‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 92 sur 117 · ÉCLAMPSIE · texte numérisé non relu

ÉCLAMPSIE

lespiralion stertoi'ou«e, los membres dans une résolution complite. Tins tard, lorsque l'accès doit se terminer, le coma est remplacé par une somnolence profonde dont on peut tirer la malade en lui i)arlant, en la tourmentant un peu. Plus tard, les facultés sensoriales reprennent complètement leur cours et la femme n'éprouve plus qu'une l;i>silude générale.

Terminaison. L'éclampsie peut se terminer par la mort, par une autre maladie, ou par la guérison. Lorsque la maladie doit se terminer d'une manière fâcheuse, les accès durent avec une intensité plus grande, et dans les intervalles qui les séparent, la fenmie est plongée dans un coma que rien ne peut iulerron)pre. La mort arrive alors de douze à quarante heures après les premiers accidens.

Quant aux lésions qui peuvent être la consé«pience de cette maladie il faut mentionner la rupuire de l'ulérus, les congestions et les hémorrhagies cérél)rales, telle est au moins ropinion de M. P. "Ménière; la péritonite , selon lAP"'' Laclia()elle. M. Telpeau [Thèse, 1854) a vu un érysipèle intense succéder au:^si à remploi des sinapismes dont l'application n'avait pu améliorer l'état de la malade.

Analomic palholo^^igue. Les auteurs ne signalent aucune altération anatomique qui paraisse être propre à l'édampsie.

Pronostic. « L'éelampsic est ime alfec-

tion grave, la moitié des femmes qui en

sont attaquées succombeiit.... Le pr.uios-

tic est encore plus grave pour le fœtus ;

celui-ci succombe presque toujours aux

convulsions qui surviennent pendant la

grossesse ou dès le début du travail ; à

une époque ]ilus avancée du travail , le

même elîet pe>it être produit, mais en

outre il est évident que la version ou l'ap-

]ilicai ion du forceps, si souvent nécessaire,

compromet toujours plus ou moins leur

existence. Sur 31 enfans cités par IVlerri-

man , 54 succombèrent et i7 seulement

naquirent vivans L'enfant ne d'une

mère éclampsique n'est pas encore à l'abri de tout danger, souvent il meurt peu de jours après sa naissance, à la suite de convulsions dont il semble avoir puisé le germe dans le sein maternel... La di'[)U'lion (le l'utérus eiant une des conditions les plus avanlageuâciî des accès, il est évi-

dent que , toutes choses égales d'ailleurs , l'éclampsie qui survient au début du travail est beaucoup plus grave que celle qui ne se manifeste qu'à une époque où la dilatation des parties rend possible et facile la terminaison spontanée ou arliricielle du travail. Celle qui se manifeste à une époque peu avancée de la grossesse est plus grave, d'abord parce que la ftmme , en cas de guérison, est exposée à de nouveaux accès pendant le reste de la gestation, mais aussi parce que l'oblitération complète, la dureté du col , rendront impossible la déplélion de l'utérus, ^ious ce rapport, les primipares sont beaucoup plus exposées que les femmes qui ont déjà eu des enfans. Enfin, celle qui survient après la délivrance est la moins fâcheuse. » (Cazeaux, loc. cit., p. 6lo.)

Traitement. « Les indications ressortent aussi évidemment de la connaissance acquise de la nature de la maladie, et les résultats de l'expérience qui, ici, comme dans beaucoup de cas, ont précédé le raisoiutemenl, sont parfaitement d'accord avec lui. Il faut , l*^» faire cesser la pléthore sanguine générale ou locale ; 2" établir une forte révulsion sur les points éloignés; 5" si cela ne suffit pas, enlever robslacle mécanique (jui s'oppose au bbre cours du sang. La preuiièie indication se remplit au moyen des saignées (pii doivent être proportionnées aux forces du sujet et à l'intensité des accidens. La saignée du bras est celle à la(|uelle on a le plus souvent recours. Après avoir désempli les vaisseaux, si la saignée générale ne suffit pas, les saignées locales sont éminemment utiles, soit (pfon les fasse au moyen de sangsues apj)liquées autour du cou, ou sur les apophyses mastoïdcs, soit que l'on ouvre la veine jugulaire externe , mais l'agitation extrême rend cette saignée très dilKn^ile à exécuter, et le bandage qu'elle exige pendant son exécution ou après a de grands inconvénien-i. Pour i euq)lir la seconde indication on couvre les jambes et les pieds de cataplasmes sinapisés ; des vésicatoires appli- (piés aux jambes et aux cuisses sont aussi fort utiles. On a encore em|)loyé une vive stimulation sur le canal intestinal, au moyen de lavemens purgatifs auxquels on a aussi attribue l'avantage d exciier les contractions ulériiiesi les ]>ains tiède* sont encore

ecthyma:

employés comme révulsifs , et leur utilité est surtout marquée si Ton a soin de couvrir la tête avec de la glace , pendant que le corps est plongé dans le bain. Enfin, si ces moyens ne suffisent pas pour faire cesser l'éclampsie, ou pour la diminuer au point que Ton puisse attendre de la nature la terminaison de Taccouchement, ou si on juge d'avance qu'ils seraient d'une action trop lente ou trop puissante , il faut rompre les membranes. La diminution de volume qui suit Técoulement du liquide amniotique, calme quelquefois ou modère les accidens , de sorte qu'on peut attendre Texpulsion naturelle du fœtus.

)>Plus souvent, l'avantage qui résulte de la sortie de l'eau est peu marqué , ou déjà les membranes étaient rompues quand les accidens se sont déclarés ; on doit alors procéderai accouchement. {^\ Dystocie.)

» Quand l'éclampsie survient après l'accouchement, par suite de la rétention du plac«^nta ou d'un caillot, la première chose à faire est d'extraire ce corps. » (Désormeaux, loc. cit.^ p. 294 [F. Délivrance, Versio.v , Gastro-hystérotomie]. )

ÉCORCE DE WI N TER. Cette écorce, ainsi nommée en l'honneur de Jean Winter, capitaine de vaisseau, qui, le premier, la fit connaître en Angleterre, en 1579, est fournie par \cdrijmis Winteri de Forster, arbre élevé de la famille naturelle des magnoliacées et de la polyandrie polysjynie de Linné, qui croit sur la côte ouest de l'Amérique du sud, et même du Brésil , et se trouve depuis le détroit de Magellan jusqu'au Chili.

« L'écorce de Wmter, dit M. Guibourt {Hist. ûOrdgée des drogues, 3^ édit., t. ir , p. 112), est en morceaux roulés, qui ont ordinairement 55 centimètres (1 |)ied) de lon^, et dont le diamètre varie de 20 millim. à 0 cenlim. (5 quarts de pouces à 2 pouces), et lépaisscur de 4 à G millim. (2 à Z lign.); elle est ordinairement raclée à l'extérieur; assez li'ise et grise, ou d'un gris rougeûtre sale; l'intérieur du tube est de la même couleur, et d'autres fois noirâtre; les plus gros morceaux sont intacts à l'extérieur, et médiocrement rugueux. Celle écorce a uni; cassure compacte, grise vers sa circonférence, rou'/e à l'intérieur, olfr-irit ordinairement une ligne de démarcation très sensible. Elle a une odeur de basilic et de poivre mêlés, qui dolent tcliemenl forte p.ir la puUYîrisation, (ju on ne peut plus la comiiarer qu'a celle de ressent»' de téréheniliine. Sa saveur est ârre et huilante ; sa jiouiJre a la couleur de, la pouflre de f|uin(pjina.

» Uû Ucruicr caraclcrc de celle écorce cit

de présenter, çà et là, à sa surface, des taches rouges elliptiques qui sont des vestiges de tubercules étoiles, s'élevant, dans l'état naturel, au dessus de l'épiderme. »

Comme elle est rare dans le commerce, les droguistes lui substituent souvent la cannelle blanche. (V. ce mot.)

Analysée par Henry {Journ. de pharm., t. V, p. 489} , elle a donné à ce chimiste de la résine, de l'huile volatile, du tannin, une matière colorante, du chlorure de potassium, du sulfate et de l'acétate de potasse, de l'oxalatc de chaux , et de l'oxyde de fer.

« L'écorce de Winter , dit M. A. Richard {Dict. de méd., t. vir , p. 299), est rangée parmi les médicamens stimulans. Son mode d'action est entièrement semblable à celui de la cannelle blanche; son emploi peut donc être utile dans les cas où il faut augmenter l'ex^i citubilitéde nos organes. »

J. Winter l'employa pour combattre le scorbut qui désolait son équipage, il s'en servait comme de condiment. Depuis cette époque, on l'a donnée comme alexipharmaque, anti-scorbutique, sudorifîque, stomachique, etc. (Mérat et Delens, Dict. univ. de mit. méd., t. n, p. 687.) Dans le détroit de Magellan, on s'en sert pour combattre une maladie de la peau , causée par la chair du phoque. (Ferrein , Mat. Méd. , t. ni, p. 279.)

On l'administre sous les formes de poudre ou d'infusion, la première à la dose de 3 décigrammes ( 6 grains) à 4 grammes (1 gros), la seconde, à la dose de 2 à 8 grammes (l|2 gros à 2 gros), pour un litre (2 livres) d'eau.

On peut encore préparer un vin médicinal et une teinture alcoolique; mais ces deux préparations ne se rencontrent pas dans nos ollicines.

Enûn , nous terminerons en disant qu'elle entre dans la composition du vin diurétique amer de la Charité,

ECTHYiVlA, s. m. (r/.Ôuota, qui fait saillie , pustule , de sy-Qoi/.M'^ , je fais saillie). On désigne ainsi, d'après Willan et Bateman ( yibr. prat. des maladies de la peau, p. 250, trad. franc.), une affection phlegmasique non contagieuse de la peau, caractérisée par une éruption de pustules phlyzaciées (^. Peau), discrètes, donnant lieu à une croûte brunâtre qui, en toini)ant , laisse à sa place une taclie rouge et même quelquefois une cicatricule.

Celt(! maladie était nommée autrefois par Alibert i)soriasie cruslacéc {psoriasis cruslacca) , et placée à côté de la gale; depuis , il l'a rangée sous In nom dcplilyzacia, dans le grou[)e des dermatoses eczémateuses. [K Peau.) Le \m)\ phhjzacia servant à caractériser la variété de pustules dont le développement constitue Tec-

ECTHYMA.

thyma , nous emploierons indifféremment ces deux expressions pour éviter h\ monotonie (lu'entraine remploi répété du même terme.

Causes, ylge. La maladie qui nous occupe se montre souvent , dit bateman [op. cit.^ p. 252), chez les enfans faibles, à l'époque de Vallailement, lorsque la nourrice ne leur donne pas assez de nourriture. Billard {Malad. dcsenf.^\). 145, Paris, 1828) a constaté la justesse de cette observation , et y a ajouté quelques remarques qui trouveront leur place un peu plus bas. Du reste , tous les âges sont à peu près également exposés.

Sexe. Les hommes en sont- ils plus fréquemment atteints que les femmes? Toutes choses égales d'ailleurs, je ne crois pas qu'il y ait de différence marquée à cet égard; mais ce que nous dirons des professions fera voir que si un plus grand nombre d'hommes sont attaqués , cela tient à des circonstances particulières. Du reste, les femmes , disent M. Cazenave et Schedel {yibr. j)rat. des mal. de la peau., p. 197, Paris, 1855), en sont quelquefois atteintes pendant la grossesse.

