HOURS
Demeuré (il a ou il est). Il faut dire :
Il a demeuré vingt ans à Paris pour y prendre les manières du beau monde ; et non pas : Il est demeuré vingt ans à Paris pour y etc. parce que cela fait entendre que celui qui a passé vingt ans à Paris, n'y demeure plus.
Au contraire, il faut dire : // est demeuré à Paris pour y poursuivre un procès ; et non pas, il a demeuréf parce que cela fait connoitre que celui qui veut poursuivre le procès, est actuellement à Paris. — Th. Corneille.
Demeurer prend avoir, quand il signifie faire sa demeure. Il a demeuré à Paris,
Demeurer pour rester ^ prend être. // est demeuré deux mille hommes sur la place. Il est
demeuré à Paris, Ainsi ce vers de Racine n'est pas correct, selon d^Olivet :
Ma langrue embarrassée Dans ma bouche vingt fois est demeuré glacée.
Il ne faisoit pas attention que Titus n*étant pas resté muet pour toujours, il ne falloit pas dire : est demeuré, mais a.
Demi. Ce mot demi n*en fait qu*un avec le substantif auquel il est joint. II y faut mettre une division et dire, avant un nom féminin, une demi-heurey et non pas une demie-heure ; et devant un pluriel masculin : ce sont des demi^hérosy et non demis héros.
Quand le nom substantif est mis avant demi, il faut dire une heure et demie, un cent et demi.
Depuis ^ue. On ne sauroit employer depuis que avec un parfait défini. On dit bien : Depuis que je Vai mené chez vous, je ne Pai point vu ; mais on ne dira point : // nous arriva hier plu^ sieurs accidens depuis que nous vous eûmes quitté. Dites après que nous vous eûmes quitté.
Depuis.
Yotre ame du depuis ailleurs s^est engagée.
Corneille.
Du depuis a toujours été une faute ; c'est une façon de parler provinciale. Il est clair que le du est de trop avec le de. — Volt aire.
Ah ! depuis qu^une femme a le don de se taire.
Corneille.
Depuis ne peut être employé pour quand, pour dès^là que, lorsque. Ce mot depuis, dé-
note toujours un temps passé. Il n*y a point d'exception à cette règle. C'est principaleihent aux étrangers que j'adresse cette remarque.
Corneille corrigea depuis et mit :
Monsieur, quand une femme a le don de»c taire.
VoLTAr B.E.
Des et De. Des se met devant le substantif, eide ne s'emploie que dans le cas où Tadjectif est le premier : De superbes palais» des palais superbes, des peintres excellens, d'excellens peintres, etc.
Cependant, on place quelquefois des devant l'adjectif.
Des est un article, il signifie de les.
La fonction de l'article étant de ramener les mots, de leur acception vague à un sens déterminé, il faut employer la particule de^ quand le mot que Tadjectif précède est pris dans un sens large et vaste; et l'article des^ lorsque la valeur du mot précédé par l'adjectif est pluà rapprochée, plus déterminée.
Exemple : voilà de et non de les belles fleurs. Ma.is on dira : donnez-moi des ou de ces belles fleurs qui parent votre jardin, et des ou de ces bons fruits dont vous m^avez fait goûter.
Avec une négation, il faut employer l'article indéfini de : Je n'ai point de et non de les désirs.
De même avec les adverbes de quantité : j'ai infiniment de et non de les chagrins.
Exceptez cependant P adverbe bien, qui commai^de toujours l'article des ; avec bien des pour de les dépenses, il a fait peu de réparations.
Des est remplacé par de lorsque étant partie
'(A îl précède un aJ;>ctt/' immédiatement suivi d*un substantif pïurïei : d'excellens livres et non des exceliens livres. Mais si V adjectif fait corps avec le substanti/f on met des : dçs jeunes gens.
Des ott Les. Doit-on dire : C^ est un des juges des plus habiles du Chàlelet; c'est un des livres des mieux écrits ^ etc.?
Les adjectifs superlatifs, d'après les règles, se construisent comme les adjectifs positifs ; ainsi comme on ne diroit pas bien: C^est un des juges des habilesdu Châtelet, on ne doit pas non'plus dire: CTest un des juges des plus habiles du Châtelet, . Il suffit de dire : C^est un des plus habiles juges du Châteletf ou c^est undes juges \es plus habiles du Châtelet, C'est un des livres les mieux écrits ; ou c^est un livre des mieux écrits.
