LAS
Oii ne sauroit excuser le vers qui est rapporté dans cette remarque. Les Immortels eux-mê me, est un vrai solécisme.— Ac ad»
Il n'y a d'exception que pour vous-même p et nous-même ; quand il se rapporte à un seul individu et non à plusieurs :
Vous-m^ne où seriez-vous,
Si toujours à l'amoar, Antiope opposée,
D*ane pudique ardeur n^eût brùlé pour Thésée? Racine.
Il faut dire de même à Roxane, dans Bajazet, ^^ mais nou8-fR^m« allons, précipitons nos pas.
C'e&t que nous et vous ne sont pas toujours des pluriels. (Même est là adverbe, pour aussi).
A regard de vous, j a-t«-il rien de plus commun et de plus ordonné par l'usage, que de l'employer au lieu du singulier lot, en parlant au plus simple particulier ?
Quant à nous, il n'est guère permis qu'à des personnes d'un certain rang d'écrire ttofté^ «oti5- ^gné, et non pas soussignés. Tfous soussigné évêque de, maréchal de France, etc. Voilà des exemples de nous reconnu pour l'équivalent d'un singulier.
Peut-être me trompé-je, mais il me semble qu'un homme qui voudroit, dans une crise, s'ex-
horter tacitement lui-mèine, se dtroit Sojfans hravi^ soyons patient, l'adjectif demenraiit au singulier*
Roxane» si cela est, à donc pu dire :
Va, mais noas-méme allons. — d^OlitxiT.
Mime, s* emploie aussi pour donner plus de force et d'énergie au discours, et alors il sler place après le substantif ou le pronom. La force Mans conseil se détruit d'elle-même.
Le bonheur peut condaii^ à la grandeur tupréllie ; Mais, poor y reaoncer, il &ttt la Tertn même.
Cet exemple est de P. Corneille: mais ce grand poëte a fait une faute quand il a dît :
Sais^ta que ce vieillard M la nlémê vettn f
Il falloit la vertu mime, c'est-à^re, la vertu au souverain degré. (La vertu en personne et non une vertu pareille.) )
Même prend un i qtfatfd il se rapporte à un pluriel.
Mais quand mime 6'emplôie dans 1er sens d^ aussi, de plus, etc. alors il ne prend point de «• Nous ne devons pas fréquenter les impies, nous devons même les éviter comme des pestes publia ques, — Wailly.
Qoe ces prisonâiers njkéne avec lai ooi4«rés««»C!émif •
Remarquez qtie dabs la règle il faut ces prisonniers mkmes, Cordeille retranche toujours cet s et fait un adverbe de même au lieu de le décliner. — Vo LT A I RE.
En srénéral, on peut faire mkme adverbe, et
par <30ii8éqneQt indéclinable, tontes les fois qu'on pest le traduire par Vetiam (aussi) des Latins.
— FoilTBNAI.
MÉMB ^de) Il en est de même. Quand la première partie d'une comparaison commence par comme, on met de même à la tète de la se* conde.
Comme u»e balle a moins de vitesse après qu'eUe a ^ éié donner contre une muraille ; de même la lumière s'affoiblit lorsqu'elle a été ri" fléchie par quelque corps. — Fohtenellb.
Mais ce seroit une faute que de dire, avec l'auteur de la Morale du sage : Comme un boiteux 'e glorifioii en tai» de la beauté de ses jambes, puisqu^il ne peut s'en servir sans découvrir son défaut ; il en est de mémo de la science du fou qui ne sauroit parler sans faire voir son extra^ i>agance^ 11 &lloit dire : De même un fou se glorifierait en vain de sa science, puisquHl ne saurait parler sans faire voir son extravagance.
Me^jm»noe (niBE ou FAIRE uv). Tous deux ont quelquefois le même sens, et ^ disent également: J^ai dit un mensonge, faifftttunmfin* 9^e ; il m'a dit cent mensonges ; il m'a fait cent mensonges»
Cependant il ne faut pas toujours les confondre; «ar, dire des mensonges, pent signifier quelquefois rapporter des mensonges dont «n n'est pas l'auteur ; i / m'a conté toutes les nou^ velles qui courent, il m'a dit des mensonges ; au lieu que faire des mensonges \ signifie toujours qu'on m .est T auteur* (Evitez cetl^ équivoque).
, fin diseur de mensonges, tels que sont les f«ux
bruits qui courent, ne ment pas en contant cled nouvelles, à moins quMl ne les ait inventées lai* même. Un faiseur de mensonges est proprement un menteur. — Bouhours.
