DE^T
vient quelquefois mortelle dans l'espace de trois ou quatre jours, et Tautopsie cadavérique ne montre pas qu'elle soit , aussi souvent quon l'avait cru dans ces derniers temps, une veritab'e gastro-enlérite. Aussi les embrocalions laudanisées,les;iavemens opiacés, les sinapismes et les vésicatoires ont-ils quelquefois été plus utiles qu'un traitement anti-phlogistique.
Mais, de tous les phénomènes morbides qui compliquent si souvent la dentition , il n'en est pas de plus dangereux ou du moins de plus eflVayansque les convulsions. La douleur, l'extrême agitation etTinsomnie en sont les premiers degrés; aussi la persistance et Tintensiié de ces trois états sont-ils généralement d'un fâcheux augure.
Comme cette affection nerveuse a déjà été décrite au mot Convulsion , et que le traitement des convulsions sympathiques de la dentition diffère peu de celui des convulsions essentielles, nous nous bornerons à dire ici que les enfans, nés de parens faibles et nerveux, paraissent y être plus sujets; quelle se borne quelquefois aux muscles des yeux et de la face , mais qu'elle envahit quelquefois les membres supérieurs et même les inférieurs, enfin que c'est particulièrement dans les antispasmodicpies , comme la; valériane, le camphre, le castoréum , Toxyde de zinc ; dans les saigiiécs locales, comme les sangsues appliquées derrière les oreilles ou aux tempes, et dans les révulsifs, comme les lavemens purgatifs, les pédiluves irritans et les vésicaUjires qu'il faut chercher les moyens thérapeutiques appropriés.
2"^ Deuxième denlitlon , 'phénomènes normaux. La deuxième dentition se compose de deux choses : la chute des dents leinporaires, et la sortie des dents de remplacement aiissi appelées persistantes. Mais avant que ce double travail s'effectue, vers la sixième année environ, aux vingt dents (le lait viennent s'ajouter quatre dents (jui ne seront pas remplacées; ce sont les premières grosses molaires, dont l'apparition établit en quelque sorte le passage entre b première et la deuxième dentiiion.
Ce n'est guère (pTiui an plus tard , c'est-à-dire de six ans à sept et même a huit, que les incisives centrales inférieures s'ébranlent, se del.ielicnl ou sont arrachées au moindre ellurt; elles eonl bientôt rem-
placées par des dents plus larges et plus fortes, surtout en haut; de telle sorte que le renouvellement des vingt dents de la première dentition se fait dans le même ordre que leur éruption, mais avec encore bien plus de lenteur et d'irrégularité, et ce n'est qu'après ce renouvellement, c'està-dire vers onze ou douze ans, que paraît la deuxième grosse molaire. Quant à la troisième, qu'on nomme assez communément dent de sagesse, elle sort rarement avant vingt et un ans ; son apparition est quelquefois bien plus tardive encore, et il n'est même pas rare qu'elle manque toutà-fait.
Quant au mécanisme suivant lequel s'etfectue le remplacement des dents, il a été diversement expliqué , mais tout ce qu'il importe de savoir, c'est qu'à mesure que les dents de la deuxième dentition prennent plus de développement, les racines des dents temporaires, et assez souvent l'intérieur de leur couronne , se trouvent absorbés. Celte absorption commence quelquefois à la pointe et gagne le collet de la dent, qui s'ébranle alors, tombe ou est aisément expulsée de l'alvéole, à laquelle elle n'adhère que faiblement, puisque, dans la plupart des cas, les doigts suffisent pour en faire l'extraction.
Phénomènes morbides. Les accidens qui peuvent survenir à l'époque de la deuxième dentition sont bien loin d'être aussi graves (lue ceux qui accompagnent assez souvent la première. Les désordres locaux étant les mêmes , réclament les mêmes moyens de traitement. Quant aux affections sympathiques, ce sont ordinairement des congestions sanguines , des hémorrhagies nasales , un ptyalisme muqueux et (luelquefois sanguinolent, l'engorgement des ganglions lymphalicpies cervicaux, certaines maladies des yeux ou des oreilles, des éru[)tions au cuir chevelu ou à la face. Les allections catarrhales et les diarrhées inflammatoires et séreuses, (pii signalent si souvent la marche de la première dentition, ne se rencontrent [)res(jue jamais à l'occasion de la deuxième ; mais aussi, i)ar une; triste couïpensalion, on croit assez généralement (pie celte dernière favorise le dèvelop[)emenl des scrofules et du rachitisme.