Quand nous disons, c^est un des plus habiles juges du Châtelet^ ou c^est un des juges les plus habiles du Châtelet^ nous marquons trois rapports, T. nous parlons d*un juge; â°. d'un juge du Châtelet ;d'' d'un juge du Châtelet, parmi ceux que le plus d'habileté distingue des autres.
Cette expression : C^est vn des juges des plus habiles du Châtelet^ n'exprime point d'autres rapports ; elle est mauvaise, parce qu'elle semble contraire à l'analogie. Ce qu'il y a de rapport extractif dans ces sortes de phrases, est assez marqué partincfei, etc., sans qu'il soit besoin de répéter la préposition de avant le superlatif. — Journal de Trévoux.
DÈS-QUE, DÈS-LÀ, DÈS-LÀ QUE. Dès-qUC
marque le temps et signifie aussitôt que.
Dès^que fat su Vaffnmt^ fat prévu la vengeance.
Désigne se prend aussi paur puisque. Il n^y a plus de dispute^ dès-que vous en tombez d^ac' eord. — A CAD.
DèS'lâ et dès-là que marquent la cause. IjotS' qu*un homme se laisse aller à Voisiveté, dès-là tV est perdu: c'est-à-dire, par cela même
DèS'là que signifie par cela même.
DÉSESPÉRER, SE DÉSESPÉRER. Désespérer^ quelqu^un, c'est le jeter dans le désespoir, l'affliger au dernier point. // ne faut pas désespérer un homme ; cela me désespère. .
Se désespérer y se tourmenter, s'agiter avec beaucoup de douleur. // vient d^ apprendre la mort de son fils ; il se désespère.
Désespérer de quelqu^un^ c'est n'espérer pas qu'il se ^corrige.
Désespérer d^un malade ^ c'est n'avoir pas d'espérance qu'il guérisse.
DÉSIRER. On dit : Désirer faire quelque chose, et désirer de faire quelque chose.
Mais dans ces sortes de phrases où désirer est mis devant un verbe à l'infinitif, l'usage le plus ordinaire est d'y joindre la particule de, — Acad.
Le de ne fait qu'alonger, par conséquent affoiblir. Le désir est trop vif pour être long à s'ex* primer.
L'Académie ne fait suivre ce verbe de la préposition de, que lorsqu'il est à l'infinitif et suivi immédiatement d'un verbe à l'infinitif. Désirer défaire.
Pour les autres cas, employez le que, et ne
dites pas ; désirer de le voir riusêir ; mais, qu^il réussisse »
Dessous.
Rome est dessous vos lois, par le droit de la g^uerre.
Corneille.
Cette licence est une faute : Dessous n'est pas comme sous^ qui demande un régime ; dessous n'en veut pas.
Comme il faut des remarques grammaticales, surtout pour les étrangers, on est obligé d'avertir ^ue (/^550ti5 est 'adverbe et n'est point préposition. Est-il dessus? Est-il dessous ? Il est sousvouSf il est sous lui, — Voltairb»
Devant. Vaugelas permettoit de mettre ces deux prépositions avant et devant^ l'une pour l'autre.
Aujourd'hui l'usage est qu'on les distingue, soit en vers, soit en prose. Avant est relatif au temps; avant notre départ , avant que vous par^ liez, -
Mais; devant est relatif au lieu : J'at paru devant le roi; vous passerez devant ma porte.
Ajoutons que devant ne sauroit être suivi d'un que ; par eonséquent, il y a, selon l'usage présent, double faute dans devant qu^il expire.
Dites avant. — d'Olivet, voy. Avant.
DÉVERSER. Ce verbe neutre signifie n'être pas d'aplomb, surplomber : voilà un mur qui déverse.
On en a fait une fort mauvaise application, lorsqu'on l'a pris dans l'acception de répandre )en abondance. Déverser le mépris et la honte sur quelqu'un n'est pas français, r. Le verbe
n*est pas actif; 9?. il n'est pas le synonyme ni Taugmentatif de verser. — Acad.
Dieu sait. Quand on parle d'une chose future. Dieu sait emporte une espèce d'affirmation. Dieu sait comme vous serez méprisé^ si vous vous livrez d vos passions.
