‹ Dictionnaire des dictionnaires de médecine français et étrangers, ou, Traité complet de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 96 sur 117 · ÉLÉPHANTIASIS · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS

bute par des symptômes inflammatoires développés sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, il est facile de reconnaître quel est le siège de l'inflammation. Mais il serait difficile de prévoir si celle-ci n'est que le symptôme précurseur de l'éléphantiasis ; car il n'est pas rare d'observer l'inflammation des vaisseaux lymphatiques sans qu'elle se termine par un endurcissement du tissu cellulaire , et surtout par cette tuméfaction considérable et toute particulière des parties aff"ectées. Cependant si l'inflammation revenait par accès , si chaque accès laissait après lui un gonflement plus marqué, etc., le diagnostic deviendrait plus facile , et serait d'ailleurs d'une grande importance , car on pourrait raisonnablement espérer , à l'aide d'une médication active et continuée dans l'intervalle des retours de l'inflammatiori, d'arrêter le développement de cetie maladie. Ce n'est pas ici le lieu d'ailleurs d'insister sur le diagnostic de cetî.e inflammation à l'état aigu avec la phlébite , l'érysipèle, la névrite^ etc..

» Quand l'éléphantiasis est arrivé à une période plus avancée , quand il consiste dans un gonflement plus ou moins difforme, etc., on pourrait le confondre avec Vanasarque ou Vœdème : toutefois , un examen attentif , la marche de la maladie, qui est tout-à-fait locale , l'intégrité des organes , la résistance et surtout la forme des parties afTectées, l'état de la peau, etc., aideront à distinguer l'éléphantiasis des deux autres afTeclions , qui ont pour caractères la mollesse de la tumeur , la manière dont elle s'est développée , l'état général du malade, la présence de quelques symptômes généraux, etc..

» L'élei)Iianliasis des Arabes pourrait peut être, dans cfriaines formes, être confondu a\ec rélephanti.isis des Grecs, surtout quand la peau est rugueuse , inamt;lonnée. Celte confusion pourrait d'autant mieux exister «jue l'analogie du nom, et le rapprorhemt'Ut (jue quelijues pathnlogiste.^ ont fait de ces deux alleclions, contribuent singulièrement à favoriser l'erreur. Oqjendant il n'y a pas la moinrlre ressemblance entre les symptômes de Téléplianliasis des Arahes et les petites tumeurn molles ou uh^érées, scpar<'es [»ar de» sillons nombreux qui ont succédé à TOME ni.

des taches d'une teinte fauve, etc., qui constituent les caractères de l'éléphantiasis des Grecs. >> (Cazenave, art. cité y p. 285.)

Traitement. 1° Dans la première période, lorsque surviennent les accès entourés de tout le cortège des phénomènes de l'inflammation, les anti-phlogisliques sont très bien indiqués. Ainsi, on appliquera des sangsues sur le membre malade, et surtout le long de la corde noueuse dont nous avons parlé ; on ordonnera eu même temps des lotions et des bains partiels émoUiens, des cataplasmes de fécule de pommes de terre. On pourra aussi exercer sur le membre une compression modérée et mélhodiquement appliquée. Enfin , on favorisera le dégorgement des parties en plaçant la région affectée dans une position élevée^ de telle sorte que le retour 'du sang vers le cœur s'exécute avec facilité; toutefois, au dire de quelques auteurs , qui ont pratiqué à la Barbade (Hendy) , il ne faut pas insister sur les émissions sanguines, à moins d'accidens phlegmasiques très intenses. MM. Player et Cazenave les recommandent instamment dans cette période. On peut, au reste , favoriser leur action au moyen de boissons rafraîchissantes ou légèrement laxatives.

2° Quand V intumescence èléphantia-' que est bien déclarée, les anti-phlogis^ tiques ne sauraient avoir d'efficacité ; et, dit M. Cazenave [art. cit., p. 287) : « je parle ici non seulement des saignées générales, mais encore des sang-ues, et même des ventouses qui ont été beaucoup trop vantées, je crois, dans le traiteiuent de cette affection. Je les ai vu employer plu-ieurs fois sans aucun avantage , et j'ai vu surtout des malades eh<'Z lesquels un y avait eu recours tani de fuis, qu'ils étaient couturés (le cicatrices, n'eii avoir éprouvé aucun soulagement. »

On a C(tnseillé les onctions mcrairirl- /c.v,mais nous ne croyons pascju'on en ait retiré des avantages bien manjues. 1 1 n'en est pas de même de la compression. Klle doit être a|)pli(piée suivant toutes les i ègles de la (bîligation, et avec la plus minutieuse exaelitudiî. Alard et ISayle ont |>.ul'aitement réussi, dans un cas, à gueiir la maladie à l'aide de ce moyen secondé du mas^

HÂ

embaumement;

sage. « J'ai obtenu moi-même, par cette méthode, dit M. Rayer {art. ci^, p. 50), des guerisons inespérées. Elle est surtout applicable aux cas d'éléphantiasis des membres constitués par une hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané avec ou sans infiltration de sérosité. Si elle ne peut réussir complètement, lorsque la tuméfaction des membres est en partie due au développement anormal des muscles et du tissu osseux, elle détermine toujours la résorption d'une certaine quanlité de graisse et de sérosité, résultat qu'on est toujours heureux d'obtenir. »

Les vésicatoin's et les cautères, vantés par plusieurs auteurs, n'ont eu aucun succès entre les mains de quelques autres, et notamment de MM. Rayer et Cazenave.

On a beaucoup parlé des arsenicaux., de Veœîrait iVaconit, etc., leur efficacité est loin d'être constatée. M. Biett employait surtout la compression aidée de frictions résolutives., et de l'emploi de ùouches de vapeur. Quand on a été assez heureux pour obtenir la résolution de l'intumescence éléphantiaque, le malade doit s'assujettir long-temps encore à porter un bas lacé , en coutil ou en peau de chien.

Les causes de l'eléphantiasis étant, on peut le dire, inconnues, on ne saurait guère prescrire de moyens hygiéniques pour l'éviter . Hendy croyait qu'en quittant la Rarbade au début de la maladie, on pourrait la guérir facilement; nous doutons fort qu'il en soit ainsi, lorsque nous considérons que, parmi les observations recueillies en France, il en est qui portent sur des sujets chez lesquels l'alFection s'était déclarée peu de temps après leur retour d'un long voyage dans les régions intertropicales.

Quand le membre est très volumineux, qu'il incommode beaucoup le malade, estil permis, sur la demande expresse de celui-ci , de recourir à l'amputation? 1° pour ce qui est des membres , ^'œgelt' {Arch. gén. de niêd., t. mii, p. -426), Davidson [Expérience., t. ii, p. 104) en rapportent des e\i'nq)les favorables, tandis que Hendy, Schilling, MM. RayerelCazenaNC citent des cas de récidive ; nous pensons donc qu'à moins d'accid<'ns urgens et qui racuuccut la vie des malades, il n'est

pas permis d'amputer; 2« quant à l'eléphantiasis des parties génitales, les beaux succès obtenus par Delpech, ïalrich, MM. Larrey, Clot-Bey, Rapatel, etc., autorisent l'opération. C'est qu'en elFet il est bien moins grave d'emporter une production accidentelle que de priver le malade d'un membre.

EMBAUxVIEMEIVT. On appelle ainsi l'opération par laquelle on cherche à préserver les cadavres de la décomposition putride à laquelle sont bientôt livrés les corps organiques après la cessation de la vie. Le nom que porte cette opération lui a été donné en raison de l'usage que l'on faisait généralement autrefois des baumes ou des substances odorantes pour arriver à ce résultat. On lui donne encore le nom de niomi fi cation , parce que les corps embaumés ont reçu celui de momie.

La coutume d'embaumer les corps était presque universelle dans l'antiquité, mais, comme il serait hors de notre sujet de faire ici l'histoire de cet art chez les anciens , nous nous bornerons à faire connaître les moyens divers qui ont été employés pour l'embaumement, en ayant soin de détailler les principales des méthodes qui ont été ou qui sont encore usitées.

I. La conservation des corps organisés peut être opérée, dans certains cas, à l'aide des élémens eux-mêmes, et sans qu'il soit besoin de faire intervenir aucune opération : ainsi , l'on connaît des exemples nombreux de cadavres qui se sont parfaitement conservés sous l'inlluence de la chaleur ou sous celle du froid , ou encore lorsqu'ils se trouvent inhumés dans certaines espèces de terrains.

