I. V ARIKTÉS QUANT AUX PHÉNOMÎlNE.S
ANATOMiouES. y/. Érijsipde simjilc . C'est celui fpic nous avons décrit en commençant, à rcxceplion que les symptômes généraux sont peu marqués, et qu'ils cessent promptcment. llésumant ses caractères, nous dirons que cet érysipèle débute i)ar un peu de nialai«e, s'annonce localement j»ar des p/a^wc.ç d'un rouge foncé, plutôt prurigineuses (pie douloureuses , as^c z nettement circonscrites par un ])0urrelet saillant, et se terminant par résolution dans l'espace de (jue!<pies jcjurs.
/;. ÉrynpI.'le fymjjhatif/uc. Celte es
(^. VAnat. pathologique), pourrait tout aussi bien s'appeler lymphangite èrysipélateiise. Yoici les caractères tels qu'ils ont été donnés par M. Boinet. Cette variété se rencontre surtoiit chez les sujets jeunes et dont la peau est fine et blanche. « On voit au côté interne des membres, sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, apparaître de petites stries d'une belle couleur rose-vif, ondulées, parallèles entre elle^, douliHirf'uses à la pression et situées dans l'épaisseur de la peau; elles augmentent bieiiiôt de volume, acquièrent uiiC demi ligne de diamètre , se mdtipiient, s'anastomosent, et forment ainsi \m réseau d larges mailles^ qui peu à peu deviennent plus nombreuses , plus rétrécies, et finissent par se toucher, se confondre, et constituer enfin une plaque rouge qui diffère de l'érysipèle proprem.ent dit, parla vivacité de sa couleur. » [Journ. des conn. médico-chir.y t. vi, p. 17.) Cette alïeciion peut ainsi rester à l'état de simplicité, ou bien on voit survenir l'engorgement du tissu cellulaire souscutané, des accidens généraux plus ou moins graves, et, pour en finir, l'une des terminaisons que nous avons signalées.
C. Érysipèle veineux. Il a été signalé par M. Ribes, et bien décrit par 31. Sanson. On pourrait lui donner le nom de phlébite capillaire érysipelateuse. Nous emprunterons encore sa description à M.
Boinet. Suivant cet auteur, interprète des doctrines de iM. Sanson , cette variété se rencontre « chez les individus dont la peau est plus colorée, et assez épaisse, dont les veines sont dévelopi)ées;chez les veillards, par exemple, l'érysipèle se montre avec des caractères diamétralement opposés à ceux du précédent; les stries par lesquelles il débute sont violettes et sinueuses, non parallèles, anastomosées entre elles à la manière des feuilles des dicotylédones ( l'auteur veut sans doute parler des nervures)., forment une coloration d'un rouge terne , ardoise, semblable à celhî de l'érysipèle simple, mais avec celte différence , quelle ne prés(;nl(! pas l'elovure (jue nous avons signah;e en parlant de ce dernier. Sur celle eoloratiou générale ;q»paraissent. i)eu de temps après, des plaques irregulièrcs, brunâtres et violet-
pccc, établie par MM. Blandin et Sanson | tes, semblables aux ecchymoses produite!}
&U ÉRYSIPÈLE
par une contusion, et ne disparaissant nullement à la pression du doigt, comme dans Tespèce précédente... La peau tuméfiée se ride, et, chose remarquable, elle prend un aspect luisant et respUndissant. Les ganglions ne s'engorgent point, etc. » (Boinet, art. cit.^ p. 18.)
Dans celle variété , il y a souvent complication phlegmoneuse, et les terminalsons peuvent élre Tune de celles que nous avons indiquées.
/). Érysipèle vé-HCuleux ou miliaire.
II se montre surtout (juand Térysipèle est produit par une application irritante sur la peau, un cataplasme ({ui a fermenté, une ponunade rance, etc.; le tégument, rouge et vivement enllammé, se recouvre du second au (piatrième jour de vésicules plus ou moins volumineuses, plus ou moins nombreuses, discrètes ou conllucnles. Quelquefois plusieurs vésicules se réunissent pour former une bulle large, inégale, mamelonnée, a[)latie. Le liquide renfermé dans ces soulévemens épidermatiques est ordinairement trouble et d'une couleur cilrine ou lactescente; les vésicules se rompent le jour même ou le lendemain de leur apparition, le li(iui(le s'épanche , et il se forme des scpiammes minées, jaunâtres, analogues à celles de l'eczéma. Du reste, Terysipèle suit les périodes et la marche que lui imi)rimentson intensité et ses autres caractères anatomiipies.