Quand il suit un passé, Dieu sait emporte une espèce de négation. Dieu sait si fai commis ce crime; c'est-à-dire, jV n'atpotitf commis ce crime, et j'en prends Dieu à témoin. — DicT.
Acad.
Digne se prend en bonne et en mauvaise part. Il est digne de pardon.// était digne demort.
Indigne se prend toujours en mauvaise part.
// est indigne de vos bontés^ de pardon.
Mais 01^ ne diroit pas bien : // est indigne de punition, de mort.
Dîner (prier à ou prier de). Prier de dîner est un terme de rencontre, d'occasion ; et prier à dîner marque un dessein prémédité.
Si quelqu'un, avec qui je puis prendre un ton familier, se trouvé chez moi à l'heure du dîner, et que je iui propose d'y rester pour faire ce repas, tel qu'il a été préparé pour moi, je le prie de dîner. Si je vais exprès, ou si j'envoie chez lui pour l'engager à venir dîner chez moi, alors je le prie à dîner.
Quand on prie de dîner, c'est sans apprêt.
Quand on prie à dîner, l'apprêt ne doit être qu'un meilleur ordinaire ; mais quand on invite à dîjier, l'apprêt doit sentir la cérémonie* '— Beauzée.
Disconvenance se dit des membres de
pbrases ou des termes qui ne doivent pas aller ensemble: par exemple» il y a disconvenance dans cette proposition : beaucoup de personnes sont venues m* entretenir et me consulter sur tout cela ; parce que m^entretenir régit de^ et que me consulter régit sur. En général, tout verbe qui sous-entend son régime , doit prendre celai du verbe qui suit, pour que la phrase soit correcte.
Il y a également dis convenance dans ce vers de Malherbe :
Prends ta foudre . . .et va comme un lion ....
Farce que la foudre n'est pas un attribut du iion ; il falloit dire»^ et va comme Jupiter^ si le vers Teùt permis.
Il y a aussi disconvenance ^ dans ce vers de Racine,
Sa réponse est dictée ; et même son silence.
Parce qu'en ces occasions, l'ellipse del'acfjectif n*est régulièrement soufferte qu'autant que Vadjectif exprimé est de tout genre.
Il y a encore disconvenance dans cette proposition d'un auteur moderne: Cette histoire achèvera de désabuser ceux qui méritent de (* é" trCy parce que le participe désabusés est sousentendu dans le second membre ou incise^ et que c'est rinfinitif désabuser qui est exprimé dans le premier. Il falloit dire, ceux qui méritent d'é« tre éclairés»
Enfin, il y a disconvenance dans cette façon de parler, V homme qui a le plus vécu, n^est pc
celui qui a compté le plus d'annéesy mais eelrnï qui a le plus senti la vie : (J. J* Rousseau, £1111/0), parce que le verbe est pris d*afaord dans un sens négatifs et ensuite dans un sens affirma^* tif. Cette disconvenanee a pourtant cessé d*en être une depuis que nos meilleurs écrivains se sont avisés de variet* ainsi le discours; c*est même aujourd'hui un tour d'expression autorisé par Tusage. — Caminade.
D0NT9 D'où. Dans certaines occasions ce soroit une faute d'employer d'ot« pour dont^
Quand maison signifie race^ il faut dire :' la maison dont il est sorti ; mais si maison s'emploie au propre, on dira : la maison d^oû il est sortL
DOUTBR.
Outre que le succès est encore à douter.
Le succès est à douter est un solécisme. On ne doute pas une chose ; elle n'est pas doutée. Le verbe -douf^r eï:ige toujours le génitif, c'està-dire la préposition de. — Voltaire.
Du, Des. On peut employer du^ desy avant un adjectif et un substantif, quand ces noms ne sont pas pris dans un- sens partitif, comme : je me suis servi du grand et du petit papier, des beaux livres que vous m'avez donnés. Mais on supprime 1* article quand le nom est pris dans un sens partitif. Ceia fait faire de mauvais sang. —Académie.
Ainsi, Racine a lait une fkate quand il a dit de Mithridate :
Qui sait si ce roi N^accuse point le ciel qni le laisse ontrag^er, Et des indignېflts qui n^osent le venger?
