CACHALOT
dont le supérieur , appelé honnet ou klapmutz par les Hollandais, contient l’adipocire la plus précieuse , cloisonnée dans des cellules à parois membraneuses, maillées comme un gros crêpe. Dans l’étage inférieur , les cellules de l’adipocire, distribuées comme celles d’une rucbe d’abeilles, ont pour paroi une membrane analogue à celle du blauc de l’œuf. Les pêcheurs, disent cju’à mesure qu’on vide cet étage, il se remplit de nouveau par le reflux de l’adipocire venant de tout le corps où se distribuent les ramilications d’un long canal qui, à son embouchure dans cet étage, est gros comme la cuisse d’un homme. Ce canal doit être à peu près sous-culané, attendu l’imperforation de la muraille occipifo-maxillaire dans toute sa hauteur. ,
D’après M. Quoy, la tête d’un cachalot des Moluques de 64 pieds de long , donne 24 harils de spermacéti, à 124 pintes le baril , et jusqu’à loo bai ils d’buile. Les femelles ne fournissent pas au'delà de i8à20 barils de spermacéti. Indépendamment de l’adipocire et de l’buile, les cachalots fournissent une autre substance fort importante : nous voulons parler de Y ambre gris, que la plupart des naturalistes s’accordent maintenant à considérer comme le produit d’une sécrétion morbide dans les intestins de ces animaux. K. Ambre gris.
Les cachalots jiarviennent à une grosseur extraordinaire ; on voit , au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, le squelette d’un de ces animaux qui est monté avec quatorze côtes et cinquantecinq vertèbres d’une grosseur et d’une grandeur énormes. Ce sont les cétacés des mers équatoriales , comme les baleines sont ceux des mers situées en dehors des tropiques ; c’est ce qu’il est permis d’établir d’après les latitudes où les navigateurs en ont le plus rencontré, celles où sont établies les pêcheries de ces animaux. On en rencontre des bancs de i5 à 20 lieues, depuis le Pérou jusqu’au golfe de Californie, parages remarquables par la pi-ofondeur des eaux ; cette circonstance s’accorde bien avec ce qu’on dit des habitudes des cachalots, qui restent plus long-temps sous l’eau que les baleines; celles-ci préfèrent en général les basfonds. Malgré ce que nOus venons de rapporter sur la patrie des cachalots, et sur laquelle M. de.HumboIdt, dans son Essai poli-
tique sur la Nouvelle-Espagne, a le premier donné des renseigneinens précis, il est certain que plusieurs espèces ont été rencontrées à des latitudes très dilTcrenles, car on en a pêclié jusque dans la ïner Adriatique. Les navigateurs ont d’ailleurs beaucoup paidé de ceux qui se trouvent sur les côtes de la Noi velle-Zélande, et qui se font remarquer par leur grandeur et la quantité de leurs produits en adipocire.
Parmi les espèces les plus dignes d’attention , nous citerons : 1°. le GRAND Cachalot , Physeter mncrocephalus de Shaw et de Bonnaterre, figuré dans l’Encyclopédie, pl. VI, lig. i et pl. VII, lig. 2. Il n’est pas le même que le Physeter maorocephalus de Linné; car celui-ci est pourvu d’une nageoire dorsale qui manque dans celui décrit par Shaw. 2°. Le Cachalot austral asien,P//j'seter amtralasianus , de Quoy (Voyage de 'l’Uranie, atlas, pl. de Zoologie.) Celui-ci abonde autour desMoluques et des autres îles de l’Océan polynésien. C’est le même que l’on a rencontré dans les parages de la Nouvelle-Zélande, où il atteint de plus grandes dimensions. (A. R.)
CACHEN-LAGUEN ou Catscha-langua. Sous ces noms, on emploie, au Chili et au Pérou, le Chironia chilensis, Willd.; plante voisine de notre petite centaurée {Erythrœa centaiiriuiiij Ricli.) Leurs usages médicaux sont les mêmes. P. Centaurée (petite). (A. R.)
