CÉRÉBRALE
» La carie du crâne qui est bornée à la table externe n'olfre pas de grandes dilTicultés, dit Boyer. Llle pénètre à une profondeur médiocre ; rapplication des substances irritantes, des liquides alcooliques, des teintures de myrrhe et d'aloës, des caustiques li(juides même, suffit ordinairement pour en arrêter les progrés , ou pour en changer la nature, et l'usage de ces topi(jues est exempt de tout danger. Mais quand la carie pénètre toute l'épaisseur du crâne, ou (juand elle a commencé par la table interne, le traitement est bien plus épineux : la maladie est beaucoup trop étendue alors pour pouvoir espérer quebiue utilité des substances médicamenteuses; les caustiques n'ont pas assez d'activité pour pouvoir étendre leur action à toute l'épaisseur des parois du crâne, quand la disposition des choses ne permet de les employer qu'à l'extérieur, et leur action est trop difficile à borner pour qu'on puisse permettre de les porter sur le siège principal de la maladie, à la faveur d'une perforation du crâne, quand cette circonstance a lieu. Enfin les os transmettent trop facilement le calorique aux corps en\ ironnans, pour qu'on puisse faire un usage familier du feu, dans le plus grand nombre des cas de cette nature. La carie de l'apophyse mastoïdienne nous parait presque seule faire exception à cet égard ; la grande distance qui sépare quelquefois les deux tables dans cette partie du crâne pourrait permettre d'y appliquer le cautère actuel; encore faudrait-il que ce fût avec une grande circonspection, et sans jamais laisser séjourner le cautère long-temps de suite; or, le calorique ne pénétrant ainsi jamais à une grande profondeur, il ne pourrait agir que sur les lames superficielles, et n'étendrait presque pas son action sur la table interne, qui , dans le cas supposé, est le siège principal de la maladie. Toutes les fois que la carie comprend les
raison lorsqu'elle a commence par affecter la table interne, la dure-mère est séparée de cette même table, et l'os est, pour ainsi dire, isolé. Cette circonstance est favorable à l'usage des instrumens qui sont alors presque l'unique moyen que Ton puisse UiCltre en usage. On doit donc employer la rugine, la couronne, le trépan exfoliatif , le couteau lenticulaire, etc., selon la disposition des choses, et muliiplier et varier convenablement l'apitlication de ces divers ins! rumens, selon l'exigence du cas. Le but <pi*on doit se proposer est de cerner la portion d'os cariée, et de l'emporter le plus exactement (ju'il est possihie ; plusieurs couronnes de trépan, dont on peut dis[)oser l'application à la circonférence de la carie, de manière (pi'elles anlicii)ent les unes sur les autres, et dont on emporte les points saillans au moyen du couteau lenticulaire, d'une petite scie ronde, etc., peuvent remplir en partie l'intention qu'on se propose ; mais il reste encore une couche plus ou moins épaisse de carie sur le lieu même de la coupe, que l'on doit chercher à détruire ensuite par les topiques , employés avec toute la circonspection convenable. On lira avec fruit l'histoire très curieuse d'mi cas de ce genre, où le célèbre Lapeyronie réussit complètement par un procédé opératoire analogue à celui dont nous venons de donner une idée; celte guérison fait autant d'honneur au courage et à la constance du malade qu'à l'habileté de l'opérateur. Si en opérant on s'aperçoit que le contour de la carie soit irrégulière et qu'il soit possible de conserver des portions d'os sain qui s'avanceraient comme des espèces de jetées dans l'espace libre qui doit résulter du délabrement qu'on est obligé de faire, il faudrait bien se garder de les sacrifier. Elles peuvent servir de point d'appui à la cicatrice et la rendre beaucoup plus prompte et beaucoup moins difforme. Cette considération serait surtout d'une grande importance, s'il s'agissait d'une partie apparente du crâne, comme le front. Après la destruction d'une carie aussi étendue , et si l'on est assez heureux pour que des efforts aussi pénibles soient suivis de succès, il reste encore une altération plus ou moins grave des méninges qui peut exiger des soins particuliers. Si
deux tables de» os du crâne, et à plus forte 1 les bourg«oiis charnus qui se développent
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sur la (lure-nière et qui doivent servir de hase à la cicatrice, sont mollasses et fongueux , comme cela est assez ordinaire, même dans les cas les plus favorables, on les excitera par des ablutions légèrement stimulantes, avec l'eau de chaux, l'eau de Balaruc, etc. »{Malad. chir.^t. m, p. 492.) M. Yelpeau a fait les remarques suivantes, au sujet de la resection des os du crâne atteints de carie ou de nécrose: « L'excision des os du crâne affectés de carie, de nécrose ou de dégénérescence, a souvent été praticjuée, et c'est elle qui a servi de point de départ à l'opération connue sons le titre de trépanation. Les instrumens dont on se sert en [);ueil cas sont la rngine , le ciseau et la gouge , la scie de M. Heine, Lostéotome de M. :\Iartin,di(rérentes sortes de scies à molette et le trépan. On s'en tiendra à l'emploi de la rngine pour les caries superficielles, quelle qu'en soit l'étendue. Ayant mis les parties malades à découvert par des incisions convenables, le chirurgien tenant la pLupie tranchante de la rngine avec la main gauclie, pendant qu'il en embrasse le manche de la main droite, raclera, grattera la surface cariée ou nécrosée jus(ju'à ce (pi'i! l'ait détruite en entier, jusqu'à ce qu'il aperçoive un pointillé rouge, un aspect sablé, et non plus une teinte jaune ou livide. lu fond de la pla.pie rijginee. Connue >L Cliam[)ion, je ne comprends pas que Duverney et Richler aient pu conseiller de ruginer les os avec \n\ njorceau de verre plutôt qu'avec la rugine proprement dite. Si l'os était altéré à plus d'iuie ligne de profondeur; si, comme jiresipie toujours, il s'agiss.iit d'une nécrose |)lutôt (pjc (riine carie, il pourrait être diflicile (l'aitei:i(lre le fond du mal a\ee la seule rugine; alors on pourrait recourir an ciseau ou à la gotige. IMais les coups nécessaires en pareils cas produisent dans le crâne un ébranlement toujours redoutable, et qui a porté- la pbqiart des chirurgiens à leur pref«T<'r la trépanation. Un moyen qui éîait parfois préféré- ,\ tout cela, lorsque la maladie ne comprenait pas toute l'épaisseur du crâne, est le fer rouge. Maintenant celte res>;ource est bannie de la [)ratiipu- < liirurgicale parîout où la boite crânienne n'olIVo pas une extrême épaisseur. Ain^i per^oiiiM; n'oserait porter le cautère
aclucUur le frontal, les pariétaux, nimOmc 1 Iruilcs ainsi, sans compromcltregravcnjciit
sur roccipitai. Les apophyses mastoïdes seules en permettraient à la rigueur l'emploi Le calorique, arrivant bientôt aux méninges ou à l'encéphale, ferait naitre ici des accidens plus graves que la maladie elle-même. L'ostéotôme de M. I\Lartin et la scie de 'SI. Heine, [lermettcnt aujourd'hui d'enlever une partie ou la totalité de l'épaisseur de chacun des os qui entrent dans la composition du crâne, sans être obligé de recourir au ciseau , à la gouge et au maillet, au tré[)nn ou au fer rouge.
