ÉPINIÈRE
Les effets de la lésion des nerfs du cou par un instrument piquant doivent nécessairement varier selon que le nerf a été seulement piqué ou qu'il a été coupé en travers. La simple piqûre est accompagnée de douleurs aiguës , de mouvemens convulsifs, de tétanos et quelquefois d'un engorgement inflammatoire qui s'étend au loin dans les parties auxquelles le nerf piqué se distribue. Il est à remarquer cependant que ce dernier accident peut être l'effet d'une disposition cachée qui s'est développée à l'occasion de la plaie. On combat ces accidens par la saignée , les boissons adoucissantes et rafraîchissantes , les anti-spasmodiques et les topiques émoiliens. Lorsque ces moyens ne suffisent pas et que la situation du nerf le permet , on le coupe en travers , ou bien on le détruit avec un caustique. Dans le cas où le nerf est coupé en totalité, les parties auxquelles il se distribue perdent le mouvement et le sentiment. A. Paré nous a conservé le fait suivant. « Noble homme François Preuost, enseigne de la colonelle de monsieur de l'Archan, âgé de vingt-cinq ans, fut blessé d'un coup d'espée au travers de la gorge , passant près de latrachée-artère, qui coupa les rameaux de la veine et artère jugulaire, dont il survint un bien grand flux de sang, qui à grande difficulté fut estanché. Davantage un des nerfs vocales fut coupé.
Semblablement, les nerfs qui naissent des vertèbres du col, qui se dispersent au bras, dont tout subit le bras demeura impotent et paralytique. Davantage la parole grandement dépravée, joinctquelecol demeura un peu tors, ne le pouvant tourner comme
auparavant. Néanmoins est réchappé la vie sauve... Je Tay pansé jusques à la fin et Dieu Ta guéry. Toutefois, est demeuré impotent du bras et sa parole dépravée, w [Loco cit. , p. 249.)
La blessure de la huitième paiie des nerfs est généralement regardée comme funeste, quoique l'on commence aujourd'hui à élever quelques doutes sur ce point: en effet, Klein étabUt positivement que cette lésion n'est pas mortelle (Journ. de chir., liv. i, p. 128, Berlin, 1820) ; mais si elle n'est pas absolument mortelle , on ne peut douter qu'elle ne soit très dangereuse.
B. Plaies par armes tranchantes.
« La plupart de ceux qui cherchent à se suicider, dit M. Diefi'enbach, se servant ordinairement de la main droite , le couteau est dirigé fréquemment de gauche à droite, et un peu obliquement de haut en bas. Le plus grand nombre se coupent le larynx , parce qu'en renversant la tête en arrière , la peau et la trachée se trouvent tendues. Ordinairement, la plaie est unique; j'ai cependant vu plusieurs plaies l'une à côlé de l'autre ou se croisant obliquement. Presque toujours les blessés ont porté rinstrument vers la moitié supérieure du cou; aussi ne lèsent -ils que les voies aériennes , laissant intacts les gros vaisseaux et les nerfs importans du cou. Quelquefois ces parties fuient devant l'instrument , de telle sorte que le tissu cellulaire situé entre elles est seulement divisé , et qu'elles paraissent comme disséquées au fond de la plaie. Il ne m'est arrivé qu'une fois de voir un cas où le malade avait eu l'étrange idée de se couper le cou avec deux instrumens tranchans à la fois. Le sujet de cette observation, un jeune étudiant,'ayant pris un rasoir de chaque main , appliqua les deux tranchans en même temps à la partie antérieure de son cou , et tirant l'un à gauche et l'autre à droite , il cerna ainsi toute cette région. Il recommença cette manœuvre dans plusieurs endroits. Les plaies se croisaient au-devant du larynx et de la trachée. Aucune n'était mortelle ; les muscles du cou étaient seuls incisés çà et là. Le même jeune homme se tua deux ans après avec un fusil. Dans presque tous les cas, la guérison se fit long-temps attendre, lors même que la plaie était très petite et
COU
n'intéressait que la peau , et qu'il ne se formait aucune fusée purulente. Voici les conclusions de cet excellent mémoire.
u Des faits qui précèdent et de beaucoup d'autres observations que j'ai faites sur les plaies du cou, on peut tirer les conclusions suivantes.