1" Conservation par la chaleur. La seule dessiccation des corps suffît pour prévenir leur putréfaction : les cadavres des hommes et des animaux qui périssent dans les déserts brûlans des régions intertropicales, sous ces pluies de sable fin que les vents y transportent quehjuefois, s'y dessèchent au poiiit d'être réduits à peine au tiers de leur poids primitif, puis s'y conservent sans éprouver la moindre altération. « L'existence de la momie des sables, dit M. Gannal [Hist. dcsembaum.^ p. 53), est attestée par une foule de voyageurs, et tous les auteurs qui ont écrit sur les cmbaumemens en ont fait mention »•

EMBAUMEMENT

Sii^

2" Conservation par le froid, «L'excès du froid, dit M. Delens , n'est pas moins favorable que l'extrême chaleur à la conservation indéfinie des substances organisées ; mais il n'en produit point, à proprement parler , la momification : les corps ainsi conservés n'éprouvent , en efi'et , aucune espèce d'altération; ce sont toujours de véritables cadavres qui subissent la fermentation putride dès que la température vient à changer. Ce phénomène n'en est pas moins digne de fixer un moment notre attention. Ainsi, l'on sait que, dans ces climats glacés où règne un hiver perpétuel, les cadavres, abandonnés à l'air ou tout au plus enfouis dans la neige, se conservent long-temps sans aucune altération notable. Au rapport de MM. Ghwostow et Dawydow, lorsque les habitans des contrées stériles de la Sibérie orientale , du Kamtschatka et du nord-ouest de l'Amérique prennent du poisson après que le froid a commencé, ils l'enterrent dans la neige, et le conservent ainsi frais pendant plusieurs mois. M. Cuvier cite même, dans le discours préliminaire de ses i?echerches sur les ossemens fossiles des quadrupèdes , deux exemples d'animaux qu'il suppose avoir été conservés au milieu des glaces depuis la dernière catastrophe terrestre; et il ajoute que la peau et les muscles de Tun de ces animaux étaient si bien conservés que les chairs en ont été aussitôt dévorées par des chiens. »

50 Conservation par certaines espèces de terrains. Le sol de nos climats présente, dans certaines localités, des circonstances particulières qui déterminent la conservation des cadavres inhumés; ces derniers s'y transforment lentement en une matière grasse particulière, dans laquelle I\L Clicvreul a trouvé de la margarine, un compose savonneux, un principe huileux, volatil, de la [lotasse, de la chaux et de l'ammonia(jue. L'enfouissement des corps à une grande profondeur et leur entassement dans des fosses communes et humides sont les principales circonstances qui donnent naissance à ce [)!iénomcne. Le contact d'une eau sans cesse renouvelée accélère encore ce genre de moinification, qui non seulement [laraîtôtre mis à profit dans les arts à Tégard des animaux, mais, au rapport de M. Proust {Journ, dephys.y

t. Lxxxi), semblerait même être appliqué, en Espagne, au corps de ceux qui doivent prendre place un jour dans les marbres du Panthéon. Ce phénomène de la transformation des corps en gras des cadavres a été observé dans les caveaux de l'église des cordeliers de Toulouse ( Rainssant , Journ. des savans, août 1678), etPiattoli, qui a visité ces lieux,dit avoir reconnu que les parties molles des cadavres étaient converties en un tissu sec, spongieux et friable. Les terrains d'alluvion, sablonneux et secs, possèdent, en général, cette propriété conservatrice pour certaines parties de quelques-uns des cimetières avoisinant Paris.

IL La conservation artificielle des corps, ou l'embaumement proprement dit, s'opère à Paide d'intermèdes variés. Le mode d'application de ces substances nous permet d'établir trois grandes divisions dans les divers procédés que l'on a mis en œuvre pour atteindre ce but.

A. Conservation des corps au moyen d'intermèdes appliqués a l'extérieur.

Sous ce chef, nous grouperons les modes de conservation par la gomme, par lemiel^ par la cire , par la saumure , par Je mercure, par la chaux, par le plâtre, par les eaux incrustantes et par les procédés de Svvammerdam, de Bogros, de John Davy, de Braconnot et de Taufilieb.

lo Gomme. Les Éthiopiens, habitans d'une contrée qui fournit à elle seule plus de gomme que le reste du globe, avaient imaginé d'enfermer les corps dans une masse fondue de cette matière transparente,et de les conserver ainsi à la manière de ces insectes embrassés dans le succin liquide , et qu'on retrouve intacts et très visibles au milieu de cette substance solidifiée. (Pelletan, Dict. des se. méd.) C'est cette coutume qui en a imposé aux historiens, observateurs en général inexacts et superficiels, et cjui leur a fait écrire que les peuples de l'Ethiopie conservaient les cadavres dans du verre.

2^' Miel. Le miel était employé autrefois pour les embaumemens, et le corps d'Alexandre-lc-Crand, entre autres, fut conservé par ce moywtn. (Stalius.) Pline dit quelemiclestdelelhi nature qu'il ne laisse; pas les corps se c()rn)m[>re. Cet usage de cette substance est d'ailleurs confirmé par

£fl6

EMBAUMEMENT

J.-B. Baricel, par André Rivîn et par le R. P. IMcnc^trier.

7'^ Plâtre. Dionis rapporte avoir ouï dire qu'anciennement on faisait des sépul-

3° Cire. A défaut de miel, on employait , cres de plaire, au milieu descpiels on met-

aussi la cire pour préserver les cadavres; ainsi , lilmilius Probus rapporte qu'xYgcsilas étant mort, on recouvrit son corps de cire fondue , afin de pouvoir le transporter jusqu'à Sparle. Cet usage oxii^tait également chez les Perses, au rapport de Cicéron.

4" Saur.nire. « Les anciens se servaient

tait le corps préalablement couvert de la même substance , et que , dans ces sortes do sépultures, les cadavres se conservaient long-temps sans donner aucune mauvaise odeur. (Murât, Dict. de mèd., 2' édit., t. xr, p. o^vi.)

8° Eaux sédiment euse a. 'M. Blatin a écrit à PAcidcmie des science-^ ^ qu'il se

encore d'une sorte de saumure dont la 1 propose d'essayer si le sédim» nt que décomposition ne nons est pas connue. | posent les eaux delà fontaine de Saint- Cœlius llodiginus, en sou livre des Anti- i Alyre, à Clermont-P'errand, ne pourraient quiics^ a remarqué que, durant le pontifi- \ pas être employées à la momification. En

cat de Sixte IV, on trouva en la voie Appieinie le corps d'une fille ayant encore toute la beauté de son vi;?age, les cbeveux d'un blond doré et noués avec des bandes aussi dorées; il s'était ainsi conservé dans une saumure où il treirpait entièrement, et on a cru que c'était le corps de TuUiola,

effet, ce sédiment conserve très bien quelques petits «piadnipèdes, les oiseaux, les œufs, lesfrr'ts, etc. (Murât, îoc. a7.)Nous n'avons rien appris des résultats qu'a pu obtenir M. Blatin dans les essais qu'il aura tentés à ce sujet.

90 Procédé de Sivammerdam. Strader,

fille de Cicéron. Valateron prétend que^par . dans une note ajoutée à la fin de son édiune préparation de sel inconnue, le corps i tion des œuvres d'Harvée, décrit ainsi ce

d'une autre femme fut seml«lablement trouvé tout entier dans un mausolée près d'Albano, du temps du pa[^e Alexandre YI. Ce pape donna ordre qu'on le jetât secrètement dans le Tibre, afin d'empêcher la superstition du peuple qui y accourait de toutes parts , parce ([ue le corps était encore très beau , quoiqu'il y eût treize siècles qu'il y fût déposé. » (Gannal, Ioc. cit.)

30 Mercure. Dans quelques embaumeincns des quatorzième et (piinzième siècles, on couvrait le corps de mercure, après avoir eu l'attention de le fixer avec soin. Lorsqu'on ouvrit les tombeaux de Saint-Denis (17 octobre 1793), on trouva, dans celui de Charles YIl, une certaine (piantité de ce métal qui avait encore toute sa fluidité. Ce prince était mort en 4461 : il s'était écoulé, par consé(iuent,(rois cent trente-deux ans. (Chateaubriand, Génie du christianisme., t. IV, p. 412.)

0" (hau.x. 11 paraît que l'on a eu parfois recours à cette matière pour conserver des cadavres, et, entre autres exemples, on dit qu'en l'année 1323, sous le pontificat d'Adrien Yl, le corps de sain» Thomas, apôtre, fut trouvé,vers le golfe de Coromandel, enduit etcotivertd'un ciment fait de chaux et d'urine, ayant les os d'une grande blancheur. (Gaunal, Ioc. cit.)

procédé qui lui a, dit-il, été communiqué par l'auteur lui-même. On prépare un vase d'étain d'une grandeur suffisante pour contenir le corps qu'on veut embaumer, et on y place, cà une distance d'environ deux doigts du fond, une claie de bois percée de petites ouvertures. On place le carlavre sur cette claie, puis on verse de riiuile de térébenthine à une hauteur de trois doigts. Alors , on laisse en repos le vase, qu'on tient légèrement et de moins en moins hermétiquement couvert, pendant un espace de temps déterminé. De cette manière, l'huile s'infiltre peu à peu dans le cadavre et en expulse la partie aqueuse qui vient, avec le temps, occuper l'espace contenu entre lui et le fond du vase. En môme temps, l'huile acquiert une densité de plus en plus considérable , et le corps s'endurcit de telle sorte, qu'à la fin il peut être retiré du liquide et rester exposé à Paction de Pair sans éprouver aucune altération.

Quant au temps qu'il faut maintenir le cadavre dans cette huile, il varie selon la nature des objets. L'embaumement d'un embryon de six mois s'accomplit presque en autant de mois; le squelette de ce même embryon n'a besoin que de deux mois environ. Le cœur demande trois mois, le foie

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;ir

et le placenta un mois, la rate dix jours, les intestins un mois. On assignera ainsi de suite pour les autres parties un laps de temps qu'il ne sera pas difficile de trouver ni de déterminer par l'expérience.

Toutefois , il faut faire attention à ce que , pendant cette opération , les parties soient un peu serrées et comprimées dans une proportion égale et convenable ; la coction du corps empêche la peau de contracter des rides , soit qu'on y ait recours avant de plonger le cadavre dans l'huile , soit qu'on ne la pratique qu'après l'y avoir laissé séjourner pendant deux mois.

