‹ Dictionnaire des doublets; ou, Doubles formes de la langue françaiseChapitre 22 sur 56 · FORMATIONS INCONNUES · texte numérisé non relu

FORMATIONS INCONNUES

Sur les huit cents exemples de doublets que comprend le présent

1. {Ad)juxtare, bas-latin ajostare, a donné concurremment les deux formes ajouter-ajuster.

2. Bouquet, en vieux-français bousquet, bosquet^ est comme le mot bosquet, un diminutif de bosc, forme première du mot bois.

3. Pour la démonstration de cette règle, voyez Grammaire historique de la Langue française, p. 78.

travail, nous avons reconnu et classé sept cent cinquante d'entre eux. — Cinquante autres qui sont évidemment d'origine populaire restent jusqu'à présent sans explication, faute d'avoir été soumis à une série d'observations assez exactes. La corruption, cela est certain, a joué un rôle dans plusieurs de ces doubles formes*; mais le plus grand nombre a été produit, selon nous, par le mélange et la confusion des formes dialectales, et c'est dans une étude sérieuse et vraiment scientifique^ des dialectes de l'ancien français qu'il faudra chercher la solution de tous ces petits problèmes. — Dans l'état actuel de la science, on doit se borner à constater leur existence, et encore ne peut-on pas le faire avec certitude, car un grand nombre de ces doublets sont purement hypothétiques 3, et la philologie future pourra seule confirmer la valeur de ces rapprochements.

amantem^ amant-aimant. amatus^ amé-aimé.

1. Telles que : Stannum, étain-tain. — Oathedra, chaire-chaise (Théodore de Bèze, en 1530, se plaint de la mauvaise prononciation des Paripiens, qui disent chaise au lieu de chaire)^ — Grammaria*^ grammaire (dont grimoire est la corruption), — Catenionem*^ qui donne le vieux français chaaignon, lequel a produit en deux directions le mot chaînon, d'un côté, le mot chignon, de l'autre. — Juncus a donné jonc dont le diminutif jonchet a formé un doublet par la corruption de jonchet en honchet. - Arnica, amie-mie (par la corruption du pronom personnel m^amie, puis ma mie). — Partem, part-par (dans la locution de par le roi^ par est ici une orthographe corrompue pour part, l'itaUen dit da parte, l'espagnol de parte).

2. Dans le mouvement si intéressant, qui s'est produit en France depuis dix ans pour la fondation d'une école de philologie française, l'étude des dialectes que Fallot a fondée et incitée ne pouvait être laissée de côt^, et c'est avec plaisir que nous annonçons la publication prochaine de deux monographies, l'une sur le Dialecte lorrain par M. Bonnardot, l'autre sur le Dialecte blaisois, par M. Talbert.

3. Tels sont : trognon rapproché de tronçon (diminutif de tronc)y — craquer présenté comme une variété dialectale de croquer, — bruire tiré de rugire, qui a aussi donné rugir, — Soccus a donné souche, et comme choc a signifié, tronc d'arbre dans notre ancienne langue, on voudrait attribuer à ces deux mots une commune origine, qui est bien difficile à admettre. — Il est aussi très douteux que tourte-tarte soient une bifurcation du latin torta. — Enfin Diez tire sournois de tacitumus (qui a donné taciturne).

aquarium^ évier-aiguière*. digitus, dé-doigt^.

capsa, caisse-casse-. dominus^ dame*^-dom.

cingulare, cingler-sangler. ericius''^ hérisson-oursin.

computare, conter-compter. fagina^ faines-fouine.

coquus^ queux-gueux^. flammantem^ flamant-flambant.

cuculus^ coucou-cocu 'i. gâhata, jatte-joue^.

designum, dessein-dessin. gemelli, gémeaux-jumeaux.

1. Sur aquarium = évier, voyez ci-dessus, page 3, note 2. Aqua donna, dans certaines provinces, la forme aiguë (qui est restée dans aiguemarine), et aquaria est très régulièrement le primitif ^'aiguière. — Il est inutile de citer ici les doubles formes abonner-aborner (M. Diez a démontré que ces deux mots n'avaient point d'origine commune), accotreaccoster (celle-ci vient de costa et se rattache à côte; celle-là dérive de cote et se rattache à cotir) ; elles ne peuvent point former un doublet.

2. Nous passons sous silence le doublet besoin-besogne^ l'origine commune de ces deux mots est encore inconnue. — Du vieil haut-allemand buwisc*, naquit le bas-latin boscus, provençal bosc, français bois; une forme féminine bosca devint le vieux-français busche, bûche. Citons encore d'autres primitifs germaniques fournissant une double forme au français populaire. — Du moyen haut-allemand bôzen sont venus buterbouter, et les composés raboter-rebouter. — Du radical haut-allemand waron, dérivent garenne et varenne.

3. Au xiye siècle gueux a le sens de cuisinier, ce qui montre qu'il n'est qu'une autre forme de queux (Littré. Dict. v° Gueux).

4. Si étrange que paraisse cette assimilation, elle est exacte, et fondée sur un des traits caractéristiques de cet oiseau, ainsi défini par le scoliaste Acron (ad Horat. Sat. 6, 7) : « Guculus, avis, hoc vitio naturali « laborat, ut ova, ubi posuerit, oblita, saepè aliéna calefaciat. »

5. Dé, vieux-français cleit, correspond exactement à didus, qu'on trouve dans la loi salique pour digitus. Quant au v.-fr. déel (signifiant aussi dé), il vient de digitale, comme le prouvent l'esp, dédale, l'it, ditale.

6. Dans l'exclamation dame, débris du vieux français dame-Dieu! (Domine Deus !).

7. Par un diminutif, ericionem*^ d'où hérisson. — Quant à oursin, c'est une corruption d'hérisson, témoin les formes portug. oiiriço, wall. ureçon, angl. urchon.

8. Cette étymologie, proposée par Bochart, se confirme par le surnom de martre des hêtres, donné à la fouine, — et surtout par le vieux français qui ne dit pas fouine, mais faine, ital.-prov. faina, cat. fagina. Un autre doublet aussi étrange est gai-geai. Cet oiseau était en y. fr. gai; de même le v. espag. dit gayo pour gai et geai.

9. Gâbata devient très réguMèrement jatte, comme débita deyient dette;

gula, gueule-goule. repropiare* , reprocher-rapprohominem, homme-on. cher.

ille, il-le. sepia, seiche-sèche.

inducere, induire-enduire. soccus, soc-socque-souche (?)

li{g)àmeny lien-liane^ stuppa^ étoupe-éleuf*.

pannum^ pan-panne. senior em^ seigneur-sieur.

querquedula^ ^ cercelle - sar - tabula^ table-toie*.

celle. ûpupa^ houppe-huppe.

rabies, rage-rêve'. ventosa, venteuse- ventouse.

quant kjoue, ce mot qui est en vieux français^'o«, et plus anciennement jode, correspond à it. gota, prov. gauta. Or ce dernier mot est la traduction exacte du bas-latin gduta, transformation de gàbata.

1. Le mot liane qui nous vient des colonies hispano-américaines, manque cependant à l'espagnol.

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