‹ Dictionnaire des difficultés de la langue française, extr. du Dictionnaire universelChapitre 15 sur 29 · MIE · texte numérisé non relu

MIE

Les poètes ont la liberté de faire accorder ou de ne pas faire accorder avec son régime simple le participe qui ekt suivi d'un nominatif ou d'un adjectif. Ainsi, ne regardons pas comme une faute enduré dans ces vers de Corneille :

Les misères Qoe dorant notre enfonce ont enduré nos pères.

Ne condamnons pas plus Jait dans l'Electre de Crébillon :

Moi, Tesclave d^Eg^iste ! ah ! fille infortunée ! Qai m^a/aiï son esclave, et de qui suis-je née ?

S'il n'dtit pas pernais à un poëté de ge servir en ce cas da participe absolu, dit ToUair^, il faut renoncer à faire des vers.

La Fontaine a dit :

C*e8t à ee coup qu*!! faut décamper, meeti fans : Et les petits, eu iném« temps, VoletanSf 9B culebuiafu, Délogèrent tous saut trompette»

Les participes sont de vrais adjectifs formés des verbes de la nature desquels ils partimpMit, en ce qnSls signifient la même ciiose*

Si quelques-uns paraissent varier, ils cessent dès lors d*étre participes, et deviennent pnre« ment adjectifs. Ainfit, Tondit bien «nr j^mme ^biige4tnUy des femmes êbligeanfeê, etc.; maison me pent dire unêfimme vhUgHknît tout le mwndé, des femmes obligeantes tout le monde.

Mais il n*est pas de règles sans exception, <en ftût de langue surtout; car on dit, une pïèee approchante iie in 9êire; les viilagês on iei maisons d^pendan^ ou dépend^ntts de Insei*gneurie; une requête tendante à la cassation d'un ârrét ; des filles usantes et jouissantes de leurs dtéits ; une façon de penser rêpugtianîe à f<r mienne ; la rendante compte, et quelques autres en très*petit nombre, et que Tusage apprendra.

L* usage de ces participes présens est iin des points de notre langue des plus difiicâes A bien saisir ; il est mille circonstances où un participe offense des oreilles délicates* On sent que le bon usage n^adraet point de pareilles phrases.

11 n*y a donc, dans ces circonstances comme

daq» beaucoup d'autres, que la lectura aisidua des bons auteurs qui puisse donner ce tact qui fait rejeter les locutions vieieuses, sana pouvoir en assigner clairement les motifs.

Le dieu Mercure est un de teux que les a«« eien» oni le plus multiplias.

Quelques auteurs varient aur cet exemple, et Restant veut que le participe soit indécli'* nable, d'autres déclinable ; mais il est évident que dUu qui précède le participe en est le régime : c'est comme s'il y avoit ce dieu est ua iea dieux qu'ils ont le plus multipliés. Cependant, on ne feroit point de faute en mettant ee participe au singulier, puisqu'il y a division sur cet ol^et entre les grammairiens.

Lfea participes passifs sont ordinairement déclinablee, iU sont précédés du verbe auxiliaire avoir f et ils sent toiyoïirs indéclinables quand kl noa^cm le pronom qui tes précèdent n'en sont pue le régime direct

La lettre dont je vous ai parU.

jhkpv^nQm en, précédé ou suivi dupartieipêm

Ce wot exi^ un article & part ; car, quoiqu'il entre dans les deux premières règles généraJee» comme sa petitesse semble le dérober aux reg ardo, il est rare que même lea meilleurs écrivains lui appliquent les règles des partifiipea, t cependant il en est susceptible^

£;xemple* Vous avess plus de richesses qm je ne vous en ai donné. Ce seroit une fuute d'écrire données» car eu est le régime du verbe donner^ il le précède ; c'est comme s'il y avoit : que je ne vous ai dofiRc de richesses ; c'est pour

éviter la répétition de riekeises qu'on met le mot ou pronom en.

En un mot, les participes sont déclinables lorsqu'ils tiennent la place d'un adjectif nécessaire, c'est-à-dire, qui détermine l'état, la qualité du sujet. Ils sont indéclinables lorsque, ne tenant pas lieu d'adjectifs, ils n'indiquent que l'action du sujet. — Voyez les exemples à l'article Parfaits simples.

Participer se construit avec à quand il sig^nifie avoir part. La communion des saints nous /ait participer â toutes les prières des fidèles.

C'est participer en quelque sorte au crime que de ne le pas empêcher quand on le peut.

