‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 94 sur 117 · U8 ÉLÉPHANTIASIS · texte numérisé non relu

U8 ÉLÉPHANTIASIS

la maladie qui nous occupe ? La plus ancienne opinion est celle d'Avicenne, qui compare l'éléphanliasis aux varices et Tattribiie aux mêmes causes qui produisent celles-ci ; il accuse surtout un phlegme grossier. {Opéra , lib. m , fen. 21 , tr. i ; cap. 16 , 1. 1 , p. 987; édit. des Juntes, Venise, 1608, fol.) P. Alpin croit que la mauvaise alimenlalion engendre une pituite épaisse qui tombe vers les pieds et y pro~ duit ces tumeurs squirrheuses et œdémateuses. {Oper. cit. , p. 26.) Ilendy , puis 31. Alard {ouv. cité, p. 507), regardent comme cause directe Tinflammation des vaisseaiix et des ganglions lymphatiques ; Alard va même jusqu'à rapprocher l'éléphantiasis de Térysipèle. « Dans l'érysipèle, dit-il, rinflammation se bornant à la superficie de la peau^si elle produit la rupture de quelques vaisseaux, le fluide épanché .soulève Tépiderme et produit les phlyctènes qui ont ordinairement lieu. Dans celle que nous décrivons, au contraire, elle a son siège dans les lymphatiques souscutanés, comme l'indiquent la trace rouge et les bosselures qui suivent le trajet de ces vaisseaux, et de là se propage au système capillaire; aussi , répanchement (;ui en résulte est beaucoup plus profond et plu.s considérable, et , au lieu de soulever Tépiderme, il s'infiltre dans le tissu cellulaire, s'insinue dans les aréoles du chorion, s'y coagule par un long séjour, et donne à la peau une très graride épaisseur. » Cette opinion fut coinbaitue par Î\I. Bouillaud, d'abord dans le compte rendu de l'ouvrage d'Alard {Archives gcncrules de médecine, t. VI , p. 315), puis à l'aide d'une observation dans laquelle le professeur que je viens de citor fit voir lu rôle important que jouait loblitération des veines. {Archives y t. VI , p. 567.) M. Gaide (même journal , t. xvii, p. 553) ptd)lia deux observations recueillies sous les yeux de M. Rayer, et dans lesquelles se trouvaient confirmées les opinions de ]M. l^ouillaud sur l'oblitération des veines. 31. Talire a rapporté un cas pareil dans le même but. {ncvuemcd.^ 1830, t. iv, p. 29.) Nous reparlerons plus loin de ces faits a l'occasion de l'anatomie [)athologi(]ue et des symptômes.

-inatomie palhologique. 'Sous emprunterons en grande partie à M. Ilayer {Dici.

en 13 vol. , art, ÉléphantiAsîs , t. vu , p. 55 et suiv.) les détails anatomiques qui vont suivre,

1° État de la peau. « A la suite de ces intumescences des membres inférieurs, la peau distendue peut conserver sa couleur et à peu près sa teinte naturelle; mais plus souvent elle est hypertrophiée , au moins sur quelques points , et ressemble assez bien à de la couenne. L'épiderme est ordinairement très épais. Au-dessous de lui, 31. Th. Chevalier {Med. and chir. transact.., t. XI, p. 65) a trouvé les papilles de la peau excessivement élargies , allongées et proéminentes à la surface du derme; sur les points où ces papilles étaient moins développées , Tépiderme était plus mince. Le chorion éiait tellement hypertro[)hié, que, dans quelques parties, il avait un demi-pouce d'épaisseur et présentait l'aspect granulé qu'il offre dans les grands quadrupèdes. Par sa face profonde, il adhérait au tissu cellulaire induré avec lequel il se confondait insensiblement. Du reste , il n'était ni injecté ni modifié dans sa couleur. » (Kayer, art. cité , p. 55.) La peau, disséquée avec soin, offre, de dedans en dehors, a de petits lobules de tissu adipeux réunis par du tissu lamineux sain ; b au-dessus est le chorion manifestement hypertrophié, imprégné de sérosité et envoyant dans le tissu cellulaire sous-cutané des prolongemens fibreux ; c plus en dehors existe une couche de fibres parallèles dirigée de la face extérieure du chorion vers l'épiderme. Cette couche est formée [)ar les i>apilles, d'un rose violet, manifestement allongées, mais inégalement dans les différentes parties de la peau. La face superficielle du corps paf)illaire ainsi développé offre des mamelons irréguliers.

