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diminuée au lieu d'être augmentée, et si les déjections , au lieu d'être dues à des mouvemens péristaltiques, ne se font pas au contraire d'une manière passive, par suite de l'inertie des membranes et des sphincters, absolument comme, à un degré plus prononcé, l'incontinence des matières fécales est à la paralysie de ces parties. Quant au siège de la diarrhée, il est clair qu'il est exclusivement placé dans le canal intestinal et dans Tintestin grêle comme dans les gros intestins. » {Ouv. c, p. 57.)
La diarrhée est un symptôme plutôt qu'une maladie proprement dite; aussi, ne répéterons-nous pas les innombrables divisions qui ont été admises par les auteurs, il sera beaucoup plus méthodique d'insister sur cet accident en faisant Thistoire des altérations anatomiques ou fonctionnelles dont elle est soit la complication soit Texpression.
Symptômes. Les symptômes peu nombreux qui se rattachent à la diarrhée considérée en elle-même sont, relativement aux fonctions intestinales, un besoin plus ou moins souvent répété d'aller à la selle, accompagné de chaleur cuisante à Tanus, quelquefois de ténesme, lorsque les évacuations sont très fréquentes ou que les matières expulsées sont rendues irritantes par le mélange d'une certaine quantité de bile, de fluides acides, etc. Ce besoin se fait souvent sentir d'une manière si brusque et si pressante que les malades ont à peine le temps de saisir le bassin et de se mettre sur la garde-robe, et se renouvelle jusqu'à vingt, trente , et même cent fois dans les vingt-quatre heures. Dans les cas extrêmes , rccoulement a lieu presque d'une manière continue. (Dalmas, loco c, p. 271.)
La nature des déjections est très variable, la quantité présente les mômes différences, nous ne ferons qiie signaler ces modificnlions qui seront étudiées en faisant l'histoire des dilférentes maladies.
Les phénomènes (|ui existent en même temps varient selon chaque variété diarrhêifjue, '< Ainsi, dans les diarrhées iw.vveuses et critiques, le ventre est indolent, le malade ê[)rouve des borhorygines et quehiues (;oli(|ues sourdes, la langue, le fK)uls sont naturels. D.uis les diarrhées
asthéniques, la langue est pâle, le pouls faible, petit,lent, le ventre mou et indolent; le besoin d'évacuer si violent, que les malades lâchent souvent sous eux sans s'en apercevoir. Dans celles qui se lient à un embarras gastrique , la langue est large, humide, couverte d'un enduit blanc ou jaunâtre plus ou moins épais; le pouls estlourdjlent; le malade a des éructations aigres, fétides, des coliques vives, des douleurs abdominales , que n'exagère pas la pression. Dans celles que déterminent une phlegmasie intestinale, le choléra, la fièvre typhoïde, on rencontre les symptômes propres à ces alfections. (Monneret et Fleury, loco cit.^ p. 55.)
La durée de la diarrhée la fait distinguer en aiguë et en chronique, division vicieuse qui ne sert en rien à la connaissance de la maladie.
Traitement. Éloigner les causes, quelles qu'elles soient, qui ont provoqué la maladie, supprimer l'alimentation ou du moins la modifier, selon l'exigence, sont les deux premières indications à remplir, et qui suffisent le plus souvent; quant aux agens thérapeutiques, ils doivent varier selon chaque espèce de diarrhée, et ils trouveront leur place dans l'article Traitement des maladies pendant la durée desquelles on les rencontre. (/^. Choléra, Cœur [maladies du], DENTrnoN [maladies de la]. Dysenterie, Entérite, FiiîVREs, Goutte, Typhus, etc.) DEXTRINE. (K Fractures et Sirop.) DIASCORDIUM. (F. Électuaires.) DIGITALE. C'est le nom d'un genre de plantes de la famille naturelle des scrofulariées,etde la didynamie angiospermie de Linné. Parmi les diverses espèces que renferme ce genre, et qui toutes paraissent douées des mêmes propriétés, nous ne nous occuperons ici que d'une seule , la digitale pourprée [digitalis purpurea, L.) , parce que c'est celle dont on se sert le plus communément en médecine ; nous pouvons même dire qu'elle est celle que prescrivent exclusivement les praticiens français.
Les feuilles de cette plante sont la seule partie dont on fasse usage ; elles sont assez grandes, ovales, ohlongues, lancéolées, aiguës, molles, velues, briuics-v(u-les en dessus, grises -l)lan('hâtres en dessons,
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deuiiculées, un peu torses , finissant par la base en large pétiole. Il faut se garder avec le plus grand soin de confondre , comme le font trop souvent certains herboristes, ces feuilles et celles de la grande consoude et de la moline bouillon-blanc , avec lesquelles elles ont quelque ressemblance d'aspect.
La digitale est inodore ; cependant , à l'état frais, ses feuilles exhalent une odeur nauséeuse lorsqu'on les froisse entre les doigts; du reste, par la dessiccation, elles perdent complètement cette propriété : la saveur est amère et un peu acre.
« La digitale, dit M. Soubeiran {A^ouv. traité depharm., t. n , p. 54), a été déjà soumise à l'analyse par plusieurs chimistes; mais nous n'avons pas encore de travail satisfaisant sur sa composition. Welding a trouvé dans cette plante : de l'huile volatile; une matière concrète, floconneuse, volatile; une matière grasse ; de la digitaline; de l'extractif; de l'acide gallique; une matière colorantejouge, soluble dans l'eau; du gluten (albumine) ; de la chlorophylle; du sucre; du mucilage.
» Le principe désigné sous le nom de digitaline aurait, suivant Welding , des propriétés alcalines. Il serait soluble dans l'alcool et dans l'éther; mais il faut convenir que les expériences de AA elding ne sont pas concluantes. Déjà IM. Leroyer de Genève avait cru découvrir le principe actif de la digitale; Rein et Haase , Planavia et Dulong d'Astafort s'en étaient également occupés ; mais toutes leurs expériences sont si contradictoires que l'analyse de cette plante importante est entièrement à faire. Rein et Haase, Planavia et M. Leroyer s'accordent à considérer l'éther comme un moyen de dissoudre le principe actif que les premiers observateurs désignent sous le nom de résine gluante; ]\L Dulong croit, au contraire, que l'élher ne peut le dissoudre, et qu'il se rapproche des matières extraclives par ses propriétés. »
L'action de la digitale sur l'ensemble de notre économie a été , comme le dit avec raison Chaumcton {Dict. des scienc. mêd.^ t. i\ , p. 456) , une source trop féconde (1 hypothèses frivoles , d'opinions contradictoires, de discussions interminables i nous eu donnerons une idée en em-
pruntant à M. Rictiard ce quMl écrit snl* ce sujet. « Les changemens que la digitale imprime dans les organes de la digestion varient suivant la dose à laquelle on l'a administrée. Ainsi, donnée en petite quantité , telle que 3 à 10 centigrammes (1 à 2 grains) de la poudre, ou 6 à 10 gouttes de la teinture alcoolique , la digitale produit en général les effets suivans : de légères coliques, une pesanteur d'estomac, une salivation plus abondante , indiquent l'excitation qu'elle fait naître. Si la dose est augmentée , ces phénomènes prennent plus d'intensité : nausées fatigantes , suivies de vomissemens , douleur plus ou moins vive dans l'estomac et les intestins, déjections alvines fréquentes. Enfin , si la dose est encore plus grande, tous ces symptômes s'aggravent, et une véritable inflammation se d''clare dans les organes de la digestion. Il est cependant important de remarquer que , chez qiielques individus , la digitale n'exerce qu'une action faible , même lorsqu'elle est donnée à grande dose; tandis que, chez d'autres, cette action se manifeste très rapidement , même lorsque la dose en est fort petite.
» L'action de la digitale sur les organes de la circulation est le point de son histoire sur lequel les opinions des médecins sont encore aujourd'hui les plus contradictoires. La plupart ont écrit que ce médicament diminue souvent de plus de moitié le nombre des pulsations du cœur et des artères ; quelques autres , dont le témoignage est appuyé sur un nombre considérable de faits, soutiennent la proposition contraire, et regardent la digitale comme un médicament essentiellement stimulant.
» Si l'on consulte le nombre prodigieux d'auteurs qui , surtout en Angleterre , ont écrit sur la digitale pourprée, on verra qu'au moins les sept huitièmes, en parlant de son action sur le cœur et les vaisseaux sanguins, ne font mention que du ralentissement qu'elle occasionne dans le cours du sang. D'un autre côté, IM. Sanders d'Edimbourg , dans son Essai sur la digitale pourprée, cite un grand nombre d'observaiions et d'expériences faites par lui et plusieurs autres médecins d'Edimbourg, dans lesquelles on voit toujours l'administration même de faibles doses de digitale occasionner une augmentation notable dans
DICITALË.
1è nombre des pulsations artérielles et une sorte de réaction fébrile. M. le professeur Orfila rapporte , dans sa Toxicologie générale , qu'ayant fait usage pendant un mois de la poudre de digitale , dont il avait graduellement augmenté la dose , son pouls n'a présenté aucune diminution dans le nombre de ses vibrations.
» Deux opinions aussi contradictoires , et qui se trouvent appuyées sur des témoignages non moins irrécusables , font voir que l'action de ce médicament est loin d'être constamment la même chez tous les individus. Remarquons cependant que le docteur Sanders, en parlant de l'accélération de la circulation chez les individus soumis à l'action de la digitale , ne la signale que comme un des effets primitifs de ce médicament. Cette accélération est, dit-il , un effet constant de l'action primitive de la digitale; elle s'accompagne même d'une sorte d'éréthisme général et d'un état voisin de la fièvre inflammatoire; mais, chez les individus faibles et nerveux, cette accélération est bientôt suivie d'une diminution sensible dans le nombre naturel des vibrations du cœur. Cette diminution, qui n'est jamais primitive , persiste quelquefois plusieurs jours après la cessation complète de l'usage du médicament. L'opinion de M. Sanders , que l'on a généralement regardée comme en opposition avec celle de la plupart des autres praticiens, en diffère donc très peu, et seulement parce qu'il a mis plus de précision dans ia détermination des phénomènes primitifs et secondaires de l'action de la digitale. La diminution graduelle des mouvemens du cœur est quelquefois tellement grande que l'on a vu des individus, dont les artères vibraient de 70 à 72 fois par minute , ne plus offrir que 30 et même un nombre moins considérable de pulsations , après avoir fait quelque temps usage de la digitale. Les exp«:*riences de hi société d'expérimentateurs, à la tête des((uels était Joerg, et celles de M. \\ illiam llutchinson , ont démontré (pjc toujours l'elfet primitif de la digitale était d'accélérer les mouvemens du cœur; mais rpie, presque toujours aussi, lon-que l'on cessait le nièdicaineiil, et loisqu'on le continuait à faible dose , les pulsations devenaient plus faibles et moins fréquentes. [Journal des progrès , t. \i ,
p. 218 et suiv.; archives gêner, deméd. , t. XXV, p. 588; t. xxvi, p. 90.)
» Les personnes auxquelles on administre ce médicament éprouvent en général une céphalalgie plus ou moins intense ; le sang se porte en plus grande abondance et avec plus de force vers la tête , et distend les vaisseaux cérébraux. Ces phénomènes ne pourraient-ils point servir à expliquer l'action secondaire de cette plante sur la circulation? ne voit-on pas assez fréquemment , dans plusieurs cas de congestion cérébrale et d'apoplexie , que le nombre des pulsations du cœur est sensiblement diminué, et que le pouls présente cette iiTégularité que l'on remarque également chez ceux qui font usage de la digitale ? cette explication n'est-elle pas plus probable, plus conforme aux faits que celle donnée par la plupart des auteurs qui rendent raison de la diminution des vibrations artérielles par l'action stupéfiante et sédative qu'ils supposent être exercée directement par la digitale sur le cœur.?
» Aux différens phénomènes que nous venons d'indiquer s'en joignent plusieurs autres dans les organes sécréteurs. Ainsi , on a remarqué qu'en général les différentes sécrétions, mais surtout celle de l'urine, sont considérablement augmentées par l'usage de la digitale. L'action des vaisseaux absorbans est plus puissante, tandis que, d'un autre côté, la plupart des auteurs ont observé que les sécrétions morbides et accidentelles étaient sensiblement diminuées. Ainsi, l'on a vu , chez quelques individus , l'expectoration des crachats, qui étaient abondans et purulens, diminuer rapidement et cesser entièrement par suite de l'usage de ce médicament.
