‹ Dictionnaire des doublets; ou, Doubles formes de la langue françaiseChapitre 10 sur 56 · SUFFIXES LATINS · texte numérisé non relu

SUFFIXES LATINS

Le signe distinctif du français populaire est de conserver la tonique latine, en supprimant l'atone brève, et la consonne médiane : mais pour les mots tels quafjîrmâre, incrustâre, qui n*ont ni consonne médiane, ni atone brève, et dans lesquels

et moutier a eu lieu par la chute de la consonne médiane n, et qu'avant de dire métier et moutier, on a dit meestier mi(n)isterium, et moastier mo(n)asterium. — Nous croyons au contraire que la consonne médiane n'a pas disparu à l'origine, mais bien la voyelle longue précédant immédiatement la tonique, mon(â)sterium, min{î)sterium (comme nous l'avons déjà dit page 17, note 3), et qu'avant de dire moutier et métier, on a dit monstier et menstier. Selon nous, l'hypothèse de MM. Littré et G. Paris est inadmissible : 1° parce que la liquide n ne tombe jamais entre deux voyelles, témoins tous les composés du mot minus : minuspretiare, donne en provençal non pas me-esprezar, mais mensprezar par la chute de l'atone longue ; 2" pour moutier la constatation est facile : ce mot est au xii^ siècle mostier, au x® monstier (Saint-Légé, XXII), preuve que l'atone longue a disparu, non la consonne médiane, disparition confirmée par la forme mon{â)steriolum qui a donné Montreuil ; 3' pour ministerium, on ne trouve jamais meestier ; dès le x« siècle la forme est mistier (Saint-Légé), et les textes latins du vm^ siècle donnent misterium, comme ils donnent misdicere pour min{û)sdicere.

1. Le type direct à'écrouelle est le bas-latin scro{f)ella. A cette liste ajoutons ruser-re fuser. Le bas-latin refutiare* donna refuser, et par la chute de la consonne médiane reUser, dans notre ancienne langue, terme de vénerie qui s'appliquait surtout aux détours que fait le gibier pour dérober la piste aux chiens. De cette forme reiiser est venu le verbe actuel ruser. — Inclavare a donné enclouer et enclaver.

Taccent latin est sur la pénultième, il faut avoir recours aux lois de permutation ; elles nous font toucher du doigt le mode de formation du français populaire, et, en nous permettant de distinguer deux couches qui forment notre langue, elles fournissent une ample moisson à la recherche présente. — Avant d'énumérer ces doubles formes, donnons la liste des doublets créés à l'aide des suffixes accentués. (Je renvoie pour les suffixes atones au chapitre de l'accent latin, page 13, où tous les exemples se trouvent réunis.)

Les suffixes accentués qui ont fourni des doublets à notre langue sont au nombre de trois :

1° Les suffixes en atus (français e), ata (français éé) :

agregfl^t^s, agrégé-agrégat, anna^fl, année-annate.

Gevatum, ciré-cérat.

hgatum, légué-légat. mdinôatus, mandé-mandat.

muscatus, muguet-muscat, obla^a, oublie-oblat.

pla/a, plie-plate, rosa^î^, rosé-rosat.

solida^w5, soldé-soudé-soldat.

2" Les suffixes en arts; arius, a, um (français ier, iere) :

agranwm, agner-agraire.

apothecarmm , boutiquier - apo -

thicaire.

censitarmm, censier-censitaire.

centenartwm , centenier - cente -

naire.

denanam, denier-denaire.

epislolrtrtMW , épistolier-épisto-

laire.

hereditanw5, héritier-héréditaire.

molam, meulière-molaire, precarta, prière-précaire.

^nmarium, premier-primaire.

rosariM/n, rosier-rosaire, salartww, salière-salaire, scholarw, écolier-scolaire, summarmm , sommier - som

maire ^ .

vicartMW, viguier- vicaire.

21^ Les suffixes en ionem (français on) :

coction^m, cuisson-coction.

factton^m, façon-faction. frictto;i«m, frisson-friction, fusfow^m, foison-fusion.

inclinattoTiem, . inclinaison-inclination.

nutrittom?m , nourrisson-nutrition.

punctfonrm, poinçon-ponction.

^oiionem , poison-potion .

prehenstonem , prison - préhen sion.

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