Ç ACHIBOU ^ RÉSINE ) ou Chibou. La résine dé Gomaét a été ainsi nommée > parce qu’on l’enveloppe de feuilles d’aine plante de l’Amérique méridionale , nommée, par les indigènes, cachrhoU, et qui èst }eMaranta liUea d’Aublet. P~. Résine de Gômart. ‘ . ( A. R. ) ,
'CACHOU* On nomme ainsi une subslance végétale
'èitractive brune, solide, non délique.scente , infusible, très aeferbe et d’une pesanteur spécifique variable entre 1,28 et ijSg. T>ans les' temps d’ignorance, elle était regardée comme une matière terreuse, ét elle portait le nom de terre du Japon, Terra Japonità. Qxi est certain aujourd’hui que le cachou s’oblrent par la décoction dans l’eau, et rapprochée en consistance d’extrait, de la partie inleme et colorée du bois d’iun arbre de la famille
des Légumineuses, qui croît dans les Indes orientales et surtout dans le Bengale. Cet arbre, nommé par Linné fils Mimosa Catechu J a été rapporté au genre Acacia par Willdenow et M. De Candolle. On en trouve la figure et la description dans Roxburgh {^Plant. Coromand., II, p. ^o, t. i^S). Ses rameaux portent des feuilles bipinnéis, composées chacune d’environ douze paires de feuilles qui elles-mêmes sont formées d’un très grand nombre de folioles lancéolées aiguës , entières et chargées sur leurs deux faces de poils blanchâtres. Les tiges portent des aiguillons géminés, comprimés et un peu recourbés. Les fleurs forment des épis cj'llndriques, portés sur des pédoncules placés dans l’aisselle des feuilles supérieures. Les fruits sont des gousses planes allongées, longues de3à 4 pouces, et contenant 5 à 6 graines. Dans cet arbre, non-seulement la partie interne du bois est abondante en suc propre à faire du cachou , mais encore presque toutes les autres parties, et principalement les fruits, peuvent eu donner par décoction. Nous ne doutons pas que plusieurs autres espèces à' Acacia ne puissent en fournir aussi, si on les traite comme YA~ cacia Catecha. JJ Acacia arabica, par exemple, dont les gousses se vendent sous le nom de hahlah ( p. ce mot), est sans aucun doute aussi propre à produire le cachou que celui dont nous venons de donner une courte description.
Indépendamment du cachou que produisent ces arbres de la famille des Légumineuses, il en est encore une autre sorte que l’on relire aussi par décoction des noix de \Areca Catechu, arbre de la famille des Palmiers, et qui habite l’Inde ainsi que” son archipel. Quelques auteurs ont contesté cette dernière origine du cachou; mais cette substance étant une matière excessivement astringente et composée de principes répandus , dans plusieurs végétaux ditférens, il n’est pas extraordinaire que lies noix iJAreca Catechu puissent en fournir, ou tout au moins un extrait qui aurait les plus grands rapports avec le cachou. Les auteurs anglais, qui doivent être les mieux informés sur la • . matière médicale des possessions britanniques dans l’Inde, aflTirment d’ailleurs que le kaschu ou cachou de Mysore est fourni par le beau palmier que nous venons de mentionner.
. Dans le commerce, le cacliou se présente sous trois états clUFérens. La première sorte est le cachou terne et rougeâtre j on. le vend en pains du poids de 3 à 4 onces, et dont la forme est à peu près carrée; sa cassure est terne, rougeaude, ondulée et souvent marbrée. L’une des faces de ces pains offre un grand nombre de semences assez semblables à celles du chanvre, et qui ont probablement servi à empêcher leur adhérence aux surfaces sur lesquelles on les a exposés pendant leur dessication. Ce cachou se brise sous la dent, produit dans la bouche une saveur astringente particulière sans mélange d’amertume et suivie d’un goût agréable; sa poudre ressemble à celle du quinquina gris.
La seconde sorte, ou le cachou hrun et plat, se présente sous la forme de pains très aplatis, ronds, du poids de 2 à 3 onces, et remplis de graines semblables à celles qui se trouvent seulement à la surface de la première sorte. Il est plus dur, plus brun, d’une couleur plus uniforme que cette jiremière sorte, dont il se distingue facilement d’ailleurs par sa cassure luisante, sa saveur amère et à peine suivie d’un goût agréable.
U ne troisième sorte , ou le cachou en masses n’est pas répandue dans le commerce depuis aussi long-temps que les deux précédentes sortes dont la préparation a toujours été tellement uniforme qu’on les reconnaît parfaitement aux descriptions faites, il y a plus d’un siècle, par Lémery et Antoine de Jussieu. Les morceaux de cachou de cette troisième sorte pèsent 3 ou 4 onces, et proviennent de masses d’un poids plus considérable. Ils sont enveloppés dans des feuilles marquées de fortes nervures; leur couleur est brune-rougeâti’e ou noirâtre uniforme, leur cassure luisante et sans aucune impureté apparente. La saveur de ce cachou est astringente, un peu amère, suivie d’un goût agréable. Sa poudre a la couleur de celle du quinquina orangé.
