‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 23 sur 117 · DE CERF · texte numérisé non relu

DE CERF

plantes delà fan\ille naturelle des ombcllifères 01 de la pcntandric digynie de Linné, dont une espèce, la coriandre cultivée {cnrlandrnm sativurn, Linné), est officinale.

Cette plante , originaire d'Italie , mais presque naturalisée en France et dans toutes les autres parties de l'Kurope, en rai.son de l'extrême facilité de sa culture, ne fournit à la matière médicale que ses semences. Elles sont globuleuses, du volume d'un plomb à bouteille, ombiliquées vers leur sommet, marquées de petites lignes anguleuses; leur couleur est gris-jaunâtre ou jaune-blanchâtre ; à l'état frais, elles exhalent, ainsi que tout le restant de la plante , une odeur lélide et très désagréable, qu'on a comparée à celle de la punaise, mais, parla dessiccation, elles deviennent suaves et aromatiques; leur saveur est analogue à l'odeur, et, suivant quelques auteurs, se rapproche de celle de l'auis, quoique plus faible.

Ces fruits doivent leurs propriétés à l'huile volatile qu'ils recèlent.

La coriandre stimule les tissus vivans. On prescrit son infusion comme carminative, digestive, stomachique, anti-spasmodiquc.

L'huile essentielle, qui est jaunâtre, a les mêmes propriétés que la semence, et se met par gouttes dans des potions, des mixtures. (Mérat et Delens, Dict. univ. de mat. vicd.^ t. ir, p. 430.)

Cullen dit {Traité de mat. méd., traduction de Bosquillon, t. ii, p. 167 ) que les semences de coriandre , étant infusées avec le séné , produisent l'elTet particulier de corriger, plus puissamment que tout autre aromate, l'odeur et le goût de ce purgatif; elles ont également, à ce qu'il croit, ?a vertu d'emo^cher îc" Oolinnes (11)0 if» .-f ne, ]MoHti(î fort souv»»n(-

D'ajM'P.s Alibcct {Sduv. r<'-'in. de l^'éiff/,. . .SwMlif., I. II. p. ilt>). - ou ofiiviini>ii-^ !<'.• tnijis dp ÎH coiiamli e en poudro ou eu iniuaiou. }>«!»!« le pipmirr cas. la dose est é^ "l k ^ giaïu. ! df-mi-grC' à ï gro,-); d.in» le «econd. ■on peut Jler Jusqu à H granj. (:i gro.S'. pm pini^ {t litrej de liquide. Son huile essoniiell? se domie par gouttes (2 à 4). dans un véhicaie convenable. M. Itard l'a quelquefois employée eniiijcction dansTlnlérieurduconduit auditif; on peut l'associer à celle de carvi, pour le même usage. La coriandre entre dans Veau de mélisse composée. »

CORNE DE CERF. La corne ou bois du cerf (cervus elaphus , Linné ) est employée en médecine, et se trouve dans les otlicines sous diflérens étals que nous allons faire connaître successivement.

L'examen de la composition de la corne de cerf a été fait par plusieurs chimistesl, au nombre desquels on compte Fourcroy , Geoffroy, Hatchett, Schéèle, Rouelle, etc. Ces chimistes ont trouvé , pour résultat de leurs recherches, que la corne de cerf contient de lit, gélatine, du phosphate de chaux, du

ùi

CORME Dl£ CERF.

carbonate de chaux cl des ttacis de carbonate do soudf. (A. Cbcvallicr, Dut. des droQucs ,

i. II, p. mu.)

La corne de cerf cniciiiêe et porphyrisée sert à former des trocliisquos. Dans cet étal, elle e.st formée de phosphate de chaux, mêlé d'une petite quantité de carbonate de la même base. Elle ne possède alors que les propriétés des sels calcaires, c'esl-à-dirc, qu'elle agit seulement à la manière des absorbans ou ncutralisans.

En distillant la corne de cerf à feu nu, on en retire, comme de toutes les autres substances animales soumises à la même opération, trois produits particuliers (jui sont : lV<f;»7f volatil de corne (le (trf, (lui n'est autre qu'un souscarbonate d'ammoniaque huileux liquide ; Vhuilc lùloiile de < orne de (crf, qui ne dillere pas de l'huile animale de Dip|)el; enfin, le sel voldiil de corne de cerf, ou sous-carbouale d'ammoniaque huileux concret.

Le bouillon de corne de cerf! est regardé comme analeptique, el se donne , dans les maladies de langueur el dans la convalescence des affections graves, à la dose d'une lasse loulcs les heures.

La cjeléc de corne de cerf, que l'on obtient comme le bouillon , c'est-à-dire par une cbullilion surfisamment prolongée, est donnée par cuillerée à bouche, comme aliment anaîcpticiue et léger, dans les longues convalescences des maladies, dans les névroses el les affections irritaiives des voies digestives ou delà poitrine; mais, comme elle a le grand inconvénient de s'altérer avec une extrême facilité, on la remplace souvent , et avec avantage, par l'iclithyocoUe. Celte gelée entre dans le blnncuimuiery sorte de gelée émulsive que l'on emploie encore quelquefois dans le traitement des irritations intestinales.

La corne de cerf calcinée, insoluble el in- .«îipide , parait être presque complètement dénuée do vertus : cependant on la fait encore entrer dans la composition de la dccnction l'ianchrde Siidenliani, mais il est probable qu'elle ne lardera pas à disparaître de la matière médicale des peuples éclairés.

h'rsprit i-olalil de corne de rrr/ est un liquide huileux et ammoniacal , encore assez usité comme stimulant , anli-spasmodique , sudorifirpie, etc., particulièrement dans les affections nerveuses. On le donne h ia dose de 10 à 5U gouttes, dans une potion ajipropriée.

Le !^cl volatil de corne de crrf s'emploie dans les mêmes cas que lelicjuifle nnimonint .il rioni il vient d'être (juesliun. On le donne à la dose de 5 à 12 décig. (10 à 2t grains), en potion.

l'.nfin , y huile volatile de corne de cerf ou huile de Jjippel est, selon M>L IMérat et Delens {Dict. de mat. vird.), • un Ii(|ui<ie presque blanr. , léjîer, très volatil, lorsrpi'll >lrnt d'être préparé, mais qui, au contact «le la lumière, iic tarde pas à jaunir, à bruulr,

à noircir même, en prenant plus de consistance. Son odeur est forte, pénétrante, empyreumatique ; sa saveur est extrêmement désagréable. Il parait formé d'une certaine quantité d'huile lixe, d'huile volatile el d'ammoniaque à l'état de savonule, qui le rend solublo dans l'eau. On y a soupçonné la présence do l'acide hydrocyanique.

> Depuis plus d'un siècle que ce médicament est connu, on s'est peu occupé de déterminer dune manière précise son mode d'Dction sur 1 économie vivante. Dippel, qui l'avait annoncé comme une panacée, au moyen de laciuelle il devait prolonger son existence jusqu'au commencement de ce siècle, mourut en 173?) à l'âge (le soixante ans. Depuis lui, les médecins (lui l'ont expérimenté en ont obtenu des effets souvent opposés. Hoffmann regarde cette huile conime hypnotique, à la dose de "10 gouttes ; des auteurs ont prétendu qu'elle diminuait l'activité de la circulation ; (i'autres, avec plus de raison sans doute, qu'elle l'augmentait. La plupart se sont accordés à la dire excitante et anli-spasmodique-

» Dans les essais qu'ont tentés, en 1808. IVIM. Chaussier, Jadelot, Aliberl, Delaporle, el dont M. le docteur Payen a rendu compte à celte époque, dans le Bulletin de la Faculté de médecine, on a vu l'usage interne de l'huile animale produire, selon les individus, ou des vomissemens, ou la diarrhée, ou des sueurs, même des salivations assez rebelles, des engorgemens lymphatiques au col ou à l'aine , et (pielquefois une sorte de mouvement fébrile; allante dose, elle peut causer la mort, soit subite el alors sans lésionsappréciables, comme Chaussier en a vu un exemjile (une cuillerée h bouche), soit moins prompte cl accompagnée de violentes douleurs, de vomissemens el (rinflammation (I once G gros), comme on le voit dans l'observai ioii publiée par INI. Duprat. » {Jour. unir, des se. incd.; uov. 1829.)

» Administrée à l'intérieur avec un succès remar<|uable ])ar Junker, par Cullen et par le.s médecins cités plus haut, dans divers cas d'épilepsie , essentielle sans doute, maladie contre laquelle cependant Lichenstein (Dibl. vii'J. , l. i.xix , p. 2."J) dit l'avoir essayée sans succès, elle a été recommandée aussi contre la danse de Sainl-Ciiy, par Thilenius el Herz; par d'autres, contre l'hystérie, l'hydrophobie, etc.; contre le t.Tiiia, i)dr Chabert, qui l'associait, chez les animaux, à l'essence (le térébenthine {Atin. de Movtp., lyoo', p. 17).*; ; Jiull. des se. mëd. de Fér., t. m, p. 2'»7); par lîréra, par Uudolphi, par Bremser, (jui dit l'avoir vue réussir dans plus de cinq cents cas, dès la première dose {Traité des vers intestinaux , p. ASG ) , ct par Erdmann {Lull. des se. fuéd. de l'érus. , janvier 18:26, p. 'i 4); contre la goutte sereine, |)ar Warner, cité par M. Jourdan ; eidin contre le rhumatiMiie goutteux aigu, i)ar MM. Chaussier, Delaporle et Aliberl {Bull, des se. méd., août

1808). Ccux-clout aussi constaté son cffica-

cité, appliquée à l'extérieur, soit pure, soit n)éliin?é«' à l'iuiilc d'olive, (l.ins qiieUiiies cas de teigne et de daiircs ron^catites scrofuleuses, dernière affection où Poncclet, dans son 7//.V/. gc)i. des drogues, l'avait sif^nalée comme souveraine chez les tciRjJoux, l'application du Uniment pyro-zoonique a excité une bonne suppuration , dont la Ruérison a été la suite. On l'a vantée aussi en frictions contre la paralysie, instillée dans les yeux contre la cataracte (fîeaumer, MTû) et l'ophthalmie scrofuleuse (M. Jadclot), etc. Toutefois, et malgré quelques faits publiés à l'appui de ces assertions, ce médicament est aujourd'hui très peu employé et réclame de nouveaux essais pour être apprécié à sa juste valeur.

» La dose indiquée dans les anciens ouvrages est de 10, i2(), 30 gouttes; M. Alibcrt la fixe de 50 à 72 gouttes, et M. Planche nous assure l'avoir prise sans inconvénient à cette dernière dose, par le conseil de Chaussicr, contre une sorte de névralgie faciale. Mais les accidens que cette huile est susceptible de produire doivent rendre très circonspect sur son emploi, et la prudence veut qu'on ne débute jamais que par un très petit nombre de gouttes (3 ou 4, par exemple) , sauf à l'augmenter ensuite à raison des effets obtenus. Cette dose, quelle qu'elle soit, doit toujours , pour l'usage interne , être étendue dans quelque véhicule (l'eau sucrée, une . émulsion, etc.), auquel on peut ajouter de l'éther pour en masquer la saveur repoussante. M. Alibert se servait d'une solution de 42 gouttes d'huile dans 1 once d'eau, dont il prescrivait à la fois 15 ou 20 gouttes. Chaussier n'en mettait que 12 par once, mais il la donnait par cuillerée à bouche; M. Payen indique 15 grammes (1 demi-once), par litre d'eau. Ce mode d'administration doit être préféré, parce qu'il met à l'abri des erreurs que peuvent commettre les malades ou ceux qui les entourent. A l'extérieur, on emploie soit cette solution, soit l'huile unie à quelque corps gras qui en émuusse l'activité ; appliquée pure sur des boutons teigneux, on l'a vue produire de violens maux de tête. L'huile animale a été proposée enfin comme dissolvant du phosphore, par Loebenstein Loebel. » {Journ. de Jliifelajid , iamicr, 1817.)

CORNÉE , cornea, Tune des membra nés pariétales de Poeil , située à Phémisphère antérieur de Porgane et complétant la sphère sclérotidienne. On admettait autrefois deux cornées, l'une transparente, Taulre opaque. Aujourd'hui, cette dernière est appelée plus particulièrement sclérotique ; le nom de cornée ayant été réservé à ce disque diaphane qui imite sur l'œil le verre d'une chambre obscure. Son nom vient de sa ressemblance avec une TOME nr.

CORM!:ii:. Gi>

tranche de stihstance cornée. Elle est enchâssée dans le cercle antérieur delà sclérotique comme un vérilabhî verre de montre. (Scarpa.) Les anciens la croyaient une continuation du tissu de la sclérotique. (Hartholin, \A'inslow.) Cette opinion a été combattue i)ar les modernes, qui la considèrent comme étant formée d'un ti.ssu sui gêner is; elle vient cependant d'être reproduite par Arnold et M. de Plainville. Le premier de ces deux anatomistes regarrle la cornée cotnme formée uniquement d'iui plexus inextricable de vaisseaux lymphaii(|ues. Sa propriété la |»lus remarquable est d'être acromali(iue , c'est-àdire de réfracter la lumière sans la décomposer; elle est au reste très sensible à l'action de certains stimulus et parait jouir de beaucoup de vitalité, puisque ses blessures simples se cicatrisent très prompte^ ment.

Ses maladies sont nombreuses, très fréquentes et très graves. Leur gravité se rattache surtout au trouble qu'elles laissent dans sa substance et par conséijuent dans l'exercice de la vision ; quelques-unes cependant doivent leur gravité à leur nature même , telles sont les végétations cancéreuses par exemple. On peut les grouper de la manière suivante : 1° lésions traumaliques, 2° phlogoses et leurs conséquences (suppurations, ulcérations, gangrène, opacités, fistules), 5° tumeurs.

LÉSIONS TRÂUMATIQUES. J. COUtU-

sions. Les contusions sans plaie de la cornée peuvent occasionner l'aplatissement de cette membrane, la diminution instantanée du diamètre cornéo-rélinien, et donner lieu à des écrasemens intra-oculaires plus ou moins graves. Un des anciens professeurs de PÉcole de médecine , Moreau de la Sarthe, fut frappé à l'œil par le bouchon d'une bouteille d'eau de Seitz au mo ment où il voulait la déboucher; la commotion que Pœil éprouva fut telle qu'il est resté amaurotique. ( Dupuytren , Blessures par armes de guerre^ t. ir, p. 223.)

Un jeune homme entre dans une société d'amis , un autre lui bouche les yeux , lui disant de deviner qui il était; il ne répond point ; plus il se démène pour enlever les mains , plus l'autre presse avec force ; débarrassé enfin, il s'est trouvé aveugle. (Béer brochure sur Us moyens dç conservir H

CORDÉE

'cue.) La cataracte a v\c. quelquefois la conséqiience d'une conlusion sans plaie de la roincp. Un enfant se trouvait dans ce cas par suite d'un coup de poing qu'il avait reçu d'un de ses camarades. Le plus souvent cependant c'est une réaction phlogistique qui s'ensuit , ou bien des épanciiemens sanguins dans les chambres de l'œil.

{r. o:::iL.l

La contusion peut être accompagnée de plaie. Celte circonstance est grave, elle peut eutraiiRT la perle de Torganc. L'effet le plus immédiat est l'écoulement de riiumei!ra(jueuse; cet écoulement s'accompagne ordinairement de la procidence de i'iri"^; quelquefois même l'œil se vide complètement si la brèche est étendue. Des excepiions heureuses existent néanmoins à cette règle. Un marchand de vin avait reçu à la chasse un grain de plomb sur la cornée ; Demours irojive ce corps adhérenl à la surface de la cornée, le saisit avec une pince et l'arrache : il était double , ainsi r,u'on en voit souvent parmi les grains de chasse; la cornée avait été percée , l'un des grains plongeait dans la chambre antérieure , l'autre s'était arrêté à la siuface de \\v\\. Le malade guérit en conservant une petite tache sur la cornée. {Malad. dis yeux.) Gucrin rapporte le cas d'un individu qui eut la cornée rompue à la suite d'un coup de poing, et qui finit par guérir après avoir donné ])ourtant d'assez vives incpiieludes. {Malad. des yeux y p. 1%, 1769.)

"Quand des grains de plomb atteignent l'œil , les accidens varient suivant la manière dont a agi le projectile. Si le coup a été porté obliquement sur la cornée transparente , il en resuite une solution de coKtinuilé peu profonde , une véritable gouttière qui guérit au bout de (piehpies jours en laissant une taie. Quebjjiefois les grains de plomb restent dans l'épaisseur de la cornée transparente, et il est facile de les extraire avec un instrument acéré. Il en e-l de mèmc de ceux qui s'arrêtent dans l'épaisseur de la sclérotique. D'autres fois ils traversent complètement la cornée transparente et se perdent dans le globe de l'œil. Si l'on apercevait ces corps «[•tranirers dans la chambre antérieure, on pourrait les extraire à l'aide d'iuie opi'ralioa gcmblable à celle que l'on emploie

pour la cataracte. » (Dupuytren, onv. cit.,

Saint-Yves a observé un cas de rupture de la face postérieure delà cornée par suite d'un coup de poing ; Ihumeur aqueuse s'y est insinuée et est veiuie former une tumeur oblongue à la surface de l'œ'il en soulevant les lames antérieures de la cornée. Il a sufii d'une légère compression et du repos pour la guérison.