Constiludon et mavière de vivre. Les sujets à peau brune et sèche sont-ils plus exposés au phlyzacia que les individus hlonds , à peau blanche et fine ? ]1 est impossible , quoi qu'on en ait dit , de résoudre cette question. Mais ce qui est incontestable , c'est que celle maladie « se manifeste ordinairement chez les pauvres , les prisonniers , chez les personnes qui font abus des liqueurs spiritueuses, qui se nourrissent d'alimens gâtés ; on l'a surtout rcmarfjuee dans les temps de famine. On la rencontre chez certains individus qui exercent des travaux pénibles, qui touchent habituellement des substances irritantes , qui travaillent aux mines, chez les épiciers, les fariniers, les perruquiers, les maçons, les tailleurs de pierre, etc. »> (Alibert, Monogr. des dermat. , t. i , p. 41'».) Nous noterons aussi l'action des ha- Ijilations froides et humides. INIais la cau.se sur laquelle tous les auteurs insistent en lui accordant une grande influence , c'est l'extrême mal[)roprelé dans laquelle vivent ou plutôt croupissent certains individus , les chiffonniers , par exemple.

Climats et saisons. Ici, le desaccord j Dict. en 13 vol., t. xr, art. Ecthyma),

reparaît. Suivant les uns , c'est pendant le printemps et l'été; suivant d'autres, c'est pendant l'automne et l'hiver que Ton voit le plus souvent l'ecthyma; M. (iil)ert {Traité prat. des mal. de la peau., p. 187, 2' édit.) dit qu'on le rencontre surtout dans les saisons chaudes et variables.

L'ecthyma résulte souvent d'applications irritantes à la peau. Il est même une substance dont l'action produit constamment les pustules phlyzaciées qui le caractérisent : c'est le tartre stibié. On l'observe comme complication dans plusieurs alFeclions cutanées invétérées , certains lichens, le prurigo ; mais la maladie qu'il accompagne le plus souvent, et qui même, lorstiu'clle est intense et dure depuis longtemps , se montre rarement sans pustules phlyzaciées, c'est sans contredit la gale. (/^^ ce mot. ) Certains exanthèmes fébriles, la scarlatine, la rougeole, et principalement la variole, laissent assez souvent à leur suite des éru[)tions d'cclhyma. Enfui, nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'étiologie sans noter que cette affection est parfois liée à un état cachecticpie général ou à une lésion viscérale , telle qu'une irritation gastro-intestinale, un étal saburral des premières voies , une disposition morbide des poumons, etc. (Gibert, /oco cit.) Cette action des troubles intérieurs sur la production du mal qui nous occupe est surtout remarquable chez les très jeunes sujets. *' En général, dit billard {ouv. cit.., p. 145) , l'ecthyma e^t lie avec une affection chronique de l'appareil digestif ou respiratoire , et se développe souvent dans l'état de marasme etd'alïaiblissement où ces maladies ont réduit les enfans. »

Siège. L'ecthyma se montre ordinairement aux cuisses , aux bras , aiix avantbras, souvent même dans les interstices des doigts et sur le dos de la main, plus rarement à la face et sur les épaules. L'éruption se fait de différentes manières , tantôt il n'y en a qu'une seule, c'est l'ecthyma aigu ; tantôt il y en a plusieurs (]ui se succèdent plus ou moins rapidement, envahissent des surfaces plus ou moins étendues de l'enveloppe tégumentairc : c'est l'ecthyma chroni(pje. Nous suivrons cette division admise par Alibert {ouv. cit.)., et M. Rayer {Traité des mal. de la peau, et

EGTHYMA.

Indiquons d'abord le point de départ de la pustule. Suivant M. Biett , elle a son siège dans les follicules sébacés de la peau. « En effet, dit-il {Dict. de méd. en 2o vol., art. EcTHYMA, t. XI, p. 168), en suivant à la loupe le développement de la phlegmasie , on voit d'abord un point rouge saillant qui ne paraît être autre cliose que le follicule enflammé. Bientôt le gonflement augmente, la rougeur s'étend en forme d'auréole , et, autour d'un point noir central, on voit se former une petite collection prenant dans ses progrès la forme ronde de la pustule phlyzaciée; elle suit d'ailleurs, dans son développement et dans son déclin , une marche qui se rapproche des formes varioloïdes se succédant les unes aux autres et marchant toutes isolément, toutes par une agglomération de cinq à six pustules à la fois. »

Symptômes. 1° Ecthyma aigu. Il est généralement précédé de malaise et de lassitude , de céphalalgie , d'anorexie , de soif, de constipation ou de diarrhée, etc. Au bout de quelques jours apparaissent les pustules qui sont ordinairement assez distantes les unes des autres : M. Rayer a parfaitement décrit leur marche, qu'il divise en cinq temps. En examinant leur mode de progression, on reconnaît, ditil, « 1° que, dans leur preujier état (£■/«vures rouges) il y a seulement injection sanguine avec tuméfaction pisiforme du derme ; 2« (|ue , dans un second , il se dépose à leur sommet et plus rarement sur toute leur surface et sous l'épiderme une certaine quantité de sérosité purulente ; o" que, dans un troisième et peu de temps après, une matière comme pseudo-membraneuse est déposée au centre de l'éleviue évidemment perforée; 4'^ (praprés rexlraclion de cette matière et l'enlèvement de l'épiderme, la pustule apparaît sous la forme d'un petit godet entouré d'un bourrelet dur et volumineux ; o« enfin , que les jours suivans le bourrelet s'affaisse , en même temps qu'une cicilricule se forme au-dessous d'une croûte dont le centre cai enclidaé dans le point où l'on avait observe; la |)erforalion. » [Art. cit.., p. 333.) iJans certains cas, deux pustulos se réunissent, se fondent en quelque sorte l'une dans l'autre , et il (;n resuite un bouton uregulicr qui , du reste , suit la ujeme

marche que les boutons isolés. Il faut environ huit à dix jours pour que la croûte soit formée , et celle-ci se détache au bout d'un temps variable, mais qui n'excède pas un septénaire ; quelquefois en huit ou neuf jours tout est lini. Ces croûtes, qui résultent de la dessiccation de la matière purulente , sont brunâtres , rugueuses , épaisses et fortement adhérentes. A leur chute succède une macule rouge ou violacée qui ne tarde pas à disparaître , ou bien , lorsque le derme a été entamé, une petite cicatrice blanche et fine qui persiste. Cette éruption est ordinairement accompagnée d'une chaleur avec prurit et même démangeaison très vive qui porte le malade à se gratter; il arrache les croûtes , et celles-ci se reproduisant autant de fois qu'elles sont enlevées, il en résulte que la durée de la maladie est augmentée.

2» Ecthyma chronique. Alibert en a donné la description suivante : « Cette phlyzaciée se manifeste , comme la précédente, par une éruption des pustules vésiculaires un peu aplaties , environnées d'une auréole qui est néanmoins d'un rouge plus foncé que dans le phlyzacia aigu. Ces vésicules se desséchent alternativement d'après leur degré d'ancienneté, et se convertissent en croûtes grisâtres : j'ai dit que ces pustules étaient vésiculeuses ; parfois, elles ont l'aspect de la fausse vaccine : elles sont de la grosseur d'un pois, et contiennent une sérosité opaque ou une certaine quantité de pus mal élaboré et filamenteux. Les pustules du phlyzacia chronique ont une marche lente, et, en se desséchant, elles laissent sur la peau une empreinte durable , mais qui n'est pas suivie de cicatrice. » {Ouv. cit., p. 109.) Dans cette forme, les éruptions successives peuvent envahir une grande étendue des tegumens, et donner à la maladie une durée variable de (juelciues mois à un an et plus. Dans certaines circonstances, chacune de ces éruptions est accom[)agnée à son début de phénomènes généraux analogues à ceux (|ui caractérisent l'invasion du jibly/acia aigu, ici, les démangeaisons sont aussi vives, mais la tension |)hlegmasi(|ue de la peau est moins marepiee (juc dans le cas précèdent.

f^ariùtc'S. Baieman a établi , d'après

ECTHYI\ÏA.

WiUan, quatre variétés principales qui ont été adoptées par la plupart des auteurs français, {.ibr.prat. des mal. de la peau, p. 251 et suiv.)

i° Ecthyma vulgare , qui est la forme aiguë décrite plus haut , et dans laquelle l^ateman nous parait confondre Vacne disseminata. {V. ce mot.)

Les suivans appartiennent à la forme chronique.

2° Ecthyma infantile, qui se montre chez les enfans à la mamelle placés dans les conditions énoncées à propos des causes. Les pustules de cette variété de l'ecthyma sont en apparence les mêmes que celles de respèce précédente, et elles parcourent à peu près les mêmes périodes , mais elles s'en distinguent par la chronicité, et par celte dilîérence dans Tintensité des symptômes que nous signalions tout à rheure. {Ouv. cit., p. 252.)

5° Ecthyma hiridum , ecthyma livide.

« La couleur rouge de la hase des pustules phlyzaciées , la rudesse et la proéminence de cette hase, constituent une des particularités les plus remarcjuahles de cette maladie. Les pustules, dans cette éruption, sont plus larges que dans les deux espèces précédentes.... Llles se rompent dans huit ou dix jours et donnent issue à une matière caillée, sanieuse ou sanguinolente ; les cavités ulcérées qui s'étendent au-delà de leurs hornes primitives sont hientôt remplies d'écaillés dures et noires. Une dureté qui se fait sentir dans les muscles jusqu'à une certaine profondeur se manifeste aux environs de ces ulcérations, et un état innnmmatoire , caractérisé par une couleur livide, se remarque sur les hords jusqu'au moment où les écailles vont se détacher. Cette chute des écailles dure ordinairiment plusieurs semaines. Les écailles sont en général situées profondément; mais si on les arrache par force, elles ne se reproduisent pas sur-le-champ, et des ulcères incommodes dont les hords sont calleux, et qui dorment issue à un écoulement sanieux, sont souvent produits par celte imprudence. » (Hateman , ouv. cit., p. 235.) Cet ecthyma attaque les personnes avancées en âge; il est souvent lie à un état général grave , se montre à la suite de la petite-vérole, de la scarlatine, etc. 4<i Ecthyma cachecticum. « Un pa-

roxysme féhrile assez violent se manifeste ordinairement au commencement de cette maladie ; des pustules nomhreuses et répandues çà et là se développent dans deux ou trois jours ; quelquefois elles affectent, au commencement de l'éruption, la poitrine ; plus communément elles paraissent dans le principe , sur les extrémités ; leur hase est dure , enflammée , elle se multiplie chaque jour , etc. » (Bateman , ouv. cit., p. 253.) La description donnée par Bateman ressemhle tout-àfait à celle de l'espèce précédente avec laquelle elle parait se confondre ; cela est d'autant plus évident que, suivant l'auteur anglais, celte forme est liée aussi à un état cachectique général. Tous les auteurs ont aussi constaté son affinité avec le riipia, [F. ce mot.)

Diagnostic. « Les pustules d'ecthyma sont en général faciles à reconnaître par leur volume , l'inflammation de leur base et leur mode de développement. Ces caractères suffisent pour empêcher de les confondre avec les pustules de Tacnc , de Timpétigo , de la mentagre , du porrigo. Cependant lorsque les pustules de mentagre ou d'acné olTrent , comme cela se voit assez souvent , une hase dure et rouge, elles pourraient en imposer pour les pustules phlyzaciées de l'ecthyma , si l'état d'induration plutôt que d'inflammation de la hase chez les premières , et les caractères propres que l'on retrouve facilement dans le plus grand nomhre , n'étaient sullisans pour empêcher l'erreur.