Ijes deux premières sortes ont encore été désignées sous les noms cachou du Bengale J qX. cachou de Bombay- mais les auteurs ne s’accordant pas entre eux dans l’application de ces noms, il est plus rationnel de distinguer les diverses sortes de ca- Tomu I. 32
4g8 CACHOU.
chou par leurs qualités physiques, ainsi que M.Guibourt l’a proposé. On troiTvait dans le commerce , il y a quelques années , du cachou sophistiqué avec une grande quantité d’amidon : cette fraude n’a pas tardé à être signalée , et ne s’est pas reproduite.
L’analyse chimique du cachou du Bengale et de celui de Bombay a été faite par l’illustre sir H. Davy. Voici ses résultats:
Cachou de Bombay.
Cachou du Bengale.
Tannin
Matière extractive.
Mucilage
Résidu insoluble. . .
Total. . .
Une aussi grande proportion de tannin communique au cachou des propriétés astringentes extrêmement énergiques ; aussi a-t-on proposé d’employer celte substance dans le tannage des cuirs, mais nous doutons que son emploi puisse jamais être économique. En effet , quelle que soit la quantité de cachou que le commerce puisse expédier des Indes, elle ne sei-a jamais assez considérable pour suffire aux besoins de la consommation des tanneries; d’un autre côté, les matières astringentes indigènes d’Europe sont trop nombreuses et d’une trop basse valeur pour quel leur emploi soit balancé par celui d’une drogue exotique dont l’abondance et le prix doivent nécessairement subir les fluctuations du commerce maritime. Néanmoins dans les contrées équatoriales , où les diverses espèces astringentes d’acacias sont communes , il est hors de doute que le cachou ne soit susceptible d’être appliqué en grand à la préparation des cuirs, et que son emploi ne soit préféré à celui des autres végétaux astringens.
(t) Les caractères attribue's à ces deux sortes de cachou donnent lieu de croire que le cachou de Bombay de M. Davy, est le cachou dn Bengale décrit par M. Duncan dans le Nouveau Dispensaire d’Edimbourg, etvice versit.
CADMIE DES FOURNEAUX. 499
Le cachou est un des meilleurs médicaraens toniques et astringens. 11 réussit à merveille , toutes les fois que l’estomac et les intestins ont besoin d’être stimulés; la pratique a constaté son succès dans les catarrhes chroniques, les hémorrhagies passives, et les diarrhées rebelles des vieillards. Administré à la dose d’un gros pour deux livres d’eau, soit en infusion par la bouche, soit en lavement, il détermine une sorte d’aslriction fibrlllaire qui fait cesser par degrés la sécrétion muqueuse de la membrane intestinale. Mais il faut employer ce remède avec réserve, lorsque les organes sont le siège d’une vive inflammation ; car dans ce cas il aggraverait les symptômes de la maladie. On en fait souvent usage pour remédier à l’état de relâchement des gencives et pour cicatriser les aphthes et autres ulcères superficiels de la bouche, dont il corrige d’ailleurs la fétidité. C’est une espèce de cachou , ou du moins les noix à'Areca dont on le retire, que les Indiens mâchent habituellement avec les feuilles d’un poivrier, pour exciter la digestion. F. Betel.
On a varié à l’infini les pi-éparations de cachou, sans parler de tdutes celles où il entre comme adjuvant ou correctif. On en fait des pilules , des pastilles , un sirop et un extrait purifié dont les doses doivent être proportionnées à la quantité de cachou qui entre dans leur composition. (A. R.)
ÇADE. F. Huile de cade.
CADMIE DES FOURNEAUX, Tuthie. On a donné le nom de tuthie ou cadmie à de l’oxide de zinc impur qui s’élève lors de la calcination des mines de plomb contenant du ziric. Cet oxide se dépose sous forme d’incrustations, dans les cheminées des fourneaux; on l’extrait pour le livrer au commerce.
La tuthie porphyrisceest employée comme anti-ophthalmique; elle ne se prépare pas dans les officines, elle se trouve dans le commerce.