Il arrive quelquefois aussi qu'au lieu de rompre la cornée, un coup de poing porté sur cette membrane aplatit l'hémisphère antérieur de l'ieil et donne lieu à une rupture de la sclerolicpie , très près de la circonférence de la cornée. Par cette brèche, riiuiiieur atiueuse , et quelqiiefois le cristallin, s'échappent. ^L Middlemore a rapporté plusieurs exemples de ce cas ; dans deux entre autres , le crisiallin s'était arrêté au-dessous de la conjonctive sclérotidale , et il a fallu y praiicjuer une incision pour l'en extraire. Indépendamment de toutes ces complications, les contusions de la cornée , accompagnées ou non de plaie, donnent pres(iue toujours lieu ta des réactions intlammaloires qui sufïisent souvent à elles seules pour détruire les fonctions de l'organe.Leur traitement réclame donc la médication anti-jiblogistique générale et locale ( A^. Oputualmie), et en même temps la simplification de la lésion par l'enlèvement des corps étrangers, etc. Le prolapsns ii icn qui complicpie souvent ces sortes de plaies réclame des soins particuliers, ainsi que le mode d'extraction des corps étrangers, que nous décrirons tout à riieurc.

/y. Piqûres. Dans l'opération de la kératonyxis , la cornée est percée avec une aiguille fine , et il ne s'ensuit pas ordinairement de réactions fâcheuses; l'humeur a(|ueuse s'écoule en ])arlie , et la kératite (pii en n'sulie est le plus souvent de peu d'importance. Il est cependant des cas où une picjùre, extrêmement légère en apparence, entraîne la perte de l'organe visuel. Un individu âgé d'une cinquantaine d'années se pique à la cornée de l'œil gauche avec la pointe d'une feuille de vigne ; il entre à l'Holel-Dieu ; l'oplithalmie est intense , elle fait des progrès et l'ail tombe en fonte purulente.

•Lorsque la brèche cornéale a de la di-

CORNÉE

fir

inensioii, les choses se passent autrement. L'iris se précipite à l'instant même à Touverlurc, le cristallin s'y engage quelquefois aussi , et dans d'autres occasions l'œil se vide. Le prolapsus irien a plus facilement lieu dans les blessures périphériques que dans les centrales; nous en donnerons plus loin la raison. Ces effets cependant ne sont pas indispensables, malgré la largeur de la plaie , ainsi que cela s'observe après Topéralion heureuse de la cataracte par extraction. J'ai vu des divisions accidentelles de tout le diamètre transverse delà cornée par des coups de canif, ne pas donner lieu à la procidence irienne , et se guérir sans laisser d'autre lésion qu'une très mince cicatrice linéaire. La cause principale de ce déplacement , et même quelquefois aussi de l'évacuation de la coque oculaire, c'est la contraction spasmodique des muscles droits qui compriment fortement la sclérotique dans un sens très propre à ce résultat. » (Rognetta.)

Il faut , dans ces cas , s'attendre à une réaction inllammatoire intense. Quelquefois cette réaction n'est que fort légère. Une jeune fille avait eu l'œil percé par les piquants d'un marron d'Inde ; les pointes, au nombre de trois, étaient restées dans la cornée; on en fit l'extraction , et la malade guérit en peu de jours. (Guérin, ouv. cit., p. 195.)

Un garçon menuisier s'était percé la cornée avec la pointe d'un clou ; l'iris faisait procidence; il survint de la photophobie et une légère ophthalmie qui se dissipa en peu de jours ; mais l'œil est resté sérieusement endommagé, la pupille allongée et rétrécie.

Indépendamment du traitement antiphlogisiique, il y a ici une médication particulière à diriger contre le prolapsus irien Cette médication a pour base d'abord des frictions péri-orbitaires avec la pommade de belladone, ensuite la cautérisation du prolapsus à l'aide de la pierre infernale, [r. Iris.)

C. Coupures. « Quant aux plaies par instrument tranchant , elles se cicatrisent avec tant de facilité qu'on aurait tort de s'en effrayer. Tulpius (chap. xxx, p. 64), Guérin (p. 194), parlent d'un coup de flèche qui vida toute l'humeur aqueuse , et qui ne permit pas moins au malade de

guérir en qnel((ues jours. F. de Ililden (Guérin, p. 194) cite un fait pareil, et j'en ai moi-même observé plusieurs. Kn voici un des plus curieux. Le beau-fils d'un des premiers chirurgiens de Lyon , se livrant à des expériences chimiques, reçut dans l'œil un fragment de fiole que venait de briser une violente détonation. La cornée fut largement ouverte de bas en haut et de dehors en dedans; on crut que l'œil s'était entièrement vidé : le lambeau se réap[)li(|ua de lui-même ; des saignées répétées furent pratiquées, et de l'eau à la glace tenue constamment sur le devant de l'orbite. Aucun accident ne survint du côté de la plaie; mais on reconnut , dès le vingtième jour, qu'une cataracte était établie avec tous les caractères de la cataracte membraneuse. M. Dubois d'Amiens m'a communiqué un fait presque en tout semblable. J'en ai vu d'autres depuis. Un cordonnier , blessé de la même façon par la pointe d'un tranchet qui divisa en même temps la paupière et l'iris, a guéri en dix jours sous l'influence des topiques froids et de quelques émissions sanguines. C'est à peine si on distingue la cicatrice de la plaie. Un cas plus intéressant encore peutêtre s'est offert à mon observation en septembre 1834. Un ressort tranchant était sauté dans l'œil d'un malade en se détendant, et avait incisé la cornée un peu obliquement de dehors en dedans dans presque toute l'étendue de son diamètre vertical. Une seule saignée et des lotions froides ont constitué tout le traitement. Il n'est survenu aucune inflammation , et la réunion était si complète au bout de huit jours que la vision n'en souffrait nullement, bien que la cicatrice passe directement sur la pupille. ^> (Velpeau, Dict. de méd. , t, IX , p. 62 , 2^ édit.) On trouve dans les ouvrages de Demours , de Wardrop et de plusieurs autres une foule de cas analogues aux précédens.

Il se passe dans ces sortes de blessures ce que nous voyons journellement arriver dans l'opération de la cataracte par extraction; c'est-à-dire que la plaie se réunit par première intention ou bien qu'elle suppure. Dans le premier cas , les choses se passent très simplement; dans le second, au contraire, il survient un prolapsus irien et un leucôme à sa place , ou bien l'œil se

>i(le compU'tement. La thérapeutiffue ne diirere donc pas ici de celle de ropéralion de la kératomie. (T. Cataracte.)

D. Corps étrangers. On trouve dans jMorgagni deux cas remarquables de corps étrangers fixés dans la cornée , et qui avaient donné lieu à des symptômes de kératite. Dans Tun, il s'agit d'un meunier qui, en travaillant à une meule, avait été frappé d'un fragment de fer qui s'était fixé entre les lames de la cornée; Morgagni, ne pouvant l'extraire avec des pinces, chercha à l'ébranler en y approchant une \)ierre aimantée, à l'exemple de F. de Uilden ; le lendemain, il fut entraîné par la sup[)uration et par les larmes. Dans l'autre , il est question d'une personne dans la cornée de laquelle était dci)uis long-temps un aileron d'insecte; l'extraction en procura la guérison.

« Si une particule de métal ou de tout autre corps dur s'attache à la substance de la cornée, vous pouvez , dit ÏM. IMiddlemore, l'extraire à l'aide de l'extrcmilé œillée d'une sonde. On réussira facilement si l'on engage le malade à tourner l'œil convenablement, et l'on fixera l'organe avec un speculunt ou avec les doigts seulement apjiliques sur la paupière. Lorsque le corps étranger est profondéuient liché, on (ixe l'organe comme nous venons de le dire, et l'on ébranle le corps à l'aide dune aiguille à kératonyxis, ou de la ])ointc d'une feonde mousse (pii permet d'user d'une plus grande force sans perforer la cornée. » t>i le corps étranger a perce la cornée de part en part , après l'extraction Ihumeur aqueuse s'écoule et Ton peut s'attendre à un prolnp-ius ou bien à une adhérence de l'iris. Dans ces cas , il serait plus avantageux d'y laisser le corps etraii;'er que de l'extraire , afm qu'il tombe de luimême dans la chambre antérieure , car avant qu'il ne tombe , la brèche est fermée antirieureinent , et l'humeur aqueuse ne s'écoule point. Si le corps étranger c>t petit ri fait sailli»' à l'extérieur de manière à causer beaucoup dirrilatioii, on |)eut l'enlever avec des pince> fines; cela vaut mieux que de rabandonner, sa présence pouvant produire uue\i\o inflamniation.

w II est des personnes négligentes (jui

CORNÉE

qui s'offrent le plus souvent , jusqu'à ce

que leur présence détermine une kératite et un iritis intenses; alors si vous examinez l'organe , vous trouvez le corps étranger entouré d'une auréole noirâtre, et soutenu j)ar des adhérences faibles; de sorte qu'il suffit de le toucher légèrement pour le faire tomber. Ce qu'il y a de fâcheux dans tout cela, c'est la phlogose cornéale. L'on aura là un exemple manifeste de kératite aiguë. Jl est remarquable en outre que la portion de la cornée qui avait servi de lit au corps étranger a été résorbée , [)uisqu*elle présente comme une sorte de fossette; c'est cette absorption qui a rendu le corps mobile et en a permis l'expulsion spontanée. Kien n'est |)lus facile que l'enlèvement d'un corps étranger de la cornée alors que le lieu qu'il occupe se trouve déjà excavé par l'absorption. On doit cependant l'enlever avant la formation de ce travail. Cette règle ne souffre qu'une exception, c'est lor<;(jue le corps est niché profondement et <[u'il ne peut être enlevé immédiatement sans donner issue à l'humeur aqueuse et à un prolapsus irien; dans ce cas, il y a avantage à attendre , ainsi que nous venons de le dire. Quelquefois , après (jue la particule mètalli(jue a été enlevée de la cornée , il y reste une sorte de tache brunâtre (juisiuiule le corps primitif. Les personnes (pii ignorent cette circonstance s'imaginent que le corps existe encore ou (|u'il y en a un autre. On ne doit pratiquer aucune oj)ération pour cela; la tache finira par disparaître à l'aide des remèdes résolutifs.

» Les petits grains de potidre se trouvent quelquefois enchâssés dans In cornée; ils donnent lieu à une kératite intense. Ils peuvent être enlevés à l'aide d'une aiguille à cataracte, a])rès avoir, bien entendu, combattu l'irritation extrême à l'aide de remèdes appropriés. Quant à la kératite (pii survient constamment à la suite de ces lésions elle doit élre combat lue par les moyens que nous indiquerons tout A l'heure.)) [Discascs of thc cyc\\. i, p. 541.) Lors(ju'un corps étranger se fixe sur la cornée, et (ju'il y séjourne pendant quel- «pie temps, il se couvre de lyinplie plastique et devient comme enkysié VVenzel a

abandonnent les corps étrangers fixés sur enlevé un feiu de paille de la cornée d'une la cornée, surtout U» corps mclaliiquc» Ueinme; lequel euiUIlchà»i^ii comme un eou<

CORNÉE

teau dans sa gaîne.Noiis avons vu dernièrement un malade qui avait les cornées couvertes de grains de poudre à canon, depuis trois semaines; ces grains étaient évidemment couverts d'une couche membraneuse fixe, et ayant toutes les apparences d'une membrane muf|ueuse. Pour en fjiire Tex- Iraction, l'aiguille à cataracte a été insuflisante, il a fallu faire usage de la lancette. Ces corps étrangers étaient évidemment enkystés ; leur présence cependant donnait lieu à une kératite des plus graves. Wardrop assure néanmoins qu'il est des cas où les corps étrangers en question cessent d'irriter Torgane, du moment qu'ils se trouvent isolés dans un kyste. Il parle d'un fragment de pierre qui resta ainsi enkysté pendant dix an^, et dont on ne reconnut la nature que sur le cadavre. Il cite aussi, d'après Menniske, le cas d'un fragment d'insecte qui s'était avancé par degrés insensibles de la sclérotique jusqu'au centre de la cornée. {Morhid anatomy ofthe human eye^ p. 70.)

Le corps étranger qui frappe la cornée est quelquefois caustique ; il faut s'attendre, dans ce cas, à un double effet, l'un traumatique, l'autre cautérisant. Il n'est pas rare d'en voir des exemples chez les maçons par de la chaux qui frappe leur cornée, et chez les ouvriers des fabriques des produits chimiques. Il en résulte le plus souvent une eschare et une réaction inflammatoire grave qui peut entraîner la perte de l'organe. Dans un cas rapporté par Wardrop de cautérisation de la cornée par l'action de la chaux, l'eschare a persisté long-temps, l'inflammation a été intense ; on croyait que l'organe aurait été perdu. Le traitement anli-phlogistique, employé avec persévérance et énergie , a fini cependant par triompher ; la cornée s'est éclaircie, et l'organe a repris en grande partie ses fonctions. « Au lieu d'une solution légère de nitrate d'argent que j'avais prescrite , un élève instilla 5 gouttes de nitrate acide de mercure dans l'œil d'une femme, et détermina ainsi une escharification superficielle de presque toute l'étendue de la cornée. Un forgeron, qui avait eu le devant de l'orbite frappé par un morceau de fer rouge, nous offrit une brûlure au premier degré , des paupières et du quart inférieur de la cornée. M. Gu-

thrie (p. i lA) parle d'un cas où presque toute cette membrane fut tranformée en eschare par de l'essence de térébenthine embrasée. Ici les brûlures ne présentent pas tout-à-fait les mêmes nuances (pie sur la peau. La variété phlycténoïde y est à peu près impossible. On n'a guère à choisir qu'entre la forme érythémoïde et Tescharification plus ou moins profonde. La membrane se montre d'abord comme parcheminée. Chez le deuxième malade dont je viens de parler, il n'y avait d'ampoule nulle part. Une [)laque légèrement terne s'exfolia le quatrième jour, et laissa une exfoliation des f)lus superficielles, qui disparut au bout d'une semaine sans qu'il en soit résulté d'opacité sensible. L'autre fut plus gravement affecté. Cependant, l'eschare, qui paraissait assez profonde au premier abord, disparut en peu de temps par dissolution autant que par exfoliation, et la guérison s'est également opérée sans altérer beaucoup la transparence de la cornée. Plus profonde encore , la brûlure serait nécessairement suivie d'un leucoma indélébile ou d'une perforation capable de causer l'atrophie de l'œil. » ( Velpeau, Dict. de mèd. , t. ix, p. 69.)

La première indication curative consiste à simplifier la lésion par l'extraction du corps étranger s'il est de nature à pouvoir être enlevé. Cette extraction cependant n'est pas possible si l'organe est extrêmement irrité et accompagné de blépharospasme. Il faut donc d'abord combattre cette complication à l'aide des saignées et de la belladone en pilules et localement. Il s'agit ensuite de bien explorer et fixer l'organe dans une position convenable, l'autre œil étant couvert d'un bandeau. On opère l'extraction par les mêmes moyens que nous avons indiqués en parlant des corps étrangers de la conjonctive. Reste alors la kératite :« Si la violence de la douleur et de l'inflammation ne permet pas de tenter l'extraction d'un corps étranger en agrandissant l'ouverture qui s'est faite, on se bornera à l'usage des moyens propres à combattre ces symptômes, tels que les saignées et les topiques relàchans. Fabrice de Hilden a vu ce cas une fois ; une scorie de fer sauta dans l'œil d'un ouvrier, et vint frapper la cornée un peu audessous de la pupille. Elle était excessive-

yo

CORNÉE

ment petite.de sorte qu'il ne fut pas possible

de la saisir. La paupière inférieure en était

Llesseelorstpie le malade fermait l'œil. 11 y

avait une tache de |)eu d'étendue à la cornée

et à Tendroit que cette scorie occupait. La

douleur et l'inllammation étaient si fortes

que Fabrice n'osa pas essayer de Lenlever

en ai^'randissant l'ouverture qu'elle s'était

faite. L'accident durait depuis quinze

jours. Fabrice eut recours aux saignées et

aux topiques relâchans, qui dissipèrent

lessym[)toines inflammatoires, de manière

que le malade guérit avec le temps , sans

doute parce que la suppuration survenue

à l'ouverture de la cornée avait permis au

corps étranger de se détacher, de se i>lacer

sous les paupières d'où il était sorti avec les

larmes. «^Boyer, Malad. chir.^t. ^ ,p. 5C4.) «' De l'eau froide , des émissions sanguines, puis des topiques émolliens, le

vésicatoire volant même pour hâter la

chute des cschares, sont les ressources

principales à mettre en usage dans les brûlures de la cornée. iM. llérard aîné, (]ui

s'était ainsi brûlé Tœil avec de l'eau bouillante, s'est promptejnent guéri au moyen

des douches froides long-tenq)s continuées. Il s'agit de prévenir ou (l'éteindre

rindammalion, de deterger, de cicatriser

les ulcères ou la perforation de la cornée

en pareil cas, et de favoriser la chute ou

l'exfoliai ion des eschares plutôt que de traiter une brûlure proprement dite Les indications à remplir sont en consé(iuence lro[) f.iciles à saisir, pour (ju'il soit besoin de les indiquer en détail.» ^Velpeau, Dict. c.) PuLor.osK [cnrni'He , hcralile , céralite). L'inllammaiion de la cornée est, sans contredit, la plus fréquente et la plus dangereuse des oithihalmies externes, et pourtant elle n'a ele bien décrite (jue depuis le commencement de ce siècle.»- La kératite, dit IM. "V' elpeau, est une maladie très commune. J'en ai observe plus de lUO exemi)les. Ainsi que nous le verrons plus bas, les abcès, les ulcères, les taches de la cornée, n'en sont «pie des dépendances. Elle acconq)agne, comme suite ou comme point de de|>art, toutes les o|>hthalmies qui pénètrent au-delà de la conjonctive, m (Dict. de v)cd.,{. ix,p.71.)On aiiribue à Veich la prenùère description spéciale de la kératite. [Aciount of the ophthalmia ^ etc., 1807.) Wardrup en l»ti8 cl 18itJ, Saun- i Lobslciu. Dans toute phlo^'ose cornéale.

ders en iSli et 18 16, Travers en IS-ilI , ont donné des descriptions soignées de cette maladie. En France, elle n'a été étudiée et décrite qu'en 1825 par ÎM. Mirault d'Angers. Cet auteur croyait être le premier à faii e connaître la cornéite, il s'est surtout attaché postérieurement à suivre les phases de la kératite chronique, qu'il a ])arfaitement décrites. Aujourd'hui la maladie est très bien coniuie dans tous ses détails. Quehpies auteurs ont décrit plusieurs espèces de kératites d'après les causes diverses (pii peuvent les produire, et ils ont assigné des caractères physiques l^articuliers à chacune d'elles. Cette manière de voir cependant n'est rien moins que fondée en pratique, et ce serait donner inutilement à ce sujet une étendue démesurée que de l'adoittcr. INous allons, par conséquent, exposer dans un seul tableau tous les caractères de la maladie , en indiquant en même temps les modifications que ces caractères peuvent subir sous l'influence de telle ou telle cause.

