‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 111 sur 117 · EPONGE · texte numérisé non relu

EPONGE

fonctions attestent la présence de ces mole- , cules dans le système animal. Ces derniers effets, que l'on pourrait nommer les effets généraux des épithèmes, sont toujours peu marqués et surtout très inconstans. Pour qu'ils aient lieu, il faut une absorption très active et abondante des principes médicinaux de l'épitbeme : or, cette absorption peut bien manquer ; elle sera nulle si la matière de l'épitbeme n'est pas dans un contact immédiat, dans un rapport étroit avec la surface delà peau, si cette matière n'acquiert pas un certain degré d'humidité, soit que celle-ci appartienne à la composition même de l'épithèmc, soit qu'elle provienne de la matière de la transpiration cutanée retenue, arrêtée par le topique ; l'absorption manquera également si les vaisseaux absorbans de la peau sont actuellement dans un état d'inertie, et si la présence de l'épitbeme ne réveille pas leur activité. Le médecin ne doit pas compter sur l'action générale des épithèmes ; il ne peut s'en promettre que de bien faibles avantages dans le traitement des maladies ; leur action topique seule, ou les changemens organiques qu'ils produisent dans le lieu de leur application et sur les parties situées au-dessous, méritent son attention et lui offrent une ressource thérapeutique qu'il ne doit pas mépriser. »

ÉPONGE. L'éponge (spongia officinalis), est un polypier qui habite les fleuves , les lacs et la mer ; on la pêche surtout autour des lies de l'archipel grec. On en distingue deux espèces, les éponges fines et les éponges communes ; les premières seules sont employées comme médicament, mais les secondes pourraient l'être également. L'éponge est composée d'une matière animale que l'on a comparée il l'albuminu coagulée et au mucus. Elle contient une huile grasse et un composé iodique. L'éponge cède à l'eau une petite (pirinlité d'iode qui est sans doute à l'état (i lodure alcalin; niais elle en retient une partie que les lavages n« peuvent pas lui enlever. On a assuré dans ces derniers temps qu'elle contenait aussi du brr)rne; on a trouvé aussi dans l'éponge beaucoup de carbonate et de phospbatede chaux, du sel marin, des traces de soufre, de fiiliee, de niat.'rïésie et d'aluniine. 'Soubciran, Nouv. traité de pliarm., t. H, p. :2(iG.)

iJ'.ifirès la dérouverte de l'iode dans cette Rubslance, dit M. H. Cloquel {Dicl. de nicft., t. vin, p. iî*Ji), € la pratique empirique de quelques médecins qui , depuis Arnaud de Villeneuve, ont df)riné l'éponge calcinée dans les cas d(! goitre et d eng(»rgeirient scrofuleux, parnll en rpieUpje sorte jusliliée, el l'on ne trouve f)lus aussi ridicule qnr naginre on le croyait f;ncore, de presciir»! ries (ablettes, des pou(lre§, des corifeclions dans les(iuell(s enirc! comme principe arMif léponue calcinée. Son usage h l'Intérieur cifl néaumolus encore fort peu répaodu.

» Mais, d'un autre côté, comme l'éponge absorbe avec la plus grande facilité les liquides dans lesquels on la plonge, et qu'elle est ainsi susceptible d'augmenter de volume, on l'emploie souvent en chirurgie, soit dans le pansement des plaies pour absorber le pus, l'ichor, la sanie qui les recouvre , soit dans les hémorrhagies pour étancher le sang, soit enfin pourtenir ouvert un ulcère sinueux et fistuleux. »

Les préparations pharmaceutiques d'éponge, que l'on trouve dans les officines, sont au nombre de quatre, savoir : l'éponge à la cire, l'éponge à la ficelle , l'éponge torréûéei et les tablettes d'épongé torréfiée.

1° Épongea la cire. Pour les obtenir, on nettoie des éponges fines en les battant avec un maillet sur un billot de bois, pour détacher le sable et les débris de coquilles qui s'y rencontrent; on les fait tremper à trois reprises dans l'eau tiède pendant vingt-quatre heures, puis on les fait sécher. On les coupe alors par tranches et on les plonge dans de la cire fondue, en ayant soin de les y tenir immergées jusqu'à ce que toute l'humidité soit dissipée. Après cela, on les retire, on les dispose sur le plateau d'une presse en les espaçant par une certaine distance, on les recouvre d'une plaque de fer chaude et on les exprime. Enfin, lorsqu'elles sont entièrement refroidies , on les retire de la presse et on enlève l'excès de cire qui se trouve sur les bords. {Codex, p. 495.)

Les éponges ainsi préparées servent à dilater les plaies; on en introduit dans la plaie un petit morceau; rhumidité gonfle l'éponge qui exerce alors une compression dans tous les sens.

2° Eponge à la ficelle. Pour les préparer le Codex prescrit (p. 493) de les nettoyer, conune il a été dit plus haut; puis, tandis qu'elles sont encore humides, de [irendre successivement chacune d'elles, et del'envelop- |)er complètement avec une cordelette de chanvre (fouet), de t^lle manière que les tours ne laissent aucun intervalle entre eux , et que l'éponge soit réduite au plus |)etiL volume possible ; cette opération terminée , on arrête fortement la cordelette par un nœud^ et on fait sécher à l'étuve.

Les éponges à la ficelle s'emploient de la même manière et dans les niêines circonstances que les éponges à la <ire; mais on les préf(!re généralement à ces dernières , parce (pj'clles se gonflent rapidement et d'une manière plus uniforme dans les plaies. On s'en sert aussi pour former des jjessaires, (mi même pour exciter les contractions expultrlces do l'uléru';.