»Lc premierde ces instrumens, en effet, est disposé de telle sorte qu'après avoir été bien dégarnie de ses parties molles, la maladie se laisse enlever par lui couche par couche jusqu'à telle profondeur que l'on veut, et dans toute l'étendue désirable. Celui de I\I. Heine, auquel il est à la rigueur possible de substituer la scie de Thomson ou de M. Chairière, i)ermet de circonscrire toute la portion d'os dénaturée, dans un disque circulaire, quadrangulaire , triangulaire ou lozangique , et de l'enlever en i)énelrant ou sans pénétrer jusqu'à la dure-mère, selon que l'état des parties l'exige ou permet de s'en dispenser. Avec ces deux instrumens , on peut et on doit en effet diviser l'os auioiu" de ce qui est malade , comme on le ferait en se servant dii bistouri, s'il s'agissait d'une pla- (jue altérée des tégumens. H faut dire cependant que l'instrument de I\L Heine , si efiicace entre les mains de son auteur et de J(Pger , à \\ urlzbourg , est resté une beure et demie poiu" enlever une nécrose du front chez une malade de I\L Piicord. Ai)rès l'opération, il est inutile d'émousser avec le couteau lenticulaire ou la rugine les bords de la di\isi()u osseuse. On se bornerait à en faire disparaître les pointes, les angles ou les j)laques trop amincies , s'il (-n existait (jui parussent susceptibles dirriter les parties molles. Tout en rapprocbant les lambeaux de cuir cbevelu, je ne voudrais pas cependant (ju'on les renut partout en contact , et je legarde comme de la plus haute inqu): lance le précepte (pii consiste à panser le fond de ces plaies à l'aide de boulettes de char|>ie, pendant (jneUpics semaines , et à ne point en cssaver la réunion innnediatc Des portions très étendues du crâne peuNentétre dé-
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la vie des malades. Verduc, David, Soulié, Lappy rouie , mentionnent des individus qui avaient perdu un quart, un tiers, la moitié de la vcùte du crâne , par suite de nécrose ou de l'opération du trépan , et qui se portaient assez bien d'ailleurs. Il faut voir dans les mémoires de Qiiesnay ce qu'on peut espérer d'une opération pareille, que Roger, Guy de Cliauliac et Jean de Yigo, parmi les anciens , semblent déjà conseiller formellement, comme Celse l'avait prescrite avant eux, comme Percy s'est chargé de la vanter depuis. Toutefois , je ne voudrais pas que la réseclion des os du crâne fût pratiquée sans une indication très précise. Une circonstance importante, et qui doit ralentir l'ardeur des chirurgiens en pareil cas , est que la nature triomphe souvent à elle seule de la carie , de la nécrose des os du crâne. De ce que les os du crâne sont dénudés, en contact avec le pus; de ce qu'ils sont restés long-temps exiiosés à l'action de l'air extérieur, il ne faudrait pas conclure qu'ils se morliheront nécessairement, et qu'il convient d'en pratiquer l'excision. » {Méd. opér., t. ii, p. 602.)
Les remarques qui précèdent font déjà suffisamment pressentir qu'il ne faut pas se trop presser d'opérer alors que la carie ou la nécrose n'est que superficielle. Il faut se contenter de mettre l'os malade à découvert et attendre les ressources de l'organisme. Les résections ici ne sont pas une chose légère; les phlogoses qu'elles déterminent sur les méninges sont redoutables , assez souvent mortelles. Aussi fautil se tenir toujours prêt à les combattre très énergiquement, ou mieux à les prévenir. Les pansemens à sec sont ce qu'il y a de mieux en attendant que l'exfoliation s'opère. IXous avons vu à la cliniciue de Dupuytren des individus avoir toute la table externe de la boîte crânienne nécrosée à la suite d'un phlegmon large souspéricrânien. Ce praticien se bornait à ouvrir les abcès à mesure (ju'ils se formaient, et à en entretenir béantes les ouvertures ; lorsque la sonde indiquait que la portion mortifiée était mobile, il pratiquait des incisions appropriées, et, avec des pinces à bec-de-corbin, il saisissait la lamelle, l'ébranlait et la retirait. Nous nous rappelons un sujet, entre autres, qui se trouvait
dans CC' cas, et dont le traitement a duré onze mois. Toutes les semaines un nouvel abcès annonçait un nouveau sé(]uestre ; l'extraction en était opérée; c'était toujours une lamelle de 1 à 2 pouces de surface. Les pièces collectionnées et rapprochées ont fini par couvrir toute la surface d'une assiette à soupe , ce qui a fait penser que toute la table externe du crâne s'était exfoliée. L'individu guérit. On conçoit combien il aurait été inutile et dangereux d'employer la résection dans ce cas. (/^.Carie, Nécrose, Sypuilis.)
