CHUTE DE LA CONSONNE MÉDIANE
Le troisième réactif qui sert à distinguer les mots populaires des mots savants est la chute 'de la consonne médiane, c'est-àdire de la consonne placée entre deux voyelles comme t dans ma(i)urus. Yoici cette règle : tous les mots français qui perdent ou changent la consonne médiane sont d'origine populaire, les mots d'origine savante la conservent : ainsi le latin vo{c)alis est devenu dans le français populaire voyelle, dans le français des savants vocale^.
1 . Le verbe embler est resté comme participe passé dans la locution d^emblée.
2. Cependant la forme v. fr. parais ferait supposer que le v de parvis est intercalaire, et qu'à l'origine c'est la consonne médiane qui a disparu, et non la voyelle brève.
3. Quant au doublet — hah(\)tare, banter-habiter, — il est très douteux : bt devenant ordinairement d en français {cucurbita = gourde, cubitus = coude). — Si la voyelle atone, précédant immédiatement la tonique latine, tombe en français quand elle est brève, elle persiste quand elle est longue : et cette règle ne souffre qu'un très petit nombre d'exceptions : susp{i)cionem a donné soupçon et suspicion, — sacr{à)mentum, serment et sacrement, indiijrectus, endroit et indirect, — blas{phè)mare, blâmer et blasphémer, — 7non{à)sterium, moutier et monastère, — min(i)sterium, métier et ministère.
4. Adorer, affidé, cfiasteté, chirurgien, égal, extravaguer, figuier, fla~
abbrevia[t)oremy abrégeur-abré- d€li(c)dtusy délié-délicat.
vialeur. denu(d)dtm^ dénué-dénudé.
advo(c]àtuSj avoué-avocat. di{g)itdle, dé (déel)-digilale^.
a[d]amantem^ aimant-diamant. dila(t)dre^ délayer-dilater.
arma{t)ûra, armure-armature. do(t)dre, douer-doter.
au{g)ûrium^ heur-augure ^ expli{c)dtus^ éployé-expliqué.
au\g]ustus^ août-auguste. eX'Su(c]dre^ essuyer-essucquer.
bene{d)icere, benir-bien dire. fi{d)élis, féal-fidèle.
communi(c) are, commumeV'Com- /la{g]éllum, fléau-flagelle.
muniquer. gau{d)ere, jouir- gaudir.
confi(d)entia, confiance -confî- impli[c]dre, employer-impliquer.
dence. le\g]alis, loyal-légal.
cre(d)éntia, créance-crédence. li{g]ationem, liaison-ligation.
curva[t]ura, courbure -courba- me[d)ianus, moyen-médian.
ture. na[t]aliSy noël-natal.
d€(c]andtus, doyenné-décanat. na[t]ivuSj naïf-natif.
deca(d)entia , déchéance -déca- /)€((Z)îct*/wm, pou-pédicule'.
dence. pe(t)àlum, poêle-pétale.
geller, graduel, lapider, légume, ligament, littérature, majesté, malédic^ tion, mugir, pénitent, retorte, résident, satin, tribut, étaient dans notre ancienne langue : aorer a(d)orare, — affié affifdjatus, — chastéé casti- (t)atem, — surgien chi(r)urgianus, — uel aB(q)ualis, — estraier extra(v)agare, — fieis fi(c)arium (Ps. Oxford, 241), — flaeler fla(g)ellare, — grael gra(d)ualis, — lapier lapi(d)are, — léun le(g)umen, — liement li(g)amentum, — letreûre littera(t)ura, — maesté ma(j)estatem, — malêiçon male(d)ictionem, — muir mu(g)ire, — penéant paBni(t)entem, — riorte re(t)orta, — réseant resi(d)entem, — satn se(t)anus*, — tréût tri(b)utum.
1. Heur, qui est resté dans les composés mal-heur, bon-heur, est au xni« siècle éitr, au xii® siècle aûr, et vient &au{g)urium et non point de hora, comme l'a démontré Diez dans son Etymologisches Wœrterbuch I, 38, 8. r. augurio.
2. Sur ce doublet, qui est douteux, voyez ci-dessous, page 33, sur dé-doigt,
3. Pou et pediculus sont moins éloignés qu'ils ne semblent ; le vieux français est ponil, plus anciennement péouil, qui correspond exactement au latin vulgaire pé(d)àculus, au provençal pezolh, portugais piolho, espagnol piojo, italien pedocchi. — L'ordre alphabétique nous amène à citer ici les doubles formes ministerium = mèXier-yninistèrc, et tnonaste' riwn = moutier-mo/iaifèrc; il n'est pas douteux que ces doublets soient exacts, mais on est indécis sur leur mode de formation, deux opinions se produisent : MM. Littré {Histoire de la Langue française, II, 294), et G. Paris {Accent latin, 20, 127), croient que cette contraction en métier
pre{c)aria, prière-précaire.
presi[d)entia , préséance -prési dence.
pre[h]ensionem ^ prison-préhension.
provi{d)entia, pourvoyance-providence.
quadra [t] ura , carrure - quadra ture.
re(d)emptionem^ rançon-rédemption.
re[g)alis^ royal-régale.
ro{t)onda^ ronde-rotonde.
ra(d)iatus, rayé-radié.
repli(c)arey replier-répliquer.
scro[f)ul3e, écrouelle-scrofule ^ se[c]atorem^ scieur-sécateur.
se[c)uritatem^ sûreté-sécurité.
terri [t] orium, terroir-territoire.
ira(d)itionem^ iraMson-ira.diiion.
va{g)inay gaîne-vagin.
vo(c]alis, voyelle-vocale.
vo[t]arey vouer- voter.