Un premier fait important à établir avant d'entrer en matière, c'est qu'à Tetat aigu la kératite est toujours superficielle, circonstancequi se rattaciie [)eui-étre à la ténui'.é extrême de ses vaisseaux. Ce n'est que plus tard (lu'elle devient profonde et (prelle peut atteindre un très haut degré d'intensité. Dans Te ta t de chronicité, en elfet, les vaisseaux de la cornée s'hy()ertrophient,acquièrent de l'ampleur, permettent au sang de les pénétrer en grande abondance etdedonner naissance à tous les degrés de la phlogose. Aussi ne rencontre-t-on la kératite avec onyx (pie dans le seul cas où rinllammation a déjà existé pendant quehpie temps. La dislinctiou, [)ar conséquent, (jue les auleiu's admettent de la kératite en corticale et parenchymateuse, ou superficielle et profonde, n'est aj)plieable qu'a la phlogose chroiiiipie, la phlogose aiguë étant toujours superficielle ainsi que nous ve- ]um^ de le dire. (^)uel(pies oculistes ont décrit rinllaiumalion de la membrane de l'humeur a(pieuse sous le nom de kératite profonde; nous aimons mieux rattacher celte phlogose a celle de l'iris.

^ 1. CARA(:Ti:RES. « On peut reconnaître dans les plegma>.ies de la cornée les quatre degrés de rinfiammation signalés par

COBNÉt:.

en cfTet, il y a épandienifnt de maliùre , vX cette matière (;ni est tantôt lactcseciile ou albuiiiinense , tantôt (il)rineuse on plastiijue , tantôt pnrement sanguine, tantôt enlin tont-à-fait purulente , nous signale avec précision le degré d'intensité de la maladie , elle constitue une phlogose proprement dite, une é[)ipldogose, une métaphlogose ou une hyper|)hlogose, selon la nature de la matière sécrétée. Une remarque importante à l'aire, c'est que dans toute cornéite primili\e on ne trouve pendant long-temps que la plilogose au premier degré, c'est-à-dire avec epancliement albuinineux : les autres degrés se rencontrent presque constamment dans les coriiéites secondaires.

» A. Physiques. 1° Opacité nébuleuse.

Le caractère le plus saillant de la kératite, surtout à son début, est la dépolissure du disque cornéal. Ce caractère ollre une foule de variétés.

» Tantôt c'est un simple nuage grisâtre, un léger brouillard d'un blanc sale , sorte de fumée qui se déclare sous la lame la plus superficielle de la cornée, ou bien il envahit soit la totalité de son épaisseur , soit une partie de ses hémisphères , et permet à peine de bien voir l'iris; la cornée elle-même paraît dépourvue de son lustre, de son expression naturelle. L'épaisseiu* de ce brouillard peut varier [)lus ou moins , non-seulement dans sa totalité, mais encore dans quelques points de son étendue; il est le résultat d'une sécrétion irritative entre les mailles de la cornée , et constitue la cornéite au premier degré.

» Tanlôt l'opacité est parcellaiie, les portions intermédiaires de la cornée étant diaphanes, on voit des espèces de petits albugo , so'il superficiels, soit profonds, de forme irrégulière , de couleur plus ou moins blanche , semblables aux petites îles (pie les auteurs ont signalées à la surface des plaies avec perle de substance. Dans quelques cas, ces opacités sont extrêmement petites, s'offrent par groupes superficiels comme de petites constellai ions. J'ai vu chez quelques scrofuleux la cornée tellement couverte de ces petits points blancs , qu'elle avait un aspect tigré ou piqueté ; on aurait dit que du caiomel venait d'être iusuflîé à sa surface. La nébulosité parcellaire peut s'offrir a diffé-

rentes profondeurs et à des épaisseurs fort variables ; sa couleur est les ])lus souvent ()I)aline ; elle constitue la cornéite au second degré {épikéralite) , si sa substance est conqmséc de fibrine. Ce degré de kératite peut être comparé à toutes les phlogoses non suppuralives accompagnées de finisses membianes ou d'adhérences par epancliement de lym[)hc plastique. Il est clair que rien n'empêche ce degré de kératite d'exister conjointement au degré précédent , ce qui se reconnaît à la présence de l'espèce de fumée ou de brouillard inleilauiellaire et des taches i)lastiques à la fois; on les rencontre cependant souvent isolément. Il est de ces cas où la tache inflammatoire 0CiMi[)e une moitié entière de la cornée , d'autres où tout le disque cornéal est devenu blanc à peu près comme une tranche de savon ; mais , le plus souvent, c'est aux extrémités des diamètres transverse et vertical que ces taches se rencontrent , précisément dans la direction des artères ciliaires.

» Lorsque la violence de la cornéite est très grande, ainsi que cela s'observe dans les cas aigus entés sur des cas chroniques, des bulles de sang peuvent s'épancher entre les lames de la cornée , ainsi que Wardrop l'a observé (apoplexie interlameilairej. C'est la cornéite au troisième degré [métakératite] ; elle existe toujours jointe au degré précédent , ainsi que l'indique la présence des taches fibrineuses.

» Rien n'est plus fiéquent enfin que de voir de la matière purulente au lieu de fibrine entre les lames delà cornée; c'est: le quatrième degré [hyper kératite). Cette matière occupe ordinairement la partie inférieure du disque cornéal, et prend le nom d'onyx , ainsi que nous le dirons plus particulièrement dans un des articles suivans.

n Ainsi donc, dans toute espèce de cornéite primitive ou secondaire, superficielle ou profonde , partielle ou totale , idiupatiiique ou symptomaùque, il y a trouble plus ou moins marqué de la diaphanéité de la cornée; avec cette différence que ce trouble est toujours moins prononcé dans la kératite primitive , c'est-à-dire qui débute dans la cornée même; on en conçoit la raison en réfiéchissant à la peiitesse extrême des vaisseaux qui la nourrissent.

Dans lakéralile secondaire , au contraire,

comme le mal irenvahit qiio peu à peu la cornée, lis vaisseaux <iui passent par les autres lissus malades souldilalés en abordant la cornée , et leur hypertrophie se continue dans linlerieur de cette membrane; do là, des épanchemens fibrineux, sanguinolensou même purulens. Le même fait s'observe en général dans les lissus diaphanes comme Tarachnoïde , la plèvre, le péricarde , le péritoine . la va;rinale testiculaire. etc. : on sait en eirclque le premier effet de rinflammation dans ces lissus, c'est de compromettre leur transparence.

» 2° Goii/lcmcnt lnwcUaire. Par cela môme que la cornéite entraîne inévitablement un épancliement de matière dans le parenchyme de la membrane malade , celle-ci doit élre nécessairement gonllee d'autant; ses lames en effet sont plus ou moins écartées entre elles par la nuUière en question; mais il y a une autie cause de gonflement , c'est la congestion des vaisseaux irrités qui la pénètrent, et l'Iiy- ])('rémie du tissu même de la cornée. Le boursoullcment de la cornée est <]uelqnefois porte au point (jue la chambre antérieure en est rclrc(ie ; ce caractère ce[»end.int est presque nul dans les kératites i)rimitives, par les raisons que nous venons «Vex poser. A joutons que chez (iuchiues individus , la chambre antérieure parait plutôt élargie : cela (hpend d'une hypersécrétion d'humeur atpieuse due à une irritation de la séreuse correspondante , et (pii complicjue l'affection cornéale; le boursoullenient de la subslanc e de la cornée cependant n'existe pas moins; tel était le cas d'une jeune femme pour laquelle M. Amussat a dernièrement désire avoir mon asis : la kératite s'était chez elle terminée par liydropisie de la chambre antérieure. Si la cornéite <'st Cdinpliiniee d'iiilis, il n'est pas rare de voiries deux membranes boursoullées 8'ap|)rocher , s'entreloucher , acq lérir des adhérences réciproques e! oblitcrer lalolahie ou une partie de la chambre antérieure.

» 3'' Coloration varuihlc. Nous venons d .jà de faire remaniuercjue dans le cas de kératite primitive , la cornée perd son poli , se trouble, desient mate, soit en partie, soit en totalité. Si substance étant infiliree par de la matière morbide, on conçoit (pTelle doit subir des modifica-

COR\ÉE

lions de coloration en rapport avec les teintes de cette substance. Le plus souvent elle est blanche ou légèrement opaline.

D'autres fois elle est jaunâtre et très fréquenunent rongeât re par la présence des vaisseaux hypertrophiés qui la pénètrent et de ceux de nouvelle formation qui sont engendres dans la lymphe plastique déposée entre ses mailles; cette coloration , bien entendu , n'existe (pie sur des points seulement où la nouvelle matière a été sécrétée; des faisceaux vasculaires plus ou moins hy[)ertrophiés se rendent ordinairement de la sclerotiipie sur la cornée, à ces deux points où la nouvelle substance existe. Lu décrivant le pannus, nous avons déjà parle d'une sorte de kératite superficielle (pli succède aux conjonctivites chroniques, et principalement à l'action irritante des granulations de la pauj)iére supérieure: dans celte circonstance, nous avons noté la coloration rouge qu'offre la cornée par les nombreux vaisseaux (jui la traversent.

» Au total, ce (piil m'imixirle de faire observer au sujet qui nous occupe , c'est que. dans la kératite primitive, la coloration se rcduil à un simple trouble nuageux ou à de petites taches fibrineuses, et que ce n'est que dans la kératite chroni(jue et dans la kératite consécutive (pie les autres colorations se manifestent.

n 4" Utccrations microscopiques. Chez les sujets lynn)hali(|ues , la corneile s'accompagne très fréquemment d'une ou plusieurs ulcérations très superficielles et très petites; pour les voir il faut regarder l'œil obliquement , de c(Mé, devant une fenêtre. Ces ulcérations ne sont pas plus grosses que la pointe d'une aiguille , elles sont creuses et reçoivent constamment qmhpjes vaisseaux qui entretiennent leur état morbide. On a prétendu que ces ulcciatious n'existent (pic chez les sujets rhumalisans ; c'est une erreur , on les rencontre souvent aussi chez les enfan»

scrofuleux.

» 5° /{amollissement. Comme beaucoup d'autres tissus, la substance de la cornée finit |)ar se ramollir lor8(prelle a été long temps enflammée. Ce ramollisseinent ne |)orte, bien entendu, (jue sur le point malade , aussi est-il plus ou moins étendu , suivant les cas. M. IMirault a parfaitement décrit ce caractère dans son

CORNÉE

mémoire sur la kératite chronique ; la cornée comuicnco à devenir nialc, puis tomenteuse connue un morceau do carton mouillé; enfin tout-à-fait pultacée, elle cède sous Paction des muscles droits , Lombe en avant et dégénère à la longue en slaphylOme, surtout lorsque le ramollissement est général.

» 6« Epiphora. Dans tous les cas de cornéite il y a larmoiement plus ou moins abondant. Ce caractère est des plus constans.

» 7* f^ascularitc. Zone vasculaire périphérique. La kératite primitive n'ollVe pas de vascularilé bien appréciable ; ainsi que nous venons de le dire , la cornée est trouble comme celle d'un œil de cadavre qu'on serre entre deux doigts, voilà tout. Cet état cependant ne reste pas longtemps sans s'accompagner dun certain degré d'injection vasculaire à la périphérie de la cornée, comme dans l'irilis. Le cas de la cornéite primitive excepté, toute autre espèce de la même maladie est accompagnée d'un cercle vasculaire très prononcé à la périphérie de la cornée ; ce cercle a été minutieusement décrit par M. IVlirault.

» Si la kératite est générale , la zone vasculaire est complète , elle a deux à trois lignes de largeur, empiète un peu sur la cornée, est plus foncée et saillante au côté interne ; sa couleur est carmin ; elle résulte de l'entrelacement anaslomotique des artères ciliaires etconjonctivales superficielles et profondes. Ces vaisseaux se dessinent autour de la cornée sous forme de bande , à cause de la résistance qu'éprouve le sang à se rendre sur le point enflammé de la membrane où Tirritation l'appelle.

» Si la kératite n'existe que sur la moitié de la cornée, la bande vasculaire ne représente qu'un demi-cercle; dans le cas où la cornéite n'est que parcellaire, au lieu d'une zone, les vaisseaux représentent de petits groupes isolés. Très souvent ces groupes répondent aux extrémités des deux diamètres vertical et transverse de la cornée, et sont évidemment formés par les artères ciliaires.

» Lorsque la kératite est consécutive à l'inflammation de la conjonctive, la vascu-

larilé cornéale est superficielle et dépend more, Travers, Mirault et plusieurs autres

évidemment de l'hypertrophie des vaisseaux de la conjonctive, (r. art. Pannus.)

» Dans tous les cas où la zone vasculaire existe on trouve l'iris plus ou moins enflammé, ou bien la sclérotique elle-même est injectée, et la conjonctive parlici[)e à son tour à ce travail de congestion.

» En résumé , des sept caractères physiques que nous venons d'étudier , la nébulosité, le larmoiement et le ramollissement sont les plus constans dans toutes les variétés de kératite. La vascularité, l'apoplexie interlamellaire et l'onyx ne se rencontrent que dans les cornéiles compliquées d'autres phlegmasies, et s'offrent le plus souvent à l'état chronique.

M B. THYSiOLOGiqvES. i"" Photophohie.

Ce symptôme n'est pas constant , je l'ai rencontré cependant dans le plus grand nombre des cas de kératite que j'ai eu à traiter. Il est quehjuefois variable , c'est-àdire qu'il existe pendant certains jours, pas dans certains autres. Tel était le cas d'une dame qui m'a été présentée par M. le docteur Yvan fils ; la photophobie n'avait lieu que par intervalles , et son intensité n'était pas toujours la même ; cette dame était alTectée d'une kératite parcellaire avec ulcérations microscopiques. Dans un autre cas de kératite parcellaire avec ulcération, qui m'a été présenté par le même confrère, la photophobie manquait complètement. Elle manquait également dans plusieurs autres. Elle était pourtant très prononcée dans la plupart des cas de kératite scrofuleuse primitive que j'ai vus. Dans toutes les observations de cornéites chroniques présentées par M. Mirault, la [thotophobie a été un des caractères les plus fidèles.

» On s'épuise en. conjectures pour s'expliquer la pathogénésie du symptôme en question , tandis qu'il est si facile de le rapporter à l'irritation immédiate de la rétine , ainsi que je l'ai déjà dit à l'occasion des conjonctivites;

" 2» Sentiment de plénitude oculaire.

Que la kératite soit simple ou compliquée, le malade éprouve un sentiment de plénitude dans l'œil qui est le résultat de la congestion irritative dont cet organe est le siège ;

» 3° Douleur péri-orbitaire. Middie-

74 CORNÉE

s'accordent ;\ dii e que le? niabdes atteints rence de keraiite accusent une douleur à la tempe, au front et dans la direction des rameaux du nerf frontal. Ce caractère cependant n'existait pas, ou bien il n'était prononcé qu'à peine, dans le plus grand nombre des cas (jue j'ai observés.

M 4" Trouble de la vision. Les malades ne voient les objets que comme couverts d'un brouillard , ou bien ils ne les voient qu'à prine , et dans quelques cas, pas du tout. Cela dépend de l'o[)aei!é de la cornée et de l'irritation plus ou moins profonde de la rétine.

» 0° réaction constitutionnelle. Variable comme dans toutes les autres ophtlialmies.