» Le système nerveux n'est pas moins sensible que les autres parties de Téconomie animale à l'influence de la digitale. C'est à l'action que ce médicament exerce sur l'encéphale que Ton doit attribuer les éblouisscmens, les vertiges (jue ressentent ceux qui en font usage. Assez souvent même il se manifeste des mouvemens spasmodi(|ues des membres ; et les animaux soumis à de fortes doses de ce puissant remède sont agités de couMilsions et finis ' sent par tomber dans un état de slup^faclion <iui [«recède la mort de peu d'iu-
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sinm.»' {Dict. de mcd.,^' éd., t. y, p. 571.) Nous ne pouvons nous dispenser d'offrir, en regard de cette manière d'envisager Vaction de la digitale sur Téconomie animale, celle des partisans du contro-stimulisme. L'école italienne s'exprime ainsi par la plume de Giacomini : « La digitale, prise à dose convenable , produit un sentiment de lassitude et d'angoisse dans Testomac, à la peau et dans tout l'organisme. La physionomie s'altère; pâleur , diminution dans la fréquence du pouls. Aucun de ces phénomènes n'a de ressemblance avec ceux qui sont propres aux substances stimulantes. Il est vrai que les stimulans à forte dose produisent des effets qui , de prime-abord, pourraient être confondus avec ceux de la digitale : abaissement du pouls, augmentation des urines et d'autres sécrétions; mais le reste de ces symptômes est bien différent. Un sentiment , pour ainsi dire, de vacuité à l'esiomac, si la digitale est donnée à peiite dose, et de nausée à plus forte dose, a été noté presque constamment par Hahnemann, par Raylies, par Baker, par Maclean. Warren nomma celte nausée nausée des mourans. Le vomissement suit très souvent les nausées , et on l'a vu se continuer même pendant plusieurs jours. Quelques auteurs signalent des évacuations ventrales abondantes. Cela a plus facilement lieu chez les malades que chez l'homme en santé.
Parfois l'urine prend une couleur obscure et trouble. Les sueurs froides nous sont indiquées comme un phénomène de la plus grande action de la digitale , par les docteurs VVithering, Maclean et autres.
Tous ces auteurs parlent d'un fioid intense dans tout le corps , ou seulement à un membre , ou à la colonne vertébrale. La pâleur est comi)rise parmi les ellèts de la digitale, par presf|ue tous les auteurs, ainsi que la lassitude , la faiblesse , l'impuissance musculaire et la paralysie. ^\ ithering, INlaclean, Drnke, Lettsom, Quarin et Remer parient de la tendance à l'assoupissement , à un sommeil agité par des rêves inrohérens, aux vertiges, à l'obscurcissement de la vue, à des illusions optiques; de la coloration de tous les objets en vert et en jaune, de la dilatation de la pujtille. Ce dernier phénomène n'a échappé qu'a fort peu d'observateurs. Mais , ce qui
n'a échappé à personne , c'est le ralentissement. la diminution , l'affaiblissement combiné à l'irrégularité du pouls. Depuis Cullen , qui a été peut-être le premier à observer ces derniers phénomènes, presque tous les auteurs en ont parlé. Les mêmes phénomènes , relatifs au pouls , sont ceux qui obligèrent plusieurs médecins à convenir que la digitale jouit d'une action sédative ou asthénisanfe qu'ils refusent à d'autres remèdes. Cullen considéra la digitale sous ce point de vue, bien qu'il n'eût aucune connaissance de la découverte de Rasori. Plusieurs autres écrivains, qui ne furent ni ses élèves, ni ses prosélytes, ont reconnu dans cette plante une faculté d'abaisser directement l'énergie du cœur et des vaisseaux artériels, bien qu'ils admettent d'un autre côté qu'elle excite l'action des vaisseaux lymphatiques. Harles , touteiois, ne tarda pas à reconnaître dans la digitale une action affaiblissante sur les vaisseaux sanguins. Schmidt et Steimmig en convinrent également de même d'après leur propre expérience. Furent ensuite du même avis Richter , Sclnvartz et Yogel ; ce dernier dit que la digitale attaque le système nerveux viscéral sur lecpiel elle exerce une influence dépressive ou asthénisanle ; mais, avant ces médecins, les Anglais professaient la même idée. Dans un article de Ruyslon , il est dit que les travaux de Darwin , de Ferriar, de Fowler, etc., avaient fait connaître aux praticiens la digitale comme le remède modérateur le plus puissant de l'action de tout le système artériel ; et , dans une note du docteur Curnie , il est ra[)porté (pie l'on pourrait prescjue dire que ce remède calme comme par enchantement l'action désordonnée du cœur et des artères. Quel plus grand ap()ui pour l'action contre stimulante de la digitale que l'opinion de ces praticiens , dont le jugement n'était influencé par aucune prévention ? »j Rasori, néanmoins, n'a pas cru devoir se prévaloir de leurs suffrages , car ils ne s'accordaient pas avec lui sur tous les points. Aussi écrivait-il qu'il résultait, au contraire, d'un très grand nombre de faits, qu'il n'y avait p.is de nom plus imi)ropre pour caractériser cet agent thérapeutique, par rapport au système sanguin, que celui de modérateur, de calmant , puisque pré-
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cisément, sous ce rapport, il mériterait d'être appelé perturbateur, et, à ce que nous en savons jusqu'à ce jour , perturbateur excludf , puisque ce n'est pas qu'il diminue seulement la fréquence et la force des pulsations , mais il y produit encore toute sorte d'irrégularité. Souvent il rend le pouls intermittent; cette intermittence est tantôt régulière chaque deux ou trois battemens, tantôt tout- à- fait irrégulière ; parfois , il donne lieu à des coups avec tremblement ou des contre-coups. L'irrégularité consiste en quatre , cinq ou six battemens rapides, suivis par d'autres qui sont rares, de manière, cependant, qu'en une minute on trouve toujours au total une notable diminution par rapport à l'étnt normal de l'individu. Quelquefois , enfin, on ne saurait se rendre un compte exact des irrégularités du pouls, tellement il est déréglé par la digitale. Tous les effets de la digitale sont plus ou moins constans ; on pourrait en ajouter d'autres assez ordinaires , tels que des mouvemens dans les membres, comme dans livresse, la photopsie ou des étincelles oculaires , l'affaiblissement de la mémoire , le trouble des idées, une tristesse profonde. Dans un cas particulier, Rasori observa des pulsations très prononcées sur tout le corps , parfaitement isochrones à colles du cœur et des artères ; dans un autre cas , une prostration extrême. Ces symptômes se sont déclarés les premiers , et aussitôt après l'administration de la digitale. H faut ordinairement vingt-quatre heures et même plus avant que l.i digitale ne produise ses effets , notamment sur le pouls ; mais, inie fois prononcés, ils durent long-temps, méuïc après qu'on en a cessé l'usage, c'està-dire de huit jusqu'à vingt-quatre jours.» [Traduct. de la pharmacologie^ t. i, p. 169. j
Quoi qu'il en soit de l'opinion que l'on doit se faire du mode d'agir de la digitale, il est certain que, donnée à haute dose, elle occasionne un véritable empoisonnement. Une persofuie ayant pris, par niégarde , 30 grammes (1 once) de teinture de cette i)Iante, en é[)rouva les symptômes les plus violens. {Aouv. hibl. mùd.,i. m, p. 301. j Lu herboriste de Londres ayant donne 180 grammes (0 onces) de d(;co<:lion de digitale , le malade mourut vingt- TOME iir.
deux heures après son ingestion, ayant des convulsions, du coma , le pouls lent, irrégulier, etc.; les membranes cérébrales furent trouvées injectées, celles de l'estomac saines ; les autres organes étaient en bon état. [Bullet. des se. wéd., Férussac, t. XII, p. 61.) Un animal empoisonné par la digitale , d'après M. le docteur Roche , après être resté plusieiirs jours dans un état de coma et d'affaiblissement extrême, avait le cerveau ferme , injecté et enflammé. [Dict. de méd., t. vu, art. Encéphalite.) M. Orfila, qui a fait de nombreuses expériences sur les effets vénéneux de la digitale , donnée à haute dose à des animaux, en tire entre autres les conclusions suivantes : la poudre de digitale, ses extraits aqueux et résineux, et sa teinture doivent être regardés comme des poisons énergiques à une certaine dose; l'extrait résineux est doué de propriétés vénéneuses plus actives que l'extrait aqueux , et la poudre est moins forte que ce dernier.
L'action des extraits est vive , rapide lorsqu'on les injecte dans la veine jugulaire, elle l'est moins quand on les applique sur le tissu cellulaire , et beaucoup moins encore lorsqu'on les introduit dans l'estomac; l'extrait résineux paraît agir spécialement sur le cœur ou sur le sang, puisque ce fluide se trouve constamment coagulé immédiaiement après la mort , lorsque l'extrait a été appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l'estomac; la poudre de ce végétal , à haute dose , détermine une irritation locale capable de développer une inflammation assez intense ; enfin , toutes les observations s'accordent pour faire croire que la digitale agit sur l'homme comme sur les animaux. [Traite des poisons , 5« édit., t. n, p. 500.)
La manière d'agir de la digitale sur l'économie a dû nécessairement la faire considérer comme l'une des plantes les plus importantes (jue nous possédions; aussi at-clle été employée dans le traitement d'un grand nombre de maladies. Nous nous bornerons à parler des principales.
I. Maladucs DU CŒUK. Diuis plusicurs de ces jnaladies, organi(|iies ou non oiganiijues, la digitale parait avoir été employée avec succès; elh^ régularise; les battemens tumultueux et tr()[) frécpuîns de Porganc par l'action sédative qu'elle y
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opère. Toutefois , di.sciU ALM. Trousseau et Pidoux , « il y a une importanie tlisliuction à faire entre les aficclioiis organiciues du cœur , sous le rapport des indications <\uv ces maladies présentent pour l'emploi de la digitale. Toutes les fois, quelle qu'en soit la cause, qu'il y a hypertrophie avec ou sans dilatation des cavités du cœur, que les contractions ventriculaires sont énergiques , etc., Tusage de la digitale est indiqué ; mais dans ce que Corvisart appelait les anévrismes passifs par rapport aux précédcns qu'il nommait actifs, toutes les fois que les cavités du cœur dilatées sont en même temps amincies, flasques, et que, presque dès le déhut, les infiltrations sont considérahles , ainsi que le froid des extrémités , l'asphyxie , la teinte violacée , etc., la digitale, en enrayant davantage les mouvemens du cœur, accroît l'état pathologique.
M Un fait très digne de remarque, et qui n'a pas été assez observé , c'est que l'action sédative de la digitale est moins sûre et moins marquée dans les palpitalions purement nerveuses que dans celles qui dépendent d'une lésion organique du cœur. C'est que, dans ces derniers cas, les palpitations ne sont pas dues primitivement à un état vital , mais à un état organique, et (ju'ainsi le médicament sédatif a modéré sans peine les manifestations d'activité d'un organisme à la sédation duquel rien ne s'oppose , tant que la lésion n'est pas considérable au point de rendre ])resque impossible la circulation ; tandis que, dans le premier cas , le système nerveux est primitivement surexcité, et (ju'on ne l'apaise qu'en atteignant les causes de son excitation ou de son éréthisme. » Traité de IhèrapcuL, t. ii, 2<^ partie, p. 4i)9.)
11. llYnnopisiES. L'action éminemment diureli(picî <le la digitale a montré, dès les premiers essais thérapeuti((ues, le grand avantage (pi'on pouvait espérer de cette plante dans ces maladies; aussi est-ce contre elles (pi'clle est le plus fréquemment enq)loyée, et (pi'on en retire le plus d'avant;!ge et de succès. Loiscju'on administre celle plante dans les hydro[)isies primitives, maladies rares d'ailleins, les malades rendent, pendant les premiers jours, i)lusicurs litres d'urine dans l'espace de
vingt-quatre heures; et cela est tellement constant qu'on peut assurer, si ce phénomène n'a pas lieu , que la digitale ne sera d'aucun secours et n'est point indiquée. Les observations du docteur Jaurias confirment cette vérité, et montrent que la digitale est peut-être notre meilleur hydragogue. {Bibl. mêd.^i. xui, p. 98.) Cependant Alibcrt assure n'avoir point obtenu de succès de son emploi , à l'hôpital Saint- Louis, contre ces maladies. Lorsque les hydropisies sont consécutives à une lésion organique, la digitale peut évacuer les sérosités épanchées , mais elles reparaissent au bout de quelque temps. C'est de ces espèces qu'a sans doute voulu parler Lettsom , l'un des détracteurs de cette plante, lorsqu'il a cherché à révoquer en doute son efficacité dans l'hydropisie , insuccès qui ne tient qu'à la nature du mal, et qui peut conduire à en faire apprécier la source. Dans les hydropisies enkystées, la digitale n'augmente pas le cours des urines et ne diminue pas la sérosité, de sorte qu'elle y est lout-à-fait inutile selon VVilhering. Si nous considérons les hydropisies en particulier, nous voyons que le docteur Utvius a obtenu de très bons effets de la digitale dans l'hydrocéphale aiguë, {fiibl. mcd.y t. Lxn, p. 270.) llamilton regarde cette plante comme si)écifique dans la première période de l'hydrothorax; il commence par en donner de petites quantités que l'on répète assez souvent; ensuite il l'augmente jusqu'à des doses assez fortes. {Edimb. ined.journ.^ t. iv, p. 13.) M. le docteur Comte a publié [Journ. gén. de méd. , 1819) plusieurs observations qui prouvent l'utilité de la digitale dans l'hydrothorax essentiel; il l'associe souvent avec la scille et le mercure doux. Le docteur Vassal, qui a donné une très bonne dissertation sur ce végétal, a confirmé par des expériences nombreuses son ellicacité dans cette hydropisie, ainsi que le docteur 1 Kabab , qui a vu quatre individus guérir de cette maladie par ce moyen , dont l'effet a été prompt et que les vésicatoires lui ont paru bien seconder. {Ann. cfiim. de MontpelL, 1812.) Son efficacité dans Tascile a été également éprouvée, et si les auteurs ont |)lMtùt cité les cas de réussite dans l'hydrothorax, c'est (jue ce genre ^ d'hydropisie est plus difficile à guérir que É
DIGITALE, le premier , ce qui est vrai pour tous les traitemens. Les auteurs ne tarissent pas sur les éloges qu'ils donnent à cette plante pour la guérison des épanchemens séreux, et plusieurs n'hésitent point à la mettre de pair , comme spécifique contre eux , avec le quinquina et le mercure pour les affections contre lesquelles on les prescrit; elle agit plus doucement dans ces maladies que lascille , surtout dans les cas de complication, parce qu'elle combat parfois efficacement ces complications : on Ta surtout vue dissiper les épancl^.emens séreux que rembarras delà circulation causait. Enfin, c'est le diurétique le plus sûr que nous possédions , et , où elle échoue , il y a peu à espérer que d'autres moyens puissent réussir. (Mérat et Delens , Dict. unie, de mat. méd.., t. n. p. 645.)