La cadmie, comme une foule d’autres produits, est souvent falsifiée: on lui a substitué un produit tout-à-fait étranger et qui consiste en un mélange d’argile bleue et de limaille de cuivre réduit en pâte qu’on fait sécher sur des baguettes de fer.
Ce produit se distingue du précédent, en ce que mis en con-,
5oo CADMIUM.
tact avec l’eau, il se délaie et donne une odeur de terre; il est en outre beaucoup plus friable que la tuthie. (A. C.)
CADMIUM. Le cadmium est un corps combustible simple, métallique, dont la découverte, encore récente, est due à MM. Stromeyer et Herman, qui la firent en i8i8.
Ce métal existe dans la nature sous deux états : i“. à Vétat d'oxide J ou combiné à l’oxigène, dans quelques variétés de calamine; 2°. à Xètat de sulfure j ou combiné au soufre, dans une mine de sulfure de zinc blende ; mais ce métal n’existe dans ces mines qu’en très petite quantité (pour quelques centièmes). Le cadmium s’obtient de la manière suivante.
On traite, par l’acide sulfurique faible et à l’aide de la chaleur, le minerai qui le contient et que l’on a pulvérisé d’avance; lorsque l’acide a réagi convenablement sur le minerai, on étend d’eau la dissolution, on filtre, et on laisse refroidir; lorsque; le refroidissement est complet , on fait passer à travers la liqueur , qui doit être acide, un courant de gaz acide hydro-sulfurique* qui décompose l’oxide de cadmium et qui le convertit en sulfure* qui se précipite, mêlé à un peu de sulfure de zinc et à du sul-fure de cuivre, lorsque la mine contient de ce métal. Ou re-cueille le précipité sur un filtre , on le lave à l’eau bouillante, oni le fait redissoudre dans de l’acid.e bydro-chlorique,qui convertitt les sulfures en hydro-chlorates de cadmium et de zinc; ou filtre lai liqueur, on la fait évaporer jusqu’à siccité , puis on reprend les; sels privés d’excès d’acide par de l’eau; on ajoute à cette* solution du sous-carbonate d’ammoniaque en excès, qui décom-pose ces sels et précipite ces métaux a l’état de carbonate^s. Le carbonate de zinc précipité étant soluble dans un excès du seli ajouté, il suffit de filtrer la liqueur pour le séparer du carbonate' de cadmium Insoluble qui reste sur le filtre; on lave ce sel avec de l’eau bouillante , on fait sécher le précipité lavé, on le mêle ensuite avec du charbon divisé {dunbir de fumée') et une petite quantité d’huile. On introduit ce mélange dans une coi’nue de. verre lutée d’avance , et on chaulTe presque jusqu’au rouge : le; carbonate est décomposé, l’oxide se trouve en contact avec des corps combustibles, se réduit et le métal se sublime ; mais il sC;
CAFÉ. Soi
condense dans le col delà cornue, d’où on l’enlève pour le fofidre et le convertir en culot.
Le cadmium est blanc, brillant; sa couleur se rapproche de celle de l’étain; il n’a ni odeur ni saveur; il est susceptible de prendre un beau poli. Comme le plomb, il tache le papier, se laisse entamer par le couteau. Son poids spécifique est de 8,640; mais lorsqu’il est écroui, il pèse jusqu’à 8,694* Le cadmium est ductile; il peut être réduit en fils d’un petit diamètre; on peut aussi le laminer en feuilles ti’ès minces. Soumis à l’action de la chaleur, à une température suffisante pour le fondre, ce métal, en passant de l’état liquide à l’état solide, présente une sorte de cristallisation confuse, simulant des feuilles de fougère ; soumis à l’action de la chaleur dans une cornue de verre, à une température plus élevée, il fond avant d’être entièrement rouge, et il se réduit en vapeurs qui sont inodores et qui se condensent sur les parois de la cornue, en gouttelettes brillantes, cristallines, et dans lesquelles on a remarqué des octaèdres.
Le cadmium mis à froid en contact avec le gaz oxigèue n’éprouve aucune altération; mais à l’aide de la chaleur, s’il est en contact avec ce gaz, il brûle avec lumière, et donne pour résultat de cette combustion un oxide qui s’élève sous forme de vapeurs d’un jaune brun.
La petite quantité de cadmium que l’on a pu se procurer, n’a pas permis encore de faire de nombreux essais sur ce métal , et de déterminer ses usages. On a cependant assuré que le sel que ce métal fournit à l’aide de l’acide sulfurique ( le sulfate de cadmium ) pouvait être employé avec succès en solution dans ,ç.\. comme, collyre résolutif. (A. C.)
