‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 107 sur 117 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

s'y insère. La tête de l'humérus cède alors, et l'on achève aisément la division de la capsule articulaire pour amener au dehors l'extrémité de l'os , etc.

M. Velpeau attribue à M. Robert un procédé qui offre de l'analogie avec celui de M. Baudcns^ et qui , au reste , est postérieur à celui-ci.

Deuxième méihode. Lamheaupar soulèvement de tissus.

Premier procédé. ( Sabatier. Lambeau triangulaire.) « Il me semble, dit Sa])atier, que cette opération serait plus facile si on l'exécutait comme il suit. Le mahide assis sur une chaise et retenu coiivenablement , on ferait à la partie antérieure et supérieure du bras deux incisions de cin(£ à six travers de doigt de longueur chacune, écartées d'un pouce ou plus à leur partie supérieure , et rapprochées à leur partie inférieure , de manière à présenter un V majuscule. On extirperait le lambeau des tégumens et du muscle deltoïde que ces incisions circonscrivent ; après quoi, faisant porter le coude en arrière, on couperait avec précaution les tendons qui entourent l'articulation de l'humérus, et en même temps les trois quarts supérieurs de la capsule de cette articulation. Cela fait , rien ne serait plus aisé que d'achever la section de cette capsule, et de faire sortir une portion i)lus ou moins longue de l'os par la plaie, eu coupant aussi le tendon du grand pectoral en devant, et ceux du grand rond et du grand dorsal en arrière. On finirait par la résection de l'os, avec la précaution de garantir les chairs voisines de Taction de la scie, au moyen d'un carton. La seule; chose à craiu(h'e , serait d'être troublé par le sang; maison l'arrêterait ai>ement en faisant, poser les 'doigts de personnes iiTelligenles sur Touverlure des principaux vai seaux <pii le fourniraient. Ouoi ]u\-n Ojierant de cetto manière il ne lut pas possible d ■ blesser l'artère axillair»;, on ne pourrait se dispenser de se rendre m iitre du sang de cet le artère au moyeu du tourniquet de Uahl , ou de la [)ression exercée uu-de>sus de la clavicule. » [Loco cit.)

I\l.\l. Sanson et l';(;giu font remanjuer avec r.iison ()u'il serait inulih; d'e\iirper le laniheau triangulaire du drllonh;; niieux vauiirait rendre sa base plus large, et se

ÉPAULE

borner à le relever de manière à ce qu'après Topéralion il puisse être rèappliquè sur la plaie et contribuer à la cicatrice.

Modification de M. Syme. « M. Syme, qui a pratiqué deux fois la résection de riiumérus avec succès , taille son lambeau sur la moitié externe du deltoïde et lui donne la forme d'un triangle, dont la tranche antérieure est représentée par rincision de White , tandis que l'autre , heaucoup plus courte , se porte obliquement de bas en haut et en arrière vers l'épine du scapulum. Son lambeau relevé, le chirurgien fait porter le coude sur le devant du thorax , divise la capsule , luxe la tète humérale , l'excise , abaisse son lambeau et procède au pansement. » (Velpeau, Mèd. opér.^ t. ii, p. 709, 2« édit.)

Deuxième procédé. (Moreau. Lambeau quadrangulaire.) 31. IMoreau de Bar, ayant trouvé le procédé de la boutonnière très difficile , a proposé le suivant. Le malade ;\ssis sur une chaise et soUdement maintenu par des aides , on fait élever le bras horizontalement, si cela est possible. Le scalpel est plongé en avant , jusqu'à l'os , près du sommet de l'apophyse coracoïde, à la hauteur du bord supérieur de cette cminence. La peau et le muscle deltoïde sont alors divisés par une incision de 5 pouces, étendue le hmg du bord externe de la coulisse bicipitale. En arrière , une autre incision descend parallèlement à la première, depuis Texlrèmité postérieure du bord inférieur de l'apophyse acromion jusque sur le bras. Ces deux plaies doivent être enfin réunies par une incision traus- \ersale qui passe immédiatement au-dessous de l'éminence acromion. Le hunbeau est alors détaclié et abaissé , l'artère circonnexe postérieure bée, et le bras étant rapproché du tronc, on coupe le ligament orbicnlaire, airisi que les tendons qui recouvrent la tête de l'humérus. La hime de l'instrument , engagée entre cet os et la fosse glénoïdale, achève de détruire les attaches tendineuses, et d'isoler en dedans l'humérus à mesure qu'eu élevant le bras on le fait saillir à travers la plaie. Une compresse épaisse , placée entre Tos et les chairs, préserve celles-ci de l'action de la scie avec laquelle on fait la résection. Lorsque le désordre est borné à la tète de l'os, l'opération est ainsi tcnnince : l'extrémité

sciée de l'humérus est replacée dans les parties, le lambeau est maintenu relevé par deux points de suture , et le malade , pansé simplement, est remis au lit. Si la carie s'étend à l'apophyse acromion et à l'angle articulaire du scapulum , on continue la plaie antérieure sur l'extrémité humérale de la clavicule, et la postérieure vers l'épine de l'omoplate. Ce nouveau lambeau étant détaché et soulevé , on ôte avec le ciseau , ou la gouge et le maillet, toutes les portions cariées ; après (juoi on l'abaisse et on le fixe au grand , comme dans le cas où la résection s'est bornée à l'extirpation de la tête de l'humérus. (Sanson et Bégin.)

Modificatio.i de Manne. Au lieu de faire , comme M. Moreau , un lambeau quadrangulaire à base inférieure , Manne s'y est pris dans un sens inverse , et en a fait un à base supérieure, c'est-à-dire qu'il a pratiqué deux incisions verticales parallèles , qu'il a réunies inférieurement par une incision transverse; il a disséqué le lambeau de bas en haut et mis l'articulation à découvert, absolument comme dans le procédé de Lafaye pour l'amputation du bras dans l'article.

Troisième procédé. (Bent. Lambeau en T.) Après White, Bent a été un des premiers à pratiquer la résection de la tète de l'humérus. Ne pouvant en venir à bout par le procédé de \Vhite , il crut devoir détacher en dehors du côté de l'acromion , puis en dedans de la clavicule et transversalement, les libres du deltoïde , de manière à former une incision en T, qui lui permît de disséquer deux lambeaux triangulaires , l'un externe , l'autre interne , et d'agir ensuite librement sur l'article.

Quatrième procédé. (M. Morel. Lambeau semi-lunaire.) M. Morel, qui n'a été satisfait d'aucune de ces méthodes, s'en est tenu à la formation d'un lambeau semilunaire à convexité inférieure sur le devant de l'épaule. L'opération fut longue , mais son malade a guéri. (Velpeau.)

appréciation. Sous le point de vue de ropéralion , les deux méthodes doivent être conservées et applicpiées avec discernement, selon les conditions matérielles de la région sur laiiuelle on doit opérer. S'il s'agit d'une lésion bornée à l'humérus^ nul doute que le procédé de M. Caudens

ÉPHÉLIDE.

ne doive être préféré ; il est le moins grave, le plus prompt et le plus facile de tous. Dans le cas, au contraire, où Tomoplate serait intéressée, et qu'il faudrait agir sur ces parties , le procédé de Manne paraît offrir le plus d'avantages , ou bien celui de Moreau. Il est néanmoins des circonstances où l'opérateur peut trouver des raisons pour suivre tel ou tel autre procédé. Considérée comme remède, cette opération se prête aux mêmes observations que toute autre résection articulaire, {f^oy. Résec-

TIOX.)

ÉPHÉLIDE, s. f., de «tti, sur,et ?3)^wç, soleil. Ce nom a été donné à des taches d'un jaune fauve , dues à une altération spéciale du corps pigmentaire, et que Ton regardait comme dues à l'action du soleil; cette affection est connue sous les noms divers de taches de rousseur , taches hépatiques , lentigo , lentilles^ panne, chloasma, etc.

Alibert en avait fait autrefois un genre à part, dans lequel il reconnaissait trois variétés : ïéphélide lenti forme, Yéphélide hépatique et Véphélide scorhutique.