» Le rupia ollVe beaucoup de ressemblance avec l'ecthyma , et ces deux maladies paraissent quelquefois comme deux degrés d'une seule et même lésion ; on les voit souvent ensemble , et s'il existe des caractères assez |)osilifs pour empêcher de confondre l'ecthyma simple avec le rupia, il n'en existe pas pour distinguer de celle maladie ces larges inflammations circonscrites de la peau [ecthyma luridum)^ où l'épiderme soulevé par un sang noirâtre se trouve remplacé par une croûte très épaisse qui recouvre une surface plus ou moins profondément ulcérée. Quoi qu'il en soit , un soulèvement de l'épiderme , formé par une sérosité purulente , et qui constitue une véritable bulle , des croûtes saillantes semblables à une écaille d'huître

ECTROPION.

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ou à une coque de patelle , et enfin des ulcérations souvent profondes , diffèrent assez les pustules phlyzaciées à base dure et enflammée , des croûtes informes et des excoriations superficielles et d'ailleurs assez rares de Tecthyma, pour faire dans tous les cas distinguer le rupia de l'ecthyma simplex. » (Cazenave et Schedel, ouv. cit., p. 201 et suiv.)

]\ous avons dit que souvent la gale était compliquée de phlyzacia ; on reconnaît la première à ses vésicules et aux sillons qui logent l'acarus {K Gale) , tandis que le second est éminemment pustuleux.

On ne saurait confondre la variole avec Tecthyma , mais il n'en est pas de même de certaines éruptions syphilitiques {^.

Syphilides) désignées par Alibert sous le nom de syphilides pustulantes. Il faut ici bien tenir compte du siège , de la disposition , de la couleur cuivrée des pustules vénériennes , des autres phénomè nés concomilans et surtout des commémorafifs.

Pronostic. « Le pronostic de Tecthyma ne peut devenir grave, dit M. Gil3ert {ouv. cit.^ p. 191) , que dans les cas de complications ; lorsque la constitution générale est fortement altérée , que la maladie est rebelle , se prolonge , se rpprodiiil avec opiniâtreté , qu'elle est étendue , reconnaît pour cause un vice humoral ; dans ces cas on éprouve en effet des diflicultés à combattre la maladie cutanée ou plutôt le vice interne qui l'entretient. »

Traitement. 1° Eclhyma aigu. Si l'éruption est très considérable , que les boutons soient très rapprochés et vivement enflammés , le sujet vigoureux , pléthorique, que l'appareil fébrile soit développé, on commencera par une saignée générale : dans le cas de phlegmasie intense du tégument,on pourra, comme le conseille Alibert , recourir à une application de sangsues sur les limites de la région malade. On calmera en même temps l'irritation par des bains généraux ou [)arti('ls d'eau de son , de guimauve ou mieux encore de gélatine : on couvrira les pustules de cataplasmes de fceuh; (h. pomme de terre , ou bien on fera des onctions avec de la crème de lait , de la pommade de concombre , etc. On pourra en même tem|)s don ner des tisanes délayantes , et le malade

sera soumis à un régime diététique rafraîchissant.

2° Ecthyma chronique. Ici , à moinj d'une réaction assez vive qui commanderait les anli-phlogistiques ^ ici, disonsnous , il faut un traitement plutôt tonique et fortifiant que débilitant; les ulcérations de mauvaise nature qui succèdent aux pustules livides seront traitées par les lotions de vin miellé , de quinquina , d'eau de Saturne , d'eau chlorurée ou sulfureuse , etc. On pourra panser avec le cérat térébenthine ou le styrax ; si les solutions de continuité offraient un aspect décoloré , s'il y avait des fongosités , si la cicatrisation se faisait attendre, on se servirait avec succès de cautérisations à l'aide du nitrate d'argent. Les bains généraux sulfureux ou alcalins , les bains de mer seront ici très utiles. A l'intérieur on employera un régime fortifiant , les ferrugineux, les toniques, le vin de quinquina; oa [)ourra faire vomir avec l'ipécacuanha, ou purger avec l'eau de Sedlitz ou le calomel.

Dans l'ectliyma des enfans on remédiera à la nourriture en changeant la nourrice , et, du reste ; comme pour l'ecthyma luridum et l'ecthyma cachecticum, le traitement appliciible est précisément celui que nous venons d'exposer.

L'hygiène a tine grande part dans le traitement du phlyzacia ; ainsi le malade sera placé dans une localité sèche , bien aérée, soumise à l'insolation ; on modifiera sa nourriture, suivant que l'aiTection dont il est atteint est aiguë ou chronique ; il observera les soins de propreté les plus minutieux ; en un mot il sera placé dans les conditions opposées à celles qui produisent la maladie. Quant aux affection'^ générales graves sous rinfluence desquelles naît souvent le phlyzacia, elles seront combattues par les moyens appropriés.

ECTllOI*IOi\ ( du grec r/xponr.), je renverse) , nom d'une maladie des pau- |)ières (jui consiste dans l'extrovcrsitui, ou renversement en dehors de l'un ou l'autre de ces voiles membraneux, l^orsquelerenver.-^ement existe aux deux paupières d'un même côté on le riommc Ififjophlhaline ou œil de lièvre. Ouchpies persoiuies appliquent ce derni(;r nom au renversement de la seuli paupière supérieure. JLi'eclro-»

ECTROPION.

pion iiiféiieur est beaucoup pins fréquent (|iie le supérieur. Assez souvent il se rencontre aux deux paupières inférieures.

Considéré sous le point de vue de son clendue l'eclropion i)résente plusieurs degrés. Jl peut être angulaire, c'est-à-dire comprendre seulement le quart du ])ord larsien vers l'angle interne ou externe; ou bien total. Ce dernier olFre des nuances en rapport avec le degré du renversement. A son maximum le renversement est tel que le bord ciliaire de la [)aupiére vient s'adapter sur le bord de l'orbite sous forme de croissant : toute la conjonctive palpébrale est alors à découvert.

L'eclropiun angulaire a reçu le nom d'éraillement. ISous le rapport de ses conditions organiques l'eclropion présente des différences essentielles. On peut en admettre trois espèces , savoir : 1« par raccourcissement de la peau (cicatrices , brides); 'i» par exubtrance de la conjonctive (gontlement chronique , granulations, tumeurs d'autre espèce); 5*^ enfin par division de l'angle interne ou externe de la paupière. A celte dislincliou se rattachent l'etiologie entière et les données du traitement. Laissons parler M. Uiberi.

« L'eclropion résulte lanlôt d'une tuméfaction clnoni(pie de la conjonrtive p.'.lprhrale et des glandes de Aléibomitis , tauLôt de cicatrices des léguinens des paupières ou des parties adjacentes , par suite de brûhire , d'abcès varioliipjc , de charbon, d'eschares, d'abcès scrofuleux avec carie ou nécrose , de blessures, d'excision de tumeurs cancéreuses , enkystées ou d'autre nature , avec perte de substance , etc.; tantôt enfin de solution de conliiHjilé du tarse , du tendon de Torbieulaire , d'une exophthalmie , de sta[>hylome , de gonllcmeut de la caroncule lacrymale , de tumeurs des paupières ou de la cavité orbiîaire , de disjonction des paupières du grand angle de Tteil , de paralysie du muscle orbiculaire. il est aussi des cclropions congénitaux.

«r 1° Les causes du boursouflement de la conjonctive, le(|uel donne lieu au renversement, sont les inflammations lenles dépendant le plus souvent de causes internes ou varioliques , scrofnleuses , dartreuses , etc. C^hez les personnes malsaines, à libres Masques, laconjonclivc et les glandes

de Méibomius se tuméfient aisément peu à peu ; ces glandes deviennent spongieuses et par leur présence écartent d'abord le bord tarsien du globe de l'œil , puis elles le renversent. Dans cet état de choses la portion exubérante de la conjonctive s'élève en foi niant \ui repli semi- lunaire si le mal est borné à une seule paupière ; ce repli est prescpie circulaire si le renversement existe aux deux paupières d'un même côté. D'abord rouge et mou , ce repli acquiert avec le temps une couleur rougepàle , de\ient dur, quelquefois coriace et presque calleux. La paupière inférieure en est plus souvent affectée (pie la supérieure, soit parce que celle-ci étant plus longue se renverse plus didicilement , soit parce que les larmes acres et l'humeur sébacée , sécrétées sousTinfluence de la lente phlogose , tombent et s'accumulent ordinairement sur la conjonctive de la paupière inférieure et concourent à son altération.

Cette variété d'ectropion peut être (jnel- (juefois la conséquence immédiate d'une phlogosc aiguë de la conjonctive et des glandes de Méibomius.

» 2* L'ectropion produit par une cicatrice de la peau de la paupière ou des |)arties adjacentes se forme de la manière suivante. La peau étant raccourcie par les cicatrices tire nécessairement le bord libre de la pau()ière , l'éloigue de l'œil, et enfin le renverse. Aussitôt ce renversement commencé, la conjonctive se trouve exposée à l'action irriianie de l air et des corps extérieurs, s'enflamme, se tuméfie, devient charnue et prend une grande i)art au renversement (pi'elle accomplit, et si la cicatrice est étendue et profonde , le bord libre de la paupière est tellement expulsé (pi'il vient à toucher le bord orbiîaire inférieur.

» 11 y a cette dillérence essentielle entre les deux espèces précédentes d'ectropion : Dans la première , la peau de la paupière et des parties adjacentes n'est pas déformée |)ar des cicatrices : on peut d'ordinaire reconnaître (pie le vice de la conjonctive a précède le renversement, et, en comprimant la paupière avec le doigt , il est facile de voir (jue, sans la tuméfaction de la conjonctive , la paupière couvrirait fort bien le globe oculaire. Dans la seconde au contraire , la peau de la [taupière n'est

ECTROPION.

pas saine , elle est coiiyerte de cicatrices évidentes et son renversement tient à la présence de ces cicatrices II est facile de comprendre qu'ici le vice de la peau a précédé le gontlement de la conjonctive , puisqu'en relevant la paupière avec le doigt elle ne cède pas suflisamment pour couvrir l'œil convenablement ou même elle ne cède pas du tout.

)j 50 II arrive quelquefois, durant le cours d'une ophthalmie grave , spécialement scrofuleuse ou gonorrhéique chez les enfans , qu'une des paupières , le plus souvent la supérieure, se renverse tout d'un coup , et si elle n'est pas de suite réduite, le muscle orbiculaire se contracte fortement , et la conjonciive reste étranglée , se gonfle, devient douloureuse , et tombe comme un fongus au-devant de l'œil. Les causes de ce renversement rapide sont tantôt un blépharospasme violent durant l'oplilhalmie , tantôt les cris de l'enfant ; tantôt enfin le renversement est opéré par la main de la sage -femme , de la nourrice ou même du médecin qui veut imprudemment examiner ou nettoyer l'organe. Cette espèce d'ectropion diffère de la première en ce que dans l'une la tuméfaction s'est opérée lentement et n'est pas accompagnée d'étranglement ; aussi ne peut-il pas être guéri sur-le-champ comme dans l'autre cas. Chez les enfans en effet il snfïit de la simple réduction avec les doigts pour en opérer la guérison.

» 40 L'ectropion enfin produit par une solution de continuité du tarse, du tendon de l'orbiciilaire , par une exophthalinie , par un staphylome , [)ar le gonflement de la caroncule lacrymale , par des tumeurs des paupières ou de la cavité de Torbite , par la séparation des paiq)i('res au grand angle de l'œil , etc. , est très facile à comprendre. Quant à Pectropion occasionné par la paralysie du muscle orbiculaire , il s'observe le plussouventchez les vieillards et par une raison foule naturelle, toujours à la paiq)iere inférieure. Celle espèce se di.slingue des autres en ce que la conjonctive conserve à peu près «a couleur naturelle : elle est a peine plus rouge (pi'a l'état normal , à nujins (pie Tindividu ne fiHse habituelleineiil usage de substances stimulantes. » ( 'J'ratlato di blefurof-

talmo'lerapia operatha^ p. i. Turin, 1856.)