CÆSALPINIA. V. Bois de Brésil et de Sappan.
CAFE. Graine du caféier, Cojfœa arabica, L. — Rich. Bot. rnéd., t. 1, p. 436, ( Rubiacées, Juss. Pentandrie Monogynie , L. ) Le caféier est un petit arbre qui atteint une hauteur de i5 à 20 pieds. Ses rameaux sont opposés, noueux et grisâtres , couverts de feuilles ovales, allongées, amincies vers leurs deux extrémités, luisantes à leur surface supérieure, et formant une verdure
5o2 ^ CAFÉ.
perpétuelle. Ces feuilles sont accompagnées de stipules interpétiolaires entières et glabres. lies fleurs sont blanches, d’une odeur suave (ce qui a fait surnommer le caféier jasmin Arabie'), et groupées dans les aisselles des feuilles supérieures. Il leur succède des baies ou drupes, semblables extérieurement à des cerises, d’abord vertes, puis rouges, et finissant par noircir à la maturité ; à leur sommet on voit un petit ombilic, qui est la trace de l’insertion du style. Elles contiennent une pulpe glaireuse , jaunâtre , dans laquelle sont des nucules ou petits noyaux accolés par leur côté interne, et qui sont formés par l’introllexion de la paroi interne du péricarpe -, c’est ce qu’on a regardé à tort comme un arille, ou une expansion du cordon ombilical des grainçs. Celles-ci ont une consistance dure et cornée •, elles sout convexes du côté extérieur, planes et marquées d’un sillon longitudinal du côté Interne.
Le caféier est originaire d’Arabie, et principalement de l’Yémen, aux environs de la ville de Moka. L’abbé Raynal prétendait que les Arabes l’ont transféré, à une époque qu’il n’a pu déterminer, de la Haute-Ethiopie, où on le cultivait depuis un temps immémorial. Cette assertion historique de Raynal nous semble dénuée de preuves , car le café est dans son climat naturel sur les deux bords de la mer Roügè, près du détroit de Bab-el-Mandel ; et il n’y a pas lieu de croire qu’un des deux pays l’ait fourni à l’autre. Nulle part il ne prospère mieux que vers la pointe de l’Arabie , où- l’on voit de belles plantations qui fournissent le café le plus estimé, celui qui se vend sous le nom de café Moka. C’est celte sorte de café qui, pendant long-temps, servit à faire im breuvage exclusivement réservé aux Orientaux. Les Arabes et les Persans en faisaient leurs délices, que nous ignorions jusr qu’au nom de cette liqueur. Son usage s’introduisit d’abord à Constantinople, puis en Italie, vers i645 , et à Paris , dans l’année i66g. La grande consommation que les Européens firent tout à coup des graines de café les rendirent bientôt un objet de commerce fort important; et les Hollandais, qui étaient alors les plus grands négocians du monde, s’approprièrent celte mine de richesses. En i6go,on eu fit venir quelques pieds de Moka à
CAFE. 5o3
Batavia, où ils réussirent assez bien. Transporté de ce dernier lieu à Amsterdam, un pied de caféier fut placé dans les serres du jardin de Botanique ; il y donna des fleurs et des fruits dont les graines furent fertiles. Lors de la pais. d’Utrecht, les Hollandais firent présent à Louis XIV d’un caféier , issu de celui d’Amsterdam. On le soigna au jardin des Plantes de Paris , et il ne tarda pas à s’y multiplier. Quelque temps après, le gouvernement français ayant conçu le grand projet de naturaliser le caféier dans les Antilles, en confia trois pieds au soin du capitaine Duclieux. On sait avec quel zèle cet estimable marin remplit sa mission-: deux des pieds du caféier ne purent résister à la sécheresse occasionée par les vents pendant une longue et difficile traversée’, un seul restait, et l’on manquait d’eau, même pour les besoins de l’équipage. Duclieux partagea sa ration avec son cher plant de caféier et l’amena vivant à la Martinique , où le climat lui fut tellement favorable, qu’il s’y multiplia en peu d’années d’une manière prodigieuse. Telle fut la première source des plantations immenses qui font aujourd’hui une des principales richesses des Antilles, de la Guyane, et des îles de France et de Bourbon, où le caféier s’est naturalisé avec une grande facilité. C’est de ces divers pays que provient la presque totalité du café consommé en Europe. Celui de Moka, qui a conservé sa supériorité, est très rare dans l’Europe occidentale, où on le paie excessivement cher, car il suffit à peine à la consommation des Arabes et des autres peuples de l’Orient.
