‹ Dictionnaire des difficultés de la langue française, extr. du Dictionnaire universelChapitre 13 sur 29 · LY · texte numérisé non relu

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Gallicismes. On donne ce nom à des constructions autorisées par Tusage de la langue française, quoiqu'elles paroissent contraires aux règles communes de la grammaire. En voici deux exemples tirés des tragédies de Racine :

Avez-voua pa penser qu'au saDg^d'Agamemnoo, Achille préférât une fille «^s nom.

Qui de tout son destin ee qu*elle a pu comprendre, C'est qu'elle sort d'un sang, etc^IPHiGÉNiE.

Voilà un qui dont le verbe ne paroit point.

Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux. Que, par un prompt avis de tout ce qui se passe. Je ne courre des dieux divulguer la menace.—- /6i(Z.

Je ne sais qui m'arrête que je ne courre. Voilà

encore un gallicisme. Après TeKeraple de Racine, douterons-nous que plusieurs de ces irrégularités ne puissent avoir lieu en toute sorte de style, puisqu'elles ne déparent point le tragique ? Je pense à ce sujet comme Vaugelas, qui aisoit : Tant $*en faut que ces phrases extraot' dinatres soient vicieuses, qu^au contraire elles, ont d^autant plus de grâce, qu'elfes sont particulières à chaque langue ; tellement que lorsqu*" une façon de parler est usitée à la cour et des Bons auteurs, il ne faut pas s* amuser d en faire Vanatomie, ni pointiller dessus, comme font une infinité de gens; mais il faut se laisser aller au torrent, et parler comme les autres, sans daigner écouter ces éplucheufs de phrases, — d'Olivbt.

Fénélon a dit: Dans son désespoir, elle s'imagina qu*ello pouvoit faire passer Malachon pour rétranger que le roi faisoit chercher, et qu'on disoit qui étoit venu aVec Narbal. (Télémaque liv, 3). Au jour de ma mort, qu'il faudra bien nnftn qui vienne. J. J. Rousseau. C'est encore un gallicisme, et tous les deux ne sont pas à imiter.

Gens est féminin quand son adjectif le précède, de bonnes gens ; masculin, quand il est suivi de radjectif, gens instruits, gens éclai* rés.

Il n'y a qQ^une seule exception en cet adjectif, tout, qui étant mis devant gens, y est toujours masculin, comme : Tous les gens de bien, tous les honnêtes gens : jusque-là, que Ton ne dit point, toutes les bonnes gens, ce mot toutes ne se pouvant accommoder devant gens, a^ec

les autres adjectifs féminins qu*il demande.

— Yaugelas.

Aucun nombre déterminé ne se joint au mot

On dit : il y a dix hommes, six hommes, et non pas six gens^ dix gens.

Si l'on dit mille gens, le mot mille est pris comme un nombre indéfini : car, suivant Bouhours, s'il y avoit numériquement mille gens, il faudroit dire mille personnes.-— Bret.

Gérondif. Il ne faut pas employer deux gérondifs de suite sans les joindre par une conjonction. Firme qui s^aperçut de quelque chan^ gemeni, craignant d'tifi côté d'être abandonné, et de Vautre s'ennuyant d'entretenir tant de troU' pes à ses dépens, se sauva dans les montagnes.

Ne dites pas : les vainqueurs ayant rencontré la litière d'Auguste, croyant quHl étoit dedans la faussèrent; il falloit, et croyant qu'il étoit, etc.

Ne mettez pas le relatif en avant un gérondif. Je vous ai mis mon /ils entre les mains, en vouhat Jaire quelque chose de bon» Dites voulant en faire. — Vaugelas.

Quand on joint deux gérondifs passés, si le premier est sans négation, et que le seaond ait une négation ; et réciproquement, si le premier a une négation, et que le second n'en ait point, il faut alors répéter ayant ou étant avant le second gérondif. On dira bien : La ville ayant été prise et abandonnée au pillage, les soldats y firent un immense butin.

Mais on ne peut pas dire, avec un auteur mo*deme : Les idées de la religion n*étant pas mises en œuvre, et reléguées dans un coin df Pâme, perdent de leur force et de leur éclat.

Il falloit : n^itanî pas mUe$ em œuvre, »«û étant reléguées dans, etc. Ou mieux, les idées dt la religion perdent de leur for te et de leur éclat, lorsque, loin d'être mises en œuvre, elles sont reléguées dans un coin de Vâme. — Waillt.

iVB.— Cette expression coin de Vâme, est

inexacte, burlesque et plate ; l'âme n'a ni coin

ni recoin. Si Ton dit: dans le fond de V Âme ^

fond est pris au figuré ; mais coin ne s'emploie

jamais qu'au propre. — Koj(«jr le Dictionnaire.