Pour que le sujet conserve toute sa heauté et sa blancheur naturelle , il convient de le faire macérer pendant quelques jours dans une préparation d'alun avant de le soumettre à l'action de l'huile. De plus , afin de conserver les membres dans un état aussi parfait qu'on peut le désirer, il vaut mieux commencer l'embaumement à l'entrée de l'hiver , vers le mois de novembre, pour les exposer ensuite à la rigueur du froid , non pour les geler, mais pour les endurcir légèrement.

Tel est ce procédé dont on a raconté des merveilles. Cependant M. Gannal, qui l'a pratiqué avec le plus grand soin , n'en a obtenu aucun bon résultat; mais il dit qu'il a constaté que les corps préparés d'après son procédé [F. plus loin), et plongés ensuite dans la térébenthine, conservent une souplesse et une fraîcheur remarquables. wSon opinion est , d'ailleurs , que Swammerdam n'a jamais fait connaître qu'une partie de son procédé, et qu'avant l'immersion du corps dans l'essence il lui faisait subir une préparation.

IQo Procédé de Boyros. Bogros, l'un des plus habiles prosecteurs qu'ait eus l'école de médecine de Paris, a communiqué {/Jiilktins de la faculté et de la soc. de méd. de Paris, t. \i, p. 420) un procède pour (onservcr les organes des aniiriaux à l'étal sec et avec la llexibilité qui leur est propre. Le hasard , auteur de tant d'utiles découvertes , a lait connaître à cet an.'itoHiiste (jue les pièces les plus didieiles à conserver pouvaient l'être en les faisant macérer pendant quelque temps dans un mélange de deux parties d'e.->sener; de térébenthine et d'une d'alcool de 30 à uO degrés, et les desséchant ensuite. Par

l'intermède de cet agent , il est jparvenu à dessécher des muscles sans que leurs fibres charnues cessassent (Vètre apparentes , à conserver la l'orme et presque la mollesse naturelles aux poumons, à Tencéphale, au foie ; enfin, à préparer des squelettes naturels sans altérer la souplesse des ligamens. Du reste , le mélange des deux liquides est si peu intime que, si l'on n'a pas soin de l'agiter fréquemment et de changer la position des parties que l'on y tient plongées, on voit bientôt l'alcool et l'essence se séparer en deux couches distinctes , et que l'imbibition ne peut plus avoir lieu d'une manière satisfaisante.

Ce procédé est, sans aucun doute, d'un emploi avantageux pour les préparations anatomi(jues , mais nous ne sachions pas qu'il ait jamais été mis en usage pour un cadavre entier, et on peut se demander si, dans ce dernier cas, il donnerait le même résultat que pour des pièces isolées.

110 Procédé de John Davy. Le frère du célèbre chimiste anglais a proposé {Transact. of the society mcd. chirurg.

of Edinburgh, t. m, part. 1) la solution aqueuse d'acide sulfureux pour la conservation des pièces auatomi(|ues : en effet , ce liquide conserve les tissus animaux beaucoup mieux que la plupart des substances qui ont été conseillées dans le mémo but, ou du moins il n'altère pas aussi promptement la texture naUu'elle des parties. Cependant cette altération a lieu à la longue , ainsi qu'il résulte d'essais faits par M. Taufilieb. Ce chimiste, (pii a conservé pendant dix mois un morceau de chair musculaire en le tenant plongé dans de l'eau acidulée par l'acide sulfureux, a vu, à partir du cinquième mois, les parties tendineuses et le tissu cellulaire interstitiel commencer à se transformer en une espèce de bouillie gélatineuse et transpar(înte , ayant l'aspect du blanc d'œuf. Suivant lui, l'acide sulfureux paraît plus particulièrement convenir dans les cas où Ton se pro[)os(î d'arrétiîr, pendant (pielque temps seuhMuent , les progrès de la putréfaction, et, sous ce rapport, son enq)loi peut dev(!nir inlinimeiit précieux i)our les aniilonjistes, en l.icilitant la dissection des pièces de cabinet qui exigent un long travail. Mais il paraît im-

SIS EMBAUMEMENT

propre à assurer la conservation indéfinie | tissu cellulaire rempli de graisse , qu'il des organes animaux , à cause de l'espèce de macération qu'il fait subir aux parties avec lesquelles il est en contact, et il pré-

sente en outre un grave inconvénient sous le rai)port de la facilité avec laquelle il s'échappe des liqueurs qui le tiennent en solution, ce qui exige un renouvellement plus ou moins fréquent.

12° Procédé de Braconnât . M. Braconnot a indiqué le sulfate de fer rouge ou persulfatc de fer comme possédant au plus haut degré' la propriété astringente et anti-septique , comme pouvant se combiner avec la plus grande facilité à toutes les humeurs et au tissu mou des animaux, et les préservant de la putréfaction et des insectes destructeurs. Suivant lui , ce sel peut servir avec le plus grand avantage pour les embaumemens et pour la conservation des pièces anatomiques. Sa dissolution, plus ou moins concentrée , n'est pas moins précieuse dans Tart de la taxidermie; car, appliquée avec ime brosse sur la peau des animaux que l'on destine à être empaillés , elle la garantit de toute espèce d'altération.

A coté de ces avantages, il existe un inconvénient qui a été signalé par 31. Taufflieb {loco cit.); c'est celui de couvrir à la longue d'une croûte jaune de sous-sulfate et d'oxyde de fer les objets que l'on veut conserver, même lorsqu'on a eu la précaution de laisser, pendant quelques années, la solution exposée au contact de l'air avant d'y plonger ces mêmes objets. Cet inconvénient , il est vrai , n'est bien marqué que pour les pièces anatomicpics dont il empêche de distinguer la structure organique ; car, avec un cadavre entier, on n'aurait tout au plus à craindre qu'une altération dans la teinte naturelle de la peau, ce qui n'empêcherait [»as la conservation d'être complètement assurée.

150 Procédé de TauJJlieb. M. Taufllieb, peu satisfait des résultats donnés par les diverses substances proposées jusqu'à lui pour la conservation des tissus animaux, a conseillé, en 1852 [loco cit.), de leur substituer la solution aqueuse de deutochloî'ure d'étain,qui lui paraît seule réunir toutes les conditions pour préserver les substances animales de la putréfaction.

Uu morceau de chair musculaire et de

avait plongé dans une solution étendue de ce sel , avait conservé toute sa fraîcheur après une année d'immersion : les parties colorées en rouge de sang avaient pris , à la vérité, une teinte légèrement rembrunie , mais du reste elles n'avaient pas subi la moindre altération ni dans leur consistance, ni dans leur aspect. Une pièce anatomique. principalement composée de parties musculaires , et qui avait été plongée pendant quelque temps dans une dissolution de sel d'etain , fut abandonnée dans une terrine, après avoir été passée dans l'eau : au bout de dix jours , elle n'avait pas encore donpé les moindres signes d'altération , quoiqu'elle fût encore tout imprégnée d'humidité ; on la suspendit ensuite à l'air, où elle se dessécha sans subir aucune espèce de décomposition.

Les doses que 31. Taufllieb conseille pour préparer la solution sont une partie de sel et vingt parties d'eau acidulée par l'acide hydrocliloi i(iue. Du reste , le sel d'étain des manufactures ne peut être employé à cet usage , parce que sa dissolution se trouble à l'air et laisse déposer du sous-dcuto-chlorure qui recouvrirait les parties : il faut se servir d'un deulo-chlorure qui ne contienne pas de proto-chlorure , et il est facile de se le procurer en traitant l'étain en grenaille par l'eau régale.

B Conservation des corps au moyen

D'lNÏERMi:i)ES APPLIQUÉS A L'INïÉRIELR

ET A l'extérieur. Cc groupe comprend les modes de conservation par le procédé égyptien , par le procédé des Guanches , par le procédé de Bils, par le procédé de Clauder, par le procédé de Boudet, par le procède cle Chaussier, par le procédé de Pelletan , par le procédé de Berzelius et par le procédé d'E<pérou.

i^ Procédé égyptien. Hérodote rapporte comme il suit les modes usités chez les anciens Egyptiens pour la momification des cadavres (lib. 11, p. 83 et 86}.

" Premièrement, les embaumeurs tirent, avec un for oblitiue, la cervelle par les narines; ils la tirent eu partie de cette manière, et en partie par le moyen des drogues qu'ils iniroduisent dans la tète. Ensuite ils font une incision dans le flanc avec une pierre d'Élhiopie, aiguisée; ils

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tirent, par cette ouverture , les viscères; ils les nettoient et les passent au vin de palmier; ils les passent encore dans des aromates broyées ; après quoi ils remplissent le ventre de myrrhe pure broyée, de cannelle et d'autres parfums, excepté d'encens, et ils le recousent. Ayant fait ces choses, ils salent le corps en le couvrant de natrum , pendant soixante-dix jours (il n'est pas permis de saler plus long-temps). Quand ce terme est passé , ils lavent le mort ; ils enveloppent tout le corps avec des bandes de toile de lin coupées et enduites de gomme, dont les Égyptiens se servent ordinairement en gnise de colle; les parens prennent ensuite le corps, l'enferment à clé dans un étui de bois de forme humaine, et le placent tout droit contre la muraille de l'appartement destiné à contenir ces sortes de caisses.