» C Terminaisons. 1" I^csolulion. La cornée peut reprendre sa transparence et l'usage de ses fonctions d'une manière complète ;

M 2° Maladies secondaires. Le plus souvent cependant, la kératite ne se termine qiie par une maladie secondaire |)lu5 ou moins grave. Nous avons déjà indiqué cesmabidies, et nous y reviendrons ailleurs. .. (Hoguetta, Cours d'opht.^ p. 202.)

5 IL Etioi.ogie. <( Ses causes locales sont, dit M. Velpeau, ou traumati(|ues, et comprennent les plaies, les coups, les brûlures, raclion (\vi^ corps étrangers, toutes les violences extérieures, enfui; ou se rapportent à l'action de l'air froid ou de Thumidité sur la tête ou les veux : aussi les malades en accusent-ils presfjue tous un coup d'air, un refroidissement subir, ou le contact de la pluie sur la f.ice. Le refroidissement du Iront ou de la tempe est même 1.» piincipale cause (jiip signale M. \\ eller. \ cps causes, j'ajoufciai la préexistence de quelque autre, maladie de l'œil ou des paupières II faut y joindre aws>.i linsolalion et la réverbération du soleil dans les pays cbauds, l'espèce de caulcrisalion objective à laquelle >ont si souvent exposés les forgerons, les serruriers, etc.; enfin raclion immédiate du pus. de matières virulente':, ou fie liipiides malpropres, introduits entre les paupières. » {Dicl. cit., pag. 72.)

^ III. pRDNOSTic. Toujours grave «lans la kératite chronique. Il est rare elTcctivement qu'une cornée , plilogosée depuis lung-lempî , reprenne toute sa transpa-

et pir conséquent que la vue se rétablisse complètement. Il en est autrement dans la kératite superficielle et légère; elle se termine ordinairement par résolution.

^ IV. Traitement. « Le traitement de la première période de la kératite aiguë doit, dit M. Middlemore, être basé sur les données suivantes: i"de[)létions sanguines proportionnées à l'intensité de la maladie. Si le sentiuicnt de tension dans l'œil et de doiileur à la tète est considérable , si la rougeur sclérotidale est très prononcée, la saignée doit élie abondante , afin de prévenir l'altération de la structure de la cornée; 2° purgatifs , surtout au début de la maladie ; 5° mercure intérieurement jusqu'à la salivation. Ce moyen est des plus eflicaces pour arrêter l'inflammation, surtout si ou le donne jus(|u'au ptyalismc qu'on doit entretenir par de petites doses successives de ce remède. Sous son influence, la cornée s'éclaircit. Si vous discontinuez [»rcmalurement l'tisage du mercure, vous serez obligé de reconnnencer le traitement, ce qui occasionne des longueurs et rem[)loi d'une plus grande somme de mercure pour com[)léter la cure. Il est bien entendu (jue, pour ai.'ir aussi énergiquement , je suppose que l'état nuageux de la coinee dépend d'une [ililogose actiiellement existante et non d'une déposition ancienne (b; lymphe plasti(|ue. Si cependant la keraiiie menace de gangrène, ternjinaisonciui s'annonce par une leintejaunàlre et une dépoli^sure parti» ulière «le sa surface, le merciu'e serait contre indiqué, les stimulans sont alors [)relérables; plus tard, né.inmoins, les mercuriaux pourraient convenir encore après (pie la vitalité aura été relevée; 4" fomentations oculaires aNcc de l'eau chaude, ou des bains locaux avec de l'eau de Goulard , ce qui produit un efTel agréable sur l'organe, et permet, en même teuq)s de soustraire celui-ci à l'action de la lumière; 5'^ applications contre-irritantes à la tempe et au sourcil. Duis la période la plus aii:ué de la maladie , je recoimnande généralement les vesicatoires autour (hr l'orbile. Lors(pie le mal est chronique, je préfère remjiloi d'iin selon, et je persiste dans l'usage des saignées et de la diète.» {Ouv. cit ^ p. 455.)

•( Kien n'est plus propre, dit M. \eU

peau, h faire re^sonir le vagae qui règne dans la tlit'rapeiiti(iiie oculaire, el le besoin (le débrouiller un peu ce cbaos, que ce qui arrive pour la kératite. Tout a été conseille contre cette nialadie, et tout réussit si on en croit quelques auteurs, tout échoue selon d'autres. La plilebotoniie, les sangsues, les ventouses, les purgatifs, les niercuriaux, les collyres et les to[)i(iucsde toute espèce ont été vantés tour à tour, et chaque jour un nouveau remède n'en vient pas moins accuser TinsufTisance des autres.

C'est qu'en elïet on a ici, surtout, plusieurs écueils à éviter. D'abord, il faudrait ne pas confondre l'influence du temps ou de simples coïncidences avec relfet des uiédications essayées , comme il arrive presque toujours dans les premiers degrés du mal lorsqu'on a des idées préconçues en faveur de tel ou tel moyen. Un second écueil se rattache à la dilTiculté de bien distinguer les différentes variétés de la kératite. Le troisième tient à l'ignorance où l'on reste, dans la plupart des cas, sur la cause générale de la maladie; viennent enfin la manière dont on applique les remèdes et les renseigneniens inexacts que procurent les malades. )> [Dict. cit., p. 77.)

Un remède qui a été beaucoup vanté par M. Mirault, c'est Texcision du bourrelet vasculaire autour de la cornée. Ce moyen cependant n'est applicable qu'à la kératite chronique. Durant la période aiguë^ c'est surtout d.uis l'usage des saignées , des purgatifs répétés, el des frictions périorbitaires de pommade mercurielle camphrée qu'il faut compter. ?sou8 avons plusieurs fois associé à ces moyens l'usage intérieur de l'extrait de ciguë avec un avantage très marqué. C'est de l'extrait de la petite ciguë, préparée avec le jus non dépuré de celte plante, dont nous nous sommes servi, sous forme pilulaire,de 4 à 20 grains par jour (2i) centigr. à 1 gram.). Un autre remède qui nous a donné d'excellens résultats contre la kératite chronique, c'est la douche d'eau froide salée, que le malade reçoit sur les paupières fermées. Au reste, tous les remèdes indiqués à l'article Conjonctivite sont applicables à la kératite.

$ V. Opacités ou taches. Une des teminaisons les plus fréquentes de la kératite est, sans contredit, l'opacité de la

CORNÉE. 75

s(d)stanccde la cornée. On donne le nom de /frcA^ àundépôt de lymi>heplasti(iue entre les lames de celte membrane tpii trouble mécanifiuemeut l'exercice de la vision; les cicatrices, les varices profondes de la cornée, sont aussi au nombre des taches cornéales. Le mot tache ou taie exprime une certaine iiu'galite remarquable de tissu ou de couleiu" qui n'entraine pas nécessairement l'opacité. Il est effectivement des taches sur des tissus, soit organiques, soit inorganiques, qui sont transparentes, tandis que la lésion que nous voulons étudiera, pour caractère essentiel, l'opacité. Aussi le mot opacité serait-il, selon nous, préférable à celui de taclie ou de taie. Les anciens se servaient, pour exprimer les opaciiéscornéales , du mot générique leucôme , mot grec qui signifie hlancheiir.Les Komainsie traduisirent ^diralbugo, ce qui est très exact. De sorte que ces deux mots étaient tout-àfait synonymes. Dans ces derniers temps, cependant, leur acceplion a été déviée de son sens primitif; on a appelé albugo les opacités récentes ou susceptibles de résolution, et l'on a appliqué le mot leucôme aux seules taches indélébiles , dépendant soit de cicatrices cornéales, soit dun alhugo terminé par indiu-aiion.

On a admis une troisième variété, c'est le nuage, esj>èce de trouble de la cotiche superficielle de la cornée qui accompagne ou suit certaines conjonctivites chroniques. Il y a cette différence entre le nuage et l'albugo, c'est que le premier est superficiel et permet de voir l'iris à travers sa substance, tandis que le nuage est complètement opaque. Ou pourrait, en conséquence, considérer le nuage , l'albugo et le leucôme, comme trois degrés d'une même maladie , dont le nuage serait le premier, et qui peuvent se remplacer l'un par l'autre ou même exister à la fois sur une même cornée.

Une quatrième variété est celle qu'on observe chez les vieillards et qu'on appelle gérant oron on arc i^cnile.XJne cinquième est celle que Scarpa a décrite sous le nom de spongionté sanguine de la cornée , et qu'on a, dans ces derniers temps, appelée tache hémalosiguc. Une dernière enfin consiste dans des ossifications formées dans le tissu cellulaire sous-jacent à la membrane de Ihunieur aqueuse ou à la portion

CORNÉE

de la conjonctive qui couvre la cornée.

S* I. Caractères. A. Nuage. « C'est la taie la |)lus légère , la plus superficielle et la plus facile à guérir. Elle consiste dans une déposition de sérum ou de lymphe entre les mailles du tissu sous-conjonclival de la cornée , et se rallie toujours à une conjonctivite chronique, variqueuse (cirsophthahnie externe}. Le nuai^^e a ceci de propre qu'il laisse voir Tiris à travers sa substance, et n'anéantit pas complètement l'exercice de la vision. Ordinaireuient , cette opacité est générale, dilfuse , quelquefois hémisphérique ou parcellaire. On peut résumer ainsi ses caractères.

M 1° Physqiics. Conjonctive globulaire engorgée, infiltrée, œdémateuse, épaissie. Tissu sous-muijueux de la cornée, et couches superficielles de cette membrane , infiltrées d'une manière lactescente, analogue à de la fumée , à de la vapeur insinuée entre ses mailles. Vaisseaux plus ou moins variqueux , comme dans le pannus commençant. Pupille dilatée le plus souvent.

» tZ" Phyf^inlogif/nes. Vision faible , trouble, indistiucie , connue si les objets étaient couverts duu gaz, d'un brouillard. Symptômes des conjonctivites chroni(iues ou des kératites légères.

») H. Aldlco. Cette expression est d'origine latine, elle signifie blancheur, chose blanche. On a voulu exprimer parla les taches de la coince rpii résultent d'une déposition de lymphe plasti(|ue, ainsi que cela s'observe dans les kératites au second degré (épicornéite ). L'albugo dillère du niiage, d'abord par sa nature fibrineuse, ensuite par son épaisseur plus considérable ; il ne laisse pas , en elfet , voir l'iris à travers sou tissu , comme le nuage , il est ordinairement opaipie , mais presque jamais diffus ; enfin , par sa situation profonde , il peut exister d'ailleurs sans maladie de la conjonctive. Il a ceci de commun a\ec le nuage (ju'il peut se résorber et diparaitre L'albugo, couime on le Noit, se raliarhe constamment à une inllammatiou de la cornée , et peut être comparé aux fausses membranes, ou jilutôl aux llocons de ly mphe plasti(pie (ju'on observe <à la place d e«; séreuses enfiammee^i ; il donne lidce d'uu c maladie (|ui est susceptible de résolution, bes complications sont ordi-

nairement de nature inflammatoire. On conçoit du reste sans peine que l'albugo peut se trouver combiné au nuage. C'est ce qu'on voit surtout dans le pannus dépendant de l'action irritante des granulations de la paupière supérieure.

» 1° Physiques. Cornée tachée par des dépôts fibrineux , circonscrits, à des profondeurs variables. Vaisseaux succursaux, comme ceux de la kératite. Conjonctive saine ou malade.

» 20 Physiologiques. Champ visuel rétréci ou anéanti , selon l'étendue et le siège de la tache. On conçoit que si le dépôt existe sur les bords de la cornée et qu'il n'encombre pas la pupille, la vision n'est que réirécie, c'est-à-dire qu'elle n'est pas aussi étendue qu'à Tétat normal. Ce rétrécissement visuel est d'autant plus prononcé et incommode que la tache se rapproche du centre de la cornée. A l'hémisphère inférieur et à l'externe , les taches nuisent plus à la vision que lorsqu'elles existent en dedans on en haut de la cornée. C'est parce qu'on regarde plus souvent de haut en bas et de dedans en dehors que dans les sens contraires. Lorsque la taie existe dans le milieu, la ^ision peut être abolie complètement ou en grande partie. Si cependant l'opacité n'a pas une grande étendue , les rayons latéraux pertncttent de voir jusqu'à un certain point; l'ccil se tourne latéralement et devient louche, lorsque, bien entendu, l'autre organe ne peut pas le remplacer , ou même quand l'autre organe est en assez bon étal: tel était le cas d'un malade de pro\ince pour lequel I\l. Londe a dernièrement désiré avoir mon avis. Dans ces efforts fonctionnel^, la pupille finit par subir un certain déplacement, se portant du côté de la tran»«parence. Ce tiraillement de la pupille , joint à la croissance de la cornée, chez les enfans, explicpie comment les taches de cette membrane se trouvent déplacées à la longue par rapport à l'axe pupillaire.

» C. Leucome. lo Physiques et physiolngi'/ucs. C^omme dans l'albugo, avec celte seule diirerence (jue, dans le leucome,la tache est dure, organisée, perlée, analogue quebjuefois à la face interne des cocpiilles dhuitres.

« D. OrAciTÉ iiÉMATOSiQLE ( lachc

CORNÉE

sanguine de Scarpa, vascularité cornéale des Anglais). « Il existe , dit le vénérable Scarpa, une autre espèce ô'albufjo^ suite d'ophthalmie chronique variqueuse , dans laquelle non seulement les vaisseaux sanguins de la conjonctive qui tapisse la cornée sont dilatés outre mesure, mais aussi ceux qui entrent dans la composition de cette membrane elle-même. Dans celte espèce d'albugo, Tépanchement qui se fait entre les lames de la conjonctive est plutôt sanguin que lymphatique; de sorte que si l'on retranche avec Tinstrument les vaisseaux variqueux qui parcourent cette membrane, on obtient bien l'évacuation instantanée des vaisseaux qui se rendent à la cornée , mais ils se remplissent bientôt de nouveau, parce qu'ils communiquent avec d'autres vaisseaux plus petits , situés profondément dans la texture môme de la cornée. La preuve de cela, c'est que si l'on pratique de petites ponctions sur l'œil, le sang sort comme si l'on exprimait une éponge. Cette espèce d'albugo , produite par l'excès de distension des vaisseaux superficiels et profonds de la conjonctive et de la cornée , résiste à tous les moyens préconisés jusqu'ici pour rétablir la transparence de la cornée , même à l'excision des vaisseaux et à l'emploi des topiques astringens et corroborans. » Tel est le tableau plein de vérité qui nous a été laissé par le chirurgien de Pavie sur l'opacité hématosique de la cornée. On ne confondra pas cette maladie avec le pannus dont nous avons parlé. Le pannus, en effet, est une affection de la conjonctive cornéale et des couches superficielles de la cornée, tandis que l'opacité hématosique appartient exclusivement à la substance propre, au parenchyme de cette membrane. Ces deux maladies peuvent exister séparément, mais on les rencontre souvent ensemble.

Une chose importante à faire noter à ce sujet , c'est que les vaisseaux à sang rouge qu'on voit dans la substance de la cornée sont le résultat d'une hypertrophie chronique des vaisseaux normaux et invisibles de Tétat normal , ou bien de nouvelle formation. On pourrait, je crois, comparer l'altération dont il s'agit à l'hépatisation pulmonaire commençante.

>' i° Physiques. Cornée opaque et rougeâtre, soU ps^iiieilement; soi( dm^ toute

son étendue. Plexus vasculaire dans le tissu corneal, de dimensions variables, se continuant avec une zone vasculaire péricornéale, comme dans les kératites chroniques ; obscurcissement cornéal. Albugos circonscrits et nuages quelquefois. Symptômes de cornéite chronique. Com[)lications diverses.

» 2" Physiologiques. Abolition complète ou presque complète de la vision.