Ce (pie nous avons dit de l'incision des
DENT
gencives , comme moyen propre à favoriser la sortie des premières dents, s'applique tout-à-fait à la sortie des dents de remplacement ; cette opération ne doit être pratiquée qiravec une certaine réserve ; nous disons des dents de remplacement, car les grosses molaires qui, bien qu'appartenant à la seconde dentition, ne succèdent pas à d'autres, déterminent quelquefois par leur sortie des accidens fàclieux qui cessent dans bien des cas, seulement lorsqu'on incise la gencive , ou même lorsqu'on en enlève toute la portion qui recouvre la dent. Si la bouche était contractée de manière à ne pouvoir être sufïisamment ouverte , on poserait des sangsues derrière les oreilles, on prescrirait des bains de pieds et des cataplasmes émoUiens.
Quand les douleurs se déclarent À l'occasion de la sortie de la dent de sagesse, on ne les fait quebjuefois cesser qu'en enlevant soit cette dent, souvent trop serrée entre l'apophyse coronoïde et la seconde grosse molaire, soit cette dernière dont la place ne tarde pas à être occupée par la dent de sagesse elle-même. L'expérience nous a même prouvé que c'est à ce dernier parti qu'on devait, dans bien des cas, donner la préférence, mais à la condition expresse que la dent de sagesse soit parfaitement saine.
5° Dentition irrégulicre. anomalies dans le nombre. liien que le nombre des dents soit à peu près invariablement fixé à trente-deux, il est cependant susceptible de viirier. C'est ainsi qu'on rencontre des sujets chez lesquels les dents temporaires maïKjuent seules, les permanentes aiq)araissant à Tcpoque accoutumée, et d'autres chez lesquels les dents antérieures ne s'étant jamais développées, la bouche reste seulement garnie latéralement de ses molaires. « Il n'est pas moins commun d'observer des ca'^ d'issue dfs dents secondaires, sans la chute des dents primitives; et ce vice de conformation peut ])orter sur une partie plus ou moins étendue de la inAchoire. » (Blandin, ouc. cit.^ p. 155.)
Mais, ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est l'absence totale des dents, qui peut s'expliquer soit par l'absence primitive des germes dans l'organisation du
fœtus, soit par des maladies graves survenues avant ou peu de temps après la naissance, et qui en ont détruit la vitalité, ou retardé le développement. On conçoit que si on n'est qu'en droit de supposer un retard, on doit détourner le sujet de toute idée de [)ièces artificielles, dont la présence ne ])ourrait qu'être nuisible en augmentant la dureté des gencives.
L'augmentation du nombre des dents est le plus communément la suite de la persistance de quelque dent temporaire, 11 n'est pas très rare cependant de voir des dents véritablement surnuméraires qui font saillie vers l'intérieur de la bouche ou vers la joue. On doit faire l'extraction de ces dents aussitôt qu'on peut les saisir avec les instrumens; mais on ne saurait apporter trop d'attention à bien les examiner, p^indene pas prendre pour surnuméraires des dents permanentes qui n'ont dévié que par la persistance de celles (pi'elles devaient remplacer. Ce sont ces dernières qu'il faut arracher, les autres finissant toujours par se mettre entièrement en ligne.
Anomalies de silxiaiion. Les déviations les plus bizarres ont été observées dans la direction et le mode d'implantation des dents. C'est ainsi que nous en avons vu plusieurs couchées horizontalement et même complètement renversées , la racine dirigée vers la gencive et la couronne du côté opposé; d'autres percer le bord alvéolaire ou la voûte palatine. Dans quelques circonstances, les dents se sont dévelop[iées dans le corps ou dans l'épaisseur des os maxillaires, sur le palais, et même dans le pharynx. M. Désirabode nous a montre une dent fort grosse cachée dans l'épaisseur de l'apophyse nasale du maxillaire supérieur et dont le corps était tourné en haut et la racine en bas.
Toutes les fois que les dents, ainsi déviées, sont accessibles à la vue et aux instrumens, on doit ne pas hésitera les extraire. Quand elles sont profondément situées, il n'est pas rare qu'en se développant el'es déterminent une irritation et parfois une tuméfaction circonscrite et douloureuse. Dans ce cas, quand du pus s'est formé et (jue des orifices fistuleux se sont ouverts, il est rationnel d'ouvrir largement l'arcade alvéolaire, afin de décou-
DENT
vTÎr la source du mal et de la détruire.
Anomalies d'arrangement. « L'arrangement des dents peut présenter plusieurs irrégularités. Les unes dépendent seulement de la direction vicieuse des dents ; les autres sont Teffet d'un rapport contre nature des arcades dentaires. » (Marjolin, Dict. de méd., t. vi,art. Dent.)