Il falloit^ et ^Migneifilêf ou, A^mdlgnes en^ fmu.
Avec pas et point, on met qaelquefois T article ayant le nom, c'est quand ptts ou point ne tombe que SUT le verbe, sans influer sur le régime. Pourvu qu*on ne coupe point des mots intépara" bleSf le substantif au vocatif se place où Von ««H/.— d'Olivet.
Je ne vous ferai point deê reproches frivoles.— Racine.
Roxane fait des reproches à Bajazet dans tonte la scène où est ce vers ; ainsi elle ne veut 'pas dire qu'elle ne lui fera pas de reproches, mais qu'elle ne lui fera point de ces reproches qui ne sont que frivoles. Le même poëte a dit : Je n^av point des sentimens si bas.
Si l'adjectif et le substantif ne forment qu'un sens indivisible, alors l'article est d'usage. Cet homme a de V esprit, des helles4ettres, c'est-àdire, de la littérature.
C'est ainsi que Boileau a dit d'Alexandre:
Heorenx si, de son temps» pour de bonnes raisons, la M acédoioe eût eu deê PetiteS'Maisonjt,
Parce qu'ici Petites^Maisons signifient hôpital où l'on met les fous.
On dira de même : Monsieur a des petits^JiU, des petitesf'filles^ des petits^neveux, des petites^ nièces, par rapport au grand'-père. Il y a des petits^maitres et des petiies-^maUresses d la cour et ailleurs.
Mais on ne doit pas dire : Devenons comme des petits enfans sans^ orgueil^ sans diguisemeni et sans malice^
Il faut dire, de petits enf ans.
Duo, Folio, Numéro. Tous les mots em-»
pruntés du latin s'écrivent au pluriel comme au singulier ; yac/um est excepté, on àîii ■ des J^ac^ tums,
Échappé (être ou avoir).
Etre échappé a un sens bien différent de celui d'avoir échappé.
Le premier désigne une chose faite par inadvertance ; le second, une chose non faite, soit par inadvertance, soit par oubli.
Ce mot m^est échappé, c'est-à-dire, j'ai prononcé ce mot sans y prendre garde.
Ce que je voulois dire ni* a échappé, c'est-àdire, j'ai oublié de vous le dire ; ou dans un autre sens, j'ai oublié ce que je voulois dire. — Encyclopédie.
Échapper, quand il signifie éviter, a un régime simple. Echapper le danger, la côte, la pO' tence.
Echapper de, signifie se sauver de. Echapper d'un danger, de la prison. Il s^est échappé des ' priions.
Echapper à signifie n^ètre pas saisi, n*être pas aperçu. Le cerf a échappé aux chiens. Il y a dès insectes si petits, qu^ils échappent d la vue.
Échapper, Réchapper* On échappe d'un danger, de la prison, etc. On réchappe d'une maladie. // a une gravide maladie, t/fi'€nré-
chappera pii^. — Bouhours» Acad. Réchapper est du style familier. — B.
Efforcer (s'), prend d quand îl signifie em-
ployet toute sa /brce, ne pas assez ménager ses
/brceSien faisant quelque chose. Ne vous efforcez
point â crier. Il s*est efforcé à courir. — Ac ad.
S'efforcet se construit avec de quand il signifie employer son industrie pour parvenir à une fin. Chacun doit s* efforcer de croître en sagesse, — Wailly.
Elle, lui> eux, leur» ne peuvent se dire à rindéfini ; on dira bien, cette personne a des ajustemens de prix sur elle ; sur soi seroit une faute.
Après une interrogation, il n*est pas permis de se servir des mêmes pronoms ; on les détourne par le, la^ ies^ en ou y. Par exemple, si l'on demande à quelqu'un : Est-ce là votre demeure? non, ce ne Test pas. Que peut-on faire de cet enclos ? on n'en peut rien faire. Sont-ce là vo8*apparteraens ? oui, ce les sont. Qu'ajouterez- vous à ces entre-sols ? j*^ ajouterai deux étages. Ces réponses, non, ce n'est pas elle ; on ne peut rien faire de lui ; oui, ce sont eux ; je leur ajouterai deux étages, seroient autant de solécismes de phrases. — Camin ade.