IIL Phthisie. Withering, Darwin et Baker furent les premiers qui rassemblèrent quelques faits sur futilité de la digitale dans la phthisie ; Bree, Fowler, Mossmau , Kinglake , Magennis , citent des cures nombreuses opérées à l'aide de cette plante; Drake prétend avoir guéri radicalement des phthisies confirmées avec expectoration purulente , et l'enthousiaste Beddoes s'écrie qu'on peut maintenant se flatter de posséder un spécifique de cette cruelle affection. L'expérience n'a malheureusement pas justifié ces éloges fastueux: Jean Bailey n'a retiré aucun avantage de la digitale dans la maladie dont il s'agit , et Bayle convient^ dans ses importantes Beclicrches sur cette affection , qu'il n'a pas été beaucoup plus heureux. (Chaumeton, loco cit.) iNéanmoins, il n'est guère possible de rejeter en bloc toutes les observations de guérison qui ont été publiées par un bon nombre de praticiens distingués, et que l'histoire nous présente tous comme lionorables, car on ne peut admettre ni qu'iU aient voulu induire leurs confrères en erreur, ni qu'ils se soient constamment trompés sur le diagnostic de la maladie. Il est donc iirobable que plusieurs phthisies pulmonaires au moins ont été guéries par l'emploi de la digitale pour[)rée,
Quant aux circonstances de cette maladie, qui paraissent indiquer l'usage de ce nn'dir.-i[nent, il est assez flifficile de h's déterminer, les auteurs ne s'etant niiib'UM'nt allachés ix cet objet (jui était i)gurlant de
la plus haute importance. Tout ce qu'on peut noter sur ce point, c'est que la plupart des malades qui ont guéri avaient beaucoup de fièvre, ce qui s'accorde avec cette opinion émise par Bayle , que la digitale convient surtout chez les phthisiques dontle pouls offre une très grande fréquence. Les premiers phénomènes qu'on remarque dans ces cas sont le ralentissement du pouls et la diminution de la toux.
IV. Scrofules. « Les auteurs , disent M3I. Mérat et Delens, ont obtenu des succès de l'emploi de la digitale dans les engorgemens scrofuleux, le carreau , etc. ; il y a même lieu de croire que les guérisons de phthisies obtenues sont dues à ce qu'elles étaient de cette nature. On attribue à Yan Helmont les premiers renseignemens sur l'emploi de la digitale dans les scrofules ; il se servait de la racine à l'intérieur, en même temps qu'il l'appliquait à l'extérieur en emplâtre, joint au bdellium, etc. (Haller, Hist. stirpium, etc., n» 550.) Rai rapporte qu'on s'en servait déjà en Angleterre, de son temps, pour combattre les scrofules. [Hist. plantarum^ t. i, p. 767.) 3Iossman^ Player, Merz, etc., et en général les médecins allemands ont employé, dans les scrofules, la digitale; Hufeland surtout, dans son Traité des maladies scrofuleuses., la préconise pour la résolution des glandes engorgées , soit seule, soit jointe au mercure ; il l'emploie aussi localement, en fomentation, en onguent. Elle a été prescrite dans l'engorgement squirrheux des mamelles, par Kuhn et Mayer. Parkinson parle de l'utile application de décoction de digitale sur le goitre. M {L.c.)
Y. NÉVROSES. Parlant de la propriété sédative attribuée à la digitale, Withering, Parkinson, Schurdianer, Thomas, etc., l'ont conseillée dans l'épilepsie. Le docteur Scott a publié deux cas de guérison ou d'amélioration notable de cette maladie, par son emploi, (/{évite médicale, t. in, p. 520.)
On la recommande aussi dans l'asthme ; il est possible que, dans les affections diverses que Ton compn'ud sous ce nom, elle devienne utile [)ar la propriété qu'ellu possède (rinfluenccr l'aclion du co'ur, par son influence siu' l'appareil nerveux, et par sa qualité diurétique.
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Enfin Willis, Jones, Currie, etc., disent ravoir employée avec succès dans la manie. Faiizago pense qu'elle convient particulièrement dans les manies sthéiiiques.
« M. Masson-Cox, médecin d'un hôpital d'aliénés, dit M. Barbier, a été jusqu'à avancer qu'aucune aliénation mentale ne devait élre réputée incurable tant que Ton n'avait pas essayé d'administrer cette plante à une dose convenable. Mais, comme les troubles des facultés intellectuelles que l'on réunit sous le titre de manies, sont toujours l'expression de quel([ue lésion des hémisphères cérébraux, il faudrait avoir déterminé la nature de celles que la digitale a fait disparaître. Il est bien des aliénations mentales qui dépendent d'une hypertrophie du ventricule gauche du cœur, avec dilatation de l'ouverture aortique. On ne s'étonnera pas de voir celles-ci améliorées par l'usage de la digitale pourprée. En affaiblissant l'impulsion avec laquelle le sang va ébranler la pulpe médullaire des hémisphères cérébraux, cette plante peut faire cesser les mouvemens morbides (juc les molécules de cette pulpe exécutaient, peut suspendre les perturbations des fonctions intellectuelles qui en étaient le résultat. Il survient souvent, à la suite d'une congestion cérébrale, d'une attaque d'apoplexie, etc., une démence plus ou moins complète. Le décroissement de l'intelligence , le trouble de la raison peut tenir à une simple accumulation de sérosilé à la surface des hémisphères cérébraux ou dans leurs ventricules, peut être la suite de la compression de ces hémisphères. Qu'alors la digitale soit salutaire, qu'un usage prolongé de cette plante décide la résorption de cette sérosilé, qu'il rétablisse en grande partie l'exercice des facultés du malade , qu'il produise une amélioration bien évidente dans son état moral et physique , c'est ce qu'il ne paraît pas difficile de concevoir. 3Iais cette plante peut-elle encore avoir du succès, quand une tumeur di-rorme les hémisphères cérébraux, quand la manie est l'effet d'une dégénérescence de la pulpe cérébrale, etc. •' » [Traite élèmcnlaire de mat. mcd., Â'^ édit., t. ni, p. 548.)
YI. Inflammations fjt Hi^.morrua- GiF.s. « Bien que la digitale soit peu ou même point employée chez nous contre
ces affections, nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître ici l'opinion que professent à cet égard les maîtres de Técole italienne. Voici comment s'exprime M. Giacomini sur ce sujet : «« Le docteur Hosack, professeur dans le collège de Colombia , en Amérique, avait prévu des premiers que la digitale aurait pu devenir un remède précieux dans le plus grand nombre des maladies inflammatoires. Les Italiens, cependant, eurent la satisfaction de devancer le professeur américain dans l'application pratique de ses idées, et plusieurs années avant leur publication.
Depuis le commencement de ce siècle , Rasori découvrit la vertu contre-stimulante de la digitale, et la prescrivit dans les maladies contre lesquelles il avait déjà expérimenté avec succès les évacuans de toute espèce, tels que le sel de nitre, les boissons aqueuses, la diète la plus sévère et même la saignée. Il s'en est servi par la suite et toujours utilement dans toute maladie inflammatoire. Il multiplia ses expériences d;ins ses deux cliniques civile et militaire à 3Iilan,avec tant de succès, qu'il parvint à établir d'une manière incontestable que la digitale était un remède contre-stimulant héroïque , capable par conséquent de combattre les hypersthénies, et d'épargner, dans les inflammations les plus graves, un grand nombre de saignées. En même temps, Tommasini répétait à Parme les mêmes expériences avec le même bonheur; peu de temps après. Borda, à Pavie,en fit autant; Fonzago également à Padoue,et plusieurs autres médecinsdans les différenies villes d'ilalie. A la première publication de ces expériences thérapeutiques, un grand nombre d'écrivains s'élevèrent contre elles par le raisonnement, mais ils furent bientôt obligés de reconnaître la vérité des faits. Un fait remar- (piable , c'est que ceux-là môme qui sont contraires à notre doctrine, ou qui l'ignorent, n'ont pas obtenu de la digitale des effets differens de ceux qu'ont proclauiés les Italiens. En effet, la digitale a donné des effets hyposthénisans aussi entre les mains de Alaclcan, de Currie, de Caming. Ces praticiens la prescrivaient après la saignée, et, sous d'autres points de vue, dans la péripneimionie. Les mêmes résultats ont été obtenus par Shot et par Dier-
boch, qui remployèrent contre la péritonite puerpérale. Gasper et Custance traitèrent aussi heureusement avec ce inédicament le rhumatisme aigu , et Dawis a considéré la digitale comme un remède souverain contre la cardite, ainsi que Kreising dans les maladies du cœur, que Burny, Hodgson et autres. Toutes ces maladies sont regardées le plus souvent par ces auteurs comme de nature inflammatoire, et, si elles n'étaient pas telles, la digitale ne saurait certainement les combattre. Plusieurs personnes ont blâmé l'usage de la digitale dans ces maladies, parce qu'elles ont observé quelques accidens. Cela n'a dû arriver que dans les cas où quelque vice organique précordial rendait la maladie de nature mécanique ou incurable. Dans ces cas , cependant , la digitale est souvent également utile comme palliatif pour réprimer les congestions répétées, que détermine la présence de la lésion organique même. Effectivement, Yeatmann dit avoir guéri par la digitale, par la compression et par la saignée, un anévrisme de la sous-clavière. D'Alquier dissipa des palpitations de cœur accompagnées de consomption ; Sundelin, Saunders, Haseck et Comte s'en sont bien trouvés, non seulement dans plusieurs cas d'anévrisme, mais encore contre les phénomènes de l'angine de poitrine. Vogt accorde à la digitale la propriété d'empêcher la formation, ou du moins laccroissement des polypes du cœur, qui arrivent après l'inflammation chronique de la membrane interne de cet organe et des artères. En parlant des fièvres, Reil loue beaucoup la digitale contre celles qui sont accompagnées d'une sur-excitation très prononcée du système circulatoire; J. Frank, pareillement dans le traitement des lièvres accompagnées d'éréthisme et de chaleur brûlante. G. -A. Haase l'a prescrite contre les fièvres angi(jteni(pjes, liiemann contre la scarlatine coinpliqure de congestion encéphali(|ue et (le. délire, etc. La nature liyperslhénicpje de toute» ces maladies ne saurait être mise en doute par aucun praticien au courant de la science,
M Puisque la digitale est un remède hyposlhéni^ant cardia(|ue, il est facile de prévoir qu'elle doit être très utile dans les heiiiorrhagiesi actives. L'expérience repon-
DIGITALÊ. 509
dit parfaitement à cette opinion, non seulement en Italie, mais même ailleurs; ce remède a eu beaucoup de partisans sous ce rapport. Dans toute perte de sang, notamment dans l'hémoptysie , la digitale a été préconisée par Jones, par Ferriar, par Voigtel, par Richter. Thomas en a obtenu des avantages tels, qu'il croit superflu d'avoir recours, dans ces cas, à tout autre moyen La digitale a été vantée dans l'hématémèse par Warburg ; il la loua aussi dans la métrorrhagie, où elle a été également recommandée par Hecker, par Cany et par Burns qui, ordinairement, la donnent combinée au camphre, et il prétend qu'elle est un excellent remède pour empêcher l'avortement. On peut ajouter à ces autorités celles de Carson, d'Ourgand et de bien d'autres qui proclament la digitale comme un agent thérapeutique des plus actifs pour arrêter les hémorrhagies. » {Loco cit.)