La culture du caféier, dans les îles de l’Amérique, est soumise à des règles qui influent beaucoup sur la prospérité des plantations. Celles-ci réussissent très bien dans les terrains substantiels des jnornes qui sont médiocrement arrosés par les eaux pluviales , surtout dans les terrains vierges nouvellement défrichés; .sur le penchant des collines un peu ombragées, mais pas assez élevées pour que la température en soit trop basse , car le caféier ne prospère que dans des limites de chaleur variables entre lo et 25° Réaumur, Une plus forte température détermine plus de vigueur dans la végétation , mais les produits en fruits, sont moins considérables; tandis que, par une moindre tempé-
5o4 CAFÉ.
rature, la végétation languit et la récolte des graines est aussi moins productive. Le choix de la localité et du terrain étant déterminé, on sème les graines les mieux nourries et qui proviennent des meilleures variétés. Elles mettent à peu près un mois à germer , et ce n’est guère qu’un an plus tard que les jeunes pieds sont assez forts pour pouvoir être replantés daus des trous disposés à cet effet en quinconce. Ils ne donnent des fruits qu’au bout de trois ou quatre années, époque à laquelle il est nécessaire d’arrêter leur croissance verticale par l’étêtement. Cette opération a pour but de faciliter la récolte des fruits en maintenant les sujets à une hauteur co^iivenable , et d’augmenter le nombre des branches fructifères en arrêtant l’accroissement du bourgeon central, qui absorbe une grande quantité de sève. Dans les îles de France et de Bourbon, l’introduction de la culture de 1’ arbre à pain ( /^/-tocarpus incisa) a considérablement amélioré celle des caféiers, par l’ombrage que leur prête ce précieux végétal qui remplace avantageusement les Mimosuj dont le feuillage élégant, mais trop grêle, servait auparavant à abriter les cafèteries.
Quoique les caféiers aient deux époques principales de floraison , au printemps et en automne, ils sont presque constamment couverts de fleurs odorantes et de baies ; celles-ci exigent environ quatre mois pour achever leur maturité, en sorte que la récolte s’en fait, pour ainsi dire, sans interruption. Pour dépouiller les graines dedeur enveloppe charnue, plusieurs procédés sont mis en usage : tantôt on les expose par lits à l’action du soleil, en ayant soin de les remuer fréquemment j tantôt on les fait macérer dans l’eau avant de les exposer au soleil. Le café préparé par ce dernier procédé est peu estimé et d’une couleur grisâtre; on le connaît sous le nom de café trempé. Quelquefois on écrase les fruits, et on les laisse tremper pour en détacher la pulpe. Enfin, le meilleur procédé pour la préparation des graines de café , consiste à soumettre les cerises fraîches à l’action d’un moulin nommé J qui enlève la pulpe, mais ne touche pas à la partie de l’endocarpe nommée improprement arille, et vulgairement par-
CAFÉ. 5o5
chemin. En cet état, le café qu’on obtient, et qui est le plus estimé, porte le noni de café gragé.
Ayant donné quelques détails abrégés sur l’bistoire naturelle du caféier, sur sa culture et la préparation qu’on fait subir aux graines dans les colonies, il convient maintenant de faire connaître les diverses sortes que le commerce fom nit , ainsi que leurs usages et leurs propriétés.
Nous avons signalé plus haut le café Moka comme le plus recherché de tous, à cause de la suavité de son arôme et de sa saveur. Il est en grains petits, jaunâtres, et d’une forme arrondie qui résulte de ce que l’une des deux graines renfermées dans la baie avortant presque constamment, la graine qui survit prend plus de développement et occupe la cavité entière du fruit. Le café de Cayenne jexvcore peu répandu dans le commerce, est très estimé, et se rapproche beaucoup du café Moka. Le café Bourhonj nommé ainsi parce qu’il vient des îles de France et de Bourbon , se reconnaît à son grain gros, blanchâtre, allongé et aigu par un des bouts. Cette sorte n’est pas aussi estimée qu’elle le mérite; peut-être sa dépréciation tient-elle à ce que les colons ne donnent pas toujours assez de soins à sa préparation avant de le livrer dans le commerce; car quoiqu’on lui ait assigné comme caractère d’avoir peu d’arôme, il est certain que l’on trouve du café Bourbon qui ne le cède pas aux autres sortes pour l’intensité et la suavité de l’odeur. Le café Martinique se reconnaît à la grosseur moyenne, à la couleur verdâtre, et à la saveur herbacée et amère de son grain, qui conserve presque toujours son arillc. Enfui le café Saint-Domingue , moins vert que le précédent, est doué d’une saveur et d’une odeur moins agréables.