Eminemment. Ce mot très-énergique est affi)ibli par le trop fréquent usage que l'on en fait par exagération. Il ne se passe pas huit jours sans qu'un des journalistes ne l'emploie, et cela est éminemment ridicule.
Emplir, Remplir. Ces verbes signifient rendre plein. Ils se disent des choses matérielles ;
mais avec cette différence, qu Vmp/tràe dit communémeot des choses liquides* Emplissez de vin ce tonneau. Emplissez d^eau la carafe.
Remplir se dit mieux des choses qui ne sont pas liquides. // a rempli ses coffres d*or ei émargent. Il a rempli de blé tous ses greniers. On dit aussi remplir pour remplacer une liqueur on une chose utée. Remplissez ce tonneau^ ce sac»
An figuré, et quand il est question de choses immatérielles, remplir est le seul dont on doive se servir. // est très'digne de la place quHl remplit. Il remplit toute la terre du bruit de son nom. Il a rempli son devoir^ sa pro' messe.
En et Y. Les particules en et y se mettent toujours à la place des pronoms son, sa, ses, leur ou leurs, dans les phrases où ces pronoms cessent de marquer un rapport de propriété ou de possession : par exemple, en parlant de la mer, on dit bien, j*ai sondé sa profondeur à la côte, ou à telle hauteur ; j'ai observé Fagitation de ses flots; mais on ne dit pas, j*ai bravé ses dangers, j*ai vu ses vaisseaux, parce que les c/ang^rs ne sont pas plus des parties intégrantes de la mer que les vaisseaux ; il faut dire, J'en ai bravé les dangers ; j'y ^^ vu des vaisseaux.
On doit mettre en au lieu de 511» toutes les fois qu'en parlant de choses inanimées ou de bêtes, on ne se sert d'aucune expression qui convienne à des personnes : dans ce provetbe ; quand on parle du loup^ on en voit la queue ; on ûe dit pas, on voit sa queue, qaoiqu'assuréraent ce 6oit bien la sienne, parce que la phrase est construite de
manière que rien n*y dénote la propriété ou la possession. — Cam i n ji de.
En a une acception moins déterminée que dans. On dit : // est <n France, dans le dépar^ temeni de la Seine: il est en ville ^ dans tel quartier.
Entreprendre. Ce verbe entreprendre est actif, et veut absolument un régime. On ne dit point entreprendre pour conspirer.
C'est parler très-bien que de dire : Je sais méditer, entreprendre et agir; parce qu'alors entreprendre, méditer ont un sens indéfini.
Il en est de même de plusieurs verbes actifs» qu*on laisse alors sans régime. Il avoit une tête capable d'imaginer, un cœur fait pour sentir, un bras pour exécuter. Mais j* exécute contre vous, j'imagine contre vihis, j'entreprends contre vous, n'est pas français. Pourquoi ? parce que ce défini, contre vaus, fait attendre la chose qu'on imagine, qu'on exécute et qu'on entreprend. Vous ne vous êtes pas expliqué clairement. — Voltaire.
Envier, porter envie. Envier se dit surtout des choses. // ne faut pas envier le àien d'autrui.
Porter envie, se dit des personnes et des
choses. Moi, qui ne vous envie pas votre esprit,
*i votre science, je vous porte envie de ce que
^ous avez été huit jours à ^a/zac— -Voiture.
Au bonheur du prochain ne portez point envie.
Envoyer. Envoyer est suivi ou d'un infinitif seul, ou de pour et d'un infinitif. Jésus» Christ a envoyé annoncer sa parole aux Gentils,
Les ennemis envoyèrent un corps de troupes pour reconnoUre la place.
H faut mettre pour avant l'infinitif, quand cet infinitif est séparé à^envoyer par plusieurs inots^ comme dans le dernier exemple. — Wailly.
Ëpidërme, que Molière a cru féminin, est du genre masculin : sec épiderme, simple épiderme.
Epithète. Quand on joint une épithète, c'est-à-dire, un adjectif à un substantif, il faut que cette epithète ajoute quelque chose au sens.
Ils furent surpris tout-à-coup par une tempète orageuse.
Cette epithète, orageuse^ ne paroît ajouter rien au sens du mot tempête. On pourroit dife, par une affreuse^ ou par une violente tempête.-^ Wailly.