MÉTAPHORES. On doit, surtout dans l'usag'e des expressions métaphoriques, faire attention à ce précepte de Quintilien :
** Il doit y avoir dans les expressions métaphoriques, comme dans les tableaux, une espèce d'unité, de sorte que les niots différons dont elles sont composées aient de la convenance entr*eux» et soient en quelque façon l'un pour Pautre. Rien n*est plus irrégulier que de joindre ensemble des termes qui donnent à P esprit des idées ou diverses ou contraires, comme tempête et ruine»
naufrage et incendie,**
Suivant cette règle, fondée sur le bon sens et sur r usage, les phrases suivantes ne valent rien.
Avant que de prêcher, il avoit soin de se re^ nouveler toujours devant Dieu par des gémiS" semens secrets, et d'arroser ses discours par de ferventes prières.
Arroser par de ferventes prières, sont des termes opposés; arroser donne Pidée d* humidité, de rafraîchissement ; ferventes, au contraire, fait concevoir de Pardeur, des feux et des flammes. Il falloit dire, et d'échauffer ses discours par de ferventes prières. .
L'Académie critique ce vers du Cid :
Malgré des feux si, beaux, qui rompent ma colère.
L'auteur passe mal d'une métaphore à une autre ; et ce verbe rompre ne s'accorde pas avec feux-
Et d^à les zéphirS) de leurs chaudes haleiuci, 'Ont Jbndu récorce des eaux.— Rousseau.
L'idée de fondre ne s'allie point avec celle d'^corce*
Un trouble assez cruel m'a^te et me dévore, Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.
Corneille.
Le propre des pleurs, ce n'est pas de déchirer; c'est d^attendrir^ d*exciier la compassion.
Voltaire sur ces vers de Corneille, dans Polyeucte
Sa faveur me couronne entrant dans la carrière, Bu premier coup de vent, il me conduit au port; En sortant du baptême, il m'envoie à la mort.
fait la remarque suivante : " Observez que voilà trois vers qui disent tous la même chose : c'est une carrière, c'est un port, c'est la mort. Cette superfluité fait languir une idée qu'une seule image fortifieroit."
Le déluge universel fut la lessive du genre humain.
Cette métaphore s'éloigne tout-à-fait du bon ^oût ; ridée en est basse, de même que la suivante :
Les hommes sont des lampes que le temps allume, et qu^un souffle de vent peut éteindre à ^out moment. — Wailly.
Un auteur moderne a de même manqué de sens ^Q faisant soupirer une romance dans une flûte.
Il faut en dire autant de ceux qui ont écrit ces phrases :
On est étonné dé la quantiié de larmes que con« tiennent les yeux des rois»
Le soleil est le grand pendule des siècles.
Les idées sont la sêerition du cerveau^ comme le chyle» les excrémens sont la sécrétion de l'estomac : (pensée qui n*est elle-même qu'une véritable sécrétion de l'athéisme).
Ce galimatias n'en impose qu'aux sots. Il ne faut jamais» en littérature comme dans les arts, oublier ce précepte de Boileau :
Rien fCut beau que le Traî» le vrai seul est aimable.
Mettre sa confiance, Prendre confiance. On dit bien» mettre sa confiance en quelqu*un ou en quelque chose. Quiconque met sa confiance en ses richesses, en éprouvera la fragilité pqr la ruine de sa maison et de sa /or" tune.
On dit aussi» prendre confiance en quelqu>*un, Jl prend confiance en lui.
Mais on ne dit point» prendre confiance en qiiefque chose» — W a i ll y.
Mieux (des). Il n'y a rien de si commun que cette façon de parler : // danse des mieux, il chante des mieux; pour dire» il danse fort bieuy il danse parfaitement bien. Mais elle est trèsi-basçe, et nullement du langage de la C9ur, où on ne la peut souffrir.-r-V AU gelas.
Il n'y a point de construction dans cette façon de parler : danser des mieux:; .,c*est ce qui est c^use qu'on ne la souffre que dans le style très-bas^-p-Ac ADÉ.M I E.
Mille prend uni.au pluriel, quand il signi* i^e fxxkQ étendre de mille pas. Deux milles â'/talicy vingt milles à'Atlemogne* M^is il faïut
écrire et prononcer sans s^ mille amitiés, dix mille écui.
Lorsqu'il est question de dater les années, on écrit mii. Le painfui^très cher en mil sept cent neaf.
Moi. Portez-y moi ne vaut pas mieux que portez m'y : on dit, portez-moi iâ, menez-moi là; ou Ton prend une circonlocution polie :
Faite9-moi le plaisir de me porter, de me mener là, en cet endroit* Pourroit-on dire : Conduis sez-y mai f
lue se àiet toujours avant le verbe, et mùî toujolirs après. (Ne venez pas m^ étourdir, laissez-mot). — Gàmin«ade.
Moi, tuivi d'un qui et dfun substantif.