Le gérondif est une sorte de nom adverbial, formé du participe présent et actif des verbes; tel que, en aimatii les hommes, on n^est pas ^^ pensé d'aimer Dieu ; en aimant est gérondif.

On peutencoredéfinir le gérondif, iineexpressioa formée sur le participe présent actif, et servant à mettre l'idée du verbe duquel il d^ive, en forme adverbiale. Ainsi dans cette pbrase^ Q^eA-en s'' abaissant qu^on parvient à s^ élever ; €» ^Rabaissant marque la manière, le moyen de s'éle^ ver : et donne' à l'action de ce verbe la modification adverbiale. Dans celle-ci : En hsi par^ lant, n* oubliez pas de lui dire. • . • • • en lui pat' tant, marque la circonstance du temps, c*est-àdire, lorsque vous lui parlerez, tandis que vous lui parlerez. C'est donc Tidée du verbe parler, mise en forme adverbiale, et modifiant le verbe k* oubliez pas, etc.

Pour pouvoir discerner si un mot semblable placé sans préposition, est un participe on un gérondif, il faut voir s'il peut se tourner par ^«t, ou parte que, vu que, et alors il est participe ; ou s'il peut se tourner par lorsque, ou admettre la préposition ifft. et alors il est . gérondif ; car celai*ci jours le moyen, la manière ou le temps.

comme nous Pavons dit, et le participe marque tottjonrs la cause de 1* action principale de la phrase, ou l'état de la chose ou de la personne à laquelle il se rapporte. On cite quelquefois pour phrase ambiguë celle-ci : Je l*ai rencontre aU lant à la campagne ; mais elle ne peut l'être que pour ceux qui ne saisissent pas Tesprit de la construction française ; car ce mot allant ne peut se rapporter qu'à celui que j'ai rencontré ; et si Ton veut le faire rapporter à jV, il faut dire, je tai rencontré en allant à la campagne.

Le gérondif sert à désigner une circonstance liée avec le verbe qui le régit, vous me répon» dez en riant ; et par ^conséquent il ne peut se rapporter qu'an substantif, qui est le nominatif

ile subjectif) de ce verbe, ou qui lui tient lieu le nominatif. J'ajoute qui lui en tient lieu^ parce qu'en effet il y a des phrases comme celle-ci : On ne voit guère les hommes plat" santer en mourant , où d* abord il semble que le gérondif ne se rapporte pas à un nominatif.

Mais c*est comme si l'on disoit: On ne voit guère que les hommes plaisantent en mourant. Ainsi la régie subsiste toujours, que le gérondif doit se rapporter au substantif qui sert de nominatif au verbe dont il" exprime une circonstance.

Fondés sur cette règle, examinons t;ette phrase de Raisiné àan^ Britannicus.

Mes soiDs en apparence épari^nant ses douleurs. De son fils eu qiouraDt lui cachèreut las pleurs.

Mettons-la dans son ordre naturel : Des soins en mourant lui cachèrent les pleurs de son fils. Or, peut-on dire que des soins fassent quelqu' chose en mourant f

Aussi n'est-ce pas là ce que Paateor noiisi voulu dire ; mais la constraction de sa phrase le dit malgré lui. — d'Olitet.

D'après l'exemple même cité par d'OlÎTet, on voit que le gérondif ne se rapporte pas toajoors au substantif ou nominatif, mais quelquefins à un nom ou pronom exprimé, et qui se trouve plus près de ce gérondif que le subjectif {substantif). Ainsi on voit dans la phrase de Racine, que le gérondif en mourant se rapporte plutôt au pronom /ut, dont il est plus jprlb, qu'au subjectif soins. — Fontenai.

• Girouette ne peut avoir en vers que la valeur de trois syllabes : avec quatre il choque l'oreille. C'est le privilège de la poésie, de réduire, dans ces sortes de mots, ces deux syllabes à la diphthongue, en faveur du nombre, si essentiel en vers.— Laharpe.

Glorieux. G/orteux joint à un nom de personne, se prend en bonne et mauvaise part. // revient glorieux et triomphant. Ici glorieux se prend en bonne part, et signifie cotivert de gloire.