» E. Opacité ostéique (ossification de la cornée). Plusieurs faits prouvent que certaines opacités de la cornée ne sont autre chose (jue des ossifications partielles de cette membrane. Ces ossifications peuvent être comparées à celles qu'on rencontre soit dans les articulations de certains sujets goutteux et rhumatisans , soit dans la substance de la vaginale lesticulaire, du péricarde , de la plèvre , etc. Elles sont tantôt parcellaires, tantôt lamellaires ; leur siège est dans le tissu sous-conjonctival de la cornée, entre les lames de cette membrane , ou bien à sa face postérieure sur la membrane de Descemet. Dans un cas rapporté par Wardrop [ouv. cité, t. i, p. 72), la cornée était généralement opaque. Après la mort, la dissection a fait connaître et extraire d'entre les lames de cette membrane un feuillet osseux, dur, lisse , de figure ovale , pesant deux grains. Dans un autre cas du même auteur, la dissection a fait constater des parcelles calcaires inégales sur la face postérieure de la cornée. Sanderson a traité une femme âgée de trente et un ans, pour un leucôme fort incommode , s'étendant de la partie supérieure de la cornée à la face interne et postérieure de la sclérotique ; la tache avait quelque chose d'anomal , et paraissait faire saillie dans la chambre antérieure comme un corps étranger ; il a pratiqué un lambeau à la cornée, comme pour extraire le cristallin , a saisi avec des pinces le prétendu leucôme, et l'a extrait en employant une certaine force; c'était une lame osseuse , de l'épaisseur du papier à écrire , et ayant plusieurs lignes de superficie : la malade a guéri. Un fait absolument pareil , opéré de la même manière , a été dernièrement rencontré dans un des hôpitaux de Londres, j'en ai reproduit les détails dans la Gazette médicale. Des observations analogues se trouvent consi-

78 CORNÉE

gnees dans les ouvrages de Clcmens et de Travers. Quant an mode de formation de ces sortes de lames ossenses , je me suis longuement cxpliciué dans un autre travail. (f^. Les t]ualre nuinoires sur les ossificalions accidentelles , insères dans la Gasette médicale de Paris, 1854-5o.)

w F. (iÉiio>TO\ON , arc sénile , ou tache périphérique des xicillard.'i. A[)rès l'âge de cinquante ans , la i:('riphérie de la cornée présente, chez beaucoup de j)ersonnes, une opacité blanchâtre semblable

à une zone ayant une ligne à une et demie de largeur; je ne l'ai jamais vue dé[)asser cette limite, \\are, cependant, allirine que chez quelques vieillards cette bande occupe presque toute la cornée, et ne laisse qu"à peine un point diaphane dans le centre pour le passage d'un pinceau de rayons sur la pupille. Aucun lait , cependant , n'existe cpii prouve (]ue la vue ait ete sérieusement endounnagée par cette espèce de tache. On s'accorde généralement à la croire innocente, et à la considérer couune une sorte d'atrophie sénile , d'ehurnation de la cornée; pourtant les blessures faites dans ce cercle, pour rextraciion de la cataracte, se reunissent assez bien. Je dois ajouter que , dans quelques cas très rares, l'opacité en question a été rencontrée en bas âge; \\ aidrop la vue chez un enfant qui venait de naître , et je Tai observée chez un séminariste âgé de vingt et quelques années, arlonne à la masturbation cl menacé de phthisie.

n G. Terminaisons. 1" Résolution com plète ou incomplète , si Topacilé est de nature absorbante, comme le nuage et l'albugo recens ; 2" état statiounaire; 5° cécité et atrophie oculaire dans quelques cas. » (Ho;:netla , p. 2ir>.)

Traitkaient. « L'indication curative, dit Scarpa, que présente le petit nuasc de la cornée, consiste à faire reprendre aux vaisseaux varicjueux leur diamètre naturel ; ou si cela n'est pas praticable , à détruire toute communication entre les troncs les pins saillans des vaispeaux variqueux de la conjnnctive et les racines drhees, <pn procèdent de la surface externe de la cornée où siège Topacilé. La première méthode de traitement con.Msle dans l'usage des topicpies a-^tringens et foriitians, tels que la poumiade

ophthalmique de Janin. Quand le petit nuage n'est ni ancien ni étendu, on atteint souvent i)ar ces moyens le but qu'on s'était propose; mais lorsque l'opacité est avancée vers le centre de la cornée, l'expédient le pics certain est l'excision du petit faisceau de veines variqueuses près de ses racines, cVst-à-dire près du siège du nuage. Par celte oi)eraîion, le sang accumulé dans les veines dilatées de la cornée est évacué, et les vaisseaux variqueux de la conjonctive, ne recevant plus de sang, ont le temps de se contracter et de reprendre leur ion. Knfin, la matière albumineuse, répandue dans le tissu de la lame même de la conjonctive qui recouvre la cornée, ou dans le tissu cclhilaire ipii réunit ces deux membranes, est absorbée. La vitesse avec laciuelle le nuage disparait est très rcmar(]uab!e ; en général, vingtquatre heures après l'opération suffisent pour cela. L'étendue qu'on doit donner à la rescision (\c:> vaisseaux variqueux de la conjonctive dans les circonstances dont il est question se trouve déterminée par l'extension du ])elit nuage sur la cornée, et par le nombre des petits faisceaux des veines vari(iueuses et noueuses les plus saillantes; de sorte que si le petit nuage est d'une étendiie médiocre , et qu'il n'y ait qu'un seul petit cordon de vaisseaux variqueux qui lui corresponde, c'est seulement lui (pie le chirurgien devra enlever. S'il y avait i)lusieurs points nébuleux sur la cornée, et par conséquent un grand nombre de faisceaux de veines vari(|ueuses plus saillantes et plus gonflées i\ue les autres, et disposées en rayons d'espace en espace sur toute la circonlérence du blanc de l'œil, le chirurgien exciserait circulairement la conjt)nctive, vers le point de réunion i\o la scleroti(iue avec- la cornée transparente. Il aura ainsi la certitude de comprendre dans la section tous les faisceaux vasculaires variqueux. Il est bon d'avertir que la simple incision de ces faisceaux ne suffirait i)as pour intercepter d'une manière permanente la communication directe qui s'est établie entre les troncs des veines de la conjonctive et leurs racines nées de la face exiernc de l.i cornée. .Après l'incision faite avec la lancette, }<ar exemple, il est très vrai que l'une et l autre portion des vaisseaux coupés s'é-

cartent en î^ens opposé , et laissent un intervalle manifeste entre elles; mais il est également certain que peu de jours après l'opéraiion , les bouches de ces mêmes vaisseaux se rapprochent de nouveau , et se réunissent de manière à reprendre leur continuité primitive. Il résulte de là que pour retirer de Topéralion en question tout l'avantage possible, il faut enlever par Texcision une petite portion du faisceau variqueux avec une quantité égale de la conjonction qui le recouvre. Un aide intelligent doit être chargé du soin d'ecarter les paupières en même ten»ps qu'il fixe la tète du malade contre sa poitrine. Le chirurgien saisira alors avec des pinces très fines le paquet de vaisseaux variqueux au voisinage du bord de la cornée, et le soulèvera un peu, ce qui est facile à cause de la laxité de la conjonctive, ensuiieavecdepelilsciseauxcourhes.il excisera ces vaisseaux, et avec eux une petite poriion de la conjonctive, en donnant à la section une figure semi-lunaire, et autant que possible en rapport avec la forme de la cornée. Si le cas exigeait qu'on attaquât plusieurs faisceaux de veines variqueuses, isolés et séparés par une distance convenable sur le blanc de Tœil, le chirurgien relèverait avec les pinces ces faisceaux Tun après l'autre , et les exciserait successivement ; mais s'ils étaient très rapprochés, et occupaient toute la circonférence de l'œil, il emporterait circulairementla conjonctive sans interruption, en suivant les limites de la cornée et de la sclérotique,et en comprenant avec elle tous les paquets variqueux dontil a été question. Cela étant fait, il laissera couler librement le sang des vaisseaux divisés , il excitera même cet écoulement en faisant des fomentations sur les paupières, jusqu'à ce que le sang s'arrête spontanément. » [Sulle malattie degli occhi^ c. vui, et Sam. Cooper.)

« Il est d'observation que le leucôme, le nuage et Talbugo sont le plus souvent alimentés par des vaisseaux hypertrophiés qui passent sur la cornée ou qui pénètrent dans sa substance et aboutissent à la tache. Quelquefois même ces vaisseaux sont la partie la plus essentielle de l'opacité, comme dans la taie hématosique , par exemple. Il y a évidemment indication d'enlever ces vaisseaux, ou du moins de

CORNÉE. 79

rompre leur communication avec la cornée; mais on conçoit bien que ce n'est qu'après que tout symptôme inflammatoire a été enrayé qu'on peut viser à ce but. On s'est plusieurs fois contenté de saisir les plus superficiels d'entre eux, et de les diviser avec une lancette ; mais l'expérience a fait voir que ce procédé était insuffisant, leur circulation se rétablissant bientôt après. Scarpa et Monleggia en ont proposé l'excision sur la périphérie de la cornée, conjointement à une portion de la mu([ueuse dans laquelle ils marchent. Cette opération a été pratiquée quelquefois avec avantage par plusieurs chirurgiens , mais très souvent aussi elle est insuffisante, car plusieurs vaisseaux qui alimentent l'opacité sont profondément placés et passent de la substance de la sclérotique à celle de la cornée, sans pouvoir être saisis par les pinces ni par l'érigne. C'est ce qui a lieu surtout dans l'opacité hématosifiue. M. Riberi a pensé que l'incision de la cornée, comme po'T

I extraction du cristallin , pourrait dans ces cas procurer l'atrophie de ces vaisseaux, et, par conséquent, l'éclaircissement de l'aire cornéale ; il assure l'avoir plusieurs fois mise en pratique, et avec succès. {Ouv. cit.^ p. 1U3.) Le même procédé avait été déjà proposé par Wardrop, dans les cas de nuage accompagnés de plénitude oculaire Cette médication mérite d'être d'autant mieux prise en considération, que la maladie à laquelle on l'applique est fort grave, et au-dessus des autres ressources de l'art ; elle est applicable également dans les cas de pannus.

II est bien entendu que la cornée ne devra être incisée que du côté de la vascularité seulement, et après que l'élément inflammatoire aura été dissipé. Si la vascularité était générale, on pourrait opérer d'abord d'un côté, et quelque temps après de l'autre. Nous venons de voir d'ailleurs que la même opération est indiquée aussi en cas d'opacité ostéique. » (Rognetta p. 219.) '

« La guérison des taches anciennes de la cornée, dit M. Yelpeau, est on ne peut plus difficile. Le fait extrêmement curieux raconté parVetch.d'iui malade qui, affecté détaches anciennes, profondes, étendues, devint phthisique, et recouvra la vue quel-

8,, CORNÉE

ques jours avant la mort, n'est qu'une exception rare. Celles qui sont légères et récentes se ilissipent encore avec assez de facilité. Les pins épaisses ne s'éelaircisgent presque jamais. La chirurgie possède cei)endant une foule de moyens à leur opposer. VVare prétend en avoir guéri avec l'onguent eitrin mêle au cérat ou avec la solution de sublimé. Le même auteur vante aussi l'alun mêlé à neuf parties de sucre contre Talbugo en particulier. Gouan, qui invo(iue le tenioign/ige de Linné et des habitans des Pyr«nees, a publié un mémoire pour prouver qu'on en triomphe au moyen de riiuile de noix. Les asiringens ont procuré quelques succès à Scarpa, et M. Lawrence se loue de les traiter d'abord par les anti-phlogisti(pies. Le laudaïuim de Sydenhan), la solution de nitrate d'argent, de pierre divine, etc., ne sont pas à dédaigner. J'en ai usé avec avantage. Je me suis servi aussi du calomel et de la tuthie, (jui m'ont paru produire les mêmes elfets. Ce n'est guère que dans la nubecule, néanmoins, (|ue de tels moyens réussissent parfois. Une poudre qui n'est pas assez enq)luyêe en i)areil cas est celle de bismuth. Je citerai, entre autres, une demoiselle de iSantes, qui fut débarrassée d'un nuage épais, voisin de l'albugo, en six semaines, au moyen de cette substance (sous nitrate) réduite en poudre impalpable et mêlée avec parties égales de sucre. Dans le cas de nubecule avec excoriation, un léger attouchement avecla pierre infernale, rêp»'lê iilusieurs fois à (piatre ou ciiKi jours d'nitervalle , est encore un bon reuiede. Si la tache est profonde, d'autres ressources sont indispensables. L'excision «pii correspond au point malade est une des

plus employées D'autres médications

ont encore ete i)r()p()sees contre h's taches de lu'il. Les traverser a\cc un selon très fin, quand elles sont épaisses et rebelles, est un moyen (ju'a Tinslar de l'ellier et de 1\L de la Une INI. W eller n'hesilerait l)as a employer. Peut-être favoriserait on ainsi l'absorption d'une partie de la matière dont le tissu de la cornée est infiltre, comme on aide au dégorgement des parties molles qui entourent un trajet (istuleux en suppiiration ; mai*;, counnc on s'expose en même temps a (aire naitre de nouvelles mUammulions sur les points en-

core transparens, je neponi?e pas que cette ressource doive être tentée. » [Dict. cité.)

Ces moyens ne sont pas les seuls qui aient été proposés ou employés pour combattre les opacités de la cornée.

« Lorsque l'albugo était devenu tout-àfait aioni(|ue, Demours avait pour pratique de le pi(pier une ou plusieurs fois avec la pointe d'une lancette portée obliquement, pour ne pas percer la cornée de part en part; il |>re>crivait ensuite l'usage de bains locaux d'eau de IJalaruc. Travers se vante aussi beaucoup de cette conduite; il prati(iue la ponction ta l'aide d'une aiguille à cataracte. On pourrait se ser\ir également d'une aiguille à acupuncture et y diriger un courant galvanique ; ce moyen pourrait déterminer la résolution des laies qui auraient résisté aux autres remèdes : j'attends la première occasion pour le mettre en usage. Je me sers déjà depuis quehjue temps des courans galvaniques dans plusieurs maladies graves de l'œil avec un succès inespéré; j'en ferai connaître les détails à mesure (pie l'occasion s'en présentera. Je dirai enfin que quelques personnes avaient proposé de passer un petit selon très lin dans la substance de la taie, et de l'y laisser (|uelque temps : ce projet me ])aratt peu rationnel. On avait cru autrefois (pie certaines taches de la cornée pourraient être excisées avec le scalpel ; on n'avait pas réfléchi que ce moyen donnait uécessairement lieu à une cicatrice consécutive aussi fâcheuse, ou plus fAcheuse même que la couche opaque ({u'on voulait enlever, et qu'en aflaiblissantla cornée on déterminerait la formation d'un staphylome grave. Un chirurgien qui a voulu prali(pier celle opération, malgré les avis contraires deDesault et Demours, qui avaient été consultes à cet objet, a vu naitre (pielque temps a()ès un staphylome énorme sur le lieu de l'excision.

u D'autres ont proposé denlever le leuecMne lorscpi il est gênerai en excisant circulairement la cornée, comme dans l'amputation de l'iril {f^. p. G9), et d'y coller une nouvelle cornée qui [)rtt remplir les fonctions de celle de I état normal. Cette idée est née en 178^ à INIontpellier, et a rf(;u l'approbation de celte Faculté. Elle consiste à faire fabriquer une cornée en verre, ca corne ou en écaille fine, ayant

de petits trous à la circonférence , pour èlre cousue sur le cercle antérieur rie la sclérotique aussiiôl <|uc la co; née leucomateuse aura été enlevée. Pellier décrit sérieusement plusieurs procédés pour cet objet dans le tome r de sou Précis du cours d'opérations sur la chirurgie des yeux , p. 94.

» Dans ces dernières années, cette idée a été prise en sous-œuvre en Allemagne, Reisinger a proposé de remplacer la cornée excisée par une cornée d'animal vivant, celle du porc, par exemple , qu'on fixerait à Paide d'une suture fine comme dans les procédés connus d'autoplastie.

Des procédés divers ont été imaginés. Comme cependant tout cela n'est encore qu'un simple projet, je m'absiiens de reproduire plus longuement les détails qui s'y rattachent; ils se trouvent consignés dans plusieurs journaux de médecine. » (Rognctta, ouv. cit., ]). 221.)

M. Dieffenbach enfin a eu l'idée d'exciser complètement le leucôme et de réunir les bords de solution à l'aide d'une suture fine. Une petite fille qu'il a traitée de la sorte a, dit-on, éprouvé de l'amélioration dans la faculté visuelle.

§ III. Abcès. « Lorsque du pus, dit M. Wardrop , est épanché entre les lames de la cornée , on y voit d'abord une tache dune teinte jaunâtre , semblable à la couleur du pus ordinaire , qui , d'abord très petite , augmente d'étendue à mesure que la matière purulente devient plus abondante. En changeant la position de la tète on ne fait pas varier celle de cette tache. Si l'épanchement purulent se trouve entre les lames extérieures de la cornée, ou sous le prolongement de la conjonctive qui recouvre cette partie , il se forme à l'extérieur une tumeur dans l'intérieur de laquelle on peut distinguer la fluctuation du li(pnde en la touchant avec la pointe d'un stylet. Le changement de forme de la cornée que nous venons d'indiquer se voit facilement lorsqu'on regarde l'œil de côté. Quand le dépôt du pus est situé entre les lames internes de la cornée , il n'y a aucun changement de forme visible à l'extérieur; mais en touchant la partie affectée avec la pointe d'un stylet , on v»)if la tache changer de |)lace et s'élargir un peU; et on peut même sentir une lluclua-

TOM£ lU.

CORNÉK. SI

tion plus oti moins distincte. Ces collections [luruienles peuvent se former <hu% tous les points de la cornée; fiuehjuefois elles changent graduellement de place, et descendent vers la partie la plus dédivc de cette membrane ; quelquefois ces taches changent de forme aussi bien que de place. Du reste, il est très rare (ju'elles recouvrent plus du quart ou du tiers de la surface de la cornée. Souvent , lorsque le pus est en petite quantité, la résorption se fait d'une manière complète pendant que les symptômes inllaminatoires diminuent, et le dépôt ne laisse aucune trace sur la cornée. Dans d'autres cas la surface de cette tunique présente ime légère érosion qjii bientôt se transforme en ulcère et occasionne l'opacité de la partie alFecléc. Enfin, dans quebjiies cas rares , on voit les lames internes de la cornée céder et livrer passage au pus , qui s'épanche alors dans la chambre antérieure de l'œil. Lorsqu'on prati(]ueune ouverture artificielle aux parois de ces petits abcès, le pus ne s'écoule pas si facilement : quehpiefois même cette matière est si tenace , et se trouve renfermée dans une cavité si irrégulière, que non seulement elle ne s'échappe pas, mais encore elle ne peut être extraite que par les moyens de l'art. C'est principalement aux cas dans lesquels du pus s'amasse entre les lames de la cornée qu'on donne le nom (Vunguis ou d'ony.x. » {Morbid nnatomy ofthe humour eye , 1. 1 , ch. vi, et Sam. Cooper, Dict. cité.)

