I. DÉBRIS DES ANCIENS DIALECTES FRANÇAIS
J'avais présenté, dans mon Dictionnaire des Doublets, les formes populaires telles que amé-aimé, amant-aimant, charrier-charroyer, plier-ployery créance-croyance, dévoyer-dévier, bayantbéant, comme les débris des anciens dialectes français. Avant de rectifier cette erreur manifeste, il ne sera pas inutile d'exposer ici les deux théories opposées que soutiennent sur ce point MM. Diez et Littré :
I. THÉORIE DE M. DIEZ. L'autcur dc la Grammaire des Langues Romanes fut amené, par la découverte du principe de la diphthongaison des brèves accentuées, à la remarque plus générale i que le français exprimait l'importance relative des deux natures de voyelles en diphthonguant la tonique latine brève, et en laissant intacte la voyelle atone (ou en la changeant en e muet) : c'est pourquoi nous disons tiEnt de ténet, et tEnons de tenimus; vient de vénit, et venons de venimus ; lièvre de léporem, et lévrier de leporârius ; roi de règem et reine (v. fr. reine) de regina; poids de pésum* et peser de pesdre*; une distinction aussi délicate ne tarda point à s'obscurcir ; la lutte de Tétymologie et de Tanalogie, de la tradition et de l'innovation, s'exerça dans ce domaine comme dans les autres, à mesure que s'affaiblissait dans le peuple le sentiment de la langue latine : ainsi, tandis que la vieille langue dit correctement : je pleure (plôroy eiplorer (plorâre), — je treuve {trôvo') et trouver [trovàre), — jepoise {peso*) el peser {pesare*), — le français moderne a unifié ces deux formes et refait tantôt l'indicatif sur l'infinitif, comme dans trouver, peser, tantôt l'infinitif sur rindicatif comme ^d.u'è pleurer . A la lumière de ce principe, il est aisé de trouver l'explication des huit doublets cités au commencement de ce chapitre : ame (de amâtus, comme affamé), armant