Les premières de ces irrégularités peuvent être désignées sous le nom d'obliquilés, et distinguées en obliquités antérieure , postérieure, latérale et par rotation. Il est assez rare que les dents primitives ou temporaires présentent ces directions vicieuses ; et, parmi les secondaires , les antérieures en sont bien plus souvent le siège que les postérieures. L'imperfection du développement de l'arcade alvéolaire, le nombre exubérant des dents, leur trop grande largeur, et surtout la persistance de quelques dents primitives à côté ou au-dessous des points où doivent se faire jour les dents secondaires, telles sont les causes principales de l'arrangement irrégulier de celles-ci. En examinant la conformation des os maxillaires , l'élévation des gencives et l'étendue de Tespace qu'elles doivent occuper, il est assez facile de prévoir dans quel sens aura lieu l'inclinaison des dents dont la sortie est attendue.
Quant au traitement, il n'est pas difïïcile non plus, à l'aide d'une observation attentive et de soins bien dirigés durant le travail du remplacement des dents, de prévenir la plupart de ces inclinaisons. « Il importe alors d'éviter deux écucils : celui d'extraire trop tôt les dents primitives, et celui, non moins dangereux, de les laisser trop long-temps en place. La première pratique a pour résultat de favoriser l'érartement latéral des dents qui se développent, et quebjuefois de rendre impossible le placement régulier des dernières d'entre elles; la seconde détermine ou consolide et aggrave les inclirj^isons en avant ou en arrière, ou la rotation sur l'axe de la racine. " ''Hrgin, Dict. de mêd. et de chir. prat. , art. Dk.nt.) Posons des exemples qui puissent servir de règle :
Lorsqu'au début de la deuxième dentition, il se marnfesif! en avant o\\ en an ii're des canines su[)crieures ou inférieures
présence de la dent qui doit remplacer la temporaire , on ôte celle-ci, qu'elle soit chancelante ou non, et on fait l'extraction des autres à mesure que celles de remplacement paraissent. Lorsque les incisives supérieures et inférieures , ainsi que les canines ou les premières petites molaires secondaires, sont entièrement poussées, on voit si les mâchoires sont assez développées pour contenir ces dents assez librement, pour qu'elles ne chevauchent pas les unes sur les autres. Dans le cas contraire, on extrait la première petite molaire; et les dents, s'espaçant alors suffisamment pour ne pas se repousser mutuellement, prennent une attitude plus convenable.
Mais on doit bien se garder, dans le cas d'obliquité par divergence , d'extraire la dent voisine, puisque cette extraction intempestive rendrait la déviation plus considérable et la séparation des dents plus grande.
Ainsi donc , en règle générale, toutes les fois que les dents antérieures ont dévié par faute de place, c'est en sacrifiant une ou même deux petites molaires qu'on doit leur procurer l'espace nécessaire ; elles viennent s'y présenter, soit par le seul effort de la nature, soit à l'aide des ligatures. Mais, quand on se sert de ligatures, il faut bien se rappeler la force relative des racines et ne pas fixer une dent qu'on veut attirer à une autre dont la racine serait inférieure en force , car alors ce ne serait pas la première , mais l'autre qui céderait, exemple : si on réunit par une forte ligature la canine et la première petite molaire, c'est celle-ci qui sera attirée. Les grosses molaires sont donc les plus propres à fournir des points d'ap[Uii, par cela seul qu'elles ont les plus fortes racines.
Les dents ne dévient cependant pas toujours faute de place, telles sont celles qui, trop longues, viennent rencontrer celles de la mâchoire opposée et en reçoivent une pression capable de les coucher dans nu sens (jnelconinie. On conçoit que tous les ellorts (jui auraient pour but de redresser ces dents seraient inutiles avant fjuc la lime eût abatlu leiu* portion exubérante!, (^est encorfî avec la lime qti'il faut abattre les bords de certaines
un engorgement douloureux indiquant la 1 dents qui ont tourné sur leur axe et au.x-
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quelles il ne manque qu'un très léger espace.
Les rapports vicieux que les arcades dentaires peuvent [)réseiUer sont, toujours suivant M. Marjoliu (article cite), la proéminence, la rélroïiion et Vinvcrsion.
La proéminence n'existe proscpie jamais que chez les sujets dont les mâchoires sont trop étroites pour contenir convenahlement le nombre des dents. Dans ce cas, les arcades dentaires sont très obliques, saillantes en avant. Les dents incisives sont alors tellement poussées en avant et si fortement pressées les uîies contre les autres, que la bouche prend l'aspect d'une mâchoire d'animal. Cette disposition vicieuse est quelquefois héréditaire et se trouve naturelle pour quelques peuples; on en arrête les progrès en ayant soin d'extraire les premières petites molaires de droite et de gauche de chaque mâchoire, et d'amener par des ligatures les canines à leur place; les ipiatre incisives s'espacent ensuite d'elles-mêmes, et la figure prend peu à peu une forme plus agréable.