Quelques-uns ont cru qu^il falloit dire : Si c'i~ '01/ mot qui eût fait cela ; et prétendoient que ce fût une irrégularité de la langue, que T usage aotorisoit.
Le sentiment contraire Pa emporté* Il faut dire au singulier : Si e'étoit moi qui eusse fait, ^oi qui eusses fait, lui qui eût fait ; au pluriel^ "* c'était nous qui eussions fait, vous qui eussiez Mt,eux qui éMM^Î/agf.-— Académie.
Le çict, dans ces cas-là, devient une espèce de complément du nominatif, avec lequel il ne fait qu'un. C'esi moi qui a proposé, c'est toi qui ^ criéf seroient des fautes impardonnables ; on doit oublier ce ^tit relatif pour ne voir que le pronom personne], et dire : C^est moi qui ai proposé, c'est toi qui as crié, etc.
Moins (à). A moins que vous cessiez, Mo-
MÈRE dans lesFemme^ savantes. L'exactitude demande» à moins que vous ne cessiez. — Bret.
Rien moins que, détruit T adjectif; rien moins que sagCy augmente la force du substantif. // h* est rien moins que père. — A CAD.
Monter a cheval. Monter un cheval.
On dit, les médecins lui ont ordonné de monter à cheval.
On dit monter un cheval, quand on a ég&rd à la qualité de cheval, et qu'on parle d'un cheval ou de plusieurs chevaux en particulier. // monte un cheval blanc^ Je n*ai jamais monté de cheval plus rude. Les aeadémistes montent des chevaux d* Espagne, etc.— Wailly.
Ne est particule prohibitive dans un .sens, et particule négative dans un autre : la prohibitive ne prend ni pas ni point à sa suite ; la négative, au contraire^ en est presque toujours suivie. En général, dit Voltaire, voici la règle : quand les Latins emploient le ne, nous l'employons aussi. (Vereor ne cadat ; je crains qu'il ne tombe). Mais quand les Latins se servent d'tif oud'utrûm, nous supprimons ce ne (Dubito uirûm eàs ; je doute que vous alliez. Opto ut vivas, je souhaite que vous viviez),^ Quand je doute est accompagné d'une négation, on la redouble pour affirmer la chose. (Je ne doute pas que vous ne Taimiez). Ici le ne du premier verbe est particule négative^ et celui du second, particule profiibi"
tive; si l'on mettent pat ou pomi après cette deniière, on diroit précisément le contraire de ce qa*on veut exprimer. La suppression du ne» ajoute Voltaire, dans les cas où il est d'usage, eat anîe licence qui n'est permise que quand la force de l'expression la fait pardonner. Avant se joint bien aux particules que ou de, mais il ne souffre j amais à sa suite la particule ne.
Avec les verbes oseTf cesser^ pouvoir, savoir, craindre, il ne faut jamais omettre le ne* Racine^ dans Bérénice, a dit :
Crai^ez-?oas qae mes yenz versent trop peu de larmes ?
Pour que la phrase fût régulière, il faudroit ne versent trop peu de larmes.
Cette particule prohibitive paroît redondante en notre langue, mais elle y est de temps immémorial. Pourquoi ne respecterions-nous pas des usages si anciens ?•— d'Oliyet.
NÉOLOGIE. Qui ne peut briller par une pensée, veut se faire remarquer par un mot : Si l'on continuoit ainsi, la langue, des Bossuet, des Racine, des Pascal, des Corneille, des Boileau, des Fénélon, deviendroit bientôt surannée. Pourquoi éviter une expression qui est d'usage pour en introduire une qui dit précisément la même chose. Un mot nouveau n'est pardonnable que quand il est absolument nécessaire, intelligible et sonore : on est obligé d'en créer en physique ; mais fait-on de nouvelles découvertes dans le cœur humain ? Y a-t-il une autre grandeur que celle de Corneille et de Bossuet? Y a-t-il d'autres passionsque celles qui ont été maniées par Racine, effleurées par Quinault ? Y a-t-il une autre mo«
raie évàngélique que celle de Bourdaloue ?*— Voltaire.
