TOME III
loiionner souvent la partie avec un peu d'eau saturnisée, ammoniacée , vinaigrée, etc. Il en est de même des siihstaurcs caustique.«i, telles (pie la chaux, la pota«;se, etc. : le mélange des larmes avec ces corps augmente malheureusement leur action mortifiante.
)» On a dit que pour ne pas accroître leur dissolution, il fallait se servir d'un pinceau trempé dans de l'huile pour extraire ces substances de la surface de l'œil. Mais on n'a pas réfléchi que ce moyen remplit fort mal l'indication de Texlraction. Mieux vaut, suivant moi, se servir de lotions abondantes avec du lait, si on en a sous la main; on glissera, si la chose est possible, le bec d'une petite seringue vei-s l'angle paipébral externe, et Ton arrosera avec cette substance la superficie de l'œil et de la face interne des paupières. En cas cependant qu'on manquât de lait, il ne faut pas craindre d'avoir recours à l'eau simple ou légèrement vinaigrée, ou mieux encore rendue albumiueuse à l'aide d'une certaine quantité de blanc d'œuf. L'eau augmente, dit -on, l'action de certains caustiques; mais mieux vaut chasser le plus tôt possible le corps étranger avec ce liquide^ que de prolonger son séjour sur l'organe. Du reste^ que le caustique soit solide ou liquide, après que l'œil aura été nettoyé, il est bon d'introduire entre les paupières un peu de blanc d'œuf à l'aide d'un petit pinceau doux ou de la curette de Daviel.
M Les corps non adhérens , comme les cendres, la poussière, un moucheron, etc., n'ont besoin pour être extraits que de faire incliner la tète en avant, comprimer l'angle interne de l'œil avec le bout du doigt, et clignoter pendant quelques minutes dans cette position ; Técoulement des larmes que le doigt empêche de passer dans le sac, conjointement à cette espèce de fouettement opéré par les paupières, entraîne de suite les corps au dehors. Une injection d'eau fraîche avec une petite seringue est quelquefois nécessaire pour nettoyer tous les coins de la conjonctive palpébro-oculaire. J'ai fait faire dans ce but des becs en argent aplatis comme Tembouchure d'une flûte qu'on peut adapter nu besoin au ])ec en étain des seringues ordinaires : on glisse facilement par
iê
l'angle pMpol^ral externe cette extiomiié ajilatie, et linjeclion peut s'eirecluer sans douh'ur. Les lacunes de la conjonctive retiennent quelquefois à la base de Tune ou l'autre paupière quelques parcelles que le malade indique souvent lui-niôme. Aussi est-il de précepte en pareille occurrence de renverser l'une après l'autre les paupières , et d'explorer attentivement l'espèce de gouttière muqueuse que chacune d'elles présente à la base. Le renversement artificiel de la paupière supérieure s'opère en glissant la puli)e de l'indicateur ou du pouce sous le tarse, et en le poussant de bas cnhaut en lîième temps qu'avec les autres doigts on comprime la base de la paupière dans un sens opposé.
» Lasinq)le humidité retient (juelquefois attachés à la conjonctive certains corps étrangers, tels que les ailerons d'insectes, les feuillets dos coques de millet, etc. La curette de Daviel, un |)inceau doux trempe dans du miel ou dans un sirop quelconque, la pointe d'un petit cornet de papier mouillé avec de la salive ou tout autre instrument analogue, peuvent servir à l'en détacher et l'entraîner au dehors.
» Si le corps étranger est fixe dans les tissus de l'œil, plusieurs instrumens peuvent servir a son extraction. Les doigts, des pinces à (li>scction, l'aiguille à cataracte, l'aiguille spatule de Forlenze, la pointe d'une lancette, un cure-dents, une curette, un aiuieau, etc. , rempliront ce l)ut si le corps est accessible à leur action. On a [)rétendu qu'à l'aide d'un morceau d'aimant (pi'iui approcherait de l'ceil on pourrait faire sauter des parcelles de fer qui seraient enchâssées dans les lames de la cornée. [V. de llilden.) Une baguette de cire d'E-^pagne electrisée par le frottement pom-rait aussi, a-t-on dit, détacher «t enlever par son approche de petits brins «le paille arrêtés sur les mêmes tissus, ((iciidron.) Le docteur Krimer a aussi prétendu que les molécules de fer arrêtées giir la cornée pouvaient être dissoutes à l'aide d'un bain oculaire, dan>i le(piel entrerail une certaine quantité il acide muriatique (10 gouttes par once d'eau de rose.) On n'a pas rellechi que le corps étranger se couvre promptcmenl de lymphe plastique, et (juece dissolvant ne peut «Nuir de pn^c sur ka âubâlaiice. L'urgauc;
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d'ailleurs, ne supporterait pas impunément la présence d'un pareil collyre. « (Uognetta, loco ci^,p. 61.)
2° Prévenir les accidens. Il est rare qu'un œil frappé un peu vivement par un corps quelconque, n'éprouve une réaction phlogistique plus ou moins intense. Nos moyens ne peuvent la prévenir que jusqu'à un certain point, ou plutôt en modérer l'intensité.
n Couvrir les deux yeux, arroser l'organe malade d'eau fraîche, tenir le sujet dans une chambre peu éclairée , le saigner une ou plusieurs fois suivant les cas, elle mettre enfin au régime des opérés de la cataracte, tels sont les remèdes que l'art nous offre dans cette circonstance. Il est bien entendu d'ailleurs, que tous ces moyens à la fois ne conviennent que dans les cas graves seulement. » (Ibid.)
5° Combattre les accidens. ( f^oy.
OpHTniLMiE.) Il est une autre espèce de corps étranger qui se rencontre dans le tissu sous-conjonctival, et dont peu d'auteurs ont fait mention; nous voulons parler de corps animés et en particulier de certains vers. On lit dans les comptes-rendus des séances de l'Académie des sciences (29 octobre 183») les détails suivans :
« M. Guyon communi(pie une observation de M. IJlot, médecin et propriétaire à la Martinique, lequel a vu chez une négresse de Oui née deux petits vers se mouvant avec beaucou[> d'agilité entre la conjonctive et la scleroticjue. Ces vers ont été extraits au moyen d'une incision pratiquée sur la conjoncti\e au point du trajet qu'ils parcouraient. Un de ces vers, envoyé à 31. de IJlainville, est long de 58 millimètres, filiforme, brunâtre, se terminant en pointe par une de ses extrémités, et finissant [)ar l'autre en un mamelon dont la couleur noire tranche avec celle du reste du corps. C'est sans doute à un ver de la même nature, et non au ver de Medine {filaria medincnais), qu'il faut rapporter ceux que I5ajon et Mougin ont aussi rencontres sous la conjonctive oculaire, le premier à Cayenne et l'autre à JSainl-Domingue. Voici l'extrait du l\Iémoire de M. liajon : << Dans le mois de juillet 1768, le ca[)itaine d'un bâtiment de la Guadeloupe amena chez moi une iiégrcàse de bix à sept ans, et me pria
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d'examiner un de ses yeux, dans lequel on voyait remuer un ver de la grosseur d'un petit fil à coudre. Je l'examinai et j'observai en elFet ce petit animal, qui avait près de 2 pouces de long ; il se promenait autour du globe de l'œil, dans le tissu cellulaire qui unit la conjonctive avec la cornée opaque. En l'excitant à se mouvoir, je m'aperçus que ses mouvemens n'étaient pas droits mais tortueux et obliques. La couleur de l'œil n'était point changée , et la négresse disait ne sentir aucune douleur lorsque le ver s'agitait ainsi; elle avait cependant un petit larmoiement presque continuel. Après avoir réfléchi sur le moyen que je pourrais employer pour le tirer, je crus qu'en faisant une petite ouverture à la conjonctive du côté de la tête de l'animal, et en l'excitant ensuite à se mouvoir, il sortirait de luimême. J'agis donc en conséquence ; mais le ver, au lieu de s'engager par l'ouverture que j'avais faite , passa à côté, et fut à l'endroit opposé à l'incision. Ainsi frustré dans mon espoir, je pris le parti de le saisir au milieu du corps avec de petites pinces, en même temps que la conjonctive; je fis ensuite, avec la pointe d'une lancette, une fort petite ouverture à côté de son corps, et, avec une aiguille ordinaire, je le tirai en double. Yingt-quatre heures suffirent pour compléter la guérison.
» Voici la seconde observation. Dans le commencement de 1771, une négresse, ménagère du gouverneur , M. de Piedmont, m'amena une jeune négresse , un peu plus âgée que la première. Je l'examinai de plus près et je vis un ver plus grand que celui dont je viens de parler, et qui, de même, se mouvait entre la cornée opaque et la conjonctive. Dans ce cas, la conjonctive se montrait enflammée et était douloureuse. Je proposai de recourir au même moyen que j'avais employé avec succès pour l'autre enfant, mais on n'y voulut point consentir. Je ne sais ce qu'il en sera arrivé.