La difformité est un des caractères les plus frappans de l'cctropion ; elle est proportionnée au degré de l'exlro-version.

Dans son maximum cette difformité est vraiment hideuse , et ce qui concourt à l'augmenter c'est le gonflement inflammatoire et granuleux qui s'empare de la conjonctive ; c'est en outre le larmoiement inévitable. La phlogose qui peut être cause en effet de l'ectropion se transmet quelquefois à la cornée et l'infirmité se complique d'une manière fâcheuse , car cette membrane peut subir des altérations plus ou moins profondes. Nous avons vu cependant des ectropions chroniques exister sans aucune lésion dans le globe oculaire, quoique la conjonctive palpébrale fût boursouflée , dure , ulcérée , sarcomateuse. On peut donc réduire à trois les caractères physiques de l'ectropion ; la difformité , le larmoiement, le gonflement phlogistique. Les caractères physiologiques sont ceux de la blépharite chronique.

Abandonné à lui-même l'ectropion se termine ordinairement à la longue par la perte de la vision, par suite des phlogoses répétées qui envahissent l'organe dénudé. Le pronostic en est par conséquent ftàcheux si le mal estabandonné à lui-même; il n'offre cependant rien de grave, s'il est traité convenablement. En général le pronostic est plus favorable dans l'ectropion phlogistique ou dépendant d'exubérance de la conjonctive (pje dans celui qui dépend de la présence de cicatrices. Il est même des cas parmi ces derniers qui sont au-dessus des ressources de la chirurgie. Il existe un traitement prophylactiijuede rectro[>ion,nous voulons parler de l'ectropion inflannnatoire , c'est celui des conjonctivites chroni(jues et des granulations pali)él)rales. Le traitement curaiif doit varier selon la nature et le degré de l'extro-version.

1« Caulérisation. « La midadie est-elle récente ? n'y a-t-il encore (ju'un léger boursouflement de la conjonctive;' Le renversement ne peut s'étendre au-delà (h»

d(;u\ lignes , et, pourvu tju'on n'ait pas aflaire à des vieillards (îhez lescpiels la flaccidité des paupières vvud c»;tte, afleclion tout-a-fait incurable , on obtient facile-

ECïROPION.

ment la guérison en cautérisant la con- ] jonclive avec la pierre infernale. Cette légère opération se praticpie de la manière suivante : on renverse la paupière malade avec la main gauche , et on l'essuie avec un linge fin; on promène ensuite fortement la pierre infernale dans toute rétendue de la tumeur, de manière à produire une eschare : pour que le malade éprouve le moins de douleur possible, il faut qu'un aide s'empresse , au moment où l'opérateur retire la pierre infernale, d'appliquer sur Teschare un pinceau trempé dans de riiuile, autrement le caustique dissous par les larmes se répandrait sur le globe de r(cil. 8i, malgré cette précaution, quelque portion se dissout et incommode le malade, on lave Tœil à plusieurs reprises avec du lait récemment trait. On répète la cautérisation pendant plusieurs jours consécutifs , afin de détruire entièrement les fougosilés superficielles de la conjonctive , surtout dans le voisinage du larse. Des lotions d'eau simple, ou bien avec l'eau d'orge et le miel rosat, suffisent poiufaire suppurer et cicatriser la plaie. L'ictropion s'efface progressivement à mesure que la cicatrice se forme, et le bord libre de la paupière reprend sa position naturelle. Cette méthode curative, ai-je dit, ne s'applique avec avantage (pi'aux seuls cas dans lesquels l'ectropion est récent et léger. » (Scarpa, Malad. des yeux, t. i, p. 131, trad.de Bousquet et Bellanger.)

Béer commence le traitement par une simple a[)plication journ;ilièrc de teinture d'opium , dont il augmente l'action après quelque temps, en y ajoutant du naplithe : ensuite il applicpje des collyres caustiques sur la conjonctive relâchée, et, en dernier lien, le nitrate d'argent et le muriate d'antimoine. Lorsipie la partie est calleuse, il fait précéder par des scarifications l'emploi des caustiques. ( Lehre , etc., b. ii , p. 156.) On ne conçoit pas , cependant , à quoi peut servir l'opium contre l'ectropion ; cette substance ne jouit d'aucune action locale ou physico-chimiipic sur nos tissus, et si elle est résorbée, son effet constitutionnel estPexcitrition, ce qui ne peut que nuire à la maladie de la conjonctive. Quant aux collyres caustiques, ils peuvent sans doute cire utiles, mais en général la forme liquide de ces médicamens ne rem-

plit que fort imparfaitement Tindication dont il s'agit.

Les anciens se servaient de poudres caustiques, ce qui était bien mieux. La poudre d'alun , de sulfate de cuivre, etc., qu'on dépose sur la conjonctive à l'aide d'un petit pinceau humide trempé dans le médicament, peut tout aussi bien atteindre le but que le nitrate d'argent. M. Yelpeau dit s'cire bien trouvé de l'oxyde blanc de bismuth porphyrisé avec égale partie de sucre candi, appliqué par pincées deux fois par jour. D'autres vantent l'acide sulfurique, le nitrate de mercure, etc. IMais il est inutile de nous étendre davantage sur ce sujet , ou d'attacher à tel ou tel caustique une importance exagérée, ainsi que l'ont fait plusieurs auteurs.

Bordenave trouvait des inconvéniens sérieux à l'applicaiion des caustiques.

«( Saint-Yves et Heister conseillent , eu pareil cas, dit-il, de toucher avec la pierre infernale le lieu tuméfié, que Ton aura soin de laver immédiatement après; de le toudicr, dis-je, afin de former une légère c.'-cli.jre (|ui détruise peu à peu la tuméfaction. Mais si on a égard à l'inflammation (|ui peiu en être la suite, et à la nécessite de réitérer l'application de la pierre , on préférera avec plus de fondement, ou les scarifications de la conjonctive, ou, ce qui serait plus certain , l'enlèvement d'une portion de cette membrane dans toute l'étendue de la paupière. »» {Mém. de l'Jcad. de chir.^ t. ni, p. 2U8, édit. de VEncyclop des se. méd.)

Il est des praticiens qui n'ont recours à la cautérisation (ju'après avoir épuisé une foule de moyens divers qu'ils assurent leur roussir quelquefois. ^]. Riberi est de ce nombre. « Dans l'ectropion dépendant de phlogose lente, il convient avant tout, dit-il, de combattre, parles moyens appropriés, la condition morbide constitutionnelle qui l'eïitrctient , sans omettre d'attaquer en même temps ou successivement la localité à l'aide des anti-phlogisti- (jues, des révulsifs, et surtout des scarifications ré|)étées dans la conjonctive palpébrale. Ces scarifications doivent être opérées selon le diamètre antéro-postérieur de la paupière et non dans le sens transversal , car ce dernier mode affaiblit les liens de la paupière et en favorise ou aug-

ECTROPION.

in

mente le renversement. Lorsque la lésion de la conjonctive est arrivée à un tel point que ces moyens paraissent inefficaces , si le sujet est jeune, on peut espérer de le guérir à Vaide de fumigations résolutives et aromatiques; des collyres astringens de vitriol , d'alun , de pierre divine ; des collyres secs de calomel, de tutie, d'oxyde blanc, de bismuth, de la pommade de précipité. Enfin, si ces moyens sont inefficaces, on aura recours au nitrate d'argent, au beurre d'antimoine , ou même au cautère actuel , ainsi que le faisait Salicet. La guérison devient plus facile si on emploie en même temps la compression que le malade exécute doucement avec sa main pendant deux à trois heures par jour , et qu ou fait continuer la nuit à l'aide de coussinets doux fixés contre la peau de la paupière au moyen de bandelettes emplastiques. Je pourrais citer un grand nombre d'exemples à l'appui de l'efficacité de cette méthode. » [Ouv. cit.^ p. o.)

Boyer avait jugé presque incurable l'ectropion qu'on rencontre chez les vieillards. « Le relâchement de la conjonctive chez les vieillards dont les yeux sont fort humides , et le renversement de la paupière qui en est la suite, sont fort difficiles à guérir , et peuvent même être regardés comme incurables , à cause de l'atonie extrême de la conjonctive , surtout quand ce mal est fort ancien. Cette membrane, relâchée peu à peu et accoutumée par degrés à une disposition vicieuse , ne peut aisément se rétablir; et on ne doit espérer quelque secours que de la part des liqueurs spiritueuses , et des médicamens toniques et fortifians qui , en stimulant les solides , peuvent diminuer le mal , ou du moins en arrêter les progrès. » {Malad. chir.^ t. V, p. '273.) C'est aussi l'opinion de Bordenave.

2" Excision de la conjonctive. L'indication curative étant de détruire la conjonctive malade qui, par sa présence, tient renversée la pau[)iere,on conçoit (pic, si la cautérisation n'est pas jugée suffisante, le p-'irti le [>lus expédilif est d'enlever la portion exubérante. On aura par là un lrii)lc effet : la rliminution de la masse morbide, un écoulcinent salutaire de sang et une cicatrice <jui tend à rappeler la paupière en dedans.

« Cela est surtout nécessaire quand cette membrane présente des granulations , des fongosités , ou que son hypertrophie est considérable, ainsi que cela s'observe dans les ectropions anciens. S'il y a des végétations morbides,il faut les ébarber avec des ciseaux courbes , et y passer le caustique ensuite, puis mettre en usage les remèdes résolutifs et la compression dont nous venons de parler. Si le mal consiste dans une simple hypertrophie de la muqueuse, il faut en exciser un lambeau ovalaire, en la comprenant dans les ciseaux courbes portés à plat , le plus loin possible du bord ciliaire, ou bien à l'aide d'un bistouri boutonné et des pinces , ce qui est plus exact. Dans ce dernier cas, on circonscrit un parallélogramme de la muqueuse , et on la dissèque délicatement. Son étendue doit être proportionnée à celle de l'extro-version. On laissera couler le sang jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même ; puis on panse en soutenant la paupière relevée à l'aide d'une pyramide de compresses et d'une bande monoculus. On refait l'appareil le troisième ou le quatrième jour ; on lave d'abord avec de l'eau tiède, puis on a recours aux collyres résolutifs pour achever la cure ; la compression doit être continuée pendant quelque temps. La cicatrice qui résulte de l'excision de la muqueuse concourra à tirer le bord palpébral vers l'œil, et à prévenir la récidive. La cautérisation pourrait aussi quelquefois devenir nécessaire après cette excision , si elle n'était pas assez étendue ; il vaut mieux cependant pécher en moins qu'en plus dans cette ablation. Il y a des cas où toute la muqueuse de la paupière renversée doit être excisée pour obtenir la guérison de Tec- Iropion , c'est lorsque cette membrane est calleuse ou autrement dégénérée, on bien que la peau de la paupière se trouve légèrement raccourcie par des cicatrices peu fortes. On enlève la muqueuse en la dissé- ((uant, absolument comme dans une préparation anatoiniqiie. Les auteurs prescrivent de commencer cette dissection par le bord tarsien : on saisit délicatement le bord de la [)aupière avec une pince , ou mieux avec les ongles des deux premiers doigts, on prali(|ue avec un petit bistoiu'i boulonné et à tranchant convexe une incision transversale derrière les cils et dans

ECÏROPION.

toute retendue du bord de la paupière, en ayant toutefois soin de ne pas I)les?er le point et le conduit lacrymal : on absterge le sang, on soulève le bord de la niufiueuse et Ton dissLMjiie cette membrane jusqu'à l'endroit où elle se relléchit sur Tœil : on l'excise alors avec des ciseaux courbes. II va sans dire qtie , durant cette dissection , le maiade doit être assis ou couclic, la tête et les pau|)ières soutenues convenablement par des aides. Le pansement et les soins consécutifs sont les mêmes que dans les cas précédens. Cette opération est attribuée généralement à Bordenave ; elle appartient cei)endant à M. A. Severin. » (Louis, Mêm. de l'Ac. de chir.)

