Itard a établie d'après leur degré de surdité. Il en a formé cinq classes principales : la première comprend les sourds les plus favorisés , ceux qui entendent la parole ; la seconde , ceux qui n'entendent que la voix; la troisième, plus défavorable , ceux qui n'entendent que les sons ; la quatrième, plus fâcheuse encore , ceux qui ne perçoivent que les bruits ; et enfin la cinquième , ceux dont la surdité est complète.
Symptômes et marche. « Le premier svdiplùine qui annonce la surdite coniniençante est la difficulté de suivre une conversation générale et animée, on d'entendre avec la même netteté le chant et l'accompagnement dans un morceau de njnsi(jue, symptôme plus important qu'on ne pense à distinguer. Ce premier degré de surdite est souvent accompagne de bourdonnement ou de cefihalalgic ; la tète est moins libre, moins disposée à l'étude des sciences abstraites, et la mémoire est très faible ou alVdiblie avant l'âge » (Ilard, lococit.,\>. AiM). Ces signes , ajoute Itard , ne sont d'aucun usage pour établir le diagnostic de la surdité chez les enfans et les idiots ; pour s'assurer si l'audition est abolie ou non chez les enfans de cinq à six ans qui ne parlent point , ou qui parlent indistinctement , il avait recours à un instrument de son invention , nommé acoumètre^ dont les sons gradués donnent la mesure de l'audition , après avoir exerce ces enfans à répondre à l'impression resseniie. Ce même instrument sert à déterminer d'une manière plus précise les dillVrens degrés de la surdite , ou le degré d'audition relative chez tel ou tel iiidividu, et pour suivre les améliorations progressives amenées par le traiteinent.
« La sui*dite varie sous plusieurs rapports. Il est des personnes assez sourdes pour ne plus pouvoir se prêter à la conversation, et qui pourtant conservent toute leur a|)titude à goûter la musirpie et à f-iire leur partie dans un concert. Pour dautres les paroles et la nnisicpie ne font <priiu bruit confus, quoiqu'elles entendent nettement et distinctement les bruits |ps plus faibles lorsqu'ils sont produits isolement. Il en e^t (pii recouvrent nioiocnlanemenl l'ouïe au milieu des brnil-i b'-; plus eclatans et les plus lumuliueux, tels (juB le roulement d'une voiîur»' s)M' le pavf. le bruit du lamlxMir, la <((nnerie de^ cloches, etc. ; d'auires eniiu peuvent suivre une conversation lorsque l'on parle à voix basse , et que le silence reu'ne d'ailleurs autour d'elles.
» La surdité eommence le plus souvent insensiblement, de manière qu'on ignore a <|uelle epotpir elle a commence
M D autres fois, au contraire, le moment de l'invasion est facile à déterminer; elle
se rapporte à celle de quelques maladies dont la surdité a été la suite, telles (lu'une angine, une fièvre nerveuse, un érysipèle facial, des céphalalgies, une otorrhee, etc.
M La maladie fait ensuite des progrès qui varient beaucoup. Tantôt elle augmente peu à j)eu, jus(prà l'abolition complète du sens; tantôt, après être restée long-tenq)s slatioiniaire, elle enq)ire subitement : laniôt, au contraire, après avoir augmenté d'une manière conlnaie pendant plusieurs années, et lorsque tout porte à croire que les progrès de l'âge rc ndront l'inDrinilé incomplète , il subsiste pendant longues années un reste faible mais précieux d'audition. Malheureusement, ce dernier cas est très rare ; le plus ordinairement la surdité augmente dans la vieillesse: elle s'aceroit à l'époque de la cessation dèrihilive desmensirues , et e'ie est mouientaneuient [)his intense au retour de chaque évacuation périodique , après des inipiietudes d'esprit, des repas copieux, des courses rapides , et dans les temps froids et humides. Elle diminue dans des circonstances opposées, qui, (piebpiefois même, la font cesser complètement , ou du moins pendant (luehjue temps.
>^ Dansée (brnier cas, la surdite est intermittente. La plus curieuse des surdités de ce genre (pie j'aie observées était celle d'une jeune bile de huit ans (pii perdait entièrement rouie toutes les fois qu'on la peignait ou ([u'on cherchait à approprier sa tète, la surdite durait jusqu'à la reproduction des insectes dont on l'avait déb.irrassee. » (Itard, /ofo r/7. , p. -iGii c/ pa)>siiyi.)