d La couche albide, avec ses follicules devenus très apparens , recouvre la précédente, e Enfin , l'épiderme épaissi , rpiclqucfois squammeux, forme l'enveloppe la plus extéiieure. {Idem.^-p. 56.)

2" État du tissu cellulaire sous-cutané. Il a été trouvé plus dur à mesure qu'il était plus voisin du derme. « On a vu le tissu adipeux acquérir un développement très manpié. .l'ai aussi trouvé le tissu cellulaire infiltré comme dans les hydropisies anciennes. 3L Fabre a vu le tissu cellulaire sous-culanc converti eu une couche

ELEPHANTIASIS.

épaisse, dure, presquefibro-cavtilagineuse, présentant sur plusieurs points de petites plaques ossifiées, adhérant tellement à l'aponévrose jambière, aux nerfs et aux vaisseaux qui la traversent, qu'il était impossible d'isoler ces diverses parties. Le tissu cellulaire sous-aponévrotique participait aux mêmes altérations , mais à un moindre degré. » ( Id. iiid., p. 59.) Dans un cas , M. Andral a vu les muscles d'un membre réduits en quelques faisceaux minces et décolorés , et environnés d'une masse énorme de tissu cellulaire condensé , et offrant çà et là de petites cavités remplies de sérosité. ( Traité (Tanat. pa(h., t. i , p. 277.)

3° État du système lymphatique.UendyetAlard y avaient, comme nous l'avons dit, attaché une grande importance : assez souvent, en effet , on trouve des lésions de ce système. Les ganglions du membre affecté ont été vus indurés et augmentés de volume; ailleurs, ramollis, friables, encore rouges ou rougeàtres , ou passés à l'état d'infiltration purulente. Quant aux vaisseaux eux-mêmes leurs altérations sont plus difficiles à constater : Alard les a rencontrés très dilatés et leurs parois affaiblies au point de ne pouvoir résister aux injections. {Ouv. cit., p 255. ) M. Fabre n'a pu les découvrir au milieu de la masse du tissu cellulaire induré : MM. Rayer et Gaide les ont trouvés à l'état normal.

{^Archgén. de med., t. xvii , p. o55-oo7.) Quand le système lymphatique de la région affectée est resté intact , s'agissait-il d'un véritable éléphantiasis ?... M. Cazenave élève des doutes à cet égard.

4" État des veines. C'est M. Bouillaud, avons-nous dit, (jui, le premier, a fait voir le rôle que pouvait jouer Toblitéiation des veines dans la production de l'éléphatiliasis. On a reconnu (jue, dans plusieurs cas, ces vaisseaux étaient notablement rétrécis , et que leurs parois avaient pris l'aspect artéiiel. Dans le cas rapporté par M. Houillaud, c'était la veine cave inférieure qui se trouvait oblitérée. Dans les cas de MM. Oaide et Fabre, les saphènes étaient arlérialifcées et leur calibre avait entièrement ou presque entièrement disparu ; mais, dans ces derniers ca-;, les fiégordrcs etaient-ils priiniiifs ou consécMitifs à riiyperlrophie du membre? JNous serions

porté à croire que ces épaississemens, ces oblitérations sont le résultat du travail morbide qui a modifié la texture des autres organes.

3» État des artères. Ici, rien de positif. Les uns (Hendy) les ont trouvées dilatées ; d'autres (Fabre) ossifiées ; d'autres enfin (Gaide) ont pu s'assurer qu'elles étaient restées parfaitement saines.

6° État des nerfs. Dans plusieurs cas, les nerfs avaient augmenté de volume, présentaient des renflemens, et étaient manifestement indurés. Dans d'autres , ils étaient tout-à-fait sains.