» Aux deux observations de Bajon, j'en joindrai une qui m'est propre. En 1828, me trouvant à Mompax, ville située sur la rivière de la Madelaine (Nouvelle-Grenade), un pharmacien français, établi dans cette ville, me conduisit chez une négresse de vingt-cinq à trente an», et qui étùt arri^
vée d'Afrique déjà dans l'âge adulte. Cette femme présentait au côté externe d'un œil un ver, qui se tenait le plus souvent cache entre le globe et la paroi externe de l'orbite, mais qui, de temps à autre, s'avançait en rampant entre la sclérotique et la conjonctive ; lorsqu'il arrivait à la cornée transparente, dont l'adhésion à la conjonctive est plus intime, il ne pouvait continuer à avancer qu'en se contournant autour du bord de la prunelle dont il embrassait quelquefois le quart de la circonférence, mais jamais davantage. La femme se plaignait de fourmillemens qui étaient, disait-elle, principalement incommodes lorsque le ver était caché dans l'orbite; il y avait eu quelquefois même des douleurs assez vives , qui avaient donné lieu à des accidens nerveux ; peut-être, au reste, la peur avait-elle autant de part à ces crises que la douleur. La femme ne se rappelait pas avoir vu dans son pays d'autres personnes atteintes du même mal; elle ne put dire quel était le point de la côte où on l'avait amenée pour la vendre aux blancs, et le nom du lieu d'où elle avait été enlevée est inconnu aux géographes.
Un chirurgien de IMompax avait voulu extraire le ver par le même moyen qu'avait employé Bajon; la malade s'y était refusée.
» M. Guyon fait observer que les jeunes filles, qui font l'objet des observations de Bajon, de Mougin et de M. Blot, venaient toutes les trois d'Afrique, d'où l'on serait induit à inférer l'origine africaine du ver qu'elles portaient. Ce serait, ajoute-t-il, un point d'analogie qu'il aurait avec le ver de Médine, lequel, comme on le sait, ne s'observe en Amérique que sur des individus venant d'Afrique. »
Deuxièmesection. Lxflammatiox de la conjonctive. (/^. ophthalmie.)
TroisiIlme siçcTiON. Tumeurs de la CONJONCTIVE. Nous rangeons dans cette catégorie les maladies suivantes : 1° le ptérygion ; 2» le pannus ; 3» le pinguecula; ^^ l'encanthis; 3^ les granulations 6» les phlyctènes et les pustules ; 7o l'œdème ou le chémosis et l'emphysème ; S^ les kystes ; 9° les tumeurs érectiles et mélaniques; 10^ les sarcomes et les fongus.
Les quatre premières espèces de tumeurs seront étudiées aux mot» qui les
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représentent. Pour la cinquième (F. Ophthai.mieV 11 ne sera donc ici question que (les cinq dernières.
§ I. Phlyctknes et pustules de la CONJONCTIVE. Les plilyctènes de la conjonctive sont de petites vésicules aqueuses qui se développent sur la partie antérieure do globe de Tu'il, et paraissent avoir leur siège dans le tissu cellulaire qui unit la conjonctive aux membranes {propres de cet organe. C'est ordinairement à la suite des oplillialmies (pie se forment les plilyctènes. Dans quelques cas, cependant, elles se manifestent sans avoir été précédées de rinflammalion ou de toute autre allèction de r(eil, et communément alors il est diflicile de leur assigner une cause certaine. Les plilyctènes sont situées tantôt sur la sclérolicjue et tantôt sur la cornée. Elles se présentent sous la forme d'une vésicule aplatie, large à sa base et pointue à son sommet. Examinées de côté , elles sont transparentes; vues de face, elles ont la couleur des parties sous-jacentes ; ainsi, celles qui sont placées sur la sclérotique paraissent blanches; leur couleur est noire lorsqu'elles sont situées sur le centre de la cornée ; elle varie avec celle de l'iris lorsqu'elles correspondent à cette membrane.
Elles sont (piebiucfois aussi petites (pTun grain de millet : leur volume n'excède; presque jamais celui d'un pois. Ces tumeurs ne sauraient être confondues avec aucune autre. Elles sont communément sans danger, et n'ont giière d'autre in(M)iivénient (pie de géucr les mouvemens des paupières. Celles cpii sont placées sur le centre de la cornée nuisent plus ou moins à la vision en changeant la réfraction de In lumière qui traverse celle membrane. Les phlyclènes cèdent quebpiefois à l'emploi de certains topiinies resolulif-^ , tels cpie la dissolution de mêlasse, etc.; mais le moyen le plus simple et le plus prompt est d'ouvrir ces tumeurs avec la jxtinte d'inie lancette, et de les toucher avec le nitrate d'argent. De cette manière , on donne issue à la sérosité qu'elles contiennent, et on facilite ou l'adhésion ou Texfoliation de leurs parois. On a conseille de faire ensuite des injections sur l'ieil avec l'eau distillée de fenouil ou dr ( lielidoine , pour prévenir le retour des vésicules incisées ou la formation do nouvelles phlyclènes.
Les pustules ne sont que de petits abcès de volume |)areil, et aussi variable que celui des plilyctènes. Elles s'accompagnent toujours d'une phlogose plus ou moins prononcée de la conjonctive. Leur siège le plus ordinaire est à la circonférence de la cornée , entre la cornée et la sclérotique , et quelquefois aussi sur la surface même du disque cornéal. Ou a prétendu qu'elles étaient propres à la conjonctivite scrofuleuse. Cela est inexact. Il est vrai qu'elles se voient |)lus souvent chez les enfans , mais leur présence se rattache, selon nous, à d'autres conditions (ju'à l'influence d'un état scrofuleux. Ordinairement elles coexistent avec une photophobie intense , et peuvent se former durant le travail d'une conjonctivite aiguë quelconque. Quebiues auteurs les ont décrites comme une complication des conjonctivites, et elles ont servi de titre à la maladie de la muqueuse (conjonctivite pustuleuse). M. Middlemorc n'a pas adopté , à cet égard , l'idée des ophthalmologues allemands qui regardent les pustules en (luestion connue un symptôme de scrofule ; il dit en avoir observe chez des sujets non scrofuleux, et plus souvent chez des femmes que chez des hommes. {Oiiv. c, p. 221.) Le plus souvent, il n'y en a qu'une; dans quelques cas , cependant, il en existe deux, trois et même davantage sur un môme œil. On sait (railleurs que les pustules de la variole coniluente peuvent naître en grand nombre .^ur toute l'étendue de la conjonctive. A clia(pie pustule n-pond ordinairement un faisceau de vaisseaux injectes de la conjonctive, et la pustule elle-même ressemh\o à une petite perle.
Si on les ouvre avec un instrument tranchant, elles ne se vident point , leur contenu étant très collant. Aussi Scai pa a-t-il conseille de se contenter de les cautériser avec un crayon de pierre infernale , soit après (ju'elles se sont ouvertes spontanément, soit avant, et de traiter la phlogose par les moyens ordinaires. Lorsqu'elle.*? sont abandonnées à elles-mêmes et qu'elles existent sur la cornée , elles donnent qiiel(|uefois lieu à une ulcération qu'il faut traiter en consé(juence. Demours pensait (jue les pustules devaient être ouvertes de bonne hei]reavec la pointe dune lancette, de crainte de voir la matière «'infiltrer en-
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ire les lames de la cornée. Cette crainte est tout-à-fait exagérée, rinfiltratiou en question ne pouvant se vérifier que dans les suppurations inter-lainellaires de la cornée , lesquelles différent considérablement des pustiiles. La pratique de Scarpa est généralement suivie de nos jours.
« La conjonctivite papiileuse ne cède pas toujours à l'emploi des collyres ordinaires, dit M. Yelpeau. La solution de nitrate d'argent est souvent elle-même insuffisante. 11 vaMt mieux avoir recours à la cautérisation avec le nitrate d'argent. On pratique cette cautérisation en touchant légèrement la papule avec la pointe du crayon, puis, avant de laisser les paupières se rapprocher et se fermer, on a soin d'instiller entre elles de Teau fraîche , pour que le caustique ne se porte pas sur les parties saines de la conjonctive oculaire. Sous Tinfluence de cette cautérisation , la phlegmasie commence d'abord par s'aggraver; mais au bout de deux ou trois jours , l'amélioration se manifeste et va toujours en croissant, de telle sorte que souvent , sans qu'on soit obligé de répéter la cautérisation, et sans qu'on fasse rien autre chose , la maladie cesse et disparaît complètement au bout de cinq ou six jours. Il y a des cas, cependant , où cette conjonctivite est très rebelle, et ne cède qu'après un certain nombre de cautérisations.» {Clinique, p. 115.)
§ II. Chémosis séreux et emphysème DE LA CONJONCTIVE. Comme tous les autres tissus de Véconomie , la conjonctive est sujette à l'œdème, c'est-à-dire à une infiltration de matière séreuse dans les mailles de son tissu, et en particulier dans son tissu cellulaire sous-jacent. C'est , en d'autres termes , une sorte d'anasarque de l'œil. On conçoit sans peine une série de degrés depuis l'infiltration la plus légère jusqu'à l'épanchement assez considérable entre la selérotitiue et la conjonctive pour soulever celle-ci, la distendre et lui former une sorte de tumeur d'abord circulaire autour de la cornée , ensuite sur tout le devant de l'œil, comme une véritable vessie hydatique.
«L'œdème conjonctival se déclare quelquefois subitement. Un horloger , dont parle Demours, eut, dans l'espace de deux heures, un chémosis séreux tellement con-
sidérable qu'il a fallu l'enlever U coups de ciseaux pour mettre l'hoitmie en état de continuer àtravailler. Mais le plus ordinairement il n'a lieu que lentement : la conjonctive sclérotidale n'est d'abord que simplement relâchée , mollasse et comme macérée ; elle fait des plis dans les mouvemens latéraux de l'œil , et le malade ne se plaint en aucune manière. Elle se boursou- 11e ensuite, se relève de la sclérotiijue et forme un bourrelet autour de la cornée : ce bourrelet est toujours plus prononcé inférieurement , le liquide s'y portant par sa gravité; il peut devenir tellement prononcé qu'il cache complètement la cornée et sort même de l'enceinte des paupières , ainsi que je l'ai vu une fois chez un enfant à la mamelle dont j'ai rapporté l'histoire (p. 147). Gendron nous a conservé les détails d'un fait analogue : il s'agit d'un enfant dont la conjonctive oculaire était tellement hydro[)ique qu'elle sortait des paupières comme une tumeur de la forme et du volume d'un œuf. Le liquide qui le constitue est tantôt blanc , ou jaunâtre et transparent, tantôt semi-gélatineux.