«( 11 n'est pas lare, dit M. î^orhe , de voir l'insensibilité du nerf labyrinthirpie s'étendre au pavillon de l'oreille, aux tempes, aux régions mastoïdiennes et jiarolidieunes, et aux tegumens du cou, au point de rendre ces parties insensibles ;\ Paction des insinniiens. On doit toujours porter un pronostic grave lorsque ce signe existe. Ouelquefois la membrane qui revêt le conduit auditif externe eesse de sécréter du cérumen, elle prend l'aspect de la peau et se recouvre d'un épiderme sec et farineux. Lxcepte chez les vieillards ce signe est rare , même chez les sourds de naissance; mais lorscpi'on l'observe, on en doit tirer un fâcheux augure : car il est
la prmivfi certaine de la paralysie du nerf aiidilif. Enfm, (|U('lque«i autres signes aident encore à reconnaître que la surdité est l'elfe r de la paralysie du nerf. Ainsi, elle semble diininuer lorsqu'il se fait un grand bruit autour de la personne qui en est affectée; et, par exemple, ces sourds entendent mieux que les individus dont l'ouïe est parfaite, s'ils sont dans une voiture qui roule avec bruit sur le pavé : elle augmente, au contraire, par les contentions d'esprit et les cliagrins. Dans tous les cas il ne faut pas négliger d'explorer avec soin le conduit auditif externe à l'aide d'un petit spéculum, et en dirigeant un rayon de lumière au fond de Toreille; il faut aussi sonder la trompe d'Eustache et y injecter de l'air, comme le pratique M. Deleau. Si ces explorations prouvent qu'il n'existe ni phlegmasie , ni rétrécissement , ni engouement d'aucune nature , ni défaut de circulation de l'air dans ces conduits, elles aident à diagnostiquer, par voie d'exclusion, la paralysie du nerf labyrinthique. » (Roche, art. Surdité, Dictionn. de médec. et chir. prat., p. 119.)
Pronostic. « En général, la surdité est une maladie diiïîcilement curable ; celle qui est congéniale ou qui survient dans le bas-âge, se montre presque toujours invinciblement rebelle aux moyens thérapeutiques. Toute surdité qui est accompagnée des symptômes d'une maladie de l'encéphale, celle (|ui se déclare dans la vieillesse sans cause appréciable, et qui augmente par degrés sans présenter de temps à autre de l'amélioration, celle qui surcède à l'apoplexie ou à toute autre affection cérébrale simple ou compliquée, celle qu'accompagne la sécheresse du conduit auditif, enfin celle qui est l'effet immédiat d'un coup ou d'une chute sur la tête, ou de quelque grande explosion, toutes ces surdités sont incurables. La jeunesse et la puberté n'apportent aucune amélioration à cette mfirmité; la guérison spontanée en est très rare ; les maladies aiguës l'aggravent. » (Roche, loco cit.,\). 120.)
Suivant M. Kramer, le degré de la surdité, l'âge du malade et la durée de la maladie ne sont pas des circonstances qui puissent servir au pronostic. Il attache au
contraire une grande importance au changement organique , et au des^accord dynamique auxquels l'affection est parvenue. En général , M. Kramer porte un pronostic beaucoup moins grave que ne le font communément les médecins qui se sont spécialement occupés de ce sujet. Il n'espère rien ou peu de la marche naturelle de ces maladies, mais il compte beaucoup sur les résultats d'un traitement rationnel. 'J'outefois, il convient que les affections dynami(]ues de l'oreille offrent beaucoup moins de chances de guérison et récidivent beaucoup plus souvent que les maladies organiques. Voici , à cet égard, le ré.sultat statisti(pie déduit par M. Kramer, d'un chiffre de 30(^ malades pris indistinctement dans sou journsj et soumis à un examen complet :
Parmi ces 500 malades , il y en avait 104 tout-à-fait incurables , 1 sur 5; 188 ont été ou complètement guéris ou soulagés ; 8 ont été abandonnés sans amélioration.
Voici les proportions pour les cas de surdité nerveuse sur un chiffre de 160. Surdité nerveuse avec érélhisme : sur 140, 60 incurables et non traités; 21 guéris; 52 soulagés; 7 non guéris. Surdité nerveuse torpide t sur 12, 5 incurables; 8 guéris; 1 soulagé.
Surdi- mutité, 8 tous incurables et non traités.