Pour ceux qui ne veulent point d'un embaumement aussi somptueux , on agit de la manière suivante. On introduit dans des seringues une liqueur onctueuse qu'on a tirée du cèdre (acide), on en remplit le ventre du mort sans lui faire aucune incision et sans en tirer les entrailles. Après l'injection de cette liqueur par le fondement , on bouche cet orifice, puis on sale le corps pendant le temps prescrit. Au dernier jour , on tire du ventre la liqueur du cèdre , et cette liqueur a tant de force qu'elle entraîne avec elle le ventricule et les entrailles consumées ou dissoutes. De cette manière , les chairs sont consumées, et il ne reste plus que la peau et les os. Quand tout cela est fait , on rend le corps sans y faire autre chose.

Il est encore une troisième méthode d'embaumement, mais qui n'est employée que pour les pauvres ; voici en quoi elle consiste : après les injections par l'anus avec la liqueur nommécî sur mata ^ on met le corps dans le natrum pendant soixantedix jours, puis on le rend à la famille.

Cette relation des procédés usitcs jadis par les embaumeurs de l'Egypte, bien <iue confirmée par deux autres auteurs anciens, Diodore de Sicile et Porphyre, a ('.('[jendant été vivement critiquée par (juelques auteurs des f«;mps modernes, entre autres par le comte de Caylus {I/isl. de l\tcad. des inscript, et belles-lettres) .^ et par Rouelle {Mém, sur VAcad. des sciences ,

1750). Mais un des membres de la commission des sciences et des arts d'Egypte, P. -G. Rouyer , auquel nous sommes redevables d'un mémoire très bien fait sur ces momies qu'il a étudiées avec le plus grand soin [Mém. sur les emhaumemens des anciens Égyptiens)^ traite plus favorablement les relations de l'antiquité , et pense qu'en changeant l'ordre des procédés exposés par Hérodote, le récit de cet historien contient à peu près la vraie méthode employée dans ces temps reculés.

Quoi qu'il en soit, et quelque avantageux que puisse paraître le procédé égyptien , lorsqii'on voit l'état de perfeclion dans lequel il a fait parvenir jusqu'à nous les corps des vieux sujets des Pharaons , il ne faut pas perdre de vue que ce qui a contribué le plus à la conservation indéfinie de ces momies , c'est le climat du pays, et principalement l'absence d'humidité et la température élevée et toujours égale (20 degrés) qui règne dans l'intérieur des chambres sépulcrales. « Ce qui le prouve , dit M. Delens (loco cit.) , c'est que plusieurs espèces de momies , qui se conservent très bien dans les catacombes, s'altèrent dès qu'elles sont exposées à l'air humide ou transportées dans d'autres contrées : c'est ce qui arrive dans nos musées à la plupart de celles qu'on y renferme comme objet d'étude ou de curiosité. »

2° Procédé des Guanclies. Les Guanches , anciens habitnns des îles Canaries , sont, avec les Égyptiens, les seuls peuples chez lesquels la pratique des embaumemens paraisse avoir été généralement adoptée; c'est ce qui semble résulter dos nombreuses et assez vastes catacombes qui existent dans ces îles.

On ne possède que des données incertaines sur la manière dont on procélait chez ce peu|)le pour obtenir la mouiilication. Toutefois , il paraît qu'après avoir vidé le bas-ventre, en incisant ses parois ou en i)rati(piant par Tanus des injections corrosives, et avoir rempli les diverses cavités d(! poudres aroniaii^pie-^ , on prali- (juait sur tout le e()rps des onctions avec une espèce de pommade eom{)osee ; après cpjoi on le desséeh;\it en Texposant au soleil ou en le pl.ieanl dans \\\n\ étuve. Le (piinzièmc joui-, on hMousait dans des peaux de chèvre, on le ceignait avec des

EMBAUMEMENT

courroies retenues par des nœuds coulants, et on le transportait enfin dans les catacombes.

M. Bory de Saint- Vincent soupçonne {Es^ai sur les îles Fortunées de l'anlique Àllantide) que les Guanches employaient quel(|uefois le suc d'euphorbe dans les embaumemens , et dit en avoir reconnu des morceaux entiers dans la poitrine d'une momie à laquelle il n'y avait cependant pas eu d'incision; mais ce prétendu suc d'euphorbe était-il autre chose que celle matière adipocireuse dont la présence a été constatée aussi dans la poitrine de quelques momies égyptiennes? (Deicns, loco cil.)

5" Procédé de Bils. Louis de liils, gentilhomme hollandais dont l'histoire de l'aiiatoniie a conservé îe nom pour signaler son charlatanisme, lit grand bruit, depuis l'année 1060 jusqu'en 1668. Son procédé consist.'iit à faire une incision cruciale à l'abdomen , au diaphragme et à l'occiput , puis à plonger le cadavre dans un mélange d'eau-de-vic , etc., saturé préalablement d'alun , de poivre , d'écorce de chêne , de sel gemme. On laissait macérer le cadavre pendant trente jours , et , au bout de ce temps , on le sortait de ce mélange pour le faire macérer pendant trente autres jours dans un autre préparé avec les mêmes substances.

Nous n'en dirons pas davantage de ce ])rocédé fort long et fort dispendieux , et d'ailleurs abandonné.

4» Procédé de Clauder. Gabriel Clauder conservait les corps par une méthode qui a quel(|ue analogie avec celle des Kgy|)ticns. {Methodus balstimandi corpora humana.) 11 préparait une li(|ueur qu'il nommait improprement balsamique., en dissolvant dans l'eau des cendres gravelées ou |)otasse , en ajoutant de Tliydro-chlorate d'ammoniaque à cette dissolution , et filtrant le tout. Il est évident <pie ce mélange produisait une dissolution de chlorure de potassium et d'annnoniaque. 11 injectait cette lirpieur dans toutes les cavités et en formait un bain où il plongeait le sujet tout entier. Pour accélérer la préparation, (jui durait six à huit semaines, il changeait ad bout de quinze jours la liqueur du bain, ou la rendait plus active avec de Talcali volatil. Après

ce long séjour dans le bain alcalin , le sujet passait quelques heures dans un bain d'alun ; il était ensuite desséché à l'air ou dans une étuve.

Clauder croyait que Talcali volatil se combinait ou se fixait avec les parties putrides ; mais Rouelle pense , au contraire (/06'0 cit.) , que cet alcali agissait à la manière du natrum des anciens, en dissolvant toutes les matières grasses et muqueuses , et ne laissant que les fibres isolées , qui devenaient par là très susceptibles de dessiccation ; il ajoute que si Clauder eût connu la véritable manière d'agir de son alcali, il l'eût remplacé par la soude ou la potasse, dont Tact ion est à la fois plus eiïicace et moins incommode.

50 Procédé de Baudet. Nous aurions , entre ce procédé et le précédent, parlé de ceux de Pénicher et de Riqueur, mais ils ont une si grande affînité avec celui que nous allons faire connaitre maintenant que nous avons cru inutile de les rapporter.

M. Boudet , chargé de l'embaumement des sénateurs sous l'empire , a bien voulu communiquer à IM. Pelletan [loco cit.) les détails de son mode opératoire ; voici en quoi ils consistent.

On prépare pour cette opération :

a. Une poudre composée de tan, de sel décrépité, de quina, de cannelle, et autres substances astringentes et aromatiques , de bitume de Judée , de benjoin , etc. ; le tout, mêlé et réduit en poudre fine, est arrosé d'huiles essentielles; le tan forme la moitié du poids , et le sel un quart ;

J). De l'alcool sattiré de camphre ;

c. Du vinaigre camphré avec l'alcool de camphre ;

d. Un vernis que l'on peut comparer avec le baiime du Pérou et celui de copahu, le styrax liquide, les huiles de muscade, de lavande et de thym, etc. ;

e. De l'alcool saturé de muriate suroxygené de mercure.

Tout étant préparé, on ouvre les cavités par de grandes incisions, et on en extrait les viscères ; ou incise crucialement les tégumens du crâne , on en scie les os circulaireinent. et on enlève le cerveau; on ouvre le tube intestinal dans toute sa longueur, et on pratique aux viscères des incisions profondes et multipliées; on lave

le tout à grande eau ; on exprime , puis on lave encore avec le vinaigre et Talcool camphré , on roule toutes les parties internes dans la poudre composée. On pratique des incisions dans les parois internes des cavités splanchniques , on y fait des lotions avec de l'eau, puis de Talcool camphré , on y apphque avec un pinceau la dissolution alcoolique de subhmé, puis une couche de vernis , on vernit aussi la surface interne des cavités, on replace les viscères en remplissant les espaces libres avec de la poudre , et l'on recoud les téguments. Toute la surface de la peau est vernie , saupoudrée , et , enfin , recouverte de plusieurs bandages vernis eux-mêmes.

B. Chaussier, ayant reconnu que la dissolution aqueuse de deuto-chlorure de mercure avait la propriété de conserver les matières animales, introduisait le selmercuriel dans chacune des cavités du corps au moyen de petites incisions , puis plongeait le cadavre tout entier dans un bain saturé du même sel, et l'y laissait pendant deux mois. On le plaçait alors dans un lieu sec et chaud , et la dessiccation avait lieu en quelques jours.

Pelletan avait conseillé d'enlever tous les viscères , de plonger le cadavre dans une légère dissolution de sous-carbonate de soude et ensuite dans un bain alumineux. Au bout de quelques jours on l'exposait à l'air ou dans une étuve , pour en opérer la dessiccation.