5» i'.poHffr tnrn'li^r. On prend des éponges, on les divise par morceaux , on les bat et ou les secoue pour en séparer les matières adhérentes, mais on ne le» lave pas ; on met ccH morceaux d éponge» dans un brûloir à ..cafô, on les torréfia juiMju'tt ce qu'ils aiçnt;

pris une couleur briinc-noiràlre; on les pulvérise et on les conserve dans un vase bien fermé. Autrefois on les cfilcinait bien plus l'ortenuMil ; mais M. riuiboiul a prouvé qu'on dissi[);iil alors la presque lolalité de l'iotlc qu'elles eoiilifnneul. Ce professeur a éludié l'efTet de la calfinalion sur les épouses , et il a reconnu qu'après celle opéralion, elles reufermeul de l'iodurc de calcium qui ne s'y trouvait pas avant. Il pense que, pendant la calciiialion, l'iode, qui fait partie de l'éponge, réagit sur le carbonate de eliaux cl forme un iodure ale;:iin cjui persiste tant que la température n'est pas porté;,' au rouize ; car, à ce degré d<* chaleur, l'air en chasse l'iode et en recoMstiiue de la chaux. iSoubciian, /. c.) € L'éponge lorréOée, disent INIM. Mérat et Delens [Dirt. ituir. de vint, rnéd., t. vi, p. M 4-), est eilre comme résolutive, fondante, anli-scrofuleuse, et surtout ccrnme spécifique, contre le goitre. On la donne à l'intérieur sous forme de poudre, de pastilles, de tablettes, de Iroclùsqucs, d'opiaiji, avec le miel, ou bien en infusion dans du vin (Odier), en simple décoction même (llorrenschvvend); quelquefois, on l'applique en sachets, comme dans le collier de Morand : presque toujours on l'associe à d'auires agens salins , aromatiques, purgatifs , tels que la cannelle et le car honale de soude ( Dubois ) , le sulfate de potasse, la racine de dompte-venin, etc., {poudre de Wiriemhn'o) , les hydro-chlorates de soude et dammonia(|ue (Morand), etc. M. l'odéré emploie avec un grand succès, à Strasbourg, où le goitre esi commun, la pondre strimiale de la pharmacopée de cette ville, où entrent l'éponge , la pierre d'cponge et la pelote de mer brtilées, l'os de sèche , la pierreponce cl la pierre spéculaire, le sel gemme, la cannelle et autres aromates. Il donne aussi ,-ivec le même sucres un simjde mélange à parties égales d'cponge calcinée, de miel et de cannelle (gros comme une noisette, trois fois par jour)^ Malgré ces imposans témoignages, réponse calcinée a été rangée par les purs théoriciens, sans en excepter Chauinelon {l)i(t. des se. méd., t. xiii, p. 102), J\. Chamseru {Jovm. rjcn. de méd., l. Liv, p. ir.)., etc., au nombre des médicamens incries',' ridicules même, jusqu'au moment où, la présence de l'iode y ayant été reconnue, ses venus, désormais expliquées, ont pu sembler moins douteuses à eeux qui ne croient que ce (lu'ils peuvent comprendre, au risque de ne pas croire prand'chose en médecine. <^uoi qu'il en soit, lepong.! calcinée, dont les «ucccs. à notre connaissance, sont non moin.i incontestables et accompagnés peut-êiro de moins d'inconvéniens que ceux de l'iode, s'administre a la dose de 1 h 2 uros par jour; la plupart des praticiens préfèrent la forme délectuaire ou de pastilles, qu'on avale ou laisse fondre lentement sous la langue , pour pro- Jonger autant que possible sou séjour dans ja bouche, listbme du gosier et le pharynx,

EPULIE.

précaution qui ne paraît pas inutile. On l'accuse de causer souvent la eardialgie, attribuée par d'aulres à la gujrison même du goitre, et contre laquelle , d'ailleurs, P.-R. Vicat l'a trouvée ellicace; l'addition des aiomales, des purgatifs (Odier), prévient, dit-on, cet inconvénient, que nous n'avons jamais observé. »

4° Tablettes d'cpouge torréjïée. Ces tablettes, d'après le Codex [^t. 422), sont composées (réi)onge torréfiée, de sucre blanc et de mucilage de gomme adragant préparée à l'eau de cannelle. Klles sont du poids de 12 grains et eontiennenl chacune 7» gi.iins d'épongé torjéfiéc. On peut en prendre de 10 ù 30 et même plus, dans les vingt-quatre heures, en ayant soin de les laisser fondre lentement sous la langue, pour les motiis indiqués plus haut.

ÉPCLIE ou EPUi.lS (du grec e7Ti,sur, et alov^ gencive). On nomme ainsi dilTérentes espèces de timieuis qui se développent sur les gencives , et à la production desquelles le tissu fibro-vasculaire de ces dernières est très favorable. On en connaît trois espèces :

Les unes sont molles , fongueuses, indolentes, d'un rouge obsciH' , se déchirant avec facilité, et fournissent habituellement un suinlemenl purulent fétide, quelquefois sanguinolent • elles sont ordinairement occasionnées par une racine de dent cariée au fond d'wn alvéole. Les autres , d'un tissu plus ferine, d'un rouge vif, paraissent avoir la même organisation que les tumeurs érecliles : si on les entame , elles fournissent uu sang rouge , vermeil ; elles surviennent à la suite de contusion et souvent sans cause appréciable. J-^nfin, les troisièmes sont dures, bosselées, pâles ou d'un rouge violet : ce sont celles dont le caractère est le plus fâcheux, parce qu'elles tendent souvent à une dégénérescence cancéreuse.

<( On rencontre bien phis souvent des épulis sur la mârhoire inférieure que sur la supérieure ; elles peuvent se former sm* les parties antérieures ou postérieures des gencives , ou bien entre les dents. Le volume de ces tumeurs est très variable : quel(jues-unes égalent à peine un pois en grosseur; d'autres surpassent celle d'ime noix. Leur forme ne présente pas moins de dilTérences : quelques-unes d'entre elles sont arrondies, saillantes et pédiculées; d^iutres sont arrondies, et tiennent par une base assez large ; d'aulres enfin sont peu saillantes , très «tendues en surface et

largement adhérentes lesfîuelles on pourrait confondre les épnlis sont les abcès des gencives et les exostoses des bords alvéolaires. » (^larjoîin, Dict. de méd.^ t. vin, p. 2oo.)

Je pronostic de ces inmeurs varie suivant leur nature , leur volume et le degré de profondeur auquel sont implantées leurs racines. Parvenues à un certain volume, elles gênent la prononciation, la mastication, ébranlent les dents et en produisent la déviation. Quelques-unes restent long-temps staiionnaires , tandis que d'auires grossissent, s'ulcèrent, occasionnent l'engorgement des ganglions lymphatiques sous-maxillaires, et même Paliération cancéreuse de la portion d'os à laquelle elles correspondent. On trouve dans l'ouvrage de J. Fox [Histoire natur. et malad. des dents , trad. de Lemaire , p. 182) l'historique et le dessin d'une tumeur de cette nature , qui, survenue chez une jeune fille de treize ans, avait acquis un tel \ olume que les mâchoires en étaient séparées de près d'un pouce , et que les lèvres ne pouvaient se réunir. Quoi qu'il eu soif du volume qu'elles peuvent acquérir, elles ne rétrogradent jamais d'ellesmêmes , et , pour les détruire, il faut constamment avoir recours à des procédés chirurgicaux.