Traitement. Pour tout ce qui concerne les surdités dépendantes des lésions organiques de Toieille, leur traitement varie comme les causes mécaniques qui les produisent; nous n'avons qu'à nous reporter à ce qui a été dit à l'occasion de chacune de ces lésions (^. l'art. Oreille). Nous dirons un mot seulement de la méthode proposée par MiAI. Bonnet et Pétréquin , pour la guérison des surdités produites par l'engorgement phlegmasique de la caisse et de la trompe d'Eustache sous la dépendance de la phlegmasie chronique ou ulcérative du pharynx et des fosses nasales. Témoin des bons effets de la cautérisation dans les maux de gorge , M. Bonnet eut l'idée d'en étendre l'application au traitement des surdités dont il s'agit. Il employa à cet effet le nitrate d'argent fondu ou le nitrate acide de mercure introduits par les fosses nasales et promenés sur le fond du pharynx. M. Pé-
tr(Miiiin a siniplifit^ relie niélliode cii suhstilii.Mil l'alun aux causliques dont se servait M IJonnet. \'oiri, en (jueliiiies mois, ooinment il procède : il eni[)l()ie le sulf.ite d'albumine soit en j^argarismes , soii €n insulllanl dans Tarrière-gorge un gargarisme sec composé d'un nielange de poudre albumineuse et de sucre , ou l)ieii m i)romenant u!ie pierre d'alun sur les amygdales , le voile du palais et les parois du pharynx; soit, enfui, comme il recommande de le faire pour plus d'ellicacilé , en combinant ces trois modes de cautérisation. Dans les cas rebelles il appli(pie le catbérélique à l'intérieur de la caisst; du tym[)an , a»i moyen du calbeterisme de la trompe suivi d'injections aluminées. M.
Pelreipiin parait avoir obtenu de très remar(iuables i-uccès par cette méthode , dont nous avons pu nous-mème vérifier les bons elTeîs.
JNous n'aurons pas besoin d'insister davantage non plus sur le traiicment des surdités symptoniati<|ues. Elles cedeiU nalurellement au traitement dirige contre les maladies dont elles tirent leur origine, parcourent leuis phases et cessent avec elles; à peine e.>t-il nécessaire d"indii|uer que la saignée fera disparaître mie surdité uiomentanée produite i)arla plediore, etc. Dans le cas contraire , la persistance de la surdité, après la cessation de l'alfeclion qui l'a |)r()duite, tenant à l'une des causes énoncées dans les deux autres catégories, tout ce (jui les concerne revient aux ordres de moyens qui leur sont relatifs ; pour celles de ces surdités qui ne dépcn- «Iciit point de lésions mateririles conseculivcs et d'obstacles mécaniques à Pinlrodiiction des sons , tout ce que nous allons dire du traitement de la surdité essentielle ou nerveuse leur devient aipMcable.
Dans l'espèce de surdité dont il s'agit ici , le fait conuniu» , dominant, est Pilteration du svslenie m rveux acoustique.
Le diagnostic de cette altération repose bien plutôt sur des caractères négatifs ipie sur des caiaetères [lo^itif-. I/iiiteuM'ite iW^ divers appareils de I oreille une fois conslalée , il re.4c à recoimaitie si la caus(! de la surdité v<\. dans le cerseau ou (laii< l'oreille même. L'absence des signes duiuî ieeion encéphalique donne seule la cerli-
lu le (jne la lésion e^^t bornée au nerf auditif. Les altérations dont le nerf auditif peut être le siège sont elles-mêmes diiliciles à préciser. Les seules à peu près que l'on puisse exj)érimeiilalement admetire , sont l'atrophie, l'absence, la compression et cnlin l'allaiblissemenl ou la paralysie plus ou moins complète du nerf. Dans le cas d'absence du nerf la surdité est nécessaireiiicnt congéniale , à moins que le nerf n'ait été détruit par suite d'une maladie dont les signes ne seraient pas alors douteux. L'atro[)hie n'e>t à vrai dire que le même fait (pie la paralysie dont elle est la( onséquence nécessaire; la compression! Oiiel moyen d'en diagiiosti(juer la cau^e ? CÀunment y remédier? Reste donc la paralysie, plus facile à supputer qu'à diagnosti(pjer d'une manière [)recise. Ce[»endant nous devons ajouter que dans l'ouvrage très récemment traduit de M. Kramer, sinon leurs cau!>es et leur nature, du moins les signes et les caractères de la surdité nerveuse et de ses deux formes, qui ne sont probablement (pie des degrés dill'ereiis de la paialysie, sont décrits avec une grande [)réci>ion. rsous regrettons (pie l'étendue de cet article ne nous |)ermette pas de niulti[)lier davantage les citations.