{Précis théor. et pr at.desmal.de la peau, 1. 1, p. 589 et suiv., Paris, 1810.) Dans son dernier ouvrage, il a changé le nom d'éphélide en celui de panne [pannus]^ et il en fait quatre variétés, sous les noms de panne lenticulaire , panne hépatique , panne misannée et panne caratée , qu'il place dans l'ordre des dermatoses dyschromateuses. [Monog. des dermat.^i. n, p.

656 et suiv.,Paris,l852.) Halcman confond, sous le nom d'éphélides , les triches de rousseur et les taches hépatiques ( Abrégé prat. des mal. de la peau, p. 587; trad. de Bertrand, 1820), et les range parmi les macules. M. Gibert n'admet sous ce nom que les seules taches de rousseur. {Trait, prat. des mal. de lu peau, p. 421, Paris, 1859.) MM. Cazcnave et Schedel,dan« leur abrégé pratique rîes maladies de la peau., décrivent a part le h'nligo (p. 585) et les éphèlides (p. 585), appelant ainsi les colorations dites hépatiques [)ar Ifs a«jtres auteurs Knfni, M. Uayer a réuni sous le même nom les deux principales variétés, lenticulaires et liépatifjuos, en y joignant les éphèlides ignéales et scorbutiques.

Quanta nous, nous admettrons trois prin- €ipalei divisions : le» éphèlides propre-

ment dîtes, Vèphèlide hépatique et Véphé- ^ » f lide carate. /

I. ÉPHÉLIDE. Dans cette variété, nous rangeons la forme lenticulaire et celle à plaques plus foncées, plus étendues , appelée par quelques auteurs É!p/ie/is à sole.

1° Éphélide lenticulaire, ce sont les taches de rousseur, le lentigo.

Causes. Ces colorations se rencontrent surtout chez les jeunes sujets , plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, et de préférence chez les individus blonds ou roux, dont la peau est fine et blanche, Dans certains cas, congénitaFes, elles ne se montrent dans d'autres que vers l'âge de 12 ou 15 ans , et peuvent durer toute la vie. On remarque qu'elles sont plus prononcées à certaines époques surtout pendant Tété ; et on les voit disparaître pendant l'hiver, ou bien si le sujet vient à habiter un climat plus septentrional. Il est inutile de dire qu'on les rencontre plutôt dans les pays chauds que dans les contrées froides et sombres.

Siège. Le lentigo occupe principalement les parties découvertes, telles que les mains, le visage, le col, le devant de la poitrine, on le rencontre cependant aussi quelquefois sur toute la surface tégumentaire.

« Après avoir soumis à la macération , dit M. Rayer, plusieurs lambeaux de peau tachetée de lentigo , j'ai constaté que la matière colorante restait presque toujours fortement adhérente au-dessus , lorsqu'on en détachait Tépiderme. » {Dict. de méd. en 15 vol., art. Éphélide, t. vu, p. 574.)

Symptômes.Les taches de lentigo, « développées avec l'âge, se présentent sous la forme de petites taches assez exactement arrondies, jaunâtres, quelquefois comme ignées , répandues çà et là sans ordre et laissant entre elles des intervalles plus ou moins grands, dans lesquels la coloration de la peau est naturelle. Quelquefois elles se réunissent surtout au nez et aux pommettes, et forment des taches |)lus ou moins larges. Elles ne sont nullement proéminentes, ne déterminent an(;une donlcnr pas même de démangeaison , et nuisent plutôt h la beauté qu'elles ne constituent un symptôme maladif. »> (Cazenave et Schedel, oiiv. cit., \i. 585.)

Diagnostic. Les mêmes atjteurs donnent ainsi le diagnostic de celte forme d'éphé-

ÉPHÉLIDE.

lides. « Les caractères assignes au lentigo sont trop bien tranches, et c'est, d'ailleurs, une maladie trop connue ]»our que Ton puisse jamais s'y tromper. Cependant, au tronc, il pourrait bien, en quelques circonstances, être pris pour une forme du purpura. Eu elTet, cette dernière maladie se manifeste (jueUjuefois par de [)etites taches exactement arrondies, ne dépassant point la largeur d'une lentille, quelquefois aussi beaucoup moindres; mais les taches purp'irines sont d'un rouge livide ; elles sont jaunes dans le lentigo; les premières peuvent occuper le tronc et les membres inférieurs sans se montrera la face, qui n'en est, au contraire, que très rarement le siège ; les secondes, au contraire, n'existent presque jamais sur la poitrine et sur le ventre, sans qu'on ne les rencontre en jnôme temps au col et à la ligure. Enfin , les taches du purpura sont accidentelles, et dans ces circonstances, ordinairement de peu de durée, elles coïncident toujours avecquehpje trouble de Téconomie, tandis que celles du lentigo , presque toujours congéniales, durent toute la vie et ne sont pas accompagiiées du moindre dérangement dans la santé. » [Ouv. cit.., p. 584.)

J.c pronostic n'a donc ici aucune espèce de gravité. Quant au traitement .^ il consiste plutôt dans des précautions hygiéniques (s'abriter du soleil, éviter l'action du grand air, enduire les parties maculées de pâtes adoucissantes de concombre , de beurre de cacao , etc.), que dans des moyens médicamenteux.

2° Éph tildes solaires. On désigne sous ce nom les taches brunes que produisent sur la peau les rayons d'un soleil trop ardent. Ordinairement ces taches sont plus larges , plus foncées que dans l'espèce précédente , mais, dans d'autres cas, elles sont petites et rapprochées comme celles du lentigo. Le tsphélides solaires se montrent surtout SUT .«»s iv.'sls blonds et dont la peau est blanche. On peut aciuellement Tobserver tous les jours siu* nos soldats qui reviennent d'Ali itjue : ils ont le visage couvert de larges plaques d'un brun foncé, qui se montrent smlout sur les pommettes. Le séjour dansun pays lempereet les froid-^ de l'hiver ne tardent pas à les faire disparaître. Les émolliens , les eaux distillées aromatiques sont employés par les femmes

pour faire disparaître ces taches disgracieuses, mais le meilleur moyen est de se soustraire à l'action de la cause déterminante.

IL Éphélides nÉPATiQUES. C'est le chloasma de Franck et de M. Rayer. On appelle ainsi des taches irrégulières, as.sez étendues, d'un jaune safrané ou brunâtre, souvent recouvertes d'une «lesquamuiation furfuracée et occasioniant des démangeaisons.

Causes. Les éphélides bépatiques se voient plutôt chez les jeunes sujets que chez les vieillards, chez les femmes que chez les hommes, chez les personnes blondes et à peau blanche que chez les individus placés -^ans des conditions opposées. On les rencontre fréquemment au visage de femmes enceintes où elles constituent ce que les accoucheurs ont appelé le masque. On les trouve aussi sur des personnes du sexe à l'époque des règles ou chez celles qui ont de l'aménorrhée. On a voulu, mais à tort, établir une corrélation entr« ces macules et une alfection du foie , d'où le nom de taches hipatiques; ce qu'il y a de certain, c'est (pi'on les observe quelquefois dans des affections chroniques des viscères.

Anatomie pathologique . J>L Rayer a fait des recherches à cet égard. « Plusieurs lambeaux de peau, dit il, présentant des taches de chloasma , ont été traitées par la putréfaction à l'air libre et par la macération. Sur les premiers , l'épiderme enlevé n'a pas eanporté la matière colorante qui est restée à la face externe du derme, sous la forme d'une couche brune, noirâtre ou grisâtre, facile à détacher avec le dos du scapel; sur les autres, la matière colorante s'est partagée entre répidermc et le derme, à la surface duquel elle s'est présentée sous forme d'une matière li(;uide, noirâtre ou grisâtre, déposée sur le sommet des papilles en couches d'une inégale épaisseur. A la îsurface du derme, on remarquait, en outre, une bande de couleur brunâtre (jue l'instrument ne pouvait enlever sans intéresser son tissu. Dans d'autres circonstances, j'ai constaté que l'épiderme qu'on pouvait facilement enlever avec l'ongle, en i)ctits lambeaux, était luimême coloré en jaune sale ou jaune terreux. » {Art. cit.j p. 372.)

EPHÉLIDE.