Mais quand on, dit : Il a du mérite, mais il est trop glorieux ; ce mot signifie, il a trop de vanité,

' Les glorieux se font hoir; b'est-à-dire, ceux qui ont de la vanité. Alors glorieux est pris ea mauvaise part. ^

Glorieux, joint à un nom de chose, se prend toujours en bonne part. C^est une glorieuse action de délivrer sa patrie ; il est bien glorieux 'fTêtre utile à sa patrie, C'est comme s'il y a voit : C*esi une chose bien glorieuse, etc.

"* * Vour dire gnère simplement, il ne

fani jamais dire de guère, comme par exeroi^e : li ne ê^em est de guère fallu^ ne vaut rien, on dit : Il ne s*en est guère fallu.

Mais quand il dénote une quantité comparée avec une autre, alors le de y est bon : comme si Ton mesure deux choses, et que Tune ne soit qu'uB peu plus grande que l'autre, on dira fort hïen^qu^elléne la passe de guère. — Vaugelas.

-^Iarmonie. Les écrivains par état ou par choix, devroient prendre des leçons d* harmonie musicale pour accoutumer leur oreille à cette délicatesse qui fait éviter les hiatus, les consonnances désagréables, etc., etc.

Hymne est masculin. Cependant l'Académie pense qu'il peut recevoir un adjectif féminin, lorsqu'il s'agit des hymnes chantées dans Téglise.

Idée |dams l*), dans la tête. On a dans Vidée ce qu'on pense, on le croit. On a dans la tête ce qu'on veut, on y travaille ; nos imaginations, nos espérances sont dans IHdéci et nos desseins dans la tite, — Girard.

Il a du cœur, elle a du cœur ; il ou elle a le coeur ban, bien fait. Il a du eœur^ c*est un homme de cœur, signifient il a du courage, c'est un homme courageux.

Elle a du cœur, c'est-à-dire, elle a des sentimens, et sait garder son rang.

// ou elle a le cœur bon, bien/ait. Il a de la bonté, il ou elle est d'une humeur bienfaisante. C^est une personne de tout cœur, c'est une pe*

sonne très-généreuse.

Il-« im-, in-, IR-. Il est essentiel d*observer, surtout aux étrangers, que ces trois particules ne sont pas toujours privatives. Dans illustre^ importer, imboire, inciser, inelus, irri' sion, irrigation, elles tiennent lieu de la particule latine in, dans« Il n'est pas non plus indifférent de les mettre l'une pour l'autre, on met lit- devant les voyelles et les consonnes autres que B, L, M, P, R., On met tm- avant B, M, P; il ou tr- avant L ou R.

Jmaginer. Ce verbe suivi d'un infinitif ou d'un que, signifie croire, se persuader,

S*imaginer, suivi seulement d'un nom, sig^iifie concevoir, se représenter.

On s'imagine d^ordinaire les choses tout atiiremetit qu^ elles ne sont, — Acad.

Imparfait du subjonctif. Une des terminaisons les plus désagréables de la langue, est celle des imparfaits de nos subjonctifs. Par exemple :

Que j'aimasse, que tu aimasses, qu'il aimât ; que nous aimassions, que vous aimassiez, qu'ils aimassent, etc«

Des oreilles délicates ont beau repousser cette terminaison, elle est la seule que la grammaire avoue.

L'écrivain élégant doit chercher une tournure qui n'exige pas ces expressions déchirantes pour l'oreille.

La grammaire n'enseigne que la correction du langage ; c'est le goût qui doit présider au choix des expressions. — d'Oliyet..

Que )'a11»R. nne ^e fis, que je voulus, etc.

sont d^ *s.

In on emploie, pour donner

plus de vivacité et d'énergie à ce qu'on raconte, des présens ponr des passés, il faut que les verbes qui ont rapport à ces présens soient aussi an présent. Les phrases suivantes ne sont pas correctes, ht centurion envoyé par Mucien entre dans le port de Carthagey et dès qu^il fut débarquéy il élève la voix. Il falloit et dis. qu^il est débarqué, il élève la voix.

Infinité (une). Une infinité de personnes régit le pluriel. Malherbe a dit : J^ai eu cette consolation en mes ennuis,, qu^une infinité de personnes ont pris la peine de me témoigner le déplaisir quHls en ont eu.