La rétroïlion est un vice de conformation opposé au précédent, les dents antérieures sont ohhques eu arrière; il en résulte de la diirormilé, de la gène dans la prononciation , l'usure prématurée de la partie antérieure des dents, et quelquefois même rulcéralion des gencives inférieures fatiguées par le contact des dents supérieures ; ce (jui nécessite de limer {)lus ou moins le bord libre des dents qui causent cette diirormité.
L'inversion des arcades dentaires a lieu lorsrpie, les mâchoires étant rapprochées, les dents supérieures se placent derrière les inférieures; alors ces dernières s'usent par leur partie antérieure, tandis que dans l'état naturel le contraire a lieu. Ce vice, qu'on nomme vulgairement menton de (jalnche, peut être corrige chez les enfans. (^)uand ce ne sont (juc les incisives et les canines supérieures qui passent derrière les inférieures, on peut parvenir à les repousser en devant à l'aide d'un plan incliné imaginé en 4808 par M. Catalan.
C'est une ph'ujue d'or ou de platine, lixée aux six dents inférieures qu'elle dépasse de quebpies lignes, et qui est inclinée de manière à faire porter à faux celles qui lui
correspondent supérieurement. Cet instrument doit emboîter avec une grande exactitude les dents auxquelles on l'appli(jue, afin de n'éprouver, pendant le mouvement des mâchoires , ni déplacement ni vacillation. Lorsque le rapport normal est rétabli, on peut le sui)primer entièrement, les dents sur lesquelles on l'avait placé snfTisent pour achever le redressement des autres en les pressant dans une direction convenable.
Comme on vient de le voir, dans la plupart des cas de redressement des dents, on a senti la nécessité d'en sacrifier (pielques-uncs pour fournir à celles qui ont dévié les moyens de rentrer en ligne.
Frappé de cette perte, un dentiste de Paris, AI. Lefoulon, a pensé qu'au moyen de ressorts répulseurs on pouvait d'une part agrandir le cercle alvéolaire en agissant sur les molaires, de dedans en dehors, et d'autres part ramener les dents déviées à leur place naturelle. Il a fait de cette idée le sujet d'un mémoire fort intéressant, inséré dans les numéros du 3, du 7 et du 9 mars 1859 de la Gaze! te des hôpKau.r^ et dans le(iuel il cite trois cas fort remarquables de guérison. Il fait observer en terminant, <( qu'un des i)lus précieux avantages des ressorts, c'est d'agir d'une manière continue sur la dillormité, mais surtout pendant la mastication. C'est i.ljrs, en effet, que les dents étant mises en mouvement par la [)ressio[i qu'elles éprouvent de la part des alimens soumis à leur action, elles tendent à s'enfoncer dans les alvéoles, d'où elles sont repoussées par les parties élastiques de celles-ci. Or, si une troisième force représentée par nos ressorts, vient à agir en ce moment dans un sens opposé à celui suivant lequel les dents exécutent leurs mouvemens, on conçoit un fait (pie la physiijue du reste nous explique, savoir : que cette troisième force, en décomposant les deux premières, entraînera plus facilement les dents dans sa dircctfbn que si ces dernières étaient coinplélement immobiles. >»
Tels sont les principaux moyens employés pour remédier aux vices de développement des dents ou des rebords osseux sur lesquels elles sont implantées.
Ces moyens constituent aujourd'hui une l)ranche importante de l'art du dentiste, à
DENT
la^jnelle on donne le nom d'orthopédie dentaire^ et dont nous avons vt nous mêmes de beaux résullats obtenus par 3Ii\I. Delabarre, Toirac et ïaveau.
jVous terminons en répétant avec M.
Bégin , que « le redressement s'obtient d'autant plus aisément que le sujet est plus jeune , que les dents sont plus éloignées du terme de leur complet accroissement, et que les rebords alvéolaires ont encore moins de solidité. Jusqu'à quatorze ou quinze ans, on réussit généralement avec assez de facilité ; mais au-delà de cet âge on expose les dents à s'ébranler , à devenir douloureuses et à tomber. Aussi convient-il alors le plus ordyiairement de se borner à corriger , à l'aide de la lime ou de Textraclion des dents les pins inclinées et les plus gênantes , Texcès de la difformité, ainsi que les résultats défavorables qu'entraînent les pressions anormales des deux arcades den'.aires l'une sur l'autre. » Quant aux moyens mécaniques propres à ramener les dénis, les ligatures qui agissent lentement sont toujours préférables à l'emploi de la clé ou de la pince que conseillent quelques dentistes; non seulement parce que dans la plupart des cas « la force à employer fera casser la dent, ou l'extraira plutôt que de faire flécliir l'alvéole pour se prêter à la marche qu'on se propose » (Laforgue, Théorie et praliq. de Vart du dentiste , 1810 , t. n , p. 571;; mais encore parce qu'en admettant quon fas^e céder l'alvéole , quelque adresse et quelque lenteur qu'on mette ainsi à luxer une dent, il est toujouis difiicile de s'arrêter nu point convenable. Enlin, parmi les ligatures, celles qui sont faites en cordonnet de soie n'ont pas , comme les fils métalliques, rinconvénient d'user les dents dans la partie qu'elles entourent.