Participer, tenir de la nature de quelque chose, régit de* Les pierres dont on tire talun participent de la nature du plomb.

Pas et Point. Pas énonce simplement la négative ; point appuie avec force et semble l'affermir. Le premier souvent ne nie la chose qu'en partie, ou avec modification ; le second la. nie toujours absolument, totalement et sans réserve. On diroit donc n'être pas bien riche et n'avoir pas même le nécessaire. Mais, si l'on vouloit se servir de points il fandroit ôter les modifications, et dire: N'être putit^ riche, n'avoir point le nécessaire. 11 n'y a point de ressource dans une personne qui n'a point d'esprit. — Girard.

Pas et point ont un sens bien différent : pas signifie peu, point signifie potW du tout, Âinçi, quand on dit, en parlant d'une femme^ elle

n*est pas jolie, on donne à entendre qu'elle est peu jolie ; et quand on dit : elle n'est pottif jolie^ on donne à entendre qu*elle ne Test point du tout» On dit encore point pour non ; mais on ne sauroit dire non point ; il faut alors se servir de non pas, ou de point tout court.

On peut indifféremment mettre pas et point devant ou après l'infinitif: Ne point sovffrir, ne souffrir pas ; mais ils suivent les temps simples : // ne souffre pas. Ils séparent l'auxiliaire du participe ou de Tadjectif : il n*a pas souffert; il n^est pas heureux» Point se met pour non ; Je le croyais méchant^ mais point! pas n'a point alors le même usage ; il laisseroit tomber la phrase. En interrogeant, point suppose le doute, pas l'exclut. N^est-ce point vous t^ui m*avez dit f If* est-ce pas vous qui me Vavez dit F On supprime pas et point après cesser, oser^ pouvoir^ etc., après quelques interrogations : Y a-t-ii un homme qui ne l^aime f après des affirmations ou des négations positives : Je ne sais ce qu'ail dit : Je ne Paime ni ne Vestime. Leur admission ou leur suppression avant ou après le verbe craindre, peut changer entièrement le sens de la phrase. Je crains que vous ne réussissiez ; je crains que vous ne reus^ sissiez pas ; je crains qu'il ne soit puni ; je crains qu^il ne soit pfls puni.^^Voyez Point.

Pas ou point avec rien^ guère, etc. signifient beaucoup.

De pa9 avec rien ta fais la récidive.

Et c'est, comme on t'a dit, trop d'ane négative»

Molière.

iftit

Passé (il a» ou il est). Oq a vu des gens bien en peine de savoir lequel il £iitt dire. Qaand passer a un régime, et qu'il a rapport on aux lieux ou aux personnes^ il fant dire a panéj soit dans le propre, soit dans le £g^uré. il a passé par le Pont^Neuf allant au Louvre ; le toi a passé par Compiègue ; tiurmée a passé par la Picardie ; partout où. V armée a passé elle a fait de grands dégâts ; t empire de» ds-^ syriens a passé aux MèdeSf etc.

Quand passer n'a ni régime ni relatioiiy es dit est passé et dans le figuré : Le Rai est passé; V empire des Romains est passé ; le hon temps est passé; cette femme est passée^ pour dire qu'elle n'est plus ni belle ni jeune.

Au reste^ il faut remarquer que passer se pren4 ici en sa signification natur^le. CSar, quand passer a une autre signifieation» on met a passé en des endroits où il n*y a nul rapport, |it aux lieux ni aux personnes. Par exemple : Ce mat a passé, pour dire, ce moi a été reçu. Car il y a bien de la différence entre ce mo^ est passé et ce mot a passée Ce mat est passé signifie qu'un mot est vieux, qu'il est aboK, qu^ n'est plus du tout en usage. Ce mot a pasêè signifie qu'un mot a été introduit, et qu^il a coura dans la langucu^-^BouHouas.

Passée prend avair^ quand il est snÎTi d^oo régime. Les troupes ont passé les Alpes ; Chartes -Quint a passé par la France»

Ainsi, au lieu de dire avec Boileau:

Sarez-Tiw»

... .Si leur MAg tout pur, ainsi que leur noblesse, Mtt passé jusqa^à vous de Lucrèce en Lucrèce ?

J^avois dit it paf9i^.-**^D'0LiyBT.

PatUTy sans rég^ime, prend élre. IjaprO" ceuèon esi passée ; ctttt tapisserie est passée ; ctUe mêde.est passée.