$ iv. dégénérescences cancéreuses.
Il se forme dans la substance diploïque des os du crâne des végétations sarcomateuses ou même encéphaloïdes qui marchent à la fois du côté de la cavité crânienne et envahissent la dure-mère, et du côté du cuir chevelu. Ces tiuneurs ont été confondues souvent avec les fongus de la dure-mère proprement dits. Chelius a fait un travail sur ce sujet, mais qui ne nous est connu que par quelques courts extraits qui ont été publiés par des journaux étrangers. Il serait à désirer que de nouvelles recherches vinssent éclairer cette importante matière, [f^. Dure-mère.)
Une dégénérescence singulière , mais probablement cancéreuse de la substance del'os frontal a été rencontrée par M. Amussat en 1S54. Nous avons eu la pièce pathologique en main, l'avons disséquée et analysée avec M. Amussal lui-même. Voici les caractères principaux de ce fait remarquable. Une dcmoiseile , âgée de cinquantedeux ans, peintre distinguée, souffrait de migraines intenses dès son enfance. Elle travaillait habituellement dix-huit heures par jour. A quarante-deux ans , ses maux de tète se changèrent en douleurs aiguës , dont la racine du nez était le siège principal. A cinquante-deux ans , elle s'occupa d'un grand tableau qu'elle avait promis pour une époque fixe . et fut obligée d'y travailler avec beaucoup d'as.siduité ; elle ne put le faire cependant qu'en ayant continuellement le front couvert de compresses d'eau froide ou vinaigrée; sans cela, sa vue était trouble. A cette époque, l'écartement des (\e\\\ yeux augmenta d'une manière sensible ; une petite tumeur souleva la peau entre les deux sourcils , obstrua la narine gauche , et fit en peu de temps de
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tels progrès que le front prit un développeiiieiit extraordinaire. On prescrivit un traitement mercuriel sans résultat avauta geux. On crut ensuite avoir affaire à un polype des sinus frontaux; ce (|ui contribua surtout à accréditer celte opinion , c'est qu'on voyait dans la narine gauche une masse charnued'apparence polypeuse, et (pi'on entendait sur le front un bruissement qui indiijuait une coinninnication avec les fosses nasales; on ne put jamais apercevoir la moindre tracedans la tumeur. L'o|)cration ayant été décidée, M. Anmssat la pratiqiia en présence de MM. Girardin, Garnot et plusieurs autres médecins; il lit une incision cruciale sur le front et traversa avec le bistouri une croiMe osseuse d'un j)ouce d'épaisseur formée par'des milliers de petites grannlalions d'apparence graisseuse renfermées dans un tissu aréolaire. La surprise qu'excita cette tumeur d'apparence nouvelle fut parla^^'cc par tous les assistans. M. Amussat en e.xcisa une grande jmrtion; il arriva jusqjTà la durcniere (ju'il reconnut aux baltemens du cerveau ; il ne crut pas devoir aller plus loin, parce (pie le mal avait de profondes racines et que la malade avait perdu beaucoup de sang. Au bout de deux mois , la I)laie était tout à-fait cicatrisée , la malade se crut guérie ; mais la tumeur reprit bientôt un grand developpj'UH'Ul maigre les moyens accessoires qu'on employa , et quoiijue M. Amussat excisât de temps en teutps les excroissances cliarnucs. (;in(| ou six mois après Topératiou , la malub' perflit l'd'il droit, et cependant les deux dernirrs mois de sa vw rlle voyait à peine de l'œil gauche; son intelligence s'affaiblit , la mi'moire s'altéra beaucoup , elle mourut sans agonie , après avoir dine comme de coutume.
A l'autopsie , on fit une inci-^ion cruciale a la partie supérieure de la tète, on disséqua les laml)eaux et ou scia verticalement le crâne , ce rpii permit d'enlever la partie postérieure de cette boite o>iseuse , en laissant sur le devant toutes les parties qui étaient malades. Le cerveau était a letat normal, excepté les lobes antérieurs (pii pre-^entaient un léger ramollissement ; l'extrémité de ces lobes qui était en rapport avec la tiuneur elait converlie eu bouillie. On fendit verlicaleiuenl
la tumeur ; le scalpel divisa facilement la partie antérieure et la face jusqu'à l'apophyse transverse de l'os maxillaire supérieur ; on observa alors un développement considerahie du front qui offrait 2 à 5 pouces d'épaisseur, accompagné d'un très grand ramollissement. L'os présentait une multitude de petites cellules remplies dune matière jaunâtre ayant l'aspect du pus concret, cl analogues par leur arrangement aux alvéoles d'un gâteau de miel, ou mieux encore aux cellules que présente une grenade coupée verticalement.
L'ethmoïde avait subi la même transformation ; les autres os de la face avaient pres(iue tous éprouve une certaine alieration. Les deux rochers avaient subi un ramollissement de même nature. Le nerf opti<jue gauche semhlait se perdre dans la tumeur ; mais une dissection attentive montra (pi'il se continuait jusqu'à l'œil. La dure mère elait ])arlout saine ; cependant dans la fosse temporale gauche elle semblait transformée elle-même en cellules contenant une malieie de même apparence que les os. De semblables cellules soulevaient en plusieurs points la mu- «pieuse nasale , en sorte que l'affection , originairement déclarée dans les os, semblait avoir lini [)ar se répandre dans les parties molles voisines. Un morceau de suhstance du frontal ayant été mis dans de l'eau chaude et pressure, toute la matière contenue dans les alvéoles fut dissoute , et il ne resta (ju'un li.>su spongieux à mailles assez serrées. Cette matière fut toialenient dissoute sans former d'yeux ; 1 eau de savon doiuia le ujeme résultat. Soiunise a l'analyse par 31. Boulin-Limousineau , aide de M. (iay Lussac , elle j)résenia les mêmes elemens (pie le caseum. [Gazette médicale , 1854, p. 798.)