M. Esperou avait proposé la macération dans un mélange composé de huit parties d'alcool rectifié et dune partie d'essence de térélKinthine.

C. COXSERVATION DES CORPS A l'aIDE D IN- TERMEDES APPLIQUÉS A l'intérieur.

Un grand progrès a été fait récemment dans l'art des embaumements : il consiste a introduire , au moyen d'une injection dans le système artériel , une substance douée de propriétés conservatrices , (jiii pénètre ainsi , par l'extrémité du système capillaire, dans toutes les parties du corps, puis w; comrimriKjiie de là par iriibibilion dans tous les points qui auraient échappé à la i)énétratir>n. Tlette méthfxle uuc fois donnée , tout dépj'nd du choix du li<iuid(; a injecter.

I>e premier ('>>-;ii de, co g<;nn! ([\io, nous connaissions aj>parti('nt a Berzclius. Le vi- T, nr.

EMBAUMEMENT. o21

naigre de bois avait été déjà préconisé comme jouissant de propriétés antiseptiques bien déterminées. Berzelius parla , mais sans donner d'autres détails, dans le t. VII de son Traité de chimie, 1833, d'un sujet qui fut parfaitement conservé au moyen d'une injection de vinaigre de bois dans son système artériel.

Deux ans après , la Gazette des hôpitaux du 7 juillet 1835, pubhait l'article suivant : « Depuis quelque temps les journaux italiens parlaient d'une méthode miraculeuse employée par le docteur Tranchina pour conserver les cadavres. Chacun avait le plus grand désir de savoir quelle était la substance qui s'opposait avec tant d'efficacité à la corruption des corps. Ce désir a été satisfait : M. Tranchina vient de déclarer publiquement, dans une séance solennelle, à l'hôpital de la Trinité de Naples, en présence des plus grandes notabilités médicales civiles et militaires, que la substance dont il se sert avec tant d'avantage, depuis plusieurs années, est l'arsenic.

Toute l'opération consiste dans l'injection, par l'artère carotide gauche, au moyen d'une seringue, d'une solution de 2! livres d'arsenic , coloré avec un peu de minium ou de cinabre , dans 20 livres d'eau de fontaine, ou mieux encore d'esprit-de-vin. S'il y a des signes d'un commencement de putréfaction des intestins, il faut, à l'aide d'un trois-quarts, introduire le même liquide dans la cavité abdominale. En employant l'esprit-de-vin , toutes les parties du cadavre conservent beaucoup plus longtemps leur fraîcheur et cette fermeté qui sont nécessaires pour la préparation anatomi([ue.

Tel est le procédé au moyen duquel un cadavre peut être maintenu ])cn(lant plus d(; deux mois sans odeur ni altération ; il con.serve sa fraîcheur , sa flexibilité et sa couleur naturelle. Ensuite il se dessèche , durcit, prend une couleur obscure , et so maintient dans cet état pendant de longues années.

M. Tranchina a aussi essayé de combiner l'arsenic à la [)réparation ordinaire des injections (jui , coinnu; on 1(5 sait , se solidifie CM se refroidissant ; il a injecté ainsi 1(! cadavn; d'un ('niant (jui s'est parfailernent conseiAÔ. »

Nous avons rapporté ton

u long ce (pie

:\2î KMBÂU:

l'on connaît en France des essais du docteur Tranchina, parce que ce? Cï^sais font époque dans l'histoire des embaumements.

Un chimiste français, M. Gannal, n"a pas tardé à s'emparer de cette méthode , et a attaché son nom, parmi nous, aux embaumements par l'injection d'un liquide conservateur dans le système artériel : il est à regretter qu'il ait jugé convenable d'en faire une affaire industrielle beaucoup plus (pie scientifique, et qu'il ait occasionné à ce sujet des scandales publics dont nous n'aurons pas à nous occuper ici.

Il est inutile d'insister sur les avantages sans nombre de ce nouveau mode d'embaumement : plus de ces mutilations, de ces soustractions de viscères qui étaient en contradiction formelle avec l'idée de respect et de conservation qui préside en général aux embaumements; plus de ces opérations longues et coûteuses, qui ne i)ermettaient de recourir aux embaumements que dans des conditions à i)eu près exceplionnelles. Aussi la méthode de Tranchina ou de M. Gannal , comme on voudra l'appeler, est-elle tombée dans le domaine ])ublic.

Le mode d'opérer est fort simple : on place le cadavre sur une table , on met à nu la carotide, on pratique une ligature à la partie suj)érieure de ce vaisseau , puis on introduit, du côté de la poitrine , après y avoir j)rati(jué une légère incision avec la pointe d'un scalpel, la canule d'une seringue pouvant contenir à peu près un litre de liquide , on l'assujettit solidement au moyen d'une ligature ; enfin on injecte le contenu de la seringue, que l'on remplit de nouveau jusqu'à ce que l'on croie avoir suffisamment rempli le système vasculairc. Il faut ordinairement de 4 à 5 litres de li- (piide, plus ou moins du reste suivant le ^olume du sujet. A mesure que s avance l'injection , qu'il faut pousser avec une certaine énergie, bien que sans brusquerie, on voit les formes affaissées et flétries du cadavre se remplir et se dessiner de nouveau : c'e^t surtout à la face que ce phénomène est frappant. On reconnaît que l'opération arrive à sa fin , à la résistance insurmontable (|ue l'on éprouve à introduire une plus grande (piantité de licpiide, et aux mucosités (pie l'on voit en général séchapycr par la lx)uche et |)ar le nez. Enfin on termine l'opération en appliquant une liga-

MEMEXT.

ture sur le bout inférieur de l'artère, et eil rapprochant les bords de la })laie à l'aide d'une aiguille courbe.

Tel est le procédé employé par M. Gannal. Mais pour le compléter, on enveloppe tout le cadavre de bandelettes trempées dans un liquide particulier dont la teinture d'aloès fait ordinairement la base. En outre, M. Gannal attache, en dehors de l'action conservatrice de son liquide, une grande importance à la nature des cercueils dans lesquels sont enfermés les cadavres qu'il embaume ; ceux qu'il emploie sont formés de trois parois, l'une externe en chêne, la moyenne en sapin et l'inierne en plomb.

M. le docteur Sucquet emploie un procédé différent. C'est par l'artère poplitée qu'il introduit le liquide conservateur.

L'artère est mise à nu , la canule de la seringue est introduite du côté de l'abdomen et convenablement assujettie, et l'on injecte environ 4 litres de liquide ; puis on retourne l'ajutage de la seringue pour injecter la jambe, ce qui exige encore à peu près un demi-litre de liquide. L'injection terminée, deux ligatures sont appliquées à l'artère poplitée, comprenant l'incision fiute à ce vaisseau, puis des points de suture rapprochent la plaie faite à la peau. L'opération est alors complètement terminée , il n'est besoin ni d'envelopper le cadavre, ni de l'inhumer dans une bière spéciale.

En général , à la suite de telles injections, on voit disparaître la couleur bleuverdâtre que présente ordinairement l'abdomen des cadavres peu d'heures après la mort.

Le procédé de M. Gannal et celui de ^L Sucquet, dont nous venons d'indiquer le mode opératoire , ont été soumis par l'Académie de médecine à l'examen d'une commission dont M. Poiseuille était rapporteur. C'est au rapport de l'honorable académicien , lu dans la séance du 16 mars 1847, que nous emprunterons les détails (jui suivent (Voy. IhiUctins de l' Académie de médecine, 18i7).

Le liquide de M. Gannal est une solution aqueuse d'un mélange à parties égales de sulfate d'alumine et de clilorure d'aluminium , marquant '.\ï degrés à l'aréomètre de Baume. La commission de l'Académie dut s'assurer d'abord si ce licjuide contenait ou non quelque préparation arsenicale.

EMBAUMEMENT

on

On comprend en effet que si les liquides en usage dans les embaumements renfermaient de l'arsenic, les empoisonnements par les composés de ce métal étant très fréquents, le crime pourrait être entièrement dissimulé par le liquide conservateur. D'ailleurs une ordonnance du roi, insérée au Moniteur du 31 octobre 1846, déclare formellement : « Que la vente et l'emploi de l'arsenic et de ses composés sont interdits pour le chaulage des grains, l'embaumement des corps et la destruction des insectes. » Or le liquide de M. Gannal, ayant été soumis à Tappareil de Marsh, décela une grande quantité d'arsenic. Ce chimiste dut par conséquent faire usage, pour les expériences en question , d'une solution exempte de toute préparation arsenicale.

Le liquide de M. Sucquet est une solution de chlorure de zinc à 40 degrés aréométriques, ne contenant pas d'arsenic. La préparation de ce liquide exclut d'ailleurs la présence de ce métal, bien que le zinc du commerce en renferme ordinairement.

Il l'obtient en faisant agir l'acide chlorhydrique sur la tournure de zinc ; une partie de l'hydrogène, provenant de l'eau décomposée, se combine avec l'arsenic du zinc oxydé, et donne lieu à du gaz hydrogène arseniqué qui se dégage ; par là, la solution de chlorure de zinc est tout à fait privée d'arsenic.