Siège. Ces tacher peuvent se développer sur tous les points de l'enveloppe tégnir.entaire ; mais c'est surtout sur le tronc, à la partie antérieure de la poitrine et du col, entre les seins chez les femmes , sur le ventre , et enfin à la partie interne des cuisses qu'on les rencontre. Comme l'ont fait observer la plupart des auteurs, on ne les voit guère au visage que chez les femmes enceintes.

Symptômes. Le début est quelquefois criractérisé par un léger prurit ; bientôr apparaissent de petites taches, d'abord grisâtres, qui ne tardent pas à prendre les caractères distinctifs de l'éphélide. « La couleur des taches du chloasma, tantôt comparable au jaune pale des feuilles mortes de certains arbres, est quelquefois aussi prononcée que celui de la rhubarbe et du soufre; chez les femmes brunes, leur teinte est toujours plus foncée. Les dimensions de ces taches sont très variables; les unes ont plusieurs pouces de diamètre, les autres à peine quelques lignes. D'abord isolées, assez régulièrement arrondies, elles se multiplient, s'élargissent ou se réunissent en groupes [)lus ou moins nombreux. Alors elles forment de larges plaques irrégulières qui occupent quelquefois des surfaces si étendues , qu'au premier coup-d'œil les parties saines de la peau pourraient sembler le siège d'une décoloration morbide. Elles ne s'élèvent pas ordinairement au-dessus du niveau des tégumens qui les entourent, surtout lorsqu'elles se développent sur une peau blanche et fine; quelcjuefois cependant, les pointsmaculés paraissent au [oucher légèrement proéminens; leur surface devient le siège d'une démangeaison rpji augmente par la chaleur et l'exercice, par Pusage des liqueurs fortes. Elle est ordinairement plus vive chez Us femmes et les jeunes filles aux approrhesde la menstruation; elle est excitée par les passions morales et la chaleur du lit. Lorsfpift les malades ne savent j)as résister au be'^oin de se gratter, les démangeaisons deviennent (pjelquefois insu[)p()rtables et occasionnent des insoiruiies fatigantes. Ouehpjefoisrépiderme se fendille à la surface des taches et se détache en petites lamelles finhiracées { cliioasma j)Stud()-porri(j()^ .1. Franck; piti/riasis vtrsicolor, \V illun}; i>arfuis même pendant

l'été^ au commencement du printemps , on voit les taches jaunes du chloasma s'étendre , devenir plus prurigineuses et

prendre une teinte rouge Les taches

dites hèpatiqves ne sont accompagnées d'aucun trouble des principales fonctions , lorsqu'elles existent indépendamment de toute complication. » (Rayer, art. cit., p. 570.)

On a rapproché des éphélides hépatiques les taches brunes que portent à la partie interne des cuisses les femmes qui se servent de ces chaulferettes découvertes appelées gueux. Nous ne parlerons pas des colorations de la peau qui persistent quelque temps après la guérison de certaines affections dartreuses {eczéma, im-^ petigo, psoriasis)^ ou des plaques syphilitiques : ce ne sont pas là de véritables éphélides.

La durée de ces taches est très variable; dans certains cas, on les voit se terminer au bout de quelques jours ; dans d'autres^ elles persistent pendant plusieurs années. Dans le premier cas, elles s'effacent par résolution avec une assez grande rapidité ; dans le second , l'irritation de la peau donne lieu à ces desquammations furfuracées , à ces démangeaisons dont il a été parlé plus haut.

Diagnostic. Quelques affections cutanées pourraient être confondues avec les éphélides, et, à leur [éle, le pityriasis versicolor ; mais deux circonstances importantes à noter éclairent ici le diagnostic. Dans le pityriasis versicolor, la desquammation est beaucoup plus abondante , et formée par des écailles épiderinatiques plus larges, plus épaisses ; en second lieu, il n'y a [)as de démangeaisons.

Quant aux taches syphililiq%ies , les commémoratifs, bien souvent les |thénoniènes concomitans , et pour rallectioii locale, la teinte cuivrée des piacpies, l'absence de, toute démangeaison , de toiilft hirfuralion , doivent rendn; Perr(!ur \\\\~ possible.

Nous ne parlons p.is des nœvi materni^ ils sont d'origine congeniale ; ils dépassent ordinaircmcMil le niveau (h; la peau , ou bien celle-ci parait plus dure là où ils so monlient; ils ne jin-sentent pas d'écaille.s é[»idermiques , n'occasionnent pas de dé-

EPICANTHUS.

mangeaisons , et ils ne cèdent à aucun

moyen thérapeutique.

Pronostic. Les éphélides ont généralement une durée aî^sez courte , celles surtout qui se montrent chez les femmes grosses ou aux époques de la menstruation.

Le seul inconvénient auquel elles donnent lieu , ce sont les démangeaisons assez vives dont il a déjà été question.

Traitement. « Le traitement des éphélides est des plus simple , disent 31M. Cazenave et Schedel [ouv. cité^ p. 589) ; de Teau sulfureuse à Vintérieur, celle d'Eughien ou de Cauterets, par exemple , deux ou trois bains sulfureux par semaine, et , dans certains cas , quelques légers laxatifs, tels sont les moyens auxquels elles cèdent le plus ordinairement. En commençant l'usage de l'eau d'Enghien, le malade doit la couper d'abord avec deux tiers d'eau d'orge ou de lait, puis il augmente peu à peu la dose sulfureuse jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la prendre pure. Dans quelques circonstances où les éphélides occupant certaines régions , la partie interne des cuisses, par exemple, et les aines, détermineraient une démangeaison presque insupportable, le malade pourrait, les jours où il ne prendrait point de bains, faire des lotions sur ces diverses parties avec 1 once de sulfure de potasse dissous dans 2 livres d'eau. >»

M. Rayer se loue aussi beaucoup de l'administration des sulfureux (ju'il emploie presque exclusivement en bains ^^ar^ cité, p. 375) : il conseille de respecter les taches hépatiques qui coïncident avec des alfections chroniques du foie, de l'estomac , de l'utérus, etc., non qu'il redoute (juelques inconvéniens de leur disparition, mais pour éviter le,s inquiétudes que relleci pourrait faire naître dans l'esprit des maades, toujours si prompts à se tourmenter. Alibert conseillait les douches d'eau minérale, les pommadas alcalines , l'usage intérieur des plantes dites sudoriliques ou dépuratives. Leur usage peut, en rlfot, dans certains cas, devenir d'une certaine utilité, et ne doit pas être proscrit entièrement , comme l'ont fait (juelques auteurs.

III. Éphélide càratée; elle a été décrite par Alibert [ouv. cite,\>. 646), d'après les renseigneniens qui lui oui ete fournis par

des voyageurs. Cette afTection se montre dans l'Amérique du sud, et semble parliculi( rement réservée au royaume de la Nouvelle-Grenade : les babitans lui ont donné le nom de carate. Elle attaque parliculièrenu'ut les nègres, les mulâtres, les personnes issues des blancs avec les Indiens. Il est , dans la contrée que nous venons de nommer . des villages dont presque tous les habilans en sont all'ectés; on dit qu'elle atteint principalement ceux qui résident le long des rivières et qui se livrent à la pèche. Du reste , les personnes riches et qui habitent les villes n'en sont point exemptes. On ignore encore en quoi consiste l'altération du tégument qui constitue cette maladie.

« La carate se manifeste par des taches qui viennent indilTéremment sur tout le corps, principalement sur les parties charnues, et qui se trouvent être d'une couleur de rose , comme les joues, les seins chez les femmes, les bras, les avant-bras, etc. Ces taches ont diverses teintes et nuances ; tantôt elles sont d'une couleur de café , tantôt dun blanc mat, tantôt d'un rouge cramoisi, tantôt d'un bleu livide, au point (ju'on croirait que certains individus ont été frappés et contusionnes par tout le visage ; mais souvent aussi les taches qui se manifestent présentent , par le mélange et le contraste de leurs couleurs, un aspect marbré. » (Alibert , loc. cit.)

Cette affeclion est très rebelle, et quelques personnes prétendent même (ju'elle est incurable. On a, dit-on, retiré quelques succès des mercuriaux employés à l'intérieur; mais, dit Alibert {ouv. cit., p. 6o4), le traitement de la carate est encore livré au plus aveugle empirisme.