Cela ne se fait pas, par la raison que le mot infinité est collectif, et signifie beaucoup encore plus que la pluralité des personnes, mais parce que le génitif, qui est au pluriel en cet endroit, donne la loi au verbe, contre la loi ordinaire de la grammaire qui veut que ce soit le nominatif qui régisse le verbe. Car si vous dites : une infinité de monde, parce que ce génitif est au singulier, vous, direz: Une infinité de monde se jeta là-^dedans; et non pas une infinité de monde se jetèrent ; ce qui est une preuve manifeste que c'est le génitif pluriel qui fait dire : Une infinité de personnes ont pris la peine ; et non pas la force collective du mot infinité.

Infinitif. L'infinitif n^^exige aucun accompagnement de conjonction pu de pronom, et il rend la diction plus vive. Exemple : Pépin ne vécut pas assez long-temps pour mettre la dernière main à tous ses projets.

Il seroit mal de dire : La vie de Pépin ne fut pas assez longue pour mettre la dernière mai*»^ ^

tous ses projets. Dites, pour qu'il pût mettre

la dernière main à, etc.

Qa^ai-je fait pour venir accabler en ces lieux Un héros sur qui seul j*ai pu tourner les yeux ?

Le sens et l'usagée demandoient, pour que vous veniez. — W a i l l y.

Quand on a commencé une suite de phrases par l'infinitif, il faut bien se garder de mettre d'autres temps ; ainsi, il ne faudroit pas dire, pour nuire, pour plaire, ^ et pour l'acquit ; mais pour acquitter. — Mme. Neckeb.

Informer.

Ne vous informez pas ce que Je deviendrai.— -Racine. Il faudroit : Ne vous informez point de ce que je deviendrai. Et pourquoi le faudroit-il ? Parce qu'aucun verbe ne peut avoir deux régimes simples.

Ne vous informez point ce, c* est-à-dire, la chose que je deviendrai. Alors vous et ce, sont deux régimes simples, ou deux accusatifs, comme on parleroit en latin. Or, nous posons pour principe, qu'il n'y a point de verbe qui puisse avoir tout à la fois deux régimes simples.

Mais si je dis : Ne me demandez pas ce que je deviendrai, ma phrase est correcte, parce qu'il y a plusieurs verbes, du nombre desquels est demander, qui souffrent le régime simple et le particule. Or, me est ici pour à moi, et par conséquent régime particule ; de sorte que de» mander n'a qu'un régime simple qui est ce.—

d'Olivet.

Instruire.

Je puis l'instruire au moins combien sa confidence, etc.

Racine.

On ne peut donner à instruire^ que Tun de ces deux sens, ou enseigner, ou informer» Or, la phrase de Racine n^est française, à ce qu^lme semble, ni dans l'un, ni dans Fautre cas, puisqu'il fandroit qu*on pût dire : je puis ^instruire telle chose, je puis Vinstruire que, pour pouvoir dire. Je puis Vinstruire combien.

Mais il ne faut pas toujours conclure de l'actif au passif. Quoi qu'on ne dise pas instruire que, je crois que cette même construction ne blessera personne dans les deux exemples suivans :

Bérénice est instruite Que voQS voulez ici la voir seule et sans suite.

Racine.

Bientôt de Jésabel la fille meurtrière, Instruite que Joas voit encor la lumière. — Racine.

d'Olivet.

Inversions. Les langues suivent, dans leur construction, le même ordre que la génération des idées dans la tête des peuples qui les parlent, et cette génération des idées dépend essentiellement du caractère de ces peuples. Ceux qui ont l'imagination vive placent toujours l'objet qui les frappe avant la pensée que cet objet fait naître; de là les inversions si fréquentes dans leur langue. Au contraire, ceux dont l'imagination est moins active, ou l'égoïsme plus dominant, n'emploient point d'inversion, et placent la pensée avant Tobjet. Dieu adorer moi ; ton» nerre redouter moi, dit un nègre. J^ adore Dieu ; je redoute le tonnerre, dit T Européen. Le goût, la situation actuelle d'un, peuple doit aussi diriger la marche de ses constructions. Cicéron pouvoit à loisir amuser le peuple oisif de Rome en lui présentant des espèces d'énisr-

mes dans ces longues périodes, dont le mot se trouve à la fin y mais le Français^ actif et impatient» lui anroit crié souyent : au faU^ avo'^ cai / Il est facile d'appliquer ces observations aux débuts des poëmes des diverses nations ; Virgile commence par : Arma^ etc. Horace, par: Humano capiti, etc. Boileau et Voltaire, seuls de tous les poëtes, par : Je ehanie, etc.