Conservât ioji des dents. Les dénis sont les princii)aux organes de la mastication ; sous ce rap[)ort elles sont donc de la plus haute iuq)(>rlance, car elles ne servent [)as fifiiliMncnt a faciliter la déglutition des alimens par la division qu'elles leur funt subir, mais elles augmentant leur digestibiliié par ce travail piepaiatoiie. L,i ne 8c bornent pas cepend.uil leurs fonctions, elles servent eneore a l'ai liculation des sons, et eujpècbenl la salive de cuuler
sur les lèvres à mesure qu'elle est sécrétée ; sous ce second rapport , elles méritent aussi les plus grands soins.
'Joutes les dents n'offrent pas les mômes chances de conservation. « Celles qui sont d'un blanc de lait ou de porcelaine , et comme transparentes , sont rarement douées d'une grande solidité; leur substance est molle , prompte à se détruire et transmet facilement à la pulpe dentaire l'impression des qualités froides, chaudes ou acides des corps soumis à la mastication. Les plus solides sont celles dont la blancheur est légèrement jaunâtre , et qui par leur compacité annoncent qu'elles ont pour base un ivoire dense ^ serré et pesant. » (Bégin , ouv. cit.]
Si les soins habituels de propreté suffisent ordinairement pour entretenir le bon état de ces dernières , il n'en est pas de même des premières , sur lesquelles l'oubli des préceptes généraux de l'hygiène peut avoir la plus fâcheuse influence. C'est pour elles surtout qu'il faut éviter avec le plus grand soin les préparations dentifrices acides, qui ne communiquent aux dents une blancheur éclatante qu'en attaquant leur émail, en ramollissant leur substance, et préparant ainsi leur destruction et leur chute.
Les soins spéciaux sur Tobservation desquels répose la conservation des dents sont de laisser séjourner le moins possible des matières étrangères dans les interstices dentaires, sans toutefois faire un usage trop fréquent des cure-dents, particulièremerit de ceux (|ui sont couiposés de substances métallicpjcs ; d'éviter de soumettre brus(pienient les dents à des températures extrêmes et opposées; de les frotter tous les matins avec une brosse douce trempée dans l'eau fraîche , pour enlever la couche limoneuse légère et peu tenace qui s'y est déposée pendant la nuit ; de charger de tenq)s à autre cette brosse de (piel(|ue poudre inerte porphyrisée qui, agissant comme corps étranger et dm-, ein|)orle les elemens concrètes et déjà trop adhérens pour (|ne la brosse et l'eau puissent les enlever ; enfin , lorsjue les g<'n('ives sont molles , engorg»'es , blalardes , facilement saignantes , d'ajouter à l'eau (|uel- (pi(;s gouttes d'essences spirilueuses.
Si , maigre ces soins, il se forme sur la
de:nt.
couronne des dents quelques portions de cette concrétion qu'on nomme tartre , et que les uns regardent comme le produit d'une sécrétion morbide, les autres comme un simple dessèchement de la matière limoneuse qui se forme sans cesse autour des dents, puisque les bouches les plus saines n'en sont pas entièrement exemptes, il est toujours imprudent de chercher à la détruire par une action cliimique, quelque faible que soit cette action, car elle finirait par attaquer les dents elles-mêmes. Il faut nécessairement avoir recours aux inslruraens d'acier qui peuvent seuls la détacher. Ces instrumensprésentent,pour la plupart, la forme de grattoirs , de crochets, de rugines; portés adroitement entre les dents ou à leur surface , ils font aisément éclater le tartre et l'emportent par fragmens.
« Cette opération , toujours assez longue lorsque la totalité de la bouche est envahie, est quelquefois délicate , et le dentiste doit s'attacher , par la légèreté de la main et l'assurance des mouvemens , à la rendre le moins désagréable possible : elle exige même beaucoup de précautions, lorsque les dents sont déjà fortement ébranlées. » (Bégin, ouv. cit.^ p. 172.)
Palliologie et thérapeutique dentaires.
