PARTIE II
DOUBLETS D'ORIGINE ÉTRANGÈRE
L'italien, l'espagnol et l'anglais ont fourni à notre langue un assez grand nombre de doublets; avant de les passer en revue, on doit se demander à quel signe on reconnaît qu'un mot tel que piano, par exemple, est d'origine étrangère, et quil a été importé dans notre langue. En tout sujet, il y a deux sortes de preuves : les unes a priori et de théorie, les autres a posteriori et de fait :
1° A priori, piano qui correspond au latin pi anus ne peut être un mot d'origine française, car pi latin persiste toujours en français et ne devient jamais pz; ex. : plorare (pleurer), plenus (plein), plus (plus), plkcere (plaire) , plurahum. (plorah),plaiB.us (^^ain) ; de plus, piano est certainement un mot d'origine italienne, car c'est seulement en italien que pi latin donne pi : plorare (piorare), p^nus (pieïio),plus (piu), placere (piacere), ^/umbum (piomho).
2° A posteriori, ce résultat est confirmé par l'histoire de la langue : planus donne plain à la naissance du français (resté dans plain-chant) : l'adj. piano au sens de doux n'apparaît dans les textes français relatifs à la musique* qu'à la fin du xvf siècle, époque à laquelle il fut importé d'Italie.
1. On sait comment l'adjectif pm/zo (doux) est venu à désigner l'ins-
Nous mesurons ici la distance qui sépare l'ancienne philologie delà nouvelle. Les linguistes d'autrefois n'avaient à leur disposition que les preuves a posteriori ; c'est par la découverte des preuves a priori que l'étymologie moderne a pu atteindre, de nos jours, à de tels résultats.
§ d. DOUBLETS D'ORIGINE ITALIENNE.
On sait combien fut énergique la trace laissée au xvi* siècle, sur notre idiome, par la langue italienne. Les nombreuses expéditions de la France au delà des monts, le séjour prolongé de nos armées en Italie, avaient rendu l'italien très familier en France. Il en résulta dans notre langue l'introduction de quelques centaines de mots purement italiens : plusieurs d'entre eux provenaient d'un radical qui avait donné à notre langue une forme française; et de cette rencontre sont venus les doublets suivants :
alHHa*y hautesse-altesse (altezza).
aptitudinem^ aptitude-attitude [attitudine). bancus^^ banc-banque (hanca).
baîidaria* bannière-bandière (bandiera).
bandituSy banni-bandit (bandito).
balneum, bain-bagne [bagno].
bella domina^ belle-dame-beliadone [bella donna), bellum videre^ beau voir-belvedère (bel vedere). bilancem, balance-bilan (bilancio).
caballarius* , chevalier-cavalier (cavalière), cadentiay chances-cadence [cadenza).
calcare^ cocher '-calquer (calcare).
trument de musique qui a remplacé le clavecin: lorsque le clavecin fut muni d'un appareil permettant de distinguer les piano et les forte, ce nouvel instrument reçut le nom de piano-forte, et par abréviation piano.
1. Du vieil haut-allem. banc. Nous nous bornons à citer les radicauxgermaniques par leur transcription latine.
2. Un autre composé de domina est inadonc, de l'it. ina donna (mea domina), et qui forme un doublet avec le français madame.