De ces observations, susceptibles d'un trèsgrand développement, il résulte qu'un bon écrivain doit, avant tout, se conformer au goût, au caractère de la nation pour laquelle il écrit, et ne point employer d'inversions inusitées. Cette loi rigoureuse avec le défaut de synonymes ou d'équivalens bien connus, est la cause de P impossibilité de traduire littéralement un auteur.

I, li.Les compositeurs d'imprimerie et beaucoup d'écrivains se trompent sou vent dans l'emploi de l'accent circonflexe sur les I, û, dans les temps des verbes au singulier, en confondant l'indicatif présent avec l'impératif, et mettant lorsquHlfity lorsquHlfuti quoiquHl fît, quoiqu'il fut ^ avec ou sans accens : pour éviter cette erreur, il suffit de voir si ces mêmes temps employés au pluriel, s'écriroient, fifeni^ furent ^ fissent ou fuS" tent : l'accent ne devant se mettre que dans le deuxième cas : ainsi on ne diroit pas quoiqu^Us firent ou furent^ lorsquHfs fissent ou fussent ; par conséquent il faut écrire : lorsqu'il fif ou fut : quoiqu^ilfit, ou fût.

Jaloux, n'a pas de régime au substantif: on

ne dit pas Us jaloux de sa ^/oir^.— -Des fontaines.

Je après un verbe qui est au présent de Tindicatif.

Exemple : Aimé-je sans être aimé f Je dis qu'aima, première personne du présent de l'indicatif, en cette rencontre» ne s'écrit ni ne se prononce comme de coutume : Ve qui est féminin mme, se change en é masculin aimé^ et se doii écrire et prononcer. Aimé'je, — Y au gel as.

Il faut donc écrire, aimé'je avec un é accentué sur la dernière syllabe d'aimé ; et non pas aimai-je, comme quantité de gens récriyent.

Le senS'je me dévorer de Malherbe n'a point plu. Il est grammatical» mais dur à l'oreille. Plusieurs ont dit que s'il falloit nécessairement choisir, entre ment s» je ^ perds^je^ romps-je^ dors^ je et menté'jey perdé-je, rompé-je, dormé-je^ ils diroient plutôt le dernier contre la règle.

Cependant le plus sûr est de chercher un autre tour, comme : Est-ce que je ments f et de ne pas dire, ni ments-je, ni menté^je, et ainsi des autres verbes.

Les seuls verbes terminés au présent par un e muet doivent se transformer en é masculin, lorsque le pronom je les suit. Aimé-je^ chanté' j>, iqnï.parlé'jef

Les autres ne peuvent subir aucun changement pareil, et il faut dire : connois'je^ puis^jCf veux-j€9 prétends-je, etc.— -académie.

Je ne sais quoi. Cette expression a été souvent employée avec beaucoup de grâce par d'habiles écrivains, pour exprimer un charme ou quelque chose d'indéfinissable ; mais d^autres

en ont abusé. II nefauts*en servir qu'avec beaucoup d'art et de discrétiou, parce qu*elle a une sorte de ya^ue qui fatigue Tesprit du lecteur et n'annonce dans Técrivain que Tincapacité de rendre sa pensée.

La même observation porte sur les mots, cho$€y espèce^ sorie, natnre, et plusieurs autres expressions que les esprits faux ou superficiels emploient ordinairement dans les définitions et les discussions.

Joie (se faire une). On dit: j'ai delà joie à vous voir; et je me fais une joie de vous voir. — d'Olivet.

Joint (ci-) est adjectif et adverbe.

Lorsqu^il est précédé du substantif, à qui il se rapporte, il est adjectif: la lettre ci-joinie TOUS apprendra, etc.

En toute autre occasion, ci-joini s'emploie adverbialement : vous trouverez ci-joint les mémoires, les notes que vous m'avez demandées, etc.

Jour (ce) pour aujourd'hui.

On ne dit pas, ce jour je pars^ en parlant du jour présent, on dit aujourd'hui je pars; et si l'on parle d'un autre jour, soit passé, soit à venir, il faut le désigner par une épithète ou par une partic|ji1e. Ce même jour, il m'arriva tel accident ; ce jour-^là j^irai d Versailles*

Ainsi, quoiqu'on dise adverbialement, cette nuit, ce matin, ce soir, on ne dit pas de même ce jour; et pourquoi ? parce q\C aujourd'hui Ta exclu du langage ordinaire où l'adverbe, comme plus court, est préféré à une phrase adverbiale qui ne diroit rien de plus. — d'Olivet.