» Les plaies simples du cou qui n'intéressent que la peau guérissent très rarement par première intention. Les plaies du cou , lors même qu'elles ne pénètrent point dans les voies aériennes , peuvent causer la mort par la suppuration du tissu cellulaire et par les fusées de pus.
» La coiffe destinée à fixer la tète dans une position convenable est un bandage nuisible et pénible à supporter.
» Le meilleur traitement, à mon avis, est le suivant. Pour les plaies de la peau , une iiijnple réunion avec les agglutinatifs. » {Ouv. cit.]
Les plaies longitudinales du cou par armes trancliantes, (piellc que soit la région du cou qu'elles occupent, sont traitées par les moyens ordinaires. Kilos ne présentent rien de particulier; seulement , ici on ne peut avoir recours , comme dans d'autres régions du corps, à l'emploi des bandages unissans qui sont si eflicaccs. La présence du larynx et de la trachée, qui ne peuvent être comprimés sans danger , s'y oi)pose d'une manière absolue.
Les plaies transversales de la partie postérieure du cou exigent l'emploi des moyens dont il sera question à l'article Plau:. Lorsque la peau seule a été divisée^ il suffit de joindre , à l'emploi de ces moyens, la situation droite de la tète; mais quand les muscles ont été divises, il faut la mettre dans rcxtension et la maintenir dans cette position. Un des appareils les plus simples consiste à assujettir le bonnet du malade à l'aide de tours circulaires d'une bande et (Vuuo mentonnière.
On place sur la poitrine un b.mdage de corps étroit que l'on fixe en bas avec deux sous-cuisses; on attache ensuit»' avec des cpinLjlcs, à la partie antérieure ei un peu latérale du bonnet , deux bandelettes larges de trois travers de doigt, et assez longucs pour descendre jus(prà la partie inférieure du tronc; on conduit ces bandelettes nu sommet de la tèK; où elles s'entrecroiscnt et sont lixecs ensemble avec
une épingle ; on les porte «n peu obliquement en haut et de dedans en dehors, le long de la partie postérieure du cou; on les engage sous le bandage de corps en les tirant plus ou moins , selon le degré d'extension que l'on veut donner à la tète ; puis on les dirige en haut et en dedans jusqu'au sommet de la tête où leurs extrémités se croisent et doivent être arrêtées. Nous venons de voir cependant que M.
Dieffcnbacii rejette complètement l'usage des appareils, du moins pour les plaies de la région antérieure du cou et chez les personnes aliénées.
Les plaies transversales des parties latérales du cou exigent la position inclinée de la tête sur l'épaule. Les plaies transversales de la région antérieure du cou par des armes tranchantes sont celles (jui méritent le plus d'attention , elles sont beaucoup plus dangereuses (jue les précédentes à cause des complications qui peuvent les accompagner. Les gros vaisseaux, les voies aériennes et alimentaires pouvant être lésés, il en résulte des plaies fort graves et souvent mortelles. Ou distingue ces plaies en sus-hyoïdieiuies et sous-hyoïdieunes. Ces dernières comprennent plusieurs variétés. Sus-liyuidieimes.
Lorsque les plaies transversales de la région antérieure du cou siègent au-dessus de l'os hyoïde, si elles sont profondes elles intéressent la peau , les muscles pcauciers,les digastriques , les mylo et génio-hyoïdiens, les génio et hyo-glosses, le nerf hypoglosse, les vaisseaux linguaux , les conduits des glandes maxillaires , ces glandes elles-mêmes, les glandes sublinguales, les mu>^cles linguaux, le rameau lingual de la cinquième paire , l'épiglotle, etc.; enfui la niiKiueuse buccale, si la plaie pénètre dans celte cavité , ainsi que cela a lieu assez souvent.