Deux cadavres furent embaumés en présence de la commission , l'un par M. Gannal et l'autre par M. Sucquet , les cercueils soigneusement cachetés , puis inhumés à une i)rofondeur de 70 centimètres , dans les jardins do l'école pratique ; l'exhumation en eut lieu au bout d'un an et deux mois, et les résultats suivants furent constatés.

Le cadavre embaumé par M. Gannal exhalait une odeur (Ut putréfaction suffocante ; la peau complél(;ment désorganisée présentait de nombreuses solutions d(î continuité. Le linceul était en lambeaux et les fragments noircis par la matièn; animale putréfiée semblaient faire cori)s en beaucoup de points avec elle. Une couche de pulrilage, en certains |)oints de phi.sieurs millimètres d'é|)aiss('ur , ta|)issait le fond du cercueil. Le cadavre, dont il était impossible de déterminer l<îS(;xe, était entièrement méconnais.sable , sa ligure n'offrait cpi une

masse informe ; les cheveux et les poils saisis avec une pince cédaient au moindre effort. Les organes contenus dans les cavités splanchniques se trouvaient dans un état correspondant.

Le cadavre embaumé par M. Sucquet se trouvait au contraire dans un état complet de conservation, extérieur et profond ; puis, abandonné à l'air libre, il se dessécha sans la moindre putréfaction et acquit une dureté comparable à celle du bois et de la pierre.

La commission de l'Académie a conclu, d'après cette expérience et d'après plusieurs autres faits qu'elle a pu constat^er , que le liquide dont M. Sucquet fait usage dans les embaumements produit une conservation parfaite et ne laissant rien à désirer, pendant au moins deux années, car les faits dont elle a eu connaissance n "avaient pas une plus longue durée. Quant aux sels d'alumine employés par M. Gannal , il est probable qu'ils ne doivent qu'à l'addition d'une préparation arsenicale la propriété de conserver indéfiniment les cadavres , puisque dépourvus de toute préparation de ce genre , ils ont permis de constater au bout de quatorze mois une putréfaction avancée.

La commission de l'Académie avait expérimenté en même temps un procédé particulier par lequel M. le docteur Dupré fait passer, dans l'appareil sanguin, un mélange d'acides carbonique et sulfureux, résultant de l'action à chaud du charbon sur l'acide sulfurique. M. Dupré introduit dans une artère carotide du côté de la poitrine, un tube en plomb, qu'il fixe à l'aide d'une ligature ; une seconde ligature est appliquée sur le bout supérieur du vaisseau. Ce tube, en plomb, conmumique avec une cornue en fer (bouteille dans huiuelle arrive , dans le commerce , le mercure). L'ouverture de cette cornue reçoit un bouchon de liège , dans lecpiel entre à frottement le tube en |)lomb. La cornue contient 500 granunes (U) charbon de bois pulvéri.sé (!t 1 kilogranmu» d'acide sulfuri(iu(; concentré. On allume le fourneau sur leciuel est jjlacée la cormie : |)eu à peu l'abdomen et les veines du tronc et des membres S(î tuméfient; au bout d'une heure elles sont fortement distendues, des gaz sortent (U\ la surface de a pla ie. Le tube est alors retiré de la ca-

KMBAUMEMENT.

rotule, on applique une ligature au bout pectoral de ce vaisseau , on rapproche les lèvres de la i)Iaie à laide d'une suture, et l'opération est terminée. Mais dans 1 expérience faite par la commission de l'Académie, le cadavre embaumé par M. Dupré fut trouvé exactement dans le môme état de putréfaction que celui de M. Gannal.

M. Bobierre, considérant qu'il importe, sous le rapport de la médecine légale , de n'avoir recours à aucun sel métallique dans la j)ratique des embaumements, fait remarquer (jue l'acide acéticpie mériterait la préférence, si cette substance n'avait 1 inconvénient de ramollir les os et de noircir les chairs : il fallait donc trouver un corps qui jouît des propriétés de cet acide sans en avoir les inconvénients. M. Bobierre croit élre arrivé à la solution de ce problème, })ar l'emploi de resj)rit de bois (bi-hydrale de méthylène), découvert en 1812, par M. Piiilipps Taylor, dans les produits de la distilhttion du bois. Voici de ([uelle manière ce savant propose de procéder à l'embaumement ( iVoiuraî/o; procédés de conseroalion des subslances animnles, etc., 1846).

Dans un demi-litre d'esprit de bois rectifié, dont le prix est de 1 fr. 40 cent, le litre , on ajoute 30 granunes de campin-e raffiné, on bouche le flacon et on agite ; la dissolution s'o()ère avec la plus grande facilité. On peut ajouter à ce mélange I 5 grammes d'essence de lavande, et l'on obtient de cette manière le liquide d'injection.

Pour embaumer un sujet, on pous.sera 1 injection jtar la carotide que l'on aura mis(; il jour au moyen d'une petite incision . Cela fait , on vernira toute la surface du cadavre au moyen do trois couches de la composition suivante :

Es[)rit de bois rectifié 500 gram.

Mastic en larmes 100 —

(lamphre 30 —

Le cori)s recouvert de vernis étant sec, on l'enveloppe alors avec des bandelelles de plomb très minces, dont on pourrait cependant se dispen.-icr, puis enfin avec (]gs bandelettes de toile rendues agglutinatives sur lune de leurs faces au moyen de la composition suivante :

ii(''sine élémi 340 gram.

Huile (1 olives 248 —

Esprit de bois 248 —

Lorsque toutes les parties sont recouvertes, depuis les orteils et les doigts jusqu'à la tète inclusivement, et que les tours de bandes sont fixés i)ar des |)oinls de suture, on recouvre le tout d'une nouvelle couche de vernis , que l'on applique au moyen d'une brosse douce. Le corps est alors déposé dans un cercueil de plomb où l'on place un bocal renfermant 500 grammes de sulfite dt; soude récemment préparé. Ce bocal est fermé imparfaitement au moyen d'un bouchon de liège percé de quelques, trous. On soude le couvercle du cercueil que l'on dispose dans une caisse de chêne, et enfin dans un caveau approprié , dont il serait généralement très convenable d'enduire les parois de ciment romain ou de bitume.

L'injection d'un liquide conservateur dans ra[)[)areil sanguin des cadavres a été api)li(iuée par M. Sucquet, avec de précieux résultats, à l'étude de l'anatomie. C'est le sulfite de soude qui est employé à cet usage. Ce sel a, comme les sels d'alumine , une faculté conservatrice temporaire, mais (pii paraît ce[)endant d'une moindre durée. Cette méthode est, depuis l'année 1845, employée sans interru|)lion dans les pavillons de l'fù'ole praticpie et de ramphithéiitre des hôpitaux. Afin de prévenir toute altération des instruments de dissection, M. le docteur Sucquet a conseillé récemment, lor.-.que la solution de sulfite de soude, mar- (juant 24 ou 25 degrés à l'aréomètre de Beauiné, a été rendue neutre, au lieu d y ajouter de l'oxyde ferreux, de la faire séjourner j)endant (juarante-huit heures dans des tonnes contenant de la limaille de zinc. Il se fait une petite proportion de sulfite de zinc, et la solution de sulfite de soude perd toute son action sur les instruments [Héperloire de p/tarmade de M. Bouchardat, février 1850, p. 253).

Nous dirons encore ([uekiues mots de certaines méthodes de conservation des corps animaux sur lc.-^(juelles il nous a été possible (le nous procurer des renseignements suffisants ; nous voulons parler du procédé de MM. Boniface et Capron. et de celui (|ue mettent en usage les indigènes de la Nouvelle-Zélande.

i" Procédé de Boniface et Capron. Un 1834, MM. Boniface et Capron ont mis sous les yeux de l'Académie des sciences

EMBRYOTOMIE.

des pièces anatomiques et un cadavre entier qui étaient conservés d'une manière remarquable. D'après les résultats obtenus , cette méthode serait incontestablement supérieure à tout ce qui a été proposé et mis en usage jus(ju'à présent; tous les organes sont' conservés , et le corps reste enùèrement découvert; on n'applique à sa surface aucun bandage. MM.

Boniface et Capron se sont bornés à assurer que If'ur procédé , d'ailleurs très simple, consiste tout entier dans l'action d'un principe immédiat végétal , dont la prom'iélé absorbante est lelie , qu'un cadavre pesant 120 ou 140 livres , est privé , dans l'espace de six ou huit jours , de tous les liquides qui entraient dans sa composition. Les tissus deviennent tellement secs qu'ils résonnent sous le doigt comme une feuille de carton. Dans cette opération, les différens tissus éprouvent une modification telle dans leur nature , qu'une fois desséchés de la sorte , ils ne peuvent plus éprouver le moindre ramollissement ; ils perdent toute propriété hygrométrique.

Des portions de cadavres , après avoir été soumises cà ce nouveau moyen de conservation , ont pu séjourner sous l'eau pendant plus de six mois sans éprouver le moindre changement , la moindre altération. Leur poids ne varia pas ; conséquemment il n'y avait pas eu de liquide absorbé. S'il en est ainsi, il est certain que les auteurs ont résolu complètement le problème de l'embaumement dans l'acception la plus étendue de ce mot, savoir d'amener tous les organes d'un cadavre à un état tel qu'ils aient perdu toute espèce d'afliriifé pour l'eau. Ce précieux avantage ne se rencontre pas encore à un degré sufDsant avec les produits du procédé (iannaî , puisque ce chimiste est obligé de placer les cor|)S injectés par lui dans une atmosphère particulière, afin de les préserver de cette action décomposante qu'exerce à la longue l'humidité sur les bois enfouis dans le sol.