70 État des muscles. Ils sont ordinairement décolorés, transformés en substance graisseuse, ou atrophiés, offrant les caractères du tissu fibreux ; on y a aussi signalé la présence d'ossifications.

8° État des os. Ils participent habituellement à l'hypertrophie du membre. Chez le malade de M. Fabre, le tibia et le périnée, qui avaient plus que doublé de volume, étaient unis entre eux et formaient en quelque sorte un seul os tout couvert de productions osseuses , très probablement sécrétées par le périoste.

9° État des viscères. Ici, il n'y a rien de constant et rien qui annonce une action de cause à effet. Les divers désordres rencontrés dans les autopsies n'avaient aucune liaison avec l'éléphantiasis.

Symptômes. La plupart des auteurs ayant copié littéralement l'iiistoire de l'éléphantiasis donnée par Alard, sans même citer la source à laquelle ils l'avaient empruntée, nous ne nous montrerons pas plus diflicile que ces écrivains , tout en eiant plus scrupuleux; nous mettrons entre des guillemets ce qui appartient à l'auteur que nous venons de nommer.

« l 'invasion est brusque et inattendue, elle n'est ordinairement annoncée par aucun symptôme précurseur, par auoine dis[)osilion |)arliculière. On ressent d'abord une douleur plus ou moins vive dans une glande ou sur le trajet des principaux troncs des lynq)hati<|iies ; presque toujours une corde dure, nouante et tmdue... suit la même direction «jiie les douleurs. Quehpjefois cette corde est surmontée d'une irMce rou:.,M! (pii a la largeur d'un mhan de fil, et d aiilres l'ois elh; n'est sensible (|u'au loucher. La partie affectée

rougit, se gonfle, et prend une apparence érysipélateuse; dans certains cas phlegmoneux, Tarticulation voisine est maintenue raide et flcchic par la contraction des muscles fléchisseurs ; et si le bas-ventre est le siège du mal, cette contraction produit un sentiment d'ctouffoment. La fièvre concomitante doit surtout fixer notre attention. Elle présente un frisson prolongé, qui a le singulier caractère de redoubler au moindre mouvement ; il est accompagné de nausées et de vomissemens^ dont il semble inséparable, surtout dans les accès un peu manjués-, s'il cesse, on les voit s'arrêter tout-à-conp ; s'il recommence, ils reprennent en même temps que lui ; ils ne font rejeter que les boissons qui se trouvent déjà dans l'estomac, ou, si malheureusement ce viscère ne contient rien, leur violence fait quelquefois rendre du sang. La bile ne vient qu'après des efforts réitérés et en petite quantité; son passage dans la bouche laisse un goût d'amertume, quoiijue la langue soit d une belle couleur ; les nausées fatiguent beaucoup les malades; ils sentent le besoin de vomir, quoicju'ils ne rendent (jue de Peau ou de la tisane, et lorscpfils y parviennent après de violens elfurts, leur malaise et leur anxiété diminuent ; le délire survient (juehjuefois. Les mahides sont presque toujours tourmentés d'une soif très grande, et, dans (pielques cas, inextinguible ; la chaleur qui succède est intense, les sueurs sont tellement copieuses, qu'elles traversent des linges plies en plusieurs doubles; elles sont tantôt générales, tantôt partielles, et souvent l'un et l'autre tour à tour ; ces chaleurs et ces sueurs ne sont pas séparées du frisson, de manière qu'elles ne puissent jamais se confondre. On peut voir citte réiuiion toutes les fois (pie le m.ihule se remue, pendant le second stade de l'accès, car les douleurs, le frisson, le vomissement, (pii étaient un peu apaisés, se renouvellent aussitôt , et les symptômes se rcunissent alors avec unech.ileur intense de la peau, et une sueur (jui ruisselle du front et île tout le corps.

» Après une durée qui varie suivant les sujets, cette sorte de fièvre laisse dans la partie alîectée un gondement et une inflaramaliun (pii continuent pendant plu-

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