Celles qui sont nées de l'intérieur des alvéoles et du [jérioste alvéolaire nécessitent impérieusement l'extraction des dents (pjl sont en contact avec elles, et ensuite leur propre destruction. A cet efïet , « la ligature peut convenir lorsipje la tumeur est [lédiculee; mais l'arrachement, exécuté avec les doigts ou avec les pinces de Mu^cux est ordiiiairenjfiit préférable. Si l'épulis touche aux gencives par une base large et solide , l'excision avec le bistouri ri'us-it !)caucoup mieux (pic b-s caus!i(pi«!S d<»nt ou a pr<'coni^e alor> l'ernjjloi , et <pji présentent l'inconvénient d'être difficiles a apj)liqu«T, eu niéine tcnqts (pi'ils d(;terminent aisément la dégénérescence cancéreuse de la tumeur. » (Hégin, Diction, de nud. et de chir. prnt.^ t. \ii, p. 45 .)

Mais , (\\U'[ (pie soit le proccrlé opératoire au(juel on ait donné la préférence , il convient toujo\ir»< de cautériser la surface a laqu<'lb' tenaient ces tumeurs . plus

ÉRYSlPÈLfc:. 643

Les tumeurs avec laquelle elles sont très sujettes , que pour arrêter l'hémorrhagie. Cette précaution est surtout parliculièrement obligatoire pour celles dont on a eu limprudence

d'attendre la dégénérescence cancéreuse.

On en a vu de cette espèce, trop longtemps abandonnées à elles-mêmes ou combattues par des traitcmens inopportuns , attaquer si profondément les os qu'on a été foicé d'enlever une portion de l'une ou de l'autre mâchoire.

ÉRECTJLES. ( f^. Tumeurs.)

ERGO r , ERGOTISME. ( /^. Mak , Seigle ergoté.)

ÉRYSIPÈLE, s. m. On fait venir ce mot du verbe èojw, j'attire , et de rA\xz , auprès , parce que l'érysipèle s'étend souvent de proche en proche ; d'autres disent que celte maladie paraît avoir tiré son nom de la couleur qu'elle donne à la partie affectée, et être dérivée de spuOpo;, rouge , et de p.iXa;, noir ou noirâtre.

L'érysipèle est connu sous une foule de noms plus ou moins bizarres : ignis sacer , ignis Sancti-Anlonii^feu sacré, feu Sain'- Antoine rosé, fthris erysipelatosa., fièvre êrysipélateuse, mal des ardens^ etc.

Dèfmition. On donne le nom d'érysipèle à une inllammation aiguë non contagieuse de la peau, et souvent du tissu cellulaire sous-cutané , caractérisée par la couleur rouge et l'aspect luisant des tégumens; une tuméfaction [)eu considérable, avec douleur et chaleur plus ou moins marquées, et accompagnée ou non d'accidens généraux.

I/érysipèle a été rangé par les nosographes (Sauvages, Chilien, Macbride, Pinel , etc.) parmi les inllammations. Alibert eu a fait un des genres (|ui constituent la famille des eczémas, tandis (pie, pourWillaa et Hateman, il fait partie de l'ordre des bulles, et que, [)Our IM M. Cazenave et Schedel, J\ayer, etc>., il doit trouver sa placf! dans le groupe des affections exanthematetises.

Nous n'indiquerons pas ici les noujbreuses variétés établies p;n- les auteurs pour distinguer entre elles les diverses formes (pie peut all'ecter l'eiysipele ; d.in>^ cet article, nous les classerons relativement aux principaux points de l'histoire de toul(î maladie , c'est à dire suivant le siei^'c , le.s causes, Panatomie patholo|.^iipM*, les synq)-

encore pour prévenir leur repuUulalion, à [ icjmcs, la marche, etc. , car la princi[)ale

ÉRYSIPELE.

circonstance qni fait de chacun de ces érysipèles une variété à part dépend de l'un des points (juc nous venofts d'énnniérer. Siège. L'érysipèle occupe spécialement les parties découvertes : le visage , le cuir chevelu , le col ; souvent , au reste , on le rencontre aux membres, au tronc, etc.

<( D'après Celse, rérysipèle était très commun aux jambes chez les Romains. Sui- Tant Frank , Tér^-sipèle affecte plus fréquemment les extj-émités inférieures chez les vieillards, les individus cachectiques, et les individus dont la profession exige qu'ils soient habituellement debout. A Wilna, dit-il, le nombre des malades atteints d'érysipèle aux jambes est vraiment considérable. {Praxeosmed.^i. ii,2«^édit., p. 447.) Mais, en général, dans notre temps eX dans notre climat , l'énsipèle occupe si fréquemment la tète, et se montre si rarement ailleurs, que rapparition primitive de rérysipèle sur quelque aiiti-e région conduit généralement à soupçonner qu'une lésion locale a ajipelé le mal sur ce point. >. (Cbomel et lîlaelie , Dict. en ii5 vol., art. ÉRYSipÈLE, t. xu , p. 215.) Notons cependant que , sur 50 cas d'érysipèle observés par liihard chez des enfans fcn 182(î), il y en avait 2 à la face , 16 au tronc et 12 aux membres ^^uisi, chez les très jeunes sujets, le siège de celle phlegmasie serait très rarement au visage. {Maladies des enfans , p. 114, Paris, 1828.)

§ I. Causes. l« yige. Tous les ciges sont exposés à cette maladie. Billard fait remarquer qu'elle est très commune chez les nouveau -nés, i< parce cpie sans doute, ditil , chez Tenfant qui vient de naître, la congestion .sanguine des tégumens est une cause prédisposante de cette inflammation, et qu'enlin Tirritabilite de la i>eau récemment privée de son épidémie et exposée «nu contact des excrétions alvines , la rend plus susceptible de devenir le siège de rérysipèle... » {Ouv. cité, p. 115.) Nous avons vu plus haut que .1. Frank avait constaté la frècpienrc de lï-rysipele aux jambes chez les vieillards.