(^)uellc doit être la base du traitement de celte paralysie? La considération des causes, soit immédiates, soit éloignées, serait certainement la source des indications les plus ralionnelles : mais, d'un C(')te, toute intluence de la part des caus(!S organiipies a cesse dès le moment <pie la paralysie est produite ; et (juant aux causes éloignées, aux états morbides generaiii, dr)nt l'abolition de l'ouïe a pu être l'ellet, on doit daulant moins s'arrêter à reiiijilir les indications qu'elles fournissent , (pie leur action est plus éloignée et leur ellet plus peisistant. D'ailleurs, ainsi (pie le lait observer avec raison M. Kramer , (piehpie Nariees ipie soient ces causes, daiiN leur caraelere palho|ogi(iue , elUïi aeipiu icnt Mte une individualité |)ronoacee dans leur iulluence sur l'ouïe, par suite de la coiilo: iiiaion particulière de l'oreille.
V.w présence de ces didicultés symplomatiques et eli(»logiques , on peut donc dire (pic le traitement de la surdite ner-
veii'^e 011 essentielle est encore h peu |>rès rediiil à renijui i.sii»e. Keiidie an uerl" la sensibilité (|n'il a perdue , telle est rindicatioiJ. Les moyens sont pins nondjreux et pins variés (ju'eilicaces , ainsi (pi'on va le voir.
Ilard réduit Ions les Iraiîeniens jiossihics de celte surdité à deux niéiliodes : les di;rivatifs et les slimulans. l'arnù les premiers se trouvent les sialago;4nes, les sternnlaioires et les purgatif-. Les deux premiers ordres d'evacnans , d'après Itard , ne produisent; qu'un effet très momentané et ne peuvent èire considérés que comme auxiliaires dans le traitement dont les purgatifs font la base. Ceux-ci n'ont de succès qu'à la condition d'être emfiloyés freriuemment et à liau e dose. Itard dit être parvenu à guérir ou à diminuer la surdité par de violens dérivatifs drasli(|ues; mais ces moyens ne poun aient iujpunément être employés dans tous les cas, ils obligent à des ménagemens commandés par la consiiiulion des sujets.
Les dérivatifs cuîanés sont , suivant Itard, plus rarement encore (jue beaucou[) d'autres, suivis de succès. Ils méritent, ajoule-t-il, un peu [)Ius de conOance dans les coj)!ioses rebclUs , cliez les enfans , et quand la maladie est récente. Parmi les dérivatifs de ce genre, celui (pi'il préfère est le cautère à la [)Ola>se place au-dessous (le Toreilie, dans la région mastoïdienne, ou encore le séton à la nuque.
Les moyens slimui.ins qui ont été jiréconisés en premièie ligne sont l'électricité et le galvanisme. Ilai'd en a rec )nnu la complète ineflicacité: il dit n'en avoir jamiis retiréaucnn avantage. MAL Deleau et Kramer s'accordent avec lui sur ce [>oint. Aussi ces moyens sont-ils à peu près entièrement abandonnés aujourd'bui.
« On obtient en général de meilleurs effets des fortes révolutions extérieures , tedes que les moxas applitpiés et multiplies aux tempes , autour de l'oreille, et sirtoul derrière le condy'e delà mâchoire; le selon ou les cau'ères à la nuque, les ventou.ses sèches , ou scariliées , dans les mêmes régions. On en S( coude l'action par des vapeurs d'éther que l'on dirige dans le conduit auditif , ou dans l'oreille interne parla trompe d'Eustache :
on pourrait peut être tenter par cette
dernière voie des injections légèrement excitantes d'abord; mais dont on augmenterait successivement la force , si elles ne |)rovoquaient pas d'ai cidens inflammatoires. Enlin on prescrit à l'intérieur les infusions d'arnica, de valériane, les piéparations ferrugineuses, etc. » (Roche, loco cit., p. 121.)
Itard préconise les fumigations ou vaporisations avec une décoction acétique de cabaret, ou bien avec une teinture éthérée de la même racine, par le conduit auditif externe. La vapeur de soufre, recommandée par les anciens, a servi avec avantage dans quelques cas. Les injections stimulantes dans le conduit auditif n'ont, en général ,(prnne edicacité très douteuse, et peuvent tout au [)lusélreemployéescomme des moyens auxiliaires.