Él»lCA\TlltS ( du grec etti , sur , y.av^oç, angle), exprime une difformité de l'angle interne de l'œil, résultant d'un allongement de ce repli de peau qui existe dans cette partie et qui se continue avec la paupière supérieure. L'allongement peut être tel qu'il couvre la caroncule et donne à la physionomie un air desagréable. Ordinairement l'épicanlhus est congénital et existe des deux côtés. On l'a rencontré assez souvent chez des personnes dont le nez est épaté. La racine trop large et peu saillante de cet organe fait que la peau de cette partie se trouve en exc^s , peu len-

due , et pend naturellement vers l'angle caronculaire qu'elle couvre plus ou moins. Chez les femmes Tépicanthus peut être considéré comme une difformité assez désagréable pour réclamer les secours de la chirurgie : au reste , cette difformité offre plusieurs degrés faciles à concevoir. M. Ammon de Dresde , qui a dans ces derniers temps appelé l'attention sur cet état , a proposé pour y remédier une opération chirurgicale qui consiste à raccourcir la peau du repli des deux angles en excisant une parlie de celle de la racine du nez. On pince verticalement la peau de la racine du nez avec deux doigts appliqués sur les deux côtés de cet organe ; on y fait un pli vertical qu'on relève autant qu'on le juge nécessaire pour faire disparaître la difformité ; on marque avec une plume et de Tencre la quantité de peau à enlever. L'on fait de la sorte avec le bistouri et les pinces l'ablation d'un ovale vertical de la peau de la racine du nez , et Ton réunit ensuite la plaie avec des épingles et des fils en 8 , comme un becde-lièvre. On fait en sorte d'obtenir une réunion par première intention. La difformité se trouve par là corrigée aux dépens d'une simple cicatrice linéaire. Si cependant la plaie suppure, on a une cicatrice qui constitue une difformité assez désagréable. Tel est le moyen que les chirurgiens allemands ont propo'=;é pour corriger lépicanlhus , et qu'ils nomment RniNo-

l'JlAPHIE.

ÉPIDÉMIE. On appelle de ce nom , ou mieux malarlies épidémifjues , toutes les maladies qui, dans une localité , frappent sur un grand nombre d'individus à la fois, mais dont la cause est accidentelle et passagère ; dill'érentes en cela des maladies endémi(jues qui, pro[)res à certains pays , s'y développent sous rinducnce de causes persistantes et pres(pie toujours appréciables. «( 'J'antôt celte épidémie n'est (pi'une des maladies ordinairfinfnt sporadirpjes dans le pays, et loiilc maladie sporadiquc peut ainsi devenir épidemique; tantôt c'est une maladi(t étrangère qui y est a[)porlée soit par voie de contagion , soit par une induencc inconinie ; tantôt enfin c'est une maladif; toute nouvelle qiii n'a exactement son analogue ni dans le pays oii elle sévit , ni dan» aucun

épidémie: 651

autre. » (Andral, Dict. de méd. et dechir, prat.^ t. VII, p. 558.)

Il n'entre pas , comme on doit bien le penser , dans le plan de ce dictionnaire d'aborder les questions immenses, et pour la plupart encore à résoudre, qui touchent aux causes et au mode de développement des maladies épidémiques. Dans les articles consacrés à la description isolée des différentes maladies , on trouvera indiquées , avec la précision qu'exige la pratique, les principales circonstances au milieu desquelles chacune de ces maladies g'est montrée sous forme épidémique. Tout ce que nous pouvons faire ici, c'est d'établir les principes généraux suivant lesquels le médecin- praticien doit diriger ses vues thérapeutiques dans le cours des maladies épidémiques , et de tracer en quelques lignes la règle de conduite personnelle qu'il doit tenir dans ces graves occurrences.

1° La thérapeutique des épidémies peut être considérée sous deux rapports , suivant qu'on s'occupe de détruire leurs causes ou de combattre les effets que celles-ci ont produits. Dans la recherche des causes, quelle sagacité, quelle attention, quelle patience ne faut-il pas pour découvrir la vérité dans le chaos des opinions contradictoires que chacun veut faire prédominer, et au fond desquelles sont presque toujours renfermées (pielques notions utiles. La méthode suivie dans l'étude de l'hygiène peut servir de guide dans cette recherche , c'est-à-dire (jue l'air , le sol , l(!salimcns, les habitudes même doivent être successivement examinés , puisfju'ils forment le vaste horizon des dillcrens [)oints duquel peut surgir la cause meurtrière.

Personne n'ignore que de toutes les in* lluences (|iie re(;.oit Tiiomme , soit du monde extérieur , soit de lui-même, soit de ses ra[)[)orls avec .ses semblables, il en est peu (]ui ex(!rcent sur lui une action aussi puissant(> que eelUts (|u'il suhil de la part de l'air atmosphérique ; il en est peu aussi (|ui jouent un plus grand rôle dans la production des maladies epidemi(|ues. J/atmosphére peut en effet contribuer au développement de ces maladies par les fluides inqtondcrahles qii'jlle eoniirut ( calori- ([ue , luujière , élcclricité), par Icu variétés

(i52 EPlDÉMlt:

de son état liygi'omélrique, par les va- substances rialions de ses qualités physiques, mais surtout par les aUéralions diverses qu'elle ]>eut subir dans sa composition. Parmi les principes qui peuvent Taltérer , tantôt ce sont des émanations qui se dégagent d'eaux stagnantes, au milieu desquelles se putréfient des débris de végétaux et d'animaux ; tantôt ce sont des miasmes que fournissent les corps vivons euxmêmes, soit que ces corps exilaient des inineipes qui, traversant l'air, iront donner à des individus sains une maladie seml)l;d)Ie à celle (jui existait chez les premiers, ce qui constitue la contagion ; soit fine |>ar le seul fait de leur entassement , des lionunes vicient l'air de telle sorte qu'il s'y forme des miasmes délétères , et (pie tous les individus (pii respireront cet air seront menacés de contracter une même maladie, ce qui forme Tinfection.

L'état du sol peut aussi fournir les i enseignemens les plus précieux. Ici l'ouverture de nouvelles roules, le dessèchement d'un marais ou Tabalagc d'un bois ajiportentune maladie é[)i(leinu|ue, tandis que les mêmes modifications dans un pays voisin ont au contraire produit des avantages incontestables pour la santé des liabilans. « Une rue étroite, n^.omentanément ob- .struée à ses extrémités , en s'opposant au libre cours de l'air , est dans quelque cas la première source du mal; d'autres fois ce sera un égoiU encombré, ou seulement une ornière qui laisse infiltrer dans le sol des eaux chargées d'immondices. Le voisinage d'un port, d'une gare, d'un marais ou (Tune terre marécageuse , est toujours soupçonné, et doit eiïertivement to.ijours Tètrc , lors du développement d'une maladie épidémique. )» (Ferrus, Diction, de mi'd., t. viu, p. 198.)

Ouant aux alimen'?, il n'est pas douteux (|ue les modifications qu'ils inq)rinient à l'économie ne puissent donner naissance à plusieurs maladies épidemi(pies , et cela de deux manières : d'abord par l'action îniisible (pfiis exercent sur le tube digestif lui-même, soit qu'ils irritent la mu- «pieuse gastro intestinale comme les fruits verts, de là des dysenteries, soit (pi'ils ne la stimulent pas suffisamment , comme les viandes non laites , d'où naissent les diarrhées, ou (pfils olfrent à l'estomac des

réfraclaires à son action , comme les viandes salées ou desséchées ; ensuite en fournissant au sang des princii)cs délétères (jui, semblables à des poisons , vont troubler le jeu des didérens organes et y produire les plus graves désordres; c'est ainsi qu'agit le seigle ergoté. Quelquefois aussi c'est dans la nature des boissons , des eaux d'un pays en particulier, et même dans celle des condimens qu'on a trouvé la cause des maladies épidémiques.