Ces plaies sont ordinairement accompagnées d'un grand ecartement, le lambeau supérieur étant attiré en haut et en devant ])ar les muscles qui s'attachent à la mâchoire inférieure , le lambeau inférieur étant rétracté en bas par les muscles sterno et omoplalo-liyoïdiens et par la constricture du pharynx. Il en resuite un ecartement triangulaire qui augmente parle renversement de la tête en arrière , et dont le fond comniunique avec la cavité bue-
cou.
cale, et permet à la salive et aux boissons de s'écouler.
lleurcuscincnt cependant les plaies en question n'oITrent pas toujours une aussi grande profondeur , elles se bornent dans beaucoup de cas à la première ou à la seconde couche musculaire, et l'on conçoit que leur gravité est alors beaucoup moindre. Dans le premier comme dans le second cas il suffit de fléchir la tête en avant pour opérer le rapprochement parfait des bords de la lésion : la peau se roule en dedans, les liquides ingérés ne peuvent plus sortir, et comme ils ne peuvent franchir qu'avec difficulté le pharynx , ils se portent vers les voies aériennes et produisent de la toux, de la suffocation et quelquefois la mort par asphyxie. Ce n'est que dans une position moyenne entre ces deux extrêmes que la déglutition et la respiration peuvent s'exécuter . non pas librement, mais avec moins de difficulté.
Les indications curatives dans les plaies transversales sus-hyoïdiennes sont : !« de simplifier la lésion en arrêtant l'hémorrhagie s'il y en a ; Si» de s'opposer à l'écoulement des liquides de la cavité buccale par la plaie et à leur introduction dans le larynx; 5» de réunir les bords de la plaie à l'aide d'une position convenable de la tête ; 4« de prévenir et combattre les accidens.
On remplit la seconde indication en introduisant, soit par la bouche , soit par la narine, une grosse sonde de gomme élastique, assez longue pour descendre jusque dans l'œsophage , et par laquelle on injecte avec une seringue les boissons , les tisanes et les médicamens nécessaires , et enfin les alimens liquides lors qu'on pourra nourrir le malade. De ces deux manières a'introduire la sonde dans l'estomac la meilleure est celle qui consiste à la mettre dans la narine, parce qu'elle permet de la laisser à demeure en la fixant à l'aide d'un cordonnet au bonnet du malade , avantage qu'on ne peut toujours se procurer quand on la place par la bouche , à cause des nausées fatigantes qu'elle provoque. Quant aux moyens de réunion, la seule flexion de la tête en avant suffît. On peut pour cela faire usage du bandage unissant que nous venons de décrire ou bien des mains de deux infirmiers qui se relèvent tour à tour.
Reste alors le traitement dynamique général et local (jui est basé principalement sur les évacuations sanguines , la diète et les autres moyens anli-phlogistiques connus.
Sous -hyoïdienne s. Au-dessous de Tos hyoïde les plaies transversales sont quel- (juefois bornées entre cet os et le cartilage thyroïde. Elles peuvent comme les précédentes pénétrer ou non jusqu'au pharynx.
Lorsqu'elles pénètrent elles intéressent la peau, les muscles peaucicrs, les sterno , omoplat et thyro-hyoïdiens, le ligament thyro-hyoïdien et répiglotte,soit en partie, soit en totalité. Elles sont rarement accompagnées d'hémorrhagie ; l'écartement des bords est médiocre ; dans le fond et un peu en haut est Tépiglotte^, mobile, isolée, sans appui. L'air et les mucosités de la bouche sortent par la plaie; la boisson qu'on essaie de faire prendre au malade sort aussi par là , tombe en partie dans le larynx et excite une toux convulsive et suffocante : la déglutition , la respiration et la parole sont très gênées. L'écoulement continuel de la salive et du mucus rend , malgré l'application de l'appareil, le gosier extrêmement sec. De là résulte une soif ardente et une sécheresse extrême du fond de la plaie qui devient quelquefois gangreneuse, et le malade succombe promptement. Le traitement est le même que dans le cas précédent. Les plaies sous-hyoïdiennes peuvent intéresser le larynx , la trachée-artère, l'œsophage. Il en résulte des phénomènes extrêmement graves que nous devons étudier dans les articles relatifs aux maladies de ces organes, [r. Larynx, Trachée-artère , OEsophage. )