«S'il n'y a pas dephlogose,lemaladene se plaint de rien tant que l'œdème est peu prononcé ; mais aussitôt qu'il acquiert du volume , le chémosis agit mécaniquement sur l'œil , il provoque le déversement des larmes sur la joue ; le frottement palpèbral et l'action de l'air déterminent une ophthalmie , des ulcérations , et quelquefois aussi la mortification de la muqueuse , au dire des auteurs. Il est rare cependant que l'irritation soit portée à ce point. Il va sans dire, enfin, que, comme toutes les tumeurs œdémateuses , celle dont il s'agit est compressible , et conserve pendant quelque temps l'impression du doigt. »
( Kognetta , loc. cit.).
«( J'ai eu , il y a sept ans, dit M. Riberi, l'occasion de voir un cas d'hydropisie du tissu cellulaire qui existe entre la conjonctive et la sclérotique , et un autre dernièrement chez un enfant âgé de douze ans , que j'ai traité à la clinique. Dans l'un comme dans l'autre cas , on voyait une tumeur vésiculaire , transparente, élastique, fluctuante, couverte de vaisseaux variqueux et serpentins, accompagnée d'épiphora et d'un peu de blépharospasme. Cette tumeur était placée au côté externe de la cornée ,
C0^70NCTIVE.
et sortait de la commissure externe des paupit-res; sa base se prolongeait jusqu'à 1 endroit où la conjonctive passe de Tœil sur les paupières ; les paupières ne pouvaient pa«; se fermer, et elles étaient bombées vers l'angle externe. La cause , dans les deux cas , avait été traumatique, le mal s'étant prononcé à la suite de la conjonctivite qu'a occasionnée la blessure ; les sujets étaient scrofuleux. Je les ai guéris par l'excision de la plus grande partie de la conjonctive qui fotmail la portion extérieure delà pocbe.»(7'n///a/o de /?/e/*aro/'talmo lerapia o/^cra^, p. î»o. Turin, i83<î.) On ne confondra pas , du reste , le cbémosis œdémateux, suite d'inflammation de la conjonctive, ou racco!nj>agnant, avec celui que l'on remarque cliez les individus dont la conjonctive est œdematiée , en même temps qu'ils ont une inliKration générale , connue cela se voit dans les maladies du cœur, l'ascite, etc. Ici le chemosis est cbronique , et ce n'est pas celui dont il sagit.
Si le cbémosis séreux s'offre conjointement ci un certain degré de plilogose , il faut traiter celle-ci par les moyens ordinaires , qui agiront eu même temps sur la tiuneur. Si celle-ci persiste , on la scarifiera avec la pointe d'une lancette , et l'on continuera les mêmes collyres.
L'emphysème de la conjonctive résulte d'une infiltration d'air dans le tissu sousconjonctivai. Cet état se déclare soit à la suite d'un emphysème général , soit à l'occasion de certaines fractures des os du nez ou du sinus frontal. L'air s'infiltre alors dans le tissu sous-conjonctival en s'extravasant dnus la cavité nasale, ou du sinus frontal dans les lissus 'adjacens. La conjonctive peutéire ainsi boursoufllee comme elle le serait par une infiltration de sérum. ( )rdinairement cependant l'emphysème en question se déclare plus volontiers dans les paupières (pie dans la portion de la muqueuse qui couvre le globe de \\v\\. (le sujet sera étudie ailleurs avec plus de détails, (r. OElL , PAuriKHES , OnciTE.) $ IIL Ky.stk de i.\ roNjf)\(.Tivi: hul- BiKNNF. '< Le lissu cellulaire sou.scoujoiictival donne quelquefois naissance à des tumeurs enky^trrs, dont les unes sont sim- |>les et les autres animées ou hydaliques. On chercherait en vain dans Us livres an-
ciens la description de ces tumeurs; elles n'ont été signalées que vers la fin du dernier siècle, {f^. Ileister, inst. chir. , lab. 13.) Il importe de ne pas les confondre avec les kystes des paupières, ni de la caroncule lacrymale , bien que leur nature puisse être identique.
» A. Simples. Les kystes simples qui naissent sous la conjonctive sclérotidale sont analogues à ceux des autres régions du corps , et en particulier des paupières , c'est-à-dire séreux, mélicériques, athéromateux ou stéatomateux; ces derniers contiennent quelquefois des poils comme ceux qu'on rencontre aux sourcils et dans d'autres régions. Leur volume varie depuis celui d'un petit pois jusqu'à celui d'une noisette ou un peu plus.
» J'ai eu deux fois occasion d'observer des tumeurs de cette nature. L'une, c'est chez une vieille femme couchée à la clinique de Dupuytren pour être traitée d'une fracture au col du fémur; elle présentait à rhémisphère inférieur de l'œil droit une petite tumeur blanchâtre , du volume et de la figure d'un petit haricot , un peu dure et mobile au toucher. Otte tumeur existait des la naissance , l'œil était amaurolique. A l'examen , Dupuytren l'a caractérisée poiu' un kyste sous-conjonctival ; il était facile d'ailleiu's de s'en convaincre par la seule inspection. L'autre, je l'ai rencontrée, il y a quelques semaines, chez une jeune femme (jui m'a été adressée par IM. îSégalas ; elle existe dès la naissance et occupe l'hémisphère ex terne de l'ci'il droit; elle resuite de deux tumeurs, l'une ayant le volume d'un gros pois, l'autre d'une grosse noisette; ces deux tumeurs se touchent ensemble , ont évidemment pour siège le tissu cellulaire sous-conjonctival et empiètent sur la moitié externe de la cornée ; la pu[Mlle en est couverte pour un bon tiers. La commissure externe des paupières est bosselée par la présence de ces végétations ; I'umI est en bon état, si ce n'est qu'il est ambliopi(|ue. La malade n'en .soulfre autrement (|uc par la dilF(U'miti' qu'elles produisent. Je lui ai proposé l'ablation.
» Travers a publie un exemple analogue. {Sj/nnp. , of discasdi oflhr cyc , p. '102.) Il s'agit d'une vieille femme d(uit l'hémikphwrc inférieur de l'œil était couvert
CONJONCTIVE
d'une loupe assez volumineuse pour envahir la cornée; il en a fait l'ablation. Cet auteur dit avoir vu des tumeurs adipeuses, cartilagineuses et môme osseuses àThcmisphère antérieur de l'œil ; mais il n'en rapporte aucun exemple. Middlemore dit aussi en avoir rencontré plusieurs fois qui contenaient des poils dans leur intérieur, mais il n'en donne pas de détails.
» B. Hydatiques. Plusieurs auteurs ont parlé de tumeurs hydatiques de la conjonctive globulaire. Je n'en ai jamais vu pour mon compte; elles sont extrêmement rares. « Deux fois, dit Middlemore, j'ai rencontré dans ma pratique des kystes de la conjonctive; je les ai incisés avec la lancette , il s'en est échappé une hydatide, elles malades ont guéri. » M. Riberi dit aussi avoir vu deux fois des kystes hydatiques sous la conjonctive de Tangle interne de l'œil , et il cite nn fait pareil de M. Quadri. [Ouv. c. , p. 62).
M Les kystes hydatiques contiennent quelquefois des corps manifestement animés.
Turner et plusieurs autres en citent des exemples. Je reviendrai sur ce sujet à l'occasion des corps animés qu'on rencontre dans les chambres de l'œil. Disons, en attendant , qu'il est le plus souvent fort difficile , pour ne pas dire impossible , de reconnaître leur contenu avant r(i{)ération. On comprend bien que je ne dois pas entrer ici dans des considérations de pathologie générale , relative à ces deux variétés de kystes ; elles ne diffèrent en aucune manière des loupes des autres régions du corps. Tout ce que je dois faire remarquer , c'est :
» lo Que ces tumeurs ne produisent d'autres symptômes sur l'œil que ceux qui se rattachent à leur présence mécanique. Elles irritent l'organe oculaire, produisent de la difformité, obstruent quelquefois la pupille et déterminent ainsi la cécité. La rétine est en général plus ou moins atîaiblie, si elle n'est pas tout-à-fait paralysée, ce qui tient soit à l'irritation causée par la tumeur , soit à l'inaction prolongée de l'organe rétinien.
» Q'» Que leur guérison ne peut avoir lieu sans l'opération. On se comporte différemment, suivant que la muqueuse sous laquelle ils se sont développés est intacte ou bien résorbée. Dans le premier cas on
commence par diviser et disséquer délicatement cette membrane, si la chose est possible. Souvent il arrive alors qiie la tumeur se vide et que le mal guérit sans autre moyen , ou bien qu'il se reproduit, et, dans ce cas, il faut recommencer.
Après cette séparation de la conjonctive , on saisit la tumeur à l'aide d'une petite pince-érigne ou d'un petit crochet, et on la dissèque délicatement sans endommager la coque oculaire. On peut pour cela se servir , si l'on veut , du petit bistouri que j'M indiiiué à Tarlicle Ptérygion, et qui met à l'abri d'intéresser la sclérotique ou la cornée. Dans le second cas, c'est-à-dire lorsque la conjonctive qui couvre la tumeur est fort mince ou a été résorbée, on commence la dissection par la base de la manière que nous venons de dire. Les pansemens seront réglés comme après l'ablation du ptérygion. ») (Rognetta.)