La méthode de l'excision est généralement en usage en France , et rexpérience en confirme tous les jours reflicacité. Elle est même devenue presque exclusive en Angleterre , les praticiens de ce pays la préférant généralement a l'usage des caustiques dont Taction est plus longue , aussi douloureuse et moins facile à borner.

«Le sang, qui dés le commencement de l'opération paraît devoir couler en grande (juautité, s'arrête de lui-même, ou aussitôt qu'on a baigné l'œil dans l'eau froide. Le chirurgien doit alors faire le pansement , qui consiste à placer deux petites compresses, l'une sur le bord inférieur, l'autre sur le bord supérieur de Torbito, et sur celle-ci il a[)plique le bandage unissant en forme de monocle , de manière à comprimer et à replacer les bords des paupières renversées , afin de leur faire couvrir l'œil. Lorsqu'on fera le premier pansement , (jui doit avoir lieu vingt-quatre ou vingt-six heures après l'opération, le chirurgion trouvera toute ou pres(jue toute la paupière dans la i)osiiion naturelle. Les pansemenssiiivans consisteront à laver la plaie de la partie inférieure de la paupière deux fois i)ar jour avec l'eau simple, ou de Teau d'orge et de miel rosaf, juscpi'à ce qji'elle soit complètement guérie. Si vers le moment de la guérison la plaie prenait une apparence fongueuse ou que le bord de la i);iupière parût trop s'éloigner du globe de l'œil, il faudrait toucher la plaie de la partie interne de la paupière avec le nitrate d'argent, afin de détruire une i)lus grande quantité de la muqueuse, en sorte que, lorsque la cicatri-

sation a lieu , la contraction fût pbis grande, et le bord de la paupière plus rapproché de l'œil. Il faut cependant prendre les moyens convenables pour résister aux causes principales de l'ectropion, et particulièrement à Tophthalmie chroni(|ue, au relàcheujent et à l'état variqueux de la conjonctive. » (S. Cooper, t. i, p. 410. )

Il résulte des remarques précédentes un double procédé pour l'excision : l'un consiste à enlever un simple lambeau de cette membrane ; l'autre , à disséquer et abattre en totalité la doublure muipieusc de la paupière. Le premier procédé est applical)le aux cas simples, le second aux cas compliqués de cicatrices peu fortes. Scarpa a beaucoup insisté sur l'emploi de ce mode opératoire, dont Bordenave fit réellement vi/ir tous les avantages [Mêm. cit.) et que beaucoup de personnes semblent oublier de nos joiu's. Dans les cinq sixièmes des cas pour lesquels on invente aujourd hui des procédés nouveaux, difficiles et plus ou moins chanceux, l'opération de IJordenave pourrait être appliquée avec succès. Bordenave l'a plutôt indiquée dans les trois faits(|u'ila publiéscpie décrite dogmati(juement : Scarna l'exécutait de la manière suivante: « L'o[)érateur fait asseoir son malade , le place sur une table , si c'est un enfant, et le confie à des aides qui lui tiennent la tête légèrement soulevée : à l'aide d'un bistouri convexe, il fait sur la conjonctive pal[)ebrale une incision suffisamment profonde qui longe le tarse sans intéresser les points lacrymaux; puis saisissant avec une pince le lambeau de cette meml)rane, il le dissèque, le détache des parties voisines jusqu'au |)oint où la conjonctive paipébrale se rétléchit sur le globe de l'icil sous le nom de conjonctive oculaire, et l'excise alors au niveau de la j)arlie la plus profonde de la paupière : cela fait, il applique rapi)areil indiqué plus haut, qui se compose d'une compresse et d'une bande destinée à r;imener la paupière vers le globe de l'œMl. Un ou deux jours après, à la levée du i)remier appareil , on trouve la paupière en grande partie redressée; il est rare (pie l'opération soit suivie de symptômes fâcheux, tels que des vomissemens, des douleurs fortes ou une infiammation intense. Si ces accidens venaient à se manilesler, ou combattrait les

ECTR

vonVissemens par un lavement opiacé , le gonflement inflammatoire et la douleur par Tapplication des topiques émolliens et des anli-phlogistiques jusqu'à ce que la suppuration s'établit. Il suffirait alors de laver l'œil deux fois par jour avec Teau d'orge, etc. » (Ouv. cit.^ t. i, p. 156.)

5° Rétrécissement de la paupière. Partant de l'observation que, dans l'ectropion ancien très prononcé , le bord libre de la paupière est appliqué sur le bord orbitaire en forme de croissant, et se trouve manifestement ramolli et allongé, un oculiste anglais, Adams, a eu l'idée de diminuer la longueur du tarse en excisant un portion de la paupière à l'aide de deux incisions angulaires qui représentent un F dont la base est au bord libre de la paupière , et de réunir la plaie à l'aide d'une suture fine. Plusieurs malades ont été opérés de la sorte par l'auteur et avec succès. Dupuytren et d'autres en ont répété l'expérience avec bonheur. Cette porlion de la paupière enlevée, il en résulte une cicatrice linéaires! la réunion immédiate a lieu, et la guérison s'effectue d'une manière durable ; la paupière quoique rétrécie n'a rien perdu de sa bauteur et reprend parfaitement ses fonctions. Il est bien entendu que la double incision ne doit pas intéresser le point lacrymal.

La doctrine d' Adams n'est peut-être pas tout-à-fait exacte. Il est évident que, dans l'excision du triangle, on enlève la portion de la conjonctive qui répond à la base, la cicatrice qui ré-ulle sur ce point doit contribuer puissamment à maintenir la paupière relevée ; de sorte que c'est probablement moins le rétrécissement du tarse (pje l'excision de la conjonctive qui guérit. Peu importe cependant la doctrine, ce qui intéresse principalement, c'est (jue l'opération guérit d'une manière radicale. Lorscpi'on a à enlever un boiiton cancéreux, une petite cscliare limitée , un noyau d'ancienne cicatrice sur la pau[)ière, on ne saurait suivre un meilleur [)rocédé. Aussi croyons-nous qu'il doit rester dans la pratique pour ces cas exceptionnels. Il va sans dire au reste que la chose n'est adoj)table qu'autant f|ue la base du tri.uigh; n'est pas as^ez Iar;/e [)our em[)é(;her la réimion des bords de la plaie.

L'exécution de ce procédé est 1res facile.

OPION. 495

L'opérateur saisit le bord libre de la paupière avec les deux premiers doigts d'une main, ou bien avec une pince : il coupe , à l'aide de gros ciseaux tenus de l'autre main , en pratiquant deux incisions obliques et convergentes, à deux lignes environ de distance l'une de l'autre, et ayant chacune deux lignes environ de longueur. Il en résulte un véritable bec de lièvre triangulaire de la paupière. On en réunit les bords à l'aide d'une épingle et d'un fil en huit. Compresses , bandages ut suprà.

D'après Adams^ cependant, le triangle peut avoir de plus amples dimensions , il lui a donné jusqu'à un demi-pouce de hauteur et un tiers de pouce de largeur. (S. Cooper.)

« On applique aussi avec succès cette manière d'opérer dans leséraillemens simples ou doubles de l'angle externe causés par des blessures avec ou sans perte de substance. On excise angulairement une portion de chaque bord palpébral de manière à prolonger l'angle externe, puis on réunit à l'aide de la suture. On rétrécit de la sorte les deux paupières en les tirant ensemble vers la tempe. Cette application du procédé d'Adams est attribuée à Walther. « (Rognetta.)

40 Piaccourcissement du repli falciforme de la conjotictive sans excision.

Dans les casiPectropion dépendant d'une cicatrice tellement large qu'elle ne peut être comprise dans l'excision en F, M.Dieffenbachaeul'idéede faire relever le bord de la paupière en tirant le repli falciforme de la conjonctive en dehors, à travers une boutonnière pratiquée à la base de la paupière. 11 fend la cicatrice horizontalement à la base de la paui)ière, avec un petit bistouri à tranchant convexe , arrive peu à peu à la face postérieure de la conjonctive vers l'etidroit où elle se réfléchit sur le globe de l'œil, la saisit avec des pinces, la tire au dehors et la fixe sur la peau à l'aide d'épingles fines. On couipnîud (pi'eu tirant la conjoneJive à travers la boutonnière, le bord libre de la paupière doit se relever. IM. DieMenhach a mis plusieurs fois ce pr()(!édé en pialique avee succès; il l'a exécuté à Paris sur \v. cadavre. M. Li.'«franc Ta aussi exeeulé sur le vivant avec un résultai satisfaisant. Tous les chirurgiens, cependant , ne kont |)a!i

ECZÉMA

partisans de ce mode opératoire; M. Velpeau , M. Riberi le critiquent et ne l'adoptent tout au plus que jjour quelques cas exceptionnels.

o° Division du muscle releveur. Dans un cas d'ectropion de la paupière supérieure, accompagné d'opacité considérable de la cornée, M. Guthrie a divisé le muscle releveur. Yoici les détails de ce fait et du but qu'on s'est proposé en opérant de la sorte. « Un ancien militaire , âgé de soixante-quatre ans, habituellement ivre, exerçant le métier de watchman , très exposé par conséquent à l'action de toutes les vicissitudes atmosphéri(jues, a éprouvé plusieurs fois des conjonctivites purulentes, étant aux Indes, et des furoncles gangreneux à la fesse , au cou et à la figure. Cette dernière région est singulièrement déformée par les cicatrices qui la couvrent. Il entre à rhô|)ital Middlesex pour être traité d'un double ectropion supérieur. La paupière supérieure de chaque côté est tellement renversée que les cils sont en contact avec l'arcade sourcilière; la conjonctive de chacune de ces paupières est boursouflée, épaissie et rouge comme de l'écarlate; les cornées sont presjjue comi)lètement opaques, mais elles laissent encore voir l'iris à travers leur substance ; l'iris , d'un côté, présente des adhérences; le malade, cependant, peut encore distinguer le jour de la nuit et les objets volumineux.

» On opère d'abord au côté droit. Le chirurgien pratique une incision semi-lunaire, à concavité inférieure, à un demipouce au-dessus du sourcil , s'étendant jusqu'aux angles interne et externe de Torbite. 11 divise d'a])ord la peau, puis , en écartant la plaie , il coupe les muscles orbiculaire et releveur de la paupière ; il réduit alors la paupière en renversant le tarse, et la ramène ainsi sur l'œil qu'elle couvre. Une longue dissection a cependant été nécessaire avant d'arriver à ce résultat. L'opération a été longue et douloureuse ; du sang s'est écoulé en grande abondance. On tixe ainsi la paupière abaissée sur l'œil comme une sorte de voile, à l'aide de bandelettes agglutinalives, d'une compresse et d'une bande. Les bords de la plaie sont maintenus écartés, et l'on abandonne celleci à la suppuration granulalivc. Apres la cicalrisaiioij , la paupière est restée abais-

sée devant l'œil , le malade ne pouvait la relever volontairement qu'à peine. » {The lancet ^ mars J857. ) L'opération n'avait d'autre but dans ce cas que de soustraire l'organe oculaire à l'action des agens extérieurs. Le sujet étant presque complètement aveugle, il était à peu près indifférent que la paupière réduite conservât sa molilité normale. On conçoit cependant que, dans aucun autre cas, cette méthode ne saurait convenir ; elle est fort douloureuse, très peu rationnelle et bien inférieure aux autres méthodes connues.