Equivoque se dit de tout mot qui.peut aussi bien se prendre dans un sens que dans un autre : par exemple, il y a équivoque dans ces vers de Racine:
Il Taime. Mais eufin cette veuve inhamaine N*a payé jasqu^ici sou amour que de baine; Et chaque jour encore on lui voit tout tenter Pour fléchir sa captive ,..,
Le sens et la grammaire ne s'accordent point; car le sens veut que ce lui du troisième vers soit rapporté à Pyrrhus ^ et la grammaire veut qu'il le soit à cette veuve inhumaine. Rien ne coûte tant que d'éviter toujours des équivoques qui naissent des pronoms mal placés; mais où la nécessité se trouve, la difficulté n'excuse pas.
En voyant de son bras voler partout /'e/frot,' L^Inde semble m^ouvrir un ch<unp digue de moi.
Preiuièrenient, on pourroit demander si Vef' froi de son bras signifie i*effroi qu*èprouve sun bras; en second lieu, voyant se rapporte non pas à rinde qui est le sujet suivant, mais à la personne qui parle. 11 se rapporteroit au sujet suivant, si la phrase étoit ainsi conçue :
Et vùjfani de son bras voler partnat TeffVoi Je crus alors m'ouvrir
Voyant ne seroit en ce cas qu'une sorte d^oppo* sition très-permise ; mais, de la manière. quMl est placé. Ton diroit que c'est VInde qui voyoit^ etc. — d'Olivet.^
Espérer, Ce verbe, devant un infinitif, prend la particule </f , ou ne la prend pas ; et Ton dit : J'espère gagner mon «procès, et j'espère de gagner, ma cause.
Cependant le de paroît inutile ; il devoit être réservé pour cette locution : J'espère mon par^ don de la volonté de Dieu,
11 s'est introduit une locution vicieuse, c'est de le joindre à un verbe placé au présent. Exemple : J^espère que vous êtes content^ etc.
11 faut se servir d'une autre expression, ou placer ati futur le verbe que Ton associe à es^ pérer, J'ai.lieu de croire que vous êtes content ; j*espère que vous resterez avec nous, etc.
L'Académie définit espérer^ attendre un bien qu'on désire et que l'on croit qui arrivera. Voy. au Dictionnaire.
Dès-lors ce mot ne se rapportant jamais qu'à l*avenir, il est absolument nécessaire de mettre au futur le verbe qu'il détermine ; par cette rai-
son le de étant souvent employé au passé, il vient de /aire, de dire, il paroît bizarre de dire, espérer de gagner,
L'Académie n'admet qu'un seul cas où il doive être suivi de la préposition de, c'est quand il est à l'infinitif et suivi d'un verbe également à l'infinitif.
Peut'On espérer de vous revoir f
\\ ne faut donc pas imiter les écrivains modernes qui emploient le de dans tous les cas, mais dire avec l'Académie : J*espère que je vous verrai, et non j^ espère de vous voir.
Elle dit aussi : Espérer en Dieu, espérer en sa miséricorde»
Est. On emploie il n'est que, pour le meilleur est,
11 n'est que de servir Dieu, 11 n'est que d'avoir du courage, — Vâx} gelas. Corneille.
Est-ce que. 11 ne faut jamais dire : Esi-ce que vous rCavez pas vu, etc. ? Est-ce que est un solécisme, parce qu'il n'a point de nominatif; il faut dire: N^aveZ'^vous point vuf — Madame Necker. Voyez à Je.
Et, Ni, sont opposés entre eux ; cependant on met souvent l'un pour l'autre: c'e$t une faute en vers, à plus forte raison en prose : et marque une affirmation ; ni marque une négation. Par exemple, quand on dit : je n'en cannois point les effets et les causes, on parle très-msd , il faut dire : je n'en connois ni les effets ni les causes. On reproche à Boileau d'avoir dit, en parlant du Sonnet, qu'Apollon
Défendit qu'un vers foible y ptlt jamais entrer. Ni qu'an mot 4^à mis osât s'y remontrer.
Au lien de ni il devoit mettre et : mais ce n'est là qa'noe inadvertance qu'on peut bien attribuer à l'imprimeur. — Caminade.