§ IV.TUMEURS ÉRECTILESETMÉLANI-
QUES DE LA CONJONCTIVE. Indépendamment du fongus de la conjonctive dont nous parlerons tout à l'heure , il se forme quelquefois sur cette membrane des nœvi materni qu'on observe si souvent à la figure et dans d'autres régions du corps. A la conjonctive cependant ils sont excessivement rares , liicn que l'analogie tirée des mêmes tumeurs qu'on rencontre fréquemment sous la muqueuse de la bouche et du rectum porte à les faire croire plus fréquentes. Wardrop en cite deux exemples chez Phomme , et un troisième observé sur un œil de vache. Dans le premier , il s'agit d'une petite fille qui , en venant au monde , portait sur la conjonctive bulbienne un petit nœvus maternus , très coloré et couvert de poils au nombre de douze , ainsi qu'on en voit dans d'autres régions du corps. Ces poils étaient assez longs pour déborder de l'enceinte palpébrale. La tumeur a pris du développement avec l'âge de l'enfant ; l'auteur l'a fait dessiner dans son ouvrage. Le second fait, il l'a observé en compagnie du docteur ]\ïonro sur une femme de cinquante ans ; le mal existait aussi depuis la naissance , et offrait le volume d'une fève. Le cas enfin qu'il a observé sur l'œil d'une vache n'est pas moins rt-marquable ; la tumeur présente également de longs poils à la surface, et ollVe tous les caractères dos
Ûl CO.NJONCTIVK.
nœvi malerni ordinaires. Wardrop cite | Otie tumeur peut naître priiuitivement d'autres cas pareils appartenant à Andrews , CraiTipton et Gazelles. IMiddle
more en rap[)orte aussi un exemple qu'il a observe sur la cornée d'une jeune personne âgée de douze ans. Les eiïets que ces sortes de tumeiu-s produisent sur Tœil peuvent «^tre facilement prévus , d'après les considérations que nous venons d'émettre. Leur traitement est basé sur l'ablation de la tumeur; on l'exécute comme celle des kystes delà même région. IN'ous ne devons pas quitter ce sujet sans faire remarquer «juc comme celui des autres régions du corps , le tissu érectile de la conjonctive peut subir une sorte de dégénérescence fongueuse et s'étendre plus ou moins. Le seul exemple de ce cas que nous connaissions , est relui que Fellelan a consigné dans sa Clini(|ue chirurgicale (t.[f,p. 75). L'auteur le caractérisa lui-même pour une tumeur érectile. Le mal avait non-seulenu'ut envahi toute la conjonctive, mais encore les membranes intérieures de l'œil. 11 fallut i)rali(picr l'extirpation de cet orfzane, cl plus tard le ft)ngus se re|)roduisit ildiK l'orbite. Le nialade se suicida.
Le tissu nielani(pie a été observé sous deux formes à la conjonctive ; à l'etal d'in- Liltraliou et à l'état enkysté. Wardroj) a publié un exemple du |)remiercas dans la Lancette anglaise (t. \i , p. 87). II s'agit d'un homme de quarante ans atteint depuis six ans d'inie alïeclion sta[)hylomateuse de la cornée, survenue à la stiite d'inie ()f»'>thalniie purulente. La conjonctive du côté nasal de la sclérotique était convertie «Ml une masse de couleur noire , aussi noire que l'encre de Chine. Cette masse ïi^'lait pas plus large que l'ongle du petit doigt; sa forme ctait irréguiiére, anguleuse et plaie. Lllc était mobile sur la scleroliriue et existait depuis un an. Elle s'était déclarée par une petite tache noire; un chiruigien l'avait enlevée , mai*; le mal s'est reprodi.il et dejuiis lors n'a fait qu'augmenter L'auteur a considéré ce fait comme ini exemple de mclauose de la conjonctive, à l état d'inliliration , et dil avoir déjà vu d'atitres exemples pareil«<.
A l'elat enkysté ou non enkys'e a la stirface de l'u'il la tumeur melainque peut avoir un volume variable depuis la télc d'une «piuijle jusqu'à c«lui U'r.nç cerise.
dans la conjonctive, ou bien émaner de l'iris ou d'une autre partie intérieure, percer la cornée et se porter au dehors. 13ans un des cas rapportés dans la thèse de ^L Rœderer , la tumeur mélanique avait pris naissance au-dessous de la caroncule, s'est convertie en champignon volumineux, et a occasionné des hémorrhagies fréquentes. Dans un autre , du même auteur, la mélanose a débuté au grand angle de l'œil sous forme d'une tache noire , de voliune croissant comme les tumeurs erectiles. Dans un troisième, enfui, le mal provenait de l'intérieur de la chambre antérieure , a percé la cornée et s'est arrête sous la conjonctive, sans faire plus de progrès.
Une circonstance essentielle ne doit point être oubliée à propos de cette maladie , c'est que, (pielle que soit sa forme, le tissu mélani(pie , (pii par lui même n'est pas susceptible de dégénérescence maligne , se trouve souvent combiné à de la matière encépbaloïde , (jui linittôt ou tard par donner une inquilsion fâcheuse à la maladie. (Test le mélange de ce principe qui rend la substance mélanique de couleur variable. Lors(ju'elle est à l'état siinj)le , la mélanose a une couleur constante d'encre de Chine. Cela ne veut point dire cei^endant que la mélanose ne puisse pas se reproduire après son extirpation. Si les vaisseaux sécréteurs de la matière noire restent en place aj^rès l'ablation du premier produit, il peut y en avoir un second. La symptomatologie spéciale et le Irailoment de la mélanose de la conjonctive rentrent lout-a-fait dans les données fournies par l'étude du ])térygion et des kystes dont nous venons de parler.
fc? V. l'o.NCLs i)Ki.\ cuNJONCTivK. A part les granulations dont nous avons parlé y la coujonclive , surtout la conjonctive globulaire, est siijelle a des végétations Iongueuses, de nalure quelquef(»is maligne.
Il esi une espèce de fongus bénin qui émane de la conjonctive scicrolidale, près de la circonférence de la cornée , et qui peut atteindre un gros volume. La même vegrtation selèvc parfois aussi de l'endroit ou la muqueuse se nllechit des paupières sur l'iL'il, et il n'esl pas rare d'en voir surgir (Je la surface d'un ulcère de la cor-
CONJONCTIVE
née; dans ce dernier cas , la tumeur n'atleiiit, jamais un grand volume.
Le fongus malin ou carcinomateux peut naître des mêmes points que Tespèce précédente , mais il se montre plus souvent à la surfaee de la cornée. Il ne faut pas oublier cependant qu'un fongus bénin dans Torigine peut à la longue devenir carcinomateux, non par métamorphose maligne de son tissu, ainsi qu'on le croyait autrefois , mais par la sécrétion d'un tissu nouveau entre ses mailles , c'est-à-dire d'une matière squirrheuse ou encéphaloïde. Le ptérygion , dit malin ou cancéreux des auteurs, n'est autre chose qu'une sorte de végétation de l'espèce de celles dont nous parlons.
Considérées sous le point de vue de l'a- «atomie pathologique , les deux espèces de fongus ne présentent rien qui ne soit Commun aux tumeurs pareilles des autres régions du corps. Elles offrent partout k forme de chou-fleur, à hase tantôt large , tanlôt étroite et allongée , à surface fendillée, granuleuse et saignant très facilement. Ici, comme ailleurs , ces végétations ne sont pas couvertes de la membrane muqueuse , ce qui ne veut point dire qu'elles naissent toujours de la surface de cette membrane, ainsi que Middlemore le suppose ; elles peuvent provenir des tissus sous-jacens et la conjonctive en être détruite par résorption. Il y a des fongus qui dans l'origine ne sont autre chose que de petites tumeurs squirrheuses du tissu cellulaire sous-conjonctival; ces tumeurs s'ulcèrent et prennent la forme du cancer (Riberi) , puis elles deviennent carcinomateuses.
Les fongus qui naissent à la surface de l'œil ont ordinairement la forme de champignons aplatis, s'ils atteignent un grand volume. Cela est dû probablement à l'action compressive des paupières. Ceux de la face interne des paupières ont au contraire une figure allongée comme certains poireaux. Tant que leur masse ne dépasse pas l'enceinte palpébrale , elle est modifiée par l'action fouettante des paupières ; audelà de cette limite, la tumeur s'épanouit, s'allonge , renverse les paupières et descend quelquefois jusque sur la joue ou sur le nez. (Boyer, Mackensie.)
Lasymptoraalologie oculaire dépendant
de la présence d'un fongus est facile à saisir. D'abord , irritai ion mécani(iue et ophthalmie consécutive , ensuite altération do la vue, et même cécité par la même cause et par extension de la masse fongueuse sur la cornée; enfin destruction de l'œil par l'action compressive de la tumeur sur la cornée ; cette compression détermine la résorption et la perforation de celte membrane.
Le diagnostic difTérenticl des deux espèces de fongus n'est i)as toujours aisé, il y a des cas bien tranchés ; d'autres où l'on ne peut se prononcer qu'avec réserve.