2'' Sexe. Les femmes y paraissent plus disposées que les hommes. vSur 20 individus affectés de celte inflammation, et reçus à la Charité en 1822, 1825 et 1824, M. Cbomel a compté 1 5 femmes et 7 hommes, bien que le nombre des lils d'hommes fût un

peu plus considérable que celui de femmes. Déjà Frank avait dit que cette maladie était chez les femmes dans le rapport de 4 à 1. Sur 45 cas d'érysipèle à la face observés par M. Louis aux hôpitaux de la Charité et de la Pitié , 25 appartenaient à des femmes. Enfin, d'après un relevé fait au bureau central d'admission en 1850 et 1851 , sur G55 érysii>èles , 52(î existaient chez des femmes. (Chomel et lUache , art. cité , p. 21G.) Comme on le voit, il y a seulement ici un peu plus que moitié : ainsi , la formule de Frank , qui ne reposait que sur 20 faits , se trouve bien atl'aiblie par les résultats établis sur une plus large échelle : circonstance qu'il faut bien noter dans les résultats numériques , et qui prouve l'importance des grands nombres exigés par M. Gavarret.

5° « Quelques auteurs ont pensé qu'une disposition , inconnue dans sa nature , à contracter l'érysipèle pouvait être transmise héréditairement ; on a cité plusieurs exemples de familles dans lesquelles toutes les femmes, vers et ai)rès l'âge critique , devenaient sujettes à des érysipèles intermitlens ou périodiques. (Naumann, Handhuch der mcdic. kllnik , t. ni , 2«' part. , p. 257.) Nous avons nous-mêmes observé plusieurs faits de ce genre. » (Monneret et Fleury, Compend. de mèd. prat., t. ni, p. 474.)

4» Tempérament et constitution. Nous n'avons ici rien de particulier à noter comme prédisposition générale; mais comme disposition spéciale, il y a des différences assez grandes; ainsi, il a déjà été noté que les sujets vigoureux , sanguins , étaient surtout exposés aux érysipèles franchement inflammatoires et plilegmoneux.

La constitution bilieuse sera de préférence atteinte par la forme bilieuse, tandis que la forme o'démateuse se rencontrera chez les sujets lympbaticiues; enfin , la gangrène surviendra f.icilement chez les individus alfaiblis par une longue maladie, ou atteints de fièvres graves attestant une lésion générale, telles que la fièvre typhoïde, la morve aiguë communiquée , etc.

5« J/abitude. M. Lepellelier, dans son excellente dissertation , en parle en ces termes : « Il est peu de maladies (pii se reproduisent aussi facilement sous cette influence j et par cela seul qu'un sujet a

ÉRYSIPÈLE déjà présenté plusieurs érysipèles dans un point déterminé , le même sujet en offre successivement plusieurs autres , souvent dans le même point, jusqu'à ce que la disposition et l'influence de Thabitude se trouvent complètement détruites. 11 y a des personnes pour qui Térysipèle est une maladie habituelle; si elle attaque le visage, c'est ordinairement le même côté , et l'œil est à la fois considérablement affaibli. » {Des différentes espèces d'érysipèle^ thèse de concours, p. 40; Paris, 1856. }

6° Émotions morales vives. Les auteurs citent un certain nombre d'exemples dans lesquels on a vu l'érysipèle succéder immédiatement à une émotion très vive.

Fréd. Hoffmann place cette cause à la tête de celles qu'il nomme procaiartigues (primitives) ; telles sont la colère , la terreur. Fallope , ajoute -t -il, a rapporté l'exemple d'une femme qui , chaque fois qu'elle s'emportait , était prise d'un érysipèle au nez qui disparaissait promptement sous la seule influence d'une tisane d'eau d'orge. {Med. rat. syst., t. iv, part, i , p. 50r.) Frank, cité par M3I. Blache et Chomel {art. cité., p. 217) , a vu un enfant de six mois pris d'un érysipèle après avoir été épouvanté d'une rixe survenue entre ses parens ; et cet auteur fait remarquer que nulle partit n'a vu autant d'erysipèles causés par la frayeur qu'en Lilhuanie.

7° rétrocession ou suppression de flux habituels; maladies antérieures.

Nous n'avons ici qu'une simple ènumèration à faire. Tout le monde connaît l'influence des su[)pressions d'iièmorrlioïdes , du flux menstruel , de certaines évacualions ou transpirations habituelles; on a pu constater l'action des affections de l'estomac, telles que l'embarras gastrique, des maladies du foie, de la goutte, du rhumatisme. Quelques maladies aiguës vèsiculeuses ou pustuleuses de la peau , l'éléphanliasis des Arabes , l'ergotisme , s'accompagnent très souvent d'èrysijxîle.

8" jilimenlulion. On a «lit <jue h;s alimens acres, fortement épicés , l'usage des poissons fumés ou salés, de Tuiueurs alcoolifjues , etc. , pouvaient rietfnniner la maladie (]ui nous occupe. Certaines substances ont aussi , suivant les individus, une action s[)éeiale. v 11 y avait à J'aris,

dit Alibert {Traité des dcrrnat. , t. i , !>

68) , un fameux gourmand qui expiait toujours par un érysipèle le plaisir qu'il trouvait à se rassasier des truffes du Périgord. » On a vu le foie de certains poissons , tels que le chien de mer, le brochet, produire le même effet. Plusieurs substances vénéneuses ont une action semblable.

90 Irritation locale. Ici se déroule une longue liste d'agens susceptibles de donner lieu à un érysipèle par Paction irritante qu'ils déterminent sur la peau. Tels sont : l'action d'un soleil trop ardent, le contact de diverses substances solides .ou liquides (des hnimens, des emplâtres, des sinapismes, des caustiques, etc.) , des lésions traumatiques , la vaccine , des frictions rudes, les morsures de sangsues, et enfin, dans certaines professions , l'action de quelques substances à l'état pulvérulent , etc.

10» Climats et saisons. « L'érysipèle se montre dans toutes les saisons ; mais il paraîtêtre plus fréquent dans le printemps, et surtout dans l'automne , après un été chaud et sec. On l'a vu plusieurs fois régner épidémiquement, à Paris par exemple dans l'automne de 1818 , à la suite d'une longue sécheresse et de chaleurs

excessives J. Frank dit que l'hiver y

prédispose aussi , surtout quand l'atmosphère est surchargée d'électricité : vigente gelu sicco , dit-il , pluries erysipelas epidemicum vidi in LUhuanià, » (Chomel et Blache, art. cité , p. 216.) Au dire de certains auteurs , la phlegmasie dont nous parlons se rencontre fréquemment dans les pays chauds, et surtout dans les régions intertropicales. Mais nous allons compléter ces documens à propos des épidémies.