Malgré l'opinion du professeur italien, nous devons dire avec M. Joret [Archiv. gén. de mêd., 2« sér., t. iv), que les succès attribués à la digitale dans ces diverses maladies, ne sont rien moins que certains. Nous en dirons autant de l'efficacité qui a été attribuée à cette plante dans les cas d'ictère , de chlorose, de leucorrhée, de rachitis, d'embonpoint excessif, d'insomnie, etc.
« Comme la plupart des médicamens actifs, dit M. Bayle {Biblioth. de thérap., t. m, p. 570), la digitale s'administre à l'intérieur et à l'extérieur, en commençant par de petites doses qu'on augmente ensuite progressivement , sous formes de poudre, d'infusion, d'extrait, de teinture, d'onguent, etc. Le mode d'administration des médicamens ayant souvent la plus grande influence sur les effets obtenus, nous allons donner un résumé des divers modes adoptés par les principaux auteurs qui en ont parlé.
») Withering donnait aux adultes depuis un demi-grain jus(|u'à 5, deux fois par jour, de poudre de digitale ; lorsjpie les malades préféraient la forme licpiide , il prescrivait 7A) granMnes(l oiic(î) d'inhision faite avec 4 granunes (1 gros) de feuilles pulvérisées et 1 litre y 1 pinte ) d'eau dans h'Kjuelle il faisait verser 50 grammes (1 oncej d'une eau spiritueuse quelconque.
DIGITALE
Lorsfine les malades étaient très robustes, et l'aireciion dont ils ctaienl atteints très intense , il élevait quelquefois cette dose jusqu'à oO grammes (1 once) toutes les iiuit heures, mais c'était très rare. Il avait remarqué que, dans quelques circonstances, les effets diurétiques cessaient lorsqu'il survenait des vomissemens ou des selles.
» Saunders administrait la digitale en teinture, mais il ne dit point les proportions de cette substance et de Talcool. Il commençait par 10, il ou 13 gouttes par jour; il augmentait ensuite jusqu'à 20, 50 et au-delà.
» Brera employait cette substance en frictions. Il en consommait environ depuis 10 jusqu'à 20 décigrammes (20 à 40 grains) en un jour. 11 faisait uu mélange de cette plante et de salive. I\I. Chrétien l'administrait de la même manière, mais à des doses plus élevées ; quelquefois, au lieu de salive, il employait le suc gastrique d'un jeune chevreau ou d'un agneau. On sent bien , sans que nous soyons obligés d'entrer dans des détails à cet égard , qu'ainsi employée à l'extérieur, la digitale n'a guère les dangers (pi'elle peut avoir à l'intcrieiu' , et que dès lors on n'est pas obligé a la même exactitude dans les doses. Au reste, M. Chrétien donnait quelquefois à ses inalades la digitale à l'intérieur, en l'associant à d'autres diurétiques ; d'où résulte une grande incertitude pour connaître l'elTet propre à chaque mode d'administration.
» M. Vassal faisait usage de la poudre de feuilles sèches en connnençant par 15 ou 2U cenligram. (5 ou 4 grains) en deux ou trois doses, et augmentant ensuite de 5 centigrammes (t grain) j)ar jour jus(ju'à 40, 50, 7oou même 1 gramme (20 grains). Dans un ras , il put s'élever jusqu'à 1 gramme 55 centigrammes (27 grains) sans produire d'accident : c'est le seul malade qui put monter aussi haut.
») Dans la phlhisie, kinglake donnait la teintme à la dose de 10 gouttes, trois fois par jour, cpiil élevait ensuite jusqu'à 25 ou 50. Fowler prescrivait 15 grammes (1/2 once) de décoction toutes les huit heures, jusipi'à ce (juil \int des nausées; c'est alors seulement (ju'il diminuait la dose. Celte décoction était faite avec 50 grain.
(1 once) de feuilles fraîches bouillies dans 240 grammes (S onces) d'eau réduite à 90 (5 onces). Magennis s'élevait jusqu'à 150 à 500 gouttes de teinture par jour, en commençant par 20, 50 ou 40 gouttes, et en augmentant de 10 gouttes par jour, jusqu'à ce qu'il survint des symptômes d'anorexie ou un dérangement dans la vision, accompagné d'un grand ralentissement du pouls. C'est alors qu'il diminuait la dose, ou même qu'il la suspendait, si l'estomac ou la tête étaient un peu sérieusement atteints. Cette teinture était faite avec 120 grammes (4 onces) de digitale, et 195 grammes (6 onces 1/2) d'esprit-devin. ')
Un point que les praticiens ne doivent pas perdre de vue dans l'emploi de cette plante, c'est que, par une administration soutenue, Su vertu tinit par s'user, et qu'elle ne produit plus aucun effet avantageux. En outre, il est des cas, malheureusement trop fréquens, où l'on est forcé d'en suspendre l'usage à cause de l'intolérance, de l'irritation, des chaleurs, du pyrosis, des dyspepsies (ju'elle détermine quelquefois de prime abord , d'autres fois après un temps plus ou moins long. Aussi, ne doiton jamais abuser de la tolérance des malades, et vaut -il mieux suspendre de temps en temps la médication, car il est plus facile de prévenir l'inconvénient dont il s'agit, que de le faire cesser et de s'en rendre maître lorsqu'il existe. Très souvent, alors, on ne peut |)lus vaincre cette intolérance, et les moindres doses reproduisent une irritation mal éteinte.
On peut éviter en grande partie le côté fâcheux de l'action de la digitale , en l'introduisant dans l'organisme par la voie endermique, c'est-à-dire en pansant un vésicatoire appliqué en un point d'élection avec 20, 25, 50 et même 40 centigrammes (4, 5, 6 et 8 grains) de poudre de digitale. (Trousseau et Pidoux, loco cit.)
Les préparations dont la digitale fait la base sont :
'Lii poudre (h digitale qui doit, pour produire les edets attendus , être d'une couleur verte et avoir, à un degré bien prononcé,l'odeur caractéristique de la plante, de 5 à 15 centigrammes.
L'infusion est , d'après les expériences faites dans le service de M. Andral et
DIPHTHERITE.
rapportées par M. Joret (/oc. ci^), l'un des modes les plus siirs d'administrer la plante dont nous nous occupons.
La teinture alcoolique et Valcoolature de digitale seraient, d'après l'école rasorienne, un médicament défectueux, parce que l'action dynamique de la digitale et celle de l'excipient sont diamétralement opposées. Cependantjil faut le reconnaître, des observations en très grand nombre viennent prouver les bons effets de cette préparation et militent par conséquent en faveur de son emploi, de o à 20 gouttes.
Quant à la teinture éthérée de digitale, regardée généralement comme fort efficace , quelques praticiens au contraire la considèrent comme inerte.
Ve.Ttrait de digitale peut être obtenu de quatre manières différentes : par Tévaporation du suc sans clarification préalable , par l'évaporation du suc dépuré à chaud , par l'évaporation d'une infusion préparée avec la plante sèche, enfin par l'évaporation de la teinture alcoolique.
Ces quatre extraits sont loin de pt)sséder un égal degré d'efficacité ; il est donc absolument indispensable au médecin de spécifier dans ses prescriptions celui qu'il a rinienlion de faire prendre à ses malades.
Suivant M. .Torct, l'extrait aqueux de digitale est un fort bon médicament , et il le considère comme bien préférable à l'extrait alcoolique qu'il accuse d'être infidèle. Nous croyons , nous , que l'on doit préférer à tous les autres celui qui est préparé avec le suc non dépuré , et en cela nous partageons la manière de voir de IM. Berzélius, au dire duquel la fécule verte de la plante serait très active.
Jl existe plusieurs formules pour la préparation du sirop de digitale, formules qui donnent des i)roduits très différens les uns des autres poiu* le degré d'activité : ainsi, par exemple, le sirop de M. Soubeiran (/oc. cit.) contient par chaf|ii(' 50 grammes (4 once) la substance soluble de 2 grammes (."îG grains) de digitale , tandis que rrliii du Codex ^p. 370) ne contient, pour la même quantité , que la substance HolubUî de 2 déci^Tammes (4 grains) de la plante. Nous regardons ce dernier comme devant seul être em[)loyé par les médecins
pour les cas ordinaires, le premier ne pouvant être prescrit qu'à dose beaucoup plus faible et ne se trouvant indiqué conséquemment que dans un moins grand nombre de circonstances.
Il nous reste à parler maintenant des moyens que l'on doit opposer aux accidens occasionnés par la digitale , soit dans les cas d'empoisonnement par cette plante, soit dans les cas où l'on a fait abus d'une de ses préparations dans le traitement d'une maladie quelconque.
M. Giacomini recommande , d'après Rasori et Borda, l'eau de cannelle, le vin, l'alcool, l'opium. M.Cottereau n'a jamais eu l'occasion d'observer d'empoisonnement par cette plante, mais il a, dit-il, été assez fréquemment témoin d'accidens développés sous l'influence de son administration inopportune et trop long-temps continuée. Or , ce qu'il a vu et bien remarqué dans toutes les circonstances de co genre, c'est que les excitans, même à dose minime , et les toniques augmentaient le mal au lieu de le calmer, et que les adoucissans et tous les moyens dits anti-phlogisliques étaient au contraire ceux auxquels il fallait recourir pour obtenir la disparition des symptômes développés.
11 ne peut donc , en bonne conscience, ajoute-t-il, se ranger à l'opinion du professeur italien, et, parmi les quatre moyens qu'il cite, le dernier seul , l'opium , lui parait pouvoir être associé avec avantage à ceux dont nous sommes partisan , lorsque des douleurs vives ou des accidens nerveux très intenses viennent l'indiquer.
DllMlTHÉniTE, s. f, de ,?ri>Gipa, pellis ^ cxuvium, vestis coriacea, pellicule, membrane. Le mot diphthérite a été créé par M. Bretonneau pour désigner une plilegmasie spéciale de la peau et de la muqueuse gasiro-pulmonaire , et caractérisée par la formation d'une exsudation coagulable ou de fausse membrane , et comprenant les diverses affections connues sons les noms de stomacace gangreneuse , angine couenneuse, croup, etc. L'illustre médecin de Tours a pris soin de différencier ces inflanunalions de (piebpies autres (jui leur ressemhbîut et (jui ne doivent pas être confondues avec elles.
Nojjs avons dit (pic la dipbtliérite pouvait occui)cr les muqueuses et le tégument
DIPHTHÉllITE.
externe , étudions ses caractères sur ces deux membranes.
1° Diphtliêrite des memlranes muqueuses. Laissons parler 31. Bretonneau : <( Au début de la maladie , on aperçoit une rougeur circonscrite qui se recouvre de mucus coagulé, demi-transparent. Celte première couche, mince, souple et poreuse , peut être encore soulevée par des portions de mucus non altéré, de manière à former des vésicules. Souvent en peu d'heures, les taches rouges s'étendent sensiblement de proche en proche par continuité ou par contact à la manière d'un liquide qui s'épanche sur une surface plane, ou qui coule par stries dans un canal. La concrétion devient opacjue , l)lanche , épaisse ; elle prend une consistance membraniforme. A cette époque elle se détache facilement et n'adhère à la membrane muqueuse que par des prolongemens très déliés de matière concrète qui pénètrent dans les follicules mucipares. La surface qu'elle recouvre est ordinairement d'une teinte légèrement rouge pointillee de rouge plus foncé ; cette teinte esti)lus animée à la périphérie des taches. Si la fausse membrane , en se détachant , laisse à découvert la surface muqueuse, la rougeur, qui semblait s'éteindre sous la concrétion, se ranime, les points d'un rouge plus foncé laissent transsuder du sang , l'enduit concret se renouvelle et devient de plus en plus adhérent sur les points qui ont été les premiers envahis ; il acquiert souvent une épaisseur de plusieurs lignes, et passe du blanc jaunâtre au fauve, au gris et au noir. En même temps la transsudation du sang devient encore plus facile , et elle est la source de ces stillicidia qui ont été si généralement notés par les auteurs.