Traitement. Que le fongus soit bénin ou carcinomateux , sa guérison ne peut s'obtenir qu'à l'aide de l'opération. On ne peut s'écarter de cette règle (|ue dans les seuls cas où la végétation est fort petite , comme les granulations par exemple. Les cautérisations répétées ne peuvent suffire que dans quelques cas exceptionnels seulement. L'ablation doit se borner à la simple tumeur, si l'œil s'offre encore dans son intégrité. Les seuls ciseaux courbes sur le plat peuvent suffire pour cela. Quelquefois on a besoin de pinces ou d'érignes pour faire bien agirrinsirument tranchant. Il est des cas où le bistouri est préférable aux ciseaux pour ébarber la tumeur. On pourrait au besoin faire usage de la ligature ou de la cautérisation répéléG,si le malade avait une aversion invincible pour l'instrument tranchant; mais ces procédés ne sont jamais aussi avantageux que l'excision ; d'ailleurs si le mal est évidemment cancéreux, Pexcision est seule applicable. Après l'a^ blation il est bon de cautériser la base de la tumeur avec la pierre infernale ou le sulfate de cuivre. Ce moyen doit être répété si les bourgeons qui surgiront de la plaie n'ont pas des apparences normales. Lorsque le fongus est volumineux , de nature maligne , et la cornée désorganisée , il peut y avoir indication à amputer la moitié antérieure de l'œil ou à extirper cet organe en totalité. On ne peut jamais dans cette occurrence répondre que le mal ne repullulera pas par la suite.
« J'ai deux fois , dit M. Riberi, rencontré des végétations cellulo-vasculaires ou fongus charnus et durs de la conjonctive, d'un volume tellement considérable qu'elles s'avançaient entre les paupières et le bulbe
2« CONSTIPATION
S0U5 forme orbioulaire , éj:alaient la circonférence (le l'orbile et ressemblaient de prime aboril anx fongus du centre de l'œil. i)ans l'un et l'autre cas, Texcroi^sance était de couleur livide, irrégulière, lobulée à la surface, àbase plus étroite que le sommet et donnant de temps en temps dusanj? très noir. Ayant fait renverser les pau[)ières, j'ai saisi la végétation avec une érigne , et je l'ai , dans les deux cas, exactement disséquée et ebarbce. La sclérotique, d'où le mal provenait, était saine. La réaclion a été vive, mais la cicatrice s'est opérée. Pourtant l'oplitlialmie a résisté à tous les moyens ; elle est devenue chronique et était toujours acconqiagnéede ])holoj)h()bie et de larmoiement. Finalement le fongus s*est reproduit sur d'autres points de la conjonctive de l'd'il et des paupières ; cliez
l'un a[)rès huit semaines , chez l'autre après six mois de l'opération. » (Rognelta.)
C0>'SI:P.VK. (F. ÉI.F.CTUAIRK.)
CONSUL' Dlv On donne ce nom à un ponrc (le plantes de la famille naturelle des borrat;in('es et de la ppulamiric nionopynie de Linné. Nous n'aAoïLs qu'une seule de ses espèces à faire connaître , c'est la ghamii: co>'soi'r)E ( s]/wj>ltiftj(in officinale, Linné), ])laiile vivare (]ui croit en assez grande abon- «lance dans les prairies liuinidcs et sur le bord des mares et des ruisseaux de l'Europe.
La racine de la }:randp consoudc est la partie qm' l'un emploie en médecine : elle est lonpue de "1 centimètres (1 pied) environ, grosse comme le doi^jl, succulente, facile à rompre, noirAtre an dehors, hlanrhe, pulpeuse et mucilapincuse en dedans, dun pnùt visqucu\, d'ime odeurpeu caractérisée. (Guibourt , Ilisl. abrcgcc îles droqurs , Z^ édil., t. I, p. 4.-.S.)
Les anciens chimiste^ avaient sirinnié dans sa composition de l'acide pallique en assez grande (pianlilé pour préiipiler en noir le sulfate de fer dissous. l'Ile contient une grande proportion fi'un mucilaire plti.inl et tenace, mais pas de ft-ciile. MM lîlondeaii et l'Iisson m ont retiré {Jnnrn. (t<- )thnrm., l. liu, p. (■)">% ) une .substance cristalline , sous forme de prismes h six pans, inrtdore, formant des groupes variés, (pii se volatilise complélemenl «lans un rrousel; elle ne rougit la teinture de tournesol qu'à l'aide de la chaleur, etc., ce qui la leur fait regarder comme un mainte acide d'althéinc qui la rapproche de la guimauve.
« Les efTets organiques (pie l'on observe après ladministralion de la grande consolide nlte*«tenl que celle racine recelé une |)roprieté émollienie. Tous les changemens qu'elle produit dans l'état ou dans l'action des organes
mettent en évidence une Influence relAcliantc ou adoucissante : dans tout ce qu'éprouve le sjstème animal , on reconnaît le pouvoir qu'exerce sur les tissus vivants le principe mucilaginout, .'■i abondant dans celte racine.» (Barbier. Traité clcm. de mat. mcd., \' édit., t. n, p. 4G3.)
" La grande consoudc, disent MM. INIérat et Delens {Dirt. ntiiv. de tnat. méd., t. yr, p. G18), |>araii avoir été employée par les anciens, qui lui accordaient des propriétés vulnéraires admirables; Paracelse prétend mèrne (jnelle guérit les fractures sans appareil. (Sprengei, Hisi. de ta mdd., t, iir, p. 32;).) Suivant Grosier {Descript. de la Chinef t. I, p. G14), on s'en sert dans ce pays, où elle porte le nom de ti-lioaiuj. Klle est regardée par la majoritédes .luteurs, comme astringente et propre à guérir les hémorrhagies de toute espèce, à ra|)proclu'r les parties, à effacer les traces de flétrissure, etc. (Murray, Appar. médic., t. 11, p. 1:20); mais cette propriété lui était accordée à cause de ses vertus vulnéraires et consolidantes ; on croyait qu'elle guérissait la blessure des vaisseaux ouverts. Aujourd'hui , on sait que ce n'est que par son mucilage que la grandeconsoude agit et qu'elle est de (jueUpie utilité, c'est-à-dire, (|u'elle est adoucissante, émolliente, relâchante, etc. Sous ce rapport, elle est utile dans les diarrhées, les dysenteries , les bicnnorrhagies , etc., non comme astringente, mais comme remédiant à l'irriLition des intestins, ce qui amené la solulion de la maladie ; elle produit le nu'^me effet que la guimauve , la graine de lin, le psyllium, etc., et elle a leurs propriétés. .
Biett pense, qu'eu égard à la nature des principes (|ui entrent dans sa composition, et (juelque minime (pie soit la proportion du tannin (pi'elle coniieiii, elle ne pi'ut cependant être prescrite avec une sorte davantage (pie dans les afTeciiims calarrhales chroni(pies accompagnées d'irritation , par exemple, vers la lin de la dysenterie , dans les diarrhées copieuses, la blcnnorrliee, etc. « INLiis, dit-il [Diri. des se. vud., t. vi. p. !2."»l), quel succès peut on espérer de l'usage de cette plante dan'< les hemorrliagies jiassives, toujours accompagnées d'une faiblesse générale qui réclame les secours les plus puissans? Son emploi dans les hémorihagies actives n'est pas |>liis rationnel. Le princi|)e astringent (ju'ellc renferme, bien «luen [leiile proportion, ne peut être (|ue nuisil)le dans ces derniers cas, ou les mo>ens adoucissans et relâichans sont parliculiercmenl indirpiés. »
On prescrit la grande consoude sous les formes de pulpe, do décoction et de siro|).
La eonsoude entre, en (juire, dans la composition de Ventt fii'nëralr, de Veau vulnéraire, du hume de Fiornvenii , de VrwpUUre opodeldotli. etc. (.'\lerat et Deleng, loc. cit.)
CO\Vril»ATIO\, mot tiré du latin
CONSTIPATION
eonstipatiOy dn verbe constipare, resserrer, boucher, cx|)riiïie l'état (runo personne qui ne peut aller à la garde- robe , ou qui n'y va que diflicilcment. Cet état peut être physiologique et ne pas constituer par conséquent une infirmité. Il est effectivement des individus qui n'ont des évacuarions alvines que tous les deux, trois, quatre, six, huit jours, et qui se portent pourtant parfaitement bien. Il en est d'autres qui sont incommodés s'ils ne vont pas toutes les vingt-quatre heures; c'est là un véritable état pathologique.
On peut considérer la constipation pathologique sous un double point do vue ; comme simple lésion fonctionnelle et comme symptôme d'une maladie organique du canal digestif.
§ I. Constipation par lésion fonctionnelle. Comme simple lésion fonctionnelle, la constipation se rattache le plus souvent à une sorte d'éréthisme des intestins, en particulier du colon descendant, qui est regardé comme le véritable organe défécateur. M. O'Beirne a, dans ces derniers temps , appelé l'attention sur quelques particularités de la fonction de la défécation , et dont la connaissance est d'un grand secours pour bien comprendre la source de certaines constipations. Yoici les conclusions du travail de M. O'Beirne.