La langue de ces grands écrivains pourra devenir une langue morte, dont il faudra faire une étude particulière, ainsi que du grec et du latin ; elle subira leur destinée ; comme eux, elle servira de modèle aux écrivains futurs : mais il est impossible de regarder la langue française comme* fixée, comme éternelle. Il seroit téméraire de prétendre fôrcer les écrivains futurs à se servir de mots, de locutions que le temps, l'habitude, un trop fréquent usage auront énervés» Ce seroit vouloir dépouiller notre postérité de son droit, arrêter la marche de Tesprit humain qui modifie les langues selon les circonstances de la vie des peuples : ce seroit vouloir lutter contre le temps qui détruit ou change tout*
L'homme est doué d'une prodigieuse facilité de créer ou changer les langues : il y a peut-être plus de mille idiomes difiërëns sur la terre ; et , les vastes contrées . du milieu de l'Amérique méridionale sont habitées par une multitude de petites nations, composées quelquefois de cent individus, qui toutes ont un langage difiérent des autres. En Europe, les différens peuples ont des langues qui les distinguent essentiellement les uns des autres : comment, lorsqu'un peuple est devenu par le laps du temps entièrement dififérent de ses aïeux, auroit-il le même langage ? Nous avons successivement abandonné la langue dure et pauvre de Joinville, celle plus naïve d' Amyot, de Marot, de Montaigne, pour prendre la langue noble et grave du siècle de Louis xiv^ puis la langue frivole, galante et spirituelle
du d»*hiiitidme siècle ; mais notre postérité ne pourra-t-elle pas abandonner notre lang^ue analytique et sèche, pour une antre dont le caractère sera celui du siècle ? ^
Déjà même un très-grand nombre de locutions familières ou proverbiales, citées par le Dietionnaire de PAeadémie^ sont à présent inusitées, inintelligibles : comment les locutions du style noble pourroient-elles éviter cet oubli ? leur énergie primitive est entièrement affoiblie par l'usage et l'abus qu'on en a faits : il n'y a pas de littérateur qui ne puisse prévoir de quelle expression un écrivain, un romancier, se servira pour peindre telle ou telle situation : la langue toute entière n'est presque plus qu'un lieu commun ; mais on se lassera sans doute de ces locutions cent |et cent fois répétées'; porter la ter" reuTy conjurer t orage , mettre aux aboti^ et l'on en créera d'autres qui passeront comme elles.
Notre révolution avoit enfanté plusieurs locutions qui compôsoient un genre d'éloquence mort avec elle. Des écrivains modernes en ont employé d'autres empruntées de la langue des sauvages, d'Ossian, des écritures sacrées, même de l'Apocalypse et déjà leur force s'affî>iblit. Une langue n'est qu'un instrument et tout s'use dans la main des hommes. La perfection même d'une langue amène son changement et sa destruction : lorsqu'elle se trouve trop surchargée de termes abstraits ou métaphysiques qui excluent les images ; les écrivains qui veulent avoir de l'énergie renouvellent les termes naturels et physiques qui parlent davantage à l'imagina^ lion et à ses sens. Il appartiendra donc aux hommes de génie qui honoreront un jour n<"
nation, 6*il Ini est permis d'atteindre ùenx fois le faîte de la gloire littéraire, il leur appartiendra de créer des mots nouveaux, de se servir de locutions nouvelles, d*images, de comparaisons, qui leur seront offertes par de nouvelles mœurs, de nouvelles connoissances, et surtout par les étonnantes ou terribles leçons du passé. Le devoir de ces écrivains qui voudront devenir eux-mêmes des m'odèles, sera de prendre pour guides le bon sens et le bon goût, afin que notre langue ne dégénère pas en bas gallicisme, comme la langue de Cicéron, d'Horace, de Virgile, a dégénéré en basse latinité par l'admission d'une foule de termes et de locutions barbares, par le mélange confus de tous les styles : ces créateurs, ces renovateurs de la langue auront surtout à la défendre contre les invasions des langues allemande et italienne, invasions d'autant plus à craindre qu'une partie des peuples qui les parlent sont aujourd'hui comptés parmi les Français.
Peut-être aussi ces écrivains pourront-ils, en empruntant aux langues étrangères les mots, les locutions nécessaires qui nous manquent, créer une langue générale en Europe.
Ni. Quand les substantifs sont liés par ni répété, et qu'il n'y a qu'un des deux substantifs qui fasse ou qui reçoive l'action, on met l'adjectif, le pronom et le verbe au singulier. Ni Pune ni Vautre n'est ma mère.
Ce ne sera ni M. le duc ni M* le comte qui sera nommé ambassadeur. Ici l'action ne tombe que sur l'un des deux substantifs, parce qu'on n'a qu'une mère, et qu'il ne doit y avoir qu'un ambassadeur.
Mai •• '* " ' ^iel quand les deux substan-
tifs fout on reçoivent en même-temps l'action. ZVt la douceur^ ni la forte n'y peuvent rt>n. — Académie.
Nom collectif. Quand un terme collectif partitif est suivi d'un nom au pluriel, les attributs qui suivent )3' accordent avec ce pluriel.
Vne ban^e de voleurs sont entrés dans la ville.
Quoique le collectif partitif ne soit pas suivi d'un pluriel, on met cependant au pluriel les adjectifs qui suivent, s'ils se rapportent à un nom pluriel exprimé antérieurement.