Plusieurs chimistes ont entrepris l’analyse du café. 11 résulte des recherches de Cadet Gassicourt [Ann. de Chim. t. LVIII, p. 266), de M. Armand Séguin [ibid. t. XCII , p. 5), et de MM. Robiquet et Pelletier , qu’il contient une petite quantité d’huile volatile concrète; de la gomme ou mucilage; de l’albumine; une huile fusible à 25°, blanche, douce et inodore; un principe amer qui verdit par le contact de l’albumine animale et des alcalis fixes; une substance oléo-résitioïde colorée et très âcre;
5o6 CÀFË.
enfin un corps crlstallîsahle en belles aiguilles soyeuses, composées elles- mêmes d’une grande quantité d’azote, et à laquelle on a donné le nom de caféine. V. ce mot.
La torréfaction développe dans le café des principes qui n’y existaient pas , ou du moins qui y étaient très modifiés. C’est ainsi qu’elle produit du tannin , et un acide regardé par Cadet- Gassicourt comme de l’acide gallique,et par quelques chimistes comme un acide particulier pour lequel ils ont proposé le nom de cafique. L’arôme et la saveur du café acquièrent une intensité qui dépend du degré de torréfaction. C’est une opération qui demande beaucoup de soins et d’habitude ; on reconnaît ordinairement le point convenable lorsque le grain est devenu brtm et luisant, ce qui indique la formation et la séparation des principes huileux , amers et odorans.
Il ne faut pourtant pas croire que le café non torréfié ne soit pas susceptible de donner un arôme agréable. L’huile volatile qu’il renferme peut se développer par d’autres moyens que la torréfaction -, ainsi , par la distillation du café cru ou très peu torréfié dans l’alcool , on forme un alcoolat dont le goût est délicieux , et qui sert aux confiseurs à préparer leurs bonbons à la liqueur de café. Le plus ordinairement cependant, on obtient les parties volatiles du café, en faisant distiller de l’eau ou de l’alcool sur du café torréfié, et en se servant du produit de la distillation pour préparer des liqueurs au café.
Nous ne croyons pas devoir donner ici beaucoup de détails sur la préparation et l’usage d’une liqueur aussi répandue dans les diverses classes de la société et chez tous les peuples, que l’est celle qui résulte de l'infusion sucrée du café. On permettait ces digressions oiseuses au temps de Linné (i), où cette liqueur était un Ijreuvage de luxe , seulement employé par les riches , et par conséquent peu connu alors. On sait que l’infusion du café, prise chaude, est un stimulant des plus énergiques ; qu’il a tout l’avantage des boissons spiritueuses sans en offrir les inconvéniens, c’est-à-dire qu’il ne cause ni l’ivresse ni
(t) Liane. ( Amcenit. Acad. t. p. ) Dissertalio de Potu Coffea»
CAFÉ. 5o7
les acciclens qui l’accompagnent; au contraire, son action sur le système nerveux, et par réaction sur le système circulatoire, est telle qu’on se sent plus agile, plus dispos, l’imagination plus vive, la pensée plus libre, quoique dans un état d’exaltation qui enfante les idées. Les principes amers et astringens qui se sont développés pendant la torréfaction du café sont très favorables à la digestion , avantage inappréciable dans ce siècle gastronomique, où l’estomac exerce des fonctions bien autrement multipliées que celles du cerveau. Sous ce rapport, on consomme en Europe la majeure partie du café qui y est annuellement importé.
Le café exerçant une influence si marquée sur l’économie vivante, a dù fixer l’attention des médecins. Non -seulement ils eii prescrivent ou prohibent l’usage, comme moyen hygiénique, aux personnes douées de tempéramens divers, mais encore, ils s’en sei’A'ent utilement pour déterminer une excitation salutaire dans certaines aménorrhées, dans les migraines accompagnées de la lenteur des digestions, et comme d’un excellent palliatif dans l’asthme pour diminuer la violence des accès. On doit le défendre avec rigueur aux personnes dont la sensibilité nerveuse est trop exaltée, aux individus chez lesquels on observe des dispositions inflammatoires, ou qui sont atteints d’hypocondrie et d’affections hémorrhoidales.