M Maintenant l'.iltéralion des surfaces organiques est plus a[>parentc que dans le principe; souvent des parrelles de matière concrète sont épanchées dans la substance même du tissu mu(|ueux ; on observe aussi une légère érosion, et quehpicfois des ecchymoses dans les points (jui , par leur situation , sont exposes à quelque frottement, ou sur lesipiels l'avulsion des fausses eschares a été tentée, c'est surtout vers celte époque que les concrétions qui se corrompent, exhalent une odeur in-
fecte. Si elles sont circonscrites, le gonflement œdémateux du tissu cellulaire environnant les fait paraître enfoncées , et sur ce simple aperçu on serait tenté de croire qu'on a sous les yeux un ulcère sordide avec une perle de substance considérable. Si au contraire elles sont étendues sur de larges surfaces , elles se détachent en partie , pendent en lambeaux plus ou moins putréfiés , et simulent le dernier degré du sphacèle; mais qu'on ouvre le corps de ceux qui , après quehjues jours de maladie, succombent à la diphthtérite trachéale , on trouvera dans les canaux aérifères toutes les nuances de cette inflaminalion depuis son premier degré sur les parties récemment envahies, jusqu'àcelui qui est le plus propre à faire illusion par l'aspect d'une altération gangreneuse sur celles qui l'ont été primitivement.
» Si l'on a vu quelquefois la gangrène survenir dans des alfections inflammatoires qu'elle ne termine point ordinairement, si elle peut être, par exemple, la conséquence d'un chancre syphilitique , je ne conçois pas pourquoi, dans quelques circonstances , elle ne succéderait pas d l' inflaminalion diphlhèritique , mais ce cas doit élre fort rare , puis(|u'il ne s'est pas présenté une seule fois dans plus de cinquante ouvertures de cadavres. » {Des iii/lam. spéc. du tissu muq. , etc. , p. 49 etsuiv. Paris, i826.)
La diphthérite envahit la cavité buccale, les amygdales et le voile du palais , le pharynx , et de là descend assez souvent dans les voies aériennes. (Pour tous les détails symptomatologiciues à cet égard , ^. Aangine couenneuse , Coryza , Croup, Stomatite ) Suivant la remar(]ue de M.
Rretonneau, les tuniques muqueuses de la langue et de l'œsophage sont, au contraire , les surfaces qui se refusent le plus à Textension de cette inflammation.
Le caractère saillant des phlegmasies pelliculaires est dune celte tendance à la progression vers le larynx et la trachée ; c'est là ce (|ui leur donne tant de gravité, surtout dans les épidémies, comme l'a, le premier, si bien développé 3L liretonneau.
2" Diphthérite cutanée. Elle a été surtout bien décrite par iM. 'J rousseau dans
DIPHTHÉRITE.
un mémoire publié dans les Jrch. g en. de méd. (t. xxi) , et dont il a donné l'extrait dans le Dict. de méd. en 23 vol. (t. X, p. 588). « Je n'ai jamais vu, dil-il , la diphlhérite se développer à la peau sans que cette membrane ne fût préalablement privée de son épiderme , ou ulcérée, sans que , par conséquent , elle ne fût plus ou moins voisine de Torganisalion du tissu muqueux. Ainsi, dans le cours d'une épidémie , j'ai vu des piqûres de sangsues , de légères coupures , des herpès survenant à la suite d'un accès de fièvre, des vésicatoires, des gerçures du sein, des excoriations du scrotum, des oreilles, du cuir chevelu , du nez, de l'anus, des plaies diverses devenir l'occasion du développement de la di[)hthérite cutanée; et cela , non chez un petit nombre d'individus isolés, mais chez quelques-uns des membres de presque toutes les familles d'un même village , de sorte qu'on ne saurait être trop étonné qu'une maladie si grave et si commune ait pu passer inaperçue.
» Dès que la diphthérite envahit une plaie, celle-ci devient douloureuse , laisse écouler une grande quantité de sérosité incolore et félide et se recouvre bientôt d'une couenne grisâtre , mollasse et d'une épaisseur variable. Les bords de la plaie se gonflent , prennent une teinte d'un rouge violet, et s'élèvent beaucoup audessus du fond de l'ulcère ; cependant le mal ne s'étend ordinairement pas; mais il reste stationnaire pendant des mois entiers. Quelquefois pourtant, lors même que l'épiderme seul a été enlevé, on voit le derme se recouvrir immédiatement d'une couenne blanche analogue à celle qui s'observe sur les vésicatoires. Bientôt un érysipèle se développe autour de la partie excoriée. A la surface de l'érysipèle, répidfrmc dans une multitude de jujinls est soulevé par de petites niasses de sérosité lactescente , de sorte que la peau est couv( rie de vésicules connuenles au voisinage de la plaie, et de moins en moins nombreuses à mesure (jue l'on se rapproche des Icgumens encore sains. I^armi ces véhicules il y en a «pii semblent avoir étc foiuiées par la réunion de. pIu^i(Mjrs , d'autre» qui , simples ou reunies, se crèvent , el a leur place on voit le derme recou
vert d'une couenne blanche ; ces excoriations se réunissent à d'autres petites , aboutissent à la principale, et c'est ainsi que le mal gagne de proche en proche.
Ainsi la diphthérite, débutant par une excoriation légère du cuir chevelu ou du derrière de l'oreille, peut envahir la peau jusqu'aux lombes comme j'en ai cité des exemples. Les concrétions pelliculaires , d'abord minces , deviennent de plus en plus épaisses , celles qui se forment à la surface du derme soulevant sans cesse celles qui ont été sécrétées les premières , de manière à former une sorte de feuilleté dont l'épaisseur peut aller jusqu'à quatre , cinq et six lignes. Les couches de concrétion en contact avec la peau conservent toujours de la densité ; mais les plus extérieures , baignées dans les flots de sérosité , se ramollissent , se putréfient, changent de couleur , prennent une couleur grise , quelquefois noirâtre , exhalent une elh'oyable fétidité , et alors il est impossible de ne pas croire que la peau tout entière est sphacélée; ici l'on commet la même erreur que pour la diphthérite pharyngienne qui , si souvent encore aujourd'hui, malgré les travaux de M. Bretonneau, est regardée comme une gangrène de l'arrière-bouche. » (Trousseau , Dict. de méd. en 23 vol., t. x, p. 589.) Du reste M. Trousseau convient que la gangrène peut survenir; il lui a été donné d'en observer deux exemples , dans lesquels le sphacèle a été circonscrit à un très petit espace.
Notre intention n'est pas ici de donner le diagnostic dilféientiel de la diphthérite et des alfections qui peuvent les simuler, cette tâche a déjà été remplie en partie aux mots Angine et Croup, et sera complétée au mot Stomatite, à propos de la stomatite couenneuse. Rappelons seulement que les caiactères propres à l'alfection (pii nous occupe sont : d" la formation des concrétions couenneuses fermes et résislanles; 2" la marclic! de la plilegmasic; (pii tend sans cesse a gagner de proche en proche. i\L iiretonneau y ajoute le défaut d'action des anti-[)hlogisti(iues pour combattre les accidents.
Causes. La diplithérile se montre sous deux formes principales : i» sporadicpie ; 2" épidémiipie , mais plus fréquemment
DIPHTHÉRITE.
sous cette dernière, comme on peut en être convaincu en lisant les excellentes descriptions que 31M. Bretonneau, Gendron, Trousseau, etc., nous ont données. On a prétendu que la diphthérite pouvait exister endémiquement dans certaines localités , à Tours , et dans quelques villages du Loiret, par exemple, et dans ce cas, on avait attribué le développement de la maladie à des conditions défavorables d'humidité et de situation topographique. Mais M. Trousseau a fait voir rjue la maladie sévissait également sur des lieux élevés , secs et bien aérés.
Il a déjà été parlé de la contagion à propos de diverses phlegmasies couenneuses, étudiées précédemment; nous nous en référons ici à ce qui a été dit aux mots Angine et Croup, tout en rappelant que 31. Bretonneau a tenté sans succès l'inoculation de la matière concrescible à des animaux, et que M. Trousseau a vainement fait cette redoutable expérience sur lui-même. Au reste, M. Bretonneau (oza\ c^^,p. 83) avoue que la contagion existe dans cette maladie à un très faible degré.
La fausse membrane peut-elle ê(re produite par une irritation vive portée sur les muqueuses? Déjà des expériences avaient été tentées à ce sujet par Jurine et Albers de Bremen (Rapp. de Iîoyer-Collard;M.
Bricheteau , Précis anal, du croup^ p. 57 et 107), et les résultats avaient été très divers. Ainsi, Albers avait obtenu un tube membraniforme dans la trachée d'une chatte , après avoir injecté dans cet organe de 1 huile de térébenthine mélangée avec une certaine quantité d'oxyde rouge de mercure. ]\lais des tentatives semblables n'avaient, dans d'autres cas, produit rien autre chose qu'une phlegmasie intense.
M. Bretonneau a fait aussi de nombreuses tentatives, et la cantharidine seule a constamment donné lieu aux phénomènes anatomiquesde la diphthérite; i\L lîrctonneau insiste avec beaucoup de détails sur ces curieuses recherches, et fait observer que l'inflammation pellicnlaire cantharidique diiïere de la diphlheriii(ine, parce que la première naît, se développe et meurt en (|uelq»ie sorte sur les points irrités sans jamais s'étendre au-delà. (Uuv. cit.y p 555-569.)
Ces remarques nous conduisent direc-
tement à étudier la spécificité des inflammations couenneuses, que plusieurs auteurs ont contestée. Bien que Tétude des questions purement théoriques ne soit pas du ressort de ce Dictionnaire , nous ferons observer en peu de mots , que la nature spécifique de la diphthérite est assez clairement démontrée par les raisons suivantes.
1° La diphthérite n'est pas le degré le plus élevé d'une inflammation des muqueuses aériennes, puisi|u'elle s'accompagne généralement de phénomènes locaux ou réactionnels peu intenses.
2" Dans une épidémie, les autres affections dilfèrent complètement de la maladie principale et ne s'y rattachent en rien.
S"» Relativement à la fausse membrane, si quelques substances et notamment la cantharidine peuvent en produire, celle-ci diffère de la couenne diphthéritique par sa localisation.
4° Si la pleurésie avec fausses membranes est de la même nature qu'une pleurésie séreuse ordinaire, l'analogie n'est pas applicable à la diphthérite; car, pour la pleurésie, les deux formes que nous avons indiquées se fondent insensiblement l'une dans l'autre, tandis que pour les phlegmasies pseudo-membraneuses, il n'y a pas de degrés intermédiaires qui les réunissent aux inflammations sunples.
5° Enlin, les anti-phlogistiques simples ne suffisent pas, il faut y joindre des moyens particuliers, adaptes à la spécificité de Tinflammation.
Quant aux opinions hypothétiques de Laennec, deDugès, de M. Roche, etc., sur les conditions de l'économie (pii président au développement des alfections diphthéritiques, nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Des récidives. En dépit des assertions de certains auteurs ([ui prétendent avoir vu le croup se montrera plusieurs reprises sur un même individu, je crois que les récidives de la maladie dont nous parlons sont fort rares.
Pronoslic. Il est généralementfort grave, surtout dans les temps d'épidémie; on ne saurait trop se hâter d'enrayer la marche de la maladie, dès qu'elle se déclare dans la cavité buccale, afin d'empêcher son extension juscjuc dans les voies aériennes. Du reste, le pronostic varie suivant les
DOIGTS
conditions déjà examinées dans les articles spéciaux sur les différentes formes de Finilammation pelliculaire.
Traitement. Les détails dans lesquels nous sommes entré àToccasion de l'angine et du croup nous permettront d'être bref sur ce point. Ce qu'il convient de noter actuellement , c'est que les émissions sanguines paraissent avoir été plus nuisibles qu'utiles dans les épidémies observées par M. Bretonneau. Il ne faut donc pas insister sur ces moyens avec autant d'énergie qu'on le ferait dans une phlegmasie franche, mais il convient cependant d'y avoir recours (quand l'âge et les forces du sujet le permettent}, afin d'abattre l'élément inflammatoire qui aggrave les accidens. En même temps il faut mettre en usage ces applications locales de caustiques, de calomel,dalun, etc., dont il a été question en leur lieu [f^. Axgine, Croup, etc.), et à l'aide desquels on parvient quelquefois à localiser la maladie. Yers la dernière période , s'il y a de l'affaiblissement et des phénomènes généraux d'adynamie, on emploiera les toniques elles amers.
Existe-t-il des moyens de prévenir la diphthéritc? Que l'on admette ou non la contagion, le [)Uis prudent est de s'éloigner du foyer de l'épidémie ; quand l'affection se déclare dans une famille, il faudra faire partir les enfans qui ne sont pas encore attaqués, car ce sont eux surtout que menace le danger. On évitera toutes les causes de refroidissement, l'humidité, et, comme pour toutes les épidémies, on se placera dans les meilleures conditions bygiéni(iues possibles; mais. comme le faisait observer Albers, le meilleur précepte de prophylaxie est de surveiller attenlivement la santé des enfans afin de se (enir prêt à combattre le mal dès fpi'il se déclare.