La pour Le. C'est une faute que font presque toutes les femmes de Paris et de la cour. Par exemple : Je dis à une femme, quand je suis malade, j'aime à voir compagnie; elle me répondy et moi quand je la. suis, je suis bien aise de ne voir personne. Je dis que c'est une faute, quand je la suis» et qu'il faut dire quand je le suis»

La raison de cela est, que ce /e qu'il faut dire, ne se rapporte pas à la personne, car en ce caslà il est certain qu'une femme auroit raison de parler siinsi; mais il se rapporte à la chose; et, pour le faire mieux entendre, c'est que ce le Taut autant à dire que cela ; lequel cela n'est autre^ chose que ce dont il s^ agit ^ qui est malade en l'exemple que j* ai proposé.

Et pour faire voir clairement que ce que je dis est vrai» et que ce le ne signifie autre chose que cela, ou ce dont il s^agit, proposons un autre exemple où ce soient plusieurs qui parlent, et non pas une femme. Je dis à deux de mes amis, quand je suis malade ^ je fais telle chose ^ et ils me répondent, et nous, quand nous le sommes, nous ne faisons pas ainsi. Qui ne voit que si la femme parloit bien en disant, quand je la suis, il fandroit aussi que ces deux hommes disent, et nous quand nous les sommes f ce qui ne se dit

point. V AU GELAS.

La règle que Vaugelas établit dans cette remarque, est appuyée sur de si fortes raisons, que personne ne doit se dispenser de la suivre^

Ainsi^ on ne peut trop s'opposer à l'abus que

les femmes font de la particule /a, quand elles remploient au lieu de le ; il faut dire absolument dans la phrase proposée, et moi quand je le suis, c'est-à-dire» quand je suis malade, en supposant que c'est une femme qui parle, et non pas quand je la 5111*5. — Académie.

Qa*on demande à une fîHe : éteji^ous manie f elle doit répondre : je ne le suis pas ; eomrae pour dire, je ne suis pas ee que ^éuë dites.

Mais qu'on lui demande : étes-vous la nouvelle mariée f elle répondra : je ne la suis pasj comme pour dire, je ne suis pas celle que vous dkes, la nouvelle mariée.

Il faut toujours la quand ce pronom se rapporte à un substantif précédé de son article. EteS'Vous la comtesse de Phnhesehe f oui, je la suist la comtesse.

Mais il faut le, quand il se rappcMrte à un adjectif. EteS'Vous plaideuse f oui, je le suis.

Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas.-*^ORNBiLLE«

On voit clairement qu'il faut i^^ ne le suis pas. Ce le est neutre : ètes-Tons satisfaites ? nous U sommes, et non pas nous les sommes*

Vous en êtes instruits, et je ne la suis pas.

Observez qu'il faut» et je ne le suis pas, s'il j avoit li plusieurs reines, elles diroient, nons ne le sommes pas ; et non, nous ne les sommes pas. Ce le est neutre ; on a déjà fait cette remarque, mais on ne peut trop la répéter pour les étrangers. Voltaire.

Une dame à qui on demande si elle est encore malade, enrhumée^ etc., doit répondre : Je le

suiêfnwref Meidamet, êiet^voui eûntênieg de et discours ? Oui^ noms le sommes infiniment»

Madàmô de Sérigné n'étdit.paB de ce sentiment. Ménage se plaignant d'être enrhumé y elle lui dii : Je la suis aussi. Il me semble^ reprit Ménage, que les règles de notre langue veulent : je le suis aussi. Vous direz comme il vous plaira^ répliqua madame de Sévigné, mais pour inoi je croirois avoir de la barbe au menton, si je dis&is je le suiSé

iV^. B*-- Cette plaisanterie de madame de Sévigné l'a emporté sur les réclamations de tous les grammairiens : mais madame de Se vigne n'étoit rien moins qn*on écrivain correct, ainsi que le prouve sa lettre autographe annexée à la dernière édition de ses œuvres ; lettre qui démontre tout an moins que cette dame àvoit ce que Voltaire appeloif «H blanchisseur.

Le signifiant la chose dont on vient de parler, est neutre ; ètes-vous chrétienne ? je le suis ; je suis cela, «chrétienne: étes^^vous la Juive qui ^Qt menée à l'inquisition ? je /a suis: je suis elle, ou la Juive ; alors, signifiant la personne, il prend wn genre,— Voltaire.