Les graines de café non torréfiées ont été employées avec succès, par le docteur Grindel, en Russie, dans le traitement des fièvres intermittentes. Il les administrait, soit en poudre à la dose d’un scrupule , réitérée d’heure en heure; soit en décoction préparée avec une once de café pour i8 onces d’eau réduites aux deux tiers; soit en extrait, dont la dose variait de 4 à 8 grains.
Dans le temps où la guerre maritime privait le continent européen du café des colonies , on a cherché à remplacer le café par plusieurs végétaux indigènes ou acclimatés; mais aucun n’a parfaitement rempli le but qu’on se proposait d’atteindre. Parmi ceux qui ont été le plus vantés, nous citerons les graines de Viris pseuciû-acorus J celles de V Arachisliypogœaj de VHibiscus escitlentusj de VAsiragalus bœ tiens ^ les pois chiches, l’avoine, le
5o8 CAFÉINÈ.
seigle , le maïs , les racines de soucliet comestible, et surtout celles de la cliicorée sauvage. V. cbacun de ces mots, où leurs qualités seront exposées. (A. R. )
CAFÉ MARRON. On appelle ainsi , dans l’île de Bourbon , une espècê de café [Coffea Borbonica ^ Lamck.) qui croît spontanément dans les forêts. Sa saveur est amère et vireuse. On ne le cultive pas. (A. R.)
CAFEIER, r. Café.
CAFEINE. La caféine est une substance cristalline découverte par M. Robiquet, dans le café. Cette substance peut s’obtenir par plusieurs procédés. Les procédés donnés par MM. Pelletier et Garot étant simples et faciles à mettre en pratique; nous allons les indiquer ici.
Procédé de ]\d. Pelletier.
On prépare des solutions alcooliques avec le café non torréfié ; on soumet ces solutions alcooliques à la distillation, pour retirer une partie de l’alcool employé ; on traite le résidu par l’eau, qui dissout la caféine et laisse la matière grasse qui avait été dissoute en même temps que cette substance; on sature la liqueur aqueuse par la magnésie; on filtre; on fait évaporer jusqu’à consistance sirupeuse ; on reprend par l’alcool , qui dissout la caféine, et qui la sépare d’une substance mucilagineuse qui l’accompagne; on filtre, et on fait évaporer la solution alcoolique, qui donne la caféine cristallisée.
Procédé de M. Garot.
On prépare , avec le café concassé (i) deux infusions; on ajoute à ces liqueurs réunies de l’acétate de plomb : ce sel précipite les matières étrangères qui accompagnent la caféine; on filtre la liqueur, on lave le filtre, on réunit les liqueurs filtrées et celles qui proviennent du lavage du filtre , fait à l’eau bouillante. Lorsqu’elles sont refroidies, on les soumet à un courant
(i) M. Garot s’esi assuré que l’on pouvait obtenir la caféine des cafés avariés.
CALAGUALA. 5og
d’hydrogène sulfuré , pour séparer l’excès de plomb. On filtre la liqueur; on chasse l’excès d’acide hydro-sulfuricjue par l’ébullition; on sature l’excès d’acide qui se trouve dans la liqueur et qui provient de l’acétate de plomb, par l’ammoniaque; on fait évaporer à une douce chaleur; on continue l’évaporation jusqu’à ce qu’on aperçoive des rudimens de cristaux sur le vase évaporatoire ; on laisse refroidir; on obtient alors des cristaux de caféine. Ces cristaux, pour être purs, doivent subir une nouvelle cristallisation.
La caféine cristallise en belles aiguilles soyeuses. Elle n’est ni acide ni alcaline. Soumise à Faction d’une douce chaleur, elle se liquéfie; si l’on opère en vase clos, elle se volatilise, se sublime complètement , et vient cristalliser sous forme d’aiguilles qui ont beaucoup d'analogie avec les aiguilles fournies par l’acide benzoïque.
L’action de la caféine n’a pas encore été bien déterminée. Cet examen ne laisse pas que de promettre de l’intérêt pour ceux qui s’en occuperont, quels que soient les résultats qu’ils en obtiendront.
CAFIQUE (aciue). Fl Café.
CAHUCHU. C’est le nom officinal du caoutchouc. /C ce mot.