^'ous ajouterons qu'à la conservation parfaite du cadavre le i)rocédé de "dM. lionif.ic.e et Capron réunit aussi l'avantage précieux de lai.sscr à la peau sa couleur naturelle ; elbî ne rlevicnt ni brune ni tannée , en sorte que les dillcrens reliefs de !a face, qu'on peut en partie conserver, lui

donnent un aspect qui rappelle tout-à-fait l'expression dephysionomiependantla vie.

La dessiccation altère si peu cette expression,que, lorsqu'on a posé des yeux d'émail à la place de ceux du cadavre qu'on a soin d'enlever , on retrouve une figure tellement semblable à celle que la vie animait , que l'illusion est complète. (Espérou , /. c.) 2° Procédé des Néo-zélandais. « On a souvent montré, dit M. Richard {Diction, des drogues .^ t. ii, p. 582) , comme objets de curiosité , des tètes de sauvages de la Nouvelle-Zélande, ornées de leur épaisse chevelure , et dont les traits de la face , sillonnés par le tatouage, avaient conservé toute leur expression. M. Lesson , pharmacien naturaliste de la corvette la Cegiiille , nous en a fait voir quelques-unes dans un bel état de conservation , et qui semblent avoir été préparées au moyen d'une substance végétale excessivement astringente que nous ne connaissons pas , mais sur laquelle M. Lesson doit fournir des renscigncmens. Ces tètes sont presque noires ; les yeux et le cerveau en ont été retirés , non seulement parce que ces organes ne sont pas susceptibles de conservation , mais parce que les prêtres de ces anthropophages se les étaient réserves comme la partie la plus exquise du corps humain. Le procédé d'embaumement de ces têtes consiste donc dans un tannage pratiqué avec beaucoup plus de dextérité que dans les momies des anciens peuples de l'Egypte. »

Éi\lÉTlQUE."(/^. Tartre stibié.) EMMÉINAGOGUES .(F.MÉDiCAMENS.) EMBKYOTOMIE. On a donné ce nom à une opération par laquelle on divise les parties du fœtus pour les extraire les unes après les aiitres , lorsqu'il est impossijple de l'extraire autrement. Elle consiste tantôt dans de simples ponctions ou incisions pratiquées sur la tète , la poitrijie ou l abdomen pour en dimirnier le volume, tantôt elle a pour but de diviser le corps fJe l'enfant en plusieurs parties. Nous avons déjà décrit la section principale de.-; procédés opératoires (pT* lie néces>ite , aux articles Cki-iiM-oiuati:, Ci'>

PHALOTOMIK , CÉPUALOTRinK , CÉPUA-

LOTRYI'SIK. {r. ces Uiots.)

La version ne peut i)as toujours être pratiquée dans les cas de présentation du

826 E3IPHYSÈME.

tronc. Il peut se faire que les membranes soient rompues depuis long-temps , les eaux complètement écoulées, que Vépaule soit profondément engagée dans Texcavation du bassin , et que la compression violente opérée par Putérus rende tout-à-fait impossible, soit l'introduction de la main, soit révolution du fœtus. Cependant, dans ces circonstances, il est encore prudent de temporiseret d'avoir recours aux préceptes qui ont été indiqués dans une autre partie de cet ouvrage. (V. Dystocie.)

Mais il peut se faire que l'enfant ait cessé devivre depuislong-temps, et dans ce cas la seule pratique raisonnable est de soustraire le plus rapidement possible la femme aux conséquences fâcheuses qui peuvent survenir; à plus forte raison quand les accidens que nous avons mentionnés parmi les complications d'un accouchement laborieux existent et font craindre pour les jours de la mère. On avait conseillé dans ces circonstances de couper le bras du fœtus lorsqu'on aurait acquis la certitude qu'il a cessé de vivre , cette pratique a plusieurs fois été mise à exécution , et Ton ne saurait trop , en général , s'élever contre elle. Un de ses principaux inconvéniens est de priver l'accoucheur d'un membre très utile pour diriger sa manœuvre , et lui servant de point d'appui i)our les tractions qu'il doit exercer. Il faut agir directement sur le tronc du fœtus.

Plusieurs procédés ont été indiqués dans le but de délivrer la mère; un des plus anciennement employés , car son invention remonte au temps de Celse , est la décollation du fœtus. Désormeaux l'a souvent employée , et 31. Dubois l'a plusieurs fois mise en pratique. M. Cazeaux, son ex-chef de clini(iuc , décrit ce procédé de la manière suivante, : « 31. Dubois s'assure d'abord du lieu qu'occupe le cou de renfant,puis une main (la gauche (juand la tête est adroite, la droite quand elle est à gauche) est introduite tout entière dans l'utérus , et l'indicateur , s'appuyant en forme de crochet sur la région cervicale , s'efforce de la tirer en bas pour la rendre plus facilement accessible ; l'autre main saisit de très longs ciseaux , modérément courbés sur leur plat , à lames épaisses et bien tranchantes , et les fait glisser sur la

dissection se fait avec un long légèrement concave

sur le cou du fœtus. Là on écarte légèrement les lames , on cherche à engager une petite partie du cou entre elles, et par de petites incisions répétées on divise successivement tonte l'épaisseur du cou. Quand la décollation est achevée on tire sur le bras qui ordinairement pend alors dans le vagin , on extrait le tronc assez facilement, et on va à la recherche de la tète comme il a été dit pour le cas de céphalotomie (K. ce mot). Ce procédé n'est pas toujours praticable. » (Cazeaux, Traité prat. d'ace. ^ p. 775.)

Quand il est impossible de terminer ainsi l'accouchement , on peut diviser le tronc de diverses manières , et amener pour ainsi dire le fœtus par portions. Cette

couteau porté sur une tige et garni de linge jusqu'à un pouce ou deux de sa pointe : de longues pinces servent à extraire les portions auxquelles les doigts ne peuvent atteindre. M. Lee a l'habitude de séparer le bras du corps , il perfore le thorax et l'abdomen , et extrait les viscères qu'ils contiennent , puis selon l'indication il enlève le reste du corps par portions , ou bien , appliquant un crochet mousse sur le bassin ou sur la colonne vertébrale , il amène le corps doublé sur lui-même.

M. Davis, de son côté, conseille de préférer le premier moyen, c'est-à-dire la division du tronc et son extraction par portions séparées. L'emploi de toutes ces méthodes est loin d'être innocent; non seulement il expose la matrice à être lésée par les instrumens ou par des fragmens osseux, mais encore il peut entraîner toutes les conséquences des irritai ions prolongées. En somme, il ne faut y avoir recours qu'en cas de nécessité réelle. (^. Dystocie.)

EMPHYSÈME, euiphysetna, w/latiOj de ouTaôî , j'enfle. « On se sert de ce mot pour désigner l'état d'une partie du corps dans laquelle les gaz se sont développés ou ont été introduits en plus ou moins grande quantité. (Murât, Dict. de méd., 2«édit.,t. XI, p. 328.)

On distingue, en conséquence, plusieurs espèces d'emphysèmes : 1« Vcmphysème dit traiimatique ; 2« Vemphysèmc par exhalation ;'ù'' Vemphysèmc pulmonaire.

face pabnaire delà main introduite jusque | Ces trois variétés feront le sujet de trois

EMPHYSÈME

chapitres isolés dans lesquels seront indiquées les particularités qui les caractérisent.

On avait encore appliqué le nom d'emphysème à des collections gazeuses, produites dans les cavités séreuses, mais ces altérations portent plus particulièrement le nom générique de pnetiwa^o^es, et, selon leur siège, ceux de pneumothorax ^pneumatocèle , pneumatomphale^ tympanite^ etc. [f^. ces mots et Abdomen, Poumons, Plèvre, Poitrine, etc.)

I. Emphysème traumâtique ou chirurgical. Cet emphysème est toujours sous-cutané; il ne suppose cependant pas inévitablement une solution de continuité des tégumens. Souvent il arrive à la suite d'une forte contusion à la poitrine , de la fracture d'une ou plusieurs côtes, sans que la peau ait été entamée. Dans le premier cas, il y a eu écrasement de la poitrine , rupture des cellules pulmonaires sans fracture, ainsi que cela s'observe chez les enfans : dans le second , la fracture a été accompagnée d'introversion des fragmens, et les cellules bronchiques ont été ouvertes par l'action des pointes osseuses. Dans une autre forme d'emphysème, il y a plaie extérieure. Dans ce cas, pour que 1 emphysème arrive, il faut que la plaie soit petite et que l'ouverture ne soit [)as en rapport direct avec l'ouverture pulmonaire ; c'est ainsi que, ne pouvant librement se précipiter en dehors, l'air s'infiltre dans le tissu cellulaire etforme une tumeur à base large, peu saillante,crépitante au toucher, et dont les limites s'étendent de proche en proche à mesure que l'extravasation aérienne s'opère. L'infiltration peut quebjuefois devenir tellement considérable, qu'elle occupe toute l'étendue du derme depuis la tète jusqu'aux pieds. On a, dans ce cas, comparé l'aspect du malade à celui d'un mouton qu'on écorche, et dont le derme a été gonflé à l'aide d'insufllation d'une quantité considérable d'air. Arrivé <ice[)oinl, l'cmphyseme constitue un accident la plupart du temps mortel : heureusement il est excessivement rare.