Quelque marquée cependant que puisse être rinlluençc de tous ces modificateurs de Téconomie , il faut reconnaître aussi que leur appréciation la plus sévère est loin de démasquer la cause de toutes les maladies épidémiques , et qu'on se hAte quelquefois trop d'attribuer à (piehpiesuns d'entre eux des résultats qui leur sont tout-à-fait étrangers ; mais ce que le médecin praticien doit savoir, c'est qu'une maladie épidemijpje ne reste pas toujours semblable à elle-même dans les dilférentes phases de son existence , et c'est là un des grands traits qui la distinguent des affections sporadiques de même nature qui peuvent régner en grand nombre dans un pays; ensuite qu'elle attaipie s luvent |)lus particulièrement certains individus, non seulement sans qu'aucune condition S[>éciale paraisse moiiver ce choix, mais encore quoiqu'ils semblent être dans la position la plus favorable pour ne pas être atteints; enfin (pie , dans le cours de son lègne, les maladies les plus dissemblables peuvent recevoir d'elle certaine modification qui 1rs ramènera pour la plupart à une sorte d'idenlilé de nature, et par suite à une identité de traitement. Les médecins qui ont exercé dans ces derniers temps dans les lieux envahis par le choiera n'ont eu que de trop fréquentes occasions de constater cette vérité, que la voix iinitosaiite de lioerhaave , de Sydenhain , de Pringle , d'Uxliam, et avant tous d'Ilipporratc, avait depuis long-temps mise iiors de doute.

Ajoutons encore, comme point important de pratique, (pie si, dans les premiers jours de raj)[)arilion d'une maladie êpidemifpie , il est impossible de prévoir quelle classe d'individus elle attarjuera de préférence , l'observation ne tarde ce-

EPILÊPSIE.

pendant pas de fournir des données qui mettent à même de préserver ceux qui sont les plus susceptibles d'être atteints. «« Dans le début , en général , Tépidémie s'étend à toutes les constitutions indifTéremment , quelquefois même elle semble choisir les plus vigoureuses; mais pour l'ordinaire, dans les périodes suivantes, elle est surtout funeste aux sujets faibles , débilités par Tindigence , par des maladies antérieures ou par des écarts de régime multipliés. C'est donc le plus souvent une méthode prophylactique fortifiante qu'il faut mettre en usage.... Des secours particuliers dépend la santé générale de la population ; être victorieux du mal sur un seul individu, c'est quelquefois en préserver un grand nombre. » (Ferrus, Dict. cité, p. 200.)

2° S'il est , pour le médecin consciencieusement dévoué à la pratique de son art , une occasion d'en démontrer toute la puissance et de le faire briller de tout son éclat, c'est assurément dans le cours d'une épidémie. Les lieux où le fléau sévit avec plus de force sont pour lui un champ d'honneur qu'il ne peut éviter et surtout qu'il ne peut abandonner sans honte : son courage et ses succès relèvent l'espérance du peuple qui, dans ces tristes momens , tend les mains vers lui seul ; mais trop souvent, il faut le dire, les médecins rencontrent dans ces graves circonstances des diflicultés que tous n'ont pas la force ou la possibilité de surmonter. Dans les épidémies de nature contagieuse, ils doivent signaler le danger , et constamment la terreur l'augmente ; ils doivent à chaipie instant braver la mort, et pourtant leur perle aggrave la calamité générale. Trop souvent encore on est sourd à leur voix , le danger est méconnu , les moyens qu'ils proj)osent sont re[)0ussés , ou manquent leur but par la lenteur qu'on apporte à les mettre en usage.

Oue , pour rendre dans une é[)idémie tous les services qu'on est en droit d'attendre de leur art, ils se persuadent bien qu'il e'-t indispensiible qu'ils se fassent investir d'une autorili; qui montre à tout le rhonde rpi'ils ne sont pas moins dignes de la considération du gouvernement (lue de la confiance <le leurs concitoyens. INuI ne peut être meilleur arbitra dans une sem-

blable circonstance, parce que nul ne doit mieux juger la valeur des mesures à prendre , l'étendue des sacrifices à faire. Aussi doivent-ils indiquer par des instructions populaires le régime à suivre , même la méthode curative générale à employer en leur absence. Qu'ils s'opposent encore avec énergie aux manœuvres des empiriques, qui presque toujours aggravent les progrès du mal , et inspirent une fausse sécurité en proposant des moyens de guérison ou de préservation que le bon sens réprouve ; car ici l'empire des préjugés exerce ordinairement son influence dans toute sa force , et tend sans cesse à faire échouer les conseils dictés par la raison."

Quant à eux-mêmes, ils trouveront dans leur courage, dans une conduite exempte d'excès, et surtout dans la satisfaction qui accompagne toujours l'accomplissement d'un devoir et la conviction d'une mission sacrée , des armes plus puissantes contre l'invasion du fléau , que les ressources de la matière médicale et tous les trésors de la pharmacopée.

EPILEPSIE. Considérée dans son expression générale et la plus habituelle, l'épilepsie , qu'on a aussi nommée haut mal, mal caduc, mal de Saint-Jean^ « est une maladie apyrétique , chronique et intermittente du cerveau , principalement caractérisée par des attaques convulsives en général de courte durée avec perte subite et complète de connaissance , turgescence rouge et violacée de la face , distorsion de la bouche et des yeux , immobilité des pupilles , écume à la bouche. » (Georget , Dict. de mêd. , t. vni, p. 20(î.)

Elle se présente cependant assez souvent sous une autre forme dans la(|uelle il n'existe ni convulsions, ni turgescence de la face , ni écume à la bouche. « Il suffit pour la constituer d'une [)erl(^ subite de connaissance, avec insensibilité générale, relâchement des muscles, chute ou seulement vacillation du tronc. La tct<^ s'incline sur la poitrine ou se renverse en arrière ; mais après celte attaque , (pii souvent n'a pas duré une minute , la connaissanc(> revient, le malade continue l'action dans la- (juelle il a été interrompu, sans avoir la con>cience de ce <|ui s'est passé, w (A. Foville , Dict. de mvd. et de chir. prat.^ t. vu, p. 413.)

ÉPILEPSIE

On a plus particulièrement réservé le nom d'attaques épileptiques ou de grand mal à la forme la plus violente, et celui de vertiges épileptiques ou de petit mal à l'autre forme.

Enfin M. Calmeil a le premier parlé d'une nuance de phénomènes épileptiques qui se rapportent aux vertiges : ce sont les absences. Dans cette nuance « le malade laisse tomber par terre Touvrage ou Tobjet qu'il tenait à la main ; puis , sans présenter aucune particularité bizarre , il perd de vue ce qui se passe autour de lui. Quoique ses sens soient éveillés , ils sont momentanément fermés aux impressions :

c'est une véritable extase. Les fonctions ne sont pas troublées pendant ce temps. Si, dès le début, on interpelle le malade , Vabsence cesse; si on reste spontanément sans rien dire , elle se dissipe de même , mais il faut quelques secondes. » [Thèse inaugurale. Vims, 1824.)

Ainsi donc les auteurs qui^ parlant de l'épilepsie, la désignent comme une maladie essentiellement convulsive , ont raison dans la majorité des cas; mais si Ton veut (lue l'indioation sommaire qu'on en donne , faute d'une définition précise , ait quebiue rigueur, il faut, d'après ce que nous venons de dire , n'indiijuer les convulsions que comme un symptôme fréquent , mais non constant de la maladie.

Symptômes. Chez la plupart des é[)ileptiques , l'attaque , qu'elle soit accompagnée ou non de convulsions , survient sans être annoncée ])ar aucun symptôme précurseur. Chez d'autres , au contraire , elle est précédée de quelques phénomènes qui font pressentir son invasion . Ces phénomènes j)récurse\ns sont tantôt des éblonissemens,des élourdissemens,des bourdonnemens d'oreille , accompagnés de céphalalgie , une coloration plus intense de la face , la dilatation des pupilles , un changement brusque de caractère , une irritabilité extrême, des hallucinations , et cela un jour et même plus avant l'attaque ; tantôt une sensation quelconque, comme une douleur , un sentiment de froid , de; chaleur, un prurit se développe tout-àcoup dans un doigt, un orteil, dans la longueiu' d'un membre, dans un point quelconque du dos, de la poitrine ou du ventre , et dû là remonte graduellement

jusqu'à la tête ; le moment où cette dernière est atteinte est celui où le malade tombe et où les convulsions éclatent.