L\ Érysipèle bullcux ou phlycténoïde. Ici, riullammaliou semble portée à un degré de plus (jue dans la variété précédente ; celte forme se montre surtout (piand rallection occupe le visage. 11 se produit alors de larges bulles oii ampoules, (piclqucfois parfaitement hémisphériques, remplies d'un liquide dont l'aspect varie suivant les cas; d'abord assez limpide, il ne tarde pas à devenir purulenl. Après la rupture ordinairement très prompte de réj)iderme , le liiiuide se concrète en squammes et même en croûtes jaunes ou brunes et noirâtres, épaisses, rugueuses, analogues au premier as[)ect à celles de Timpetigo. Si le malade arrache ces croûtes, et irrite les excoriations qui résultent du soulèvement de re[)iderme, INtat local peut persister pendant (lueUjues jours, ou même uii ou deux septénaires de plus que
dans les conditions ordinaires. Les symptômes généraux ont ordinairement ici une intensité a^Sl'/: marquée.
F. Érysipèle pJdegmoneux, Lorsque la phlegiTia- e de! niant par la peau s'étend secondairement au tissu cellulaire souscutané , c'est lérysipèle phlegmoneux. Dans le cas ( o i'raire, ce serait un phlegmon érysipclatiux. [f^oy. Pulegmon. ) Dans une ex( e' ente dissertation sur ce sujet (Paris, 1815, in-4«) , M. Pâtissier a établi trois variétés, ou plutôt trois degrés d'érysipèle phlegmoneux; nous ne parlerons ici que du premier, les deux autres appartenant manifestement à l'histoire du phlegmon. Voici comment M. llayera résumé les caractères de cette forme. «« Au début, anxiétés suivies de picotemens et. de rougeurs sur la région du corps qui va être le siège de l'érysipèle; bientôt, sentiment de brûlure dans le point enflammé; teinte brillante, ronge, animée de la peau, diminuant insensiblement vers la circonférence de l'érysipèle , et disparaissant momentanément par la pression du doigt, après laquelle la peau reprend plus lentement son niveau et sa couleiu' morbide (pie dans l'érysipèle simple. La [)arlie des tégnmens alfectee, soulevée par la tuméfaction du tissu cellulaire sous-cutané, forme une tumeur large, dure et profonde ; la douleur devient pongitive, la chaleur brûlante, les ganglions lymphatiques s'ennammcnt, et un mouvement fébrile considérable a lieu. Si vers le cin(iuièmc ou le sixième jour on voit la peau moins rouge et moins tendue se couvrir d'écaillés hirfuracècs, et le tissu cellulaire sousculané reprendre son volume primitif, l'érysipèle [>hlegmoneux se terminera par résolution ou [)ar un a'dème dont la sérosité sera résorbée au bout de quelques joiu's. Si au contraire la douleur devient pulsalive , on ne tardera pas à découvrir (juelques foyers.de suppuration. Ces abcès, ouverts si)ontanément ou par une incision, donnent issue à un pus de bonne nature, et se cicatrisent en peu de jours. » {Dict. en 15 vol., art. Érysiplile, t. vu, j). 481.)
L'érysipèle phlegmoneux est ordinairement accompagné d'accidens généraux en rapport avec la profondeur et l'étendue de lintlammaiion.
G. Érysipèle œdémateux. C'est celui dans lequel rérysipèle s'accompagne d'une infiltration séreuse dans le tissu cellulaire sous-jacent. Il diffère de l'œdème érysipélateux qui a lieu quand une phlegmasie cutanée vient compliquer un œdème. Bateman l'a très bien décrit en peu de mots : « Cet érysipèle, dit-il, est moins violent que le précédent (le phlegmoneux) ; la tumeur s'élève et s'étend d'une manière progressive; sa rougeur moins prononcée se transforme en une couleur d'un jaune brun. La chaleur qui l'accompagne et les symptômes locaux sont moins intenses, la surface cutanée est unie et brillante, et si on la comprime fortement avec le doigt, un léger enfoncement se fait remarquer pendant un court intervalle de temps. » {Ahr. prat. des malad. de la peau, trad. de Bertrand, p. 17u.) La terminaison a ordinairement lieu par résolution, dans l'espace de quelques jours. Quant aux accidens graves et à la gangrène dont parlent M3I. Chomel et Blache {art. cit., p. 226), il y a là autre chose qu'un simple érysipèle œdémateux. (/^. Hydropisie et 0£dî:me.)
//. Érysipèle gangreneux. Nous avons vu, en parlant des terminaisons, comment la gangrène survenait dans le cas de phlegmasie très intense; il en sera question , à propos des complications de l'érysipèle gangreneux par suite d'un état général grave de l'économie.