Si l'abcès se forme tout-à-fait à la surface de la cornée, il prend le nom de pustule. « La pustule, dit Boyer, se manifeste presque toujours à la suite ou vers le déclin de l'ophtlialmie aiguë. Quelquefois aussi leur apparition semble liée à la suppression d'un exanthème, à une dialhèse scrofuleuse , à une affection vénérienne invétérée. Lorsque la maladie commence, on aperçoit dans les lames de la cornée une légère opacité, et il se forme, mais lentement, une petite tumeur, laquelle reste quelquefois stationnaire, souvent aussi s'élève en pointe, s'amincit et se rompt.. Cette maladie n'a de gravité que lorsqu'elle occupe la paitie de la cornée qui recouvre la pupille ; elle dérange alors plus ou moins la vision, laisse tonjoiirs après elle une petite cicatrice qui produit

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une difformiti^ K^gère et nuit à la netteté de la vue. •< [Malad. chir. , t. v, p. 599.) Les abcès de la cornée se terminent tanliH par la résorption , et c'est le cas le plus fié<iuent, tantôt par rupture, soit en avant, soil en arriére. Quelquefois la matière gajine de proche en proche et donne lieu à rinfiltration purulente de tout le disque tr.insparent,

$ IV. Traitement. « Comme le traitement de la plupart des maladies symptoniatiques, celui des suppurations corncales doit varier selon les alleclions dont elles dépendent. En général, c'est la médication anti-phlogistique générale et locale (ju'on doit employer pour les combattre. L'indication principale qu'on doit se proposer , c'est de favoriser la résorption de la matière; pour cela, rien de mieux que le tartre slibié à haute dose intérieurement et les frictions abondantes de pommade mercurielle autour de l'orbite. Les Anglais niercurialisent avec avantage dans ces cas Véconomie à Taide du calomel.

» Quant aux collyres, ce sont les émoiliens seuls qui conviennent durant la période suraiiiuë ; les lotions, ou plutôt les fomentations de lait liede, d'eau de Heurs de mauve , de laitue , etc. , à l'aide de compresses tremi>ées de temps en temps dans un de ces Tuiuides, vodà ce <ju'il y a de mieux pour favoriser la résolution. On remplace ensuite ce moyen par les fomentations d'eau blanche. On a prétendu que les collyres émolliens favorisaient la rupture de la cornée; c'est une erreur. Si la cornée menace ru|)lure , (juebpies chirurgiens proposent d'ouvrir le foyer à l'aide dune lancette; cette pratique est mauvaise; mieux vautabandoinier le tout à la nature, et traiter le mal comme une ophthalmie idiopathique ou dyscrasique , selon les cas." (Ilognelta.)

§ V. UiJ.i UKS. M.Velpeau admet sept variétés d'ulcérations corneales. !<> « Les unes commencent, dit-il , par un abcès , ini (kiit'il de nialirrc plastique, et se montrent sous la forme dune pustule, d'un lé'MM- relief jaunâtre qiu se dccliire bienlùt rt fait place à une petite cupule. S'ils se développent ii quelque distance de la pij)illc, ils <-orre-pondent presque toujdurs au sommet dUn paipiet va>culaire qui \a, en s'elargissant sous forme de pyramide

ou de triangle , sVpanonir dans la conjonctive du blanc de l'œil. Ce faisceau qui, dans son ensemble , donne d'abord l'idée d'un ptérygion , est tantôt extrêmement épais et mobile , tantôt très mince , et comme confondu avec la cornée ; quelquefois ce n'est qu'une plaque vasculaire de cette dernière membrane. Au lieu d'une pyramide rouge , il arrive aussi que l'ulcère repose sur la pointe d'un triangle simplement opaque ou opalin ; son fond reste inégal ou grisâtre , se detergeant avec lenteur , il préserve le tissu cornéal du contact de l'air , et fait que le larmoiement et la sensibilité de l'œil sont moins incommodes que dans les autres espèces d'ulcères. Il en résulte aussi une tache et plus opaque et plus large après la guérison. C'est l'espèce qu'on rencontre le plus souvent chez les scrofuleux et les jeunes sujets. Les adultes et les individus d'une constitution différente sont loin cependant d'en être à l'abri : j'en ai vu chez des hommes secs, robustes et de la meilleure santé , <pii n'avaient jamais éprouvé le moindre symptôme de scrofule. Les varioleux, chez lesquels il débute en général par une sorte de pustule , en olFrent de fréquents exemples ; 2° une autre variété d'ulcère, qui attaque encore plus spécialement que la précédente les enfans et les personnes lymphatiipies, les femmes et les sujets blonds, est celle qui s'annonce par une tache nébuleuse, et (jui avoisine , en général , le centre de la cornée. D'abord on ne distingue qu'une sorte de nuage, de brouillard à limites vagues et de forme irreguliere ; puis à la longue, on s'aperçoit <pi'il existe réellement une exulceration sur ce fond blanchâtre : c'est Vachlys , le caligo déjà signales par Galien ; 5« dans une troisième espèce, le mal commence par une |)hlyctene pres(pie tran>parente , (jui persiste rarement au-delà de (piehjues jours avant d'edater. In larmoiement brûlant , une |)hot(iphobie très prononcée , succèdent inunédiatement à cette rupture, qui laisse une excavation tran.cparente , facile à méconnailre si on ne regarde pas Id'il un peu de côté. Arrondi et superficiel , l'ulcère prend alors le nom d'argemon. On l'appelle hotht i<t)i quand il est profond, (leiui-ci affecte souvent la forme d'une larme

CORNÉE

Kî

dont la pointe èe prolongerait du cAté de la sclérotique. Les petits vaisseaux qui eu partent , ou viennent s'y rendre , appartiennent au plan profond de la coque d'un œil. Au lieu de s'y porter de la conjonctive , ces vaisseaux naissent fréquemment de l'ulcère lui-même , et j'ai constaté maintes fois que long-temps encore après leur anastomose avec ceux de la sclérotique, ils restent et plus gros et plus nombreux autour de la cupule ulcéreuse que sur le blanc de l'œil. L'un d'eux semble ([uelquefois former le tronc de tous les autres, et n'est ordinairement accompagné que d'une opacité , de stries lymphatiques très légères sur son trajet. La marche de pareils ulcères est assez singulière. L'injection vasculaire disparaît peu à peu ; la photophobie, le larmoiement diminuent en même temps ; mais la cavité morbide change à peine d'aspect , et les malades se considèrent comme guéris long -temps avant que les bords en soient affaissés ou arrondis, avant même qu'ils ne commencent à se combler. Quelquefois enfin l'ulcère reste sur la cornée sous forme de ciselure indélébile ; d'où naissent une foule de récidives presque impossibles à prévenir.

C'est là sans doute ce qui lui a valu le nom d'eîicat'wre , par lequel plusieurs auteurs l'ont désigné ; 4» ceux qui succèdent à un abcès large et profond sont moins réguliers , et d'abord moins transparens ; mais comme ils amincissent considérablement la cornée , on voit bientôt apparaître dans leur fond une sorte de bulle , de tète de mouche , qui finit par en dépasser le niveau, sous forme d'un petit relief brunâtre, et qui , en définitive, n'est qu'une hernie de la membrane de l'humeur aqueuse. La même particularité s'observe également dans le simple bothrion , et il convient de ne pas le confondre avec la hernie de l'iris, avec le véritable myocéphalon; 5° les ulcères débutent quelquefois par la surface externe de la cornée , sans en altérer gravement la diaphanéilé. Dans celte variété il y a plutôt excoriation, abrasion de ses lames superficielles, qu'ulcération véritable de la membrane. L'ulcère se porte assez vite , et en s'éiargissant de la sclérotique vers la pupille , sans augmenter , ou en diminuant même de profondeur. Je l'ai vu envaliir ainsi un

tiers , la moitié , les deux tiér*; de la cornée, dont la moitié siq)érieiu'e paraît cependant être le siège de prédilection.

» Tous les symi)tômes de rophtlialmie rhumatiquc l'accompagnent ordinairement. En persistant, il finit par creuser les tissus , et c'est alors, s'il en existe plusieurs, que la cornée semble se couvrir de facettes. En guérissant , il laisse une tache peu foncée , qui dirninue à la longue. Il justifie d'ailleurs le nom d'6'picawma, d'ulcère brûlant, qu'il portait autrefois. Je l'ai souvent observé conjointement avec la kératite aiguë, et c'est évidemment cet ulcère que Ware indique sous le titre d'abrasionÙG la cornée. Le tissu sous-jacent: ou du voisinage n'est le siège d'aucune vascularité prononcée , et la conjonctive du blanc de l'œil est ordinairement très rouge dans une grande partie, si ce n'est dans toute son étendue. 6° Une autre variété d'ulcère , également très distincte , est celle que j'ai comparée à un coup d'ongle , et dont j'ai déjà dit un mot en parlant des abcès : elle se montre dans les mêmes régions que l'onyx et Tare ou l'anneau sénile. Je l'ai rencontrée aussi , cependant , sur d'autres régions de la cornée avec les mêmes caractères. 11 s'en faut de beaucoup qu'elle soit, comme semble le faire entendre M. Lawrence [yenereal diseases ofthe eye, p. 21), un symptôme de l'ophthalmie vénérienne. On la rencontre fréquemment, en effet, chez des sujets tout à-fait exempts de syphilis. C'est plutôt avec l'ophthalmie dite rhumatique ou hémorrhoïdale qu'elle coïncide de préférence , et plus souvent chez les adultes que dans le jeune âge , chez les hommes que chez les femmes. Sa proximité de la sclérotique fait que la conjonctive qui la borde etqui en forme la lèvre externe semble avoir été coupée à pic. Cette membrane, manifestement épaissie, est d'un rouge livide dans ce point, et à quelque distance au-delà, sur le contour de la cornée. L'autie lèvre de l'ulcère est taillée en biseau plus oblique , et conserve d'abord un cer tain degré de transparence. Une vascularisation fine et souvent des plus évidentes ne tarde pas toutefois à établir tout autour et au-dessous. Quelques troncs vasculaires peuvent même en traverser le fond, où j'en ai vu de libres et deparfaî-

Si

tement distincts. Dan?; pes progrès, la rainure ulcL-reuse s'étend sous la forme d'arc de cercle, et en profondeur bien plus qu elle ne gagne vers le centre de la cornée. Assez souvent , il en existe plusieurs qui tendent à se confondre comme pour former une rainure circulaire capable d'entourer et d'isoler en quebjue sorte toute la cornée. D'autres fois aussi, elle est superficielle, très étroite, et se trouve comme cachée sous le sommet tronqué d'un faisceau vasculaire, ou d'une plaiiue vivement enflammée de la conjonctive. La photo phobie est encore plus vive que dans l'espèce i»reeedente, et c'est l'ulcère le plus "vivace , le plus exposé aux végétations qu'on observe sur la cornée. Il ne semble jtas <jue les anciens eussent songé à le distinguer des autres, quoique ses caractères et sa marche en fassent une des espèces les plus tranchées. 7" L'ulcère profond et sordide , ou Vencauma , l'ulcère rongeant et putride, dépendant du ramollissement, de la gangrène , de la fonte purulente, ou du cancer de l'œil ou de la cornée , n'ont besoin cjue d'être rappelés en passant. » {Dictionnaire de médecine , t. ix, p. 9G, 2' edit. )

Les ulcères superficiels de la cornée, abandonnés à eux-mêmes ou mal traites, s'élargissent pr()nq)lement , deviennent ju-ofonds, et détruisent les parties qu'ils occupent, troublent en même temps la transparence des tissus adjaccns, et pénètrent dans la chambre antérieure. Il s'ensuit l'écoulement de l'humeur acpieuse , la formation dune fisHile , la i)roci(lence de l'iris, ou bien même la sortie du cristallin et du corps vitre si l'ouverture est assez grande pour leur d(Uiner passage. Il est donc de la plus haute inq)ortance , aussitôt qu<' l'ulcère i)arait sur la coi née , d'en arrêter les progrès, autant du moins <jue la nature de la maladie le permet, el d'intervertir sa marche , de manière a déterminer une tendance vers la cicatrisation. Plus l'ulcère e^t profond et étendu , plus il est nécessaire denq)loy€r tous les moyens que l'art peut nous fournir pour obtenir un*' prompte guêrison.

TiuiTF.MKNT. " Ici, comme dans le traitement de plusieurs autres maladi^-s, la première chose à faire, c'est de simplifier la lésion, s il y a lieu. Bien que l'irritation

excessive de l'œil ulcéré tienne souvent à Ja présence même de l'ulcère , et qu'elle se dissipe presque toujours après la cautérisation de ce dernier, il y a convenance à débuter par combattre la photophobie et la douleur à l'aide d'une ou plusieurs saignées , soit générales, soit locales, et de frictions abondantes de ponnnade mercurielle belladonisec autour de l'orbite. Des cataplasmes adoucissans de laitue cuite dans du lait, qu'on couvre d'une couche de la même pommade et qu'on ap[)lique sur les paupières, remplissent également bien l'indication.

» Si l'ulcère est superficiel , il suffit de traiter la maladie à laquelle il se rattache poiu' le guérir. Quelques collyres résolutifs , entre autres une légère solution de pierre infernale ( 2 à 5 grains par once d'eau de rose ) , des ])ommades de vertu analogue procurent généralement la guérison. 8i l'ulcère résiste, ce qui est rare, on fera usage d'une solution de pierre infernale (20 grains par once), (ju'on portera avec un i)inceau mou sur l'ulcération. Ce dernier moyen est surtout nécessaire dans l'ulcère peri[)héri(pie de IJemours. Quant au traitement constitutionnel, il doit être tonique , si le mal se rencontre chez des individus âgés et presque anémiques.

>» Dans les cas d'ulcères profonds , actifs, le traitement doit être bien autrement énergicpu». indépendamment des remèdes anti-ophth.ihniques généraux et locaux, il faut attaqjjer l'ulcère par la cautérisation à l'aide du nitrate d'argent solide, disposé en crayon. Le malade est assis ou couche, un aide fixe sa tête et relève la paupière; le chirurgien s'oppose aux mou\emens de l'u'il avec son doigt, apj)Jiie plus ou moins fortement la pierre infernale sur le creux de l'ulcère , el lave ensuite avec de l'eau fraîche. Les auteurs (|ui craignent l'enqjloi de ce moyen ordonnent de passer aussitôt un pinceiui trenq)é dans de l'huile et de laver ensuite avec du lait tiède. Je me suis toujours mieux trouve de l'eau fraîche, (jui apaise plus prouq)tenient la douleur. Le peu de [)ierre (jui se repanrl sur la conjonctive n'entraîne aucun inconvénient.

La douleur causée par l'opération est excessivement vive; il faut saisir l'œil au vol, pom* ainsi dire : si l'on talonne avec la pierre, il n est plus possible d'atteindre

CORNÉE

tS

l'ulcère dans la même séance , surtout s'il s'agit d'un enfant. Une heure ou deux après, le calme survient, et le malade ne soudre jiliis ni de rulcère ni de la caulcrisalion; mais deux, trois ou quatre jours plus tard, les soiilfrances reparaissent sou vent connue auparavant, par suite de la chute de Teseliaie. On revient à la même opération jusqu'à la cicatrisation complète. Il est rare qu'on soit obligé de répéter plus de deux fois la cautérisation pour obtenir l'oblitération de Tulcère. Du moment, dit Scar{)a, que le fond ulcéreux devient rosé, il faut s'abstenir de l'emploi du caustique; cela indique que la nature travaille à la réparation de la brèche, et que la guérison ne tarde pas à s'effectuer. Cette remarque pratique qui s'applique d'ailleurs à toutes les surfaces suppurantes est de la plus grande vérité , et l'on conçoit combien il serait grave de répéter la cautérisation dès ce moment. Aussitôt que le travail réparateur commence, on voit des vaisseaux sanguins pénétrer dans l'ulcération et fournir la matière plastique de la cicatrice. Des collyres résolutifs serviront à l'achèvement de la cure.

» Lorsque l'ulcère est compliqué de fongosités , la maladie ollre plus de gravité , et bien que le traitement soit basé sur la cautérisation répétée, il faut s'attendre souvent à la perforation de la cornée après la destruction des végétations morbides.

On traitera le prolapsus irien qui en est la conséquence, et les autres terminaisons possibles, d'après les données qu'on trouvera exposées dans les chapitres respectifs. » (Uognetta , p. 225.)

« Tous les jours, dit Samuel Cooper, nous avons sous les yeux des exemples semblables dans les petites ulcérations situées à des parties du corps autres que la cornée, surtout dans les {)etits ulcères sordides de l'intérieur des lèvres, dont j'ai déjà parlé, dans ceux de la pointe de la langue , ainsi que des mamelles et du bout du gland. Ces ulcères, comme on vient de le dire, se recouvrent à leur première apparition d'une pellicule cendrée, excitent de l'inflammation tout autour de la partie qu'ils occupent, et occasionnent une sensation de démangeaison et d'ardeur brûlante très incommode. Nous ne faisons autre chose , de même (jue le vulgaire, pour

enlever cette inflammation , que d'émousser promptement l'excès de sensibilité, et d'intervertir la marche de l'ulcère (pii tend à s'agrandir et non à se cicatriser; après quoi l'indaminalion dont la petite plaie était comme entourée cesse et se dissipe sur-le-champ, sans qu'on ait besoin de recourir aux autres remèdes propres à la combattre. » {Oiiv. cit., p. 595.)