Ce sont ces sensations particulières qui ont reçu le nom &aura epileptica , phénomène auquel les anciens attachaient une grande importance,mais que les modernes, plus sévères appréciateurs des faits, placent au nombre des signes dont la crédulité ou l'amour du merveilleux a singulièrement exagéré la valeur.

Quoi qu'il en soit, (ju'il y ait ou non des signes précurseurs, l'attaque n'en est pas moins subite : « Le malade jette un cri , tombe à terre , et se présente alors dans l'état suivant : insensibilité complète; le bruit, la luuiière, les odeurs, la douleur la plus vive ne font aucune espèce d'impression ; les veines du col se gonflent , la face se tuméfie et devient rouge , violette et même noirâtre ; la bouche se garni-t d'écume ; tout le système musculaire est dans un état de convulsion , de raideur presque tétanique. L'état convulsif est plus marqué d'un côté (]ue de l'autre, d'où la distorsion de la bouclie , des yeux , la contorsion de la tête, la rétraction et la raideur plus considérable dans les membres d'un côté....

Le globe de l'œil est fixe ou roulant dans l'orbite; les pupilles sont dilatées, quelquefois contractées , toujours immobiles ; les mâchoires sont ordinairement rapprochées et se meuvent de manière à saisir et déchirer la langue , quehjuefois à briser les dents. » (Georget , lieu cité , p. 211.)

Pendant cette scène affreuse , les mouvemens alternatifs d'inspiration et d'expiration sont remi)lacés par des secousses brusques et saccadées de la poitrine ; l'air agité dans la bouche s'y combine avec des mucosités qu'il rendécumeuses etqui viennent couvrir les lèvres. Les membres se contournent parfois d'une manière extraordinaire , les pouces sont fortement accolés à la paume de la main; enfin les lèvres deviennent bleuâtres , les veines jugulaires se distendent énormément, le cœur bat avec force et quebpiefois tumultueusement , et les malades lâchent souvent sous eux l'urine et les matières fécales, en même temps que leur peau se couvre d'une sueur abondante.

Le plus ordinairement « les convulsions cessent par degrés , quelques inspirations

ÉPILEPSIE

profondes ont lieu , ks mouvemens du thorax reprennent peu à peu leur harmonie , la face perd sa coloration livide , les yeux s'entr'ouvrent , et , après être resté dans une sorte de stupeur, Tépileptique a repris connaissance; mais il est abimé de fatigue. Un besoin impérieux de sommeil lui prescrit un repos après lequel il revient peu à peu à son état naturel, à moins qu'un accès de manie ou de démence ne succède pour quelque temps à cette attaque. » (Foviile, lieu cité, p. 416.)

Dans le cas le plus simple , le cas de vertiges épileptiques, au lieu de l'appareil hideux dont nous venons de tracer l'esquisse, une léger cri , une convulsion bornée à quelque partie de la figure , une perte de connaissance d'une minute et souvent moins, constituent tout l'accès.

Quelquefois même tout se borne à un soupir plaintif , à un léger relâchement du système musculaire , coïncidant avec une dilatation des pupilles , et une perte de connaissance momentanée.

Il est bien rare que la succession de ces difft'rentes attatpies n'occasionne pas une altération des facultés intellectuelles ; aussi chez la plupart des épileptiques la mémoire s'affaiblit peu à peu , et l'intelligence perd graduellement de son énergie. Chez d'autres les attaques sont suivies de véritables^ et raêrae de violens accès de manie qui conduisent insensiblement au terme fatal de la démence. On a aussi vu des attaques être suivies de la paralysie d'une moitié du corps ou seulement d'un membre , de plusieurs jours de durée ; mais ce qu'il y a dans tout cela de remarquable , c'est que l'altération de l'intelligence n'est pas en rapport avec Tintensilé des attaques, aussi la démence survient-elle plus sûrement et plus tôt chez les épile[)ti(pies atteints de vertige ou pelil mal, que chez ceux (pii éprouvent des convulsions violentes ou le grand mal.

Quant aux intervalles qui séparent les attaques , ils sont aussi variables que ces dernières le sont d'intensité. Quelques malades n'ont de ces attaques «pje tous les ans , tous le.s six mois , tous les (piin/.e jours-, d'autres en ont une par jour ou par semaine, etc.-, quelques-uns n'en ont que la nuit et sont suri)nsdans le moment même du sommeil.

Causes. L'épîlepsie attaque tous les âges; cependant elle est si fréquente dans l'enfance , si rare dans Tâge consistant, surtout dans la vieillesse , qu'on lui a donné le nom de mal des enfans; aussi peut-on dire que la facilité pour la contracter est en raison inverse de l'âge. « Sur soixante-six femmes épileptiques chez lesquelles le début de la maladie et l'époque de la menstruation sont bien déterminés, trente-huit étaient épileptiques avant la première menstruation et vingt-huit le devinrent après. » (Bouchet et Cazauvielh, Arch.gén. de méd.^t. iv, p. olO,ett. x,p.3.)

Les femmes dont la constitution se rapproche davantage de celle de l'enfance, plus faibles, plus susceptibles, plus impressionables, sont plus sujettes à l'épilepsie. Cette différence n'est point apercevable depuis la naissance jusqu'à l'âge de sept ans ; mais alors que les caractères de chaque sexe se dessinent , se prononcent , se différencient, alors seulement le nombre des femmes épileptiques prédomine. En comparant le nombre des femmes épileptiques de l'hospice de la Salpétriére à celui des hommes reçus à Bicôtre , on trouve plus du tiers des femmes en sus. » (Esquirol , Dict. des se. méd., t. xu, p. 518.)

S'il est vrai que des sujets parfaitement constitués puissent être atteints d'épilepsie , l'observation' démontre cependant que , parmi les personnes qui deviennent épileptiques , un grand nombre apportent en naissant une conformation vicieuse du cerveau. Les idiots et les imbéciles de naissance y sont très sujets; quant à sa transmission par voie d'hérédité , elle n'est contestée par aucun auteiir, une foule d'exemples la confirment; enfin elle semble être infiniment i)lus fréiiuente dans les classes inférieures de la société (pie dans les classes supérieures et moyennes.

On a accusé bien des causes, et des causes bien différentes, de produire r('pilepsie. Mais de toutes ces causes, la fraycïur est sans contredit celle «pii exerce l'influence la plus active sur la production de celte maladie; après elle viennent la suppression d'exanlliènies cutanés ou la cessation dhémorrhagies habituelles, les excès alco()li(|ucs, les abus vénériens, la masturbation surtout, les chagrin^, et en général toute» les violentes cummotiom» uiorales.

ÉPILEPSIE

On sait aussi que cette maladie est du nombre de celles ([iii se transmettent aisément par simple imitation. Les auteurs rapportent plusieurs exemples bien authenli(|ues de cette transmission, particulièrement recueillis dans des établissemens destinés à recevoir les jeunes filles. Nous possédons nous-mêmes une observation fort remarquable sur ce sujet.

Si tout prouve que Tépilepsic consiste dans une disposition particulière du cerveau, puisqu'elle est caractérisée par des désordres dans les fonctions de cet organe; malbeureusement, les recbercbes d'anatomie pathologique, si minutieuses et si multipliées qu'elles aient été, sintout de nos jours, n'ont encore rien appris de bien satisfaisant sur la natm-e même de cette disposition défavorable de la structure cérébrale. Il est surtout ressorti de ces recherclies deux faits principaux qui dominent tous les autres; le premier, c'est que le plus grand nombre des cerveaux épileptiques, s'ils n'ont point été atteints d'inflammation, ne présentent aucune trace d'altération appréciable aux sens ; le second , c'est que les lésions même indiquées par les auteurs comme cause très probable de lépilepsie , et ((ui ne se rencontrent que sur un très petit nombre de malades, s'observent fréquemment chez des sujets qui n'ont point été epilei)ti(pics.