Le cancer des os se detlarc^ aussi dans ceux du crâne assez souvent ; il est rare de le rencontrer limite dans ces derniers os seulement. C/esl ordinairement le cancer ence[)haloide (pu constitue le cancer des os du crâne. L'ostéosarcome peut également s'y rencontrer , et il n'est pas rare de voir le cancer cutané du crâne .«^e commtiniiiMcr aux os de la UKîme région.
Oiiclle (pie «ioii l'espèce de cancer à la- (juclU ou a affaire , c'est toujouD» daus
CUESSON.
isr
l'ablaliott qu'il faut compter pour la guérison, si guOrison il y a. Cette opérai ion ccpondanl n'est pas toujours praticable au ciàne. On conçoit , en elFet , cpie si le mal est très étendu comme dans le cas de M. Amussat,ou si ralFcction coexiste avec d'autres tumeurs de même nature ailleurs, l'ablation est formellement contre-indiquée. Du reste, si elle est praticable on ne doit pas y procéder autrement que dans les cas de carie ou d'exostose.
§ V. Fistules. On a dans ces derniers temps appelé l'attention sur les fistules du crâne d'une manière particulière. Jusqu'à présent cette lésion avait été confondue en quelque sorte avec la carie ou la nécrose dont elle pouvait provenir.
« Le crâne, dit M. A. Bérard, peut être le siège de fistules qui succèdent à des lésions traumatiques ou à des altérations organiques des os. Ordinairement alors les parties molles sont altérées, en suppuration , et , par une des ouvertures fisluleuses de la peau , on peut conduire un stylet qui pénètre jusqu'à la face externe de la dure-mère. Si les trajets fistuleux étaient trop sinueux pour que cette exploration pût être faite, et si le diagnostic de la maladie restait obscur , on l'éclaircirait promptement par la manœuvre suivante :
on placerait la tête de telle sorte que l'ouverture des tégumens en fût le point le plus élevé ; on verserait un liquide inoffen.«if , de l'eau tiède à sa surface , et on engagerait le malade à faire une profonde inspiration ; l'eau disparaîtrait dans le trajet fistuleux , et l'on continuerait à en répandre avec précaution , jusqu'à ce qu'elle séjournât dans la plaie extérieure. Puis , cessant l'introduction de l'eau , on ferait faire au malade une expiration rapide, et l'on verrait alors l'eau être expul sée avec une certaine violence au debors. Ces deux pbénomènes s'expliquent aisément par l'influence que la respiration exerce sur la circulai ion , et par suite sur les rnouvemens du cerveau. Pendant Pinspiration , les sinus veineux du crâne se \ident, le cerveau s'affaisse, un intervalle s'établit enire la face externe de la duremere décollée et la face interne du crâne , au niveau de Touverture fistulcuse de cette boîte osseuse , et l'eau versée dans la plaie externe vient remplir celte cavité
accidentelle : pendant l'expiration les sinus se gonflent , et la masse cérébrale, soulevée par le sang, chasse à son lour le fluide étranger qui a pénétré accidentellement dans le crâne. Loin d'élre une maladie , ces ouvertures fistuleuses sont , au contraire , une cirronslance avantageuse , en ce qu'elles fournissent une issue aux dilférens licpiides moibides qui sont sécrétés entre la dure-mère et le crâne. Aussi voit-on se déclarer des accidens plus ou moins graves lorsqu'elles sont accidentellement fermées. iMais comme elles ne sont pas toujours bien placées ou assez larges pour permettre un écoulement facile au pus , et que la stagnation des liquides est souvent la seule cause qui entretienne la maladie , on doit pratiquer une ou plusieurs ouvertures au crâne avec le trépan. On peut lire , dans le Journ. hehdom., t. vu , p. 585 , les détails d'une opération de ce genre pratiquée avec succès par M. Roux. « ( Diction, de méd. , t. IX, p. 288. )
CRÈME DE TARTRE. (/^.Potasse.)
CRESSON. Plusieurs plantes ont reçu ce nom dans les traités de matière médicale; nous nous bornerons à parler des trois suivantes qui sont, parmi elles, celles qui offrent le plus d'intérêt au thérapeutiste-
L Cresson de fontaine ( nasturtium officinale, de de Candolle). Celle plante, de la famille naturelle des crucifères, et de la tétradynamie siliqueuse de Linné, croît sur le bord des eaux, dans les étangs, et les petits ruisseaux de presque toutes les régions du globe.
De toutes les crucifères, c'est la plante le plus fréquemment employée et comme aliment et comme plante médicinale.
« Le cresson , disent MM. Mérat et Delens , est une des plantes les plus usitées, mais seulement à l'état frais , car on a remarqué que la dessiccation ou la cuisson le prive de toutes ses propriétés médicinales ; il est éminemment dépuralil", anti-scorbutique et fondant. On donne son suc , qui est abondant , le plus souvent non dépuré , à la dose de 60 à 1:20 grammes (^ à 4- onces), surtout au printemps, pendant un mois ou six semaines, soit seul, soit associé avec celui du beccabunga, de la chicorée sauvage, de la furrieterre, etc., aux personnes qui ont des maladies de la peau, des symptômes de scorbut, des engorgemens des viscères abdominaux, dont le sang est appauvri , la fibre molle, décolorée, etc.; on le prescrit encore aux individus faibles, dont les digestions sont difliciles, l'appétit peu marqué; on le conseilla
CRÉTIMSME.
surtout dans les maladies de la poitrine, par- | aromatique, pt'nétrante, due, selon M. Pariset,
ticulièremoiil contre la plilhisie comnien çaiilo. A i*aris, le peuple le croit souverain contre cette maladie, et, ce qu'il y a de rcmar(jual)le, M. lîertero nous a rapporK^ qu'on en a la même opinion dans les Cordillères. Le fait est qu'il est très utile dans les anciens rhumes, dans certains catarrhes chroniques , chez les sujets qui sont encore jeunes, mais plus particulièrement lor.qju'il n'y a pas de fièvre ni d'irritation, car il ne laisse j)as d'iHre actif, loin de ralialchir comme on le croit. Aussi, il a une telle réputation dans la capitale, qu'on l'y appelle, dans le peuple, \i\smiic (In corps. On en met aussi dans les bouillons de veau, de poulet, etc.
