Grammat. der Romaniscken Sprachen, I, 194-196, 3^ éd
{dMântem)^ béant [bddântem') ^ créance {credentia')^ plier (p/icdre')^ dévier {de-ex-vidre')^ charrier {carricdre)^ mécréant {tninuscredentem*} sont les anciennes formes étymologiques^ tandis que aimé, aimant, bayant, croyance, ployer, dévoyer, charroyer, croyant sont les formes modernes produites par l'analogie de la diphthongaison de la voyelle accentuée: aime (âmo), baye (bâdo*), crois (credo*), ploie (plico), dévoie (de-exvio), charroie (carrico), croi* (credo).
II. THÉORIE DE M. LiTTRÉ. M. Littré n'admet pas que la différence de traitement de la voyelle dans doit-devoir, espoir-esp«rer, liévre-levrier, poids-peser, roi-reïne', soit due à la différence d'accentuation, à 1 etymologie en un mot, ni quelle ait pu s'exercer dans le sein même du dialecte français; pour lui, toutes ces doubles formes sont dues à la présence simultanée d'une forme du dialecte français, et d'une forme empruntée à l'un des dialectes voisins (picard, normand, bourguignon). . L'autorité de M. Littré est si considérable, qu'il est nécessaire d'appuyer cette affirmation par des preuves empruntées à Y Histoire de la langue française (3'' édit. \ 864) : « Dans l'Ile-de-France on disait pois, poiser, poisant^; dans l'ancien normand on disait peis, peser, pesant. Ces immixtions qui rompent l'analogie sont curieuses à étudier. » (Hist. de la 1. fr., I, 65). — a Le français a pris roi qui est bourguignon à côté de reine qui est normand. » (Id. I, ^27). a On voit (à propos de roi, reine ^ poids ^ pesant) que nous avons pris à droite et à gauche et accommodé à notre guise des formes qui ne sont pas similaires. » (Id. L 338). « Ce furent des amalgames dus aux circonstances qui déterminèrent la pression des provinces sur le Centre... Il y eut fusion et partant confusion. Nous disons poids et peser, au lieu de dire pois et poiser, comme les gens de l'Ile de France^ ou peis et peser, comme les gens de Normandie. » (Id. II, 402). Et dans un autre passage (II, 445), à propos du verbe berrichon arreyer^ arranger (qui est à arroi dans le même rapport que conréer* à conroi*)^ M. Liltré contredit
t. Nous venons de voir rinexartitude de cette assertion : Tlle de France disait non pois, poiser, poisant, mais pois, peser, pemnt. D'ailleurs, M. Littré contredit ici l'opinion de Burguy qu'il avait adoptée quelques pages plus loin (I, 120).
de nouveau à la théorie de raccentuation : a Arreyer provient d'un substantif arroi qui a disparu du langage actuel et qui^ usité dans le français de la Normandie^ correspondait à arroi des autres dialectes. » IX, Ud). — Conformément à cette théorie, M. Littré, dans son Dictionnaire^ tire goulot, goulu, chauderon*^ héanl^ bégueule^ non (comme Diez) de gueule, chaudier^ béer, mais de « l'ancien français goule, chaudère, béer ou bayer. » Mécréant (qui pour Diez est le participe régulier de mécroire) est pour M. Littré « la prononciation normande de croyant. » Il en résulte que les sept doublets qui nous occupent sont, d'après M. Littré, le produit de l'immixtion des dialectes : citons les explications du Dictionnaire :
a CfiÉLNCE, autre prononciation de croyance et qui provient du verbe creire, tandis que croyance vient du verbe croire ; creire et croire appartiennent à des dialectes différents de l'ancienne langue. » — « Charrier. Charrier et charroyer sont deux formes d'un même mot suivant les anciens dialectes de la France. » Les autres doublets ne sont pas expliqués : « Béant ancien participe de béer, baer ou bayer. » — « Ployer, autre forme de plier. » — « Ame, du L. amatus. » — « Amant, de aimer. »
III. De ces deux théories, je me range à celle de M. Diez. Je suis d'autant plus à l'aise pour parler de la théorie de M. Littré, que je l'ai adoptée dans ma Grammaire Historique et dans mon Dictionnaire des Doublets., comme me Tout reproché avec raison MM. Mussafia et Tobler^, et que cette théorie des dialectes peut en entraîner d'autres après moi. Non-seulement elle empêche de comprendre les lois, de la dérivation française, mais les formes dialectales qu'elle exige sont purement hypothétiques 2. Aussi M. Littré renvoie-t-il, sans autre explication, de grenetier à grain^ de perron à pierre^ de collerette à collier, de chenet à chien, etc. Cette explication, la loi de balancement de la tonique et de Tatone l'aurait fournie sans peine.
i. L'un dans la Zeitschrift fUr vergleichende Sprachforschung de Kuhn (XVII, 392), l'autre dans le Literarisches Centralblait (1868, n» 51, p. 1426).
2. Tandis que M. Diez regarde lièvre, pierre, collier comme les vrais primitifs de lévrier, perron, collerette, etc. M. Litlré cherche, pour expliquer ces dérivés, des formes anciennes lèvre, perre, coller, que le principe de diphihongaison des brèves accentuées empêche de jamais rencontrer.