« N'en doit il pas être ainsi, dit avec raison M. Foville (lieu cité, p. 421), puisque, tous les symptômes de l'atlacpie passés, l'épileplique n'est plus malade, n'offre plus dans l'exercice de ses fonctions de dilTérence notable avec des individus sains? Dans ces cas, découvrir la cause qui a déterminé les convulsions passées me semble nue prétention aussi mal fondée que celle de rencontrer dans le cerveau la trace des cbangemens qu'il a pu subir pour diriger des mouvemens volontaires. »

Il n'en est pas moins vrai que les épileptiques peuvent et doivent même ollrir 1)1 us souvent des lésions dites organi pies du cerveau (jue les individus exemptsd'une semblable maladie, car la sur excitation momentanée (jue les altaquesdéterminent dans cet organe sont une cause puissante d'irritation et d'inflammation. Aussi , après la mort survenue pendant une attaque, tantôt on trouve tous les vaisseaux du cerveau et

de ses enveloppes gorgés d'un sang noir , la substance blanche couleur lie de vin , la grise rosée, violette ou livide; tantôt un changement | artiel ou général de densité. M. Esquirol a rencontré neuf fois de suite, sur descadavresd'épileptiques, une grande quantité de petites plaques lenticulaires cartilagineuses ou osseuses, adhérentes à rarachnoïde rarhidienne. {f^oy. Diction.

des sci'7ices vicdic, Epilepsir.) D'autres ont trouvé les os du crâne épaissis, la dure-mère érodée , fongueuse ou ossifiée en divers endroits; des épancbemens, des tubercules, des cancers du cerveau. Morgagni rapporte même ( De sedihiis et causis moîboruin) un cas dans lequel la subslaiîce de cet organe était cartilagineuse en plusieurs points.

Prononic. L'inutilité de presque tous les moyens tentés jusqu'à ce jour pour combattre ré[)ilepsie a dû certainement en rendre le pronostic fâcheux. Cependant , la maladie doit être réputée d'autant plus grave qu'elle se manifeste chez des idiots ou chez des individus nés de parens épi- Icpliques.

Celle qui survient à la suite de quelque fractiu'c (les os du crâne avec déplacement d'esquille et compression du cerveau peut (pielquefois guérir facilement par une opération chirui'gicale.

L'épilepsie qui dure depuis longues années, et dont les accès deviennent de plus en plus fréquens, abrège considérablement l'exiî-ti'uce, et se termine presque toujours par une altération profonde des facultés intellectuelles : la démence en est le plus ordinairement le résultat inévitable.

Il est rare de voir dans les grands établissemens, tels que Hicètre et la Salpé- Irière, les épilepti(pies prolonger leur existence au-delà de (piarante ou ciu(|uante ans. La plupart succombent à des congestions sanguines ou des hémorrhagies cérébrales qui se manifestent pendant les accès.

Traitement. Il est peu de maladies pour les(pielles on ait proposé, soit un plus grand nombre de médicamens, soit des médicamens plus compliiiués et plus absurdes (pie pour l'épilepsie.

Les uns, ne la considérant que comme une alîection symptomatique dont le siège le plus ordinaire était dans le con-

EPILEPSIE

duit alimentaire , ont prescrit les évacuans et en ont prodigué l'usage sous toutes les formes; les autres, ne voyant en elle qu'une maladie idiopalkique d'une nature essentiellement inflammatoire , ont saigné les malades à outrance. Ceux-là ont voulu calmer les fureurs de l'accès et en ont cherché les moyens dans la série presque innombrable des médicamens désignés sous le nom d'antispasmodiques , tandis que ceux-ci , sous le prétexte de relever toutes les forces organiques, et particulièrement celles du système musculaire, aux dépens desquelles semble prédominer le système nerveux chez les épileptiques, ont soumis les malades au traitement tonique le plus exagéré.

Ne pouvant obtenir un traitement rationnel, on a cherché des spécifiques qui se sont multipliés à rinfinî. Mais qu'est-il résulté de cet abandon de toute règle dans le traitement de l'épilepsie, de cette multitude d'essais, dans le cours desquels ont été employées les substances les plus disparates , les agens les plus bizarres , les poisons même les plus subtils? presque rien, si ce n'est peut-être qu'on a mis à nu Timpuissance de Tart, et qu'on a fourni des armes à une foule d'empiriques qui , toujours prêts à exploiter la crédulité publique et à profiter des mécomptes de la science , ont justifié leurs absurdes ])rétentions par cet axiome banal trop souvent invofjué par les médecins eux-mêmes : Mclius rcmedium anceps quàm nullum.

«' Si, au lieu de chercher des spécifiques et au lieu de se décourager, on eut étudié avec plus de soin et d'oiiiniàtreté les causes de l'épilepsie et leur manière d'agir sur tel et tel organe , les épileptiques ne seraient pas devenus la proie dis empiriques et des charlatans.et on en aurait guéri un plus grand noM)brc. Si l'on eût accordé aux seeours que présente l'hygicne l'iniérét ({u'il-i méritent, et (pi'oii ne leur eut pas proféré cxclusiveinent les médicamens et les drogues, on eût obtenu plus do s»icces. >» ( 1^-quirol , Dlcl. et tome cités , p. 531.)

Voyons cf'prn'l.uit (\\io.\s sont les nicdicameiis qui ju»(pi'a [)rc^('!it ont réuni le plus «Je feulhages.

Tissol {Traité de l'cinlcpsiCy Lausanuc,

1770) donne à la valériane la première place dans le catalogue des anti-epileptiques, et rapporte au moins 12 cas de guérison obtenus par ce médicament , assurant en outre qu'il a soulagé tous les malades qui ont été soumis à son usage. Il cite ensuite avec éloge le camphre, le musc, le quinquina , la feuille d'oranger , la saignée ; mais il proscrit l'opium , que quelques auteurs déclarent cependant avoir employé avec succès.

Le même auteur cite deux autres exemples de gnérison , l'un à la suite de Tamputation du gros orteil, d'où partait Vaiira; l'autre après l'extrariion d'un durillon situé profondément dans le mollet ; il dit même avoir vu un homme qui faisait avorter l'accès avec un tourniquet apphqué au bras , et qu'il serrait dès qu'il sentait le mal à la main gauche. M. Maisonneuve {Recherches et observations sur Vépilepsie , 1 vol. in-8° , Paris , 1805) rapporte aussi le fait curieux d'un individu qui prévenait ses accès en se mettant à courir, ou en faisant tirer fortement le bras droit, par une convulsion duquel l'accès éclatait ordinairement.

Après les anti-spasmodiques , les narcotiques proprement dits sont les agens thérapeutiques dont l'action a été la plus vantée dans le traitement de la maladie qui nous occupe. C'est Greding qui a cherche un des premiers à les accréditer. {r. son ouvrage im[)rimé à Leipsick, en 17GÎ) , sous ce titre : De extracti slramonii,cicutœ, hclladonœ^etc.ye{ficacidin epilepsid.)

Tout récemment un médecin de la section des aliénés de Bicêtre , M. le docteur Leuret, voulant mettre à profit les recherches de (weding , particulièrement au sujet de la belladone , a fait de celte substance le sujet (le (juelfjues tentatives dont le réstillat est consigné dans les numéros des 25 et 20 août de la Gazette des Hôpitaux de cette armée. (^)uclque disposé qu'on soit à applaudir aux efiorls des ex- [)éi iir»ciitatcurs (pii essaient avec prudence l'influcnri; de ces agens inedi(;amcnteux dont l'action spéciale sur le système nerveux est si bien constatée , on ne peut cependant rien conclure encore; des expériences de M. LeiH'et ; la belladone a été . essayes sans succès dans plusieurs liôpi-

EPILEPSIE

taux , et une observation , insérée par le docteur Lachaise dans le numéro du d" septembre du môme journal , peut faire craindre (jue l'action anli-épileptique de la belladone ne soit obtenue au détriment des facultés intellectuelles.

Quoi qu'il en soit, il résulte évidemment des essais de M. Leuret que Tadminisiration de la belladone est moins dangereuse qu'on ne l'avait cru jusqu'alors , et que non seulement l'usage peut en être continué assez long-temps , mais que la dose peut en être portée de 20 centigrammes , maximum indi(iué par Greding , à 50 centigrammes le premier jour, et à 60 dès le deuxième. L'extrait alcoolique, administré soit en pilules , soit en julep , Suivant le goiit du malade, est la forme sous laquelle cette substance lui a paru pouvoir être donnée avec plus de sûreté et plus de commodité à la fois.