« 1° Toute la portion du rectum comprise entre le sommet rectal et la terminaison du colon, portion dont la longueur varie de 6 là 8 pouces, est totalement contractée et vide dans les intervalles d'une selle complète à une autre , du moins jusqu'à quelques minutes avant la nouvelle garde-robe. 2° Durant cette période, longue ou courte , le cul-de-sac rectal seul contient des excrémens, mais ces matières sont en très petite quantité et sous forme de boulettes ; 5° le cul-de-sac rectal luimême est toujours dilaté ou ouvert; 4° c'est à l'action musculaire de la portion contractée du rectum, et non à celle des muscles sphincters de l'anus, que nous devons la faculté de retenir et d'expulser à volonté les excrémens ; o» c'est l'extrémité supérieure ou l'anneau de cette portion contractée , et non les sphincters , qui résiste à l'impulsion du diaphragme et des muscles abdominaux dans l'acte de la res-
pi ration. C'est clic qui supporte le poids et le volume des parties contenues dans la portion sigmoïde du colon ; c'est elle enfin qui s'oppose à leur descente et qui supporte l'irritation de la présence de ces matières. G'' Par suite de cette fonction , les quelques fibres musculaires qui composent cet anneau supérieur acquièrent un plus grand degré d'irritabilité et de force contractile que celles de la portion inférieure du rectum ; 7° cet anneau supérieur doit être franchi par l'action combinée du diaphragme et des muscles abdominaux cha- (jue fois que les matières de la portion sigmoïde du colon doivent passer dans le rectum ; 8° le rectum n'est jamais rempli jusqu'à quelques momens avant la garderobe , et aussitôt qu'il est suffisamment plein, il se contracte et expulse les matières par l'anus ; 9» c'est seulement dans le dernier acte de l'excrétion que les sphincters de l'anus peuvent , jusqu'à un certain point, retarder la défécation. 10" Aussitôt que cette fonction est accomplie, le rectum revient à son premier état de contraction oblitérative [imper Hous contraction). Les sphincters ferment l'anus; et, ainsi que le docteur Elliotson l'a très à propos fait remarquer, les muscles releveurs de l'anus relèvent Fintestin dans sa position naturelle.
» En explorant l'état du rectum chez un grand nombre d'individus en bonne santé à l'aide d'une sonde de gomme élastique que je passai jusque dans la portion sigmoïde du colon, j'ai constamment trouvé que le passage de l'instrument était plus ou moins difficile jusqu'à l'extrémité supérieure du rectum; arrivé à ce point, la difficulté , ou la résistance , augmentait très sensiblement. Ce point étant franchi, la sonde marche rapidement au-dessus comme à travers un anneau plus ou moins serré. Alors on voit immédiatement des gaz ou des fèces liquides, ou les uns et les autres à la fois , sortir par la canule. La portion de l'instrument qui a franchi cet obstacle peut être ensuite remuée très librement à travers l'anneau étroit. En retirant la canule, on ne la trouve salie de matière fécale que dans la portion qui avait dépassé cette limite. Chez quelques personnes bien portantes, j'ai aussi exploré le rectum avec mon doigt au mom«nt où elles sentaient
(Je lég/TCs envie5 (Vnllor à la ^'ar(î(^-robe ; je l'ai examiiu* i'n>uite imiiiédiateinent après la selle, et je me suis assuré que cet intestin était dans l'un et l'autre cas vide et contracté.
" On convient géni'ralement , d'après l'expérience, (|u'on peut retarder artificit llenient la marche des matières ferales dans le gros intestin, et en particulier dans le cœcum et le colon. Or, il est clair que cela n'aurait pu se faire s'il y avait une communication toujours béante entre la portion sigmoïde du colon et le rectum, Lv rectum, dans ce cas, serait nécessairement exposé à des accumulations fréquentes de matière , les fonctions de la vessie en seraient très souvent dérangées , et les sphincters de l'anus, irrités par les fèces, obligeraient l'homme à aller à chaque instant à la garde-robe. Lhonuiie serait «lonc alors privé de l'heureuse faculté dont il jouit de retenir les matières fécales , non seulement plusieius heures, mais encore pendant plu^ieiu's jours sans inconvénient. Dans l'acte de la réception d'iui lavement, tout le monde peut constater un certain degré de résistance que le liijuide éprouve en remontant dans le rectum. Il est connu d'ailleurs par les per>onnes (pii ont l'habitude de prendre souvent des lavement , que, quoique la seringue soit bien en ordre et bien chargée , (juoiipie la canide soit convena!)lenient introduite dans le rectum , il faut toujours une certaine force pour faire avancer le liijuide. A (pioi lient cette résistance si ce n'est à la clôture assez solide du rectum.' Le rectum est donc comme tous les organes musculaires creux , tels (pie la vessie urinaire , etc., qui restent à Telat decontiaetion jus- (pi'à ce qu'ils devieiuient distendus [)ar la matière (ju'ils doivent contenir. J'ai administré moi-même des lavemens à un grand nombre de personnes bien portantes de tout âge, et j'ai eu l'occasion de m'assurer des circonstances suivantes. C^hez les per- .M)nnes robustes, le recHnn se contracte très vigoureusement; de là la constipation habituelle en bonne sanle ; l'ascen-^ion du lavement olfre chez ces sujets beauco»)p plus de dillirultes que chez les autres. Chez les personnes très faibles , au contraire , le lavement marche avec une très grande facilita par la raison opposée. Siu'
CONSTIPATION
les personnes de constitution intermédiaire à ces deux extrêmes, on rencontre une foule de variétés faciles à expliquer. » (The f.ondon incdical and sta-gical journal, août 4S5(>.)
« La constipation, dit M. Tanchou , est un état relatif qui résulte d'une surexcitation des intestins ou d'une diminution dans leur aptitude à se contracter : dans le premier cas , elle se décèle toujours par (piehpies symptômes inflammatoires , notamment par la sécheresse et la rougeur de la lèvre inférieure; dans le second cas, elle dépend presfjue toujours de lusage d'alimens trop peu alibiles ou pris en trop petite (juantité; en un mot , d'un défaut de rai)port entre les alimens et les besoins de l'individu , ou du moins avec la manière d'être de l'estomac; elle dépend encore des habitudes sédentaires, des convenances sociales. Quoi qu'il en soit, la constipation est plus fréquente chez les femmes ([ue chez les hommes; dans la vieillesse (\up dans la jeunesse et dans l'âge mur ; elle résulte surtout de l'accumulation des fèces au bas de Tinlestin par suite de Thabitude et de la volonté; peu à peu il se forme au dessus des sphincters une poche quehpiefois très vaste, (|ui se dilate et s'amincit au point de i>erdre sa conlractililé ; linlestin rectum , dans ce cas, ressemble à la vessie , (pii perd de sa eoulraelilité en proportion (pi'elle acipiiert de l'anq)leur; à la longue , il survient une rétention d'urine : alors l'art est obligé d'intervenir. Il en est de même pour rinlcstin. La constipation est encore fréquente parmi les personnes qui font abus des laveniens. Ces injections presque toujours tiedes de liipiides emolliens alFaiblissent graduellement la contraclilite des gros intestins, au point d(; la leur faire pres(juc perdre, et donnent lieu précisément à l'inconvénient (pj'elles sont destinées à prévenir. Madame p. , tenant autrefois l'hôtel des Colonies, rue de l'iehelidj , était ordinairement constipée; elle jirenait habituellement des lavemens au nombre de (juatre ou cinq sans en obtenir d'enel. lu jour elle partit pour Saint-Pétersbourg; elle y resta plus d'iui mois, elle ])assa par Moscou, où elle séjourna plusieurs semaines; enfin elle rentra a l'aris, après deux mois et demi d'absence, sans avoir été à la garde-robe.
Malgré les lavemens qu'elle prenait, et peut-tMre même à cause de ce moyen , celte dame n'allait à la garde-robe ([ue toutes les cinii ou six semaines ; alors il se faisait dans son corps une sorte d'insurrection inleslinalequi produisait une débâcle , à la suite de lacpu'lle madame P. était obligée de garder le lit. J'ai encore connu une autre dame qui prenait quotidiennement trois ou quatre lavemens , presque toujours sans en obtenir d'elFet : de temps en temps , pour vaincre la constipation , elle était forcée d'en prendre jusqu'à six et plus de suite , qu'elle retenait en partie , afin de distendre l'intestin outre mesure, et de l'engager à se contracter. » (Traité des rétrécissemens du canal de l'urètre et de Vintestin rectum^ p. 171.)
« Il peut se former dans l'intestin rectum, ditBoyer, un amas de matières fécales qui , par leur séjour, s'endurcissent et acquièrent souvent une ténacité qui peut être comparée à celle de la terre glaise. Cet amas de matières fécales dans le rectum est beaucoup plus fréquent dans la formation des pierres stercorales, dont on n'a qu'un petit nombre d'exemples. Il a lieu particulièrement cbezles femmes avancées en âge , surtout lorsqu'elles restent long-temps couchées, soit en maladie, soit en bonne santé. Cet amas peut devenir assez considérable pour former une boule , qui rend l'excrétion des matières nouvellement formées extrêmement difficile. Le ventre se tend, le malade a de fréquens besoins d'aller à la garde-robe : il n'y satisfait que d'une manière imparfaite ; il éprouve dans le ventre un sentiaient de pesanteur qui s'accroît chaque jour. » [Malad.chir., t. x, p. 45.) Il est probable que cette collection de matière est dans le principe plutôt l'effet que la cause de la constipation.
« J'ai observé, dit Morgagni, il est vrai, sur beaucoup de sujets le serrement du ventre , affection opposée à celle sur laquelle je vous ai écrit dernièrement, tantôt sans une altération manifeste de la santé , quoique quelques-uns fussent accoutumés à ne rien évacuer pendant des semaines , et même comme le célèbre Zeviani l'a note [Del flato , etc. , 1. n, c. ii) pendant un mois, et tantôt (ceci plus fréquemment) avec une lésion évidente qui
COrVSTIPATlON. »
était suivie de la mort nn^me. Cependant j'ai à peine à vous décrire ici une seule observation de celte maladie jointe à la dissection ; car relativement aux autres histoires qui ap[)artenaient en outre aux vomissemens, au volvulus et à d'autres affections de cette nature , je n'ai pas jugé à pro[)osde les en séparer... Saxonia a vu un ouvrier qui , après une longue suppression des évacuations alvines et de grandes douleurs du ventre , rendit eu partie par l'usage des lavemens irritans, et en partie par d'autres remèdes , plusieurs petits cailloux de la grosseur d'une noisette , d'une couleur jaune , et d'une telle dureté qu'ils purent à peine être brisés. Dans cette observation le serrement du ventre est rapporté à la présence des calculs biliaires. Un mania(iue se gorgeait de tout ce qu'il rencontrait; son ventre extrêmement gonflé n'éprouvait aucune évacuation pendant quinze ou seize semaines.» [Epi t. XXXII, n°5 1 et 2.)
