ÉLÉPHANTIASIS
sieurs jours. L'inflammation se dissipe; mais le gonflement, quoiqu'il diminue d'abord avec elle, augmente bientôt de jour en jour, dans les deux ou trois mois qui suivent. » [Ouv. cit.^ p. 218.)
Cet ensem!)le de symptômes constitue un acres, ces accès se reproduisent avec une fréquence variable ; Ilendy en a obseivé jusqu'à quatorze dans l'espace d'un an ; d'autres fois, ils ne reparaissent qu'au bo'it de plu leurs années. A chaque nouvelle invasion des accidens, les tissus subissent une altération nouvelle, et arrivent enfin au point de présenter les phénomènes anatomi(iues que nous avons exposés plus haut.
» La peau, qui , dans les premiers temps de la maladi**, est restée lisse , qui ne présente long-temps qu'une teinte plus blanche, une renitence plus mar(piée, cpielquefois un aspect légèrement bleuâtre que lui communitpie l'étal variqueux des veines qui la sillonnent, finit presque toujours par s'altérer d'une manière j)lus ou moins grave. Elle se rembrunit d'abord , puis elle acquiert de la rudesse. Dans quelques" cas, elle est le siège d'indammalions de nature diverse; il s'établit un léger suintement, et elle se recouvre de petites squammes minces, jaunâtres; d'autres fois au contraire, elle devient plus rugueuse, elle présente des écailles analogues à celles de l'ichthyose, ou bien elle se recouvre de petites végétations molles, fongueuses... Enfin , dans quelques circonstances, elle présente des fissures, des crevasses, des ulcérations qui sont recouvertes de croiltes jaunes et très épaisses ; on a vu alors les glandes lymphatiques tomhcr en sup|)uration , quelquefois en gangrène, des abcès indolens donner lieu à (les suppurations |)r()fondps, fétides, intarissables, au milieu d'un membre devenu énorme, et d'une dilforrnilé extraordinaire. "(Cazenave, Diction, en 23 vol., art. Élépiiantiasis, t. xi, p. 282.)
f^ariéti'S. Les seules différences que présente rele[)hanliasis sont relatives au siège (pi'il oceui)e, nous allons l'examiner dans les diverses régions, par ordre de fréquence.
i» KU'phauliasis des membres inférieurs. C'est le volume énorme que les jambes acquièrent dans cette maladie qui
ÉLEPHA.NTIASIS.
lui a fait donner le nom à'éléphantiasis. L'affection commence par une inflammation plus ou moins fréquemment répétée des ganglions lymphatiques de Taine et de la cuisse. <f Le membre, comme le dit M. Rayer (arf. cit.^ p. 54), peut acquérir des formes si bizarres, des dimensions si disproportionnées avec celles des autres parlies, qu'il est impossible de s'en faire une idée sans en avoir vu quelques exemples, ou du moins sans avoir consulté les dessins qui en ont été publiés. En effet, tantôt la tumeur est pleine et unie comme un sac bien rempli ou comme une outre.
Tantôt elle est par élages, de sorte que chacun des accès paraît avoir fait sa tumeur particulière. » Le plus souvent, il se forme au-dessus des malléoles un énorme bourrelet, qui retombe sur le pied dont il cache une partie plus ou moins considérable. M. Gaide a vu dans un cas la circonférence de la jambe au-dessous du genou offrir jusqu'à 1 pied 2 pouces 8 lignes [Mém. cit., p. 545) ; Hendy a vu un malade dont le membre inférieur avait 56 pouces de circonférence dans tous les points de sa hauteur. Tantôt un seul membre est affecté, tantôt les deux sont simultanément ou successivement envahis. La marche se trouve notai)lement gênée, par suite de cette tuméfaction; ce[)endant, au rapport de Cook, un grand nombre d'insulaires de la mer du Sud , qui présentaient cette maladie à un très haut degré, en paraissaient fort peu incommodés.