JJlI'LOCiÉNKSE. (^. Monstruosité.) JJlLJUniQUE. (r. MiiuiCAME.NS.) DOCIMASIE PULMOÎNAIKE. (/^. In-
FAVTICIUK. )
DOn/rS, appendices terminntix de la main. Leurs maladies sont très nombreuses; on pourrait les classer fie la manière suivante : \" difformités; '2" lésions traumalirpies et brûlures; 5" phlofj'oses et ulccralioiis ; 4" tumeiu s. Char.iine de ees divisions renferme plusieurs lésions. Viennent en-
fin les opérations qu'on pratique sur les doigts.
§ I. Difformités. A. COiNGénitAles.
Ce sont les adhérences, les doigts surnuméraires , l'absence des doigts et leurs rétractions.
Les adhérences congénitales des doigts résultent ordinairement de l'union réciproque de ces derniers par la présence d'une membrane dermique analogue à celle des ailes des chauves-souris ou des appendices des animaux palmipèdes. « Lesdoigts, dit M. Blandin, sont quelquefois réunis ensemble chez l'adulte , comme chez l'embryon, par un prolongement cutané : ce vice de conformation peut atteindre tous les doigts , ou bien affecter seulement quelques-uns d'entre eux ; tantôt il est congénital, et tantôt il est accidentel. La réunion congénitale des doigts est un simple arrêt de développement; elle reproduit, en effet^, chez l'adulte , la membrane interdigitale de l'embryon. Du reste , quelle que soit l'origine de ce vice , il est facile de le faire disparaître : il suffit pour cela d'une simple incision. » [Anat. iopog.y p. o67.)
« On n'a pas de notions bien précises, dit le même auteur, sur l'époque vers laquelle commence à disparaître la membrane interdigitale. IMeckel dit bien que cette membrane persiste jusqu'au troisième mois de la vie intra-utérine; mais je ne suis pas de son avis : à cette époque , en effet, elle a complètement disparu.» {Ibid.y p. o66.)
Dans un autre endroit, M. Blandin dit que, chez le très jeune embryon, « on voit les doigts confondus ensemble et réunis par une membrane, comme la chose a lieu dans certains animaux, chez les oiseaux nageurs en particulier. » (p. 474.)
Si celte dernière remanjue est exacte , on pourrait peut-être se rendre aisément raison de l'origine de cette difformité, qui, au reste, n'est pas rare; nous l'avons observé(; plusieurs fois et nous avons vu Du- [)uytren oj)érer à l'IIôtel-Dieu un enfant de neuf à dix ans d'une i)areille infirujité. (^'était bien l«i la forme d'iuie patte de palmipède ainsi (jue ce chirurgien l'appelait.
Les anciens ont parfaitement coinni et décrit ce vice de conlormalion. Eabricc
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d'Aquapendente [OEwc. chir.^ 2*^ partie, chap. xcix , p. 817), et Dionis (Oprr., 8* démonstration), en parlent savamment.
Boyer distingue deux variétés de cette union ; l'une intime et immédiate, en sorte que les doigts sont collés les uns aux autres : l'autre médiate et lâche, par le moyen d'une membrane. {Malad. chir.^ t. xi , pag. 45.)
Dans l'un comme dans l'autre cas , une opération très simple suflit pour faire disparaître la dilFormité. On divise, soit avec les ciseaux, soit avec un bistouri, les tissus qui forment l'union contre nature, on sépare exactement les doigts et on les entoure chacun séparément d'une bandelette pour prévenir une nouvelle réunion.
Dionis s'exprime delà manière suivante au sujet de cette opération : « Il faut, dit-il, remédier à l'un et à Tautre de ces accidcns, ce qui se fait en séparant les doigts avec un scalpel, prenant garde de ne rien (Mer de l'un pour le donner à l'autre. Si l'union était si exacte qu'il y eût peu d'espace entre eux, le chirurgien doit faire voir son adresse , en coupant seulement avec patience ce qui les joignait ensemble ; mais, s'ils étaient unis par une membrane comme une patte d'oie , il faudrait dans l'entredeux de chaque doigt couper et emporter la membrane qui les unissait, afin qu'après que les cicatrices seront faites, il ne reste rien qui puisse leur nuire dans leurs actions. Quand la séparation est faite, il faut empêcher qu'ils ne se recollent, et pour l'éviter, on met de petits linges entre les doigts. On peut se servir d'un bandage, qu'on nomme le gantelet , mais comme il est trop long à faire, à cause (ju'il faut, qu'avec une bande de cinq aunes de largeur, il entoure cha(iue doigt l'un après l'autre par plusieurs circulaires , on doit se servir de petits doigtiers de linge trempés dans (le leau vulnéraire ou dans quel- (jueîautre li(|uciw dessiccative , et. de cette banrie dont on fera des circulaires autour de chaiiue doigt. » [Ouv. cit., p. 716, édit. de Lafaye.)
Ces préceptes n'ont pas vieilli de nos jours. Fabrice d'A(piai)end('nte ajoute une autre précaution. « Or, j ai, dit-il, toujours sépare ces doigts de la même h\cm\ (pic dit Celse, mais auparavant j'ai palpe avec diligence et attention, la liaison tout du
long des doigts, principalement quand elle était de nature, pour voir s'il y paraîtrait quelque dureté ou quelque soupçon de nerf ou de veine qu'il fallait éviter. Après quoi ayant marqué tout le long, avec de l'encre , l'incision qu'il faut faire , je l'ai tout aussit(')t faite depuis le milieu jusqu'au bout du doigt , et puis de la racine du doigt jusqu'au milieu, et ce avec un scalpel qui ressemble à un couteau long et étroit, ei j'ai fait venir la cicatrice avec de la charpie et du diapalme. » [L. c.)
« Cette opération, dit M. Chelius, n'est, contre-indiquée que dans le cas où les parties molles (le la main sont reunies en un moignon informe, et où les os des doigts sont tellement fondus en une masse, qu'il est impossible d'y distinguer aucune articulation. Un état maladif des tégumens de la main délormée, une constitution scrofuleuse très prononcée, une inflammation déjà existante et l'âge du sujet sont autant de raisons qui doivent faire dilFérer l'opération. Ordinairement on regarde comme étant l'époque la plus favorable pour cette opération la fin de la première période de la vie, et on ne doit pas , sans motifs graves, la diiïérer au-delà de cette époque. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que, la plaie de l'opération étant coml)létement cicatrisée, des adhérences nouvelles peuvent encore réunir les doigts, soit parce que la peau ne peut, à cause de sa cicatrice, se développer aussi vite que les doigts, soit parce (pie l'adhérence marche de la base des doigts vers leur pointe à mesure qu'ils acquièrent plus de longueur. Cette circonstance est de la plus haute importance, et doit, lorsque les adhérences ne sont pas un obstacle au développement des doigts, faire remettre l'opération à l'époque où ces organes auront fini de croître. La douleur de l'opération et rinteiisité de la reaction inflammatoire (pji en est le résultat dé[)endent du degré et de retendue des adhérences ; aussi , doit-on n'opérer (pi'une seule main d'abord, attendre la guérison , et opérer l'autre main plus lard seulement. » [Traité de chir., t. ii, p. 11, édit. de Paris.)
Lors(iue la reunion est simple et membraneuse, on fixe solidement la main; puis, un peu au-dessus de l'endroit où dans l'état normal se trouve l'angle des doigts, ou
plonge perpendiculairement à travers la peau de réunion la pointe d'un bistouri dont le tranchant est tourné du côté de l'opérateur; la peau étant traversée de part en part à l'aide de cette ponction, on ramène le bistouri de la base des doigts vers leur extrémité. On peut encore faire l'incision de bas en haut, c'est-à-dire, de la pointe des doigts vers la base. Les inégalités qui se trouvent à la surface de la plaie sont enlevées avec des ciseaux. Lorsque les os sont adhérens entre eux, on divise d'abord les parties molles avec un bistouri, puis l'adhérence osseuse est sciée sur la ligne médiane avec un ressort de montre. (Ghélius.)
Ce qu'il y a toujours à craindre après les opérations de cette nature, c'est la reproduction de la difformité par une nouvelle réunion des parties. Cela a lieu surtout lorsque la peau voisine de la plaie est peu extensible. Aussi doit-on surveiller attentivement la marche du bourgeonnement et maintenir les parties séparées à l'aide d'un appareil approprié. (^. Brûlure, Cicatrice.)
Les doigts surnuméraires sont aussi au nombre des difformités fréquentes.
Les Latins appelaient sex-digiticeux qui avaient cette espèce de difformité. Maupertuis a hasardé le mot français sex-digiîaires^ pour désigner ces mêmes personnes. On en a déciit des exemples depuis la plus haute antiquité. « On trouve dans le livre des ^nnales^ dit M. S. Cooper, le fait suivant : il y avait à Guth un homme d'une grande stature, qui avait vingt-quatre doigts , six à chaque main , six à chaque pied. Anne Boloyn , si célèbre par sa beauté et ses malheurs, avait six doigts à la main droite. Pline, le naturaliste, parle de deux sœurs (\\i\ avaient six doigts à chaque main. On lit dans les mémoires de l'académie des sciences (1745) , l'hi^^toire d'un enfant qti'ou fit voir à cette société, qui avait six orteils i\ chaque pied , six doigts à ehaqiie main : il y avait six os irtétatarsiens aux pieds, et six métacarpiens à la main gnuehe : la main droite seule ne présentait fjue cinq métacarpiens, le plu'i extérieur avait deux surfaces articulaires, l'une qui rni re-poudait au petit d<)l;,'t, Taulrc; au doigt sinnuméraire. liarthoiin a inséré dan«i les Tranmdions de
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Copenhague h ôe5cv\[\ûon d'un squelette très curieux : à la main droite existaient sept doigts, six à la gauche , et outre cela le pouce était double. Il y avait huit orteils au pied droit, neuf au gauche; le métatarse droit était composé de six os, le gauche de sept. Saviard parle d'un cas beaucoup plus curieux, observé à l'Hôtel- Dieu de Paris , sur un nouveau né. Il avait dix doigts à chaque main, et dix orteils à chaque pied; les phalanges étaient toutes imparfaites. {Obs. de chir.)
« L'exemple du plus grand nombre de doigts et d'orteils est rapporté par Voight, y compris le pouce; il y avait treize doigts et douze orteils de chaque côté. » {Dict. de chir., 1. 1, p. 404; édit. de Paris.)
Il n'est peut être pas de médecin qui n'ait observé de ces sortes de difformités. Le plus souvent, on ne rencontre que six ou sept doigts. Le doigt surnuméraire est ordinairement accolé au bord cubital du petit doigt ou au bord radial du pouce. Il en résulte une main en forme de branche d'arbre et qui n'a d'autre inconvénient que l'apparence désagréable ou inaccoutumée.
Le doigt surnuméraire existe avec ou sans ongle, avec ou sans phalanges. Lorsqu'il est sans tige o.sseuse il n'a que la forme d'analogue aux doigts; c'est, au fond, une véritable excroissance immobile sous l'empire de la volonté. Il est des doigts surnuméraires néanmoins qui offrent la même organisation et presque la même motilité que les doigts normaux , et dont l'usage pourrait, d'après la remarque de Buffbn, étendre le sens du toucher et servir utilement dans les différentes opérations de la main. On a remarqué que les doigts surnuméraires sans phalanges et sans mouvement étaient le plus souvent implantés au côté cubital delà main. « Il peut être parallèle aux autres doigts, et supporté par un sixième os du métacarpe, ou hien partir du einciuième de ces os, ou de la première |)lialanîïc du petit doigt, et alors tantôt le sixième doigt fait continuité avec celle-là, dont il semble naître par bifurcation, et s écartant |)lus ou moins de .<;a direction , ou il est simplement atla(;Iie à la phalange, par une articulation lâche entre deux surfaces plates. Lorsrju'un sixième; doigt est parallèle au cinepiièine, qu'il jouit des mêincî* inouvemciis que les autres, il doit
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être organisé comme eux , c'est-à-dire , pourvu non seulement d"os qui lui sont propres, mais encore des muscles et des tendons nécessaires à ces mouvemens. Un doigt surnuméraire hors de rang , absolument immobile ou sans mouvemens volontaires , est formé ordinairement d'une ou de plusieurs phalanges revêtues de leur périoste, et couvert de la peau sous laquelle est une graisse de consistance suiffeuse. Une singularité très remarquable de la conformation vicieuse dont il s'agit, c'est qu'un sixième doigt peut être produit par la bifurcation de la dernière phalange du pouce, chaque portion ayant un os et un ongle particulier. Cette disposition singulière est très rare, je Tai vue sur une jeune personne. » (Boyer, omu. et volume cites , pag. 45.)
Un autre fait digne de remarque, c'est que ce vice de conformation est souvent héréditaire. On a vu, en elîet, des familles sex-digitaires , perpétuer ainsi leur race avec très peu de variantes.
Les doigts surnuméraires ne doivent être retranchés (juc dans le cas où ils sont inutiles ou incommodes.