« On peut voir dans Maître-Jan , et même encore dans l'ouvrage de Weller, dit M. Velpeau , combien de collyres et de médications diverses on leur a o|)posés. Je dirai , à cette occasion , ce que j'ai dit en parlant de la kératite : on ne s'entend, si peu sur la valeur des moyens qu'ils réclament , que parce qu'on les a tous confondus dans la même thérapeutique. Les scarifications de la paupière , employées par \\ are, ne sont inutiles que pour ceux de la cin(iuième et de la sixième variété. Si M. Lawrence rejette le nitrate d'argent, soit en solution, comme le prescrit Ware, soit à l'état caustique, selon la méthode de Scarpa, c'est évidemment parce qu'il ne s'est point appliqué à distinguer dans ces ulcères tant d'espèces différentes. Disons d'abord que les ulcères de la cornée disparaissent souvent sans secours, ou sous l'influence du traitement général de l'oph- Ihalmie dont ils ne sont si fréquemment qu'un symptôme. Ceux de la première espèce cèdent pour ainsi dire à tous les genres de médications qui ont été vantés, etc. » (Bict. c.)

§ YI. GangrÈive. « Comme tous les autres tissus de l'économie, la cornée est sujette, dit M. Middlemore, à périr par manque d'alimentation vasculaire. Ce défaut d'alimentation peut tenir à différentes causes , particulièrement à l'inflammation aiguë. Lorsque la gangrène de la cornée dépend de cette dernière cause, toutes les couches de sa substance sont frappées de mort; mais si elle dépend de l'action de la chaux ou de tout autre caustique, la morlification est bornée à la surface externe, et se détache comme les eschares des autres parties du corps, en laissant une surface suppurante. On peut, à l'aide des pinces, arracher quelquefois les lambeaux de l'escUare. 11 est utile, en général, d'arroser la partie gangrenée avec de l'eau tiède, afin d'en favoriser la chute. Les vieillards sont quel-

CORNÉE

qiicfois affectes (le gangrène à la cornée j)ar suite d'une Irgèro plilogosc, et même sans cela. M. Saunders comparait celte j:angr('ne à la gangrène sèche des orteils. il paraîtrait en eflet qn'elle dépend d'un dt'f.uit de vascularité chez les vienx. Dans roi)ération de la cataracte j)ar extraction, si la cornée est trop divisée, le lambeau se gangrène surtout cliez les personnes d'.'ig<> avance. Les expériences de M. Mannoir ne laissent pas de doute à ce sujet. Certaines maladies du cerveau, quehpies opérations pratiquées sur !e cou, à la face, ont occasionné la gangrène de la cornée, ainsi que la division des nerfs de la cinquième paire.» (T. i, p. 4i() )

La gangrène totale de la cornée s'obsev\c assez souvent à l'occasion des conjonclivites cIiémosi(iues, et en parliculier des oi)htliaIinies purulentes. Le bourrelet de la iiuKpieuse [téricoriiéale et l'extravasation de niaiière (|ui a lieu dans ce bourrelet conq)riment les tiois ordres de vaisseaux nourriciers de celle membrane , les étranglent et suspendent toute sa nutrition; de là, la mortilic.ition. C'est ainsi que le gland du pénis se gangrène, dans certains cas de paraphymosis.

Saunders, rpii a le [)remier décrit soigneusemciit la gangrène de la cornée, et .signalé cette maladie comme synq)l(')me des oplitiialmies [)uruk'nles, a pri'iendu que chez les vieillards cette membrane se înorlifie sponlaneuient (iuel(|uefois, comme les orteils le sont par la gangrène sénile. Certainement la tache circulaire de la cornée (pTon rencontre chez beaucoup de personnes avancées en âge, et que l'on a décrite sous le nom de gérontoxon , peut être considérée comme une sorte de dessèchement anemi(pie de la circonférence de la même membrane ; mais il y a loin de la a la gangrené senile dont parle Saunders. Pour notre compte, nous navon>» jamais vu celle variété, de nécrose cornéale.

Les suppuration-' interlamellaires de la cornée peuvent au^si produire sa morlilication totale, bien (pie cela soit rare. L'action c()iiqtres«iivc (h> ceilaines tmneurs, soit exteiieures, soit iiilernes, de l'd'il, et de certaines suppinations profondes (empyinie 0(ulaire} entraîne tôt ()\i lard la mort de tout le dis(pie i mais lu caibc la

plus fréquente , après les conjonctivites chémosiques, est l'opération mal faite de Textraclion (hi cristallin.

« rs'écessairement très grave , la gangrène de la cornée n'offre pas cependant les mêmes dangers dans tontes ses variétés. 11 semble (jue la première espèce, pouvant se borner à quelques lames de la membrane, soir de nature à ne pas entraîner forcément la [)erl'oralion de l'd'il, et à laisser l'espoir d'une gtiérison avec albngo ou sinq)le leucouic. La deuxième , étant ordinairement le synq)lùme d'un affaissement général, est phnôt un avant-coureur de la mort (ju'une maladie spéciale. Celle des cholérifines est dans le même cas. Les brides, le tissu inodulaire , qui interrompent le cours des jluides en se rétractant sur le contour de l'ceil dans la troisième espèce, font que la perforation des chambres oculaires en est la suite à peu près inévitable.

« Le traitement doit aussi varier selon respèce de gangrène, (juoicpie en résumé il ressemble à celui des brûlures profondes. Modérer la réaction inllammatoire par les émissions sanguines et des lopi(pies émolliens, dau'^ la première variété; modifier avantageusement l'organisation, s'il est possible, et recourir aux applications anti-septi(pies, dans la deuxième; détruire les brides, la C!)nq)ression, autaiit (jue la piudence le permet, dans la troisième; lellessont les indications^ à rem|)lir jusiju'à la <hule des eschares. IMus tard , on s'occupe de la cicatrisation de l'ulcère comme à la suite d'une biùlureou de toute autre solution de continuité ulcéreuse. » (Velpeaii, Dicl. de mcd., t. ix, p. 92, 2' édit.) § VIL FiSTULKS. Les fistules de la cornée sont rares ; on en connaît cependant un assez grand nombre (rexenq)les. Llles sont de deux sorles- Les unes, et ce sont les plus fre(pientes, aboiUissent par une de leurs cxtiemiles à la surface de l'u'il, et par l'autre dans la chambre antérieure, (ielles de la seconde espèce, qu'on nomme listules borgnes ou incouqtlenîs, sont [)\\is rares ; elles consistent en des cavités sinueuses placées entre les lames de la cornée, et «pii s'ouN renia la lace antérieure de cette membrane , o\\ , ce qui est plus rare encore, dans la chambre antérieure. Les ulcères boul U seule cause; de celte

cohnél:.

maladie. Elle peut encore êlre produite par Papplioalioii de certains médicamens cansli(jiies,par dos corps en ignilion jetés imprudemment siu' l'ceil, par des jjlessures ou à la suite de certaines opérations chirurgicales, et queKiucfois enfin elle dépend d'une alfeclion scrofuleuse on vénérienne. Dans quelques cas aussi elle n'est que la terminaison d'un abcès , qui s'est formé entre les lames de la cornée ou dans rintérieur de Tceil.

Les fistules peuvent occuper toutes les parties de la cornée. Tantôt elles se dirigent en droite ligne, d'autres fois elles sont obliques ou sinueuses. Lorsque la fistule est complète, on aperçoit à la cornée une ouverture plus ou moins large , dont les bords sont ou aplatis ou relevés, et quelquefois collés momentanément ensemble, versant par intervalle un liquide séreux et limpide dont l'écoulement coïncide toujours avec un affaissement plus ou moins marqué de la cornée , et souvent avec un dé[)lacement plus ou moins considérable de l'iris, qui vient quelquefois se présenter à l'orifice intérieur de la fistule, ou même faire saillie au dehors. C'est pendant cet affaissement de la cornée que les bords de la fistule se rapprochent, s'agglutinent, jusqu'à ce que , l'œil ayant repris son volume ordinaire , le moindre mouvement , la plus légère pression détruisent cette adhésion imparfaite, et que l'humeur aqueuse s'écoule de nouveau.

Cette humeur s'échappe quelquefois goutte à goutte, et c'est lorsque la fistule est très étroite; elle couie alors presque continuellement. Les fistules incomplètes ont ordinairement un orifice étroit, lequel conduit à un canal existant entre les lames de la cornée au travers de laquelle on le distingue quelquefois à sa couleur blanche ou d'un blanc jaunâtre. Ce canal est étroit, oblique ou sinueux, simple ou multiple. L'orifice se trouve tantôt à la partie inférieure, tantôt à la partie supérieure du canal. Quebjuefois le conduit fistuleux a deux ouvertures. La fistule incomplète ne fournit qu'une très petite quantité d'un liquide puriforme.

Dans l'une comme dans l'autre espèce de fistule, la vue est constamment troublée; il y a presque toujours en même temps ophthalmie, larmoiement, et , dans

les fistules complètes, procidence de l'iris, déformation des parlies iulérie«n*es de l'œil, et plus tard atrophie de cet organe.

Nous n'avons pas pirlé des symptômes do la fistule borgne interne dont nous ne connaissons aucun exemple, et (pu d'ailleiu's ne peut être considérée que comme un mode de terminaison des abcès de la cornée transparente.

Le diagnostic de ces fistules est facile. Le pronostic des fistules incomplètes est grave: la vue est souvent compromise; il est toujours fâcheux dans les fistules complètes, la cécité en étant souvent la conséquence.

Le traitement des fistules incomplètes consiste en des injections détersives poussées avec la seringue d'Anel. On a proposé aussi d'inciser le trajet fistuleux avec un bistouri étroit conduit sur une sonde cannelée ; mais on ne devra recourir à cette opération d'ailleurs assez difficile, qu'après avoir insisté sur le premier moyen de manière à acquérir la certitude de son insuflisance. La chirurgie ne peut presque rien contre les fistules complètes. Cependant il arrive quelquefois que l'iris contracte des adhérences avec les bords de l'orifice fistuleux, et alors, comme nous le dirons en parlant de la procidence de l'iris, la maladie se termine heureusement.

Dans quelques cas aussi, on voit des bourgeons charnus se développer à la circonférence de l'ouverture, s'étendre vers son centre, et s'y réunir de manière à former une cicatrice solide. Maîlre-Jan a observé un fait de cette espèce sur la sclérotique, chez un malade dont la fistule avait été produite par un éclat de bois. Mais, en général, la fistule complète de la cornée détermine la sortie lente ou subite des humeurs de l'œil, et par conséquent son atrophie. (Boyer.)

§ Vin. Tumeurs. Les tumeurs de la cornée sont de trois sortes : les staphylômes (^. ce mot) , les tumeurs inflammatoires (pustules , phlyctènes, abcès), dont nous avons précédemment parlé, et les végétations de nature fongueuse ou autres. Il ne sera ici question que de la seconde catégorie de kératocèles.

Les excroissances fongueuses de la cornée ont leur origine soit dans sa pro^ prc substance, soit dans les tissus adja-

CORNES

<Tis. « Elle? |)!0\ieiinc'iU d'une disposition ])arli<-nru'iT rie Td'il,!;! même sans Ooiiîe (luc cfll«' «l'ii produit toutes les tumeurs sanguines. On ne connait pas cet état prédisposant des parties, on sait seulement que les plaies, les coniu-^ions peuvent favoriser le développement de ces loni;osites. Klles sont plus ou moins volumineuses, de couleur grise ou rou- ^'eàlre ; leur consistance est flasque , leur forme irrégulicre; elles tienn«'nt à Tœil, tanl(M par une base large, lanlôt par un pédicule; elles sont ordinairement indolentes et descendent quelquefois jus(iuVi la lta*c du nez. Dans <pielques cas, elles .sont le siège d'hémorrhagies a-sez abondantes pour exiger de prompis secours. Llles ressemblent beaucoup aux Imnenrs cancéreuses, et il ne fa\it rien moins que le coup-dœil d'un jH-aticieu babile pour les en distinguer. Ces excroissances ne sont point, Ci)mme le cancer, exaspérées par les cautérisations ])artielles, et l(»rs(iu'elles oui élé enlevées en totalité, elles ne sont pointsujeltcsàreparailre. Enfin, on les voit quebpiefois se fondre, pour ainsi dire, en une s\ipi)uration abondante, ou disjjaraitre peu à peii par l'usage de dissolutions astringentes ou de j)oudres corrosives, remèdes qui, loin de réussir dans les tumeurs cancéreuses , en augmentent presque toujours la gravité. L'excision est le moyen le plus prompt et généralement aussi le moins doubtureux pour débarrasser Tœil de ces fongus. Cependant si la tumeur a un i)ediculc, on peut employer la ligature. Dans l'un comme dans l'autre cas, on doit détruire les racines avec le nitrate d'argent, et combattre les dispositions maladives aux(pielles lient souvent lelat de l'ccil. » (Boyer, Malud. chir., t. v, p. 414.)

Ces mêmes prcet-ptcs s\ippli<pu'nt également aux autres rspeecs de tnnu'urs (jui l)euvent naître à la surface de la cornée ; il s'agit toujours de bs détruire soit par l'excision, soit par le cau-ticjue. (A*. I'an-

MS, PTl':UYGir)\.)

r.or.MLSftumiiirs-produclion^,. C'est ainsi (ju'on nonune certaines végétations aecidenlelles de répiderme et des ongles. On les appelle corncâ de la peau a cause de leur ressemblance avec les <ornes des anunaux. Ce soûl des tumeur!» epider-

miqucs coni formes de volume variable , depuiscelui d'un boutonjiisqu'à celui d'une corne de bélier, ou même davantage.

Ingrassias dit avoir vu à Païenne avec Jac(pies à Soris , cliirurgien, une jeiuîe lille dont dillérentes parties du corps, et surtout les mains, les avant-bras, les genoux , la tète et le front étaient couverts d'excroissances cornées, recourbées, terminées en pointe à l'instar des cornes d'un \eau. Ces végétations naissaient de la surface de la peau et lui adberaient par une base sensible au toucber. Elles étaient formées de lames a|)pli(|uees les unes aux autre-, et dont les plus petites correspondaient au souunet de l'excroissance. Leur dureté et leur adhérence intime à la peau les avaient fait regarder comme incurables |>ar les médecins cpii avaient été consultes. Elles existaient depuis plusieurs années , prenaient de l'accroissement et se multipliaient , lorsque la malade recourut enlin aux soins d'ingra^sias qui la guérit en peu de jours, et fit disparaître jusqu'aux moindres traces de celle maladie bideuse. Mais Ingrassias ne dit point par cpiels moyens il a opéié une cure aussi prouq)te et aussi extraordinaire. {De tumor. prœternat. , t. i , p. 556.)

L^nefeuunede (piatre-vingt- dix-sept ans, d'uneconstilutionforlepourson âge, ayant la tète surmontée de plusieurs loupes , s'a[)erçut , à l'âge de quatre-vingt-trois ans, d'une eminence extraordinaire sur la partie inférieure du temporal gaucbe. Cette eminence devint sensible; elle i)iit la nature des ongles et croissait ra[)idemcnt. On l'enleva avec la scie; mais elle repoussa i)lusieurs fois dans l'espace de quatorze ans , et fut enlevée cba(pie fois de la même manière. Aux premières résections, les fragmcns cornés étaient très durs, contournes et régulièrement arrondis. Aux suivantes ilsollraieut une substance moins compacte; dilference qui provenait sans doute du dépérissement et de l'Age avancé de cette leunne. {//ist. de la Soc. roy. de wed., 1776 , p. 512.)

Lneautrcfemme.igécde trente-six ans se fil à la t et eu ne (ontusion qui détermina cinq à six tumeurs, dont la plus grande était située dans la direction de la branebe gauche de l.istjlnre l.imbdoïde. Dix ans après, celle dernière tumeur acquit le volume

CORNES

d'un œuf de pigeon ; elle se ramollit: un coup qu'elle y reçut juTirloulelleinent lit crever la timieur (lui fournit pend.iut une aiuiée une abdudante (|u:uitité de sérosité, de sang et de pus. Peu à peu il se forma une excroissanee molle, longue d'un demipouee, dégénérant en une corne crochue de trois pouces de longueur. On fit Tablation de cette excroissance : un mois après il se forma une substance fongueuse, diu-e, de la hauteur de quelques lignes, qui se déveloi)pa en forme d'éventail. Cette excroissance , couverte d'une eschare noirâtre, était sensible au moindre attouchement : elle se mélimiorphosa en une nouvelle corne placée sur un pédicule mince ; celle-ci tomba par accident , après avoir acfjuisla longueur d'une ligne. Il résulte de ce fait qu'il a fallu un concours de circonstances particulières pour qu'il se développât une production de cette espèce.

(Meckel's deutsches Archiv. fur die Phyiiol., 1«' B,s. 501.)