Il résulte , rie renoncé précédent , (pie l'emphysème peut avoir son point de dip^rt, «oit au cou, soit à la poitrine, et s'étendnî dans le reste du corps. Il s'observe au«;si dans quelques cdii do fractures du nez ou

des sinus frontaux , mais alors Tinfil- Iration ne dépasse point les tissus palpébraux. (F. Paupières.)

Voici quel est le mécanisme de la formation de l'emphysème. Pendant l'inspiration, l'air s'échappe des cellules aériennes ouvertes par la blessure du poumon , et se répand dans la poitrine ; pendant l'expiration, cet air est comprimé entre le poumon et les parois thoraciques, et, si la plaie est étroite et oblique , ce même air ne trouvant point d'issue pour sortir audehors s'insinue dans le tissu cellulaire et en distend les cellules; comme l'air de la respiration se renouvelle à chaque instant, la quantité de celui qui forme l'emphysème augmente aussi à chaque inspiration et tant que dure la plaie, en sorte que l'infiltration peut s'étendre à tout le corps et devenir énorme. (Beyer.) Citons quelques faits.

Un homme de trente ans , constitution sanguine, replet , reçoit un coup d'épée à la poitrine dont il meurt cinq jours après. Durant sa maladie , il lui survient un emphysème général; tout son corps est gonflé, excepté la plante des pieds, la paume des mains et le cuir chevelu. Au devant de la poitrine, l'emphysème offre onze pouces d'épaisseur, au ventre neuf pouces, au cou six pouces, dans le reste du corps quatre pouces. Le malade crachait du sang, avait beaucoup de peine à respirer, et faisait des efforts violens , surtout pendant les derniers jours, pour attirer l'air dans les poumons. Les yeux sortaient des orbites, ils avaient seize lignes de diamètre; on en a lié le pédicule avant de les extirper du cadavre ; ensuite la ligature ayant été ôtée, il sortit de l'air du globe de l'œil avec impétuosité, et son volume s'est réduit de moitié. Le corps vitré et l'humeur aqueuse contenaient de petites bulles d'air. Avant d'ouvrir la poitrine, on y fit un trou entre deux côtes, et il en sortit une grande quantité d'air fort puant; il y avait environ huit onces de sang épanché dans cette cavité. La plaie du poiunon était béante et offrait .sept à huit lignes de longueur sur une demi-ligne de birgeur et une ligne de profondein-. La pl.iie tégumentaire était frrmée. (Littrc, Mcm. de l'Jcad. dusse, 1715.)

M. Ménard a publié l'observation suivante : un enfant, i^gé de neuf ans, fut ren-

5âS

EMPHYSEME.

versé sur le dos par une des charrettes basses appelées camions: la roue de devant lui passa sur la poitrine, A Texamen, iM. Ménard ne put découvrir aucune fracture; il crut sentir cependant une légère crépitation vers l'aisselle; dyspnée, crachats sanguinolens et spumeux. Le lendemain , un emphysème très manifeste envahit tout le corps, à Texcepiion des membres pelviens. Le brasgau<:he était surtout remarquable par son volume , les lèvres et les paupières à peu près immobiles par excès de gonflement. Tous les mouvemens, et surtout ceux de la respiration, sont excessivement gênés. Saignées. M. Ménard pensa qu'il était indispensable de donner issue à l'air épanché, et il pratiqua à cet effet, au côté gauche de la poitrine, sur le point où il avait senti, au début, une légère crépitation , une incision de deux pouces de longueur et d'autant de profondeur, mais qui ïic s'étendait pas jusqu'aux parois de la poitrine. Une gaze graissée et soufïlée pour donner accès à l'air fut appliquée sur la plaie. Le lendemain, l'emphysème avait déjàdiininué, et vers le quarantième jour il avait complètement disparu.(/oî/n?. de la soc. méd. de ta Loire- Inférieure, 1838.)

Dans un cas analogue devenu trèscélèl)re, la roue de voiture avait fracturé plusieurs côtcssurunhomme de soixante ans; la peau n'avait point été entamée ; il en résulta un empliysème général monsirueux (jui se termina [)ar la mort. IMéry, qui en fit l'autopsie , observa que les seules parties du derme qui n'avaient point été distendues par l'air étaient la paume des mains , la plante des pieds et le cuir chevelu ; là, en elVet, le tissu celhjlaiie est trop serré pour donner passage à l'air. {Ouv. citéy 1715.)

D'après ce qui précède , il est facile de comprendre que les circonstances suivantes empêchent renq)hysème de se produire ; 1° une grande étendue de la division des parois thorariques : l'air entre et sort librement; 2° un grand épancluMnent saîiguin , (jui s'oppose à la .sortie et à l'infiltration de l'air; 5" une grande étroitesse de la plaie des poumons : alors le gontlement et les caillots de sang s'opposent à l'issue de l'air par la plaie des poumons. Cependant, il est possible , dans des cas

fort rares à la vérité, de voir survenir l'empliysème dans les larges plaies pénétrantes du thorax , sans qu'il y ait eu lésion du poumon. Murât explique le mécanisme de la formation de cette variété de l'emphysème de la manière suivante = L'élévation des côtes et une forte inspiration permettent à l'air d'entrer dans la plaie et de là dans la poitrine. Il empêche le poumon de se dilater ; l'expiration suivante le fait sortir; si, dans ces mouvemens alternatifs, un changement s'opère dans les rapports de la plaie , le (luide éprouvera de la difTicullé à s'échapper , et, pénétrant dans le tissu cellulaire , donnera lieu à l'emphysème.

" Los symptômes qui accompagnent l'emphysème sont ordinairement les suivans : le malade se plaint d'abord d'un resserrement considérable de la poitrine avec douleur, surtout à l'endroit de la plaie , et d'une grande difTicuité de respirer. Celte oppression de la respiration va toujours en augmentant et devient de plus en plus insui)[)ortable. Bientôt le malade ne peut plus rester couché dans son lit , il ne peut respirer qu'en se mettant sur son séant ou en se penchant un peu en avant. Son visage rougit et se boursoufle ; le pouls , qui d'abord était petit et resserré, devient irrégulier; les extrémités se refroidissent, et, si le malade n'est pas secouru, il finit par succomber avec tous les signes d'une sullbration. J-e gonflement enq)hysemaleux, ([uel que soit son siège, se distinguera aisément de l'œdème ou de l'anasartpie , par la cré[)itation que détermine le toucher, et par un bruit semblable à celui que l'on produit en comprimant une vessie desséchée pleine d'air. La tumeur est incolore et sans douleur : elle ne gagne |)as d'elle-même les parties sousjacentes, quoique parla pression on puisse la faire changer de place : elle est élastique , c'est-à-dire qu'elle se laisse déprimer , mais elle revient sur elle-même aussitôt que la pression cesse , et l'impression de la main ou des doigis n'est pas conservée. La partie affectée n'est pas pesante ; la tumeur apparaît d'abord dans un endroit quelconque, mais s'étend bientôt sur tout le corps, et donne lieu à une énorme distension de la peau.» (S.Cooper, Dict. de cliir.^ t. i, p. 414 , éd. de Paris.}

EMPHYSEME.

" Si l'emphysème conliinie à faire des progrès , l'air , après avoir disteii(Jii le tissu cellulaire sous-cutané , pénètre sous les aponévroses des membres, dans les tissus sous-muqueux, intermuscnlaires, suit parfois le trajet des vaisseaux , des nerfs , et parvient enfin dans le parenchyme des viscères. On a constaté sa présence dans l'intérieur de Tœil, et jusque dans la membrane de l'humeur vitrée. L'air enfermé sous la peau gêne plus ou moins l'action des muscles , comprime les vaisseaux superficiels, détermine la congestion des organes internes : il y a de la fièvre , de la toux ; la respiration est difficile , les crachats deviennent sanglatis , et le danger est imminent si on n'administre pas de suite les secours convenables. Le pronostic de Temphysème traumalique est donc en général fâcheux. Toutefois , le danger est subordonné aux causes , au siège et à l'étendue de cette espèce d'infiltration gazeuse et aux accidens qui la compliquent. L'air qui pénètre dans le tissu cellulaire sous-cutané, et même dans les cavités splanchniques , peut y séjourner quehiuefois pendant un temps assez long sans produire des effets fâcheux. En général , le danger est d'autant plus grand , que les fonctions de la respiration et de la circulation s'exécutent plus laborieusement. )> ( Murât , ouv. cit., p. 535. )

Traitement. Yoici comment John Bell a résumé la thérapeutique de l'accident que nous décrivons ici.

ti 1° Quand la tumeur crépitante commence à se former au-devant d'une côte fracturée, ou peut faire de petites piqûres avec la pointe d'une lancette; si l'on a piqué a«sftz profondément, l'air se précipitera au dehors avec bruit ; mais comme cet air était dans la poitrine fnous supposons que le poumon n'adhère pas aux [»arois flu thorax), avant de s'inlrodiiiri; dans le tissu cclhilaire, il est évident que cette cavité en est encore remplie, et ([ue le poumon de ce cAté est déjà alfaissé , impropre à la rc'^piration , et (\n\\ doit demeurer dans cet étal. On se pro[)()se dojK-, en praticpiant ces scarifiealions, et surtout en les praliipiant si près de la cùle fracturée , non de soulager les poumons , mais de prévenir edicacenwjnt l'inlroduclion plus étendue de Tair sous la peau.

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