11" Épidémie et endémie. Il est des conditions spéciales à certaines localités , m\ liô|)ital par exemple , qui favorisent le dév«'l()[)[)enient de l'érysipèle, sinon constamment, du moin^ à certaines époques.

Tel est le fâcheux privilc^'e dont jouit si souv(!nt rilùtel-I)i(Mi de Paris. i\L iloinet, dans un très bon mémoire sur les ro/istilntious érysipi'ittiriisrs qui régnent habit ucllcmcut à l' IhUct Dieu de l'uris [Journal des comi. mcd. chir. , t. vi , p. 15 j't suiv.),a exposé en ces terinc-t les molils (pii , suivant lui, |)rodnisent. ces épidémies. « On sait (juu cet hôpital est

KinSIPKLE.

mal' ain, humide, eu raiï^on (ie sa position ; aussi la maladie y eist-elle fréinente, par rdfet (les vapeurs au milieu rlesquelles vivent les malaùes. Situe sm* les deux rives de la Seine , dont le eonrs est ralenti et le fond rendu^vaseux par tous les égoi'its placés nu-dessus , il est exposé à l'influence de rhumidité et des gaz septiques. Les mois pendant lescjuels Térysipèle est le plus fréfjuent etcpidémicpie à THcMel-Diou fcont les mois de mars et avril; viennent ensjiite les mois de septembre , octobre , ;ioùt et novembre quand ils sont humides. .. .Vai remarqué encoie qu'il y avait une certaine coïncidence entre les grandes crues de la Seine et lapparilion des érysipèles. 'I outes les fois que la Seine s'accroît , elle se répand dans les caves de THôtel-Dieu , et l'eau y séjourne pendant six semaines , deux mois, plus ou moins ; alors , et pendant tout le temps qu'elle met à s'écouler, on voit rép-ner ces érysipèles, et ious les malades (pu ont subi de grandes opérations succombent. >• Ces remanjues sont très iinporiantes, et il serait à désirer que des recherches du même geure fussent fûtes pour les dilfércns hôpitaux de la l'rance : nous les avons citées avec détail ])arce qu'elles nous paraissent propres à donner la clé de plusieurs épidémies })artielles indiquées p.u* les auteurs , et qu'on lie savait ta (piellc cause rapporter. IMais il est d'antres circonstances réellement in- .saisissables qui <léterunnent l'apparition d'un grand nombre d'érysipèles dans les localités en apparence les plus saines et les mieux situées. Ces réflexions nous conduisent à parler des é[)idémies qui se montrent surtout aux epoipies que nous avons mentionnées plus haut. Un grand jiombre d'auteurs ont observe de ces épidémies a partir dllippocrale , <jni en décril une excessivement grave, (/)<*« épiilémics^ lib. m , secf . 5 ; trarl. de C^ardeil , t. n, p. li)4.) Dans ces cas, la moindre cause, la moindre égratignure suflit pour dt'ierminer une jihlcgmnsie culanéc des plus intense , accompagnée de symptAmes gencranx.

i'l° Ouant à la contafjion^ en dépit des ob>ervations rapportées par plusieurs auti'urs anglais, nojis persistons à croire avec la majorité des médecins, (jue l'erysipèle n'est point susceptible de se trans-

mettre par voie de contact , et q\ie dans les exemples cités la maladie s'est développée sur des individus placés dans des conditions semblables.

L'effet des différentes causes que nous venons d'enumérer est-il de produire , directement et en quelque sorte, nécessairement l'érysipèle?... Suivant MM. Blaehe et Chomel , et nous adoptons entièrement cette manière de voir, " l'érysipèle u'est jamais le résultat d'une came i'xUrne, ou, du moins, si quelquefois une cause externe concourt à sa production, elle n'a quvne part secondaire à son développement ; elle suppose le concours d'une cause interne , d'une disposition particulière que nous ne connaissons pas. >» (.^77. ci^, p. 21G.)

Plus loin (p. 218), les mêmes auteurs appuient leur opinion s»ir les considérations suivantes : « 1° Hors des influences épidémiques, comme dans le cours des épidémies, on voit un nombre considérable de sujets chez lesquels le développement de l'érysipèle a lieu sans le secours d'aucune cause occ.isionnelle ai)|)iéciable; 2» parmi ceux chez lesquels une cause occasionnelle a \)récédé la maladie, d'une part, cette cause est loin d'être la même, et d'autre part, celte même cause avait existé nombre de fois chez eux, sans produire l'érysipèle; elle atteint cluuiuc jour nond^re d'autres personnes , sans qu'un érysipèle snrvienne.il faut donc que , dans le cas excei)lionnel où un érysipèle est survenu après un accès de colère, un refroidissement, un écart de régime , une condition particulière ait existé chez le sujet, et celte condition , que nous ne connaissons pas, est la prédisposition, n Enfin, à propos des influences éj)idéniiques (p. 2iy), ils font observer que, lors(pic le génie épidrmifjue a disparu , les causes occasionnelles qui faisaient naître si facilement un érysipèle, restent désormais sans aciion. Ainsi, pour tous les cas, il faut admettre la prédisposition , tout en recoiuiaissant la puissance réelle des causes qui font éclater la maladie, ou lui donnent un degré d'intensité qu'elle n'eût probablement pas atteint sans elle.

5 11. Anatoaiie rATuuLOGiQUF.. Cette question a beaucoup occupé les auteurs modernes; nous nous y arrêterons donc un instant.

ERYSIPELE.

4« État de la peau. Après la mort , on trouve la peau dure, épaisse, friable, épaissie, et dépassant un peu le niveau des parties saines, ce qui est parfaitement appréciable aux limites exactement tranchées de la partie qui a été enflammée. Une teinte blanchâtre remplace la rougeur qui existait pendant la vie , et même, dit M. Gendrin [Hiiit. anat. des in/l., 1. 1, p. 419), au bout de trente ou quarante heures, elle prend une teinle violacée semblable aux lividités cadavériques qui se rencontrent sur les parties déclives : l'épiderme se décolle avec facilité et la peau conserve l'empreinte du doigt lorsqu'on vient à la com[)rimer avec une certaine force. Dons quelques formes dont il sera question plus loin, on voit des vésicules ou des bulles encore remplies d'une sérosité louche ou même sanguinolente. Si ces soulèvemens ont été rompus pendant la vie , le liquide s'est concrète sous forme de squammes comme dans Vcczéma. Quand la phlegmasie a été très vive, la peau est rouge et comme infiltrée de sang, si intimement combiné avec elle , que le lavage ne change rien à cet élat. {Gendrin, ouv. cit., p. 422.) I\l. Lepellelier a vu de petits abcès dans le tissu mémo du derme [Thèse Ci7.,p, 57) ; enfin, dans quelques cas, la peau offre tous les caractères de la gangrène. Les auteurs sont généralement d'accord sur ces faits; mais si nous recherchons quel est Télément anatomique primitivement enflammé, là éclatent les dissidences.