On a agité la (juestion de savoir s'il convenait d'exécuter cette ablation peu de temps après la naissance ou d'attendre une époque plus avancée. On s'accorde généralement jmur le premier temps , ces parties étant alors peu volumineuses, et les os très tendres et très faciles à exciser avec un bistouri ; tandis que plus tard on serait obligé de faire une plaie plus large et d'employer peut-être la scie, iioyer dit avoir fait cette opération sur un enfant de trois jours avec succès. « J'ai rencontré, il y a vingt-qiiatro ans , un enfant de (juatre jours , dit M. A'elpeau, (jui avait sept doigts à chaque main ; le ponce et le petit doigt étaient doubles : j'amputai de suite et je réunis par première intention. En 1857, j'ai amputé deux gros orteils doubles à l'enfant du précédent, m'écrit M. (Champion, et je tins séparés ses doigts médi\is etannnlaire, qui étaient unis des deux côtés. » ( Méd. opèr., t. II, p. 55.">, 2' edit.)
Dionis recommande l'usage des ciseaux et des tenailles incisives pour cette petite opération. « 11 y a six mois , dit-il , (pi'on me fit voir un enfant (pii avait un doigt surnuméraire à clia<[ue main. Avec mes ci-
seaux je lui en coupai un à l'instant , et je remis à couper l'autre dans un autre jour , ce que je lis quand il fut guéri du premier , afin de ne lui pas trop faire de douleurs dans un même temps. S'il y avait quelque phalange osseuse ou cartilagineuse qui attachât ces doigts fortement à la main , on pourrait alors se servir d'une petite tenaille incisive , qui couperait le tout en même temps et le plus proche de la main (jue faire se pourrait : on les panse ensuite comme des plaies simples , observant surtout de n'y laisser aucune difformité. )) {Loco cil.)
Boyer blâme avec raison ce mode opératoire et conseille l'usage du bistouri, qui permet de diviser régulièrement les parties et d'y faire un lambeau qui permet la réunion immédiate, comme s'il s'agissait de l'enlèvement d'un doigt ordinaire. C'est aussi l'avis de IM. S. Cooper. Il s'agit ou de désarticuler l'appendice surnuméraire si sa première phalange est mobile, ou de couper ou scier celle-ci si elle est identifiée avec les os adjacents. Aous avons vu faire plusieurs fois cette opération par Dnpuytren , par Boyer, ])ar Î\I. Roux et par d autres. C'est une chose fort simple et facile ; la guérison est ordinairement prompte; aucune ligature vasculaire n'a été nécessaire dans les cas que nous avons vus.
//absence congénitale d'un ou plusieurs doigts est mentionnée par plusieurs auteurs : nous n'en avons cependant trouvé nulle part des exemples bien détaillés, ce qui nous fait présumer qu'elle doit être excessivement rare. Cette lésion, du reste, n'intéresse qu'à peine sous le point de vue chirurgical.
Les rétractions congénitales des doigts sont aussi assez rares. Elles olfrcnt les mêmes conditions et prescrivent les mêmes indications ihérapcuticpies (pie les rétractions accidentelles. INous en parlerons à l'occasion de ces dernières.
B. AcciDKNïKLLES. Lcs difformités accidentelles des doigts sont : l» les rétraclions; 2» les adhérences vicieuses; 3o les ankyloses; 4° les déviations latérales; o*» les incurvations des phalanges. ISous ne parlons pas de la disposition fusiforme des doigts, cet état ne constituant pas à la rigueur une dilforinilé, et se rattachant
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d'ailleurs à Vétude des caractères éloignés de la phthisie.
1° Bêlraci ton permanente. Cette infirmité présente quatre variétés très distinctes qu'il importe de bien constater, car c'est sur cette connaissance que sont basées les indications curalives. La plus importante de ces rétractions est celle qui a été décrite par Dupuytren , et qu'on pourrait appeler aponévrotique. Vient ensuite la rétraction dépendant d'une lésion traumatique des tendons; suit celle qui accompagne la paralysie des muscles extenseurs; enfin, celle qui est entretenue par des brides inodulaires formées dans la paume de la main.
La rétraction aponévrotique des doigts consiste dans la flexion lente et progressive de l'annulaire, puis de l'auriculaire, ensuite du médius, et quelquefois aussi, mais très rarement , de l'indicateur et du pouce. Le plus souvent, la rétraction est bornée à l'annulaire qui se fléchit aux trois quarts, et au petit doigt qui est fléchi , mais moins que le précédent.
Jusqu'en 1851 , on n'avait que des notions vagues sur cette infirmité , et on la croyait généralement incurable. Boyer, qui écrivait en 1826 , s'exprimait delà manière suivante. « Les doigts , et particulièrement les trois derniers , sont sujets à une flexion permanente, involontaire, à laquelle on a donné le nom de contracture , et que quelques auteurs ont appelée en latin crispatura tendinum. Cet état est souvent une infirmité de la vieillesse ; on l'observe quelquefois chez les adultes, jamais chez les jeunes sujets. Les doigts se fléchissent peu à peu , et on perd la faculté de les étendre à volonté. Les tendons des muscles fléchisseurs soulèvent la peau qui se fronce en travers , s'épaissit, s'endurcit et leur devient adhérente. Ils résistent tellement aux elforls que Ton fait pour étendre les doigts qu'on les romprait plut()t que de les faire céder. La maladie commence ordinairement parle petit doigt; elle gagne bientôt Tannulaire et (pielfiiK;fois le doigt du milieu ; mais , quoique je Taie observée un grand noinbre (h; fois, je ne l'ai jamais vu»: s'étendre au doigt indicateur et au pouce. La nalure de (ctlr; arffr.tion n'est, pas bif-n eoiniuf; ; foutffois, en eonsidcMant allcnlivcinent ses phciiomcaes cl la manière lente et graduée dont
elle se forme, on est porté à croire qu'elle dépend moins de la contraction spasmodique des muscles fléchisseurs que d'une espèce de dessèchement, d'endurcissement et de rigidité du tendon et de la peau. » [Malad. chir.yt. xr, p. 53.)
Sous le point de vue des caractères et de la marche de l'infirmité, cette description laisse peu à désirer. L'état actuel de la science nous permet seulement d'ajouter : 1° que , d'après les observations de Dupuytren, de M. Goyrand et deM.Sanson , la rétraction commence plus souvent de l'annulaire que de l'auriculaire ; 2» que l'on connaît quelques cas dans lesquels la rétraction avait gagné aussi l'indicateur et le pouce. Nous avons vu nous-même un exemple de ce cas en 1833 à l'Hôtel- Dieu; il a été publié dans la Gazette médicale de la même année (p. 112). M. Goyrand a observé aussi un fait pareil , dont il a envoyé la pièce pathologique à l'Académie de médecine. ( Gaz. méd. , 1834, p. 219.)
Sous le point de vue étiologique ou de l'anatomie pathologique, la description de Boyer laisse beaucoup plus à désirer : il attribue aux tendons une intervention qui n'a pas lieu dans la majorité des cas, mais il se rapproche cependant de la vérité en accusant comme cause une sorte de dessèchement, d'endurcissement et de rigidité de la peau. Nous reviendrons sur ce sujet.
Vers la même époque , sir A. Cooper signalait deux autres causes, une phlogose des gaines tendineuses, et l'épaississement et le raccourcissement de l'aponévrose palmaire. « Les doigts , dit-il , se rétractent quelquefois de la même manière que les orteils par suite de l'inflammation chronique de leurs gaines et de Vaponévrose palmaire, à la suite de travaux excessifs de la main , soit avec le marteau, soit avec la rame ou la charrue, etc. Quand les gaines sont rétractées, il n'y a rien à faire pour le soulagement du malade ; mais quand la rétraction est due à rajionévrose, et que la bandelette contractée est droite ., on peut avec avantage en faire ta division avec un hislouri étroit^ à travers une iilaie très peu étendue des tégumens, et placer le doigt sur une attèle pour l(! maintenir dans l'extension. IMon neveu, M. Bransby Cooi)er, a praliipié avec suc-
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ces cette opération sur le pied, chez un fermier qui , par suite d'une rétraction semblable , ne pouvait plus se livrer à ses occupations ordinaires. » {OEuvres chir.
p. 122, trad. de MM. Chassaignac et Richelot.j
On voit bien que le célèbre chirurgien anglais avait des idées assez avancées sur la nature de l'infirmité , mais il était réservé au génie de Dupuytren d'éclaircir cette importante matière, et d'établir surtout expérimentalement les véritables données thérapeutiques. M. Goyrand d'Aix a repris i)lus tard ce même sujet et fait connaître (juelques faits imporlaiis que nous allons reproduire. Exposons d'abord la doctrine de Dupuytreu.
Les premières reciierches de Dupuytren datent de 1851 {Journal hebdomadaire ^ t. V, p. 349, et t. VI, p. 67, 564). Un vieillard atteint de Tintirmité en question est mort à rilôtel-Dieii et lui a fourni la première dissection. « La peau ayant été enlevée dans toute l'étendue de la paume de la main et de la face palmaire des doigts, les plis, le froncement qu'elle offrait naguère, disparurent entièrement; il était donc évident que l'arrangement qu'elle présentait pendant la maladie ne lui appartenait i)as, qu'il lui était communi(|ué; mais comment et par (jui? La dissection fut continuée; le professeur mit à découvert l'aponévrose palmaire , et s'aperçut avec étonnement qu'elle était tendue, rétractée, diminuée de longueur. De sa partie inférieure partaient des espèces de cordons qui se rendaient aux côtés du doigt malade. En faisant exécuter des efforts d'extension aux doigts , M. Dupuytren vit clairement que l'aponévrose subissait une sorte de tension , de crispation : c'était un trait de lumière ; aussi conjectura-t-il que celte a|)om'vrose était pour quchiue chose dans les effets de la nuiladie. ALiis restait à trouver le point affecté; il coupa les prolongemens (pj'elle envoie sur les côtés des doigts : imuiedialenient la eontraelurc cessa, les doigts revinrent au dt iiii-(juart de flexion ; le moindre effort ramena les phalanges à l'extension coniplèle. Les tendons existaient dans leur intégrité; les coulisses n'avaient point été ouvertes ; qu'y avait-il donc de changé? L'enlèvement de la peau et la section des extrémités de l'a-
ponévrose qui vont à la base des phalanges. » [Leçons orales^ t. iv, p. 478, 2« edit.)
C'est , comme on le voit , dans le raccourcissement de l'aponévrose palmaire , et par conséquent dans la tension forcée des bandelettes de cette toile , lesquelles se prolongent et s'attachent sur les deux côtés de la première phalange , que Dupuytren place la condition pathologique de la rétraction de chaque doigt. De là l'indication de diviser ces bandelettes pour faire cesser la difformité et permettre au doigt de s'allonger et de reprendre ses fonctions normales. D'autres dissections sont venues confirmer la première observation , et bientôt des opérations ont été exécutées d'après ce plan et avec un succès complet. Cette manière de voir ayant paru confirmée par l'expérience clinique , tout le monde s'est empressé de l'adopter.
Restait maintenant à expliquer pourquoi la rétraction se bornait ordinairement aux trois derniers doigts, et pourquoi la peau se fronçait dans la paume de la main. Dupuytren en trouvait la raison dans la disposition anatomique de l'aponévrose elle-même. L'aponévrose palmaire superficielle résulte en partie de l'épanouissement du tendon du [lalmaire cutané et du prolongement du ligament annulaire antérieur du carpe. D'abord extrêmement forte à sa naissance, elle s'amincit ensuite graduellement en avançant , de manière à donner naissance, vers son bord inférieur, à (juatre languettes fibreuses qui se dirigent vers rextrémilé inférieure des quatre derniers os métacarpiens. Là, chacune d'elles se bifurque pour le passage des tendons des fléehisseurs , et chacune des branches de celle bifurcation vient se fixer sur les côtés de la i)halange , et non en avant, comme beaucoup d'anatomistes l'ont cru. Ce sont ces prolongemens qui , plus tendus que l'aponévrose, doivent être coupés. Lorsqu'on dissèque la peau et l'aponévrose , on éi)rouve une certaine difficulté à les séparer , à cause du tissu cellulaire et des prolongemens fibreux qui naissent de l'aptuièvrose. Ces adhérences expliquent le froncement et les mouvemens de la peau.
Il résulte de l'examen anatomique de
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cette aponévrose que le pouce ne reçoit ordinairement aucune expansion, ou n'en reçoit qu'une faible, ainsi que l'indicateur. Quelquefois cependant celte exception n'a point lieu , et les prolongemens de l'aponévrose arrivent jusqu'aux phalanges de ces doigts.