Pour faciliter l'étude des maladies des dents , on peut les diviser en trois classes, suivant qu'elles affectent les parties dures, comme Vusure , la fracture , V atrophie , la décomposition de l'émail , la carie ^ la consomption des racines , leur exostose; qu'elles intéressent les parties molles ou mieux la pulpe, comme son inflammation , sa fongosité , son ossification^ et les différentes névroses dentaires ; ou qu'elles attacpient les dents dans leurs connexions, tels sont \ ébranlement , la dénudation des racines^ h luxation et Varrachemcnt.
Usure. Cette lésion organique a lieu chez tous les individus, suit les progrès de l'âge , et se manifeste d'une manière d'autant ])lus prompte et plus évidente que les dents sont (l'une structure moins solide; mais , indépendamment de cette cause naturelle, elle peut encore être produite p;u- une aciion chimique , rhabilude de mâcher des corps durs , 1 usage des pipes de terre , l'emploi de poudres denti-
frices insuffisamment porphyrisées , le grincement habituel et nerveux des dents.
Les portions de dents qui ont été usées ne se reproduisent jamais ; mais, à mesure que leur couronne se rase., il s'opère dans la cavité dentaire une nouvelle ossification (pii, bien que protégeant la dent , ne s'oppose cependant pas toujours à ce qu'elle soit très impressionnable ; la partie usée n'est jamais attaquée lorsqu'elle n'offre pas de cavité. Quoiqu'il en soit , on prévient l'usure prématurée des dents en évitant les causes qui la déterminent, et lorsque la cavité de la dent usée est ouverte, ce qui est assez rare, on la nettoie pour la cautériser et la plomber ensuite. Si l'usure est le résultat d'un frottement trop direct des dents supérieures de devant sur les inférieures , on est quelquefois obligé de sacrifier les deux petites molaires d'en bas pour pouvoir ramener un peu en dedans les incisives et les soustraire ainsi au frottement.
Fracture. L'extrême dureté des dents ne les garantit pas toujours des fractures auxquelles peut d'ailleurs les prédisposer une friabilité naturelle ou accidentelle , et qui peuvent résulter d'un coup violent ou d'une chute sur le visage, de la présence imprévue dans les alimens de fragmens d'os, de noyaux de fruits , de portions de métal , d'un point d'appui pris sans précaution sur une dent voisine de celle qu'on veut extraire.
Cet accident est presque toujours irréparable ; quelquefois, cependant , lorsque la fracture est longitudinale ou très oblique et a lieu avant que l'accroissement des dents soit terminé , la réunion des fragmens peut s'opérer; Jourdain et M. Duval en citent des exemples; il importe seulement de maintenir le fragment extérieur immobile , en le recouvrant d'une plaque métallique qui s'étende aux dents voisines. «Toutefois cette consolidation ne s'opère point, comme on l'a avancé, par un travail organique qui se développerait à l'extrémité des deux fragmens, et en vertu duquel ils se réuniraient l'im à l'autre , car d'une part, d'après la nature des substances dentaires, un tel travail ne pourrait s'effectuer, etde l'autre mes expériences attestent quel adhérence ne s'établit pas directement entre eux, mais qu'elle dépend unique-
DENT
ment de nouvelles couches d'ivoire fournies par la pulpe , lesquelles s'étendant le long des fraginens , les unissent ainsi mécaniquement. Aussi est-il nécessaire pour qu'elle ait lieu , qu'ils demeurent Tun et l'autre en contact avec la pulpe, et que cet organe n'ait pas éprouvé une trop grande altération. » (Oudet , Diction, de mêd. ou répert.gén. des se. méd. , etc. , t X,p. 178.)
Si la fracture ne s'étend pas jusqu'à la pulpe et que la dent ne soit pas le siège d'une vive douleur, on doit se contenter d'effacer avec la lime les aspérités qui pourraient blesser les pari ies voisines. Si au contraire la pulpe est mise à nu^ le moyen le plus sûr de faire cesser les vives douleurs qui ne tardent pas à survenir , c'est de la cautériser ou d'épuiser sa sensibilité par l'application de préparations stimulantes. Mais quand chez les adultes surtout la fracture est en long et s'étend jusqu'à la racine, il faut de suite extraire les parties vacillantes : leur séjour dans l'alvéole ne peut que déterminer de vives douleurs , une forte inflammation et des abcès fistuleux.
Atrophie. On ne devrait désigner par ce mot que le développement imparfait des dcnls ; mais les dentistes appellent atrophie ou érosion, une altération qui se présente sous deux aspects différens : tantôt ce sont des taches blanches ou jaunâtres , irrégulières , situées dans l'épaisseur de l'émail, dont elles n'altèrent pas lc[)oli, et qui ne changent p;is avec l'àu^e ; tantôt les dents présentent des enfoncemens placés sur une ligne horizontale et qui semblent diviser leur couronne en deux moitiés pins ou moins étendues.