>• Le cresson a Ole vanté, en outre, dans les maladies de la vessie, (\i's> reins, contre le calcul , depuis Galien ; Zvvinizer le préconise surtout dans la néphrite calculcusc. On le conseille aux hypocliondriacptcs , aux mélancoliques, dansTaHeilion lnsleri(|ue. Tournelort dit cpie son suc, injeclé dans les narines, puéril le poly|)e miiqueux. On a|)p!i(pic ses feuilles récerUes sur la télc des onfans leiiineux , sur les pustules izaleuses; on en fait des cataplasmes dont on couvre les tumeurs hlani lies des articulât ions. On le donne en {.'arparismc dans les aphtlu-s, les anilines catarrhales, etc. »
Stir (le crcssnii. On l'obtient par la contusion et l'expression des tiL'es et des feuilles. Il doit ôtrc clarilic à froid, par la sinqile lil- Iralion au papier Joseph. On le donne à la dose qui a été indiquée plus haut, soit pur, soit associé à d'autres sucs d'herbes.
Le cresson entre dans la composition de la diïroft'iou atili-sf()rl>t((}(/iir, du siro}) (int'i-scorbulif/iir, de Venu générale, etc.
IL Crf.sson di:s jardin.s ou Cresson ai-kjia]s{trpidium sntivnm, Linné). Celle plante, de la familh^ naturelle des crucifères et de la télrad\namie siliqueuse de Linné, oripinaire du (Ictioil de IMagellan, est cultivée dans les jardins.
Celle plante est antiscorbulitpie et diurétiqtic. Forestus la recommande dans les affections soporeuses. Sui\aiit Andiroise I\iré, .«les feuilles guérissent les croûtes laiteuses des enfans ; ses Lirairu's, dont on peut retirer de I huile, sont (iuménaL'n'.'ues, propres à faciliter Icxpeetoration, etc. Le suc, qui peut 8C tenir frais pendant une grande partie de l'année, se donne a la dose de GO à \)1'> faam. ("I a \ onces), pur ou associé à d'autres sucs de pnqjriélés analogues. (ISlérat et Delens.)
I II. ( ",IU>'^0N ni-: Par \ {spilanllnis nlcrnrra, Linné). Celle plante nnnuille, cpii a|)partient h la famille naturelle des synanihérees. tribu des corymbiferes, et à la .'^ynpéni'^ie pohpamie égale de Linné, est ons^inaire de l'Amérique méridionale, mais cultivée aujourd'hui dans «piclqucs jardins d'Kiiroi)e. Toutes ses parties ont une saveur excessivement chaude,
îume substance de nature résineuse, et, suivant M. Lassaiune, à une huile volatile ûcre.
INI. le docteur Emmanuel Rousseau le regarde connue un excellent anti-scorbutique, surtout contre le scorbut de la bouche. Il oiie,à l'appui de son opinion, une femme Agée en proie aux accidens d'une dialhèse scorbutique , et que les medicamens employés jus- (juc-lh n'avaient point soulagée ; elle fut guérie en un mois par l'usage, à l'intérieur, de l'alcoolat (le fleur-î de cresson de Para, pris à la dose d'une demi - cuillerée, chaque matin, dans un verre d'infusion de saponaire. Une fcnunc de trenle-huit ans, dans le môme cas, fut aussi soumise à ce traitement ([ui eut le même résultat, etc.
l" Alrnnlé (Ir crcsso)! dr Para. So prépare avec les fleurs récentes (pie l'on fait macérer dans l'alcool à ."».'; degrés; une seule goutte, portée à la bouche, donne lieu à une abondante sécrétion de salive.
12o Atcnolnt de cresson de Para. Ce médicament, obtenu par la macération et la di-;lillation de l'alcool à T)"! degrés sur les sonunités lleuries de cresson de Para, est employé comme le précédent.
Nous dirons cnlin que le cresson de Para fait la base d'un médicanu'nt, jadis secret et exploité parle charlalanisme, le Varminnijlinn.r, aiupiel on a allribué bien gratuitement une vertu spéciTnpie contre rodonlalgle.
CIU-:TL\IS.A1L. Lcs ciTlins sont des e.spèces d'idiots , chez lesquels Tabsence des facullés morales cl inlellerlucllcs s'accouipagiie d'une déirradalion non moins renianpiable des formes extérieures. Connus le plus généralement sons le nom de cr<'//«.s', ils sont encore a[)pelés vulgairement cagots dans les Pyrénées pesayis dans le Valais, dénomination qui exprime bien l'apaliiif; inlellecluellc t>t physique dans hupudle ils vivent.
Le portrait des crétins offre à peu près le même type dans tons les auteurs qui ont écrit sur ccsélrcs dégrades el nialiieureux.INousemprunlerons, comme une des plus conqilètes , la desciipli(Ui du crétinismc, donnée par M. l-'eiriis, dans ses leçons, recnedlies par 1\L le docteur Dugast {(iaz. des hôi).., année, -1858) : « Les crétins, dit-il, ont une taille beaucoup au-dessous d(; la moyenin; ; (juchiues-nns de ceux (pii ont éle soumis à mon observation ne.depa^saicnt pas troispieds; leurs membres sont éj)ais et très courts, surtout les inférieurs ; exiLMiitc qui me semble avoir sur celle de la taille absolue une inllnence lijarquée. Leur^ chairs sont ilasques, leur
peau rugueuse , d'un brun sale lorsqu'ils ont éié longuement cxi)osés à l'air et au soleil, et d'une blancheur cadavéreuse si quelque inliniiité les fixe sur leurs },nabats ou dans leurs habitations; leurs sens sont habituellement obtus et fréquemment incomplets; leurs clieveux sont rares, raides et d'une couleur variable ; la peau du front est très ridée, surtout en bas, de manière à simuler un relief de la partie frontale assignée par la phrénologie aux facultés perceptives. La face présente peu de hauteur; sa largeur, prononcée vers son tiers supérieur, diminue brusquement au-dessous des pommettes pour se rétrécir angulairement à mesure qu'on se rapproche du menton; elle a d'ailleurs de nombreux rapports avec celle que les naturalistes assignent à la race jaune ou mongolique.