yJ. Phliujmaaie des veines. Suivant I\ï. Ribes qui, le premier, a fait des recherches à cet égard [Mèm.de lasoc. méd.d'émul., t. VIII, p. 622; , « les petites veines des légum^îus sont visiblement et prinrij)ab:ment allcctées; la rougeur iuilammatoire est surtout remarquable sur 1.; tunique interne des veinules, d )nt la cavité est lem- I)lie par du pus; les ramusculis arteri(;ls et les vaisseaux Iym[)lialiqiies sont eux-mêmes lésés, mais a un degré moindie que les veinules. ') Cette doctrine, admise [)ar MM. Onveilhier et Copland , a clé combattue par M Hayer. Il croit (jue es diqujsilions analomifiues des veiiuiles et des arlerioles ne sont pas constantes. « Je n'ai ()as trouvé, dit il, la plus légère trace d'inllammatiijn de ces peiits vaisseau.^ dans [)lusi(;urs erysipules que j'ai disséqués. D'ailleurs, ces

observations de M. Ribes ne peuvent être

applicables qu'aux veines sous-cutanées; les veinules des papilles de la peau sont trop ténues pour qu'on puisse constater leur inflammation. Or , l'altération des veines sous-cutanées elles-mêmes n'est pas constante, et le pus qu'elles contiennent dans quelques cas peutavoir été absorbé. » [Dict. en 15 vol., art. Érysipele, t. \n, p. 486.)

B. Phlegmasie des lymphatiques. M.

Blandiu pense que dans rérysi|ièie Vinflammation dermoïde, la cuti te, en un mot, est précédée d'une lymphangite de la partie affectée; il appuie cette manière de voir sur ce que souvent Térysipèle est précédé de douleurs dans les ganglions voisins et de lignes rouges qui sillonnent la peau , là où doit se développer la phlegmasie. « Une autre preuve de la lymphite^ dit-il, c'est que chez les malades convalescens d'érysipèle il survient souvent un œdème qui ne peut être la suite que d'une inflammation veineuse ou lymphatique, ou d'une oblitération des vaisseaux qui charrient la lymphe. Il y a donc, dans rérysipèle,lymphite capillaire, et inflammation cutanée jiostérieure à la première.

» Mais ces deux élémens ne sont pas en proportion égale. Dans les érysipèles de cause interne , c'est l'inflammation du derme qui prédomine; dans les traumatiques , c'est celle des vaisseaux blancs. >» [Joiirn. des conn. médico-chirur.,']Uï[ht 1857, t. V, p. 9.)

C. Phlegmasie des lymphatiques .^ des veines ou de la peau. M. Sanson a établi trois espèces d'érysipèles, suivant (pie l'un des élémens analomi(pies que nous venons de nonuncr est affecté, il a ainsi concilié les o[)inions des diffcrens auteurs, et il y ajoute le phlegmon érysipélateux, dans lc(iuel rallection a commencer par h; tis.su cellulaire. ISous rei)arlerons plus loin de celte doctrine exi)osée par I\l. Hoinet {art , cit., \). \7 et suiv.), à i)ropos des variétés de l'érysipcle.

Dans des leçons qu'il publie actuellement siirl'ery'^ipelc, iVl. Velpcau a très bien fait voir le ixîu de londeuieut de ces diverses manièrcîs devoir et a clairement démontré que cétaient là des <'omplic.ilions et non les clernens nécesiiaires du l'erysipel« légitime.

6o0 ERYSIPÈLE.

2« État du thsU'Cellulatre sous-cuianè. Il se présente sous les divers états d'infiltration sanguine ou purulente si bien décrits par Dupuytren , et dont on trouvera les détails au mot Phlegmon. Souvent il est gangrené, ailleurs œdémateux, etc., etc.

§ III. Symptômes. Nous allons ici décrire Térysipèle d'une manière générale et abstraction faite des particularités (pii déterminent chacune des princii)ales formes qu'il peut revêtir et dont il sera question plus loin. (/^. Yariétés.)

Invasion. « L'érysipèle est presque toujours précédé d'un dérangement notable dans la santé. Ce dérangement, qui dure ordinairement plusieurs jours, est, en général, d'autant plus marqué, que l'érysipèle sera plus grave, soit à raison de son étendue, soit à raison de son siège. Ainsi, l'érysipèlo qui est borné à une petite portion de la face n'a, le plus souvent, que des préludes obscurs ; celui qui occupera toute la tête en a presque toujours de très violcns.

« Les phénomènes précm-seurs de Pérysipèle sont, du reste, à peu prés les mêmes que ceux des autres maladies aiguës: un malaise général, des lassitudes spontanées , des frissons passagers , un dérangement variable dans la circulation. A ces phénomènes communs s'en joignent souvent quelques autres qui sont propres à l'érysipèle : un des plus remanjuables est le gonflement douloureux des ganglions lymphati(iues voisins de la région où l'éruption aura lieu, de ceux du cou, par exemple, si l'érysipèle doit se manifester à la tête; de ceux des aines ou de l'aisselle, si les membres doivent en être le siège. Une sensation de brûlure on d'engourdissement, une rougeur partielle, annoncent encore plus clairement le genre de maladie qui commence, et la partie des tegumens où l'exanthème va se montrer. »

(Chomel et Hlache, art. cit., p. ii2().)

J'héfioiuèncs locaux. L'érysipèle est caractérise par les quatre phénomènes propres à PiDllammation : la rougeur, la tuméfaction, la douleur et la chaleur.