Ce genre d'altération reconnaît généralement pour causes des maladies graves survenues pendant l'enfance et surtout durant le travail de la dentition, notamment des gaslro-entcriles , des aiïections scrofuleuses ou .scorbuli(|ues profondes.
Impuissant contre elle, l'art ne peut f|ne la prévenir en écartant par des soins hygiéniques bien dirigés les maladies aux- <piellc8est exiiosée l'enfance.
Décompo.sition de Vcmail. Quelque dur qiie soil r<iri<'iil, il petit non sculciiicnt t'claler et s'entamer soii;» l'action des chues
violens, mais il peut encore, pour ainsi dire, de lui-même se ramollir, se dissoudre , tomber en écailles et laisser à découvert la matière éburnée qu'il recouvre. Les dents d'un blanc lacté , d'une texture fragile sont les plus disposées à cette décomposition spontanée, qui se présente soit sous l'aspect de taches brunes ou noirâtres affectant la face antérieure ou les côtés de la couronne , soit sous la forme de rugosités au moyen desquelles l'émail perd son poli et se laisse enlever par parcelles à l'aide des instrumens , principalement aux incisives , ce qui n'est autre chose que la carie calcaire de M. Duval.
Comme il est facile de le prévoir, cette altération ne peut être combattue en ellemême qu'à l'aide de moyens internes et externes propres à remplir les indications nées de l'état général de la constitution du sujet, et spécialement de la bouche ellemême. Quelques dentistes, comme Maury {Traité complet de l art du dentiste , p. 104) conseillent de porter sur les points où l'émail est ramolli , rugueux, une lime douce , afin de l'enlever et de pénétrer jusqu'aux parties saines de la dent; mais, comme le fait judicieusement observer M. Bégin {loc. cit.) , il est douteux que cette opération puisse être d'un grand secours; l'éliminalion des parties altérées n'empêchera pas les autres de subir le même sort.
Carie. Cette altération est la plus commune de toutes celles dont les dents puissent être atteintes , puisqu'elle attaque à elle seule plus de sujets que toutes les autres lésions réunies des mêmes organes.
Consistant en une destruction graduelle d'une partie ou de la totalité de la substance dentaire , elle a été considérée par les uns comme le résultat d'un travail pathologi(|ue analogue à l'ulcération des os, ])ar les autres comme le produit d'une simple décomposition chimique opérée |)ar les fluides ou gaz acides qui imprègnent presque constamment les dents. Cette dernière opinion, i)()ur ainsi dire commandée par les travaux des naturalistes qui ne Noient (tans les dents (pu; des concrétions inorgaui(iu('s, après avoir été long-temps ahandonnée, vient d'être habilement soutenue par .M. lU'giiart {/icchcrclws sur Iti carie dentaire , broch. in-S", liS3tJ); m.ds
DENT
elle est bien loin d'être généralement adoptée, parce qu'elle n'explique pas pourquoi la carie, au lieu de débuter toujours par l'émail , commence au contraire assez souvent par l'intérieur de la dent , et détruit on grande partie l'ivoire avant de paraître au dehors.
M. Duval, et après lui M. Fournier {Dictionnaire des sciences médicales) et M. IMarjolin {Dictionnaire de médecine)^ distingue sept espèces de carie, qu'il désigne sous les noms de '« calcaire^ écorçante, perforante , charbonnée^ dirvptive yStationnaire et de carie simulant l'usure. » Mais cette division , vivement combattue par J. Lemaire {Traité sur les denis.^ 1822), est loin d'être généralement adoptée , parce qu'elle assimile plusieurs altérations qui semblent être de nature différente. Aussi pli]sieurs auteurs se contentent-ils de distinguer la carie , sous le rapport de son développement , en externe et en interne .^ et, sous celui de son aspect, en sèche et en humide , ou pourrissante.
Les dents molaires sont plus souvent affectées de carie (pie celles des deux autres espèces; « c'est ordinairement le fond d'une des petites cavités de leur surface qui est le siège primitif de la maladie, qui commence sur leurs surfaces triturantes ou sur leurs surfaces contignës , tandis qu'elle ne se montre que sur les côtés aux incisives et aux canines. » (Maury , Traité complet de l'art du dentiste, p. 108.) INIais, chez les sujets lymphatiques ou scrofuleiix, elle alfecte i)resque toujours les incisives , et , comme on vient de le dire , plutôt à leiu's bords latéraiix et à leur face anîérieure (pie dans tout autre endroit.
Plus commune chez les femmes que chez les hommes , et chez les jeunes sujets ou les adultes rpie chez les vieillards, la carie est aussi plus fréquente dans les pays froids (pie dans les pays chauds, et seml)le endémique dans les contrées basses, humides et marécageuses. L'observation prouve au-si, sans doute à cause de leur développement simultané , (pie les dents correspondantes des deux mâchoires, et d'un côlé à l'antre de la bouche, se carient ordinairement eu im-me tem[)S ou à I eu de distance les unes de-i autres.