ILVariétés quant Aux aces. y/. Érysipèle des enfans nouveau nés. L'érysipèle, avons-nous dit, affecte très souvent les enfans nouveau-nés. Sur 50 cas observés par Billard, pendant l'armée 1826, à l'hospice des Enfans trouvés, 16 ont été simples, 5 œdémateux, 6 phlyclénoïdes, 4 plile-^'moneux, et 1 seul miliaire. il y en a eu 2 a la face, 16 au tronc, et 12 aux membres. L'érysipèle du tronc et des membres serait donc plus frcf/mnl qnK celui de la face chez les enfans. Sur le même nombre, il y en avait 18 au dessous de six mois. I.'auleur que nous venons de citer n'a pr^scpie pas observé de symptômes gastriques, tandis que toujours il y eut les symplôtius d'un»* entérite [)1uh ou moins violente, avec accélération rlu pouls, sécheresse et chaleur des te.^umcns, émaciation rapide, etc. La variété qui
nous occupe peut se terminer par résolution , par desquammation de l'épiderme , et même par la suppuration du tissu cellaire sous-cutané ; dans quelques cas aussi, on a vu une gangrène succéder assez promptement à la phlegmasie sous-cutanée. Le danger est ici assez grand ; sur les 50 cas observés par Billard, 16 se sont terminés par la mort. (Billard, ouv. cit., p. 115 et suiv.) A en croire M. Baron, et d'après une note remise par lui à M. Chomel, la péritonite serait un accident tellement commun dans les cas d'érysipèles des enfans occasionnant la mort, qu^on pourrait la regarder comme une règle générale. (Chomel et Blache, a/t. c, p. 251.) Cette assertion est contredite par les seize autopsies de Billard {ouv. c, p. 114), dans lesquelles il a trouvé deux fois une gastroentérite, dix fois une entérite^ trois fois une pneumonie compliquée d'une entérite et d'une congestion cérébrale^ et une fois une pleuro-pneumonie.
B. Érysipèle des vieillards. « L'érysipèle des vieillards se développe ordinairement aux pieds , aux jambes , surtout chez les sujets lymphatiques , bouffis, cacochymes, épuisés par l'âge ou par toute autre influence; aux [)arties génitales, notamment chez les individus affectés d'incontinence d'urine, etc. Dans la plupart des cas , il revêt les caractères plutôt de l'œdème crysi[)élatcux que de l'érysipèle œdémateux. Aux jambes, c'est presque toujours, en effet, par la distension à laquelle se trouve soumise la peau chez les vieillards, dont ces parties sont ordinairement gonflées, œdémateuses, principalement vers le soir, que se trouve produite la fluxion érysipélateuse. La marche, diins cette maladie, est communément lente et chronique ; cet éry^i()èle offre une diminution notable vers le matin, parle repos et la position horizontale de la nuit, et reprend vers la lin du jour ses caraclères plus intenses, lors suilout que la position verticale est habituellement gardée. Il revêt dans [)resque tous ces cas les dispositions et les caractères des érysi[)èles œdémat(!ux et aslhéni(|ues. « (Lepelletier, Thèse cit., p. 261.)
IlLN ARILTÉS (^LANT AUX ?M\LADIES ET AUX SYMPTÔMES CONCOMITANS. ^. Éry*
tipèle fébrile., fièvre érysipélateuse des
ÉRYSIPELE.
auteurs; il se montre ordinairement d'une manière épidcmiiiiio, et s'accompagne de symptômes généraux caractérisés surtout par une réaction fébrile éneri^ifpie.
/?. Érijnp'de bilieux ou gastrique.
Les phénomènes concomiîans sont tantôt ceux de l'embarras gastrique simple, langue saburrale, blanche, goût pâteux à la bouche, anorexie, nausées et même vomissemens de matières glaireuses, lassitude générale , pesanteur de tète, etc.; tantôt ceux de k'état biheux, langue couverte d'un enduit jaunâtre, goût amer, nausées c' quelquefois vomissemens de matières bilieuses, céphalalgie sus-orbitalre, brisement des membres, teinte jaunâîre des conjonctives et des ailes du nez, peau sèche et brûlante, etc. Les auteurs ont pendant long temps attai hé une grande importance à rerysij:èle bilieux ; c'était là un reste des anciennes théories de Galien , qui regardait cette inflammation comme produite par une congestion de bile. Au reste, ces deux formes se renconircnt quand régnent des constitutions d'embarras gastriques ou d'alVections bilieuses.
C. Érysipèle a djfna inique , érysipcle lyphoïde ou gavgrcneux. C'est celui qui se développe sous Tinfluence d'un état général grave de l'économie ; la rougeur de l'érysipèle passe bientôt au violet livide, il y a de l'empâtement dans la partie, puis bientôt le sphacèle survient. Y a-t-il réellement ici érysipèle:' >ous ne le pensons pas; l'affection est essentiellement cl de prime abord gangreneuse. (K GANr.RÎ.Ni:.) Je ne parle pas de l'érysipèle ataxif/ue , qui se montre dans les alVeitions nerveuses, et offre surtout pour caractères une grande irrégularité et une grande mobilité dans ses phases.
V. Érysipèle traumatique. On nomme ainsi la i)hlegniasie cutanée qui survient autour des lésion^ dites trrumatiques; c'est en vertu d'une prédisposition lotit individuelle ou d'une épidémie, que ces érysipèles se déclarent. Ce sont de graves complications pour les plaies, car il y a souvent en même temps phiébile, résorption purulente, etc.