Après l'impuissance démontrée de tous ces moyens , on a recours à l'injection de divers liquides ou fluides aériformes, ou même d'air , comme le préfère M. Deleau, dans la caisse tympaniquc , soit au moyen du cathétérisme de la trompe , soit par la perforation des cellules itiastoïdiennes, ou par la perforation de la membrane du tympan , moyens alternativement abandonnes et repris avec des succès variables et dont l'exécution n'est pas toujours exemple d'inconvéniens ( ^oy., pour ces opération s, diVi. Oreille). Lnlin, comme moyens généraux on a alternativement recommandé les bains de mer, les bains russes, sans aucune apparence de succès. Sur chacune des méthodes que nous venons de passer rapidement en revue , M. Kramer se prononce de la manière la plus absolue : il condamne sans restriction , et un à un , tous les moyens locaux et les moyens généraux qui ont formé jusqu'à présent les élémens du traitement de la surdité , les uns comme impuissans , les autres comme nuisibles, tous comme impropres et irrationneliement appliqués.
De tout cet attirail pharmaceutique et thérapeuti(iue , rien ne reste debout après l'examen critique et analytique qu'en fait jM. Kramer, si ce n'est l'une des méthodes (jultard proposa le premier et mit souvent en pratique, mais en négligeant quelquesunes des conditions qui en assurent le succès ; il s'agit de l'introduction de vapeurs élhérées dans l'oreille moyenne.
C'est relie piatirpie perrectionnée daiH sfs procédés (jui f;.i la l>asp. du tiaitcinent local que ^1. KianiPr oppose à la surdité nerveuse, iraiU'ineiit <|ij il fait preci'der de (juel(|ues inoyons généraux, ^uus allons expo-er sa nicilioii»'.
"Dans le tiailemenî de celle afTcction (la surdilé nerveuse avec eréiliisnie), on doit d'abord prendre en considération l'eiat général de la santé ; o i aj^drait iPuno manière inconsidérée si Ton vuolait f.iire disl)arailre une faililes^e locale avant qu'on ci'il dé; mit la faiblesse concomitante de lout le sy^iténie nerveux, de l'appareil difrestif, de, ou les irréj^-ularilis des selles, de la inin^li nation , et même des foric fions lîorniales , c'c.
» I\Iais on ne doit pas se fiai 1er qu'en remplissai-t ces iiuiicalions et en rétablissant même complé'.etnent la sanle générale on parvienne à ajjporter le moinilre sonlat/emeul à la maladie locale du nerf auditif, q.jand même Peinploi de cv> moyens rendrait ou paraîtrait rendre les l)OU!donnemens et la surdite plus suprior tables au malade. 'Jouiefois , quand on a sati>f.iit aux indications jiéiiéraies , ou lorsque la ^anle du malade ne; le demande pas, on doit sans tarder entre[)renilic le Iraiteii'.ent local du nerf malade. »
\ oici comment Al. Kramcr procède à cette p.irlie essentielle du traileuient.
« On pieiid une bouleille conl<'nant environ dix pintes de liipiidi; , on y lîiet nu boclion daiis bfpiel passent deux tuyaux de laiton p()Ui\u«J d'un robinet. I-'iui de ces tiiyaux a a sa partie supérieure ini entonnoir |;our y Ner>er l'eau, l'antre est sotide à un ct.nduit destine a introduire dans la caisse du tambour les vapeu: s (pii se forment dans la bouteille.