Les ennemis prirent la fuite, un grand nombre se noyèrent dans le Rhône, et non se noya»
Nominatif. Deux nominatifs exigent toujours, dans la prose, que le verbe qui les suit soit au pluriel, et nos bons écrivains s'écartent rarement de cette règle.
Mais la poésie prend, à cet égard, une liberté que justifie Tautorité des grands maîtres.
Moi qu^ooe humeur trop libre, an esprit peu soumis. De bonne heure a pourvu d*utiles enoemis*— Boileau.
Quelle étoit en secret ma honte et mes ennuis ?
lUclNE.
Racine pouvoit dire sans changer son vers :
Que/5 et oient en secret ; etc.
De même qu'au lieu de dire dans Iphigénie ?
Ce héros qu*armera Tamour et la raison.
Il pouvoit dire également : Ce héros qu^arme-» ront t amour, etc.
11 a donc trouvé l'autre façon meilleure.
. Nous mettons à la fin d'une lettre, l'estime et ramitié avec laquelle, et non pas avec les^
quelles. Cette locution-ci ne séroit pourtant pas une faute.
Ainsi, dans Mithridatef Racine a pu £re :
Ephèse et rionie A son heureux empire étoit alors unie.— Racine fils.
Noms propres* Ces noms ne prennent pas* de pluriel dans la langue française ; cependant on a quelquefois écrit: Les AUxandreSt les Césars, pour dire les hommes qui leur ressemblent; mais cela choque les règles de la grammaire générale et le bon sens, puisqu'il n'y a eu qu*un Alexandre, un César, et qu'aucun autre homme ne lenr est identique. Le nom propre appartient exclasivement à l'individu, ei distingue un homme des autres hommes^ dit T Académie. Déplus, par les Césars on entend les douze premiers empe* reurs romains.
Nous pour moi ou je se met dans les actes. Les auteurs l'emploient aussi en parlant d'euxmêmes. Cependant il est bon de l'éviter, parce qu'il est particulièrement réservé pour les actes émanés d'un chef suprême.
Nul suivi d'un nom, fait au féminin nti//e, il est sans pluriel. Nulle vérité dans ce tahleaum Nulle de ces dames n^ira se promener» On a repris le P. Bouhours d'avoir écrit au pluriel. Nulles personnes ne s^affligent, ne violent leur foi avec plus d* ostentation; et cet aimable grammairien est convenu de sa faute, il falloit dire, il n'y a point de gens qui s* affligent , qui violent leur foi avec plus d'ostentation.
Nul a un pluriel quand il signifie, qui n*est d'aucune v^^**^ ^ ff marché est nul. Les traités sont nu
Nv ne prend ni genre ni nombre dans nupieds, nu-jambtt, mais on diroit : les pieds nus, la tète nue,
Pbligé (êtile)* Quand être obligé ne marque qu'an devoir moral, il ne se dit que des perspnnes, et jamais des choses. Ainsi, quoiqu'on dise : Un ami est obligé d^être constant, on ne dira pas bien : Uamitié est obligée d^ètre con$^ tç^e. Dites; P^miiié doit être constante, à moins que T amitié ne soit personnifiée.
On. Ce pronom, quoiqu'indéfini et collectif de sa nature, ne laisse pas de se mettre quelquefois à la place d'une personne seule ; on demande à vous parler ; et quoiqu'il n'appartienne proprement qu'à la troisième personne, il s'emploie quelquefois pour la première ou pour la secoji^de personne ; car, à un homme que je n'aurai point TU depuis long-temps, et que je viens à rencontrer, je lui dir^i : Il y a long-temps qn^on ne vous avu ; et à un inalade ; Se portetmon mieux aujourd'hui f Mais ces manières de parler ne peuvent guère sortir de la plus simple conversation. — d'Ouvet.
Lorsque ce pronpm suit un verbe que termine un e muet, il dpit être séparé par la lettre / placée eiitre deux tirets: Qu'etipenje-f-onf jftl*atjntf-
Aprè3 les monosyllables it, où, et, la lettre/ doit précéder ce pronom, afin d'empêcher un hiatus, ou pour rompre la mesure d'un vers dans la prose : ex. Si Von dit; le pays où Von trouve: on y lit et Von y pleure.
Le t est une lettre intercalée pour sauver ^
cacophonie, et le / est un article qui précède le pronom, et doit recevoir alors Tapostrophe qiâ annonce la suppression de Ve, comme dans ces mots, Peffroi, Pamour.
Ce / se place encore dans ces phrases et autres semblables ; il faut que Von sache^ quoique ton en dise^ etc.