1° De la rouycur. Elle est peu marquée au début j et occupe un petit espace, mais elle ne tarde pas à s'étendre et à revêtir les caractères que nous allons examiner. Elle

varie du rose au rouge foncé , « disparaissant ordinairement sous le doigt, pour se reproduire plus ou moins rapidement lorsqu'on cesse de presser. Cette rapidité du retour de la rougeur paraît dépendre surtout de la plus grande proportion de vaisseaux artériels envahis, de l'élasticité , du défaut d'engouement sanguin de ces vaisseaux. Enellét, ce caractère, généralement attribué par les auteurs, n'existe pas toujours; nous l'avons vu manquer lorsque Pengorgement vasculairc était porté très loin avec stase sanguine ; ce qu'indique ordinairement une coloration tirant sur le violet foncé. M. Saiison parait attribuer, dans certains cas, du moins, cette modification à la prédominance des veinules affectées INous rapportons cette opinion

sans en prendre la responsabilité : cette rougeur érysipélateuse olfre assez souvent une teinte jaunAtre ilavescente , rubcr subflavesccns.n{Lviie\\ei\cr, Thèse cit.^ p. 50.) La rougeur n'est pas toujours exactement circonscrite, et sur les limites elle se fond par une dégradation marquée avec les tissus restés sains ; cette transition est surtout appréciable au début et vers la fin. 2" J>e la tîimè faction. « Si Pon explore la péri[)hérie par le toucher, on sent presque toujours une sorte de bourrelet, qui détermine la circonscription moins vaguement que Pœil ne Pavait indiqué d'abord. La consistance des parties allectées présente un peu d'augmentation; il existe, sous ce rapport, tantôt rénitence élastiiiuc, et tantôt léger einptitement œdémateux , suivant le caractère de l'inflammation et l'organisation de la partie alfectée, comme on le voit en comparant le nez, les joues, aux paupières, au pénis, au scrotum chez l'homme, auxgrandeslèvres chez la femme, etc...., dans leur état érysipélateux. La surface cutanée présente plusieurs modicalions importantes à noter ; elle est quelquefois lisse, tendue, luisante, quelquefois inégale et comme chagrinée; dans un certain nombre de cas , de petites vésicules miliaires a[)paraissent à la surface, quelques jours après l'invasion; dans quelques circonstances, on voit même s'élever des espèces d'ampoules assez larges, analogues à celles du vésicatoire, dans les premières heures de son action : caractère accessoire qui, sans doute, a fait ranger Pérysipèle

par Willan , dans le genre liillœ. » (Lepelletier, TJièse cit.^ p. 32.) Nous verrons, à propos des variétés, ce qu'il advient de l'existence de ces soulèvemens épidermatiques.

5° De la douleur. Elle est très variable suivant la sensibilité des individus , la région que la maladie occupe , le degré de l'inflammation, etc.; quelquefois vive, aiguë, brûlante, ailleurs sourde ou comme prurigineuse, souvent accompagnée d'un sentiment de tension très incommode ; elle est tantôt continue , tantôt interrompue par des intervalles de rémission pendant lesquels le malade ne souffre que très peu , ou même point du tout. Dans quelques circonstances rares, disent MM. Chomel et Blache {art. cité , p. 221}, la douleur précède l'éruption , et cesse quand celle-ci est achevée, ou ne commence qu'avec la desquammation.

4» De la chaleur. La peau est ordinairement sèche au toucher, et donne la sensation d'une chaleur acre et mordicante, qui est surtout très vivement appréciée par le malade. Suivant M. Lcpelletier , le développement de cette chaleur a lieu chez quelques sujets par des espèces de crises plus ou moins rapides , et le malade ressent dans la partie le sentiment instantané que ferait éprouver un cautère objectif en passant à quelque distance de la surface enflammée.

« Si l'on consultait exclusivement, ajoute-t-il , la sensation du malade , on pourrait croire à l'élévation très considérable de la température dans cette jjartie ; les expériences Ihermométriques nous ont prouvé (jue, dans la plupart des cas, celte élévation n'était que de 5 ou 4 degrés. » {Thise cit.., p. ol.)

i> Les fondions de la partie enflammée sont troublées d'une manière plus ou moins maniuée; le moindre contact provofpie ou exaspère la douleur; les uiouvemens sont douloureux, dilliciles, quehpiefois mémo irn[)0ssibles , et si rérysipeb; occupe l'oriHce de (pielques conduits, ces conduits sont rétrécis ou niéirie oblitérés: delà divers syuq»lôines secondaires , tels que l'impossibilité d'articuler des sons quand il occu[)e les lèvres , la surdité lorsqu'il s'étend au conduit auditif, <'tc. (^uant ù la transpiration cutanée, il est im-

ÈRYSIPÊLE. 6S1

possible à la fois do douter qu'elle soit altérée dans l'endroit malade , et de dire en quoi consiste cette altération. Dans quelques cas , l'accumulation de la sérosité sous l'épiderme , qu'elle soulève en forme de bulles, montre clairement l'existence dune exhalation morbide. » (Chomel et Blache, art. cit., p. 221.)

Phénomènes généraux. Au début , avons-nous dit , on observe un certain ensemble de phénomènes généraux qui ne se dissipent pas toujours au moment de l'éruption, surtout quand la phlegmasie cutanée est intense. Alors on observe de l'anorexie, du dégoût, des nausées, et même des vomissemens ; la langue est sale, bilieuse ou seulement saburrale ; il y a de l'embarras à l'épigastre ; le pouls est fréquent , dur, serré ; la chaleur générale est augmentée, en même temps que la sensibilité au froid est plus vive, et que le malade ressent par instans des frissonnemens désagréables : il y a de la céphalalgie, de l'anxiété , de l'insomnie ; enfin , dans certains cas, surtout quand Térysipèle occupe la tête , et chez les jeunes gens , on observe du délire, ou d'autres fois de la somnolence. C'est à l'ensemble de ces symptômes généraux et locaux que les anciens, tels que Sydenham, Hofl"mann, Sauvages , etc., avaient donné le nom de fièt vre érysipélateuse.

§ IV. Marche et durée. La marche de Térysipèle est toujours aiguë, mais quelquefois interrompue par une apparente guérison; et alors le mal reparaît bientôt, soit sur le même point , soit ailleurs; il peut se terminer sur l'endroit où il s'est développé d'abord , ou bien se promener sur dillérenles parties du corps, soit en gagnant de proche en proche, soit en sautant en quchjue sorte d'une région à une autre sans affecter la région intermédiaire : nous reviendrons sur ces différentes formes à propos des tarièlès suivant la marche ; là aussi , nous agiterons la <|ueslion de savoir s'il y a des érysipèles réellement intermiltens ^ ou si les exemples cités comme offrant ce type n'étaient pas sinq)lement des érysipèles périodiques.