On observe la même chose avec les substantifs employés adjectivement. Madame, êtes-vous mère? Oui, je le suis. Mesdames^ êtes'^vous parentes ? Oui, nous le sommes. Mademoiselle n'est pas mariée, mais elle le sera bientôt. Ici ^e, parentes, mariée^ sont employés adjectivement. Mais on dira : Madame, êtes~vous la mère de cet enfant ? Oui, je la suis, Mes^dames, êtes vous les parentes de monsieur ? Oui iiottff les sommes. Madame, ètes^vous la mariée >

Oui, je Ja suis, parce qu'ici mère, parentés, mariée soDt substantifs. — Wailly.

.Laisser. Ne laisser pas de, ougue de. Ces locutions bizarres ne laissent pas d^être ou que d'être employées dans le style familier, et même par quelques écrivains; mais comme elles ne laiS' se'àt pas que d'être vicieuses, il faut les éviter.

Le. La particule Je ne peut être relative à r infinitif d'un verbe ; exemple : Cette /emme est belle, et f aurais un grand penchant d fai* mer, si ce qu^on m*a dit de son inconstance, ne la rendoit indigne de Pêtre,

Je crois que c'est fort mal parler, et qu'il faut dire : Si ce qu^on m* a dit de son inconstance, ne la rendoit indigne d^être aimée.

La répétition de te verbe au participe, me . semble nécessaire, parce qu'il n^ a que l'infinitif aimer exprimé auparavant, et non pas atmée.

De même, je crois qu'il ne faut pas dire : Je le traiterai comme il mérite de titre, mais comme il mérite d'être traité.

Si dans ces manières de parler, on veut se servir de la particule le, il faut que le participe ait été exprimé auparavant. Ainsi on dira fort bien: il sera traité comme il mérite de l'être^ — Th. Corneille.

Le ne prend ni genre ni nombre, quand il se rapporte aux adjectifs ou aux verbes. La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait appréhender qu'acnés ne le soient pas assez pour mériter d*ètre lues»

Le, La, Les, considérés comme pronoms subs* se disent après le verbe que quand il

est à Vimpiraii/ (ayoiiez-/tfy vous T aimez) ; ces prtmoms mêmes ne vont après d'autres que quand ils ne sont pas joints à lui ou à leur ; car dans ce cas, il faut dire, je /e /ici, je /a /ni, on je les lui réserve ; et je /e leur, je /a leur, ou je les leur réserve. Lisette, dans la comédie du MichoMiy dit:

Je ne sais point ingrate, et le 7im rendrai bien.

11 falloit, et je le lui rendrai bien, à cause du verbe rendre, qui veut un régime direct, — Ca-'

MINADE.

Le, La, Les. Ce pronom répète les personnes et les choses. Vous connoissez votre devoir, faites-/^ (le, pour votre devoir).

Quand ce pronom doit répéter un adjectif ou un nom qui en fait la fonction, on dit le pour les deux genres et les deux nombres.

Eve, dit-on, fut curieute, et ne le fut pas impunément. Le pour curieuse»

Etes- vous agent du gouvernement? Oui, nous le sommes.

Si vous êtes si presse, nous ne le sommes pas.

Si elle vouloit être ïùB,Jèmme, elle la seroit dès demain. — G a rn i er.

Le, La, articles, ne s'ajoutent jamais aux noms des villes, à moins que ces noms, primitivement appellatifs, ne soient devenus propres, comme : la Chapelle, etc.

Les, article, ne doit pas être supprimé lorsqu'il précède deux adjectifs appliqués à des substantifs qui les suivent. Ainsi, dites : Les bons et les mauvais livres; comme s'ildevoit y avoir: les bons livres et les mauvais livres ; mais si les deux adjectifs appartiennent au même substan-

tify il faut supprimer Partîcle^ et dire : Le boê et spirituel Lafantaine ; car, en mettant Far» ticle on croiroit qu'il y a deux Lafontaine^ l'an bon, l'autre spirituel.

Leur* Ne confondez pas /^tir joint au yerbe^ avec leur joint au nom. Xeur joint an* verbe ne prend jamais de s. Leur joint au nom prend un s, quand le nom est pluriel. Le pardon des ennemis ne consiste pas seulement à ne lenrnutre ni dans leur réputation, ni dans leurs biens ; U faut encore les aimer viritablement^ et leur faire plaisir si l'occasion s* en présente. Donneg' lourd manger* — Wailly.