Etre ou Avoir. On est souvent embarrassé de savoir quand il faut employer le verbe être ou le verbe avoir. Par exemple, doit-on dire la procession a passé ou est postée sous mes fenêtres. Voici la règle : le participe doit ordinairement se construire avec le verbe avoir , toutes les fois qu'il est suivi de son objet ou régime, et cette construction doit avoir toujours lieu, loirsqu'il exprime une action. Le participe, au contraire, doit se construire avec le verbe être, toutes les fois qu'il exprime un état.
Ainsi on dira : il a monté à cheval ; il a descendu les degrés ; la procession a passé sous mes fenêtres ; parce que le participe dans toutes ces phrases est suivi de son régime, et qu'il ex* prime une action. Mais on dit : il est monté, il est descendu : si on ne veut exprimer que l'état où l'on est après avoir monté. Il faut donc toujours considérer si on veut exprimer une action, on si l'on veut exprimer un état; et c'est ^*après cette règle qu'on dit: il est sorti, en parlant de quelqu'un qui n'est pas chez lui; et Ha *orti en parlant de quelqu'un qui est rentré. — Panckouke. Fay. Fus (je).
il semble que le verbe auxiliaire être s'applique surtout aux choses qui existent encore, et fivoir à celles qui sont passées; ainsi l'on répond ^ la question, où est-il ? il est monté chez lui ; niais l'on diroit: il a monté chez lui avant de partir; a marque alors une action déjà passée.
Si l'on veut fixer T attention sur la chose principale, on doit 8e servir du verbe est, etc. — Madame Neckbb.
ÊTRE D' HUM EU a marque l'inclination naturelle ou habituelle. // n^est pas d'humeur d souffrir une insulte,
Etre en humeur de, dénote une disposition actuelle. Etes-vous en humeur de vous aller promener? — BouHouRs. Acad.
Excellent. La langue française ii*a proprement aucun terme qui, par lui-même, soit superlatif, si ce iCe^t excellent^ qu'on peat regarder comme le plus haut degré de la qualité énoncée par l'adjectif bon ; excellent ne peut recevoir en sa compagnie aucun signe de comparaison plus élevé. On ne dit point plus excellentf moins excellent, etc. On ne parle pas ici de certains mots tirés des superlatifs latins ou italiens, qui sont encore de vrais superlatifs français dans les occasions où l'usage les admet, comme illustrissime, révérendissime^ éminen^ tissime^ sérenissime. Si l'on dit encore excel» lentissime, c'est une expression fausse en ellemême, puisqu'elle veut porter à un degré supérieur une qualité qui est déjà élevée à son plus haut point par le mot excellent, — Fontenai.
Excuse (demander). Demander excuse est un vrai galimatias qui choque également et l'usage et la raison. Nous ne demandons à un autre, dans les règles de la grammaire, que ce qu'il peut nous accorder. On dit : je vous de* mande pardon, parce que celui à qui je parle peut me répondre, je vous accorde le pardon que
fious me demandez, Seion ce principe, on ne peut dire : je vous démande excuse^ parce que celai à qui je parle ne peut pas me répondre : je vous P accorde ; accorder une excuse étant barbare, et ne signifiant rien en notre langue. On dit bien, faire excuse^ recevoir des excuses: ainsi quand j'ai commis une faute envers quelqu'un, ou contre la civilité, ou contre la discrétion, je lui fais excuse de mon procédé peu honnête et peu discret ; et quand il est content de ma satisfaction, il reçoit mon excuse, mais il ne m'accorde point excuse. Il faut donc dire toujours : je vous demande pardon^ ou je vous prie de m* excuser ; et toutes les personnes raisonnables parient de la sorte. — Bouhours.
Exemple. Il n'est pas permis de 4onner le genre féminin au mot exemple, si ce n'est quand il sig-niiie un modèle d'écriture, comme dans cette pbrase : Ce maître écrivain donne de belles exemples à ses écoliers. — Acad*
Il semble plus correct de dire: imiter une exemple, lorsque l'on parle de l'écriture, du dessin; et suivre V exemple, au figuré. Cependant l'Académie a écrit : Un exemple inimi^ table» Boileau a dit : Imite mon exemple.
Faillik. Ce verbe n'est plus en usage qu'au présent de Vinfinitif, au par/ait simple et
a dit : ii faillit son coup, pour t7 manqua son coup: en ce sens t7 faillit a vieilli.— -€ au i-