M. Blandin a fait néanmoins une remarque judicieuse à ce sujet. « On comprend bien, anatomiquement parlant , ditil, que le retrait sur elles-mêmes des fibres de l'aponévrose palmaire produise la flexion des doigts, car les divisions inférieures de cette lame fibreuse son? continues avec le ligament antérieur des articulations métacarpe -phalangiennes , et par son intermédiaire avec la face antérieure de la première phalange digitale ; il n'est pas non plus difficile d'apercevoir la relation (|ui existe entre la rareté de la rétraction du pouce, et la faiblesse de la portion de l'aponévrose palmaire qui se porte vers ce doigt ; mais quelle est la raison de la rétraction si fréquente du doigtannulaire en particulier? Je ne sais, et Tanatomie véritablement ne fournit aucune donnée pour l'éclaircissement de cette question. » {Anat. topogr. , p. oo9.}
31. Goyrand, ayant repris postérieurement ce sujet en sous-œuvre , est arrivé à d'autres conclusions. Selon lui la cause matérielle de la rétraction ne réside pas précisément dans l'aponévrose , mais bien dans des brides fibreuses accidentelles formées au dessus de la toile aponévrotique et dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ces brides réunissent la peau à l'aponévrose.Cette dernière est parfaitement saine d'ailleurs ; laissons parler l'auteur.
« .le disséquai les mains, et je reconnus que leurs tendons, leurs gaines etraponévrose palmaire étaient à l'état normal ; que les doigts étaient bridés par dc^ faisceaux fibreux anormaux^ dont les uns arrondis, continus d'une part à l'aponévrose palmaire, s'inséraient par leur extrémité inlérieuro à la gaine des t(;ndons fléchisseurs et aux bords des phalanges; d'autres, disposés en croissant, allaient seulement d'un point à un autre de ces bords. La plupart de ces faisceaux se fixaient par leur cxfrcmité inférieure aux deuxièmes phalanges ou au point correspondant des gaines des Hechibseurs. On en voyait (pii, nés de l'a- TOME iri.
ponévrose , émettaient dans leur trajet des expansions qui se rendaient aux premières phalanges , et venaient ensuite s'insérer aux secondes. Le pouce droit était bridé par deux faisceaux , do.it l'un fort et aplati allait du bord externe de l'aponévrose à la partie supérieure de la gaine du tendon du grand fléchisseur de ce doigt, et l'autre mince et arrondi, né de ce dernier point, se continuait par son autre extrémité avec la languette de l'aponévrose palmaire qui s'insérait au côté externe de la base de la première phalange de l'iiidjx. Tous ces faisceaux, formes de fibres parallèles , étaient très résistans, inextensibles , et avaient la blancheur et TaspecL des ligamens. Je disséquai avec grand soin ces deux mains; j'enlevai toutes les parties charnues, et ne conservai que l'aponévrose palmaire , les tendons fléchisseurs dans leurs gaines et les faisceaux fibreux anormaux, et j'envoyai ces pièces pathologi(]ues avec un mémoire à l'Académie de médecine.» [Gaz. m., 1855, p. 181.) Dans d'autres dissections qu'il a eu [)lus tard l'occasion de faire ,3Î. Goyrand a confirmé le même fait^ savoir la présence des brides fibreuses sus-aponévrotiques, l'intégrité de l'aponévrose et le redressement facile des doigts après la section de ces seules brides.l'aponévrose restant intacte. Comme dans ces cas l'infirmité offrait absolument: les mêmes caractères extérieurs que Dupuytren avait signalés , M. Goyraiiiî a été porté à conclure que la cause matérielle de la rétraction était dans ces brides accidentelles et non dans l'aponévrose. II a même essayé de faire voir que Dupuytren s'était probablement fait illusion dans ses dissections, attribuant à raponévrose ce <|ui ne lui appartenait point. On a pris , dit-il, pour les languettes digitales de T.- ponévrose les brides sous-cutanées qui ne faisaient qu'adhérer à ra[)onévrose et qui se portaient aux doigts rétractés, et se prolongeaient le long des parties latérales et au milieu de la face palmaire de ces doigts, jusqu'aux dernières phalange.-^. Or , les vérilables languettes aponévrotiques ne vont pas jusqufj-là, elles s'arrêtent aux parties lalcralesde la base de la première phalange qu'elles fixent.
Les [)ièces anatouiicjucs envoyées par l'auteur à rAcadémie ayant été examinées
5û2 DOIGTS.
par M. Sanson , ont été trouvc-es conformes à la description de IM Goyrand; seu lemenl M. Sanson a considéré les brides en question comme des prolongemens naturels de Taponévrose vers le derme , prolongemens qui , dans Téiat normal , sont simplement formés de tissu cellulaire et qui se convertissent en faisceaux fibreux en cas de maladie. Ces cordes filïreuses, observées par M. Goyrand , ne seraient en conséquence qu'une exagération d'un étal naturel préexistant. C'est là au reste une explication qui [leut être vraie ou fausse, mais le fait signalé par IM. Goyrand n'en est pas moins réel et important. Reste à présent à savoir si celte condition est la plus fréquente, si les faits observés par Dupuylren pourraient se confondre avec ces derniers, et enfin s'il n'existe pas une rétraction dépendant (l'une affection des gaines tendineuses , ainsi que Boyer et sir A. Cooper le croyaient. C'est au temps et à l'observation ultérieure à décider cette question. Disons en attendant que, d'après les recherches auxquelles s'est livré à celte occasion M. Sanson , la rétraction dépendant du raccourcissement de l'aponévrose serait un fait exceptionnel, et il se serait assuré que les brides palmaires en sont la cause la plus commune.
(Goyrand , Jbid.)
M. Velpeau paraît d'ailleurs partager la même opinion. '« Il est à remarquer , ditil , que la bride anormale n'est pas constamment formée par l'aponévrose. Chez un malade que j'ai opéré en 1855 à la Pitié , c'était évidemment une transformation fibreuse de la couche sous-cutance , et je ne serais pas étonné qu'il en fût souvent ainsi. Je puis ajouter maintenant à cette remarque, que je faisais au commencement de l'année 1853 , remarque qui a été complètement justifiée par les recherches de M. Goyrand et par les miennes, que l'aponévrose palmaire |>roprement dite est absolument étrangère à l'allVction dont il s'agit. L'annulaire, le petit doigt et le médius sont les plus exposés à celte singulière maladie. Les ndnltes seiils paraissent y être sujets. » {Jnat. cliir. , t. ii, p. 4."S6, 2' éd.)
Cet auteur ajoute dans un autre ouvrage : " Les opinions de Dnpuytren , de M. Goyrand et de M. Sanson seraient, comme
la mienne , inexactes si on voulait en adopter une à l'exclusion des autres , et la substituer absohunent à la manière de voir des anciens. S'il est faux de croire, comme le dit encore ]M, ftlellet, que la rétraction des doigts tienne le plus souvent à une crispation des tendons fléchisseurs , il le serait aussi de soutenir que celte cause n'existe jamais; de même qu'en rejetant la doctrine de Dnpuytren comme trop exclusive, on aurait tort aussi de ne l'admettre pour aucun cas. Au demeurant, la rétraction des doigts résulte le plus souvent de la transformation fibreuse d'une ou de plusieurs des lamelles du fascia sous-cutané ou suptrfuialis.
Réellement due à une crispation de l'aponévrose palmaire dans certains cas, elle dépend quelquefois aussi d'une dégénérescence de la peau elle-même ou de quebjue cicatrice de cette membrane. Il est bon de dire en outre que la dégénérescence fibreuse sous-cutanée qui cause la rétr.iction des doigts , ne revêt pas toujours l'aspect de cordon ou de simple bride. Chez l'un des malades de Dupuytren on s'aperçut (fu'il y avait des rayons fibreux en travers, en môme temps que d'autres étaient dirigés obliquement ou dans l'axe même de la main.» {Mèd. opér., t. 1, p. 485, 2« éd.)
On peut se demander toujours, et même à présent, pourquoi cette prcdilection pour les doigts annulaire et médius? Pourquoi ces brides ne se forment-elles pas plus souvent sous le pouce, puisque cette partie est aussi très exposée à l'action comprimante des corps ?
Yoici au reste (|uels sont , d'après Dnpuytren, les caractères de l'infirmité. " Elle commence ordinairement par le doigt annulaire; elle s'étend de là aux doigts voisins et particulièrement au doigt auriculaire ; elle augmente par degrés insensibles. Les malades éprouvent d'abord un peu de raideur dans la paume de la main et deladiflicultéà étendre les doigts; bientôt ces doigts restent fléchis au quart, au tiers ou à la moitié; la flexion est quelquefois portée beaucoup plus loin , et l'extrémité libre des doigts vient alors s'appliquer à la paume de la main. Dès le principe , une corde se fait sentir sur la lace palmaire des doigts et de la main ;
DOIGTS
eette corde est plus tendue quand on fait effort pour redresser les doigts, et elle disparait presque entièrement quand ils sont tout-à-fait fléchis. Elle est de forme arrondie ; sa partie la plus saillante se trouve à la hauteur de rarliculation du doigt avec le métacarpe qui lui sert de soutien. Elle forme là une espèce de pont. Ses extrémités se terminent insensiblement du côté du doigt, à la hauteur de la seconde phalange , et du côté de la main , vers le milieu de la paume , et quelquefois seulement vers sa partie supérieure. La peau située dans la direction du doigt forme des plicatures en arc de cercle , dont la concavité est placée en bas , dont la convexité est en haut, et dont le premier emboîte en quelque sorte la base du doigt, et est lui-même emboîté dans les arcs de cercle plus élevés ; ceux-ci diminuent insensiblement, et atteignent ordinairement le milieu de la paume de la main. Ces symptômes se bornent pendant quelque temps au doigt primitivement affecté , mais plus tard ils s'étendent aux doigts voisins, dans lesquels cependant ils sont toujours beaucoup moins prononcés.
Malgré toutes ces apparences d'une lésion profonde , les articulations des doigts affectés ne présentent aucune trace d'ankylose , et sans excepter celle de la première phalange , elles sont très mobiles dans le sens de la flexion ; mais elles ne sauraient être étendues au-delà d'un certain point , quels que soient les efiôrts que Ton fasse ; et en effet nous avons vu plus d'une fois que des poids de 100 et même de 150 livres pouvai* nt être appendus à Tespèce de crochet que forme le doigt , sans que pour cela son angle de flexion fût ouvert d'une ligne. Il semble que le doigt soit empêché de se redresser par un arc-boutant inflexible , placé dans le sens de Textensionll n'y a pourtant d'autre obstach'à ce mouvement que la corde située sur la face palmaire df'sdoigtsptde la main, corde dont la saillie et la len->iotJ sont en général [)r()portionnées aux efforts tentés pour rcîdresser le doigt. \/<i maladie commence, se développe et allcint. son plus haut degré sans que h's malades éprouvent aucun*; douleur, Le<> efforts mêmes dont nous venons de f)arler n'en causent presque aucune; il semble que la maladie dépende d'un ob-
stacle tout-à-fait mécanique, et que cet obstacle soit formé par des parties qui ne jouissent presque d'aucune des propriétés qui rendent les autres parties sensibles à l'action des violences extérieures ; mais à quoi donc attribuer les incommodités de ce mal ? L^annulaire ne peut plus être étendu, les doigts voisins ne sauraient l'être complètement. Le malade ne peut saisir que des corps peu volumineux ; s'il veut serrer fortement les objets , il éprouve une vive douleur; l'action de saisir est gênée , détermine une sensation pénible. Reste-t-ii en repos, la douleur cesse, et elle ne se fait de nouveau sentir que lorsqu'il étend trop vivement les doigts. »
On est plus généralement d'accord sur les causes de la maladie. C'est à une pression continuelle de la paume de la main qu'on l'attribue , pression qui détermine à la longue l'hypertrophie des filamens celluleux du derme en forme de cordons fibreux qui luttent continuellement contre l'action des muscles extenseurs , et qui finissent par l'emporter et tirer les doigts dans leur sens , en vertu de la force concentrique qui domine ce tissu comme le tissu inodulaire. Aussi est-ce sur les hommes de peine , sur ceux qui exercent certaines professions manuelles rudes , quL manient le marteau, la rame, la charrue, qu'on la rencontre ordinairement. Des malades opérés par Dupuytren , l'un était cocher, faisant par conséquent jouer continuellement son fouet ; l'autre, marchand de vin , occupé continuellement à percer des barriques; un troisième, commis chargé de cacheter des dépêches à la cire avec un cachet à manche fort et arrondi ; d'autres étaient des maçons , des cultivateurs, etc.
Les recherches de M. Goyrand et de M. Sanson s'accordent avec celles-ci. Le premier admet en outre une sorte de prédisposition qui consiste dans le dévelop- [leijjenl naturel d(;s filamens eelluleux qui doivent former des brides. II ajoute avec raison que toutes les phlogoses sourdes de ce tissu peuvent contribuer au mêirie effet. '( Parmi les causes delerminantes , nous rangeons, dit i\L (ioyrand, lesaff«;ctions arl!iriti(jues des doigts , les entorses de leurs articiilations , les blessures , les iullammutions de la main et de Pavant-
ai.