Fabrice de Hilden rapporte l'observation d'une jeune filie du canton de Berne qui avait le dos et les membres , tant supérieurs qu'inférieurs, couverts de végétations cornées dont quelques-unes avaient deux travers de doigt de longueur. Leur couleur était brunâtre , quelques-unes étaient recourbées, mais la plupart étaient droites. Après avoir préparé la malade par un bon régime, les apozèmes amers et les remèdes propres à provoquer les règles, on l'envoya à une source d'eaux thermales, dans les environs de Berne.

L'usage de ces eaux fit tomber les excroissances et la malade retourna chez ses parens; mais l'état d'indigence où elle se trouvait ne lui ayant pas permis de suivre le régime , d'employer les médicamens et les soins de propreté que lui avaient conseillés les médecins , les excroissances se reproduisirent au bout d'un an, et quoique moins nombreuses que la première fois , la malade ne pouvait se tenir debout, ni marcher, ni s'asseoir, ni se coucher sur le dos sans souffrir. Elle perdit ses forces peu à peu , et finit par succomber. [Centuria ii, obs. 23.)

« Un des exemples les plus curieux d'excroissance cornée est celui qu'offrait le gland de la verge chez un homme de

transmis l'histoire. Ce malade avait éprouvé d'abord une déman;ieaison extrêmement forte à la face externe de la jambe droite affectée de varices Celte démangeaison fut suivie d'érysipèle, d'infiltration œdémateuse , et d'ulcères qui parurent et disparurent alternativement, mais qui ne furent guéris (pi'au bout de deux ans. Peu après il y eut un [)rurit très fort entre le gland et le prépuce : il s'y forma, au bout de quebiues mois , une tumeur molle, assez seird)lablc au gland , et très sensible au toucher. Après avoir fendu le prépuce, on découvrit une excroissance carcinomateuse fixée à la face interne du prépuce, et qui avait envahi une partie du gland. 'Joui le prépuce fut amputé , et la plaie se cicatrisa dans l'espace d'un mois. Cependant le troisièmejour de ro[)ération on remarqua , sur la partie du gland qui avait été atteinte par la tumeur cancéreuse, une petite élévation dure (jui fut détruite par le cautère actuel. Le dix-huitième jour, deux autres élévations se manifestèrent à la même place; une troisième survint un peu plus tard : ces trois excroissances furent de même cautérisées. Mais cinq jours après il s'éleva , du milieu de la cicatrice résultant de la brûlure , un corps blanc, dur, insensible, qui, dans l'espace de dix mois , se changea en un ongle épais, crochu et extrêmement fort, courbé suivant la convexité du gland , et répondant par la pointe à l'ouverture du canal de l'urètre dont il était très voisin. On ne fit aucune tentative pour extirper cette nouvelle excroissance. Cette maladie imitait en quelque sorte ces pointes cornées dont est garni le gland de certaines espèces de rongeurs et de carnassiers. Ce cas présente également le développementd'une excroissance précédée d'une autre maladie. Tl paraît donc que des conditions particulières président au développement accidentel du tissu corné. » ( Lobstein , Jnat. path. , 1. 1, p. 536.)

Anne Jackson naquit dans le comté de Waterford en Irlande , de parens pauvres mais fort sains. A l'âge d'environ trois ans, il lui poussa sur presque toutes les parties du corps , mais particulièrement autour des articulations , des excroissances cornées, plus remarquables à la pointe de

soixante-dix ans, dont Caldani nous a j chaquecoudej elles étaient semblablesàdes

CORNES

cornes de bélier, et celles du coude gauche avaient environ un demi-pouce de largeur sur quatre pouces de longueur. 11 y en avait un grand nombre sur les fesses , et elles étaient assez molles pour s'être aplaties par la compression que le poids du corps leur faisait éprouver lorsque la malade était assise. La peau des pieds, des jambes, des mains, des bras et du cou était dure^ calleuse et semblable à de la corne. Cette lille, qui avait treize ou (juatorze ans lorsqu'elle fut examinée par Ash , jouissait d'une parfaite santé , mais elle n'était point sujette encore à l'i'vacualion periodi(]ue de son sexe. {Ti'afts. J'hilos.^ Kîsri, n" 176, p. 12»2 , cit. dans les Mêm. de VAcad. de chir.)

On a aussi remaniué des productions cornées sur différentes parties des membres. C'est ainsi qu'on a vu sortir une corne d'un ulcère qu'un jeune homme portait au creux du jarret. Une dame âgée avait une es[)éce de corne à la partie postérieure de la cuisse gauche. Cette végétation étant tombée en partie, le pédicule faisait éprouver des douleurs très vives. On se décida à l'enlever, et la femme fut radicalement guérie. Les Arabes, pour le dire en passant, avaient déjà opéré celte excision ; Avenzœr l'avait pratiquée. [Ilist. de la Soc. roy. de mcd.)

On peut rapporter au développement du tissu corne la maladie appelée par Alibert ivhtiujose corme ., ei celle dans laquelle la peau est hérissée de fibres cornées. On a donne le nom de pons-cpics aux individus allecles de cette dernière.

»< En 1SU2, nous avons vu à Strasbourg, dit Lobsteiu, les deux frères Lambert, dont toute la peau était recouNcrte dinnombralil«'s excroissances cornées, à Texception de celle de la face , de la paume des mains, delà plante des pieds et des parties génitales. Chacpie excroissance formait un petit cylindre irrégulier denviron deux lignes d'épaisseur, et de plusieurs lignes jusqu'à un pouce de longueur, implanté sur une peau blanche. A mesure (jue les excroissances tombaient dans une partie, il s'en formait bientôt de nouvelles. Le père , le grand père et l'aïeul de ces deux hommes avaient eu la même maladie. L'un deux , marie depuis (pielques années, eut en 1802, un enfant mâle

qui naquit avec une peau blanche , mais dont la couleur se ternit à l'âge de dix semaines, et se couvrit peu à peu des mêmes excroissances qu'olfre la peau du père. Ainsi cette maladie a déjà parcouru cinq générations. Ce qu'il y a de particulier , c'est qu'elle ne s'est communi(]uée qu'aux enfans mâles, et (pie les filles en ont et é com[)letemcnt exemptes. Les deux frères Lambert, ainsi que leur père, ont eu la petite-vérole; l'éruption fut très abondante. » Pendant cette maladie, les petits cylindres tombèrent, mais fiu'ent remplacés au bout de quelque temps. On a remarqué ([ue ces individus n'étaient sujets à la sueur <pie dans les endroits où la peau n'était pas couverte d'excroissances. Il paraît que cette maladie singulière n'est qu'une dégénérescence particulière de l'épiderme. » {Ouv. cit.,i. i,p.538.) Les exemples d'une seule corne sur le même individu sont plus nombreux que ceux de cornes multiples. Nous en avons vu nous-même des exemples à la clinique de Uu[)uytren, et il n'y a pas long-temps, ]\I. Souberbielle en a présenté à l'académie de medec. une dont le volume, la forme, la coideur et la consistance etai«'nt parfaitement semblables à ceux d'une corne de bélier : ce praticien venait de l'extirper du front d'une femme. Ah'zeray dit, dans son Histoire de France, qu'en l'année 1599, il se trouva au pays (lu Alaiiie , un paysan nommé François 'Jroiiillu, âge de trente-ciiKj ans, portant à la tête unecorne (pii avait percé dès l'âge de sejit ans. Elle était cannelée en lignes droites, et se rabattait en dedans comme pour pénétrer dans le crâne. Ce paysan s'était retiré dans les bois pour cacher cette dillormile monstrueuse, et y travaillait aux charbonnières. Un jour que le maréchal de Lavardin allait à lâchasse, ses gens, ayant vu ce paysan (pii s'enfuyait, coururent après; et comme il ne se découvrait point pour saluer leur maître, ils lui arrachèrent son bonnet , et ainsi aper(;urent cette corne. Le mareclial fit venir cet homme à la cour, le présenta à Henri IV, et il fut donné en spectacle à Paris à tout \(\ monde. Desesiieré de se voir promener comme un ours, il en conçut tant de chagrin (ju'il mourut bient(jt après. De Thou, (pii a ete témoin de ce fait , ajoute (liv. cxxiii) ; que celle corne , placée au côte

CORNES

droit du front, s'étendait , en se recourbant, vers le côtO gaiiche, de sorte qu(! la pointe retombait sur le crâne et aurait blessé la peau si on ne l'eût coupée de temps en temps ; alors il ressentait de grandes douleurs, comme aussi lorscjue les spectateurs le touchaient un peu rudement. Cet homme est le même que celui qu'Emmanuel Urtisiusditavoir vu à Paris, et dont il a communiqué l'observation à Fabrice de Hilden, qui a placé à la suite de l'observation le portrait de cet homme d'après une estampe qu'Urlisius avait apportée de Paris. {Cent, ii, 066'. 2a.)

Une dame de Tournay, âgée de soixanteclix-huitans, portait depuis quatre ans à la partie postérieure et inférieure de la cuisse gauche , à quatre travers de doigt au-dessus du jarret, une corne assez semblable à celle des béliers ; sa longueur était de 9 pouces 4 lignes , sa grosseur vers la racine de 5 pouces, et de 1 pouce 8 lignes à son extrémité. Cette dame en ressentait de vives douleurs. Depuis quelques mois, qu'une partie de la racine s'était détachée, cette excroissance n'étant plus soutenue que par une partie grosse comme un tuyau de plume à écrire, elle exerçait un tiraillement continuel, qu'augmentait le moindre mouvement. On coupa la partie qui retenait la corne attachée à sa base, et on extirpa avec le bistouri la racine avec tout le corps adipeux qui était derrière. Il résulta de cette opération une plaie de la largeur d'un écu de 6 livres. On traita cette plaie comme une plaie simple, et elle fut guérie au bout de six semaines. [Journ. de méd.^ t. III, p. 43.)

Une autre femme des environs de Tournay, âgée de soixante-six ans, portait depuis vingt-six ans une corne à la partie moyenne et interne de la cuisse droite. La longueur de cette excroissance était de 10 pouces 8 lignes; sa giosseur à la base était de 3 pouces , et de 14 lignes à son extrémité Comme cette corne heurtait contre la cuisse gauche, elle gênait beaucoup cette femme en marchant. Pendant dix-sept ans^ elle la coupa de temps en temps , mais elle repoussait. Au bout de ce temps, elle ne put la couper à cause de la douleur que cela lui occasionnait. En 1736 la corne se sépara de sa racine et tomba ; un jiiQis après,

la racine elle-même se détacha, et alors cette femme soullrit des douleurs horribles; il se forma une croûte qui, étant tombée , lit apercevoir un ulcère cancéreux accompagné d'iui écoulement sanieux. Le membre se dessécha, la jambe se contracta vers la cuisse; les douleurs persistèrent jusqu'à la mort, qui arriva six mois après la chute de la corne. {Ihid.)

(( Je considère , dit M. Breschet , les productions cornées, comme étant d'une nature identique à la substance des ongles, des sahots et de l'épiderme, etc. ; se manifestant très fréquemment sur des surfaces couvertes de cheveux ou de poils, on pourrait [)enser que la matière qui les constitue est sécrétée par le bulhe des poils ; mais j'ai vu de ces productions sur des surfaces constamment glabres. Ainsi, j'en ai observé sur la langue , sur la membrane conjonctive, et je me rappelle avoir excisé des lamelles cornées qui s'élevaient du gland d'un sujet très avancé en âge. L'exemple le plus remarquable de ces productions cornées se trouve dans les collections de la faculté de médecine. On voit les mains et les pieds d'une vieille femme, couverts de lames cornées de grandeurs variées.

Les faces dorsales sont chargées de productions moins longues que celles de la plante des pieds et de la paume des mains. De ces dernières surfaces s'élèvent des végétations au nombre de cinq ou six, de la grosseur du doigt, et d'une longueur de 8 à 10 pouces. Ces productions sont très friables et démontrent évidemment, suivant moi , l'identité de nature de la substance de l'épiderme et de celle de la corne. Il a été reconnu que les femmes, plus que les hommes, sont sujettes à ces développemens accidentels de substances cornées : ce sont surtout les vieilles femmes qui les présentent , et le siège le plus ordinaire est à la tète. On a pu voir pendant long-temps, dans une des salles de l'hospice de Perfectionnement, une vieille femme qui portait sur le front une corne dont la base pouvait avoir 6 ou 7 pouces de diamètre , sur 5 pouces environ de hauteur. Le dessin colorié de ce cas pathologique se trouve dans les cabinets de la faculté de médecine. Des contusions sans solution de continuité de la peau avaient précédé l'apparition de la tpmeur. La femme se plaignait de ce-

CORNÉS

phalalgie tiabitnelle, dont Tintensité allait toujours croiNsant.

Les parties les plus solides correspondaient au soiuinel de la végélalion, tandis que la siibstanre de Ja base était d'une teinte i>liis cl;iire , et d'une eousistanre beaucoup moins considérable; la peau entourait cette base, qui, allant cliaque jour en s'ajj'raudissaut, avait Uni i)ar refouler les têguuiens du front, et [)ar abaisser les paupièies, de telle sorte (jue les yeux étaient babituelleuient couverts. Des zones circulaires indiquaient les dépôts successifs de la uiaiière, et formaient des inégalités semblables à celles ([uon remarque Bur les cornes de (juebiues runiinans.

L'épiderme se conq)nrlait sur la circonférence de la base de la tumeur comme il se comporte sur les ongles, près de leur insertion à la peau; il dépassait de (piebjues lignes le tissu cutané proprement dit. La léte de cette femme rei)an(lait une odeur fétide ; des portions detacbees de la tumeur, mises en contact avec un corps en ignition, brûlaient en re[tandant une odeur semblable à celle de la corne soumise à la même exi)erience. Je crois (jue cliez cette femme, la peau du crâne était le siège de la maladie. Sans doute les os sous-jacens devaient, dans les derniers temps, avoir soullert, et leur tissu devait être ramolli; mais je ne pense pas que cette tumeur fût de nafiu'e cartilagineuse , ainsi (ju'on Taflirme pour des [)ro(luclions semblables.

La malad(^ est morte dans une des salles de rbôi)ilal Saint-Louis. .M. .Iules Clo(|uet en a recueilli et publié robservati(jn. » (Dict. deméd., t. ix, p. 115, 2« édit.)

1' On a vu des corner, dit Moyer, s'élever de la surface d'une plaie; le plus souvent elles couunencent i)ar un petit tubercule dur, coniipie, ayant Pa[)parence d'une verrue; ce tubercule s'allonge peu a peu, devient de j)his en i)liis dur, se courbe à mesure (ju'il grandit, et prend une figure assez semblable à celle de la corne dun bélier; circonstance qui n"a pas moins contribue que la dureté à faire rcganlrr les excroi.ssances dont il s'agit, comme des cornes. Lorsqu'on ne retranç]\r point de temps en tenq)s une portion de ces vrgi'lalions, elles peuNcnl a<qin'rir une ion^'uenr excessive. La base des cornes, implantée dans le tissu de la peau,

sans adhérer à l'os sous-jacent, est mobile et sensible. Sous ce rapport, comme sous l)eaucou[) d'autres, ces excroissances diffèrent essentiellement de certains prolongemens osseux, cylindriques, un peu recoiu'bés à leur extrémité qui se développent sur les os de la tête ou sur les os longs (les membres et auxquels plusieurs auteurs ont donné improprement le nom de cornes. Ces prolongemens osseux sont de véritables exostoses bénignes, très dures, qui n'ont aucune mobilité, et naissent de la substance même de l'os dont elles sont comme une apop'iyse. La surface des cornes est grisâtre ou jaune, et sillonnée longiludinalement. Leur substance est fibreuse, très solide, et doinie, pir son ustion, la même odeur que celle de la corne ; elle est dissoluble en grande partie dans l'acide nitrique affaibli.

») On [)cnse que les cornes sont produites par le prolongement et l'induration de l'épiderme et du corps muqueux qui couvre les papilles nerveuses de la peau; mais on ne connaît point la cause qui donne lieu à leur développement. Dénuées de vaisseaux et de nei fs, ces excroissances ne jouissent d'aucune sensibilité, et lorsqu'elles font souffrir, les douleurs dépendent du tiraillement et du soulèvement de la i)eau sur lacpielle elles sont implantées.

» Les cornes se détachent quebiuefois si)ontaneinent, mais leur chute est rarement suivie d'une guérison complète; il survient [iresque toujours, à l'endroit d'où la corne est tombée, un ulcère cancéreux incurable. Nous eu avons cité un exemple, et le iÀ' volume du Journal de mcdccine^ qui nous La fourni, en contient plusieurs autres semblables. Nous -même, nous avons vu une allection cancéreuse de la portion de la peau sur laquelle une corne était im|»lantee. Un homme, âgé de (piarante an-^ environ, portait depuis plusieurs années, sur la partie moyenne de la joue gauche^ une excroissance cornée, longue d'un police euNiron. jioinlue, recoiubee à son extrémité, et dont la base n'avait pas plus de 5 liu'iies de diaiuèlre. La j)ortion (le peau sur laquelle cette base était assise s'engorgea, s'épaissit, devint s(juirrheuse, et enfin carcinomaieuse. Le malade y e|»rou\ait defrtwjuens élancemens. .le cernai avec un biiflouri la peau cancéreuse

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