Quant aux expériences tentées avec l'acide prussique, la strycnine, la morphine, le rhus radicans toxicodendron, l'huile animale de Uippel , l'oxyde de zinc, l'huile essentielle de térébenthine, les préparations de cuivre et de mercure , elles ont rarement produit de bons résultats et ont souvent été suivies d'accidens. Il en est de même de Tiniligo , dont on a dans ces derniers temps vanté l'efiicacité ; nous l'avons vu employer sous toutes les formes et en toute quantité possible dans le service de M. Blanche à l'hospice des Incurables, et dans l'établissement particulier de ce médecin , et il n'a eu d'autre elfet que de diminuer pour quelque temps seulement les attaquer j avantage que les épileptiqucs éprouvent presque toujours par tout changement de remèdes et de médecins, suivant la judicieuse remarque qu'a depuis long-temps faite J\I. Esquirol.

Maintenant que dire du nitrate d'argent dont on a eu la témérité d'invoquer le secours? « Son moindre inconvénient n'est pas de produire à la surface de la peau une coloration ardoise; trop souvent h a déterminé des gastrites , des ulcérations , des perforations de la membrane muqueuse , ou de toute l'épaisseur des parois de l'estomac ; aussi bon nombre de praticiens, dans les conseils qu'ils donnent aux épileptiques, ne se bornent pas è indiquer un traitement moine violent;

mais ajoutent-ils de la manière la plus press.in'.e l'invitation de ne jamais user de niiratiî d'.ir. eut. On aurait peine à trouver anjourd'in i des médecins disposés à en célébrer !es avantages. » (Foville, lieu ciiè, p. 42'.) Ajoutons : et assez faibles pour lie i);is e blâmer énergiquement remploi.

Le docteur Pine'-Grandcbamp a guéri radicalement ;ni i oyen d'une potion ammoni;ie;ile un j( une homme de dix-neuf ans,é,>i!eptiqun depuis trois ou quatre ans et pour lequel les médecins les plus distingués de Grenoble et de Lyon avaient mis inutilement en usage tous les remèdes préconisés contre cette cruelle maladie.

Ce jeune homme dont les accès olfraient la plus grande violence, et étaient accompagnés de monomanie homicide, devenait sombre et rêveur quelque temps avant l'attaque; un froncement marqué des sourcils précédait constamment la perte de connaissance et les convulsions. Le docteur Pinel-Grandchamp administra luimême cette potion au moment de l'attaque, et chaque fois elle fut arrêtée subitement. Le malade témoignait alors par un sourire la vive satisfaction qu'il ressentait; il reprenait bientôt l'usage de ses sens , recouvrait complètement la connaissance et n'éprouvait plus le moindre phénomène insolite dans les fonctions de la sensibilité ou de la locomotion. Deux fois seulement il accusa un mal de tête prononcé et une grande envie de dormir.

Voici la formule de cette potion communiquée à 31. Pinel par le docteur Delanglard, qui le premier en a fait l'application la plus heureuse dans trois ou quatre cas d'épilepsie , entre autres chez un soldat qui en était atteint depuis quinze ou vingt ans.

Prenez eau distillée de tilleul, 64tgram.

Eau de laurier cerise, 1*2 gram.

Sirop de fl. d'oranger, 32 gram.

Ammonia(jue liquide , d5 à 18 gouttes.

Le docteur Pinel-Grandchamp Ta fait avaler , chaque fois , d'un seul trait , en ayant le soin de la mettre dans un flacon de cristal dont le goulot était entouré de plusieurs couches de caoutchouc , dans la crainte que le malade ne le brisât entre ses dents.

On pourrait peut-être expliquer Peifet

ÉPILEPSIE

de cette potion par la vive et subite stimulation de Testomac qui, produisant une énergique dérivation , arrête le raptus du sang que Tépilepsie détermine vers le cerveau.

Concluons donc que , puisqu'on n'a pas encore trouvé un moyen de traitement qui réussisse dans la majorité des cas , même les plus simples et les plus récens d'épilepsie, il est toujours prudent de s'en tenir , nous n'osons dire à un traitement rationnel , puisqu'on ne peut comprendre les rapports de tels ou tels agens thérapeutiques avec cette maladie dont la jnalure est inconnue , mais à un traitement méthodique , c'est-à-dire capable de modérer le travail morbide dont le cerveau est indubitablement le siège primitif ou secondaire.

Aussi donnons-nous pour premier précepte d'éloigner autant que possible toute impression morale active sur le cerveau, toute action physii^ue capable d'en déterminer l'excitation, de soumettre le malade au plus grand repos de l'esprit , de lui procurer des distractions douces et soutenues , un exercice modéré du corps , un régime léger , surtout peu excitant ; de lui faire prendre fréquemment des bains tiédes , pendant la durée desquels on entretient sur la tête des applications réfrigérantes.

Des sétons à la nuque (Fiévée) ,des moxas dans le voisinage du cerveau, ont paru souvent très favorables, ainsi que l'usage fréquent de doux minoratifs. Des applications périodifjues de sangsues au siège chez les individus pléthoriques sont toujours utiles. On a aussi obssrvé plu^ieurs cas où la saignée , pratiquée dans les longues «t violentes attaques , produisait des effets très marqués, n Chez un malade , on voyait l'état convulsif et la turgescmce violacée de la face diminuer à mesure (pie le sang coulait; dans d'autres cas , des attaques qui duraient ordinairement plusieurs heures , étaient réduites à un , deux ou trois paroxysmes , c'est-à-dire à moins d'une demi-heure si la saignée avait été faite dés l'invasion. ^ fGeorget , lUu cité , p. 224.)

Knfin, i)ien qu'on cite plusieurs exemples de guèrison obtenus par de vives frayeurs, nous n'osons conseiller un sem-

blable moyen ; mais nous ne devons pas omettre de rappeler qu'il a quelquefois suffi à des malades d'avoir une volonté ferme pour maîtriser leurs accès et en arrêter brusquement l'invasion. Pinel ne rapporte-t-il pas l'observation d'un jeune homme qui suspendit un de ses accès, dans la crainte de passer pour un idiot; et ne sait-on pas que Boerhaave était parvenu à arrêter les accès de plusieurs jeunes filles épileptiques de son hôpital, en menaçant de brtîler avec un fer rouge toutes celles qui auraient des convulsions.^ Un moyen semblable a dernièrement parfaitement réussi à M. Zimmermann, dans la maison de détention de Sonnebourg, sur de jeunes filles, dont une sorte de contagion épileptique s'était emparée, {r. le cahier de novembre du Bulletin gén.

de Ihérap., année 1858.)

Ce ne peut être que lorsque ces différens moyens ont échoué, qu'il doit être permis de tenter quelque médication empirique ; mais, aux yeux du médecin sans préjugé^ ces médications paraîtront souvent n'avoir d'autre résultat que d'enrayer les fonctions du système nerveux , ou de troubler l'économie par des secousses imprimées à quelques-uns des principaux systèmes organiques. Il est presque inutile de parler ici des précautions convenables dans tous les cas pour soustraire les malades aux dangers des chutes , le simple bon sens en fait suffisamment sentir toute la nécessité.

Épilepsie simulée. L'épilepsie simulée est un écueil contre lequel la bonne foi du médecin praticien peut souvent échouer, parce que cette maladie est une de celles dont emi)runtent souvent le masque les personnes qui ont quelque intérêt à simuler un état maladif; par exem[)le, les jeunes gens (jui veulent se soustraire au service militaire, des mendians q\n cherchent à exciter la commisération piiblicpie ou à être admis dans des lios[)ices. On a même vu de jeunes liiles feindre d'être épilepliiiues, quelquefois uni(|ueuu'nt pour se rendre intéressantes , mais qur'lquefois aussi |)arce (ju'elles avaient entendu des médecins conseiller le mariage comme moyen curalif de celle maladie. Voici les moyens de découvrir la V(;rilé :

1« Le malade qui n'est point averti de

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