" l.ors(pie l'on veut cmj)loyer Pappai cil , on place le boucbou pourvu de ses tuyaux sur la bouteille ; on verse dans l'entonnoir la (piantité d'etlier nécessaire et on le chasse dans la boutedle en souillant légèrement. I! .s'y vaporise peu à peu à la tcm perature onlinaire de la chambre, rem|tlit la bouteille et en |)iesse m'Uio les paroi"-. Tour entretenir d'une manière iiisen^ible la sortie des vaju'ur.s d'etlier, on busse couler à Ir ivers l'cnlonnoir de leau fKjiJe (b'U-i la bouleille pr)nr déplacer les vapeurs clbertcs. ;\v«c (ct app.irril ou ob-
tient à la fois des vapeurs d'éther bien jmres , et l'on connaît la qjiantité qu'il en sort et par suite l'intensité de leur action sur l'organe malade. On doit employer d'autant moins d'etlier à chaque séance , et modérer d'aniant |)lus la sortie des vapeurs,que le nerf acoustique est plus irrité, c'est-à-dire «jue les bourdonnemens sont plus violens , la surdite plus considérable , et que ces deux symptc^mes s'accroissent (lavanl.i^'c par de simples insufllations d'air
dans la caisse du tambotu'
»... Chacune des séances de cette espèce dure un (piart d'heure , se répète tous les jours , et a lieu alternativement pour cha- (pie oreille , quand les deux .sont alFectées. 'Pendant et après chaque séance le malade doit faire bien attention pourvoir si les bourdonnemens auijmentenl ; s'il en est ainsi, on doit diminuer l'action des vapeurs éihéiées. C'est un bon si^ne , quand l'ouïe est meilleure après la séance «prau- {)aravant. ... Si après chaque séance l'ouïe diminue d'une manière notable et déterminée , si les bourdonnemens au|.Mnentent eu uièiiie teiri[>s , on doit de suite diminuer de beaiicou;) la (piantité d'éther , et la réduire même a une seule goutte. Si alors la marche de la maladie ne prend pas encore daiiire direction , on doit cesser la mcilicalion jus(ju'à ce (pie rall'ection soit revenue à son état primitif; cpiand elle y est revenue on re()rend le traitement, en n'employant d'abord (jue les doses les plus minimes d'éther : niais on doit regarder comme tout à-fait iiuMirable le malade dont l'ctat empire de nouveau à celte seconde reprise. » ( Krainer, Traite des malndics de /'or< ille , |). '27 '2 ct passiin.)
'Jel est le traitement auipiel M. Kramer dit devoir des succès beaucoup plus consians (|uc ceux(iueron()btienl [)arlouteslcs autres méthodes dans la surdité avec erélliisme. C>e traitement , dit-il , ne convient pas a la surdite lorpide ; celle-ci exige une exeitalion plus forte. Il em|)loie à cet vihtt l'aiipaicil d'Itard , (jui a;.Mt en décom[)osant l'elher. Les gaz <pii resultcuit de cette décomposition , trop irriians pour la sur- (liie avec eicthisme, (ju'ils exaspèrent, (onviennent au contraire pour la surdite torpidc. Cette circon-t uice , que IM. Kramer a htili<ee au prolit de sa méthode , explique la \; riabilile (h"; résultats «pioble ■
SfJRE
nait Itard en appliquatit indistinotemont les vnpciirs (Uliéré(!S (iécomposces niix divers degrés de la surdité nerveuse. Le mode de procéder es^t d'ailleurs le inôme pour le degré de surdité dont il s'agit, à la didérence seule dont il vient d'être question. Les séances doivent aussi être journalirres, et se faire alternalivement (juand les deux oreilles sont alFeclécs; la durée de chacune d'elles peut dépasser un quart d'Iicuie. L'éther acétique doit , dans les deux cas , être préféré à tout autre liciuidc.
Il nous reste à dire un mot sur la cura bililé de la surdi-mutité.
« La surdité conjj;éniale, dit ]\I. Rociie, reconnaissant les mêmes causes organiques que la surdité accidentelle , il faut s'appliquer par tous les moyens d'investigation possible à découvrir la nature de la lésion qui la produit, et diriger le traitement en consétiuence. C'est ainsi (pje ]\LDeleau est déjà parvenu à rendre l'ouïe à plusieurs sourds-muets. Mais lorsque Ton a la conviction que la surdité dépend d'une paralysie du nerf labyrinthitjue, on peut bien tenter encore l'emploi des moyens que nous avons précédemment indiqués ; mais sans se bercer de l'espoir d'une guérison ni même d'une amélioration : cette surdité est toujours incurable. » (Koche , loc. cit., p. 124.)
La difficulté consiste précisément dans le diagnostic dilïerentiel des conditions organiques de la suidi-mutité. Hieu que M. Deleau et quelques autres aient été assez heureux pour pouvoir reconnaître dans quelques cas et anéantir roi)s!acle mécanique à l'audition chez des sourdsmuets , Oïl ne peut méconnaître combien dans le plus grand nombre des cas ce diagnostic est difTiiile. Les causes éloignées importent peu ; ce qu'il importe , c'est de connaître la lésion actuelle , c'est de savoir, ainsi que se le demande M. Kramer, quelles maladies de l'oreille externe , moyenne ou interne se présentent chez les sourds-muets et (juel rapport il y a dans la fréquence de ces maladies : question qui reste encore indécise.
M. Deleau pense cependant qu'on ne doit traiter que les affections de Toreille moyenne chez les sourds-muels , et que toujours ce diagnostic est facile à établir