M Les yeux petits, enfoncés et obliquement disposés , sont recouverts par des paupières épaisses , chassieuses et cernées par des rides profondes et divergentes ; les pommettes sont saillantes ; le nez épaté, à narines largement échancrées, prend naissance à une telle distance du front, qu'il en résulte une rigole transversale , allant d'un œil à l'autre, de manière que les commissures internes des deux yeux se trouvent sur le même plan que la racine du nez; les commissures des lèvres sont très éloignées. La bouche est béante, à lèvres épaisses et renversées en dehors ; la langue gonflée et visqueuse s'avance entre les arcades dentaires ; les joues molles pendent un peu en forme d'abat-jours.Le menton est aigu et les pavillons des oreilles s'écartent des parties latérales du crâne. Chez un grand nombre d'entre eux, mais non chez tous, on observe un goitre de forme, de volume et de consistance variables, que le vulgaire désigne par le nom de sonnette à cause de sa mobilité. Lorsque cette tumeur est très volumineuse , elle comprime les conduits placés dans son voisinage, cyanose la face, donne à la voix un timbre rauque et rend la respiralion sifllante. »
M. Ferrus fait observer que le type qu'il vient de décrire appartient à tous les individus du sexe masculin, entachés de crétinisme, mais qu" il est loin d'exister d'une manière absolue chez les crétines. Il a trouvé chez celles-ci deux types distincts : le premier se rapprochant de celui précé-
CHÉTINISME. i:Ji)
demment décrit, le second en différant d'une manu'îre notable. « Ce second type,
dit-il, se distinguait parla sveltesse du
tronc et la souplesse de ses membres, par la longueur et la flexibilité du col, l'exiguité de la tête et la forme anguleuse du visage. Tandis que, dansle type précédent, la saillie de la bouche était terminée par la charnure des lèvres , ici elle avait pour cause le prolongement de l'os incisif, ce qui, joint à l'obliquité du front, à des rides convergentes aux commissures des lèvres et des paupières et à une chute légère des joues, rappelait involontairement les individus les plus élevés de Tordre des quadrumanes. Je n'ai point observé chez les unes ou chez les autres ces mamelles volumineuses et flasques qu'on leur a attribuées généralement sur la foi de quelques auteurs. Les crétines âgées avaient les glandes atrophiées. Chez celles moins avancées en âge, les seins étaient petits et mous; une seule était remarquable par la longueur et la flaccidité de ces organes qui étaient excoriés sur leur face postérieure et exhalaient l'odeur la plus fétide. >>
Il manque à ce portrait des détails précis sur la forme et le volume du crâne; des observations bien faites sur ce sujet seraient à la fois curieuses et importantes; les auteurs ont trop négligé celte étude. Cependant, M3L Ferrus, Breschet, Dugast et Cerise, se sont livrés, dans le Valais, dans la vallée d'Aost, etc., à des recherches sur la forme du crâne chez les crétins, et on doit regretter qu'ils n'aient pas encore publié les résultats de leurs observations.
Au rapport de Saussure et de Fodéré, les crétins sont souvent aveugles , sourds et muets ; leur peau se couvre fréquemment d'éruptions dartreuses , et leur vie se prolonge rarement au-delà de trente ans. Leur intelligence est encore plus ébauchée que leur corps; ils ne sont cependant pas tous frappés d'idiotisme au même degré; les uns sont réduits à la vie , pour ainsi dire automatique et végétative ; il reste à d'autres quelques facultés instinctives; chez un certain nombre, on aperçoit quelques lueurs d'intelligence , on observe quelques actes raisonnes. Ajoutons que ces êtres sont dépourvus de qualités morales, qu'ils sont insensibles, paresseux, apathiques,
ItiO
CRÈTIMSME
gourniniKÎj! , malpropres , lascif» , adonnes à la masturbation, et nous aurons une idée à peu près eon»[)lele de eelte espèce misérable, inférieure peut-être aux idiots.
CausiS. Il est peu de maladies qtii ne com[)tent l'ivrognerie, la débauche, la mauvaise alimentation , au nombre de leui-s causes. On a aussi voulu trouver dans ces habitudes anli-hygieni(iues la source du cretinisme. Toutefois, l'analogie topogrnphi(]ue qui existe entre les diverses contrées de l'Europe où le cretinisme est endemicpie a lait penser aux observateurs que c'était surtout dans les influences locales du climat (|u'd fallait chcrcl:er la cause de celte singulière détérioration de Tespèce humaine.
On trouve des ciétins en Ecosse, dans les Pyrene<'s. d.uis l'Auvergne; mais c'est surtout dans la i\laurienne , la vallée d'Aost et le Valais qu'ils existent en i»lus grand nombre. Ils habitent les vallées hunndes, profondes, tortueuses qui serpentent entre les lianes de hautes montagnes. Ces vallées , parcourues par des lorrens ou par des fleuves, sont couvertes de marécages et de brouillards qui s'élèvent lentement , parce (piils ne sont pas balayes par les vents, qui, selon la reinanjue de Salissure, n'enfilent pas directement les vallées, mais sont repeicutés à cause de leurs toriuosités. La chaleur de l'été y est excessive , même diu'ant la nuit, et elles sont généralement ouvertes au midi. L'humidité v est encore eniretenue par la consiriiction basse des maisons , leur malpioprele , la boue, les chemins bas et non paves, les arbres toulbis ci les tieillagc^. Aussi est-ce avec raison (pn* de Saussure, Fodéré et plusieur.» auirrs écrivains ont regarde l'air concentre, chaud, hiunide et non renouvelé de ces. vallées coin i:e ayant une grande inlliirnce sur le drvclopixinrnt du cretinisme. On ne trouve en ellel des creiins que dans les lieux où existent de pareilles conditions aimosplM'i iipies. De Saussure aflirme (picc«'lte drterioration de resi)èce n'existe pas dans les hautes vallées; on ne la rencontre pas dans h-s villa:;es situes a la bauleiii de '600 ou »*(M) toises au-dessus du niveau de la mer. Le docirur Fernis , qui a séjourne long temps dans 1rs h. iules Alpes, a p.ucouru ces contrées sans trouver lui seul crclin.