Morgagni examine dans la suite de cette épître les effets de la constipation. «. Le serrement du ventre est , dit-il , suivi de deux maladies , fort souvent de l'une , c'est-à-dire des hémorrhoïdes , et pas très rarement de l'autre, c'est-à-dîre de la chute de Tanus. Boerhaave explique ainsi dans ce cas la formation des hémorrhoïdes : dans les efforts nécessaires pour évacuer , les intestins sont comprimés , le sang artériel est excité, le sang veineux est retardé et reste même en stagnation dans les vaisseaux de l'intestin rectum , se putréfie et produit ainsi une disposition aux hémorrhoïdes. Je n'ignore pas que le sang reste aussi en stagnation pour d'autres causes dans les veines du même intestin. En effet, coînme parmi ces veines les intérieures appartiennent finalement au tronc de la veine porte , s'il arrive par hasard qu'elles soient serrées ou comprimées trop longtemps, soit dans leur trajet, soit à leur terminaison, c'est-à-dire dans ce tronc ^ par des convulsions, par la distension, par l'obstruction des parties environnantes^ il est aisé de comprendre que le sang s'arrêtera facilement dans ces veines, etc.»
(Ibid. , n« 9.)
Au nombre des causes fréquentes de la constipation fonctionnelle , Morgagni compte l'usage habituel de certaines sub-^
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stances qiii , resserrant les petits orifices des glandes (]ui lubrelient les intestins, et ce qu'ils renferment, n'en laisse pas sortir assez d'iiiinieurs, comme les substances styptiques et acerbes ingérées trop fréquenmient et trop abondamment. Vient ensuite Tliabilude de manger et surtout de boire beaucoup moins que la nature ne pourrait le supporter. C'est ainsi que nous lisons dans la vie de Sarpi que comme il mangeait très peu dans sa jeunesse , et qu'il restait même plusieurs jours sans boire, il fut pris d'une constipation de longue durée, telle que non seulement il n'évacuait point ordinairement pendant trois jours , et quelquefois pendant sept , mais encore qu'il était obligé , pour avoir enfin des évacuations , de faire des elforts qui donnèrent lieu pendant plusieurs années, à beaucoup de douleurs produites par des bémorrboïdes et à la chute de l'anus. ») [Ibid.^ n» 11.)
Une autre cause de la constipation idiopathique réside dans une conformation vicieuse du colon. Quelques exemples de ce cas ont été dans ces derniers tem[)s observés en Angleterre; la constipation s'est terminée par la mort. A l'autopsie; on a dccouvert que le colon élait dévié de sa direction normale , offrait des renfleniens et des accumulations de matière qui avaient fini par obstruer complctement le canal. Il est probable, au dire de quelques j)raliciens anglais, que la constipation habituelle très prolongée tient le plus souvent à une disposition vicieuse du colon. « l'armi les causes qui (h'pendcnt d«^ Taltération des fonctions des intestins,nous rangerons les spasmes de ces organes (jui accompagnent soit la colique nerveuse, soit la colique saturnine , et (jui paraissent déterminer la consiipaliou eu perverlissant la sensibilité de cette portion du tube digestif. Les contractions spasmodirjues du cphincfer de l'anus , en s'opposant au relàclieuîent de ce muscle, lui donnent lieu. Les maladies aiguës ou chronirpies du foie qui, en suspendant ou en altérant les fonctions de cet organe , empêchent ou dinunuent l'écoulement de la bile; l'occlusion plus ou moins complète du canal choledorpie par engorgement nu par un calcid bili.iire , sont encore des causes de constipation ; les matières décolorée» cir-
culent dans un conduit qui n>st plus suffisamment excite ; c'est un symptôme qui accompagne toujours l'ictère. La diminution du fluide pancréatique, dans les maladies difliciles à reconnaître, de cette glande salivaire abdominale, et la diminution par cause inappréciable de la sécrétion des mucositc s intestinales, concourent encore à pioduire le même effet. C'est ainsi qu'agirait la négligence d'un stimulus habituel. La péritonite aiguë est aussi une maladie au début de laquelle on observe le plus souvent une constipation opiniâtre; la douleur, dans ce cas, semble paralyser les mouvemens nécessaires à l'excrétion des matières; un organe irrité est toujours forcé au repos.
3) La cause de la constipation peut encore venir des organes auxiliaires de la défécation. Ainsi l'action du diaphragme et des muscles abdominaux , si nécessaire à l'expulsion des fèces, venant à cesser par une cause quelconcpie, les matières retenues s'accumulent, se durcissent et séjournent dans leur réservoir; c'est ce qu'on observe (juehiuefois dans le rhumatisme aigu des muscles abdominaux. 3L lk)yer racontait dans saclini(iue (ju'une vieille femme avait été opérée i)ar un étudiant en médecine connue étant affectée d'une fissure à l'anus. Cette femme entra à l'hôpital de la Charité , M. Hoyer reconnut que la prétendue fissure n'était qu'une constipation ojjiniàlre dépendant de l'atonie des muscles abdominaux et du diai)hragme. On observe la constipation dans les abondantes évacuations par d'autres émonctoires , comme celles qui ont lieu dans les maladies chroni(pies de la peau, dans les dartres , dans la gale ancienne, de même (|ue dans l'augmentation de la sueur que des exercices violents i)euvent occasionner ou bien dans une sécrétion accidentelle (ju'une large plaie détermine. Les sécrétions se suppléent réciproquement; l'une ne peut devenir plus active sans que l'autre dimimie dans le même rapport. Les maladies de l'encMphale et de la moelle epiniere susceptibles de produire la paralysie du rectum, telles (pie les hemorrhagies cérébrales, etc., donnent lieu à la constipation, ainsi q«ic les accès d'hystérie , d'epilepsie, de mélancolie et de manie) danslcs(|ueU ello »« uiunifwvle. Un«
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femme tombe d*un (roisicmo étage ; elle se fracture la colonne verlcl)iale vers la cinquième ou sixième vertèbre dorsale : dès lors paralysie des membres inférieurs, de la vessie, du rectum, et constipation opiniàtre;plus tard paralysie du diapliragme et des muscles intercostaux, mort. On voit clairement que la constipation dont la malade fut atteinte pendant un mois qu'elle exista après l'accident , était une affection incurable et symptomalique d'une altération de la moelle épinière. Celle observation a été recueillie dans les salles de Dupuytren. Les alFeclions morales amènent aussi la constipation. Bordeu cite l'observation d'une dame qui , à la moindre émotion , éprouvait une constipation de plusieurs jours. Fonseca rapporte l'observation d'une dame qui , à la suite d'une peur , resta constipée pendant quatre mois. Les chagrins , la terreur et la colère sont au nombre des passions dont les effets peuvent occasionner la constipation en dérangeant les digestions. » (Colon de Corbigny, De la constipation , p. 20.)
Les faits dont on vient de lire les détails sont d'une grande exactitude , cependant nous ne pouvons adopter toutes les explications que l'auteur en a données. Dans l'état actuel des connaissances , les irritations intestinales jouent le rôle principal sous le point de vue de la constipation , et ces irritations portent leur effet surl'action sécrétoire de la muqueuse et de» cryptes , qu'elles diminuent ou suspendent. La constipation paraît donc se rattacher , dans ces cas , à un effet plutôt dynamique que mécanique.
§ II. Constipation mécanique. Les corps étrangers introduits dans le rectum, les rétrécissemens de cet intestin ou du colon , les tumeurs cancéreuses, les kystes dans le bassin , dans l'abdomen ; les déplacemens viscéraux (hernies), l'intussusception, etc., produisent souvent une constipation plus ou moins opiniâtre. Cette constipation sera étudiée à l'occasion des maladies qui la produisent.
Symptômes de la constipation. Les symptômes les plus ordinaires de la constipation prolongée sont : la difficulté d'aller à la selle, des borborygmes, des vents très fétides , la sensibilité , la tension et la dureté du ventre , les coliques , une pe-
santeur au fondement et dans les lombes , de la douleur même dans cette région, l'enduit grisâtre de la langue, des rapports nidoreux ou fétides , la diminution de l'appétit et un sentiment de plénitude aussitôt après l'ingestion des alimens, des bouffées de chaleur au visage, des éblouissemens, des douleurs de tête , des étourdissemens , de l'insomnie. Cependant , lorsque la constipation existe déjà depuis long-temps , qu'elle est très opiniâtre ou qu'elle dépend de la présence d'un corps étranger, la rétention d'urine, le vomissement , le hoquet , des douleurs atroces , un écoulement de matières purulentes par l'anus, l'entérite, la péritonite , la gangrène ou la rupture des intestins, sont les suites de cet état fâcheux et grave, auquel la mort vient mettre un terme. (Colon, loco cit., p. 29.)
Il y a plusieurs moyens pour arriver à la connaissance de la constipation. Le premier consiste à interroger le malade luimême, le second à s'informer de l'état des selles auprès des personnes qui l'entourent. Il reste encore à pratiquer , à l'aide de la main , l'exploration du ventre , qui conduit à reconnaître à travers ses parois l'accumulation des matières. La percussion médiate pourrait être ici de quelque utilité ; mais le dernier moyen , et qui est aussi le plus certain, consiste à introduire le doigt dans le rectum pour constater la présence des fèces contenues dans ce canal. (Colon.)