M. Liston a pratiqué dernièrement la même opération pour cacher un énorme leucome chez un homme qui n'avait pas voulu se soumettre à l usage d'un œil artificiel. (Bévue des spécialités et des innovations rr.èdicales et chirurgicales , juillet 1840.)

Enfin , dans quelques cas, lorsque tous les procédés opératoires ordinairement employés auraient échoué, ou bien dans certaines circonstances que nous indiquerons, le chirurgien pourra avoir recours à certains procédés qui seront étudiés en traitant de la réparation des paupières. {f^. Paupiîîres [Réparation des].)

ECZÉMA , s. m., mot grec dérivé de sy.'Cjo) , efj'ervesco , et qui sert à désigner une maladie non contagieuse de la peau, caractérisée par une éruption de vésicules ordinairement très petites et conduentes , environnées d'une rougeur superficielle , dont la rupture est suivie d'une desquamniation épidermati(|ue d'un aspect varial)le. La même alfection a été , depuis bien long-temps , nommée par Alibert dartre squanimeusc humide^ expression parfaitement choisie , (jui rend bien compte des principaux phénomènes de la maladie , et <|ue nous emploierons [)lus d'une fois dans le cours de cet article. Ce même auteur l'a rangée dans le groupe des dermatoses dartreuses, dont elle forme avec la dartre furfuracée [psoriasis et pilhyriasis) le premier genre. Pour W illan , IJateman , niett et ses élèves , l'eczéma fait partie de la classe des alfeclions vésiculaires; ajoutons que généralement, et dans le vulgaire, cette maladie est connue sous le nom de dartre vive.

Étiologic. Ce que nous avons dit au mot DARXREi» des causes générales et pré-

disposantes de ces affections nous permettra de passer rapidement ici sur réliologie d'une des principales maladies vérilablement dartreuses ; nous insisterons seulement sur quelques agens spéciaux.

'( Les éruptions vésiculeuses aiguës se montrent souvent chez les aflîneurs de métaux, les épiciers, les broyeurs de couleur, et, dans cette dernière profession, on va si facilement de la cause à l'effet que des individus sains , d'ailleurs , sont atteints avec rapidité par le seul contact de certaines couleurs. Dans ce même moment , un broyeur de couleurs entre pour la troisième fois dans mes salles avec un eczéma aigu général qui s'est développé avec une grande rapidité.» ^Biett,/)icL deméd en 23 vol., art. Eczéma , t. xi , p. 189.) Et , pour ne parler que des agens irritans , nous noterons l'influence de toutes les substances solides, liquides ou gazeuses appliquées sur la peau, l'action du mercure (^. Hydrargyrie), etr. 11 sera d'ailleurs question des autres causes à propos des différentes variétés dont quelques-unes ont une origine tout-à-fait particulière, et dont l'énoncé trouvera mieux sa place à l'occasion de la variété qui le présente.

Anatomie pathologique. Nous emprunterons les considérations qui vont suivre à l'excellente disserlalion de M. Dauvergne , élève particulier du professeur Alibert. La dartre squammeuse pouvant , dans certains cas exceptionnels , envahir toute l'enveloppe tégumentaire et causer la mort des malades , i\L Danvergne a pu examiner anatomiqucmont le li?.su cutané, circonstance fort rare dans les dermatoses.

'<■ La peau ainsi malade, dit-il, vingtquatre ou trente-six heures après la mort devient dure , sèche et aussi consistante que du |)archemin; je la conq)arerais plus exactement a la peau d'im cadavre , dépouillée de son éi)i(ieime par l'action d'un vesicatoire appli(|ué pendant la vie. En effet, la surface cutanée présente rà et là des écailles , tandis (pie (raulr^s ^'eii trouvent absolument dénuées. l*artoul également dure, la [)eau est rouge, j.iun.Urc aux portions dépouillées; WvW y (h-coiivre quelques légères stries qui nnnonceiil des vaisseaux sanguins ; mais si l'on divise les tissus, on les trouve consistans , résislant mémo au scalpel, et rien de plus. Si, dans

ECZÉMA. 495

cet état , on soumet à la macération les portions de peau malade , on voit que le tissu cellulaire sous-dermalique ne présente rien de particulier ; le derme luimême est légèrement rosé , et , avec la loupe, on ne distingue que quelques vaisseaux qui le traversent, mais sa face réticulaire est visiblement injectée ; le lavage et la macération ne font point disparaître sa teinte rouge , et quelques vaisseaux qui rampent çà et là s'aperçoivent facilement; les écailles qui s'y trouvent encore , lorsqu'on a déposé la pièce avec soin et qu'on ne Ta pas agitée dans le liquide , se détachent alors facilement. J'ai manifestement vu, sous quelques-unes, une couche comme pseudo-membraneuse d'une matière albumineuse, laquelle sans doute constituait l'élément d'une nouvelle écaille. J'ai vu cette matière albumineuse à divers degrés de formation , tantôt bien apparente, mais molle comme certaines fausses membranes qui recouvrent les séreuses enflammées ; d'autres fois liquide, encore gluante, étendue sur la surface de la peau malade. Je n'ai pu constater dans ces altérations les différentes couches de la peau ; la loupe même ne m'a rien fait distinguer , si ce n'est l'injection bien prononcée de la face externe du derme. . . L'injection que comme moi M. Gendrin a trouvée sur la face externe du derme , l'a engagé à dire que le siège primitif des dartres est dans le réseau muqueux de Malpighi ; mais je crois fermement que toutes les dartres n'affectent pas les follicules sébacés , ainsi (jue le pense 3L Gendrin. Je suis peu disposé à admettre aussi , avec lui, que les croûtes que l'on observe sont dues à une altération du fluide onctueux sécrété dans ces petits canalicules. [Jlisl. de Vinflammat.

diirlrense , thèse, p. 8, Paris, 1855, n« 52 J.)

Hielt rejette aussi l'idée de localiser, dans les follicules sébacés , la [)hlcgmasie qui constitue l'eczéma; pour lui, la maladie « parait consister dans rinllainmation de la couche su[)erncielle du derme, désignée sous le nom de membrane vasculaire de Eichhorn,(!t cpii, selon toutes les probabilités, a pour fonction spéciale la sécrétion de ré[)iderme. Au début, soulèvement d'une foule de points de la cuticule, cpanchement d'un liquide transparent. i?i l'in-

ECZÉMA

flammation s'étend, elle forme le plus souvent une surface conlinne : alors, sécrétion épidermiquc plus active ; les squammes se succèdent sans cesse , oifrant des formes diverses , diminuant au déclin de rinllammation, Tépiderme ne prenant une consistance solide que lorsque les dernières traces de l'inflammation se sont dissipées j que lorsque le derme a repris son état normal. » (Biett, art. citéy p. 186.) En résumé , l'auteur que je viens de citer appuie son opinion sur les considérations suivantes : 1° les follicules ont pour fonction de sécréter ini fluide huileux, et leur lésion ne saurait porter atteinte à la production de l'épiderme, si gravement altéré dans Teczéma. 2" Si les follicules étaient enflammés, il y aurait des pustules {r. Ac- KÉ) , et la phlcgmasie ne formerait pas de larges plaques continues , mais occuperait des points disséminés.

Syniptômes. A l'exemple de Biett , nous partagerons l'eczéma en deux grandes variétés, suivant qu'il est aigu ou chronique , chacune de ces deux formes pouvant offrir d'importantes modifications suivant le siège , la cause , les phénomènes, elc.

1. EczÉM\ AIGU. Il se montre, soit épidémi(|uement, soit sporadiquement, et sous rinfliiencc de l'insolation des agens irritans , etc. On observe quelquefois au début un peu de irialaise, d'excitation générale , dinsomnie , de dégoût pour les alimens , et enfin d'une accélération du pouls avec augmentation de la chaleur cutanée. Les parties qui doivent être le siège de l'éruption prennent dès lors une teinte rosée , en même tcrnps qu'une sensation j)lus ou moins vive et desagréable de fourmillement et de prurit s'y fait sentir; bientôt ajiparait une multitude de vésicules petites, agglomérées , transparentes , présentant au reste, dans leur aspect, leur marche, leurs terminaisons , des différences qui dépendent de la variété <pii les présente. Trois principales variétés peuvent être admises ici.

1" Kczcma simple.v. 11 a été décrit pour la première fois i)ar Biett. On le rencontre ordinairement chez les jeunes sujets, notamniMUt. ceux du se.\e féminin, l)ar exemple chez les femmes en couches; il ré>uUe ordinairement des causes irritan-

tes locales. C'est , disent MM. Cazenave et Schedel , cette éruption que déterminent le plus souvent les remèdes vendus par les charlatans pour faire sortir la gale. Son siège ordinaire est sur les parties découvertes et soumises à l'action des causes qui peuvent le produire : on le rencontre très fréquemment sur le dos de la main, entre les doigts , où il peut en imposer pour la gale. « L'eczéma simplex apparaît sans le moindre symptôme précurseur ; le malade sent un léger prurit, et il est très surpris de voir une éruption plus ou moins étendue. Les vésicules qui la constituent sont en grand nombre , très agglomérées, transparentes, petites, indolentes; elles présentent un aspect brillant; la petite gouttelette de sérosité qu'elles contiennent se trouble et prend une teinte laiteuse; bientôt ce liquide est résorbé, la vésicule se flétrit et tombe par une desquammation insensible, ou bien elle s'ouvre et forme nn petit disque squanuneux extrêmement mince qui ne tarde point à se détacher. Dans aucun cas l'éruption ne donne lieu à ces surfaces enflanunées, à cette exhalation de sérosité , et à ce renouvellement de squannnes que l'on observe dans ks autres variétés ; elle ne laisse pas la plus petite trace. Ces diverses périodes ont lieu d'une manière lente , et la maladie se prolonge habituellement par des éruptions successives ; ce qui fait que sa durée, qui varie ordinairement de un à deux ou trois sei)lenaires, peut aller quelquefois bien au-delà. « ((Cazenave et Schedel, yJhrêgc pral. da malad. de la peau, p. 76, 2« édit.)

A l'eczéma simplex peut se r.ittacher Veczcna so/(/rc décrit par Bateman. {Abr. prat. des malad. de la peau, p. 505, trad. de Bertrand.) Ici, les parties sur lesquelles réside Pèruption ayant ete exposées à l'action d'un soleil trop ardent, se gonflent, et il se déclare une éruption de vésicules petites, un peu proéminentes, quelquefois entourées d'un cercle iu/îammaloire, le sentiment de fourmillement est ordinairement très vif et porté juscpi'à la cuisson ; tels sont les caractères spéciaux de l'eczéma «^olare dont la durée chez certains sujets prédisposés peut s'ètenrlrc à plusieurs semaines , et même à plusieurs mois , par le renouvellement des vésicules.

ECZEMA.