Lors de. Ce mot, pour signifier dati^ le temps de, etc. à Pheure de, etc., est de peu d'usage parmi les gens polis, et est uniquement du pa^ lais ; lors de la passation du contrat» C'est le sentiment de Vaugelas et de l'Académie, que cette locution n'est guère en usage qu'en quelques phrases de formule : Lors de son élection» lors de son avènement au trône, lors de son ma^ riage.

Lui est commun aux deux genres ; aussi se tourne.t.iI par à lui ou à elle, soit devant, soit JP^'js un verbe. Dis à ton frère que je lui défends de sortir ; appelle ta sœur, dis-/«î de venir. — Caminade.

^L'u N ET I.' AUTRE,— Peut-on dire également: Va*" *î **'*** **' ^^ ; ''«» ^' Vautre sont bmu. Qu'on "^^ ^^ l'Académie sur Vaugelas» croient du nlnrM*^ ^^ servir également du singulier ou droit m' ^<*U8 pensons avec Girard qu'il vau-

• *-« menteur et le flatteur aoniégale' *ble8, nous devons dire aussi: JL'wn

et Vautre firtU un trii*mauvaii m$age du d<m pré" cieux de la parole.-^W ailly.

Maison. Les domestiques disent d'eux-mêmes qu'ils sont des gens de maison ; et s'ils se trourent avantageusement placés, ils disent qu'ils sont dans une bonne maison. Cependant, ils ne ponrroient pas dire alors qu'ils sont des gens de bonne masêon^ car ce seroit dire qu'ils sont nobles. Cet exemple, entre mille» prouve qu'il n'y a qu'un long et bon usage, d'après de bons exemples, qui puisse faire connoitre une langue.

Majesté. Faut-il dire, en parlant d'un empereur ou d'un roi. Sa Majesté est maître, ou maitressede la Franehe^Comté f Les sentimens sont partagés. Maiire paroît plus selon la raison. Nous disons: sa Majesté est /«père de son peuple et le protecteur de la noblesse. On doit dire de même : Sa Majesté est maître de la Franche' Comté. — Bouhours.

Maltraite a, c'est offenser, outrager de paroles ou de coups. // le maltraita de paroles.

Traiter mal signifie en agir mal avec quel" qu'un. Le waitrequi traite mal ses valets, n^est pas le mieux servie Maltraiter dit plus que trai^ ter mal.

On dit aussi an passif : on est maltraité dans cette auberge, pour, on fait mauvaise chère, (On écriroit plus correctement mal traité.

Oo dit encore : Ce chirurgien le traite mal ; c'est-à-dire, ne le panse pas bien. — Académib.

Manières de parler basses. Il faut éviter les locutions basses; notre langue, si délicate.

ne peut les souffrir, surtout dans lès discours graves.

VouSf Seigneur, qui êtes toui à la fois et le Dieu des Vengeances et le père des miséricordes, Yuus étiez  nos trousses, comme un maître qui poursuivoit des esclaves- Cette phrase, vous étiez d nos trousses, ne convient pas à la Majesté divine.

Ayant mis toute son adresse à lui tirer les vers du nez, il ne put jamais tirer de lui que des ré-' ponses générales. Cette expression, tirer les vers du nez, se trouve dans la préface de T histoire d'un concile; à peine seroit-elle supportable dans une pièce comique.

Tordre le nez à la Poétique d^Aristote» Le prince des poètes italiens avoit la langue bien pendue. La disposition du prince leur met la puce à l'oreille. Nous touchons d la victoire du bout du doigt. Faire le dégoûté: tontes ces expressions doivent être bannies d'un discours grave et sérieux. — Bouhours.

Matin et soir. On dit, hier matin, demain matin ; mais pour parler correctement, il faut dire : Hier au soir, demain au soir.

Manquer, accompagné d'une négation, se construit avec de et l'infinitif. Les malheureux n^ont jamais manqué de se plaindre.

Manquer, sans négation, se construit ordinairement avec d» J'ai manqué à /aire ce que je vous ai promis, — Waillt*

MÊMES (eux ou elles-)— -Il faut dire euX" mêmes, elles-mêmes, avec un s, parce que mêmes est là pronom, et non pas adverbe.

O ' " ;t adverbe, on est libre d'y mettre 1 uettre pas. Mais quand il ne

Vesi pas, comme en ces mots, eux^mimes^ eiles^ mêmei, c'est un solécisme d'omettre le j. C'est pourquoi un de nos meilleurs poëtea a failli, qaand il a dit :

Les Immortels eux-même en sont persécutés.

Il n*y a point de licence poétique qui puisse dispenser de mettredesj aux pluriels. — Vauge-

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