Ce n*est pas qu*il y ait une faute à dire : // faut qu^on sache ; mais la locution seroit plus dure à Toreille,
De même si en plaçant ce / après Jt, oà^ et^ on produit une autre cacophonie désagréable, il ne faut poitat remployer. On ne diroit pas si Von la connoit bien ; où Von la rencontre, etc. il faut préférer : si on /a connoît bien ; les lieux où OR la rencontre.— Académie.
Hors ces cas, on reste seul ; il est ridicule de commencer une phrase et même un alinéa par 7*oit, comme font beaucoup d'écrivains.
Le pronom on est susceptible d'un adjectif féminin, s'il s'applique évidemment à une femme. On n'est pas maîtresse d'accoucher quand on voudroit. Quand on est jolie, on né Tignore pas long-temps. — Académie.
On. Plusieurs écrivains, même de ceux qui affectent le plus la sensibilité, emploient trèssouvent cette particule générale et dure, pour donner plus de rapidité au style ; en parlant de toute une famille intéressante et malheureuse, ils disent: On craint ; on souffre ; on est privé de tout ; au lieu de dire : Ces infortunés craignent, etc. L'expérience ne leur prouve-t-elle pas que les abstractions sèchent le cœur: fant-il leur citer ce versde comédie mis dans la bouched'un égoïste: '^"'*" "^ ^tKtie î qu'on se déchire î e, etc.
Orgus est masculin au singulier (un orgfue excellent) : féminin au pluriel (de belles orgues, des orgues parfaites).
Orthographe. La nouvelle orthographe fait perdre la trace de Tétymologrie, il ne faut doDc pas Tadopter, car Tidée accessoire que rétymologie rappelle, dispense souvent d'une circonlocution.
Où. Pour bien employer où, d'oti, par où, il faut que les noms auxquels ils se rapportent, ou les verbes auxquels ils sont joints, marquent une sorte de mouvement ou de repos, du moins par métaphore.
Ainsi, où n'est pas bien employé .dans ces ▼ers de Racine :
Faites qa*en ce moment Je lui puisse aunoDoer Va bonheur o& peut-être il D*ose plus penser.
Pâmer de joie. On ne dit pas, pâmer, hanouiré' On dit ie pâmer 9 5'^eaftotiir«— -Volt.
Par, Le par et les particules de ce genre doivent se répéter avant un substantif qui ne présente pas une idée analogue au substantif dû membre précédent ; on peut dire, par sa fidé" lUé et sa constance. Mais il faut dire, par son génie et par sa bontè.^^Mme, Necker.
Pardonnable. Ce mot ne se dit que des choses. Fauie pardonnable ; et comme on ne dit point pardonner un homme, on ne dit pas non plus, tiii homme pardonnable, 11 faut dire, ttii nomme excusable, parce qu*on dit, excuser ^ne faute, excuser une per5atiiie.—,V au gelas.
liO
Parvaits simples et composés. On dit IneD» j€ fus maiode tannée on la êemaiÊte itt' nièret parce qu'il s'agit d'un temps qui n*e«t plus ; mais on ne dit pas de même, Je fu9 »alûdê cette année ou cette semaine^ parce qu*il s'agit d'un temps qui dure encore : on dit aussi j*at été MMèladej sai^s autre désignation, on j*ëi été malade cette année^ cette semaine^ parce qa*il s'agk d'un temps dont il reste quelque chose à écouler ; d*oà il suit qu>n disant, tannée dernière il a suecédé à san pére^ an hât une faute,, parce que le parfait composé ne peut s*allier à un temps passé que Poa désigne ; il fiiut dire. Tannée dernière il suceèda à son pire 9 ou il y a un an qu*il lui a succédé.
Parfait défini. Oo ne doit se servir du parfait défini qu'en parlant d'un temp» abaolument écoulé, et dont il ne reste plus rien.
Ainsi, Racine n'est pas correct, quand il fait dire à Théramène :
Le flot qnf Papporta reoale épouTanté.
l\ «nroit £iiUu qai l'a appoHé^ parc» que VactioQ vient de sa pa^er ; au bien re€sU0kr^
Parler Mal au Mal Parlrr.
Mal parler tombe sar lea eheses %aa l'ai» dit; •t parler mal sur la manière de les dire» Le premier est «contre la œnMrale;, le second, contre la grammaire.
C'est mal parler^ que de dire des. paroles oflenaant«8« C'est parler «ija/, que d'employer uiia expression hors d'usage» d'user de termes
in
équivoques, de construire d*uM maaière embarfssifée, obscure» ou à conlre-seiis, etc.
Il ne faut ni mal pmrler dee abseos, ni parUr mai dsTani les savans et les enfans««^BEÂVzée.