20 Eczéma nibrum. Cette forme a été \ indiquée pour la première fois par Willan, et elle a été admise depuis par la plupart des patbologistes français ; elle est remarquable par son intensité et la vivacité de la teinte rouge qui colore les parties malades. On l'observe , dit Bateman, très souvent à la partie supérieure et interne des cuisses , et au scrotum chez rbomme; très souvent cette éruption se répand d'abord sur les aines, les aisselles , le pli du bras, les poignets, les mains ou sur le cou. (Owr. cité, p. 508.) L'eczéma rubrum est précédé de symptômes généraux assez marqués; bientôt la région qui doit eu être le siège se gonfle , fait éprouver au malade une sensation de chaleur ardente , et prend une teinte rouge très prononcée; on croirait d'abord à Texistence d'un érysipèle,si, en examinant avec attention la surface chagrinée de la peau , on ne reconnaissait bientôt quVIie est recouverte d'une multitude de petites vésicules vivement enflammées et reniermant une gouttelette de sérosité très claii e ; au bout d'un ou deux jours , le liquide se trouble et prend une nuance blanchâtre , lactescente; puis, vers le troisième ou quatrième jour, la vésicule se déchire et laisse écouler le liquide qu'elle renferniait ; par ses propriétés acres et irritantes , ce liquide détermine Texcoriation des parties qui environnaient la vésicule ; la peau est donc rouge, douloureuse, tuméfiée, couverte d'exulcérations et de gerçures, donnant lieu à un écoulement terne, jaunâtre, d'une odeur désagréable», et qui raidit et tache le linge. La matière séreuse (|ui filtre ainsi des parties malades se concrète en squammes minces et jaunâtres plus ou moins larges qui revêtent la partie malade et lui donnent un aspect écailleux. Ces squammes sont incessamment décollées par le suintement séreux qui forme de nouvelles plaques succcdant aux premières , tandis (jue de nouvelles éru[)tions vesiculeuses, ouïe seul contact du liijuideavec les parties enviroiniantes, agrandi-senl le champ de l'eczéMia. Quehjuefois , au due de liiett , on a vu ces vésicules s étendre par coiilinuitè jusque dans les caviics garnies de membr.uies muqu( uses e! donner lieu à un développement d'aphlhes très douloureux. Au bout d'un temps variable,

TOMS III.

Pécoulement commence à devenir moins abondant ; les squammes sont plus minces, plus sèches , plus blanches , elles deviennent aussi de plus en plus petites ; la peau reprend sa teinte normale , et en deux ou trois septénaires le malade est guéri ; dans des cas moins favorables et très fréquens, Talfection passe à l'état chronique ; dans d'autres cas, la phlegmasie conserve son acuité et donne lieu à une formation de pustules dont la présence fonde la variété suivante.

cy"» Eczéma impeliginoùes. M. Gibert a parfaitement résumé les caractères de cette forme assez curieuse de Teczéma.

« Cette variété, dit il [Traité prat. des mal. spéc. de la peau., p. 168. Paris, lb59j, est caractérisée par une inflammation plus vive que la précédente, et dans laquelle les vésicules devenant purulentes, la maladie participe à la fois du caractère de l'eczéma et de celui de l'impétigo. Comme le précédent, cet eczcma peut être le résultat de l'action d'une cause de stimulation extérieure, et particulièrement de frictions irritantes, d'emplâtres résineux, etc. , surtout chez les sujets prédisposes à cette affection. L'éruption des vésicules est accompagnée de douleur, de chaleur, de cuisson, souvent dune démangeaison très vive. L'humeur qu'elles exhalent après s'être rompues est acre et irrite la peau voisine (jui devient rouge, rude gercée. Il se forme des squammes jaunâtres, molles, croûleuses^ analogues aux croules de l'impétigo. Cette variété suit une marche aiguë, et dure deux, trois ou (juatre se[)tenaires, surtout lorsqu'elle est survenue à l'oiCt^sion d'une irritation extérieure; souvent elle passe à l'état chroni(iue , et se prolonge pendant un temps beaucoup plus long. »

Ce qu'il faut bien noter , suivant Biett et ses élèves, c'est que l'eczitma im- |)ctiginodes n'est pas un eczenia rubrum coMipli(jue de pustules d'iuq)etigo; mais une éru[)tion dont les vésicules, transpalentes d'abord, passent, non pas à rélal de véritables jtU'5lules,mais de vésicules pustuleuses. Autrement, ajoutent-ils, la maladie serait un véritable impétigo. (Cazeiiave et .Sclie(h:l, oc. cit., p. 81.) Aous verrons, à [)r()pos «le celle dernière maladie, ce (pi il faut penser de cesasscrtioiia.

ECZEMA.

Du reste, le? ailleurs que je viens de citer reconnaissent que si rinflamuiation est très vive, Tezcéma, et cela, disent-ils, arrive assez souvent, peut se compliquer de quelques pustules d'impétigo véritables, et même de ])U9tules plus larges d'cctliyma. Suivant IWait {art. cit.^ pag. 176), chez les individus blonds, à peau blanche et fine , Tei zéma aigu laisse peu de traces de son passage, et rinjection des capillaires au niveau des parties afTectées ne tarde [)as à disparaître com[)lélem('nt. Au contraire, chez les sujets au déclin de l';^ge, chez ceux qui ont la peau brime et sèche, chez les hounnes spécialement, les surfaces qui ont éié le siège de Tèruption conservent u!ie teinte brune plus ou moins foncée, qui persiste plusieurs années, souvent même toute la vie. Quelle est celte matière colorante? comment s'eslelle répandue sur le derme? comment y prolongc-t-elle sa durée? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer dans Télat actuel de nos connaissances.

IJ. Eczéma cnROXfQUE. Si l'on assiste au développement de cette maladie, on la voit se manifester par une éruption de vésicules très fines, agglomérées, d'ordinaire sans auréole inflammatoire, qui ne tardent pas à se rompre et à laisser suinter une Ii(|ueur séreuse plus ou moins limpide. Celle ci se répand sur la poriion du tégument qui est hî siège de la maladie, la rougit, rendammc, Tcxcorie, la fendille et détermine une nouvelle exhalation séreuse qui se joint à la première, et se convertit par la dessicealiou en larges 8(iuammes milices , jaunâtres , irrégulièies. C'est à ces phénomènes de transsudation et de formation de lames écailleuses, que ralleciion doit le nom de dcir- Ire squammcusc hinnidc ; ( ependant , dans certains cas , surtout si le mal est ancien, les siiuammesne semblent pas formées par la concrétion d'un suc exhalé, mais ce sont plutôt de larges pUujues d'èpiderme soulevées |)ar les couches sousjacenles. lîornée d'abord à une surface l»eu étendue la dartre s'agrandit et gagne de i)roehe en i)ri)clie, soir par de nou\ elles éruptions (le vésicules, soil, coinme dans queli|ues cas cela semble avoir lieu, par l'irrilaliou et l'erosiou (|ui lesultenl de l'cpanchemenf, sur les parties voisines,

des matières transsudées. La douleur et la démangeaison, peu marquées dans certains cas, sont, dans d'autres, portées au point de devenir intolérables.

Après avoir ainsi esquissé à grands traits les phénomènes généraux de l'éruption dartreuse, nous allons revenir sur les principaux d'entre eux, afin de les examiner en détail.

1« État de la surface malade. « Chez les vieillards ou chez les individus lymphaU(|ues à peau blanche et molle, l'éruption vésiculeuse ayant eu monis d'énergie.... il y a des plaques étendues, irrégulièies; elles sont suivies par des traînées de petits points inflammatoires, qui sont les traces de vésicules ouvertes. Les débris épidermiques qui se montrent sur tous ces points sont moins larges ; la sécrétion de l'épiderme est moins active; quelques petits suintemens à demi solidifiés s'y mêlent avec les traces de vésicules par des sillons ouverts, et qui ressemblent assez à des égralignures profondes. On voit apparaître au milieu de ces surfaces enllammées, de faibles éruptions vésiculeuses qui s'ouvrent prématurément et donnent, par suite d'une infiammation un peu plus vive, un aspect plus aigu.»(Biett, art. cit., p. 167.)

Ailleurs, ce sont de larges surfaces, d'iui rouge flamboyant , olTrant çà et là des excoriations, des éraillures, des gerçures superficielles; la peau est ramollie, tuméfiée, incessamment baignée par un suintement séreux , saignant avec facilité et recevant aisément l'empreinte des linges dont on la recouvre. Dans d'autres cas, la peau est sèche, tendue, d'un rouge terne ou rosé, ou même jaunâtre, quelquefois cependant assez vive et couverte décailles épidermati(|ues tout- à -fait analogues à celles du psoriasis. Enfin, ces divers états peuvent se présenter alternativement et à plusieurs reprises chez un même individu.

2'» l'èsicules. A lire les descriptions des auteurs anglais et de leurs sectateurs en France, on croirait que l'eczéma est une maladie vésieuleuse, comme l'est la gale, comme l'ecthyma est pustuleux, comme le [)rurigo est papuleux , etc.; il n'en est rien. Dans l'Iunnense majorité des cas, la première éruption de vésicules dure au plus un jour ou deux ; et dans tout le cours

ECZÉMA

de la maladie, il faut apporter un soin extrême pour les saisir momentanément à leur apparition sur les surfaces enflammées, tant la durée de leur passage est fugitive. Ajoutons que , dans une foule de circonstances, il ne semble pas que des éruptions secondaires aient eu lieu, et le suintement paraît se faire par les fissures, les éraillures, etc., dont la peau altérée est couverte. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet à propos du diagnostic, et au mot Peau.

5° Liquide exhalé. Alibert a surtout insisté sur les différences que ce liquide peut offrir dans divers cas. « La peau, irritée, dit-il, laisse transsuder continuellement une humeur semblable à de la rosée ; cette humeur s'échappe par petites gouttes; elle est quelquefois si abondante, qu'elle imbibe et traverse tous les linges appliqués sur le corps; elle exhale une odeur qu'on peut , jusqu'à un certain point, caractériser, et qui se rapproche beaucoup de celle de la farine gàtee ou de celle du bois pourri et vermoulu ; elle a quelque chose de nauséabond. »( Traité des dermat., t. ii, p. 56.)Et un peu plus loin : « Le matin, l'œil du médecin observateur est véritablement effrayé, quand il s'arme de la loupe et qu'il aperçoit celte quantité énorme de vésicules confluentes, ces orifices sans nombre d'où suinte et jailHt une eau tantôt limpide, tantôt terne, et comme lactescente. Quand les malades viennent de subir leur crise, on croirait qu'ils sortent d'une chaudière pleine d'eau bouillante; leur peau est encore toute fumante de cette exhalation ietide qui rappelle celle d'une brûlure en suppuration. Les lits sur lesquels ces malheureux ont gémi sont inondés d'un déluge d'eau rousse. » (Id. ibid., p. 39.)

A ces cas graves, dont la [)lume pittoresque de l'auteur des dermatoses a si énergiquement tracé le tableau, on peut opposer ceux dans lesquels la surface cutanée est sèche, aride, comme [)archeminee; du reste, une foule de nuances intermédiaires se rangent entre ces deux états extrf^mes.

À" Des ff/uammes. Nous avons dit qu'elles étaient tantôt le résultat de la concrétion du fluide exliab*, tantôt lUie altéralion, une modification de re[Mderme. V oici

l'excellente description qu'en donne M.