« La constipation la plus opiniâtre amène assez souvent des accidens graves dans l'âge avancé de la vie. M. Rostan , qui a eu de nombreuses occasions de l'observer à la Salpétrière , dit qu'elle détermine d'horribles entérites accompagnées de tout leur cortège : tuméfaction du ventre , soif vive, inappétence , nausées, vomissemens, congestions vers la tète ; pouls fort, fréquent ; respiration difficile , gangrène des intestins, mort. D'autres fois, ajoute le même auteur , j'ai vu les intestins distendus au dernier point, se déchirer, se rompre en travers , et les matières faire irruption dans le bas-ventre. Le plus souvent, toutefois , les observateurs ont constaté l'innocuité prolongée d'amas de matières stercorales durcies et comme plâtreuses dans le gros intestin. La mère du roi des
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Deiix-Siciles est morte, il y a quelques années , à la suite d'une constipation tellement opiniàlre (in'elle occasionna la ru[)ture du colon. L'autopsie cadavérique démontra cette ru[)ture et un épanchement iri's abondant de matières fécales excessivement dures. Quelques circonstances de diarrhée survenue au milieu de la constipation sont bien pro[ir('s à la faire méconnaître. Cette diarrhée résulte, comme Ta vu M. Rostan, de l'excitation produile sur la membrane nm({ueuse de lintestin par la présence même du produit stercoral.
L'exhalation muqueuse intestinale s'en trouve augmentée en assez grande quantité pour dissoudre les matières à leur périphérie , et les matières liquides, s'écoulant entre les parois de Tinteslin et le pourtour des fèces, occasionnent une sorte de défécation involontaire ; mais elle peut aussi avoir lieu d'une autre manière , et résulter encore d'une altération de la sécrétion des parties de l'intestin supérieures à celles (]ui sont le siège de l'engorgement. On voit alors les matières li(iuides s'échap[)er du fondement après s'être formé une sorte de canal à travers la matière endurcie (pii cause la constipation. IHusieurs faits analogues se sont présentés à Tiios- ])ice de lîicètre, à l'observation de 1\ullier, chez des individus (jui ont succondje à la dysenterie. M. Roux dit avoir été appelé à trente lieues de Paris pour visiter la femme d'un médecin , au sujet de la(iuelle plusieurs consultations avaient eu lieu.
Celte mal.'ide passait, dans l'opinion commune , pour être alleetee (Vun cancer au rectum, et la constipation habituelle et fatigante qu'elle éprouvait en était regardée comme la conséquence. M. Roux pratiqua le tou( lier, à l'aide diKjuel il s'assura bientôt que la lésion organi(|ue presunne n'existait pas , mais qu'une collection de sct/bnks^ l>erforees à leur centre de manière à livrer passage à des matières liquides, en avaient imposé à des yeux inattenlifs. L'extraciion de ces seybales fil disparaitre la constipation, les syuiptùmes concomilans et toute espèce d'inquiétude. » [Ibid.)
Traitcihtnl. Ce que nous avons à dire ici sur le traitement de la conslipalion ne s'applique qu'a la première espèee, celui de la seconde se rattachant à leludc des maladie)! (jui la produiiwnt.
La première idée qui se présente naturellement pour combattre la constipation, est d'administrer des purgatifs. Cependant, outre que ce moyen ne produit pas toujours son elfet, Tinfirmité reparaît aussitôt après, à moins toutefois d'en continuer habituellement l'usage. Dans ce dernier cas néanmoins il arrive que les purgatifs finissent par n'agir (juc faiblement à la longue. C'est donc à un autre ordre d'idées qu'il faut remonter pour combattre la constipation.
Les remarques et les faits que nous venons d'exposer prouvent que la cause la plus ordinaire de l'absence des selles consiste dans le défaut de sécrétion des glandes et des vaisseaux de la mu<jueuse intestinale , et que ce défaut lui-même se rattache le plus souvent à un certain degré d'éréihisme ou d'irritation du tube intestinal, ou bien à \uie alimentation insufTisante. C'est par conséquent à combattre ces deux conditions , surtout la première, que la médication doit se borner. IL suit de 11 (jue ce sont les moyens adoucissans, en général, qui sont les plus propres à dissiper la constipation, ou du moins à mettre l'organisme dans les conditions de bien ressentir l'action des légers laxatifs. On conqirend parla comment une foule de remèdes (pi'ou ne regarde pas communément comme purgatifs , tels que le café, la bière, le lait, la fumée de tabac, le régime, les bains, elc, peuvent le devenir, l n moyen tout récent, qui a été vante ]>our combattre la constipation fonctiotuielle, et (pie l'on a souvent mis eu usage avec avantage ( les mèches rectales enduites de pommade de belladone ), vient aussi à rai>pui de cette manière de voir. M. Fleury, qui est l'aufeur de cette meclicalion, a fait usage de petites mèches analogues à celles dont ou se sert pour les pausemens après l'opération de la fisltile à l'anus, les a enduites avec une ponunade belladonisée (4 grammes d'extrait de belladone par 50 grammes de céral), et lésa laissées en permanence dans le nclum.La mèche e-;t changée une fois par jour. Après le deuxième ou le troisième jour do l'usage de celte mèche , des garde-robes se présentent le plus souvent. Kvidemment, la bejl idf)ne n-sorbée agit ici eu cumballant l'clat d'érethi)»m« de
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riiiloslin, et on rtHal»li>sant sa fonclion sc- (utitoire. (De l'emploi drs nu-ciws clans le traitement de la constipation^ Archives gèn. de méd., 1858.)
« Si la conslipalion dépend de la constitution de riiidividu, il est assez diflicilc de la faire cesser. Cependant un rûgimc doux^ les alimens liuinides, les laxatifs doux, un exercice modéré; l'usage des lavemens , des boissons rafraîchissantes , du pain de seigle , des pruneaux , des épinards; les suppositoires variés, les frictions et les fomentations émollientes pratiquées sur les diverses régions de Tabdomen, la vapeur (Feau chaude dirigée vers l'anus, sont les principaux moyens^ indiqués dans ce cas par les auteurs. Ils appartiennent presque tous encore à Thygiène. M. Rullier conseille l'habitude de se présenter régulièrement à la garde-robe de manière à rendre à cette évacuation le caractère périodique qu'elle affecte ordinairement. On ne peut avoir recours sans danger, ou au moins sans inconvénient, aux moyens violens que peut fournir la matière médicale ; il faut réserver ces remèdes pour les maladies. Ici le régime doit tout faire, s'il est possible toutefois, car cette constipation est d'autant plus opiniâtre qu'elle tient à l'état constitutionnel de l'individu. jXous en dirons autant de toutes les constipations qu'on ne peut rapporter à la maladie d'un ou plusieurs organes. Il n'est au pouvoir d'aucun médecin d'empêcher les sympathies d'organe à organe. Ainsi , la constipation , qu'on peut rapporter à cette cause , ne peut jamais se prévenir qu'en empêchant la cause première sur les organes, ce qui souvent est impossible. J'ai ici en vue la constipation par les passions, les affections morales, etc. » (Colon, Jbid.)
Parmi les purgatifs qu'on prescrit conjointement aux moyens ci-dessus, on place en première ligne l'huile de ricin, l'eau de Sediitz, le sulfate de magnésie, l'huile de croton tiglium et Taloès uni à la gomme gutte. Des remarques importantes se rattachent à Tadministration de ces remèdes , nous les exposerons à l'article Purgatifs.
COXTUSÎON. c( La contusion est une lésion physique produite par le (hoc ou la pression d'un corps obtus , lourd , mu TOME m.
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avec phn ou moins de vitesse , qui froisse, meurtrit , déchire , écrase les parties soumises à son action , sans occasionner CL'[)endant la solution de continuité de la peau, j) (Marjolin et Ollivier, IJict. de mèd. , 2« édit. , t. viu , p. 546.) Quand au contraire la contusion s'accoini)agne d'une solution de continuité extérieiire , elle prend le nom de plaie contuse. [f^oy^ Plaies. )
La série des corps contondans est infinie, depuis le boulet , la massue, le bâton, jusqu'à l'expansion de la vapeur, de certains gaz , le choc même de l'eau. Nos organes peuvent même quehiuefois déterminer ces lésions ; ainsi , dans certains mouvemens des cuisses , le scrotum et les testicules peuvent être froissés juscpià la contusion. Une chute sur les pieds a quelquefois donné lieu à la contusion des articulations du genou et de la cuisse : ce sont alors ces extrémités osseuses qui se choquent mutuellement.
En général les corps contondans agissent essentiellement par pression, ils irritent, froissent, rompent, écrasent les fibres des parties molles et des parties dures. Dupuytren a tenté d'établir les degrés de la lésion qu'ils produisent comme il avait classé ceux de la brûlure , et à cet effet l a établi les catégories suivantes.
Premier degré. Légère déchirure des tissus , simple ecchymose déterminée par une très petite quantité de sang qui n'est qu'infiltré.
Deuxième degré. Vaisseaux d'un certain calibre rompus, sang infiltré combiné avec les tissus ou formant collection.
Troisième degré. Les tissus sont mortifiés.
Quatrième degré. Thsus écrasés, mêlés aux liquides, de telle manière qu'il en résulte une sorte de bouillie.
Les effets de la contusion ne sont pas absolument semblables si on les observe dans différens tissus et sur différens organes. Ainsi la peau, lorsqu'elle recouvre des parties molles , n'éprouve ordinairement que de légères altérations dans sa texture; il n'en est pas de même lorsqu'elle est appuyée sur de^i parties dures et saillantes. On doit craindre qu'elle n'ait été désorganisée lorsqu'aussitôt après l'accident elle est insensible , mollasse, livide.