2" Éléphantiasis du scrotum. C'est la hernie citarmte de P. Alpin, Vandrum de Kempfer , le sarcocèle d'Egypte de M. Larrey, etc. Ici, ce sont les ganghons inguinaux dont la phlegmasi(î ouvre la scène. Le scrotum peut acquérir d'énormes dimensions. Le P. IVlazeret , jésuite missionnaire a Pondicliéri , envoya à Dionis , en i7H) , un dessin représentant un monstrueux sarcocèle dont était allccté un pauvre malabou. Ce sarcocèle , dit le P. Mazer<'t , « avait 1 pied 5 pouces et <» lignes de hauteur, et 1 pied 5 pouces de largeur sur le devant, i»arce que, sur le derrière, il était plus petit; il avait de circonférence 5 pieds G [jouces et? Ii;,'nes; il pesait , autant (|nc je l'ui pu juger , (io livres. » (IJionis, Cours d' op vrai ions , <S« èdil., p. 575.) La tumeur opérée par iJel-
pech [Chir. clinîq., t. ii, p. 8) pesait aussi 60 livres. Dans un cas rapporté par Clot- Bey , le poids du scrotum induré s'élevait jusqu'à 110 livres. Chez un sujet observé à Toulouse , et dont la maladie fut l'objet d'un rapport , la tumeur offrait également d'énormes proportions , et cependant « il allait et venait, dit Alibert {puv. cit.., p. 505); il était d'une activité continuelle. Se trouvait-il fatigué, il se mettait, pour ainsi dire , à califourchon sur sa tumeur et s'y reposait comme sur un siège. Il pouvait prolonger long-temps cette position sans éprouver ni douleur , ni malaise : Texpérience même lui avait appris que c'était le meilleur moyen de faire cesser des tiraillemens pénibles qu'il ressentait par intervalles dans cette vaste tumeur. Chose digne de remarque , plusieurs des malades dont on a publié l'observation ont conservé long-temps encore les facultés génératrices. » ( ^. d'ailleurs Scrotum [madies du].)
5° Éléphantiasis de la verge. Plusieurs auteurs en rapportent des exemples : le fait suivant, publié par M. Gibert, donnera une excellente idée de la maladie.
(f En juillet 1854 , nous eûmes occasion d'observer à l'hôpital Saint-Louis un adulte atteint d'un éléphantiasis... occupant le pénis et le pénil. La verge, énormément tuméfiée et indurée , avait le volume du pénis d'un mulet. La peau de cette partie, hypertrophiée, mamelonnée, hérissée d'une foule de granulations verruqueuses qui lui donnaient un aspect analogue à la surface des chou- fleurs, était un peu altérée dans sa couleur. Le gland, déformé et confondu avec le prépuce , était également défiguré par des graïujlations verruqueuses , qui ne permettaient que didici- Icment de reconnaître le méat urinaire, La peau dti la région du pubis et des aines était indurée et parsemée de bourrelets rcsistans. Le malade;, d'ailleurs, n'éprouvait aucune douleur , urinait librement, avait même i)arfois des érections qui raidissaient la verge sans en accroître sensi- ])leinent le voIuuk!. Cette allection , dont l'origine lemonlait à (jualre aimées environ, avait été précédée d'iuifiort^cmcns inguinaux, etc.... » {'/railc pral. des mal. spùc. de la peau, 2" édit., \). 410.)
A" Éléphant iasis des mambras supé-
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rieurs. Il est af??ez rare , cependant on en possède plusieurs exemples. Cook, relatant les principales circonstances de son séjour à la Nouvelle-Calédonie , rapporte avoir vu plusieurs insulaires « qui paraissaient affectés d'une espèce de lèpre , et avaient les jambes et les bras prodigieusement gros. )) {Abrégé des voy. du cap. Cook par La Harpe, t. iii, p. lio.) Hendy Ta rencontré plusieurs fois; Alard en cite quatre exemples tirés de divers auleurs; M. Rayer relaie aussi trois cas de ce genre. Assez souvent , la maladie débute d'une manière aiguë par Teni^Hiurdissement du bras et des symptômes i)blei:masiques , du côté de l'appareil lymphatique de cette région (Hendy). D'autres frois, la marche est chronique dès l'invasion. (Rayer.)