Dauvergne dans la thèse déjà citée. « Les squammes sont des plaques épidermatiques plus ou moins étendues qui se détachent de la peau. Produites pendant que l'enveloppe cutanée est sous l'influence morbide, ces écailles ne possèdent pas tous les caractères de Tépiderme. La couche muqueuse faisant tous ses efforts pour se couvrir et se protéger sécrète , comme par une impulsion physiologique , la matière épidermatique; mais la phlegmasie qui l'affecte s'oppose en quelque sorte à ses intentions, et ne lui permet de reproduire qu'un épiderme imparfait, peu solide, qui se rompt, se fendille, et constitue ainsi les écailles qui se résolvent sans cesse. C'est presque toujours la formation d'une nouvelle écaille qui en chasse une autre, en rompant par son interposition les faibles liens qui l'unissent à la couche muqueuse. Ces écailles ont un aspect différent , suivant qu'on les observe sur tel ou tel individu. Chez l'un, elles sont parfaitement blanches, translucides, fines, et semblables à des pelures d'ognon ; chez d'autres, on les voit plus épaisses, d'un blanc mat ou même jaunâtre. Tous ces phénomènes dépendent de l'exsudation qui s'effectue en même temps sur la peau. Chez les uns, elle est à peine appréciable , et les écailles sont translucides; chez d'autres, la matière, roriforme quoique limpide, macère en quelque sorte ces écailles et leur fait perdre leur transparence , qu'elles recouvrent quelquefois lorsqu'on les soumet à la dessiccation. Enfin, si la peau, au lieu d'un liquide limpide, produit une matière séro-purulente , soit par les progrès de la phlegmasie cutanée , soit par une autre inappréciable , les débris epidermatiques s'imprègnent de ces matières, et deviennent jaunâtres et plus épais; dans ces cas spécialement, on les voit s'agglutiner les uns aux autres. I\Iais tous ces accidens ne dénaturent point la maladie ; «ille conserve sa forme squamineuse. » [Thcse citée, p. 3U.)

S'> Le prurit et la démangeaison sont les princi[)aux phénomènes physiologi- (jues offerts par la dartre sijuanuncîuse. 'Jous les auteurs sont unanimes [mur signaler les tourments qui, (luis certains cas, portent les malades a se déchirer et à bc

soo

ECZÉMA

mettre en quelque sorte en lambeaux.

Écoutons Alibeit. le pluséloquenthistoriographe des maladies cutanées. « C'est surtout lorsque riierpès squammeux se trouve à Tétat humide et que la peau est imbibée de toute part par la rosée ichorcuse, que les démangeaisons deviennent insupportables : toute la surface du derme est si violemment irritée , qu'elle rougit comme le carmin ou comme un fer devenu incandescent; les malades ne parlent plus que (ïdcreté du sang, de feu Iniéricur qui les dévore, etc.; il en est qui souffrent comme s'ils étaient dans un brasier ardent; d'autres ressentent comme des flammes qui montent et traversent subitement le visage ou toute autre partie du tégument. Les paroles sont en vérité insuffisantes pour décrire les tortures auxquelles ces malheureux sont en proie.

)) Il est vrai que les démangeaisons provoquées par la présence de l'herpès squammeux humide ne sont pas continues; les malades ont des instans de relâche, durant lesquels les douleurs prurigineuses paraissent un peu amorties ; mais leur corps semble receler des humeurs ennemies qui éclatent pour la moindre cause;tout-à-coup, et sans qu'on s'y attende, une crise nouvelle se déclare , et un nouveau prurit se fait sentir. La susceptibilité de la peau s'exalte à un tel point qu'elle absorbe toutes les facultés de rame. 11 serait alors impossible d'arrêter l'ardeur que ces malheureux ont à se gratter ; loin de s'apaiser , cette ardeur augmente de violence à mesure (pi'ils se déchirent. L'heure de la nuit, que d'autres attendent avec tant d'impatience , devient une heure fatale pour eux, puisque c'est l'heure deleursupplice. 31 y avait à l'hôpital Saint-Louis un homme qui se tourmentait automatiquement avec ses ongles pendant toute la durée de son sommeil; il ne se réveillait jamais qu'au milieu des débris san^'lans de son épiderme. Il ressemblait à un animal écorché. » {Ouv. cit.^ p. 57.) Ces démangeaisons sont exaltées au moindre écart de régime commis par le malade; l'usage des boissons fermentees, du thé , du café , des substances trop épicées, la chaleur atmosphérique, ou celle (pie l'on dé\eloppc artificiellement dans les apparlemens,le reproduisent avec une grande lacililé. liiett,

{art. cit.^ p. 179) attribue le prurit cutané à une modification pathologique de l'innervation du derme et il apporte pour preuve l'observation d'un homme atfeclé d'une paraplégie et chez lequel survint un eczéma très intense et presque général. Les plaques situées au dessus de la paralysie étaient le siège d'un sentiment d'ardeur intolérable, tandis que celles situées sur les parties privées de sensibilité ne lui causaient aucune douleur. Enfin chez certains sujets , la démangeaison manque complètement. A peine y a-t-il par intervalles un peu de chaleur et de fourmillement.

6" État des parties voisines. «Il est rare, dit Biett ( art. cit.^ pag. 178) , qu'une éruption eczèmatique prolonge sa durée sur r.ne surface quelconque , sans que les vaisseaux lymphatiques ne participent à cet état inflammatoire : les glandes voisines se gonflent, se tuméfient, et ne tardent point à devenir douloureuses. Au cuir chevelu, l'eczéma produit un engorgement inflammatoire des glandes cervicales. Aux jambes, aux cuisses, au scrotum, à la vulve, les ganglions lymphati(pies de l'aine s'irritent et se gonflent bientôt. iMais ces inflammations sympathiques doivent être soigneusement distinguées des affections struineuses. )>

De quelques variétés de Veczéma chronique,quant au siège.

1" Eczéma du cuir chevelu. Il en sera question à propos des affections désignées sous le nom de Teignks.

2" Eczéma du pourtour des orifices naturels. Cette variété a été désignée par Alibert sous le nom de dartre squammcuse orbieulaire à cause de la forme arrondie qu'elle affecte ordinairement autour de diverses ouvertures naturelles. On la rencontre aux parties suivantes :

a. Eczéma des oreilles. Tantôt il existe seulement en arrière, et la surface malade plus ou moins humide , plus ou moins rouge, présente des gerçures et de légères exulcérations ; (juelquefois Técoulement est assez abondant. Quand l'affection est plus intense le pavillon de l'oreille est envahi , il est alors rouge , tendu , luisant , recouvert de squammes : l'afleclion peut pénétrer dans le conduit auditif, en boursoufler les parois, et gêner ou même em-

ECZÉMA

sol

pécher Taudition ; quand la tension est } au rapport de M. Biett {art. cit., p. 184),

très marquée, il peut y avoir douleur dans les mouveniens de la mastication. On remarque que cette forme est plus fréquente chez les enfans que chez les adultes et chez les femmes que chez les hommes.

i. Eczéma des paupières. Tout le cercle formé par l'orbiculaire est envahi, souvent le bord des paupières participe à la phlegmasie; de là une blépharite des plus opiniâtres, enfin le mal peut s'étendre jusque sur la conjonctive.

c. Eczéma des lèvres. L'aspect de la face est notablement altéré ; la peau qui semble rétrécie par le fait de Tinflammation est ordinairement sèche , fendillée en sillons qui rayonnent autour de la bouche, et toute écailleuse ; les lèvres sont tuméfiées et tirées en dehors. Toutes ces parties sont le siège d'une tension des plus incommodes.

d. Eczéma des mamelles. Les nourrices, des femmes qui n'ont point eu d'enfans et même de jeunes filles le présentent assez souvent. Autour du mamelon on voit s'arrondir un cercle rongeàtre, ordinairement fort régulier, recouvert desquammes minces et jaunâtres. Il n'est pas rare d'observer en même temps l'engorgement des seins et même des ganglions axillaires.

Cette variété est encore fort rebelle.

€. Eczéma de la vulve. Parmi les affections daitreuses , il en est peu qui occasionnent des tourmens aussi cruels que celle dont nous parlons. Elle se montre souvent chez les femmes affectées de leucorrhée dont la matière est acrimonieuse , ou chez des femmes douées d'un très grand embonpoint dont les grandes lèvres sont soumises pendant la marche à des frottcmens répétés. Quelquefois des parties e.Klernes l'irritation gagne la murpicuse des petites lèvres et pénétre môme jusque dans 1«; vagin, il en résulte des rléinangeai^ons dont rien no saurait (!X[)rimer la violence et qui conduisent quehpjefois les femmes à la nympliomanie.

f. Eczéma du scrotum. 11 se montre assez fréfiuemment dans cette région et s'étend même sur le pénis et à la face interne des cuisses; il en résulte fies érections presque continue,lles^ dr)uloureuses, et très fatigantes pour le malade; la tension des parties pendant l'éreclion peut ,

déterminer des déchirures de la peau et par suite des hémorrhagies assez abondantes. Quand l'inflammation est très intense, le malade ne peut se livrer au moindre mouvement sans voir se renouveler une cuisson et un sentiment de brûlure des plus violens.

g. Eczéma de l'anus. C'est aussi une affection assez commune entretenue par les frottemens de la marche, et le passage des matières fécales; les démangeaisons sont encore ici portées au point de devenir intolérables et d'obliger les malades les plus fermes et les plus résignés à déchirer les parties prurigineuses.

h. Eczéma des mains. Il s'observe chez les ouvriers exposés à toucher des substancesirritantes, notamment chez les épiciers. C'est encore ordinairement aux mains que se développe l'eczéma solare : au reste, et chose assez remarquable, jamais la maladie qui nous occupe ne présente aussi nettement le caractère vésiculeux que sur les extrémités des membres supérieurs.

i. Eczéma des jambes. Il se montre surtout chez les vieillards et principalement chez ceux qui ont des ulcères aux jambes. Dans ces cas la peau est lisse , tendue , d'un rouge livide, recouverte de squammes variables pour l'épaisseur et le nombre en raison de l'abondance de l'écoulement, ou de la sécheresse des parties malades.

Marche et durée. Nous avons vu, dans l'étude détaillée des symptômes à laquelle nous nous sommes livré, combien de variétés l'eczéma pouvait offrir sous le rapport de la marche : tantôt peu considérable et borné à un petit espace (eczéma simplex), il est terminé en quelques semaines ou même en quelques jours ; tantôt occupant une grande portion, sinon la totalité de l'enveloppe légumentaire (eczéma chroni- (pie), il peut durer pendant des années entières soit d'une manière continue, soit, ce qui est le plus commun, avec des alternatives de guérison et de récidive. Ici la formfî chroni([ue succède à l'elat aigu , et se perpétue [)ar des recrudescences qui s'accompagnent de tous les phénomènes généraux de Vacuité; ailleurs l'état chronicpie sf! montre d'emblée et les progrès se font d'une manière lente et insensible.

INous n'en finirions pas si nous voulions

dOS

ECZÉMA

décrire tous les aspects divers, toutes les vicissitudes que la darlresquammeuse humide [)cut présenter dans son cours.

Terminaison. » Après un espace de temps plus ou moins long , les démangeaisons s'apaisent , Pexlialation séreuse diminue peu à peu; bientôt elle cesse : les squammes deviennent plus sèches, la peau est moins entlammée. La surface qui est le siège de rèru|)tion se rétrécit, la circonférence se guérit la première; les lamelles deviennent plus minces et plus petites , hientôl elles ne se forment plus , la peau reste un peu plus rouge que dans Tétat naturel , mais cette couleur ne larde pas à disparaître. Enfin la maladie est souvent réduite à une très petite surface rouge , sèche , se recouvrant de lamelles extrêmement minces. La peau environnante est lisse , tendue et unie , elle ne reprend que lentement son état naturel; la rougeur , comme nous Tavons indiqué , persiste toujours pendant nu certain temps aprèsla disparition de réruption.)» (Cazenave et Sclierlel , ouv. cit. , p. 84.)

Suivant Biett ( art. cit. , pag. 188 ) , dans certains cas en (pielque sorte exceptionnels , l'eczéma peut se terminer par la forme bullousc du pempiiygus. Les bulles se succèdent, mais après (pi'elles se sont déchirées , elles s'étendent par leurs circonférences de manière à former une surface squammeuse continue. (F. Pemphy-

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