Participe. Dans les rerbes actifs, réfléchis et réciproques, le participe, quand il est pré« cédé de son régime simple, prend toujours lu g^enre et la nombre de ce ré^me. Im gloire que nos ancêtret nous ont laissée, est un héri* tag€ dont le etul WÊérite peut nous dtmner la poueêniài.
Toaies le« dl^itês que ta m^as â^mandéetj Je ta les ai «or fheiire et Bans peine moùordàêè,
P. CoRNEIIiLS.
Cet aTis est fondé sur l'ussgè des bons auteursk Pbèdre, dans . Racine, dit de Tépée d'Hippolyte :
Je Tai tendue horritile â ses yeux inhomains.
Le même auteur dit dans Briiannicus :
Ces yeux que D'ont émue ni soupira st sanglots*
Avec le yerbe être, le participe se déclins bonjours.
Ainsi, une femme doit dire t Je suis allée m« promener, etc. et au pluriel, des hommes di»
root; Nous sommes sortis ce matin.
Quand le pronom qui forme la réciprocité eM simple, et se rapporte au participe, il faut dé«i cliner et dire : £//« s* est faite religieuse.
Mais si le pronom ne se rapporte pas au par** ^*cipe, cAlui-«ci ne se décline point.
Elle s*est/at/ peindre, elle s'est /atf soigner ;
ll!2
par la raison que le te qui précède ne se rapporte pas à /ait 9 mais à saigner et à peindre: elle a fait peindre soi, saigner soi.
On dira : Je Tai entendue chanter, si Ton parle d'une musicienne; et alors chanter est pris neutralement ; c'est-à-dire, comme verbe ne régissant rien. On dira : Je Tai entendu chanter, si c'est a* une cantate qu'on veut parler ; et alors chanter est actif, c'est-à-dire, régissant le pronom ia qui précède.
Ajoutons que l'infinitif est quelquefois sousentendu, et que le participe doit alors demeurer indéclinable, comme dans ces phrases : Je lui ai fait toutes les caresses que j'ai dû, 11 a ea de la cour toutes les grâces qu'il a voulu» On sous-entendyatre et avoir, et c'est à ces verbes que le régime doit se rapporter. Ainsi dues et voulues seroient des fautes grossières.
Il faut encore avertir qu*on ne décline point le participe de faire, devant un infinitif, quand Jaire est pris dans le sens d'ordonner, être cause que. Par exemple : Ces troupes que le général A/ait marcher ; et la raison de cela, est que /aire marcher n'est regardé que comme un seul mot, ou du moins ce sont deux mots inséparables.
Il ne faut pas décliner non plus, si le pronom nouSy vous, moi, etc., qui forme la réciprocité dans un verbe, n'est pas régime et direct.
Exemple : Cette femme s^est mis dans la tète; lèse veut dire ici, à elle, à soi; il^n'est donc plus pronom simple et direct, mais pronom particule, c'est-à-dire, uni à une particule.
Tïous nous sommes dit bien souvent qu'il fal*^ loit, etc. Nous avons dit à nous.
Elle s* est proposé d* aller ; elle a proposé â soi.
Des modernes se sont imaginé qu*ils< surpassaient les anciens : ont imaginé en eux.
La preuve que cette distinction est fondée, c*est qu'en rendant simple le même régime, la déclinaison devient nécessaire.
Cette femme s'est mise à la tête des mé jou" tens.
£lle s'est proposée pour modèle»
Des modernes se sont distingués dans les sciences et dans les arts.
Le participe du présent ne se décline pas, le gérondif non plus.
Une femme dira donc : En descendant l'esca-^ lier, en assistant au spectacle, etc., ^oilà le gérondif que désigne la particule en exprimée ou sons-entendue.
Elle dira de même,- en se servant du parti* cipe du présent : J*ai trouvé ma sœur amusant ses enfans, dessinant des fleurs, attendant son mari, etc.
On ne décline que les adjectifs verbaux qui ressemblent au participe du présent, mais qu*il ne faut pas confondre avec lui.
La différence entre l'adjectif verbal et le participe, est facile à saisir* Si le mot a un régime simple et direct, il est participe : s41 n'en a pas, il est adjectif: femme amusante, adjec» tif; amusant ses enfans, participe ; je Tai vue bien portante, adjectif ; je Tai rencontrée portant son fils, participe. (11 faut éviter cette
équivoque : est-ce moi ou elle qui portoit son fils ?)
Cette jeune personne est bien contrariante, adjectif verbal; elle ra contrariant tout le monde, participe»
On dira de même : Je Tai laissée jouante au piquet, au trictrac.
Mais cette locuuon jouante au piqneij ne flattant pas Toreille, on emploie une autre tournure.
Quand le participe est joint au verbe avoir ^ ce participe ne se décKne pas, s*il est suiTÎ de son régime, ou s'il n^en a point..