Quand la carie commence par la surface
extérieure d'une dent, l'émail perd sa transparence , devient friable et présente une tache circonscrite, d'abord jaune, puis brune, qui bientôt devient noire. Après un certain temps, il se forme au centre de la portion altérée une excavation superficielle, mais dont la profondeur augmente plus ou moins vite; puis, au bout d'un temps variable, depuis quelques mois jusqu'à plusieurs années, les portions centrales de la dent étant ramollies et détruites, sa couronne se rompt en éclats et la racine reste seule dans l'alvéole. Quand la carie commence par les couches profondes de l'ivoire , elle est plus lente dans ses progrès , et difficile à reconnaître autrement que par des douleurs sourdes et la teinte bleuâtre de l'émail , jusqu'à ce que cette substance, privée d'appui, se rompe et mette le mal à découvert. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que '« jamais la carie ne survient sur le collet d'une dent déchaussée ; elle ne survient pas non plus sur une portion de racine dénudée dej)uis un certain temps. » (IMarjolin, ouv. cit.)
Les caries superficielles n'entraînent pres(|ue jamais de douleurs à leur déhut; mais à mesure que la destruction de la substance fait des progrès, le bulbe, moins recouvert, commence par être sensible aux impressions du chaud ou du froid. Plus tard, la cause la plus légère suffit pour réveiller sa sensibilité , et, lors(jue l'ivoire lui-même est complètement détruit, le bulbe s'endamme et devient le siège des plus vives douleurs, qui se renouvellent fréquemment et ne cessent que lorsque ce ganjjlion vasculo-nerveux , lui-même détruit ou frap[)é de mort , réduit la dent à l'état d'un cor^js étranger, absolument insensible et inerte.
« La douleur des dents, leur sensibilité à l'impression du chaud et du froid ou au contact des corps durs, sont sans doute des signes rationnels propres à faire présumer l'existence de la carie, mais ils ne sauraient suffire. L'inspection des dents peut seule conduire à un diagnostic certain ; encore est-on très souvent obligé de recourir à la sonde pour reconnaître certaines cuies (pie l'œil ne peut atteindre, ou pour distinguer entre plusieurs dénis aîTectces de celte maladie celle qui est cause des accidens que la personne
DENT
ars
éprouve. » ( Oudet , ouv. cit. , p. 171. ) Le traitement de la carie est aussi variable que le sont les causes qui la déterminent. Trop souvent le résultat d'une cause intérieure , elle ne peut , dans bien des cas, être combattue que par la destruction de la disposition organique sous Tinfluence de laquelle elle s'est développée. Cependant, est-elle superficielle , on peut l'emporter avec la lime ou la rugine , et conserver ainsi indéfiniment le reste de l'organe , ou du moins retarder beaucoup les progrès de sa destruction. Est- elle au contraire profonde et douloureuse , il faut d'abord éteindre sa sensibilité , soit par le cautère, soit par les teintures alcoolifiucs concentrées ; puis, si les rapports du fond et de Touverture de la cavité le permettent , Toblitérer à l'aide d'une substance étrangère capable de faire corps avec l'organe.
On peut, par ce moyen, conserver longtemps et rendre à leurs usages des dents assez gravement altérées. Mais quand la carie est très profonde , que la dent est continuellement douloureuse , qu'elle exhale une odeur infecte et qu'elle ne peut être plombée, son extraction devient inévitable. Dans ce cas encore , il est souvent possible de n'emporter (|ue la couronne et de laisser en place la racine qui soutient les dents voisines , prévient leur ébranlement, retarde leur chute , ou permet l'emploi des dents à pivot. Si ces ra( ines elles-mêmes se carient, on doit les enlever à leur tour et en débarrasser enfin la bouche , leur présence ne pouvant être que nuisible.
Consomption des racines. Quoique moins attaquables (jue la couronne, les racines des dents [icuveut être envahies et détruites par la carie ; mais, indépendamment de cette altération, ces parties peuvent encore être atteintes dune désorganisation sur larpicUe M. Uuval (omc. cil.) a le premier fixe l'attention, et (jui n'est que le résultat de diverses altérations palhologi(|ue8 du pédicule vasculu ner\eu\ (jui , du fond de Paheole , pénèlre d.uis le canal dentaire. La maladie n'est évidemment i)as al(jrs d;u»-> la racine, mais dans la partie aux dépens de la(|uelle .s'est formé le corpH anormal (|ui a iirijvotpie l'abborptiou de la subsUnce ejjurnce.