Passer^ quoique sans régi me) prend avoir, qnand il signifie être reçu. Ce mot a passé.

Se p^Lsser i2, se passer de^ sont deux choses absolument différentes* 5e passer à signifie se contenter de ce qu'on n'a pas. Exemple : II a quatre équipages, on peut se passer à moins.

Vous avez cent mille écns de rente et je m^en

|M4rJV.— YOLTàlftE.

PAWRfiTÉ DG LA LANGUE FRANÇAISE. Rien

de plus commun que d'entendre accuser notre langue de panvreié, comme rien n'est moins rare qoe de reacoifctrer de mauvais ouvriers pour lesquels il n'y a jâttiais de bons outils. Mais peut-on dire qae notre langue soit pauvre» lorsque des écrivains, qui ont produit de chef-d' oeuvres dans tdas les genres» et fourni la carrière littéraire, enty avec cette langue» exprimé tous les sentimens, peint toutes les images, rendu toutes les pensées ? Peut^on dire qu'une langue soit pau-yre lorsqu'elle possède un tiers de mots de plus que sa mère, la langue latine, fait qu'il est fa« eiie de constater, en parcourant ce Dicîionnaire dans lequel je n'ai mis le latin qu'aux mots français qui ont leur équivalent dans cette langue ?

Une autre preuve de sa richesse naît de la diâiculté même de l'enrichir ; elle rejette les hailkms et l'oripeau dont plusieurs auteurs prétendent la couvrir. Voltaire, piqué de ses dé-

dains, Pappeloit une gueuse fière ; mais il y ayoit dans ce reproche plus d'ingratitude que de justesse, puisqoe lui-même s*en servit pont acquérir le titre à^homme universel» Cet auteur, dans lequel on retrouve pour ainsi dire tout un siècle, avoit la coupable et maladroite habitude de rabaisser sa nation aux yeux des étrangers, pour s*élever davantage ; il oublioit ce vers :

A vaincre sans rivaux on triomphe sans gloire.

'* La langue française est une de celles qui méritent le plus d'être cultivées. Elle est utile et même nécessaire à tous ceux qui aiment la littérature; elle est propre à traiter toutes sortes de sujets; elle est noble, modeste, majestueuse: elle est sérieuse sans l'être trop ; elle s'égaie ; elle badine même quelquefois dans les matières les plus graves, mais il y a toujours de la sagesse dans son enjouement. En un mot, elle est la langue des sciences et des beaux-»arts : et, dans les petits comme dans les gprands ouvrages, elle sait donner aux choses un certain air qui leur est propre et qui en relève le mérite. Elle l'emporte sur la plupart des autres : elle est plus heureuse à rendre les pensées au naturel : elle peint mieux les objets, garde plus exactement les proportions, et ses tableaux sont plus ressemblans. Elle aime la propreté» mais elle ne hait rien tant que Taffection, les omemens ex<:essif8 : les parures recherchées lui sont insupportables : elle n'a point ces diminutifs fades, ni ces terminaisons doucereu*

ses qae la langue italienne aime tant. Elle a de la donceury mais une douceur de la nature de celle qui sied bien, qui plaU^ ressemble à celle de la langue grecque, et qui ne fut jamais une douceur efféminée. De plus, elle est ricbe en toutes sortes de termes et de façons de parler ; elle en a pour Téloquence, elle en a pour la poésie, elle en a pour les arts, pour les sciences ; elle en a pour la chaire, elle en a pour le barreau, pour le discours sérieux et burlesque, pour le sublime et pour le familier ; elle en a pour la guerre, pour les finances, pour la monnaie, pour la fauconnerie, pour la vénerie. Ce qui relève infiniment sa gloire, c'est qu'on la parle partout; elle est la langue des princes," Journal de Trévoux, de leurs ambassadeurs, des grands, des hommes dont l'éducation a été soignée, dans toutes les parties de l'Europe*

La langue française est élégante et nom-breuse; elle joint la précision à la clarté, les* grâces à l'énergie ; elle se plie à tous les styles, à tous les tons ; elle sait tout exprimer et tout peindre; elle suffit aux besoins.de la raison, du génie et du sentiment. — Sainte-Palayb.

La langue française est claire, nette, méthodique, elle procède comme la pensée et l' observation, et on lui fait l'honneur de la chérir, d'adopter, de la parler dans presque toutes les* cours de TEurope. — Watelet.