5° Éléphantiasis de la vulce. Les exemples en sont aussi fort rares. M.
Rayer en a vu un dans le service de Dupuytren. H s'agissait d'une (îlle publique dont les grandes lèvres s'étaient énormément tuméfiées. {Art. cit., p. 47.) Larrey Ta rencontré en Egypte. {lielat. hist. de l'ai mec d'Orient , p. '273. ) IM. Talrich a vu et opéré un éléphantiasis de la vulve chez une Espagnole de trente et un ans qui, depuis son enfance, portait aux parties génitales une tumeur de 14 pouces de haut sur 6 de diamètre. Elle fut opérée avec succès. ( Cliniq. chir. de Delpcch , t. n , p. fis. ) M. Rapatel de ÎMontreuil en cite un exemple fort curieux, et dont il a publié l'observation dans le Journal des connaissances mcdic. praliq.
( t. nr, p. 250). La tumeur extirpée pesait 17 livres 5 onces, et ollVait bien l'aspect cellulo- fibreux et l'infiltration séreuse propres aux hypertrophies éléphantia(|ues; la malade a très bien guéri. ( Z''. la planche qui accompagne l'observation. )
6° ÉlêpJianiiasis des mamcUcs. Il ne faut pas confondre la sinq)le hypertrophie des mamelles avec rélephantiasis pr()[»rement dit. « Cette maladie fait acquérir aux mamelles un tel volume <|u'il faut les soutenir avec un bandage pas>e derrière le cou. Salmuth {cent. 2 , obs. 89) parie d'une femme dont les seins augmentèrent tellement de volume qu'ils pendaient jusqu'aux genoux. Elle avait en même temps sous les aisselles des tumeurs glandulaires
VNTIASIS.
de la grosseur de la tête d'un fœtus. M. Borel , médecin de Castres, cite aussi l'observation d'une femme dont les mamelles devinrent si grosses qu'elle était obligée de les soutenir avec des liens qui passaient derrière les épaules et le cou. (Rayer, art. cit., p. 4î.)
7° Enfin, on a vu Téléphantiasis de la face partiel ou général ; ailleurs , il occupait les parois abdominales ; Bayle Ta rencontré à h marge de l'anus ; en un mot , il n'est guère de région du corps dans laquelle ce mode particulier d'hypertrophie ne se soit montré. Les détails dans lesquels nous sommes entré pour les principales variétés nous dispensent de plus amples développemens.
Marche et durée. Comme nous l'avons dit, la maladie ne se déclare ordinairement sous la forme qui lui est propre qu'après un nombre variable d'accès semblables à celui que nous avons décrit d'après Alard. Dans certains cas , elle a paru débuter d'une manière chronique : s'agissait-il alors de véritables éléphantiasis.^ C'est là une (piestiun à laquelle il serait difiieile de répondre dans l'étal actuel de la science. Quant à la durée .^ elle est ordinairementtrèslongue;ilest très commun de voir rintumescence mettre dix, quinze, vingt ans pour arriver à son plus haut degré , et rester ain^i stalionnaire pendant long-temps encore.
Tcrminuisons et pronostic. La maladie glandulaire peut se terminer par résolution, mais c'est là un cas tellement rare qu'il ne faudrait pas y comi)ter; ce qui peut arriver de plus heureux, c'est de voir la tuméfaction rester à l'état stalionnaire. L'inconvénient le plus à redouter dans cette maladie , ce sont des supi>uralions sons-cutanées, des clapiers , des fistules inlai issables qui fatiguent beaucoup les sujets. « Relativement au pronostic , c'est toujours une maladie fâcheuse, et qui devient d'autant plus grave ([u'elle existe depuis plus long-temps, qu'elle a envahi de plus grandes surfaces, que l'ulcération est plus profonde. Elle est sujette à récidiver : c'est ce que l'on a observé chez des individus auxquels on avait amputé le membre aU'eclé. » (Cazenave, att. cité , p. 287.)
Diagnostic. « Lorsque la maladie dé-