On doit toujours dire également : j'ai trouvé votre fille bien grandie ; nous avons laissé chez vous les livres que vous désirez/
De même, quand le participe, joint au verbe avoir^ n*a point de régime.
On dira : elle m'a paru sensible à votre souvenir.
Une femme dira : j'ai oublié de vous dire ; je n^aurois jamais imaginé, etc.
Au pluriel : nous avions pensé que, etc.
Si le que nommé relatif, parce qu4i se rapporte ou se réfère à un nom quelconque, précède le participe, il le force à se décliner on à devenir adjectif: ce qui est la même chose.
Mais il faut observer qu'il s'agit d'un régime direct, et non d'un régime indirect.
Par exemple : La cantate qne j*ai chantée.
Que étant ici régime direct, le participe est déclinable.
Mais si on disoit : Rousseau a fait plus de
cantates qa*ott B'en a MttM#eii manque, on ferott une faote. Il faut qa*on n'en a mis on rausîi|âe.
Quand Boileau dit de Loait xiv : II a fait lui seul pins d*exploits que les patres n*eD ont /a, il s* est exprimé correctement. C*eût été mie fan te que d'écrire lus.
Pour sentir en quoi la faute consiste, il ne faut que se rappeler notre règle générale, qui rend le participe déclinable, quand il est pré* cédé, non de régime particulet mais de son régime iimpie»
Or, le régime c'est ai, particule relative et positive, laquelle suppose toujours, dans son corrélatif, la préposition f/e, et par conséqoent ne répond jamais au régime simple*
Restaut a pensé que le participe étoît indéclinable lorsqu'il étoit suivi de son régisseur ou nominatif, quoique précédé de son régime.
Il condamne, par exemple, la construction de ce quatrain si connu :
Pauvre DîdoD, où t*a réduita Pe tes époux le triste sort ?
L^in, en monrant, cause ta fuite :
li^iiutre, en fuyant, cause ta mort.
11 croit qu'il auroit fallu réduit,
U se trompe : que le régisseur suive ou pré« cède, peu importe ;. c'est le régime simple qu'il faut seul considérer. Dès qu'il est placé avant le participe, ce participe doit se décliner.
Racine a dit :
Ses yeux que n'ont émtu ni soupirs ni terreur.
.Malherb&a dit : La légion qu'aroH eue Fabias.
Boileau dans la septième réflexion sur Longin : La langue qu'ont écrite Cicéron et Virgile.
Il n^existe qu'une exception à cette règle.
Elle est relative au verbe impersonnel : Les cbaleurs qu*il a fait cet été ; les pluies qu'il y a eu cet hiver.
Faites et eues seroient des fautes.
Mais une exception de cette nature étant seule, n*est propre qu'à confirmer notre règle, et qu'à lui assurer de plus en plus le titre de règle générale, toujours la même, dans tons les , cas imaginables où le participe des verbes actifs peut se placer.
On a fait ici deux objections qu'il est facile de résoudre.
De la façon que j*ai dite, seroit une faute.
La vraie locution est : de la façon que j* ai dit,-^ Yaugelas.
Ces paroles, de la façon que 9 sont comme adverbiales, et c'est la même chose que si on disoit, comme,^
Si elles a voient un autre sens, il faudroit qu'elles signifiassent : de la façon laquelle fat dite ; ce qui ne peut être, la particule que n'étant point relative en cette phrase.
Ainsi, il est hors de doute qu'il faut dire:
de la façon que fat dit y et non pas que fat dite.
Le participe ne doit s'accorder avec le relatif que lorsqu'il est précédé d'un relatif, et ici ce relatif n'existe point, puisque le que n'en a point le caractère.
Il faut dire : Le peu d'affection qu'il m'a té'
mMgné, et non pas, qu'il tk'a iimoignie ; parce qae le relatif que^ et le participe qui suivent, ne peuvent se rapporter à un génitif dont l'article est indéfini, tel qv^affectioUy dans cette phrase.
Il en est de même dans toutes les phrases où le génitif est au singulier.
Le participe est censé se référer â Tadverbe pfu, beaucoup^ etc. qui régit ce génitif, plutôt qu'au génitif même.
Quand le génitif est au pluriel, le relatif que et le participe s'y rapportent ; et il faut dire : Le peu de pistoles que fat gagnées. Ces mots h peu signifient ie petit nombre de pistoles que fai gagnées. Mais le peu dans cette phrase, ie peu d^ affection qu*H'm*a témoigné , ne saurait signifier le petit nombre d'affections qu'il m'a témoignées.
11 le voudroit dire, si le génitif étoit au pluriel. Le peu d'occasions que j'ai eues de vous marquer ma reconnaissance , veut dire : Le pe^ tit nombre d'occasions que j'ai eues» — Acadé»