Les eaux de neige et de glace fondues ont i»aruà cpielques médecins une des principales causes du cretinisme; mais de Saussure a fait observer que ces mêmes eaux servaient aussi de boisson aux habilans des hautes vallées. D'autres ont avancé que ces eaux n'acquéraient des propriétés nuisibles qu'après s'être chargées de sels calcaires , en parcourant de longues distances sur la pente des montagnes.
Le cretinisme est souvent un héritage de famille. l'odere et plusieurs autres écrivains font remaicpur qu'il suffit d'être goitreux pour engendrer des crétins. Foderé pense i]ue ces deux étals sont tellement lies que le goilre i)ré(ède vraisemblablement toujours le cretinisme , dont il n'est qu'une iniance. Il est remanjuable en effet de voir des goitreux partout où il y a des crétins.
Oorget, d'après des renseignemens puises dans un mémoire inédit adressé en 1815 au ministre de l'intérieur par M. de Raiiibuteau, alors préfet duSimploiî, Georget, disons-nous, fait observer aussi cette fréquence, dans les mêmes lieux, du cretinisme et du gof're; mais il ajoute que l'on trouve des goitreux dans des pays où on ne rencontre pas de crétins, ce <pii porte à penser que le principe des deux maladies est le même , et (piil est seulement plus aiMif dans les contrées où régnent à la fois et le goitre et le cretinisme. On voit ordinairement des goitreux dans les vallées Noisines de celles où existent des crétins. En s'avancant de la plaine dans les vallées, on rencontre d'abord des goîtreux , puis des goitreux et cpiehpies crétins ; dans les vallées, le nombre des crétins surpasse celui des goitreux ; à mesure qu'on s avance des vallées sur les montagnes , on ne trouve plus ni 1 un ni l'autre.
Le mémoire de l\L do Rambuteau contient encore les faits suivans : «« Les aveugles et les .sourds-muets ne sont pas plus nombreux dans le Valais (pTailleurs. Les |ières et mères bègues (vice freipient dans ce pays) engendrent souvent des crétins. Si un des époux nesl pas crétin , les enfans peiiveiit être très hien porlans; deu.x individus bien ])ortans peuvent procréer des crétins, «1 où l'on pourrait conclure «pie le créliniMue n'est pas toujours un vic^ héréditaire. On remanpie que les Va-
CRISTALLOIDITE.
IGl
laisanc3 qui s'unissent à dc^ Savoyards donnent plus souvent le jour à des crétins que celles qui se marient à des hommes du pays ou à des Français.
Le crctinisme est souvent congénital . Les enfans qui ne savent pas saisir le mamelon, qui sont faibles et engourdis, sont regardés par les habitans du pays comme entachés de crétinisme.
De Saussure a remarqué que les enfans qui ne sont pas crétins avant Tàge de huit ou dix ans sont exempts de cette infirmité, et que les enfans des étrangers qui viennent habiter avant cet âge les lieux où règne le crétinisme peuvent en être affectés. Ce dernier fait porterait à penser que chez les crétins la composition du cerveau peut être altérée indépendamment de la forme.
C'est à Tanatomie pathologique qu'il faut s'adresser pour savoir de quelle altération du cerveau dépend l'anéantissement de rintelligence chez les crétins ; mais on a à regretter que les hommes qui ont écrit sur le crétinisme l'aient si peu étudié sous ce rapport.
Fodéré a fait l'autopsie de deux crétins parfaits ; il a trouvé leur cerveau plus dur et plus petit qu'on ne le trouve chez les autres hommes.
On lit d'autre part, dans le Supplément au Journal scientifique de Turin ^ t. ii, que le professeur Malacarne, ayant ouvert le crâne de trois crétins , trouva chez l'un une oblitération presque complète des trous déchirés postérieurs , de sorte qu'à peine pouvaient-ils donner passage aux nerfs qui le traversent. Chez un autre, la moelle allongée était forcée , pour pénétrer dans le canal rachidien, de se diriger horizontalement en arrière, puis de décrire un arc de cercle d'arrière en avant au moment de pénétrer dans le trou occipital.
Ces faits, quoique intéressans, sont trop peu nombreux pour qu'on puisse en conclure quelque chose sur Tétat de l'encéphale chez les crétins.
MM. Fodéré et de Rambuteau affirment que le nombre des crétins a notablement diminué dans le Valais depuis la fin du dernier siècle. Ces auteurs attribuent cet heureux résultat au défrichement de ces pays boisés , à la construction des digues qui contiennent les eaux du Rhône, à l'habitude qu'on a prise de faire élever les en- TOMS m.
fans dans les lieux aérés , et au meilleur régime des habitans.
De semblables faits ne font que démontrer davantage l'influence de l'air et des lieux sur la production du crétinisme , et portent à penser que le remède propre à I)révenir le développement de ce mal , est tout entier dans des mesures hygiéniques bien dirigées. « Faire élever, dit-il, les enfans sur les montagnes, où ils recevront les bienfaits de la double influence d'une Inmière plus vive et d'un air plus pur, le» exciter au travail et les enlever à l'indolence et à la malpropreté dans laquelle ils croupissent, les soumettre à un régime alimentaire plus stimulant , établir au moyen de routes , et pour faciliter le commerce , des communications entre les vallées de crétins et les pays voisins, débarrasser celles-ci des ar])res qui les ombragent et interceptent la lumière , assainir par ce moyen ces vallées , développer l'industrie de leurs habitans et leur procurer de l'aisance , tels sont les moyens prophylactiques propres à s'opposer à l'accroissement du crétinisme. » Il ajoute que le traitement curatif doit consister encore dans l'emploi de tous les moyens hygiéniques propres à stimuler l'organisme et à faire sortir de l'engourdissement où ils se trouvent les organes de la vie de relation.