I\elalivcment à la durée, rérysi[)ele « met rarement plus de sej>t jours à parcourir ses périodes, et (pielquelois il se lerinine beau- Coup pluï [)romi»lement uncore. Toutefois,

EllYSlPELt:.

comme il ne se montre presque jamais simultanément i^nr toutes \e<. parties (ju'il doit occuper, il en résulte (]ue sa durée totale est quelipiefois plus longue : elle atteint et dépasse quelquefois un mois et six semaines, quand Téruplion parcourt toute la surface du corps.

» Loi^sque Térysipèle marche régulièrement, voici ce qu'on observe chez la plupart des sujets : la rougeur et la tension deviennent pendant deux ou trois jours de plus en i>lus marquées; vers le quatrième ou le cinquième, rérysi[)è!e commence à pâlir, ou bien à prendre une couleiu' jaunâtre ou brune ; le peau , de lisse et tendue qu'elle était , devient un peu rude sous le doigt et légèrement ridée. La même série de phénomènes a lieu selon le même ordre , dans les divers points où Tétuption s'est étendue; en sorte que, s'il y a quatre ou cinq jours de dilierence entre la i)remière et la seconde éruplion , l'une est déjà à son déclin quand l'autre est encore à son accroissement. Nous ferons seulement remarquer que, quand il n'y a que vingt-quatre ou trente six heiires de différence dans l'éruption, la desquammation a fiéqueminont lieu en même temps dans toute sa surface érysipélaliuse, et que chez les sujets où la maladie parcourt successivement un grand espace, on voit souvent l'erysipèle s'éteindre en deux ou trois jours , dans les derniers points où il se montre. 11 n'est pas très rare non plus de voir l'erysipèle borné a une seule partie de la face , au nez par exemple, ])arc()urir ses périodes en trois on quatre jours. » ^Chomel et Blache, art. cit., p. 222.)

$ V. 'ri:i\MiîVAi.s().v. 1/afTertion qui nous occupe peut oilVir les terminaisons suivantes :

1" Par résolution. Elle s'annonce au l)out de quelques jours, par la dimimilion des accidens généraux; la peau est moins tendue, elle prend une teinte jaun.itie , et se ride à sa surface; la douleur et la chaleur ont disparu pour faire place à une démangeaison rarement bien vive ; l'épiderme se détache j)ar larges plaques , ou bien il se résout en furfures ou même en une sorte de poussière farineuse. Une chose assez remarquable, c'est (pie l'exfoliation épidermaticiue a lieu dans certains

cas au-delà des limites de l'inflammation ; cette desquammation dure ordinairement (juatre à cinq jours. Mais la peau met un temps bien plus considérable à reprendre sa souplesse et sa coloration normales; souvent, (piand la phlegmasie a été un peu vive, la peau est encore au bout d'un mois violacée et légèrement empalée ; assez souvent aussi il se forme une infiltration œdémateuse dans les parties qui sont pourvues d'un tissu cellulaire lâche et abondant conune anx paupières ou au scrotum. La résolution s'accompagne quelquefois d'un mouvement crititjue , soit par une hémorrhagie, soit par des sueurs; mais ces cas sont assez rares, si l'on eu exce[)te l'épistaxis qui fait souvent disparaître nu érysipèle de la face, surtout chez les jeunes sujets.

2*^ Par délit escencedi\ec ou sans métastase. Les auteurs ont signalé les dangers de ces disi)aritions brustiucs de l'erysipèle , qui coïncident souvent avec l'apparition d'une phlegmasie vers un organe intérieur, et surtout vers le cerveau. Toutefois quand la phlegmasie est peu intense, non accompagnée de phénomènes généraux, Cl bornée à une petite surface il n'est [)as rare de la voir disparaître toutà-coup, sans qu'il se manifeste ailleurs le moindre accident; et quant aux métastases, il arrive assez souvent aussi que la phlegmasie intérieure s'étant développée pendant le cours de rérysi[)èle , révulse en quehjue sorte celui-ci et le fait disparaître en même temps qu'elle augmente elle-même d'intensité. îMais il n'y a [)as là métastase ou transport proprement dit.

5'J Par stippiiralion. Celle ci a lieu k la surface de la peau , dans l'épaisseur de cette mendnaue, ou d.uis le ti.^su cellulaire sous-jacent. //. Elle a lieu à la surface (]uand la sérosité contenue dans les phlyctènes se tran^^fonne en m.itière réellement purulente. JJ. Dans l'épaisseur même du derme, comme l'a indifpié M. Lepellelier; ces abcès sont très )»etils et circonscrits; ils peuvent se faire jour soit à la surface extérieure, soit vers les parties sous-jacentes. />. Dans le tissu cellulaire (jui double le tégument ; nous y reviendrons à [iropos de Vcrysipèle ])lilcf/moneu.x.

4" Par fjanfjri'Ht'. La gangrène survient soit par le lait seul d'une disposition gé-

néralc grave {érysipèle gangreneux)^ soit par la violence de i'iiidam malien. Cette dernière doit seule nous occuper ici. Le malade éprouve une chaleur brûlante dans la partie malade. Celle-ci [)rer.d une teinte livide, violacée, que ne fait plus disparaître la pression du doigt; elle s'empâte, se couvre de phlyctènes brunes remplies d'une sérosité sarjguinolente et félide.

Au-des?ous de ces phlyctènes, la peau est frappée de gangrène, soit dans toute son épaisseur, soit dans ses couches les plus superticielles ; la mortification peut s'étendre aussi à une très large surface, ou bien occuper seulement (juehjues points circonscrits. Dn travail éliminatoire s'établit [r. Gangrène), et si les forces du sujet ne sont pas trop épuisées, si l'étendue du sphacèle n'est pas trop considérable, les escharcs se détachent, et la solution de conlinuiié ne tarde pas à se cicatriser. ( F. plus bas Érysipèles phlegmoneux

et GANGnÉNEUX.)

5° Par vlceralion. Elle n'a guère lieu que dans certains cas d'érysipèles développés sous l'influence d'un état général grave, mais il y a là quelque chose en dehors de l'affection phlegmasique.

6'' Par induration. Ce mode de terminaison, qui n'est pas mentionné par les auteurs, est en elfet assez rare, et n'arrive que (juand Vérysipèle accompagne ces lymphangites spéciales qui donnent lieu à Vélèphantiasis des Arabes. (F. ce mot.) ^ \1. Yariétc,s. Elles sont très nombreuses; pour mettre de Tordre dans leur étude, et éviter la confusion qui naîtrait de leur multiplicité, nous les rangerons sous plusieurs chefs principaux :

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