Si la langue française paroit pauvre, ce B*est qu^en la considérant telle qu'elle est dans le Die-' tionnaire de l'Académie dont (par des motifs

qu'il est inutile de rapporter ici) on a cobs'* tamment écarté des mots, des locutions em* ployés depuis par ses propres membres même les plus célèbres ; mais la langue n'est pas paayre dans ce PicTioNNAiREy où ces mots» ces locutions sont recueillis avec soin.

Le caractère national ût rejeter ces mots, ces locutions dont la création et l'emploi semblent donner à leurs auteurs une supériorité insupportable à leurs contemporains. Corneille a dît : Je ne pour rois désormais employer un seul mot en sûreté, avant d'avoir consulté l'Académie*

Cette Académie étoit composée de ses premiers membres, aujourd'hui presque inconnus; ils crurent avoir le droit de fixer la langue d'après leurs propres écrits : l'un d'eux même alla jusqu'à vouloir engager ses collègues, par serment, à ne se servir que des mots de son Dictionnaire. Ces rédacteurs firent leur travail antérieurement aux. chef-d'œuvres de Racine, de Bossuet, de Fénélon, et depuis on a cessé de le copier sans y rien ajouter. Les membres de la commission actuelle du Dictionnaire ren^ dront un grand service à la nation et menue à l'Europe entière, lorsqu'ils publieront le non* veau Dictionnaire.-— l^o^«z PÉ lisson,

Cependanton est obligé de convenir que notre langue n'a pas tous les mots nécessaires pour exprimer tous les rapports entre les êtres, toutes leurs qualités, etc* Ainsi nous n'avons pas de terme pour qualifier une mère qui a perdu tous ses enfans, ou le corrélatif d'orphelin, nous n'en avons pas pour exprimer le rapport entre

deux pères oa mères qui ont marié leurs enfans Ymk à l'autre, etc., et cbaque jour Thomme qui médite on qui sent vivement, reconnoit la pauvreté de sa langue. Il devroit être permis d'emprunter ces mots aux langues mortes ou étran* gères qui les possèdent : ce seroit enrichir véritablement notre langue»

Les mœurs françaises ayant jadis exclu des affaires, et surtout de celles du commerce, les femmes, parce que toutes ont trop d'imagination et pas assez de logique, la langue n*a aucun terme pour exprimer sous ce rapport ]es qualités fliorales. On ne dira qu'avec une double entente, qu'ttfie marchande est ou n^est pas honnête ; ^u* elle est friponne, coquine, etc.

Peadu. C^est un homme petdu ; c*est-à-dire, c'est un homme sans espoir, sans ressource.

C^esi une femme perdue : c'est-à-dire, une femme publique et abandonnée. — Académib.

Persans. En prose, on doit appeler Perses^ les anciens habitans de cet empire, et Persans ceux d'aujourd'hui. — Racine fils.

Personne. Ce mot, qui est féminin de sa na- ^ ture, peut prendre quelquefois le genre masculin. 1°. Quand il signifie nul, quelqu'un ; exem^ pie : personne n'est venu me voir ; venue seroit une faute. Il n'y a personne si peu instruit des affaires qui ne convienne; y a-t-il personne assez hardi pour me le nier ? Personne osera-t-f7 soutenir ? etc.

S^. Quand il est joint à un adjectif des deux genres, comme considérable, aimable, célèbre, etc., et que la suite du discours annonce que

cette expression se rapporte à des hommes. Exem^ pie : Des personnes considérables par leur rang' ont bien voulu me témoigner la part qu't/* prenoient aux ennuis que j'ai éprouvés.— V au g E-

Peu. Le mot peu ne convient point au mot nom. Un peu de gloire, un peu de renommée, de réputation, se dit dans toutes les langues, et un peu de nom dans aucune. Il y a une grammaire commune à toutes les nations, qui ne permet pas que les adverbes de quantité se joignent à des choses qui n'ont pas de quantité. On peut avoir plus ou moins de gloire ou de puissance, mais non pas plus ou moins de nom.— Volt aire.

Cependant on peut dire plus ou moins de nom,, quand nom se prend pour renommée, réputation.

Peur de. Peur^ pour dire de peur^ est insupportable, et néanmoins je vois une infinité de gens qui le disent et quelques-uns déjà qui l'écrivent. — Vâugelas.

Il n'est pas permis de dire, par exemple: peur de lui déplaire, quoique la répétition de la particule de, paroisse blesser l'oreille. — Acadé-»

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