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ÉTYMOLOGIE DE CADEAU

(Voy. ci-dessus, p. 13, note 7).

On sait quelle est l'étymologie reçue de ce mot : « traits enchaînés ou entrelacés dont les maîtres d'écriture ornent leurs modèles ; puis, par extension, choses inutiles et de pure fantaisie, puis divertissements, et enfin don. Au sens de traits d'écriture entrelacés, cadeau vient du L. catellus, diminutif de catena (chaîne). » Ménage est l'auteur de cette ét^^nologie, qui depuis a été reproduite sans discussion par Diez, Schéler et Littré.

Avant d'en rechercher l'exactitude, voyons, par les anciens dictionnaires, quel est le sens originaire du mot cadeau :

En 1549, R. Estienne donne le mot dans son Dict. fr. -latin : « CADEAU, cadeler des lettres. »

En 1604, Nicot, dans son Thrésor : cadeau est une grande lettre capitale... Litera majuscula. Cadeler est faire un cadeau. »

En 1655, Borel, dans ses Antiquités gauloises : « cadeau. . . grosse lettre; paraphe; . . . ornements que les maîtres d'écriture mettent autour de leurs exemples. »

En 1681, Richelet, dans son Dictionnaire : « cadeau, traits de plume des maîtres d'écriture; — 2° chose spécieuse et inutile: faire des cadeaux; — 3° grand repas, donner des cadeaux aux dames. » On voit ici la transition de sens nettement marquée. Le dernier sens de repas, de fête, particulièrement de fête donnée aux dames, est trèsfréquent dans Molière (voy. Lexique de Génin), et Lafontaine (dans ses Lettres, XXI) : a Dieu me gard de feu et d'eau. De mauvais vin dans un cadeau, De maîtresse ayant trop d'esprit.... ». Le sens de don n'apparaît pas encore : M. Littré sous la rubrique : Don, présent que l'on fait à quelqu'un, prétend l'avoir trouvé dès 1685, et cite cet exemple d'une comédie de Montfleury {Femme juge et partie, 3, 2. en 1685) : « Quoi! parce que des sots se piquent du pompeux appareil d'un cadeau nuptial, il faut faire comme eux. « On voit qu'ici le mot ne signifie point présent, don, mais fête de noces. D'ailleurs ce qui rend l'hypothèse de M. Littré peu probable, c'est que les dictionnaires postérieurs ne font jusqu'en 1762 aucune mention du sens de don, de présent. (L'Académie de 1694, 1718, 1740, le Furetière de 1690, le Trévoux de 1704, 1743 se bornent à reproduire le sens donné par Richelet en 1681.)

En résumé la série des sens est celle-ci : lettres majuscules et ornées, puis ornements d'écriture (paraphes et enchaînements de traits), d'où le sens de futilités, et superfluités; puis de divertisse-

ments offerts aux dames; postérieurement présent fait aux dames, et enfin présent en général.

Le sens primitif de cadeau ou cadel étant lettre majuscule, on voit que le mot n'a rien à faire avec catellus^ qui sij^nifie une petite chaîne. Les majuscules sont désignées sous le nom de capitaneœ dans le recueil de Laclimann, Gromatici veteres^ Berlin, 1848, p. 362. Eckehardus junior {De cas, S. Galli. ch. L d. DG.) les appelle capitulares. Le sens de tête du mot étant l'idée principale de ces dénominations, je tire cadel d'un mot analogue, capitellum (diminutif de caput) qui est dans Végèce et S^ Jérôme. CopiVellum donne cadcX comme capi^astrum* donne cadastre, comme copt^ettum" donne ca<iet, par l'influence provençale; d'autre part, le L. capitellum donne la forme savante chapitel (aujourd'hui chapiteau) dont Littré ne cite pas d'exemples antérieurs au xv« siècle, et qui eut été chatel dans le français populaire*.— D'où finalement le doublet : capitellum^ chapiteau-

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