CUISTALLIIV (lentille oculaire) , nom d'un des trois corps diaphanes qui remplissent les chambres de Tœil ; il est placé entre le corps vitré et l'iiumeur aqueuse. Dugès a appelé du nom de système cristaUinien de l'œil l'ensemble de ces trois corps réfringens. On ne connaît qu'une seule maladie de la substance du cristallin , c'est son opacité avec ou sans déliquescence. (^. Cataracte.)
CRISTALLOIDITE, On appelle ainsi l'inflammation de la capsule du cristallin. Cette phlogose n'existe jamais à l'état d'isolement, elle est toujours compliquée d'autres phlogoses intérieures, principalement de l'iritis, de la choroïdite, etc. Une des meilleures descriptions que nous possédions sur l'inflammation de la cristalloide est celle de Walther, la voici :
« L'inflammation de la capsule cristalline , dit Walther, se manifeste ordinairement chez des hommes d'âge moyen et un peu cachectiques, qui ont toujours
CRTSTALLOIDITE.
passé par une 'série d'autres afTeciions , telles que la gale , la goutte , des catarrhes , etc. La maladie s'observe plus souvent sur des yeux de couleur claire «jue brune , et est toujours'accompagnée d'un léger changement dans la couleur de l'iris et dans la forme de la pupille. L'iris devient un peu plus noir, la pu|»ille légèrement ovale et tirée en haut et en dedans vers la racine du nez. Les mouvemens de l'iris sont d'abord |)lu5 sensibles aux variations légères de la lumière, mais ensuite ils deviennent difficiles. La pupille est ordinairement plus étroite (ju'à lelat sain ; elle offre habituellement un anneau noir et irrégulier à son bord , produit par un renversement réel de Tuvee , de manière que le bord pupillaire de Tuvée fait saillie €u deçà du bord antérieur de la pupille ou de la face antérieure de Tiris. A ces Bymptômes on peut joindre l'existence de vaisseaux rouges dans la pupille : les plus gros sont visibles à l'œil nu , les autres ne peuvent s'apercevoir qu'à la loupe. Ce rjui paraît un simjjle point rouije à l'œil nu est un magnifique reseau à la loupe. Les vaisseaux rouges existant dans la pupille durant l'innammalion de la capsule constituent toujours une sorte de réseau, situé à un (juart de ligue environ du bord pupillaire. Ce réseau forme un cercle concentrique à la pupille ; les vaisseaux qui le constituent sont disposés en arcade connue ceux de la paume de la main et du genou. A ce réseau se joignent comme dans un centre d'autres vaisseaux qui marchent en direction rayonnante , provenant de la périphérie de la capsule. Quelques vaisseaux paraissent passer d»i pigmenîuin de l'uvée à la capsule, ce <pii poiurait faire ])résunier que tous les vaisseaux (|u'ou voit d.uis la pupille ])roviennent de la face posté rieurede, l'iiis. Il n'en «st rien cependant: ces vaisseaux n'existent pas toujours; ils lie se manifestent (jue lors(pie la maladie a déjà duré quelque temps. Dans d'autres occasions on voit au contraire «pie c«s \aisseaux sont un proiongeuient de ceux de la capsule qui se jelteut dans l'uvée. Ajoutons «pie ces proltmgi'mcns >asculaires suivent une direction oblique par raiHMirt à Taxe d«' l'œil, et qu'ils ne résitlleul jamais de> jjros troncs tjui pnnit nneiU de la circunferencv de la capsuU.
Les vaisseaux existant entre l'iris et la capsule n'émanent jamais précisément du bord pupillaire, mais d'un peu plus haut que le bord de l'uvée, de manière qu'il y a une largeur d'une ligne environ du bord pupillaire qui est libre de ces prolongemens vasculaires.
» Du réseau vasculaire que nous venons de décrire on voit sortir des vaisseaux qui se dirigent vers le centre de la capsule antérieure où ils forment des groupes et des arcades ; et, bien (pie la continuité des vaisseaux qu'on voit dans la pupille semble interrompue sur plusieurs points, ils ne comnuiniquent pas moins entre eux par d'autres vaisseaux extrêmement fins , invisibles à l'œil nu.
» Au point de terminaison de plusieurs vaisseaux sur la capsule on distingue nettement de petits depùts de matière plastique, semi -transparente , d'un blanc grisâtre. Ces dépôts rendent raison de l'opacité parcellaire consécutive de la capsule. La cristalloïde antérieure , étant très vascularisée , devient quelquefois le siège d'un nombre infini de fiocons grisâtres ou brunâtres qui la rendent veloutée. Celte circonstance a fait présumer que des parcelles de pigmenlum s'étaient détachées de l'uvée ou de la choroïde et attachées à la capsule : c'est une erreur; jamais le pigmentum ne se détache, pas même lorsque r()l)htlialmie est très violente. Les taches brunes dont il s'agit dépendent de la deposition de lymi)he plastique et de la présence de vaisseaux <jui y aboutissent.
w Quant à lelat de la vision du malade, si la cristalloïditc est intense, elle est confuse , surtout si le malade veut regarder (les objets éloignes : les objets voisins il ne les voit que comme couverts d'un brouillard, d'un gaz , mais il n'aperçoit pas des vaisseaux, des réseaux rouges, ni des teinte* dautre espèce sur les objeLs. » {Practical easays insurgery and opthaJmaUxjy .)
Comme les autres séreuses, celte membrane devient le plus souvent opatpie sous rinduence de 1 infl immation et acquiert des adhereiues avec les tissus en>ironnans. Aussi observe-l-on le plus souvent la cataracte rap^^ulaire à la suite de cette nialadie , et le plus souvent avec synéchie, c'«st-À-dirc avec dcstruclion d« la cham-